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 phénoménologiques, ou: du venir-au-jour

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Narkissos



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MessageSujet: phénoménologiques, ou: du venir-au-jour   Lun 31 Aoû 2015, 18:28

Il n'est rien de caché qui ne doive se manifester, rien de secret qui ne doive venir en pleine lumière. (Marc 4,22, etc.)

Cette maxime (ou sentence) qui revient assez fréquemment, sous diverses formes, dans le NT, s'entend d'au moins deux façons, diamétralement opposées -- comme une promesse rassurante ou comme une menace, inquiétante -- selon qu'on suppose la chose cachée bonne ou mauvaise, et sa révélation désirable ou redoutable. La différence entre ces deux perceptions contraires de la même "idée" semble d'ailleurs servir de critère de jugement, voire tenir lieu de jugement, dans l'Evangile selon Jean (3,19ss):
Or voici le jugement: la lumière est venue dans le monde, et les humains ont aimé les ténèbres plus que la lumière, parce que leurs œuvres étaient mauvaises. Car quiconque pratique le mal déteste la lumière; celui-là ne vient pas à la lumière, de peur que ses œuvres ne soient dévoilées; mais celui qui fait la vérité vient à la lumière, pour qu'il soit manifeste que ses œuvres ont été accomplies en Dieu.
Cela pourrait, par une mise en abyme, déboucher sur une inquiétude herméneutique vertigineuse à l'endroit de cette maxime: par la façon même dont on l'entendrait spontanément, en "bonne" ou en "mauvaise" part, en l'absence d'un contexte susceptible d'incliner son interprétation dans un sens ou dans l'autre, on se jugerait soi-même; ou du moins on se dévoilerait.

Le contexte, parlons-en. Celui du logion de l'Evangile selon Marc est plutôt faible, et ne tranche pas vraiment son ambiguïté: ce qui précède immédiatement (la venue de la lumière, v. 21, sans lien direct avec la parabole du semeur et son explication allégorique) l'incline légèrement vers un sens favorable, mais ne dit rien de ce que la lumière éclaire, et la conclusion sibylline résonne plutôt comme un avertissement:
Il leur disait encore: Met-on la lampe (littéralement: la lampe vient-elle pour être mise) sous le boisseau, ou sous le lit? N'est-ce pas plutôt sur le porte-lampe? Car il n'est rien de caché qui ne doive se manifester, rien de secret qui ne doive venir en pleine lumière. Si quelqu'un a des oreilles pour entendre, qu'il entende!

Cette ambiguïté paraît soulignée dans le "parallèle" de Luc (8,16ss):
Personne, après avoir allumé une lampe, ne la recouvre d'un vase ni ne la met sous un lit; mais on la met sur un porte-lampe, afin que ceux qui entrent voient la lumière. Car il n'est rien de caché qui ne doive devenir manifeste, rien de secret qui ne doive être connu et venir en pleine lumière. Prenez donc garde à la manière dont vous écoutez (ou entendez); car on donnera à celui qui a, mais à celui qui n'a pas on enlèvera même ce qu'il pense (ou semble) avoir.

Chez Matthieu (10,26ss), en revanche, le contexte du logion lui donne un sens nettement "positif": ce qui est caché et appelé à être révélé n'est rien d'autre que l'évangile (selon Matthieu s'entend), la "bonne nouvelle" qu'aucune persécution ne parviendra à réduire au silence:
Ne les craignez donc pas, car il n'y a rien de voilé qui ne doive être révélé, rien de caché qui ne doive être connu. Ce que je vous dis dans les ténèbres, dites-le en plein jour; ce qui vous est chuchoté à l'oreille, proclamez-le sur les toits en terrasse. Ne craignez pas ceux qui tuent le corps et qui ne peuvent tuer l'âme....
Les destinataires, eux-mêmes "lumière du monde" (cf. 5,14ss qui recycle Marc 4,21), sont intégrés dans le processus de révélation irrésistible et rassurés sur le fait que celui-ci aboutira en dépit de toute opposition.

Ce nouveau contexte se retrouve en Luc 12,1ss, où la reprise de notre logion est comme écartelée entre ce qui précède (et le tire vers un sens "négatif": c'est l'hypocrisie qui sera mise au jour) et ce qui suit (dans un sens "positif":  l'évangile prêché en catimini finira par être proclamé sur les toits):
Sur ces entrefaites, la foule s'étant rassemblée par dizaines de milliers, au point que les gens s'écrasaient les uns les autres, il se mit à dire, à ses disciples d'abord: Gardez-vous du levain des pharisiens, qui est l'hypocrisie. Il n'y a rien de voilé qui ne doive être révélé, rien de caché qui ne doive être connu. C'est pourquoi tout ce que vous aurez dit dans les ténèbres sera entendu en plein jour; ce que vous aurez chuchoté à l'oreille, dans les pièces les plus retirées, sera proclamé sur les toits en terrasse. Je vous le dis, à vous, mes amis: ne craignez pas ceux qui tuent le corps et qui, après cela, ne peuvent rien faire de plus...

On ne saurait manquer de rappeler ici (au moins) un autre texte du NT, où les deux aspects de la révélation ou manifestation, du venir-au-jour, comparaissent ensemble, le "positif" non seulement l'emportant sur le "négatif", mais emportant la négativité de celui-ci dans sa propre positivité, par la magie d'une lumière qui ne saurait révéler les ténèbres sans les convertir à elle-même:
Autrefois, en effet, vous étiez ténèbres, maintenant (vous êtes) lumière dans (le) Seigneur: marchez comme des enfants de lumière. Car le fruit de la lumière (est) en toute bonté, justice et vérité. Eprouvez ce qui est agréable au Seigneur, et ne participez pas aux œuvres stériles (= sans-fruit) des ténèbres, dénoncez-les plutôt. Car ce qu'ils (ou elles, les œuvres) produisent en secret, il est honteux même de le dire, mais tout ce qui est dénoncé est manifesté par la lumière, car tout ce qui est manifesté est lumière. C'est pourquoi il (est) dit:
Eveille-toi, dormeur,
et lève-toi d'entre les morts,
et le Christ t'éclairera.

(Ephésiens 5,8ss)
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MessageSujet: Re: phénoménologiques, ou: du venir-au-jour   Mar 01 Sep 2015, 13:26

Citation :
Car il n'est rien de caché qui ne doive devenir manifeste, rien de secret qui ne doive être connu et venir en pleine lumière.

Ces textes et l'interprétation que l'on me proposait à l'époque, ont cultivé chez moi (durant ma période TdJ), l'image d'un Dieu au regard inquisiteur, à qui rien n'échappe, qui nous refuse toute intimité ou refuge et qui nous met sous surveillance en permanence. Le texte d'Héb 4, 13 ("Il n'est pas de création qui échappe à son regard : tout est mis à nu et offert aux yeux de celui à qui nous devons rendre compte"), me mettait mal à l'aise, avec le sentiment d'être TOUT NU, devant un Dieu voyeur. J'avais le sentiment qu'une menace pesait constammment sur ma personne. Je préfère l'idée d'un Dieu qui se met à nu, qui se révèle.

1 Cor 5,4 semble recéler un aspect positif : "Ne portez donc aucun jugement avant le temps fixé, avant la venue du Seigneur qui mettra en lumière les secrets des ténèbres et qui rendra manifestes les décisions des cœurs. Alors chacun recevra de Dieu sa louange"
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Narkissos



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MessageSujet: Re: phénoménologiques, ou: du venir-au-jour   Mar 01 Sep 2015, 14:00

free a écrit:
Ces textes et l'interprétation que l'on me proposait à l'époque, ont cultivé chez moi (durant ma période TdJ), l'image d'un Dieu au regard inquisiteur, à qui rien n'échappe, qui nous refuse toute intimité ou refuge et qui nous met sous surveillance en permanence. Le texte d'Héb 4, 13 ("Il n'est pas de création qui échappe à son regard : tout est mis à nu et offert aux yeux de celui à qui nous devons rendre compte"), me mettait mal à l'aise, avec le sentiment d'être TOUT NU, devant un Dieu voyeur. J'avais le sentiment qu'une menace pesait constammment sur ma personne. Je préfère l'idée d'un Dieu qui se met à nu, qui se révèle.

Ce dernier ne nous ferait-il pas passer -- du moins tant que nous nous distinguons de lui -- du côté des "voyeurs" ? :)

Le caractère pénible, voire insoutenable, du "regard de Dieu" apparaît aussi dans quelques textes de l'AT (notamment Job, chap. 7 ou 14; voir aussi Psaume 39,14).

Citation :
1 Cor 5,4 semble recéler un aspect positif : "Ne portez donc aucun jugement avant le temps fixé, avant la venue du Seigneur qui mettra en lumière les secrets des ténèbres et qui rendra manifestes les décisions des cœurs. Alors chacun recevra de Dieu sa louange"

C'est plutôt 4,5, et ce qui précède est intéressant aussi:
Quant à moi, il m'importe fort peu d'être jugé par vous ou par une juridiction humaine. Je ne me juge pas non plus moi-même; car je n'ai rien sur la conscience, mais je n'en suis pas justifié pour autant: celui qui me juge, c'est le Seigneur. Ne portez donc aucun jugement avant le temps fixé, avant la venue du Seigneur qui mettra en lumière les secrets des ténèbres et qui rendra manifestes les décisions des co!eurs. Alors chacun recevra de Dieu sa louange.
Ce texte prend ses distances par rapport à l'idée d'auto-jugement de chacun-selon-sa-conscience, telle qu'on pourrait l'inférer de Jean 3,19ss par exemple. On a vu récemment que la pensée de "Paul" était très fluctuante sur ce genre de sujet; et le johannisme lui-même semble s'en écarter, p. ex. 1 Jean 3,19ss.
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MessageSujet: Re: phénoménologiques, ou: du venir-au-jour   Jeu 10 Sep 2015, 12:18

Citation :
Le caractère pénible, voire insoutenable, du "regard de Dieu" apparaît aussi dans quelques textes de l'AT (notamment Job, chap. 7 ou 14; voir aussi Psaume 39,14).

Le cas de Job est interresant, sa souffrance vécue sous le regard de Dieu, la ren encore plus pénible et insupportable, au point que Job demande à Dieu de le laisser tranquille, comme si le simple fait que Dieu détournerait son regard de Job soulagerait sa souffrance :

"Quand cesseras-tu d'avoir le regard sur moi ? Quand me laisseras-tu le temps d'avaler ma salive ?
Si j'ai péché, qu'ai-je pu te faire, gardien des humains ? Pourquoi m'as-tu pris pour cible ? En quoi te suis-je à charge ?" (Job 7,19-20)

Le "regard de Dieu", ne serait-il en lui-même le déclencheur de la souffrance de l'homme ?

Ce regard qui scrute et sonde les humains, qui ne laise aucun endroit ou fuir, ce regard omniprésent est insoutenable, voire inacceptable qui remet en cause la liberté de l’homme :

"Le SEIGNEUR est dans son temple sacré, le SEIGNEUR a son trône dans le ciel ; ses yeux regardent, ses regards sondent les êtres humains.
Le SEIGNEUR sonde le juste et le méchant ; il déteste celui qui aime la violence" (Ps 11, 4-5)


Voici l'application que fait la WT de Hé 4,13 :


Citation :
Rien n’échappe à Jéhovah

Le phénomène de la double vie n’est pas nouveau. Dans l’Antiquité, des Israélites ont cru pouvoir mener une double vie impunément. Le prophète Isaïe les a prévenus : “ Malheur à ceux qui s’enfoncent très profond pour cacher leur conseil à Jéhovah lui-même et dont les actions se sont faites dans un lieu obscur, tandis qu’ils disent : ‘ Qui nous voit et qui nous connaît ? ’ ” (Isaïe 29:15). Ces Israélites oubliaient que Dieu voyait tout ce qu’ils faisaient. En temps voulu, il leur a demandé des comptes pour leurs fautes.
Il en va de même de nos jours. Vous réussissez peut-être à cacher vos mauvaises actions à vos parents, mais pas aux yeux de Jéhovah Dieu. “ Il n’y a pas de création qui ne soit manifeste aux regards de Dieu, dit Hébreux 4:13, mais toutes choses sont nues et mises à découvert aux yeux de celui à qui nous devons rendre compte. ” Par conséquent, à quoi bon vous cacher ? Vous savez, vous n’apaiserez pas Dieu en faisant semblant de l’adorer lors de réunions religieuses. Quand des humains ‘ l’honorent des lèvres, mais que leur cœur est très éloigné de lui ’, il n’est pas dupe. — Marc 7:6.

http://wol.jw.org/fr/wol/d/r30/lp-f/1102008112
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MessageSujet: Re: phénoménologiques, ou: du venir-au-jour   Jeu 10 Sep 2015, 22:53

Dans son Zarathoustra (IV, p. 386ss de cette traduction), Nietzsche identifie "l'assassin de Dieu" au "plus laid des hommes", celui qui n'aurait plus supporté le regard, même compatissant, surtout compatissant, que "Dieu" n'en finissait pas de porter sur lui et sur sa laideur. Cette énième variation sur le thème de la "mort de Dieu" est à mon sens l'une des plus profondes. Le problème du "regard de Dieu" -- qui est aussi celui de la "conscience" miroir -- ne s'épuise pas dans la condamnation, il reste entier dans la complaisance comme dans la complainte, dans "l'estime de soi" comme dans "l'apitoiement sur soi".

C'est à la fois on ne peut plus contraire et conforme à la fameuse maxime de Kierkegaard: exister, c'est être examiné.
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MessageSujet: Re: phénoménologiques, ou: du venir-au-jour   Ven 11 Sep 2015, 13:46

Ce verset de Héb. 4:13 n m'était pas resté à l'esprit; il est pourtant vrai qu'il est un peu glauque. En effet le créateur de l'humain qui rejette sa création en la chassant du paradis terrestre s'attribue le droit de l'observer, de le pourchasser dans sa sphère la plus intime, alors que l'exclusion du paradis apparaît déjà comme une condamnation suffisamment sévère pour celle qui se voulait "être comme Dieu".

Dieu avait-il peur de rencontrer de la concurrence?
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MessageSujet: Re: phénoménologiques, ou: du venir-au-jour   Ven 11 Sep 2015, 15:50

Il faudrait à la fois rapprocher et distinguer 1) (une certaine) "phénoméno-logie" comme discours-pensée (logos) du "phénomène" (phainomenon), c.-à-d. de la manifestation qui sous-entend toujours un "sujet" caché ou un "être" secret qui se manifeste, se dévoile ou se révèle, vient de lui-même au "jour" ou à la "lumière"; autrement dit d'un (ap-)paraître qui se divisera à son tour en "apparition" présumée véridique, fondatrice de connaissance (gnôsis), et en "apparence" présumée trompeuse, fondatrice d'opinion (doxa); et 2) (une certaine) "photo-logie" comme discours-pensée de la lumière (phôs, photos), qui tend de son côté à se confondre avec une optique (vision, regard, observation, examen, jugement): dans de nombreux textes bibliques et antiques, mais aussi dans une métonymie quasi universelle, l'œil est lampe qui "éclaire" ce qu'il voit; la lumière-regard illumine ce qui était "obscur" (ou: dans les "ténèbres"), mais cesse de l'être dès lors qu'il est éclairé et vu; à supposer qu'elle puisse tout éclairer, ce serait encore à l'exception des "ténèbres" mêmes et de l'obscur-en-tant-que-tel.

Entre l'une et l'autre il y a assurément affinité et convergence, mais aussi différence radicale, voire opposition diamétrale. Si elles se rencontrent, c'est peut-être parce qu'elles vont le même chemin, mais alors parce qu'elles le parcourent en sens inverse. Leur "complémentarité" relève d'une symétrie à la fois vraie et fausse, toujours autrement vraie et autrement fausse. Les "ténèbres" peuvent sans doute être pensées comme absence ou manque de "lumière", mais la "lumière" peut aussi être pensée comme absence et manque de "quelque chose", d'"être" ou de "matière" qui fasse obstacle ou résistance à la vue. Quand nous voyons un "objet", c'est qu'il n'y a rien (rien d'opaque, préciserait seulement le langage scientifique moderne) entre notre œil et lui. Ainsi "la lumière" peut être pensée comme "quelque chose" mais aussi comme le contraire de quelque chose (un vide, un "jour", une ouverture, clairière, éclaircie, claire-voie: la coïncidence du clair, de la lumière et du léger en allemand comme en anglais, Licht, light, n'est pas une "simple homonymie"); de même les "ténèbres" que l'optique moderne réduit à une simple absence de lumière (c.-à-d.: rien) peuvent être comprises comme "quelque chose": d'épaisses ténèbres (palpables, dit l'Exode) qui "tombent" sur quelqu'un ou l'"environnent".

Cela rend la "photologie" biblique particulièrement intéressante, notamment sur cette arborescence de textes qui va du fiat lux de Genèse 1 à ses nombreuses reprises dans le NT: "qu'il y ait de la lumière", est-ce à entendre comme la "création" de "quelque chose" (la lumière) à partir de "rien", ou au contraire comme une sorte d'ouverture d'un "vide", d'un "rien", d'un manque ou d'une absence, d'une faille ou d'un espacement dans ces "ténèbres" qui, à l'instar de "l'abîme" ou océan primordial, sont bel et bien conçues comme quelque chose, comme une sorte de matière première incréée mais réelle, une totalité pleine à laquelle il est impossible d'ajouter quoi que ce soit sans y faire d'abord de la place, sans y pratiquer, y ménager, y découper l'ouverture d'un "jour" qui est d'entrée de jeu "espace" et "temps" (clairière, éclaircie), vide à remplir d'autre chose ? On comprendrait mieux ainsi la "logique" qui consiste à introduire la "lumière" et le "jour", espace et temps à la fois, AVANT le "soleil" qui va les "occuper" (comme les poissons, les oiseaux et les animaux vont venir "peupler" les espaces "mer", "ciel" et "terre" préalablement ouverts, nommés et dé-limités). De là aussi, peut-être, cette modestie de la "lumière" biblique qui compense quelquefois sa tendance expansionniste et totalitaire (celle-ci étant manifeste au contraire dans le tableau tout-lumineux de l'Apocalypse qui supprime et la nuit et la mer). La lumière-jour de la Genèse n'abolit pas la nuit (ni sa terre la mer) mais lui assigne une place en la dé-nommant à partir de son propre nom, par opposition à elle-même; celle du Prologue de Jean brille dans les ténèbres qu'elle ne détruit pas -- qui certes ne l'ont pas saisie ni comprise, mais la réciproque reste autrement vraie (darkness shining in brightness which brightness could not comprehend, scripsit Joyce).
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MessageSujet: Re: phénoménologiques, ou: du venir-au-jour   Ven 11 Sep 2015, 18:34

Narkisos a écrit:
On concevrait mieux ainsi la logique qui consiste à placer la "lumière" et le "jour", espace et temps, AVANT le "soleil" qui va les "occuper" (comme les poissons, les oiseaux et les animaux vont venir "peupler" les espaces "mer", "ciel" et "terre" préalablement ouverts, nommés et dé-limités),

Il n'y aurait ainsi pas de contradiction entre le fait de séparer dans un premier temps le jour et la nuit, et dans un second temps de faire (ap)paraître le soleil et la lune.
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MessageSujet: Re: phénoménologiques, ou: du venir-au-jour   Ven 11 Sep 2015, 19:07

Non, en effet: comme on l'a souvent noté, c'est la structure générale du texte qui l'exige -- les jours 1, 2 et 3 ouvrent, constituent, nomment et délimitent des "espaces vides" que les jours 4, 5 et 6 respectivement "remplissent". Mais ça suppose bien que "la lumière", "le jour" et par extension "la nuit" (à l'origine "ténèbres" incréées, mais nommées, séparées, et ainsi réduites à une mesure désormais habitable par opposition symétrique au "jour", comme l'abîme-océan réduit à l'état de "mer" par opposition à la "terre ferme") soient conçus comme de tels espaces(-temps) à "peupler" (par le soleil, la lune et les étoiles en l'occurrence, qui vont habiter le "jour" et la "nuit" comme les poissons et les monstres marins habiteront la "mer", les oiseaux le "ciel", les animaux terrestres et l'homme la "terre ferme").

----
Comme d'autres discussions m'ont renvoyé à l'évangile ("apocryphe") selon Thomas et de celui-ci à ce fil, je signale les échos suivants de notre logion dans ce texte :
"Reconnais ce qui est devant ta face, et ce qui t'est caché te sera dévoilé. Car il n'y a rien de caché qui ne sera manifesté." (5)
"Ses disciples l'interrogèrent et lui dirent: 'Veux-tu que nous jeûnions? Et comment prierons-nous? Donnerons-nous l'aumône? Et pour ce qui concerne la nourriture, quelles normes observerons-nous?' Jésus dit: 'Ne dites pas de mensonges, et ne faites pas ce que vous haïssez, puisque tout est dévoilé devant le ciel. Car il n'y a rien de caché qui ne sera manifesté et rien de couvert qui restera sans être dévoilé.'" (6)
"Les images sont manifestes à l'homme, mais la lumière en elles reste cachée dans l'image de la lumière du Père. Il se manifestera, mais son image restera cachée par sa lumière." (83)
"Celui qui boit de ma bouche deviendra comme moi, moi-même je deviendrai lui, et ce qui est caché lui sera dévoilé." (108)
(Cf. aussi 32s, sur la ville et la lampe qui ne peuvent être cachées.)
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