| | Le [b]SEXE[/b] (enfin)... et Dieu | |
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Sherlock

Age : 29 Inscrit le : 08 Avr 2008 Messages : 32
| Sujet: Re: Le [b]SEXE[/b] (enfin)... et Dieu Lun 30 Juin - 17:58 | |
| | spermologos a écrit: | Mes excuses Assad, J'ai sans doute mal délimité dans ton post la paraphrase de la pensée de Reinach et ton propre commentaire, et du coup extrapolé un peu vite à Reinach ce que j'ai lu chez d'autres (Renan, Loisy, Pécaut, Réville, Buisson, Wagner, etc.)... Ce que je retrouve chez les auteurs de cette époque, c'est cette idée que les "superstitions" du passé ne valent que dans la mesure où elles conduisent, par d'étranges chemins certes, à la découverte progressive d'une "loi morale" sur laquelle tous les gens "éclairés", croyants et athées, s'accordent autant que sur les "lois physiques". La morale de la fin du XIXe siècle et du début du XXe se veut "science", et elle est prise dans une philosophie du progrès à laquelle, à l'époque, quasiment personne n'échappe. C'est cela qui, je pense, a bien changé depuis... nous lisons plutôt les énoncés moraux comme des productions, toujours provisoires et révocables, de situations, de rapports de force et de négociations, sans aucune garantie de "progrès" d'une étape à l'autre. |
Je parlerai d'affinage de la compréhension de la morale plutôt que de réfutation de la morale intrinsèque aux hommes et existante aussi chez la majorité des animaux...
La morale, c'est le code du groupe. |
|  | | spermologos
Age : 48 Inscrit le : 22 Mar 2008 Messages : 155
| Sujet: Re: Le [b]SEXE[/b] (enfin)... et Dieu Lun 30 Juin - 18:26 | |
| Bonjour Xavier, Je crains de ne pas être capable de répondre comme il faudrait à ta demande: le sujet est bien trop vaste et je suis loin de l'avoir exploré à fond. Mais il me semble que les grands mouvements de la pensée au XXe siècle (phénoménologie, existentialisme, structuralisme notamment) ont détruit tous les fondements (le plus souvent implicites) du positivisme moral du XIXe et la possibilité même de penser une loi morale universelle, inscrite dans la "nature" ou dans l'"être". Ce n'est pas que la morale ait disparu, mais elle a dû se faire plus modeste. Le plus moral des philosophes du XXe siècle serait peut-être Emmanuel Lévinas, et son "éthique" est fondée sur l'intersubjectivité et non plus sur une "vérité" ontologique, qui pour lui ne peut conduire qu'à la violence et au totalitarisme... En un siècle nous sommes devenus terriblement conscients que toute pensée est tributaire d'un langage, d'une culture et d'une organisation sociale, et qu'il n'existe tout simplement pas de zone "neutre" pour dégager des principes "universels" -- hors langage pour ainsi dire -- et pour évaluer les systèmes moraux comme "supérieurs" ou "inférieurs". Quand maintenant nous lisons les moralistes de la fin du XIXe ou du début du XXe siècle, nous les trouvons fatalement naïfs, ethnocentriques et quelquefois franchement racistes. Pour un apôtre de la morale laïque comme Jules Ferry, il va de soi qu'il y a une hiérarchie des civilisations, et progrès moral continu des "superstitions primitives" au monothéisme, du monothéisme au christianisme, du christianisme aux Lumières, et que l'Européen du XIXe siècle se trouve tout au sommet de la pyramide, ayant vocation à dominer et à éduquer le monde (par voie de colonisation en particulier). J'ai bien conscience que ces quelques pistes ne sont pas ce que tu attendais, j'espère quand même qu'elles seront un peu utiles. Amitiés, Didier |
|  | | BB

Age : 35 Inscrit le : 09 Mai 2008 Messages : 76
| Sujet: Re: Le [b]SEXE[/b] (enfin)... et Dieu Jeu 10 Juil - 23:02 | |
| | Citation: | Je ne suis pas sûr que cette conclusion (qui rappelle la stratégie pharisienne de la "haie" ou barrière autour de la Torah) soit la seule possible; ce n'est en tout cas pas celle que je préfère.
Que cela nous plaise ou non, de par la mondialisation culturelle en cours nous sommes condamnés à une certaine "lucidité" sur le caractère "artificiel", "conventionnel" et, partant, relatif de TOUTES les règles morales...
L'"enthousiasme libertin" que je lis, peut-être à tort, dans les textes de poupa, est à mes yeux le propre d'une période de transition qui n'a pas encore pris la mesure, d'une part de l'absence totale d'"absolu" gravé par-delà les cultures dans le marbre de l'être, d'autre part des conséquences de cette absence d'absolu sur le jeu social. Il faudrait beaucoup plus de "responsabilité" pour survivre dans un monde où TOUT est permis (à soi et aux autres!) que dans un monde où tout est balisé et quadrillé par la loi, la police et la prison -- comme c'est encore le cas maintenant, et peut-être d'autant plus que nous ne sommes plus capables de le justifier par aucune transcendance.
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Je reviens un peu sur cette (ces) idée(s). Je reste très perplexe (c'est pas grave, j'aime bien ça!).
Je parlais de la frontière entre ce qui relève de la "morale" et ce qui relève du "crime". Cette frontière est extrêmement floue, on s'en rend compte en ne regardant qu'une trentaine d'année en arrière, lorsque D. Cohn-Bendit, par désir de faire bouger les lignes de la "morale bourgeoise", faisait l'apologie des caresses sexuelles entre adulte et enfant, ou quand Ferré chantait "Petite". Je ne connais plus grand monde aujourd'hui qui nierait le caractère "criminel" de la pédophilie. Pourtant à l'époque, ce n'était perçu que comme une barrière morale ridicule à faire sauter, comme les autres. Les "valeurs morales" de l'homme occidental n'ont-elles pas tendance à être de moins en moins "traditionnelles", et à s'appuyer de plus en plus sur une certaine rationalité (défense des droits de l'homme, lutte pour l'égalité des sexes, etc.) ? Ne restent-ils pas tout de même en nous une certaine idée de l'universalité de NOS valeurs? Ne juge-t-on pas les peuples qui pratiquent, par exemple, l'excision des filles? Et si on les juge, n'est-ce pas au nom de notre morale? Ou cette classification que je suggérais (morale/crime) n'est-elle pas une façon de contourner la question? Je ne suis pas sûr que mes questions soient parfaitement claires, ce qui est probablement le signe que mes pensées sur le sujet ne le sont pas vraiment non plus.... |
|  | | spermologos
Age : 48 Inscrit le : 22 Mar 2008 Messages : 155
| Sujet: Re: Le [b]SEXE[/b] (enfin)... et Dieu Ven 11 Juil - 1:04 | |
| Bonsoir BB, Je rebondis sur tes questions (rhétoriques?)... Je crois que nous (Occidentaux et surtout Européens à l'aube du XXIe s.) sommes dans une phase de morale honteuse, qui ne veut surtout pas s'appeler "morale" ni se penser comme telle, et qui du coup est incapable de se penser tout court, et plus encore de se fonder, et plus encore de se négocier. Donc nos "vérités" se retrouvent ipso facto dans la catégorie de l'impensé par excellence: le sacré. Les droits de l'homme, les droits de la femme, les droits de l'enfant, la démocratie, etc., sont un évangile universel et non négociable, auquel aucune société ne saurait échapper. Même et surtout si nous sommes incapables, au fond, de dire pourquoi. Qu'importe qu'ils ne soient pas adaptés à d'autres sociétés puisque c'est la nôtre qui est appelée (manifest destiny?) à prévaloir partout, par la voie des armes exceptionnellement et de l'économie en général. Nous sommes tout prêts à accueillir de la différence derrière la vitrine d'un musée ethnologique ou d'une galerie d'art "alternatif". Mais pas ailleurs. Parce qu'il n'y a plus d'ailleurs, la différence réelle, celle qui ne se laisse pas réduire à un label autorisé et par là même indifférent, ne peut être que criminelle, partout. Les "barbares" d'un empire universel ne peuvent surgir que de l'intérieur. C'est un totalitarisme d'un nouveau genre mais en dépit de son ampleur il passera: on ne contient pas la différence. Il y aura bien un Yahvé ou un diable pour confondre notre "langue une" et nous disperser à nouveau. |
|  | | BB

Age : 35 Inscrit le : 09 Mai 2008 Messages : 76
| Sujet: Re: Le [b]SEXE[/b] (enfin)... et Dieu Ven 11 Juil - 8:40 | |
| D'un côté, comment ne pas accepter cette évidence que nos valeurs morales en valent d'autres, que l'humanisme et la démocratie sont imprégnés de la culture occidentale et donc très "localisés" dans l'espace et le temps. Mais, nom d'un chien, de l'autre côté, j'arrive aussi à voir ce qui terrorise les Bush ou les Ratzinger dans cette optique "relativiste"...
Parce que si on la pousse dans ses dernières conséquences, on renvoie dos à dos le wahhabisme saoudien et la déclaration universelle des droits de l'homme (tu me diras que ni Bush ni Ratzinger ne sont d'ardents défenseurs de ladite déclaration....). Et, au fond, la seule difficulté qu'il y a à se poser le question: "et pourquoi pas?" en dit long sur cette sacralisation de nos valeurs.
Je continue de voir tout de même une différence notable entre l'idée de démocratie (et pas forcément dans ses mises en oeuvre, y compris dans notre beau pays) et les autres visions de la société qui s'offrent à nous dans le monde actuellement: c'est que la démocratie dans ce qu'elle a d' "à-venir" porte en elle les germes de sa perpétuelle amélioration. Elle accepte sa propre remise en question, sa critique et son auto-critique, et par là-même se donne les chances d'une évolution continue (je pense au désaveu de Guantanamo par la Cour Suprême étasunienne, par exemple) . Mais force est de reconnaitre qu'on parle là de la démocratie d'un point de vue uniquement idéologique, pas de ce qui se passe concrètement dans les nations qui s'en réclament... (d'ailleurs l'Iran ou la Russie ne s'en réclament-ils pas, et à plus ou moins juste titre il me semble, ces nations qu'on aime tant placer dans "l'Axe du Mal"). |
|  | | Xavier

Age : 61 Inscrit le : 22 Mar 2008 Messages : 143
| Sujet: Re: Le [b]SEXE[/b] (enfin)... et Dieu Ven 11 Juil - 15:25 | |
| Pouvons-nous penser que notre civilisation avec ces qualités et ses défauts est en passe de disparaître parce que nous avons tout essayé en matière de gouvernement, nous avons tout accepté en matière de morale, nous avons été aussi loin que nous le pouvons dans la tolérance de l'autre et de ses différences.
Est-ce au moment ou une société se confie autant à ses philosophes qu'à ses militaires qu'elle s'approche de ultime sursaut?
Je ne parles pas de l'économie parce que dans ce domaine nous nous comportons comme si nous avions inventé la roue. Et pourtant cette économie peut elle aussi nous faire reculer ou tout au moins nous faire changer d'objectif à long terme pour peu que nous ayons encore des objectifs é long terme. |
|  | | | Le [b]SEXE[/b] (enfin)... et Dieu | |
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