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 A vous, le mystère du règne de Dieu a été donné mais pour ceux du dehors tout arrive en paraboles

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MessageSujet: A vous, le mystère du règne de Dieu a été donné mais pour ceux du dehors tout arrive en paraboles   Ven 20 Mar 2015, 17:18

"Il leur disait : A vous, le mystère du règne de Dieu a été donné, mais pour ceux du dehors tout arrive en paraboles, de sorte que, tout en regardant bien, ils ne voient rien et que, tout en entendant bien, ils ne comprennent rien, de peur qu'ils ne fassent demi-tour et qu'il ne leur soit pardonné."(Mc 4,11-12)

Ce texte semble indiqué que Jésus utilise volontairement des paraboles afin que "ceux du dehors" ou les "non-initiés" ne parviennent pas à comprendre son enseignement ou le "mystère du règne de Dieu". Cette non-acquisition de la connaissance implique l'impossibilité pour un "non-initié" de se convertir. Nous pouvons être surpris par ces paroles de Jésus, car il est présenté comme celui qui prêche pour que les gens se tournent vers Dieu.
Pourquoi faut-il que son message reste énigmatique pour les autres ?
Ces paroles de Jésus, concordent-elles avec celles de Rm 9,18 ("il a compassion de qui il veut, et il fait s'obstiner qui il veut"), Jésus fait en sorte que "ceux du dehors tout devient énigme", afin d'endurcir leurs coeurs.
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Narkissos

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MessageSujet: Re: A vous, le mystère du règne de Dieu a été donné mais pour ceux du dehors tout arrive en paraboles   Sam 21 Mar 2015, 01:52

Cf. http://etrechretien.discutforum.com/t339p30-aporie-de-la-revelation (discussion du 23.2.2010); et, plus récemment, http://etrechretien.discutforum.com/t1017-deus-absconditus et http://etrechretien.discutforum.com/t1013-monomathie

Dans cette logique éminemment circulaire du "cercle apocalyptique" (cercle de la révélation, apokalupsis, qui se révèle ou se dé-voile elle-même, d'elle-même et à elle-même, et dont rien, strictement, ne sort), tout passage du "dehors" au "dedans" relève de l'impossible, donc de l'absurde ou de l'inexplicable, donc du miracle ou de la grâce -- ce qui est dit ici du "mystère" le sera du "salut" en 10,26s. Ce n'est pas pour rien que Matthieu (chap. 13) rapproche de ce passage le logion également aporétique de (Marc) 4,25s sur l'"avoir-ou-pas" (cf. http://etrechretien.discutforum.com/t1020-en-avoir-ou-pas ).
En ce qui concerne l'antithèse "dehors/dedans", il faut bien remarquer ici la mise en scène de l'enseignement "privé", à l'intérieur (v. 10, à entendre aussi au sens "physique" ou "concret": chez Marc Jésus et les disciples ont toujours une "maison" ou un "chez eux" -- à Capharnaüm en 2,1 -- contrairement à l'image du groupe exclusivement itinérant qui s'imposera dès Matthieu), opposé à l'enseignement "public", à l'extérieur (v. 1); juste avant, "la mère et les frères" qui se tiennent dehors sont semblablement opposés au cercle des disciples (3,31ss); cf. encore 4,33s, 7,17ss; 9,28ss.33; 10,10; ou la mise en scène analogue de la résurrection de la fille de Jaïros en 5,40ss.
Pourtant cette opposition n'est pas aussi simple qu'il y paraît, car à bien des égards ceux qui sont censés être "dedans" restent "dehors", notamment pour ce qui est de la "compréhension": cf. 4,13; 6,52; 7,17ss; 8,17ss; 9,10.32.
Il y a d'ailleurs un effet d'ironie supplémentaire (qu'il soit "voulu" ou "fortuit", simple conséquence des développements successifs du texte) du fait qu'au chapitre 4 la seule "explication privée" de parabole rendue explicitement accessible au lecteur-auditeur consiste en une "dégradation" ou un "aplatissement" de la "parabole" en "allégorie" (la parabole du semeur expliquée terme à terme, v. 14ss), où précisément tout (sens du) "mystère" se perd. Tout se passe comme si les "explications" ne servaient à rien, passant systématiquement à côté d'un "essentiel" qui ne s'explique pas: l'incompréhension persistante (voire croissante) des disciples en dépit de toutes les "explications privées" le souligne.
En cela le "mystère" se distingue d'un ésotérisme de la "tradition secrète" et de l'"initiation" (au moins au sens "formel" ou, paradoxalement, "extérieur" de ces termes) -- ce sera le grand sujet de discorde et de malentendu entre "ecclésiastiques" et "gnostiques" au IIe siècle, ceux-ci arguant de la "tradition secrète" des apôtres pour défendre ce qu'on appellerait aujourd'hui leur "droit à la différence", ceux-là tentant de la réfuter au nom de la "tradition apostolique commune" (ou catholique, universelle) de l'Eglise. Le "mystère" joue assurément de la "tradition secrète", mais il s'en joue aussi: il ne s'y identifie pas totalement ni sans reste.

A titre tout à fait personnel et anachronique, je trouve fascinante la formule "à ceux du dehors tout arrive en paraboles"; parce qu'elle me semble exprimer remarquablement une aporie constitutive du langage, que celui-ci se veuille ou non "figuré" (et avec lui de la figure, du symbole, du signe et de la représentation en général) -- qui n'arrive à faire ce qu'il est censé faire, à dire ce qu'il veut dire, qu'en y échouant (au sens de l'échec, du but manqué, et aussi au sens où un vaisseau à la dérive échoue sur un rivage); comme s'il n'était pas question de signifier "proprement", "droitement", "directement", "clairement", "simplement", quoi que ce soit de "significatif", un "sens" ou une "vérité" univoque. Il y faut le détour du trope, du "tour" langagier ou littéraire, de la figure de style, de la métaphore et de la métonymie en tout genre, par lequel un locuteur ne peut espérer atteindre son but, s'il en a un (et alors il en a au moins deux, son "signifié" et son "destinataire"), qu'en se livrant au hasard d'une voie de communication incontrôlable, en spéculant de bout en bout sur l'aléatoire, sans aucune garantie d'aboutir.
Qu'est-ce qu'une "parabole" ? Si on laisse de côté d'une part l'étymologie grecque du "jeter à côté", de la diversion rhétorique ou du rapprochement d'idées, d'autre part l'usage "biblique" particulier qui en fait (dans la Septante) un équivalent "sapiential" de l'hébreu mašal, proverbe, dicton, poème ou énigme (autant de "genres" à nos yeux très différents), pour se concentrer sur le type d'énoncé effectivement appelé "parabole" dans les évangiles, c'est à première vue un énoncé narratif, un récit bref et extrêmement simple, clair, concret, banal, généralement tiré de la nature ou de la vie quotidienne, qui ne pose aucun problème de "compréhension" au "premier degré": un semeur sème, une graine germe et pousse, on récolte, etc. (cf. http://etrechretien.discutforum.com/t237-marc-426-29 ). La difficulté vient du fait qu'en vertu d'un contrat implicite (parce que c'est une "parabole") l'auditeur ou le lecteur en attend autre chose et que de cela, littéralement, rien n'est dit (du moins tant que la parabole n'est pas "expliquée", et quand elle l'est elle cesse d'être une parabole pour devenir une comparaison ou une allégorie). Il y a un effet d'"illumination" ou de "vérité" qui se produit ou non (un peu comme dans le kôan bouddhiste, sauf que l'aporie y est moins évidente), à une certaine "pointe" du récit qui apparaît d'elle-même à l'auditeur, ou pas, sans que jamais celui-ci trouve dans ce qui est expressément dit une confirmation de ce qu'il aura éventuellement "compris". Il n'aura rien entendu ou vu que de très banal, et en cela il aura pourtant entrevu ou a-perçu (overheard, dit-on aussi en anglais) du merveilleux, de l'indicible ou de l'inouï (quelque chose comme "le règne de Dieu", mais c'est encore trop en dire, surtout si l'on perd de vue que cette expression est elle-même une "métaphore"). "Regardez ce que vous entendez", dit (littéralement) le v. 24: tout se joue dans le "sensible" et entre les "sens", en plus d'un "sens", comme on dit aussi "entre les lignes". A cet égard la "parabole" ressemble au "mystère", ou au "sacrement"* (mysterium et sacramentum sont deux traductions latines du même mustèrion grec), où le "divin", le "spirituel", se donne sous des "espèces" "sensibles" et "matérielles", dans le monde et le cours même des choses, à même le réel -- qu'on l'y discerne ou non comme tel. Tout au plus s'y oppose-t-elle (au mystère), relativement, comme l'extérieur à l'intérieur. En somme et en effet, au dehors tout arrive ou advient en paraboles; mais s'il n'y a que des paraboles il y a plus d'une manière de (ne pas) les entendre.
* Je signale que l'analogie structurelle entre parabole (évangélique) et sacrement (ecclésiastique) a été remarquablement analysée et développée par deux théologiens luthériens allemands, Gerhard Ebeling et Eberhard Jüngel, notamment dans l'ouvrage Gott als Geheimnis der Welt de ce dernier (traduit sous le titre Dieu mystère du monde dans la collection Cogitatio fidei des éditions du Cerf). Si je devais recommander un seul livre de théologie chrétienne moderne à quelqu'un qui n'aurait pas le temps d'en lire d'autres, ce serait probablement celui-là.
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MessageSujet: Re: A vous, le mystère du règne de Dieu a été donné mais pour ceux du dehors tout arrive en paraboles   Lun 23 Mar 2015, 17:40

Citation :
Pourtant cette opposition n'est pas aussi simple qu'il y paraît, car à bien des égards ceux qui sont censés être "dedans" restent "dehors", notamment pour ce qui est de la "compréhension": cf. 4,13; 6,52; 7,17ss; 8,17ss; 9,10.32.

Rien n'est simple décidément ... Effectivement, on pourrait s'attendre à ce que « ceux du dehors » ne correspondent qu'à ceux qui ne font pas partie des intimes de Jésus, or Mc 8,14 ss indique ,que les apôtres, qui reçoivent les clés de la compréhension des paraboles, vont manifester leur incompréhension, ce qui semble être une constante dans l’Évangile! Marc.
En Mc 14,18; Jésus utilisera même la citation d’Isaïe pour qualifier les apôtres comme  « ceux du dehors » : "Vous avez des yeux, et vous ne voyez pas ? Vous avez des oreilles, et vous n'entendez pas ?".

Dans Mc et Lc l'endurcissement semble être l'objectif de l'utilisation des paraboles, alors que chez Mt, c'est l'inverse, "l'incompréhension" des paraboles est la conséquence de l'endurcissement :



"Les disciples vinrent lui demander : Pourquoi leur parles-tu en paraboles ? Il leur répondit : Parce que, s'il vous a été donné, à vous, de connaître les mystères du règne des cieux, à eux cela n'a pas été donné. Car on donnera à celui qui a, et il sera dans l'abondance, mais à celui qui n'a pas on enlèvera même ce qu'il a. Voilà pourquoi je leur parle en paraboles, parce qu'en voyant ils ne voient pas, et qu'en entendant ils n'entendent ni ne comprennent. Et pour eux s'accomplit cette parole du prophète Esaïe :

Vous aurez beau entendre, vous ne comprendrez jamais.
Vous aurez beau regarder, vous ne verrez jamais.
car le cœur de ce peuple s'est engourdi ;
ils sont devenus durs d'oreille et ils ont fermé les yeux,
de peur de voir avec leurs yeux, d'entendre avec leurs oreilles,
de comprendre avec leur cœur
et de faire demi-tour ; je les aurais guéris !
(Mt 13,10 ss)
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Narkissos

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MessageSujet: Re: A vous, le mystère du règne de Dieu a été donné mais pour ceux du dehors tout arrive en paraboles   Lun 23 Mar 2015, 19:00

En effet, chez Matthieu, l'explicitation et l'extension de la citation d'Isaïe 6,9s (selon la Septante) semblent aboutir à justifier l'ensemble du processus (paraboles => incompréhension, cet enchaînement du moins reste inchangé) par une cause "morale" -- surtout si l'engourdissement du cœur n'est plus compris en grec, comme il l'était en hébreu, au sens d'incapacité mentale ou intellectuelle (cf. http://etrechretien.discutforum.com/t553-cardiologie-biblique ). Ce déplacement n'est de toute façon possible qu'à la faveur de la traduction grecque, car en hébreu l'aveuglement-assourdissement-abrutissement est entendu comme une conséquence du message prophétique (noter les impératifs dans les traductions françaises d'Isaïe 6,9 qui suivent l'hébreu). Paradoxalement, l'allusion de Marc serait donc plus proche du sens "originel" d'Isaïe (hébreu) que la citation formelle et étendue de Matthieu (d'après le grec).

Marc 8,14-18 (que tu cites en partie) est aussi remarquable par la manière d'anti-logique (ou de logique anti-arithmétique ou anti-économique) qu'il semble dégager des récits de miracles en les interprétant comme des paraboles (les deux "genres" sont plus proches qu'il n'y paraît*). En l'espèce, la leçon est tirée des deux "multiplications des pains" (doublet peut-être accidentel dans la tradition pré-évangélique, cf. aussi les échos d'Actes 6,1ss où les nombres 12 et 7 se retrouvent, avec une tout autre fonction, à propos de distribution de nourriture): quand il y en a moins (cinq pains) pour plus (cinq mille personnes), il reste davantage (12 > 7 paniers) que quand il y en a plus (sept pains) pour moins (quatre mille personnes). Ce dialogue étonnant est sévèrement abrégé par Matthieu (16,5ss), qui explique en revanche le "levain" comme une métaphore de l'"hypocrisie", et complètement éliminé par Luc (12,1 -- logiquement, car il a aussi éliminé, comme Jean, la seconde multiplication des pains !), qui ne conserve que le logion initial assorti d'emblée de l'explication matthéenne.

*D'un point de vue exégétique, c'est un fait (textuel) que les "paraboles" et les "récits de miracle" communiquent (mystérieusement !), et qu'un même élément narratif peut "passer" d'un genre à l'autre. P. ex. "la résurrection de Lazare" fait partie d'une "parabole" dans Luc et constitue un "signe"-miracle chez Jean. Le "miracle" (négatif) du figuier désséché chez Marc (et Matthieu), plus ou moins associé par le contexte au jugement d'Israël (le temple), reparaît chez Luc sous forme de "parabole" du figuier stérile à couper. Plus généralement encore, les nombreux récits de miracle qui utilisent un vocabulaire à "double entendre", comme "guérir" / "sauver" ou "(se) (re)lever-(r)éveiller" /  "ressusciter", fonctionnent pour l'"initié" comme autant de "paraboles" du "mystère".
Si l'on tient compte de l'analogie "parabole" / "sacrement" que j'évoquais précédemment, il n'est pas difficile de voir comment le "miracle" s'y intègre. Dans tous les cas (de figure) on retrouve la même "logique" (la même structure, le même principe) de l'événement-avènement de l'inouï dans le quotidien: une "parabole" où l'on a "vu" et "entendu" ce qui s'est donné à "voir" et à "entendre", sans pourtant rien donner à voir ni à entendre qu'une "banalité", un "sacrement" où l'on a discerné le "mystère" sous des "espèces" on ne peut plus ordinaires (l'eau, le pain, le vin), ce sont bien des "miracles", discrets mais réels, dans la mesure au moins où toute expérience (de langage, de communication, de compréhension, etc.), relève bien du réel.
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MessageSujet: Re: A vous, le mystère du règne de Dieu a été donné mais pour ceux du dehors tout arrive en paraboles   Mar 24 Mar 2015, 16:56

Ne peut-on pas emettre l’hypothèse que ce texte de l'évangile de Mc soit une tentative d'explication (mystérieuse ... sans réelle explication) de l’échec des disciples à comprendre le message de Jésus et de la non réception de l'évangile par les juifs. Ces échecs semblent faire partie du  mystérieux de Dieu.
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MessageSujet: Re: A vous, le mystère du règne de Dieu a été donné mais pour ceux du dehors tout arrive en paraboles   Mar 24 Mar 2015, 19:14

Si, bien sûr! C'est une analyse "stratégique" tout à fait recevable au niveau et du point de vue qui sont les siens (point de vue extérieur justement, distancié, objectif, scientifique au sens des sciences humaines, historique, psycho-sociologique etc.). A chaque fois qu'un groupe x évoque ses "autres", il s'agit pour lui de marquer et d'expliquer la différence de façon à s'auto-justifier, de dire en somme pourquoi "nous" ne sommes pas comme les "autres" et pourquoi les "autres" ne sont pas comme "nous". Pour une religion comme le christianisme il y a en gros deux types d'explication qui fonctionnent à ce niveau-là, celui qui consiste à déclarer les autres (juifs ou païens) "bêtes" et/ou "méchants", et celui qui consiste à affirmer que c'est Dieu qui l'a voulu ainsi (qui nous a "élus", nous et pas eux, etc.), pour d'autres "raisons" obscures ou sans "raison" du tout... Paul et Marc relèveraient plutôt du second type, Matthieu davantage du premier.
Maintenant, quand on a dit ça, on n'a rien dit sur ce qui fait qu'il y a un groupe x distinct des "autres" en premier lieu, sur ce qui le constitue, le fédère et le maintient; sur ce qui fonde et entretient l'attachement positif des membres à ce groupe, à sa pratique et à sa doctrine, lequel ne se réduit jamais au seul souci de se démarquer des autres, même si ce souci n'est pas négligeable. Et pour cela il faut un autre genre d'analyse, plus fine et surtout plus "sympathique" à son "objet", au point de ne plus le traiter en "objet" extérieur, mais de s'efforcer de le comprendre de l'intérieur, et pour ce faire de "jouer son jeu" autant que possible. C'est toute la différence (et à mon sens, l'intérêt) d'une approche religieuse* des religions, mais celle-ci ne prétend pas remplacer ni annuler les autres.
* J'avais d'abord écrit "théologique", tout en notant que le mot ne convient guère qu'aux religions "théistes"; "philosophique" ne conviendrait pas davantage, parce qu'en dépit de l'étymologie il n'y a pas grand-chose de commun entre les "sagesses" plus ou moins religieuses et les "philosophies" de l'Occident. En fait même la tautologie que je choisis faute de mieux (approche religieuse des religions) pèche par sa généralisation: ce que j'appelle "sympathie", c'est (d'essayer) de penser le christianisme en chrétien, le paulinisme en paulinien, etc.
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MessageSujet: Re: A vous, le mystère du règne de Dieu a été donné mais pour ceux du dehors tout arrive en paraboles   Mer 25 Mar 2015, 19:32

Narkissos a écrit:
Ce dialogue étonnant est sévèrement abrégé par Matthieu (16,5ss), qui explique en revanche le "levain" comme une métaphore de l'"hypocrisie", et complètement éliminé par Luc (12,1 -- logiquement, car il a aussi éliminé, comme Jean, la seconde multiplication des pains !), qui ne conserve que le logion initial assorti d'emblée de l'explication matthéenne.

Luc et Jean ont-ils éliminé une des multiplications des pains parce qu'ils n'y croyaient pas ou bien ont-ils voulu restreindre l'aspect miraculeux des récits de Marc et Matthieu à cause du cercle de leurs lecteurs?
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MessageSujet: Re: A vous, le mystère du règne de Dieu a été donné mais pour ceux du dehors tout arrive en paraboles   Mer 25 Mar 2015, 21:53

@ lct: Je ne pense vraiment pas que ce soit un problème de "croyance" ni de "crédibilité" -- une fois qu'on est dans la "multiplication" (mot et concept qui, d'ailleurs, ne se trouvent pas à la lettre dans les textes concernés), il n'est pas beaucoup plus difficile de croire à deux (fois) qu'à une seule !
Peut-être que "Luc" ne comprend tout simplement plus la "logique" (l'utilité, la raison) de ce redoublement: il faut reconnaître, à sa décharge, qu'elle n'est pas évidente dans l'évangile de Marc tel que nous le lisons, et encore moins chez Matthieu -- idée de déclin ou de régression de la "puissance" miraculeuse, inversement proportionnelle aux "ressources" ("humaines", "naturelles"), combinée aussi au passage d'une terre "juive" au sens large (Galilée) à une contrée "païenne" : en Actes 6 les "Sept" sont associés aux "Hellénistes". Ou que ce genre de subtilité ne l'intéresse pas. Quant à "Jean", rien n'indique qu'il ait seulement connu le doublet -- tout dépend de la synchronisation et de la communication entre la tradition (pré-)synoptique et la (première) rédaction de Jean 6.
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MessageSujet: Re: A vous, le mystère du règne de Dieu a été donné mais pour ceux du dehors tout arrive en paraboles   Lun 30 Mar 2015, 17:13

Il s’ensuit que les saints secrets de Dieu et autres “ mystères ” de la Bible (tel celui de Babylone la Grande) ne sont pas des choses qui doivent rester indéfiniment secrètes, mais des choses que Jéhovah Dieu doit révéler quand bon lui semble à ceux qui regardent vers lui et à qui il choisit de les révéler. L’apôtre Paul examine cet aspect de la question en 1 Corinthiens 2:6-16. Il y parle du “ saint secret ” de Dieu comme étant une “ sagesse cachée ”, révélée par le moyen de son esprit saint à ses serviteurs chrétiens. Il s’agit de quelque chose que l’esprit du monde ou la sagesse humaine de l’homme physique sont incapables de concevoir, mais qui est exprimé et compris par ceux qui ‘ combinent des questions spirituelles avec des paroles spirituelles ’. Jésus Christ avait précédemment dit à ses disciples : “ À vous le saint secret [gr. : mustêrion] du royaume de Dieu a été donné, mais pour ceux-là qui sont dehors, toutes choses se passent en exemples, pour que, bien que regardant, ils regardent et pourtant ne voient pas, et que, bien qu’entendant, ils entendent et pourtant n’en saisissent pas le sens, pour que jamais non plus ils ne reviennent et que le pardon ne leur soit accordé. ” — Mc 4:11, 12 ; Mt 13:11-13 ; Lc 8:10.

http://wol.jw.org/fr/wol/d/r30/lp-f/1200003791


Dernière édition par free le Lun 30 Mar 2015, 17:43, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: A vous, le mystère du règne de Dieu a été donné mais pour ceux du dehors tout arrive en paraboles   Lun 30 Mar 2015, 17:42

Je suis intrigué par l'expression "le mystère du règne de Dieu". L'auteur veut-il dire que la présence ou la réalité du royaume de Dieu est un mystère, seulement perceptible par les "initiés" ?

Pour l'évangile de Marc (du moins, cette portion), le royaume est-il de l'ordre de l'expérience intime ?

Ce royaume correspond-t-il à un processus de croissance pour le croyant au niveau de la connaissance ("D'autres grains tombèrent dans la bonne terre : montant et croissant, ils finirent par donner du fruit") ?

Ce royaume manifeste-t-il la présence mystèrieuse de Dieu par les miracles de Jésus, guérisons et exorcismes ?
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MessageSujet: Re: A vous, le mystère du règne de Dieu a été donné mais pour ceux du dehors tout arrive en paraboles   Lun 30 Mar 2015, 19:24

free a écrit:
Je suis intrigué par l'expression "le mystère du règne de Dieu".
Je cite encore une fois Fernand Raynaud: c'est étudié pour !
Bien sûr que le langage des mystères -- remarquable convergence, au passage, entre 1°) une très vieille tradition grecque, cf. les mystères d'Eleusis ou d'Orphée, 2°) le développement sous influence perse, dans le judaïsme du Second Temple, du genre "apocalyptique" qui consiste à dévoiler des "secrets" divins à des "élus" interprètes comme Hénoch ou Daniel, et 3°) une "tendance" (ou "mode") religieuse de l'époque hellénistique et surtout romaine, qui réinterprète de très nombreux mythes ancestraux de toutes provenances ethniques et locales, et de diverses natures (p. ex. agraires et/ou cosmiques: Osiris, Adonis, Attis, Dionysos, Mithra) dans le sens de "cultes à mystères" salvifiques, électifs, urbains et cosmopolites -- bien sûr, dis-je, que ce langage est mystérieux, intrigant, à la fois attrayant et inquiétant (voire irritant) pour le "profane". C'est comme ça qu'il est conçu, c'est comme ça qu'il fonctionne, aussi bien dans le cadre du groupe que dans ses rapports avec l'extérieur (que paradoxalement il attire en le repoussant).
"Traduire" ce langage (essentiellement poétique et figuré d'un point de vue "littéraire", d'où son affinité profonde avec la "parabole") en termes "clairs", non "mystérieux" (comme je le ferais si j'essayais de répondre directement à tes questions !), ce serait forcément le trahir: en neutraliser la puissance, qui est mystérieuse ou n'est pas.
Les adjectifs "ésotérique" (= "seulement perceptible [aux] 'initiés'"), "intime", "intérieur", "spirituel", etc., en disent à coup sûr quelque chose de juste, mais d'insuffisant et de réducteur toujours. Il y va à la fois d'une "connaissance", d'une "expérience", d'une "foi" et d'un "événement" "individuels", mais pas au sens restreint où nous entendons cet adjectif; car tout cela est aussi bien "communautaire", "cosmique" et "divin".
Une idée-clé me semble s'en dégager -- celle que j'essaie d'énoncer depuis le début de ce fil: on ne comprend que de l'intérieur, et rien d'extérieur (initiation, appartenance et participation ou communion à un groupe si "fermé" soit-il, à un mythe et à un rite si "secrets" soient-ils) ne garantit jamais à personne, à aucun moment, d'être tout à fait "à l'intérieur"... (cf. l'incompréhension du cercle le plus intime des disciples dans les évangiles).
A propos de la citation de la Watch: il faudrait relire 1 Corinthiens 2 pour voir à quel point la banalisation du "mystère" en "connaissance" ("exacte" de surcroît) acquise et transmissible (directement thématisable, enseignable, explicable, démontrable, mémorisable, accumulable, capitalisable, répétable) est un contresens: du commencement à la fin du "cercle de la révélation" (qui comme tout cercle n'a ni commencement ni fin !) seul le "spirituel" connaît le "spirituel", seul le "divin" connaît le "divin", seul le "céleste" connaît le "céleste": là-dessus, avec des mots différents, "Paul" et "Jean" sont parfaitement d'accord. Et tous les "mystiques" de toutes les "religions", au fond.
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MessageSujet: Re: A vous, le mystère du règne de Dieu a été donné mais pour ceux du dehors tout arrive en paraboles   Mar 31 Mar 2015, 14:41

Citation :
A propos de la citation de la Watch: il faudrait relire 1 Corinthiens 2 pour voir à quel point la banalisation du "mystère" en "connaissance" ("exacte" de surcroît) acquise et transmissible (thématisable, enseignable, explicable, démontrable, mémorisable, accumulable, capitalisable, répétable) est un contresens: du commencement à la fin du "cercle de la révélation" (qui comme tout cercle n'a ni commencement ni fin !) seul le "spirituel" connaît le "spirituel", seul le "divin" connaît le "divin", seul le "céleste" connaît le "céleste": là-dessus, avec des mots différents, "Paul" et "Jean" sont parfaitement d'accord. Et tous les "mystiques" de toutes les "religions", au fond.

Quant à Paul, il me semble bien que c'est délibérément qu'il ne parle pas ici "en clair", et on ne pourrait que le trahir à le traduire "en clair". Il parle le langage des mystères hellénistiques, qui implique précisément que tout ne soit pas accessible à tout le monde, ni compréhensible de n'importe quel point de vue; que l'initié, l'"accompli" ou "parfait" (teleios), le "spirituel" ou "pneumatique" (pneumatikos), ait accès à un type de connaissance ou de sagesse qui ne peut être que stupidité pour le profane, l'homme ordinaire, "naturel" ou "psychique" (psukhikos). On peut y voir un élitisme, mais c'est aussi la reconnaissance du fait que toute perception dépend d'un point de vue particulier, que chaque type de connaissance implique un déplacement, un cheminement vers le "lieu" où elle a un sens (sens de l'initiation): le mystère ne peut être contemplé que de l'intérieur, il est vain de tenter de le traduire ou de le justifier d'un point de vue universel (qui n'est d'ailleurs celui de personne). Ce qu'on retrouvera plus tard dans les christianismes gnostiques, ésotériques et mystiques.

Là encore on a la reconnaissance (honnête au fond) d'une pensée circulaire, qui ne prétend pas être probante pour tout le monde, et qui par le fait renonce à se justifier aux yeux de tous (ce que tente de faire l'apologétique) et donc à s'imposer à tous. On en trouve une autre expression saisissante dans le johannisme: "Eux, ils sont du monde; c'est pourquoi leur parole est du monde, et le monde les écoute. Nous, nous sommes de Dieu; celui qui connaît Dieu nous écoute; celui qui n'est pas de Dieu ne nous écoute pas: c'est à cela que nous connaissons l'Esprit de la vérité et l'esprit de l'égarement." (1 Jean 4,5s) On peut voir là une forme flagrante d'autisme intellectuel ou d'aberration mentale. Ou au contraire une pensée consciente de ses limites, qui sait que son aire de validité n'est pas universelle.

A l'opposé, on a la religion exotérique, qui se veut universellement compréhensible et donc valable pour tout le monde. C'est elle qui tient à se justifier rationnellement. C'est elle aussi qui tend au totalitarisme.

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MessageSujet: Re: A vous, le mystère du règne de Dieu a été donné mais pour ceux du dehors tout arrive en paraboles   

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A vous, le mystère du règne de Dieu a été donné mais pour ceux du dehors tout arrive en paraboles
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