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 S(h)abbat, ou le non-événement du samedi

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Narkissos

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MessageSujet: S(h)abbat, ou le non-événement du samedi   Dim 24 Mai 2015, 00:49

Ainsi (litt. et) furent achevés (wyklw) les cieux et la terre, et toute (kl) leur armée.
Et Dieu acheva
(ou: avait achevé, wykl), au septième jour (bywm h-šby`y), l'ouvrage qu'il avait fait, et il se reposa (ou: cessa, s'arrêta, fit s[h]abbat, yšbt), au septième jour (bywm h-šby`y), de tout (kl) l'ouvrage qu'il avait fait.
Et
(ou: alors) Dieu bénit le septième jour (ywm h-šby`y) et le consacra (ou: le sanctifia, le rendit sacré, wyqdš), car en lui il se reposa (ou: s'était reposé, idem ) de tout (kl) l'ouvrage qu'il avait fait en créant (litt. de tout son ouvrage qu'il avait créé à faire).
(Genèse 2,1-3)

(C'est à un discours de Fred Franz, écouté pour une autre discussion récente, que je dois d'avoir relu ce texte.)

En un sens le "couronnement", comme on dit souvent, du premier récit de création (dit "sacerdotal", 1,1--2,4a) n'est pas l'homme, mais le s(h)abbat. Qui n'est précisément pas une "création" -- plutôt une non-création ou une fin de création: accomplissement ou achèvement qui achève, sans rien y ajouter, ce qui est déjà achevé. "Achever" étant d'ailleurs tout aussi ambigu en hébreu (klh, d'où kl = kol = "tout") qu'en français: c'est aussi bien mettre fin à quelque chose, supprimer, détruire, ex-terminer. Pas ici, bien sûr, protestera le bon sens du lecteur, ainsi que sa version savante, la sémantique qui détermine par le contexte le choix du sens unique, du bon (right) sens d'un mot parmi une palette de sens possibles ("polysémie"). Mais de contexte, remarquera l'analyse littéraire, il n'y en a qu'à moitié: avant oui, après non. A la lettre, le septième jour qui fait s(h)abbat, avec une allitération graphique (fortuitement) comparable en français et en hébreu (šb`-šbt), n'a pas de lendemain. Et tout dépend alors de l'idée ("philosophique" si l'on veut) qu'on se fait du "temps". Pour nous qui le pensons "linéairement", à la manière "historique", une "semaine de création" se donne d'emblée pour la première d'une série indéfinies de semaines, formellement "mêmes" et essentiellement "autres"; pour une pensée plus "cyclique" et/ou "rituelle", c'est LA semaine, la seule, la même, dans laquelle on n'en finit pas de tourner en rond.

Toujours est-il que le "septième jour", le jour même, "contenant" sans "contenu" puisqu'il ne s'y passe rien, n'est pas déclaré "bon" (twb, comme l'ont été successivement la lumière, la terre ferme, la végétation, les astres, les poissons et les oiseaux, les animaux terrestres), ni "très bon" (twb m'd, comme au sixième jour le "tout" avec l'humanité-image-de-Dieu), mais "sacré" (ou "saint", qdš): qualificatif sacerdotal par excellence, dont l'auteur "sacerdotal" s'était pourtant jusque-là ostensiblement abstenu. "Sacré", c'est l'essence même de la divinité dans la pensée antique en général et le vocabulaire sémitique en particulier; the stuff gods are made of. Et "béni" (brk), le jour toujours, comme l'avaient été avant lui les "vivants" aquatiques, célestes et terrestres, humains inclus.

Le "s(h)abbat", on le notera, n'est pas vraiment nommé (c'est le verbe šbt et non le nom qui apparaît, pour dire que Dieu "se repose" ou plus exactement "cesse"); dans l'économie générale de la Torah il n'est pas encore prescrit aux hommes: il le sera plus loin et plus tard, en référence toutefois à ce récit, sinon à ce texte qui n'a d'ailleurs guère d'autres échos dans la Bible hébraïque (cf. Exode 20,11; 31,12-17, versions plus "anthropomorphiques" et peut-être plus primitives de la même histoire puisque Dieu respectivement et littéralement s'y repose, nwh, et y reprend son souffle, npš, expressions qui prêtent davantage le flanc à la critique d'un deutéro-Isaïe, 40,28, que celle de la Genèse). Bien qu'en logique "historico-critique" un sabbat humain précède évidemment un sabbat divin (c'est parce qu'un "sabbat" se pratique qu'on conçoit ainsi la semaine de création).

Si l'on s'en tient au texte cependant, de ce jour l'humanité et l'ensemble du "monde" créé et achevé sont comme absents: ce jour, Dieu seul l'habite et l'occupe, de son inoccupation -- il y est pour ainsi dire rentré chez lui, au terme de ses activités extérieures, opera ad extra, dans une négativité qui manifestement lui convient et lui correspond, puisque, "sacrée", elle se confond avec lui. Et plus rien n'en sort. Pas même un dimanche.

Le s(h)abbat est certainement un des éléments les plus caractéristiques et significatifs du "judaïsme du Second Temple"; bien que dépouillé de ses aspects strictement "sacerdotaux", il le restera dans le judaïsme phariséo-rabbinique. A son égard, la réaction du christianisme est extrêmement complexe: elle va du rejet pur et simple (p. ex. dans les évangiles ou les deutéro-pauliniennes) à la réinterprétation allégorique ou "spirituelle" (épître aux Hébreux), en passant par une reprise rituelle décalée qui à la fois s'y oppose et l'imite (le dimanche, premier ou huitième jour de la résurrection, jour du Seigneur et de la Cène, d'abord un anti-sabbat et qui va cependant devenir un autre sabbat, chômé lui aussi). Le jour du sabbat reste marqué, signé jusque dans les langues romanes et "chrétiennes" (sábado -> samedi), quoi qu'il en soit de ses interprétations.
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MessageSujet: Re: S(h)abbat, ou le non-événement du samedi   Dim 24 Mai 2015, 22:18

Dans le récit de la Passion/résurrection, c'est aussi le jour où il ne se passe RIEN, le jour "vide" de l'attente, un "temps suspendu" : le temps de l'absence de Dieu...
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MessageSujet: Re: S(h)abbat, ou le non-événement du samedi   Lun 25 Mai 2015, 00:32

(Cf. http://etrechretien.discutforum.com/t1036-le-nu-echappe -- premier post, dernier paragraphe -- surtout pour Bach !)

Je n'ai rien dit des origines du "s(h)abbat", qui sont manifestement babyloniennes (donc, pour Israël, essentiellement "post-exiliques"), mais assez confuses. Le mot shabbat, comme le shappatu babylonien, semble d'abord désigner une fête de la pleine lune, mensuelle par conséquent (cf. son association encore fréquente dans les textes bibliques à la nouvelle lune, comme jour de sacrifice et de festin mais pas nécessairement comme jour chômé, 1 Rois 4,23; Isaïe 1,13; Osée 2,13; Amos 8,5 etc.). Il y a par ailleurs en Mésopotamie des jours "néfastes" (comme le sera aussi le samedi, jour de Kronos-Saturne, cf. Satur-day, dans le monde gréco-romain qui semble avoir également dérivé sa semaine de Babylone), et de ce fait plus ou moins impropres à l'activité: ils sont apparemment associés à un rythme de sept jours correspondant grosso modo aux phases de la lune, mais toujours calé sur le mois lunaire (donc pas strictement hebdomadaire puisque le mois lunaire fait un peu plus de 28 = 7 x 4 jours: le comput recommence toujours à la nouvelle lune, avec des jours intercalaires en fin de mois). Ces deux éléments distincts à Babylone se seraient assez facilement confondus en hébreu à la faveur de la racine šbt, qui signifie "cesser" (sans aucun rapport avec le shappatu akkadien dont l'étymologie est incertaine, et probablement sumérienne). Dans un tout autre registre, le thème du repos est diversement associé à la création et à la destruction de l'humanité, notamment dans les épopées d'Atrahasis et de Gilgamesh. P. ex.: 1° l'humanité est créée (à la pleine lune = shappatu) pour travailler et servir les dieux célestes (Anunnaki) à la place des dieux esclaves (Igigu) révoltés, de telle sorte que désormais tous les dieux se reposent; 2° parce que l'humanité bruyante empêche précisément les dieux de se reposer (mauvais calcul !), elle est (presque) détruite par le déluge (en six jours: le septième la terre est à nouveau silencieuse; cf. encore l'association du déluge biblique à Noé = Noah = repos, et le sacrifice apaisant = reposant qui conclut le déluge). Tous les "éléments" du "s(h)abbat" sont là sans doute, mais épars (ou plutôt intégrés à différents "ensembles" rituels et mythiques); leur (ré-)organisation narrative et législative dans la Torah, en revanche, est tout à fait "originale".

Pour revenir à l'"interface judéo-chrétienne" de la question, il est frappant en effet que la mort (au sens de l'état de mort) de Jésus coïncide dans les évangiles avec un "sabbat juif"; et si l'on remonte à l'arrière-plan mésopotamien dont les évangélistes n'étaient certainement pas conscients, la coïncidence paraît encore plus remarquable, puisque la Pâque et/ou son lendemain correspondent aussi à un shappatu babylonien, ce jour de la pleine lune où les dieux avaient sacrifié l'un des leurs pour créer l'homme...
Mais il est peut-être encore plus frappant que les évangiles, qui multiplient les controverses entre Jésus et les pharisiens au sujet du sabbat, ne tirent strictement rien de positif de cette coïncidence -- respectant malgré eux la négativité fondamentale, et somme toute commune, de la mort et du shabbat ?
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MessageSujet: Re: S(h)abbat, ou le non-événement du samedi   Sam 26 Mar 2016, 18:22

Memento.

- J'ai écrit ce mot sans y réfléchir, juste pour rappeler ce fil en ce "samedi saint" (bttp pour "back to the top", comme on écrit sur les forums anglais). Mais, à la réflexion, il se trouve que le souvenir est précisément ce qui est ordonné à propos du sabbat: souviens-toi du jour du sabbat, pour le consacrer, dit le Décalogue (selon Exode 20,8 ), memento ut diem sabbati sanctifices. Comme on se souvient des morts et qu'on va mourir (memento mori).
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MessageSujet: Re: S(h)abbat, ou le non-événement du samedi   Mar 29 Mar 2016, 13:18

La question du Sabbat nous interpelle quant à la façon dont les auteurs concevaieint Dieu : Dieu peut-il se fatiguer ou s'essouffler ?

"il s'est reposé le septième jour" Ex 20,11

"le septième jour il s'est reposé et il a repris haleine" Ex 31,17

Cette question me rappelle un texte que la WT citait souvant pour pour réfuter l'idée d'un Dieu qui se repose :

" Mon Père est à l'œuvre jusqu'à présent, et moi aussi je suis à l'œuvre" Jn 5,17
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MessageSujet: Re: S(h)abbat, ou le non-événement du samedi   Mar 29 Mar 2016, 14:21

Isaïe 40,28 (cité plus haut) suggère que la question était déjà vivement débattue à l'intérieur même des traditions constitutives de l'Ancien Testament.

Dans le NT, on peut aussi noter que l'épître aux Hébreux reprend le thème dans un sens opposé (en apparence) à celui de Jean: au lieu d'être celui qui travaille toujours, Dieu s'identifie au repos absolu (image "idéale", c'est le cas de le dire, de l'éternité immuable dans la veine platonicienne) dans lequel il s'agit d'entrer (cf. 3,11--4,11, qui rapproche selon la méthode allégorique chère à l'auteur le récit de l[a non-]entrée en Terre promise comme [lieu de] repos et celui du septième jour).
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MessageSujet: Re: S(h)abbat, ou le non-événement du samedi   Mar 29 Mar 2016, 17:44

Deutéronome 5 rattache la loi sur le sabbat à l’esclavage en Egypte et non à la création :

"Tu te souviendras que tu as été esclave en Egypte et que le SEIGNEUR, ton Dieu, t'en a fait sortir d'une main forte, d'un bras étendu : c'est pourquoi le SEIGNEUR, ton Dieu, t'a ordonné de célébrer le jour du sabbat." Dt 5,15
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MessageSujet: Re: S(h)abbat, ou le non-événement du samedi   Mar 29 Mar 2016, 18:43

Le rattachement du commandement au souvenir de l'Exode (le récit, depuis "l'esclavage en Egypte", et non le livre) ET la mise en valeur de son aspect social ou "humanitaire" (incluant un certain souci des animaux, v. 13s) sont caractéristiques du Deutéronome, sur toute sorte de sujets: cf. p. ex. 6,20ss; 7,18s; 8,2ss; 9,7s; 10,19; 15,15; 16,1ss.12; 23,8; 24,9.17ss; 25,17ss; 26,6; 32,7.

Il ne faudrait d'ailleurs pas en déduire que le Deutéronome ait modifié l'Exode (le livre): la version (finale) d'Exode 20 est peut-être encore plus tardive, puisqu'elle comporte une référence au récit (pas forcément au texte) de Genèse 1--2 que le Deutéronome ignore. De toute façon la pratique du sabbat hebdomadaire est elle-même post-exilique (voir supra), ce qui suggère que même des lois relativement "récentes" ont été interprétées et justifiées de façon différente dans des milieux différents (et sans doute en grande partie contemporains les uns des autres).

---
Pour revenir à l'épître aux Hébreux, un élément que je trouve particulièrement réussi (pour ne pas dire génial), c'est le jeu sur l'aujourd'hui (sèmeron) tiré du psaume 95(94LXX),7 en 3,7.13.15; 4,7 (l'attribution de ce psaume à David, et le raisonnement chronologique qui s'ensuit, dépendent aussi de la superscription de la Septante, qui ne figure pas dans l'hébreu), renvoyant à celui qui apparaît dans la citation du psaume 2,7 en 1,5; 5,5 (celui-ci encadrant donc la portion sur le "repos" dans une structure d'inclusion ou de chiasme -- façon "poupées russes"). L'aujourd'hui de l'engendrement du Fils de Dieu se superpose ainsi à celui de l'écoute de la Parole de Dieu et de l'entrée dans le repos: c'est en quelque sorte le point de contact ou de tangence du temps et de l'éternité, la porte unique et toujours présente entre la scène des "ombres" changeantes et celle de l'idéalité immuable.
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MessageSujet: Re: S(h)abbat, ou le non-événement du samedi   Mer 30 Mar 2016, 16:43

L'observance du Sabbat n'a-t-elle pas été déplacé chez les chrétiens sur le jour du Seigneur, un jour consacré au culte et au souvenir (Ac 20.7; 1Co 16.2; Ap.1.10) ?
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MessageSujet: Re: S(h)abbat, ou le non-événement du samedi   Mer 30 Mar 2016, 16:57

Au départ ce n'est pas vraiment un déplacement (ça le deviendra quand les préceptes vétérotestamentaires relatifs au shabbat, notamment l'interdiction de travailler, seront appliqués au dimanche chrétien, mais à ma connaissance ce n'est pas encore le cas dans le NT); plutôt le choix d'un symbole contre un autre (au double sens où il s'y oppose et s'y appuie): le premier-huitième jour c'est le jour de la résurrection, du renouveau, du recommencement, de la restauration (et de tous les "re-" imaginables), qui présuppose le sens opposé (fin, accomplissement, cessation) du septième.
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MessageSujet: Re: S(h)abbat, ou le non-événement du samedi   Jeu 31 Mar 2016, 13:55

Citation :
Le s(h)abbat est certainement un des éléments les plus caractéristiques et significatifs du "judaïsme du Second Temple"; bien que dépouillé de ses aspects strictement "sacerdotaux", il le restera dans le judaïsme phariséo-rabbinique. A son égard, la réaction du christianisme est extrêmement complexe: elle va du rejet pur et simple (p. ex. dans les évangiles ou les deutéro-pauliniennes) à la réinterprétation allégorique ou "spirituelle" (épître aux Hébreux), en passant par une reprise rituelle décalée qui à la fois s'y oppose et l'imite (le dimanche, premier ou huitième jour de la résurrection, jour du Seigneur et de la Cène, d'abord un anti-sabbat et qui va cependant devenir un autre sabbat, chômé lui aussi). Le jour du sabbat reste marqué, signé jusque dans les langues romanes et "chrétiennes" (sábado -> samedi), quoi qu'il en soit de ses interprétations.

Les évangiles proposent peut-être une nouvelle approche du Sabbat, qui ne se limite pas uniquement à un jour chômé mais qui permet de se consacrer à son salut :

« Le sabbat a été fait pour l’homme et non l’homme pour le sabbat. » (Mc 2.27-28)
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MessageSujet: Re: S(h)abbat, ou le non-événement du samedi   Jeu 31 Mar 2016, 15:42

Sans doute, mais les stratégies chrétiennes de réinterprétation positive du sabbat juif paraissent quand même assez accessoires, et contradictoires, par rapport à celle de l'évitement et de la démarcation (cf. aussi la Didachè, où les jours de jeûne sont expressément décalés des jours de jeûne du judaïsme pharisien, toujours comptés par rapport au sabbat, 8,1, tandis que le "dimanche", kuriakè kuriou, "le [jour] dominical ou seigneurial du Seigneur Dominus", pour donner une idée du pléonasme grec en mélangeant le français et le latin, est détaché de toute référence au sabbat, 14,1).
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MessageSujet: Re: S(h)abbat, ou le non-événement du samedi   Mer 06 Avr 2016, 18:02

Je me suis demandé comment chrétien justifiaient-ils l'observance du Sabbat, notamment les Adventistes du Septième :

 Au terme des six jours de la création, l´Auteur de tout bien s´est reposé le septième jour et a institué le sabbat comme mémorial de la création pour toute l´humanité. Le quatrième commandement de la loi divine et immuable requiert l´observation de ce septième jour de la semaine comme jour de repos, de culte et de service, en harmonie avec les enseignements et l´exemple de Jésus, le Seigneur du sabbat. Le sabbat est un jour de communion joyeuse avec Dieu et entre nous. Il est un symbole de notre rédemption en Christ, un signe de notre sanctification, un témoignage de notre fidélité et un avant-goût de notre vie future dans le royaume de Dieu. Le sabbat est le signe permanent de l´alliance éternelle de Dieu avec son peuple. L´observation joyeuse de ce temps sacré d´un soir à l´autre, d´un coucher de soleil à l´autre, est une célébration de l´œuvre créatrice et rédemptrice de Dieu.


https://www.adventist.org/fr/nos-croyances/vivre/le-sabbat/
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MessageSujet: Re: S(h)abbat, ou le non-événement du samedi   Mer 06 Avr 2016, 20:41

Pour des chrétiens qui reçoivent en principe l'intégralité du "canon" du Nouveau Testament (qui ne se définissent ni comme "judéo-chrétiens" ni comme "anti-pauliniens" par exemple), ce n'est quand même pas une posture théologique très confortable. Elle requiert non seulement d'"expliquer", de façon à s'en débarrasser (explain away, comme dit si bien l'anglais), pas mal de textes directement embarrassants (Marc, Colossiens, etc.), mais encore de trouver un critère pour distinguer dans la "Loi" ce qui serait "aboli" (selon Paul, notamment) et ce qui ne le serait pas (p. ex. les "Dix Commandements" contre tout le reste, OU la "Loi morale" contre la "Loi rituelle" -- on ne peut même pas, comme pour la circoncision ou l'interdit du sang, se prévaloir d'une antériorité du sabbat par rapport à "Moïse", si ce n'est par le [premier] récit de création qui n'est pas vraiment un "commandement"), et de justifier en outre l'extension de la Loi (ou de la partie qu'on en retient) à des non-Juifs (ce qui se fait généralement sur le mode classique mais aujourd'hui très décrié de la substitution, l'Eglise prenant la place d'Israël comme "Israël spirituel").

Dans l'Eglise ancienne, le rejet du sabbat en faveur du dimanche (hemera kuriakè = dies dominicus = jour du Seigneur, premier-huitième jour avec un symbolisme expressément opposé) est massivement prédominant (Didachè, Barnabé, Ignace, Justin, etc.). Mais l'importance même de ce thème dans les écrits patristiques suggère que cela n'allait pas de soi, autrement dit qu'il a dû y avoir d'importantes minorités "sabbatistes" qui, comme bien des "hérésies", ne se devinent guère qu'à travers les textes de leurs adversaires.
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MessageSujet: Re: S(h)abbat, ou le non-événement du samedi   Jeu 07 Avr 2016, 13:16

Citation :
Mais l'importance même de ce thème dans les écrits patristiques suggère que cela n'allait pas de soi, autrement dit qu'il a dû y avoir d'importantes minorités "sabbatistes" qui, comme bien des "hérésies", ne se devinent guère qu'à travers les textes de leurs adversaires.

Rm 14,5 suggère que des croyants attachaient encore beaucoup d'importance à l'observance de certains "jours" :

"Tel juge, en effet, un jour supérieur à un autre ; tel autre les juge tous égaux. Que chacun, dans sa propre intelligence, soit animé d'une pleine conviction ! "
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MessageSujet: Re: S(h)abbat, ou le non-événement du samedi   Jeu 07 Avr 2016, 13:37

"Paul" ne le prend pas toujours avec autant de bonne humeur: cf. Galates 4,9ss; Colossiens 2,16ss.
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Danielroland



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MessageSujet: Re: S(h)abbat, ou le non-événement du samedi   Ven 28 Oct 2016, 15:07

Rm 14.5: S agit-il du respect du sabbat dans ce verset?

Paul parle du respect de «jours» qui, pour les uns ont plus de valeur que d’autres. Il semble incontestable qu’il s’agit ici des sabbats comme des autres fêtes du calendrier juif. Paul dédramatise la question en disant que l’observance de ces jours n’est pas fondamentale pour la foi chrétienne. Il oriente l'attention de ceux qui ont des pratiques différentes vers leur motivation : ils le font pour le Seigneur. Faut-il en conclure que l’on peut travailler sans interruption tous les jours de la semaine ? Il faut se reporter à l’intention de Dieu lorsqu'il a ins­titué un jour de repos sur sept. Dieu voulait apprendre à l’homme que le travail n’est pas le tout dans sa vie, qu’il fallait aussi se reposer et penser à Lui. Faut-il que ce soit le septième jour? C’était le cas en Israël, mais nous ne sommes plus sous la Loi, bien que nous soyons sous la loi du Christ (1 Co 9.21 ; Ga 6.2). Il semble, d’après quelques textes du NT que les premiers chré­tiens aient transféré assez tôt le jour du repos au pre­mier jour de la semaine en souvenir de la résurrection du Seigneur, bien que les chrétiens d’origine juive aient certainement continué à respecter le sabbat, surtout en Palestine. Mais ce chapitre nous montre que cette ques­tion de jour n’a pas une importance primordiale : « à chacun d’avoir une pleine conviction en lui-même» tout en respectant la conviction des autres.
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MessageSujet: Re: S(h)abbat, ou le non-événement du samedi   Ven 28 Oct 2016, 15:45

Bienvenue Danielroland !

Il me semble aussi plus que probable, vu la masse des références juives de l'épître, que les "sabbats" soient visés au premier chef. Cependant le fait qu'ils ne soient pas expressément nommés (contrairement à Colossiens p. ex.) laisse ouverte la possibilité d'une extension plus large, p. ex. aux jours "fastes" et "néfastes" des Romains -- avec en prime l'avantage, du point de vue de la rhétorique générale du texte, de relativiser la "particularité juive" par amalgame, en la mettant implicitement sur le même pied que des pratiques "païennes".
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Danielroland



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MessageSujet: Re: S(h)abbat, ou le non-événement du samedi   Ven 28 Oct 2016, 22:55

Merci pour l’accueil Narkissos Smile
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MessageSujet: Re: S(h)abbat, ou le non-événement du samedi   Ven 04 Nov 2016, 17:08

QU’EST-CE QUE LE DIMANCHE ?
par Enzo BIANCHI,


Le premier jour de la semaine Le jour après le sabbat apparaît central dans le NT, caractérisé comme il l’est par la nouveauté de l’événement chrétien, la Pâque de Jésus Christ. La résurrection de Jésus est l’acte décisif de la révélation de Dieu dans l’histoire des hommes. Les évangiles s’accordent pour affirmer que Jésus est ressuscité « le premier jour après le sabbat », « le premier jour de la semaine » (cf. Mc. 16,2.9 ; Mt. 28,1 ; Lc. 24,1 ; Jn 20,1). Puisque la résurrection est le oui eschatologique que Dieu dit à Jésus comme son Fils et Messie, ce jour devint très tôt jour mémorial de l’intervention salvifique par excellence. Le quatrième Évangile affirme que les apparitions du Christ ressuscité, accompagnées par le don de l’Esprit aux disciples réunis, se situent également le premier jour après le sabbat (cf. Jn 20,19.26). Luc place l’apparition aux deux disciples d’Emmaüs le « même jour » (Lc. 24,13) que la résurrection, c’est-à-dire toujours le premier jour après le sabbat. La Pentecôte (qui se produit cinquante jours après la résurrection :7 x 7 + 1)sesitue elle aussi, selon Luc, le premier jour après le sabbat. Ainsi, la résurrection, les apparitions du Ressuscité, le don de l’Esprit Saint – soit les trois événements eschatologiques fondamentaux – prennent tous place le premier jour de la semaine, non le jour du sabbat ni un autre jour. Les chrétiens ont donc repris le rythme hebdomadaire juif mais, en vertu de la résurrection (et des apparitions de Jésus et de la Pentecôte), ils ont attribué une importance centrale au jour qui suit le sabbat. Par ailleurs, les récits évangéliques des apparitions du Ressuscité parlent souvent de repas qu’Il a pris avec les disciples. Selon Luc, le Seigneur se met à table avec les deux disciples d’Emmaüs, il prend le pain, prononce la bénédiction, le rompt et le leur donne (Lc. 24,30), et eux le reconnaissent à la fraction du pain (Lc. 24,35). Tout ceci se produit « le premier jour de la semaine » (Lc. 24,1). Le même jour, il se rend présent au milieu de la communauté des disciples réunis et mange avec eux (Lc. 24,41-43). Jean parle du Ressuscité qui, étant apparu aux disciples au bord du lac de Tibériade, les invite à manger (Jn 21,12 : « Venez, mangez ! ») et il leur donne du pain et des poissons (Jn 21,9-14). Il s’agit là d’allusions évidentes à l’eucharistie : la célébration dominicale de l’eucharistie se veut en continuité avec ce repas pris par le Seigneur avec ses disciples. En somme, c’est le lien avec l’événement pascal dans sa plénitude qui caractérise le « premier jour de la semaine » et fonde son importance dans la vie des communautés chrétiennes.
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MessageSujet: Re: S(h)abbat, ou le non-événement du samedi   Ven 04 Nov 2016, 17:39

L'auteur se mélange un peu les crayons au sujet de la Pâque juive (qui ne correspond jamais au jour de la résurrection; si Jésus meurt, selon la façon de compter les jours, le jour ou le lendemain de la Pâque dans les Synoptiques et la veille dans Jean, il ressuscite bien toujours un dimanche, après le sabbat) et de la Pentecôte (dont la date n'est pas directement calculée à partir du dimanche de la résurrection mais de la Pâque juive, plus exactement de l'offrande des prémices des Azymes qui peut ou non lui correspondre, en fonction de l'hésitation précédente et des divers modes de calculs en usage dans le judaïsme contemporain; sauf erreur de ma part, la précision du jour de la semaine n'est pas explicite en Actes 2).
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MessageSujet: Re: S(h)abbat, ou le non-événement du samedi   Mar 08 Nov 2016, 14:22

"Observe le sabbat, pour en faire un jour sacré, comme le SEIGNEUR, ton Dieu, te l'a ordonné. Pendant six jours tu travailleras, et tu feras tout ton ouvrage. Mais le septième jour, c'est un sabbat pour le SEIGNEUR, ton Dieu : tu ne feras aucun travail, ni toi, ni ton fils, ni ta fille, ni ton serviteur, ni ta servante, ni ton bœuf, ni ton âne, ni aucune de tes bêtes, ni l'immigré qui est dans tes villes, afin que ton serviteur et ta servante puissent se reposer comme toi. Tu te souviendras que tu as été esclave en Egypte et que le SEIGNEUR, ton Dieu, t'en a fait sortir d'une main forte, d'un bras étendu : c'est pourquoi le SEIGNEUR, ton Dieu, t'a ordonné de célébrer le jour du sabbat." Dt 5,12-15 

1) L'interdiction de travailler le jour du sabbat s'applique aux hommes ainsi qu'aux animaux.

2)  « tu ne feras aucun travail », semble interdire n'importe quelle activité.

3) L'observance du Sabbat est une loi égalitaire, TOUS, peuvent se reposer, un maître ne peut pas imposer une tache à son serviteur.

4) Ce texte ne permet pas d'affirmer que cette loi visait comme objectif de permettre aux Israélites d'assister au culte.
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MessageSujet: Re: S(h)abbat, ou le non-événement du samedi   Mar 08 Nov 2016, 16:00

Sur le 2°: c'est le même mot hébreu (ml'kh), très vague en effet (activités, occupations, affaires), qui est traduit ici par "ouvrage" et "travail" aux v. 13 et 14.

La comparaison avec Exode 20,8ss fait bien ressortir les préoccupations "idéologiques" des deux textes: le Deutéronome ajoute la précision d'intention relative au repos des esclaves, et remplace la référence à la création par une référence à l'exode rattachée au thème de l'esclavage (Yahvé t'a libéré quand tu étais esclave). Cf. v. 6; 6,12.21; 7,8; 8,14; 12,12.18; 13,5.15; 15,13ss; 16,11ss; 24,18.22.
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MessageSujet: Re: S(h)abbat, ou le non-événement du samedi   Mar 08 Nov 2016, 16:17

Citation :
Sur le 2°: c'est le même mot hébreu (ml'kh), très vague en effet (activités, occupations, affaires), qui est traduit ici par "ouvrage" et "travail" aux v. 13 et 14.

Cette expression vague (« tu ne feras aucun travail ») a fait l'objet de nombreuses controverses et a suscité des désaccords ou des débats concernant les limites de l'interdiction de travailler le septième jour. Cette question a opposé les pharisiens et Jésus ((Mc 3,1-6; Lc 13,10-17 ; 14,1-6).
L'AT semble favoriser l'interdiction de toute activité le jour su Sabbat (Jérémie 17,22 ; Esaïe 58,13-14 ; Néhémie 10,32 et 13,15).
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MessageSujet: Re: S(h)abbat, ou le non-événement du samedi   Mar 08 Nov 2016, 17:19

A première vue, certaines controverses évangéliques semblent porter sur ce qu'il est "permis" (exestin) ou non de faire le jour du sabbat, mais c'est très superficiel: "Jésus" en effet ne propose jamais une autre définition généralement applicable de l'interdit (p. ex. une liste plus large d'activités autorisées); dans la scène exemplaire de Marc 3//, il revendique avant tout pour lui-même le "droit" ou l'"autorité" (exousia, substantif dérivé de exestin) de faire ce qu'il est en l'occurrence seul à faire, à savoir des "miracles" qui "sauvent". Il n'est pas certain d'ailleurs qu'aucune fraction du judaïsme à cette époque s'y serait réellement opposée: la position des "pharisiens" est caricaturée jusqu'au contresens ("sauver une vie" est précisément ce qu'on doit faire même le jour du sabbat, selon la casuistique rabbinique ultérieure de la piqqouah nephesh dont l'inspiration dominante est justement pharisienne; autrement dit, tout porte à croire que les textes retournent artificiellement un argument pharisien contre un pharisaïsme épouvantail).

Il est vrai que d'autres controverses relatives au sabbat portent sur des activités ordinaires (ramasser des épis de blé, Marc 2,23ss//, porter un lit, Jean 5,10), mais ce sont plutôt des prétextes à ridiculiser la minutie de la casuistique pharisienne (le contraste avec le pathos du récit de miracle qui aboutit à la "transgression" en Jean 5 est, de ce point de vue, particulièrement réussi). Là encore, les textes ne proposent pas une autre "halakha" (interprétation pratique de ce qui serait permis ou interdit), et le sens de leurs arguments change du tout au tout selon que les "auteurs" considèrent globalement la Loi comme valide (Matthieu) ou non (Marc).
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