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 théou dôréa

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Narkissos

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MessageSujet: théou dôréa   Mar 06 Jan 2015, 15:05

... Il arrive donc dans une ville de Samarie appelée Sychar, près de la terre que Jacob avait donnée à Joseph, son fils; là se trouvait la Source de Jacob. Jésus donc, fatigué du voyage, s'assit tel quel au bord de la Source. C'était environ la sixième heure (midi).
Une femme de Samarie vint puiser de l'eau. Jésus lui dit: Donne-moi à boire.
La Samaritaine lui dit: Comment donc toi, qui es juif, me demandes-tu à boire, à moi qui suis samaritaine ? -- car les Juifs ne se mêlent pas aux Samaritains.
Jésus lui répondit: Si tu savais le don du dieu, et qui est celui qui te dit: "Donne-moi à boire", c'est toi qui lui aurais demandé, et il t'aurait donné de l'eau vive.
La femme lui dit: Seigneur, tu n'as même pas de seau pour puiser, et le puits est profond. D'où as-tu donc de l'eau vive ? Serais-tu plus grand que notre père Jacob, qui nous a donné ce puits ? Lui-même y a bu, ainsi que ses fils et ses troupeaux.
Jésus lui répondit: Quiconque boit de cette eau aura encore soif. Celui qui boit de l'eau que moi, je lui donnerai, n'aura plus jamais soif, mais l'eau que je lui donnerai deviendra en lui une source d'eau jaillissant en vie éternelle.
La femme lui dit: Seigneur, donne-moi de cette eau, pour que je n'aie plus soif et que je ne revienne plus puiser ici...

Evangile selon Jean, 4,5ss.

C'est un parcours long, sinueux et fatigant qui l'avait ramené aujourd'hui à la margelle de ce puits. Il était passé, juste avant, par le chapitre précédent, et notamment par ce verset (3,16) qui était probablement le plus connu du Nouveau Testament et qu'on n'avait pourtant pas encore fini d'approfondir: car c'est ainsi que le dieu a aimé le monde, de telle sorte qu'il a donné le fils unique, afin que celui qui met sa foi en lui ne se perde pas, mais ait la vie éternelle. Donné ou envoyé, déjà, le fils unique (cf. 1,14.18), et élevé comme le serpent dans le désert (3,14s; cf. 8,38; 12,32ss et Nombres 21). Reçu ou non par la foi comme par les sens, la vue, l'ouïe, qui ici ne s'opposaient pas.
Le dialogue avec la Samaritaine, truffé de malentendus et de sous-entendus selon l'habitude du quatrième évangile, rappelait à son tour beaucoup de choses: au familier de la Bible, bien sûr, les amours bucoliques des récits patriarcaux (Genèse 24; 29), les métaphores sapientiales et prophétiques de l'eau vive -- c'est-à-dire courante (Proverbes 18,4; Siracide 15,3; 24,21 -- ceux qui boivent de moi auront encore soif !; Isaïe 55,1ss; 58,11; cf. aussi Jean 7,37ss), plus loin les origines "impures" prêtées aux Samaritains par la propagande judéenne (cf. une discussion récente sur 2 Rois 17, cinq peuples et cinq dieux "païens", comme les cinq maris). Mais aussi, à n'importe qui, la fascination de la source et du cours de l'eau "vivante" (zôn) comme la "vie" des "animaux" (zoè, zoa), des hommes ou des dieux, du feu ou du souffle-vent-esprit (cf. 3,1ss), plus manifestement vivante encore que les arbres dans la perspective antique. Ce qui vient d'on ne sait où et va, court, coule pour rien, gratuitement, qu'on l'"utilise" ou non; se perd toujours et ne se perd jamais.
Si tu savais le don du dieu, εἰ ᾔδεις τὴν δωρεὰν τοῦ θεοῦ.
Certes, il y aurait là beaucoup à discuter, et contradictoirement, du "sens" et de la "vérité" du "message" et du "texte", des "personnages" et de la "mise en scène". De quoi se déchirer sans être plus avancé, ni moins d'ailleurs, quant à ce qui coulait là tout le temps, indifférent à nos intérêts, à nos jugements de valeur, à nos querelles ou à notre indifférence. Assoiffés ou repus, silencieux ou bavards, sereins ou amers, nous serions encore à la fin si loin et si près de ce qui jamais n'aurait cessé de couler et ne demandait qu'à être reçu comme un don.
De cela, sans doute, il n'y avait rien à dire, et Wittgenstein eût dit (!) que ce dont on ne pouvait pas parler, il fallait le taire.
"La vie, c'est comme l'eau: si tu mollis le creux de ta main, tu la gardes, si tu serres le poing, tu la perds" (parole du fontainier, quelque part chez Giono).
"Qu'est-ce que cela fait ? Tout est grâce." (Bernanos, ou Bresson, derniers mots du Journal d'un curé de campagne).
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le chapelier toqué

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MessageSujet: Re: théou dôréa   Mar 06 Jan 2015, 21:57

Dieu nous donne-t-il quelque chose, nous fait-il une grâce? L'eau vive peut-elle nous désaltérer?


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Narkissos

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MessageSujet: Re: théou dôréa   Mer 07 Jan 2015, 00:51

Je préfère pour ma part retourner la question: toutes "choses" et tous "événements", sans exception, tout ce qui "est" et tout ce qui "arrive", le "bon" et le "mauvais", le "meilleur" et le "pire" (ce qui est toujours affaire de point de vue), tout ce qui constitue un "objet" (ou une "donnée") de connaissance, d'expérience, de raison, de jugement, le bien-nommé "phénomène" (ce qui apparaît ou se manifeste, comme la vérité, a-lètheia, qui se dé-voile en sortant d'un oubli ou d'une latence), tout ce dont on dit "il y a" (en allemand es gibt, littéralement ça donne), tout cela n'est-il pas également susceptible d'être considéré, et reçu, et reconnu, comme un don ou une grâce, surtout quand cela se détache sur le fond de sa négation (pourquoi quelque chose plutôt que rien) ? Il ne s'agirait pas alors de savoir ce que "Dieu" donne (par opposition à ce qu'il ne donnerait pas mais serait là quand même, "Dieu" alors sait comment), mais d'entendre en "Dieu" même, ou dans le "fils unique", ou dans tout ce qu'on voudra, des noms possibles de cette "donation-destination" originaire, création originelle du "monde" si l'on veut mais aussi bien production continue du "cours des choses" et des "événements". Il suffit d'une conversion du regard et de la pensée, du jugement à la "reconnaissance" (denken-danken), pour transfigurer à tout moment, fût-ce au dernier, l'"ordinaire" et le "normal" en miracle de don ou de grâce. Et je trouve cela, en effet, extraordinairement "désaltérant" et "régénérant".

On reconnaîtra sans peine (j'en ai rajouté !) les motifs de la pensée de Heidegger dans ce qui précède. Ce n'est qu'un exemple d'accès possible à l'idée de "don de dieu" qui ne suppose pas de "croyance" particulière, et qui rejoint cependant, me semble-t-il, ce qui se joue dans toute croyance. Mais je ne veux pas davantage lancer ici un débat philosophique qu'un débat exégétique: ce n'est qu'une façon parmi d'autres de comprendre les choses. Ce sujet a été placé dans la rubrique (malheureusement délaissée) "Un jour, un verset", dont l'objet est simplement de donner des textes à (re-)lire et à méditer, pour chacun à sa manière. La mienne n'exclut pas celle des autres, et réciproquement.
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