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 (en) avoir ou pas

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Narkissos

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MessageSujet: (en) avoir ou pas   Mar 10 Fév 2015, 16:29

Car celui qui a, il lui sera donné; celui qui n'a pas, même ce qu'il a lui sera enlevé.
Evangile selon Marc, 4,25, etc.

Maxime doublement obscure, à la fois énigmatique et inquiétante: malgré le lustre de la notoriété et l'éclairage de beaucoup (trop ?) de "contextes" (sans compter les commentaires), elle demeure, au fond, impénétrable, même s'il faut au familier de la Bible le recul d'un regard "profane" pour s'en apercevoir -- comme dans La voie lactée de Buñuel: "Si vous aviez eu de l'argent, je vous en aurais donné !" Hors contexte "biblique", en effet, elle serait plutôt limpide, dans le sens d'un dicton populaire, ironique et fataliste, issu du champ économique et social: "on ne prête qu'aux riches", entendu au sens littéral, "l'argent appelle l'argent"; moralité: y en a pas; et s'il y en a une, elle prend à contrepied toute morale du mérite ou de la vertu, mais aussi bien l'anti-morale de la "grâce" comprise comme "faveur imméritée" ou l'amoralité de l'"être" -- car il s'agit bien ici d'avoir et non de recevoir, ni d'être.

Passons (provisoirement) sur le paradoxe ou la contradiction formelle de la seconde proposition, qui semble n'avoir gêné que Luc (8,18, qui l'atténue: ce qu'il paraît ou croit avoir), et sur les contextes (trop) "forts", voire forcés, que cette phrase rappelle spontanément mais où elle s'insère somme toute difficilement:
- Paraboles financières des talents (Matthieu 25,29) ou des mines (Luc 19,26), où elle condamne l'esclave paresseux ou craintif qui pourtant a, mais n'a que ce qu'il a, c'est-à-dire ce qu'il a reçu; qui l'a gardé tel quel, précieusement, scrupuleusement, sans l'utiliser, sans le risquer, sans se l'approprier non plus -- en ce sens, peut-être, il n'a pas, il n'a jamais eu, il eût mieux valu pour lui qu'il fît sien ce qui ne l'était pas, comme l'intendant infidèle mais avisé de Luc 16: jusque dans sa réponse à l'heure du règlement de comptes, c'est le bien d'un autre qu'il a gardé, et qu'il lui retourne comme tel. (Cf. http://oudenologia.over-blog.com/article-lois-de-la-nature-lois-du-marche-120640982.html - dernière partie.)
- Réflexion sur la parabole et le mystère dans Matthieu 13 (v. 11s) où ce qu'on a ou pas, c'est précisément la faculté donnée-reçue de comprendre les paraboles et les mystères.
Il n'en est pas ainsi dans Marc 4 (et dans une moindre mesure en Luc 8,18), où les deux thèmes sont séparés (v. 11) et où notre phrase s'inscrit dans une séquence d'aphorismes et de mini-paraboles sans explication allégorique, à première vue assez décousue ou liée par des mots ou motifs "crochets", en "marabout-bout de ficelle" plus que selon un enchaînement logique, en dépit des conjonctions formelles (v. 21ss): la lampe "vient" où elle éclaire, CAR il n'y a rien de caché qui ne soit révélé; que celui qui a des oreilles entende, faites attention à (littéralement: regardez) ce que vous entendez, selon votre mesure on mesurera pour vous, et on y ajoutera, CAR celui qui a, il lui sera donné... Suit la parabole du grain qui pousse tout seul, sans que l'homme sache comment ( http://etrechretien.discutforum.com/t237-marc-426-29 ). Contexte "faible" donc, qui suggère trop de pistes d'interprétation pour en indiquer clairement une (sauf peut-être l'impression générale d'une nécessité ou d'une fatalité à laquelle personne ne peut ni ne comprend rien mais qui éprouve quand même, Dieu sait pourquoi, le besoin de se dire).
L'agencement des logia dans l'Evangile de Thomas (l. 39ss) paraît au moins aussi lâche: les pharisiens et les scribes ont pris et caché les clés de la connaissance, ils ne sont pas entrés eux-mêmes et n'ont pas laissé entrer ceux qui le voulaient; soyez rusés-avisés comme les serpents et simples comme les colombes; une vigne a été plantée hors/sans le Père: parce qu'elle n'est pas forte, elle sera déracinée et périra; quiconque a (quelque chose) dans sa main, il lui sera donné davantage; mais celui qui n'a pas, il lui sera enlevé même le peu qu'il a; soyez passants.

L'interprétation, livrée à elle-même, présuppose généralement que l'avoir est positif (ce que semblent présupposer également les contextes canoniques, un peu moins clairement Thomas), et se met donc en quête d'un avoir essentiel, glissant insensiblement de l'avoir même à son objet : qu'est-ce qu'il faudrait avoir, qu'on a ou qu'on n'a pas ?, telle est la question, sitôt grand ouverte à l'arbitraire sans limite des réponses possibles. Si cependant on revient de l'objet au verbe (qui dans le texte est précisément sans objet !), on trouve un sujet de méditation plus intéressant: qu'est-ce qu'avoir ? Qu'en est-il de cette étrange "faculté" qu'on "aurait" ou pas, qu'on "exercerait" ou non, de cette "aptitude" à la possession, à la propriété, à un rapport d'appartenance ou d'attribution à soi de quoi que ce soit ? De la question de Pascal ("Mien, tien. 'Ce chien est à moi, disaient ces pauvres enfants. C'est là ma place au soleil.' Voilà le commencement et l'image de l'usurpation de toute la terre." Pensées, B-295, L. 64) à la Jemeinigkeit ("mienneté") de Heidegger, premier pas existential ambigu sur le chemin de l'éclaircie, voilà un abîme qui s'ouvre sous nos pas où nous ne l'attendions guère. Un avoir essentiel, en effet, sans quoi il n'est pas question de recevoir, et qui ne serait pas donné, ou pas à tout le monde.

Passant, de là, à soyez passants, l'Evangile de Thomas offrirait-il une issue à une impasse ? Il y aurait ceux qui ont et reçoivent, et ceux qui passent en se passant d'avoir et de recevoir. Peut-être. A moins que l'avoir et le passer ne soient deux aspects opposés et complémentaires de la même chose.
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MessageSujet: Re: (en) avoir ou pas   Mar 10 Fév 2015, 18:09

Citation :
L'interprétation, livrée à elle-même, présuppose généralement que l'avoir est positif (ce que semblent présupposer également les contextes canoniques, un peu moins clairement Thomas), et se met en quête d'un avoir essentiel, glissant naturellement de l'avoir même à son objet : qu'est-ce qu'il faudrait avoir, qu'on a ou qu'on n'a pas ? Question sitôt grand ouverte à l'arbitraire sans fin des réponses.

N'est-il pas question d'un avoir qui serait la conséquence d'une transmission d'acomplissement d'une mission, ce qui transformerait l'avoir en devoir, le croyant reçoit la mission (donc possède aussi) d'accomplir la volonté de Dieu. La connaisance de la volonté de Dieu implique une plus lourde responsabilité :

"L'esclave qui aura connu la volonté de son maître, mais qui n'aura rien préparé ni fait en vue de cette volonté sera battu d'un grand nombre de coups. En revanche, celui qui ne l'aura pas connue et aura fait des choses qui méritent un châtiment ne sera battu que de peu de coups. A quiconque il a été beaucoup donné, il sera beaucoup demandé ; de celui à qui on a beaucoup confié, on exigera davantage" (Lc 12, 47-48)  

L'ignorance de la volonté divine (la non possession) engendre l'indulgence ...    En revanche, celui qui ne l'aura pas connue et aura fait des choses qui méritent un châtiment ne sera battu que de peu de coups.
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Narkissos

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MessageSujet: Re: (en) avoir ou pas   Mar 10 Fév 2015, 18:42

Il y a à coup sûr beaucoup de formules partiellement comparables et autant de possibilités de communication (d'influence, de contamination) de l'une à l'autre (aussi, p. ex., "demandez et il vous sera donné", Matthieu 7,7 etc.). Celle que j'évoquais ici a ceci de particulier qu'elle pose l'avoir (non le recevoir) en premier, comme condition même du recevoir, et c'est cela qui la rend troublante (je trouve). D'autant que cela ne convient pas toujours très bien aux différents "contextes" qui l'utilisent. (A noter, au passage, que le "principe" de Luc 12,47s s'appliquerait lui-même très mal à la parabole des mines et surtout des talents, puisque dans un cas, tous ont "reçu" la même chose, et dans l'autre, c'est celui qui a le moins reçu qui est puni ! )

A contrario (de l'idée de l'avoir préalable), on peut penser à Paul en 1 Corinthiens 4,7: Qui te distingue ? Qu'as-tu que tu n'aies reçu ?

Les textes qui se ressemblent ne disent pas tous la même chose. Parfois ils ne disent pas du tout la même chose... C'est tout l'intérêt d'une lecture attentive.

http://www.jukebox.fr/france-gall/clip,ella-elle-l-a,lu8up.html
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MessageSujet: Re: (en) avoir ou pas   Mar 10 Fév 2015, 20:18

Ce n'est pas dans la même série qu'on trouve : "Soyez Proudhon comme des serpents" ?
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Narkissos

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MessageSujet: Re: (en) avoir ou pas   Mar 10 Fév 2015, 20:53

:D
Dommage que je ne trouve pas de calembour à la hauteur avec Stirner, car c'est bien entre la propriété de l'un et l'Eigentum de l'autre que la partie se (re-)joue...
(Et je m'aperçois après coup que c'était déjà dit dans la page à laquelle j'avais renvoyé, sans la relire jusqu'au bout.)
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MessageSujet: Re: (en) avoir ou pas   Mar 10 Fév 2015, 22:32

Pour être franc, je ne connaissais pas Stirner. Et maintenant, je n'ai jamais fait que le wikipédier à la va-vite. Mais effectivement, niveau calembour, il met la barre haut.

J'ai trouvé ça qui va m'occuper dans les semaines à venir :
http://classiques.uqac.ca/classiques/stirner_max/unique_propriete/Stirner_unique_propriete.pdf

Rien que l'intro : "Je n’ai basé ma cause sur rien" donne envie !
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Narkissos

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MessageSujet: Re: (en) avoir ou pas   Mer 11 Fév 2015, 01:15

Je l'ai lu moi-même il y a seulement deux ou trois ans, après avoir beaucoup tourné autour (comme souvent): c'est Camus dans L'homme révolté qui m'y avait d'abord intéressé il y a longtemps, plus récemment Derrida dans Spectres de Marx. En le lisant, ce sont surtout les coïncidences avec Kierkegaard (que j'avais davantage pratiqué dans l'intervalle) qui m'ont frappé -- ils étaient de la même génération post-hegelienne, diamétralement opposés en religion et en politique, et semblent s'être totalement ignorés, tout en arrivant par des chemins contraires à des idées étrangement ressemblantes (p. ex. l'Individu comme Unique, der Einzige // den Enkelte). En tout cas c'est une lecture stimulante (bien que je trouve Kierkegaard nettement plus fin dans l'ensemble, et à l'un comme à l'autre des côtés "agaçants" -- qui n'en a pas ?)... Smile

Pour revenir à la Bible et à mon verset du jour, la question rejoint dans ma tête la polysémie de la "grâce" (d'où aussi ma référence, moins académique, à la chanson de France Gall, où d'ailleurs le mot n'apparaît pas mais où l'idée me semble très bien exprimée): il y a le sens dominant, majeur, du terme en théologie, surtout paulinienne (la grâce comme don originaire, absolument libre et arbitraire de Dieu, sans nécessité, sans cause, sans raison, sans justification, corollaire de l'absurde, gratuite comme l'acte gratuit); et puis il y a un sens "esthétique", "profane", "érotique" parfois, qui paraît à côté de ça mineur, presque contraire, anodin, anecdotique, léger, frivole, sans rapport évident avec le sens théologique -- quand on dit de quelqu'un qu'il a de la grâce, comme on dirait du charme, de la fraîcheur, ou, dans l'AT surtout, qu'il "trouve grâce aux yeux de" quelqu'un d'autre, un dieu, un roi, un puissant notamment (quoique dans l'AT Yahvé donne aussi ce type de "grâce"): il touche, il émeut, il plaît, il incline à la faveur comme d'autres inclinent à la pitié (c'est autre chose mais ça n'est pas sans rapport), par un "je-ne-sais-quoi" d'indéfinissable et d'impondérable (diraient Jankélévitch et France Gall) qu'effectivement il "a" (ou pas); c'est généralement le terme hen qui dit ça en hébreu, mais la Septante le traduit par kharis en grec, du même mot qui servira à dire la "grâce" divine; et l'association s'est prolongée en latin et dans beaucoup de langues modernes (romanes et autres). Je me suis souvent dit qu'il y avait quelque chose d'essentiel qui se jouait à la confluence de ces deux "grâces" qui ne vont pas dans le même sens (du fort au faible et du faible au fort, p. ex.), mais ainsi s'atteignent en un point décisif qui donne à penser -- même si ça n'aboutit pas, dans mon cas, à une pensée très claire: tout au plus l'intuition d'une "grâce" interactive qui pourrait éclairer sous un autre jour (moins juridique) ce que la théologie a toujours eu du mal à penser, sous les concepts plus ou moins heureux de synergie ou de co-opération, entre l'idée d'une grâce divine souveraine et irrésistible et celle d'une "réponse" humaine paradoxalement aussi libre et gratuite.
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MessageSujet: Re: (en) avoir ou pas   Ven 28 Aoû 2015, 21:40

Ça a un rapport, sans parler ni tout à fait de la même chose ni tout à fait d'autre chose.
Ne sachant pas trop si c'est sa place, cet extrait (qui me renvoie à cette discussion-ci mais également à bien d'autres, toutes récentes) s’approprie celle ici :




(La qualité de la première colonne n'est pas tip-top, j'ai essayé d'agrandir un peu l'image, mais ça reste médiocre ; j'espère que c'est tout de même lisible)
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MessageSujet: Re: (en) avoir ou pas   Ven 28 Aoû 2015, 23:10

Bien, ça ! C'est de qui ?

En tout cas c'est une excellente idée de l'avoir mis ici, ne serait-ce que parce qu'il ouvre la question de l'avoir à la thématique bien plus large et plus riche de la main et de la préhension (tenir, dé-tenir, main-tenir, prendre, ap-prendre, com-prendre, re-cevoir, per-cevoir, con-cevoir, les "métaphores" manuelles sont aussi nombreuses que discrètes et elles ont beaucoup inspiré la pensée du XXe siècle quand celle-ci s'épuisait dans les ornières du langage, de la représentation et du sens). Je note d'ailleurs, en relisant le premier post, que l'Evangile selon Thomas parle, dans le logion qui fait l'objet de ce fil, d'"(avoir) dans la main".
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MessageSujet: Re: (en) avoir ou pas   Sam 29 Aoû 2015, 00:23

Ah oui, j'ai oublié : Mehdi Belhaj Kacem (avec tacle à Badiou automatique ? ) dans un hors-série de "Philosophie magazine" (eh oui, ça existe ! ) de cet été, consacré au sublime moustachu, et qui m'a accompagné sur les plages...
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MessageSujet: Re: (en) avoir ou pas   Mar 01 Sep 2015, 16:09

Citation :
Maxime doublement obscure, à la fois énigmatique et inquiétante: malgré le lustre de la notoriété et l'éclairage de beaucoup (trop ?) de "contextes" (sans compter les commentaires), elle demeure, au fond, impénétrable, même s'il faut au familier de la Bible le recul d'un regard "profane" pour s'en apercevoir -- comme dans La voie lactée de Buñuel: "Si vous aviez eu de l'argent, je vous en aurais donné !" Hors contexte "biblique", en effet, elle serait plutôt limpide, dans le sens d'un dicton populaire, ironique et fataliste, issu du champ économique et social: "on ne prête qu'aux riches", entendu au sens littéral, "l'argent appelle l'argent"; moralité: y en a pas; et s'il y en a une, elle prend à contrepied toute morale du mérite ou de la vertu, mais aussi bien l'anti-morale de la "grâce" comprise comme "faveur imméritée" ou l'amoralité de l'"être" -- car il s'agit bien ici d'avoir et non de recevoir, ni d'être.

Cette parabole met en évidence l'inégalité existante à la naissance, certains possèdent dès la naissance des atouts, des prédispositions et des avantages qui les favorisent dans la vie et attireront la réussite, à l'inverse ne possèdent rien.
Cela me fait penser à des paroles de Coluche :
 
"Il paraît que Dieu a dit : "Il y aura des hommes grands et il y aura des hommes petits. Il y aura des hommes beaux et il y aura des hommes moches. Il y aura des hommes blancs et il y aura des hommes noirs. Et tous seront égaux mais ce sera pas facile. Et il y en a qui seront noirs, petits et moches et pour eux ça sera trés dur !"

« Nous sommes tous égaux, mais certains plus que d’autres »…

La parabole semble cautionner cet état de fait. En Mt 13,11 Jésus avoue : "Parce que, s'il vous a été donné, à vous, de connaître les mystères du règne des cieux, à eux cela n'a pas été donné"

Certains ont d'une manière innée des prédispositions pour comprendre les paraboles de Jésus et d'autres pas.
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MessageSujet: Re: (en) avoir ou pas   Jeu 17 Sep 2015, 11:10

Le verbe avoir est en français d'une banalité et donc d'une faiblesse sémantique extrêmes, puisqu'il nous sert même d'auxiliaire de conjugaison, là où l'espagnol par exemple distingue haber et tener (qui pour une oreille francophone évoque tenir et suggère un peu plus la métonymie de la main et de la préhension). Du coup nous ne l'"entendons" quasiment plus, sauf quand une formulation insolite nous le fait spécialement remarquer, comme c'est le cas dans l'emploi absolu du logion évangélique qui faisait l'objet de ce fil (avoir ou ne pas avoir, tout court, sans complément d'objet exprimé). Ça fonctionne déjà un peu moins bien, mais encore un peu grâce à l'étrangeté de la formule, pour "avoir des oreilles" dans le même contexte.

Le verbe grec correspondant (ekhô) est sensiblement moins courant, de sorte que lorsqu'il est employé, surtout en dehors d'une formule stéréotypée (il y en a aussi beaucoup, comme en français avoir chaud, avoir froid, avoir faim, avoir soif, avoir mal), on l'"entend" davantage; pourtant, sans une bizarrerie comme celles-là il passe tout à fait inaperçu en traduction française, sauf à verser dans la surtraduction grotesque. Par ailleurs, il n'a pas de véritable équivalent hébreu, l'hébreu (comme l'araméen) exprimant généralement l'"avoir" (ou la "possession") par des périphrases inverses (du possédé au possesseur: qqch [est] à qqn, dans la main de qqn, etc.) -- ce qui, au passage, suggère que le logion en question, comme beaucoup d'autres "paroles de Jésus", est bien grec (à moins qu'on juge plus "originale" la formulation copte de Thomas qui se rapproche davantage d'une tournure sémitique).

Ainsi le lecteur francophone ne distingue-t-il guère les emplois de l'"avoir" grec (ekhô), par exemple quand il est question d'avoir (la) foi (pistin ekhein, Marc 4,40; 11,22), d'autant que la même expression française peut aussi traduire le simple verbe pisteuô, "croire", pour le rapprocher de son substantif, pistis = la "foi" (le latin les ayant formellement séparés en credere et fides). Ou, notamment dans l'Evangile selon Jean, avoir la vie (éternelle), tournure dont on remarque habituellement le temps (présent, chez Jean) plus que le verbe même (elle me rappelle toujours le joli dicton, très "manuel", rapporté ou inventé par Giono: "la vie, c'est comme l'eau: si tu mollis le creux de ta main, tu la gardes, si tu serres le poing tu la perds"). C'est une question très profonde qui se pose à l'endroit de ce verbe: comment aurait-on la "vie" ? quel rapport peut "avoir" un "être vivant", "fini" comme on dit, à une "vie" qui lui est "essentielle" et pourtant le dépasse infiniment ? Elle rejoint une non moins profonde méditation du participe (présent): le "vivant" participe à/d'une "vie", ou à/d'un "vivre", qui à la fois lui est "propre" et ne lui est absolument pas "propre" (pour le dire un peu autrement: il n'y a pas de "vie" hors du "vivant", et pourtant la "vie" excède tout "vivant"); de même le "croyant" participant à/d'une "foi", ou à/d'un "croire", ou l'"étant" à/d'un "être".

Il y a toujours de la métaphysique dans la grammaire, et de la grammaire dans la métaphysique.
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