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 le nu échappé

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Narkissos

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MessageSujet: le nu échappé   Ven 03 Avr 2015, 20:05

Alors tous l'abandonnèrent et prirent la fuite. Un jeune homme le suivait (ou l'accompagnait), vêtu d'un drap seulement (litt. à nu). On l'arrête, mais lui, lâchant le drap, s'enfuit tout nu.
[...]
Il y avait aussi des femmes qui regardaient de loin. Parmi elles, Marie-Madeleine, Marie, mère de Jacques le Mineur et de José, et Salomé, qui le suivaient et le servaient lorsqu'il était en Galilée, et beaucoup d'autres qui étaient montées avec lui à Jérusalem.
Le soir était déjà là, et comme c'était le jour de la Préparation — la veille du sabbat — Joseph d'Arimathée, un membre honoré du conseil, qui attendait lui aussi le règne de Dieu, arriva. Il osa se rendre chez Pilate pour demander le corps de Jésus. Etonné qu'il soit déjà mort, Pilate fit appeler le centurion et lui demanda s'il était mort depuis longtemps. Renseigné par le centurion, il donna le cadavre à Joseph. Celui-ci acheta un drap, descendit le corps de la croix, l'enveloppa avec le drap et le mit dans un tombeau taillé dans le roc, puis il roula une pierre contre l'entrée du tombeau. Marie-Madeleine et Marie, mère de José, regardaient où on l'avait mis.
Lorsque le sabbat fut passé, Marie-Madeleine, Marie, mère de Jacques, et Salomé achetèrent des aromates, pour venir l'embaumer. Le premier jour de la semaine, elles viennent au tombeau de bon matin, au lever du soleil. Elles disaient entre elles : Qui roulera pour nous la pierre de l'entrée du tombeau ? Levant les yeux, elles voient que la pierre, qui était très grande, a été roulée.
En entrant dans le tombeau, elles virent un jeune homme assis à droite, vêtu d'une robe blanche ; elles furent effrayées. Il leur dit : Ne vous effrayez pas ; vous cherchez Jésus le Nazaréen, le crucifié ; il s'est réveillé, il n'est pas ici ; voici le lieu où on l'avait mis. Mais allez dire à ses disciples et à Pierre qu'il vous précède en Galilée : c'est là que vous le verrez, comme il vous l'a dit.
Elles sortirent du tombeau et s'enfuirent tremblantes et stupéfaites. Et elles ne dirent rien à personne, car elles avaient peur.


Autres éléments discrètement étonnants de l'Evangile selon Marc (14,50ss; 15,40ss), que ce jeune homme et ce drap qui encadrent symétriquement le corps du récit de la Passion, l'entourant et le contournant pour ainsi dire; le jeune homme disparaissant nu au moment où Jésus est arrêté, ne laissant que son drap, deux fois nommé; puis, Jésus prématurément mort, revient le drap, encore deux fois nommé, pour recouvrir son corps, et finalement le jeune homme, vêtu cette fois, dans le tombeau vide. Le lecteur remarque à peine ce jeu d'escamotage, le lecteur "rationnel" en écarte aussitôt toute "signification" en se disant qu'il ne s'agit certainement ni du "même" jeune homme ni du "même" drap (pas d'autre "jeune homme" ni d'autre "drap" pourtant dans tout le reste de l'évangile). Quelque chose cependant se donne ici à voir et à méditer dans cette récurrence, qui défie sans doute toute "explication" mais n'en est pas moins remarquable (vous avez dit "parabole" ?).

(Vérification faite, ce texte a déjà été -- un peu -- discuté ici: http://etrechretien.discutforum.com/t301-ce-que-je-retiens-de-marc )

(En attendant une éventuelle suite, une méditation de "Samedi-Saint", le jour du s[h]abbat où, même dans les évangiles, il ne se passe rien: http://oudenologia.over-blog.com/article-article-sans-titre-103004260.html -- le titre étant tiré de ceci: https://www.youtube.com/watch?v=oN_pooWIheA -- cf. http://fr.wikipedia.org/wiki/Christ_lag_in_Todesbanden_(Bach) )
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free



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MessageSujet: Re: le nu échappé   Mar 07 Avr 2015, 17:37

Citation :
 finalement le jeune homme, vêtu cette fois, dans le tombeau vide

Je (re)découvre que "ce" jeune homme vêtu d'une robe blanche était assis à droite dans le tombeau vide ... Mystérieux !

Le drap blanc rappelle la transfiguration :

"Six jours après, Jésus prend avec lui Pierre, Jacques et Jean, et il les conduit seuls à l'écart, sur une haute montagne. Il fut transfiguré devant eux : ses vêtements devinrent resplendissants, d'une blancheur telle qu'il n'est pas de teinturier sur terre qui puisse blanchir ainsi" (9,2-3)
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Narkissos

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MessageSujet: Re: le nu échappé   Mar 07 Avr 2015, 19:10

Le "jeune homme" de Marc 16 deviendra "ange du Seigneur", assis sur la pierre à l'extérieur de la tombe, et plus blanc que blanc (d'une lessive surnaturelle, textuellement ou peu s'en faut) dans Matthieu 28; "deux hommes" en blanc étincelant dans Luc 24; "deux anges" en blanc dans Jean 20. Celui du chapitre 14, en revanche, n'est que chez Marc.

free a écrit:
Le drap blanc rappelle la transfiguration

La robe blanche surtout. Le drap n'est blanc qu'implicitement... :)

C'est une folle surabondance de signes qui caractérise la rédaction évangélique en général et celle de Marc en particulier, et qui lui vient sans doute en grande partie de la luxuriance de la "tradition" de toute sorte (légendaire, symbolique, charismatique) en amont. Il y a beaucoup trop de "signes" pour un seul "sens" narratif, nécessairement linéaire, trop de "pistes" entrouvertes et entrevues à droite et à gauche que le narrateur pressé (la "hâte" est un autre trait marcien, cf. tous les "aussitôt", "immédiatement") laisse ostensiblement de côté faute de pouvoir les suivre toutes. D'où cette impression de marche forcée à travers une forêt obscure et bruissante, où l'on devine bien d'autres chemins possibles, mais où l'on ne peut guère en fait s'écarter sans se perdre; car le récit a tracé son chemin qui est tout notre texte, et ce qu'il y avait autour ne nous est plus directement accessible.

Cela dit, la difficulté narrative et explicative se résout au niveau du "sens" myst(ér)ique, théologique, christ(olog)ique, si tant est que tous les "signes" explicitement développés (baptême, transfiguration, tombeau vide p. ex.) disent, au fond, la même chose, que l'on peut dès lors lire aussi dans ceux qui ne sont qu'ébauchés (miracles, paraboles, et anecdotes comme celle-ci).
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le chapelier toqué

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MessageSujet: Re: le nu échappé   Mer 08 Avr 2015, 20:44

Je dois reconnaitre que cette partie du récit de Marc me dépasse complètement. De plus j'ai peur de ne pas comprendre ce que tu déclares, Narkissos:

Cela dit, la difficulté narrative et explicative se résout au niveau du "sens" myst(ér)ique, théologique, christ(olog)ique, si tant est que tous les "signes" explicitement développés (baptême, transfiguration, tombeau vide p. ex.) disent, au fond, la même chose, que l'on peut dès lors lire aussi dans ceux qui ne sont qu'ébauchés (miracles, paraboles, et anecdotes comme celle-ci).
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Narkissos

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MessageSujet: Re: le nu échappé   Mer 08 Avr 2015, 23:34

Je m'explique (un peu): le "message" on ne peut plus solennel des scènes du baptême et de la transfiguration est explicitement et rigoureusement le même, puisque la voix céleste y dit deux fois la même chose, à la deuxième puis à la troisième personne:
- "Tu es mon Fils, le bien-aimé, c'est en toi que j'ai pris plaisir." (Marc 1,15)
- "Celui-ci est mon Fils, le bien-aimé, écoutez-le." (9,7).
Cette reprise ne peut manquer d'attirer l'attention du lecteur le plus distrait sur le fait que la question "centrale" de l'évangile, sa seule question peut-être, maintes fois répétée sous diverses formes (emblématiquement "Qui est-il, celui-là ?", 4,41; cf. 1,7.22.24.27; 2,7.10; 6,2; 8,27ss; 11,28ss), porte sur l'identité, la qualité ou l'autorité de "Jésus". C'est cette question qui trouve une réponse, toujours la même aussi sous différentes formes (p. ex. le Christ / le Fils de Dieu), dès l'introduction (1,1), dans les "voix célestes" précitées, dans les "confessions" des "esprits impurs" (1,24; 3,11; 5,7), de Pierre (8,29), de Jésus lui-même devant le sanhédrin (14,61s) et du centurion à sa mort (15,39). L'annonce de la résurrection au chapitre 16, qui reste à l'état d'annonce dans le texte tel qu'il nous est parvenu (celui-ci s'arrêtant brutalement au v. 8, sans "apparition" du ressuscité), ne fait que confirmer cet unique message puisqu'elle renvoie aux annonces également répétées de la Passion et de la résurrection du "Fils de l'homme", autre désignation de l'"identité secrète de Jésus" (8,31; 9,9.12.31; 10,33.45; 14,41.62): la résurrection montre, de façon spectaculaire quoique toute négative puisqu'il n'y a littéralement "rien à voir", qui était ou ce qu'était "Jésus". C'est pourquoi il me semble que l'évangile n'a au fond qu'une seule chose à dire, explicitement ou implicitement: et quand les paraboles parlent de "mystère" ou de "règne de Dieu", elles ne disent pas autre chose que ce qui se joue en "Jésus" -- si ce n'est que ce qui se joue là est plus profond et plus obscur qu'il n'y paraît dans une question et une réponse toutes faites sur son "identité". Je suggère donc que le petit jeu verbal que j'ai tenté de mettre en évidence ci-dessus fait encore à sa manière (assurément énigmatique au premier degré de la narration) la même chose. Le "jeune homme" qui s'échappe nu quand "Jésus" est pris et qui apparaît vêtu quand "Jésus" a disparu pour (nous) dire ce qui est advenu de "Jésus" fonctionne comme une sorte de "double" de "Jésus", qui n'a pas d'autre intérêt que d'attirer à nouveau notre attention sur "Jésus" et son insaisissable "identité".

Pour prendre le même sujet (puisqu'il n'y en a pas d'autre) par un autre bout: Jésus meurt et Jésus ne meurt pas. Cette proposition formellement contradictoire, c'est ce qu'exprime la narration "orthodoxe", suivant le modèle dominant de Luc-Actes, dans la séquence narrative et chronologique crucifixion-résurrection-apparitions-ascension; mais cela s'est aussi énoncé autrement dans le christianisme primitif. Par exemple par une "élévation" directement identifiée à la mort, ou spécifiquement à la crucifixion, chez Jean ou dans l'épître aux Hébreux. Et aussi par divers modes de dissociation/substitution. P. ex. "Jésus" meurt et "l'Esprit" ou "le Christ" ne meurt pas, chez Cérinthe selon Irénée, cf. dans le récit de Marc le cri d'abandon; le "roi des Juifs" meurt et le "Fils du Père" ne meurt pas, cf. (Jésus) Barabbas; un autre prend la place de Jésus, Simon de Cyrène chez Basilide, toujours selon Irénée, ou Judas-Thomas-Didyme-le Jumeau selon d'autres gnostiques (ce dont on trouverait un écho jusque dans le Coran). Au degré zéro de la narration, toutes ces variantes sont incompatibles entre elles: celui qui veut avoir une histoire linéaire et cohérente à raconter doit choisir (c'est ce qu'il doit faire de toute façon même s'il se cantonne à la lecture la plus superficielle des quatre évangiles canoniques). Avec un peu de recul, elles disent pourtant toutes la même chose: Jésus meurt et Jésus ne meurt pas.
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MessageSujet: Re: le nu échappé   Mar 14 Avr 2015, 11:03

Citation :
Jésus meurt et Jésus ne meurt pas

On peut donc imaginer que Jésus n'a pas été arrété mais qu'il a fui sous les traits du  jeune homme vêtu d'un drap et que c'est ce jeune homme qui a été crucifié.
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Narkissos

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MessageSujet: Re: le nu échappé   Mar 14 Avr 2015, 12:41

@ free: si je crois bien deviner ici, sous toutes réserves vu le caractère allusif et (c'est le cas de le dire) évasif du passage, un motif de dissociation (comme pour Barabbas d'ailleurs), je n'y vois pas de motif de substitution (contrairement au cas de Simon de Cyrène, qui à un certain point du récit et pas n'importe lequel, celui où apparaît la croix, prend la place de Jésus -- substitution d'ailleurs ostensiblement rejetée par le quatrième évangile, où Jésus "porte lui-même sa croix"): chez Marc le jeune homme au drap ne prend pas la place de Jésus, il la quitte au contraire pour échapper à l'arrestation (saisie, main-mise), au jugement, à la souffrance, au ridicule et à la mort (laissant là le "drap" qui reviendra, comme signifiant du moins, envelopper le "corps" objet de la Passion); il contourne tout cela pour réapparaître là où la et le mort n'est plus. Le fait (textuel) qu'il échappe nu me semble aussi aller dans ce sens, à cause de la symbolique de la nudité qui caractérise, 1°) dans une "eschatologie" passablement répandue, l'état dit "intermédiaire" de l'"âme" ou de l'"esprit" privé ou dépouillé de corps-vêtement, entre la mort et la résurrection corporelles (cf. 1 Corinthiens 15; 2 Corinthiens 5) et, 2°) dans un "gnosticisme" tout aussi répandu qui recoupe en partie la conception précédente, le salut même du "spirituel" qui échappe à la corporalité et à la dualité (notamment sexuelle, voir l'évangile selon Thomas). D'une façon ou d'une autre, le "jeune homme" de Marc serait tout entier du côté de la "vie" insaisissable, alors que le "Jésus" restant, dans la ligne principale du récit (c.-à-d. si l'on ne suit pas la "déviation" par Simon de Cyrène, que le rédacteur se contente d'évoquer à son embranchement pour ainsi dire, sans suivre jusqu'au bout la piste de la "substitution"; il laisse quand même planer le doute assez longtemps, puisque le sujet "Jésus" ne réapparaît pas explicitement dans le texte grec avant le v. 34 ou même 37, selon les manuscrits), est livré, saisi, jugé, battu, crucifié, en un mot abandonné de son "Dieu" (ou: de sa "force" ou "puissance", selon une autre tradition ou interprétation dont témoigne l'Evangile de Pierre, v. 19) comme le dit son ultime cri.

Là encore, j'insiste sur le fait que ce schème de dissociation n'est au fond pas propre à telle ou telle christologie particulière (disons "hérétique"): aucune christologie, même "orthodoxe", ne peut se passer de distinguer, en Jésus, quelque chose comme le "divin" et l'"humain", le "spirituel" et le "charnel", l'"immortel" et le "mortel", l'"incréé" et le "créé", l'"impassible" et le "passible". Seulement cette nécessité qui s'exprimera dans l'orthodoxie des IVe et Ve siècles sous une forme "philosophique" analytique et/ou descriptive (distinction des "hypostases" divines du Père et du Fils et union hypostatique de deux "natures", divine et humaine, dans ce dernier) a trouvé auparavant beaucoup d'autres expressions narratives, concurrentes au degré zéro de la lecture, dont les textes du NT comme les débats ultérieurs de l'Eglise ancienne portent les traces (traces qui appellent, certes, une interprétation, hasardeuse et discutable comme l'est à divers degrés celle de n'importe quelle trace).
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