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 Violence, non-violence, non-puissance

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le chapelier toqué



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MessageSujet: Violence, non-violence, non-puissance   Dim 19 Avr 2015, 11:35

Violence, non-violence, non-puissance : quelle prédication et quelles pratiques d’Eglise ?
Tel est le thème du cahier (central) d’Evangile et liberté d’avril 2015. C’est le texte d’une conférence donnée par Frédéric Rognon, professeur de philosophie à la faculté de théologie protestante de Strasbourg, aux journées Evangile et liberté… en octobre 2014.

(L’auteur aborde le thème de la violence et en donne deux interprétation)
Page 10, 4e paragraphe :
La première consiste à définir la violence comme la négation de l’autre dans son intégrité physique. Cette première approche est beaucoup trop restrictive, puisqu’elle réduit la violence à la violence physique. La seconde définit la violence comme l’affrontement entre deux forces opposées. Elle pèche par excès inverse : elle est hyper-extensive, car elle confond la violence et le conflit. Le conflit est effectivement un heurt, une collision, une confrontation entre deux forces. Mais tout conflit n’est pas violent, sinon tout est violence et l’on ne sait plus de quoi l’on parle : ce phénomène spécifique se dissout dans la totalité des phénomènes, et l’on ne se donne pas les moyens de discerner la singularité de la violence.
Je plaiderai donc pour ma part en faveur d’une troisième compréhension de la violence, d’inspiration kantienne : la violence désignerait tout ce qui porte atteinte à la dignité et à l’intégrité d’une personne, et consisterait donc à réduite un être humain à un statut infra-humain.

(Par la suite l’auteur amène une remarque intéressante à propos de la non-violence)
Page 12 1er paragraphe
La non-violence n’est pas le contraire de la violence, et il y a entre ces deux pôles toute une zone qui n’est ni de la violence ni de la non-violence : la passivité, la capitulation, la neutralité, etc. La non-violence n’est pas l’absence de violence, ni même l’éradication de celle-ci. Elle consiste à reconnaître la violence qui est en soi, et à la domestiquer (ou la museler) afin de la traverser. La non-violence, c’est la violence qui a trouvé son maître.
Page 12 3e paragraphe
Mais la non-violence ne se limite pas à cela : à cette connaissance et à cette maîtrise de soi. Il s’agit également de reconnaître la violence qui est présente chez l’autre, notamment chez votre adversaire, et de le convaincre de la museler lui aussi, ce qui est bien plus redoutable ! La non-violence n’a donc rien de passif, elle consiste au contraire à s’engager dans des actions risquées, en faveur de la justice et de la paix, avec des moyens qui sont eux-mêmes justes et pacifiques, c’est-à-dire sans porter atteinte à la dignité et à l’intégrité de quiconque. La cohérence entre les moyens et les fins est le dispositif décisif qui se situe au cœur d’une démarche non-violente. Tels devraient être les principes qui guident le choix de la non-violence dans une vie d’Eglise.

(Voici ce que déclare Frédéric Rognon sur la non-puissance)
Page 12 4e paragraphe
Pourtant la non-violence n’est peut-être pas la posture la plus pertinente, ou la plus fidèle à l’enseignement évangélique, pour nos pratiques d’Eglise. Elle peut en effet se traduire en recherche effrénée d’efficacité, pour obtenir un résultat escompté, et prêter donc ainsi le flanc au fantasme de toute-puissance.
C’est pourquoi Jacques Ellul distingue trois concepts : puissance, impuissance, et non-puissance. La puissance est la capacité à agir, à faire. L’impuissance est l’incapacité d’agir. La non-puissance est la possibilité d’agir et le renoncement à le faire. Or, c’est bien l’exemple que nous donne Jésus, par exemple dans le récit des tentations (Mt 4,1-11 et Lc 4,1-13) et surtout dans celui de son arrestation (Mt 26,47-56). Jacques Ellul ne met pas en question l’efficacité en soi, car sans efficacité il n’y a pas de vie d’Eglise, et même pas de vie du tout.
Mais c’est l’idolâtrie de l’efficacité, son absolutisation, qui est une perversion et une aliénation, dans l’Eglise comme ailleurs, car elle est une soumission aux orientations fondamentales de la société technicienne. Celle-ci est mue par la loi de Gabor, selon laquelle « tout ce qui est techniquement possible sera nécessairement réalisé »…
Page 13 3e paragraphe
Dans le récit de la rencontre entre Jésus et la femme cananéenne, ou syro-phénicienne (Mt 15, 21-28 ; Mc 7,24-30), il convient de prendre la mesure de la comparaison avec des petits chiens. Dans le contexte culturel de l’époque, le chien était, avec le porc, l’animal le plus méprisé. Il ne s’agit nullement du « petit toutou à sa mémère » d’aujourd’hui. Il ne faut pas craindre de voir dans la formule de Jésus une expression de violence raciste. Mais c’est la non-violence de la femme qui convertit le Christ lui-même : devant la grandeur spirituelle de la Cananéenne, Jésus bascule, et parvient à museler son propre mépris, à dépasser sa violence. Ce texte nous offre une remarquable pédagogie de la non-violence : car si Jésus lui-même a reconnu et traversé sa propre violence, cela fait sens pour nous. Prêcher en ce sens permet d’ouvrir devant nous un chemin susceptible de nous faire traverser notre propre violence.

(L’auteur termine en ces termes)
Page 15 11e paragraphe
L’Eglise pourrait être un laboratoire d’expérimentation de la non-violence et de la non-puissance. Je rêve d’une Eglise vécue comme humus d’utopie, où l’on goûterait non pas au Royaume pleinement accompli (« pauvrette Eglise ! », elle en est bien loin…), mais au prix de la grâce, à ce prix tout à la fois amer et savoureux. Souvenons-nous de la répartie de Théodore Monod, devant qui on reprochait au christianisme d’avoir échoué : « Le christianisme n’a pas échoué, parce qu’en réalité, on ne l’a pas encore essayé… ! »
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Narkissos



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Date d'inscription : 22/03/2008

MessageSujet: Re: Violence, non-violence, non-puissance   Sam 25 Avr 2015, 17:25

Cf. http://oudenologia.over-blog.com/pages/Le_reve_du_bon_Dieu_ou_comment_lhomme_a_failli_surmonter_la_violence-2258675.html

Je reste dubitatif sur le fondement "humaniste" (pour ne pas dire "spéciste") du propos qui distingue radicalement une violence "humaine" ("inhumaine" aussi bien, ceci ne se disant jamais que de l'homme) d'une violence "naturelle" -- avec cette idée sous-jacente, ce pré-jugé par excellence, d'une supériorité "morale" (alias "dignité") humaine par rapport à une zone "infra-humaine" de la "nature" ou de l'"animalité" où la violence (in)humaine ferait déchoir ou régresser l'"homme". Cette hiérarchie des "valeurs" et des "espèces" me semble paradoxalement relever d'une certaine "violence", "symbolique" si l'on veut -- par quoi on peut entendre "cultivée" ou "exploitée", "canalisée" ou "détournée", voire "pervertie" par le langage et le signe en général.

La "non-puissance" telle que la définit Rognon (d'après Ellul selon lui, mais il faudrait examiner patiemment les écrits de ce dernier pour s'en assurer) est à mon sens incluse dans la définition même (p. ex. nietzschéenne ou deleuzienne) de la "puissance", ce qui en fait une piètre antithèse de celle-ci: il n'y a "puissance" que là et dans la mesure où une "puissance" ne s'exerce pas totalement, où elle (se) ménage, (se) conserve et/ou (se) reconstitue une réserve, une différence quantitative par rapport à l'"acte", un excès du "pouvoir" sur le "faire" qui est précisément ce qu'on nomme "puissance". Une puissance qui ferait tout ce qu'elle peut s'épuiserait et coïnciderait en fin de course avec l'impuissance, se révélant en outre de bout en bout impuissance à ne pas faire ce qu'elle "peut". (Soit dit en passant la "loi de Gabor", à ce tarif, aurait depuis longtemps déjà éradiqué l'espèce humaine, si elle ne se compliquait au-delà de la seule "possibilité technique" par l'intégration de paramètres économiques, sociaux, politiques, moraux ou psychologiques: il y a mille choses -- pas toutes "mauvaises" d'ailleurs -- qu'on pourrait faire "techniquement" et qu'on ne fera jamais pour des tas d'autres raisons.)

Malgré l'estime que j'ai pour le personnage, la célèbre formule de Théodore Monod me laisse également perplexe -- car enfin on pourrait en dire autant (et on ne s'en est pas privé) de toute "religion", "morale" ou "idéologie" politique: dans la mesure où elle a été "appliquée" dans l'histoire, elle ne l'aura jamais été si purement qu'on ne puisse après coup dissocier et disculper son "essence" de ses "réalisations" et de ses "échecs" historiques de manière à la prétendre vierge et innocente, intacte dans son potentiel "utopique", jamais vraiment "essayée" ! Il y a aussi, me semble-t-il, de bonnes raisons, à la fois historiques et idéologiques, pour lesquelles les idéologies (etc.) deviennent dans l'histoire ce qu'elles y deviennent effectivement, et pas autre chose... L'"essence" ou le "potentiel" du christianisme ne sauraient s'abstraire de ses "réalisations" historiques, en "mal" comme en "bien" -- sans préjudice de ce qu'il peut encore, et qu'il fera ou non.
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