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 La place du "Seigneur Jésus" dans le culte des Témoin de Jéhovah

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Narkissos

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MessageSujet: Re: La place du "Seigneur Jésus" dans le culte des Témoin de Jéhovah   Jeu 26 Nov 2015, 00:30

Mon édition ("offline") de WTL datant de 2001, j'en suis réduit à jw.org pour la suite. En tâtonnant avec le paramétrage (dont je ne m'étais jamais servi jusque-là), je me suis aussi aperçu, avant d'exclure la Bible (TMN) du champ de recherche, que c'était elle qui donnait les premiers résultats. Donc, sauf erreur d'interprétation de ma part, que "Jésus" + "Seigneur" dans la même phrase était quand même plus fréquent dans la TMN, malgré les substitutions, que dans toutes les [autres] publications récentes de la Watch, ce qui paraît déjà significatif. Et parmi celles-ci, en effet, une majorité de citations directes, ce qui accentue encore la disparité entre le parler NT et le parler strictement TdJ sur ce point.

L'évolution que tu relèves expliquerait en partie notre malentendu. D'après mes souvenirs des années 70-80, je n'avais vraiment pas conscience d'une réticence à l'égard de l'usage du titre "Seigneur" pour Jésus, alors que free et toi, avec des souvenirs plus récents, l'aviez effectivement ressentie.

La volonté de se démarquer des "évangéliques" a pu entrer en ligne de compte (encore qu'aux U.S. ils étaient déjà très présents "de mon temps"), mais j'ai quand même cru remarquer des mouvements opposés. P. ex. (ça n'a aucun rapport mais c'est l'exemple qui me vient à l'esprit), si j'ai bien suivi, la formule "culte familial" adoptée récemment par la Watch (au lieu d'"étude familiale") me semble avoir été importée du monde "évangélique" (qui paraît mainstream aux U.S.), parce que je l'ai rencontrée là avant de la retrouver, à ma surprise, chez les TdJ. La dynamique d'attraction/répulsion est, comme toujours, complexe.

Je suppose cependant qu'il n'y a pas eu de "consigne" pour éviter l'emploi de "Seigneur" en référence à Jésus dans les prières (comme il y en avait eu jadis pour "médiateur", très utilisé dans les années 70, avant une "censure" découlant de la nouvelle interprétation franzienne et restrictive du mot), sans quoi vous en auriez entendu parler.
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MessageSujet: Re: La place du "Seigneur Jésus" dans le culte des Témoin de Jéhovah   Jeu 26 Nov 2015, 01:03

Le seul souvenir que j'ai à ce sujet, pas tout jeune (je serais bien en peine de le dater, grosso modo fin 80, début 90), c'est d'avoir été invité à fuir les formules alambiquées du genre : "... par les seuls mérites de Jésus" et autres périphrases du genre, pour dire simplement : "... au nom de Jésus."
Mais rien contre l'attribution du titre de Seigneur à Jésus, évidemment. Si elle s'est raréfiée à l'oral, ce serait uniquement par un "mimétisme" d'avec ce qui se fait à l'écrit : c'est (un peu) sorti des habitudes et des usages, mais je ne pense effectivement pas que ça ait été voulu.
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le chapelier toqué

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MessageSujet: Re: La place du "Seigneur Jésus" dans le culte des Témoin de Jéhovah   Jeu 26 Nov 2015, 11:31

Je me faisait pratiquement les mêmes remarques lorsque je fréquentais une congrégation évangélique. Les hommes âgés terminaient leurs prières en remerciant le Seigneur Jésus, alors que les plus jeunes remerciaient le Seigneur. Ce qui laissait un doute sur celui qui était remercié: Jésus, Dieu ou Jésus-Dieu?
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Narkissos

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MessageSujet: Re: La place du "Seigneur Jésus" dans le culte des Témoin de Jéhovah   Jeu 26 Nov 2015, 14:32

La question de la prière (adressée) à Jésus est distincte -- elle est exclue dans le jéhovisme, fréquente chez certains évangéliques, présente mais relativement rare dans les liturgies traditionnelles, protestantes, catholiques ou orientales.

A noter que "au nom de" est une formule très ambiguë, qui change de sens selon le verbe (c.-à-d. l'action) auquel elle se rattache: quand on exorcise, guérit, baptise, bénit, maudit, pardonne, etc. "au nom de Jésus", on se réclame de son autorité, on met pour ainsi dire Jésus et a fortiori Dieu derrière soi (un peu comme dans "au nom de la loi": j'ai la loi derrière moi, je la représente, je me situe "entre" la loi et l'action que j'opère en son nom). En revanche, quand on prie (Dieu) au nom de Jésus, ça ne peut pas fonctionner de la même manière, puisqu'on a en quelque sorte Dieu devant soi: ou bien on se figure Jésus comme un intermédiaire entre nous et Dieu (d'où le succès populaire du concept de "médiateur", une fois perdu de vue son contexte biblique de conclusion d'alliance), ou bien, dans une veine plus "mystique", on se situe en Jésus (dans son "corps" en version paulinienne, à la place du "Fils unique" en version johannique) pour prier Dieu (le Père) "en son nom".
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MessageSujet: Re: La place du "Seigneur Jésus" dans le culte des Témoin de Jéhovah   Jeu 26 Nov 2015, 18:31

La prédication ou "la bonne nouvelle" des TdJ sont reliées à Dieu ou "Jéhovah" avec des expressions comme, "la bonne nouvelle du royaume de Dieu" et rare à Jésus. Cela tranchant avec les expressions que l'on retrouve dans le NT qui relient la bonne nouvelle à Jésus :

"Il y eut cependant parmi eux quelques hommes de Chypre et de Cyrène qui, venus à Antioche, parlèrent aussi aux gens de langue grecque et leur annoncèrent la bonne nouvelle du Seigneur Jésus. La main du Seigneur était avec eux, et un grand nombre de gens devinrent croyants et se tournèrent vers le Seigneur." Actes 11,20-21

"Et il nous a enjoint de proclamer au peuple et d'attester que c'est lui que Dieu a institué juge des vivants et des morts. Tous les prophètes lui rendent ce témoignage : quiconque met sa foi en lui reçoit par son nom le pardon des péchés. " Actes 10,42-43

"A moi, le moindre de tous les saints, cette grâce a été accordée d'annoncer aux non-Juifs, comme une bonne nouvelle, la richesse insondable du Christ" - Eph 3,8

"par la puissance de signes et de prodiges, par la puissance de l'Esprit de Dieu. Ainsi, depuis Jérusalem et en rayonnant jusqu'en Illyrie, j'ai annoncé partout la bonne nouvelle du Christ." Rm 15,19
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Narkissos

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MessageSujet: Re: La place du "Seigneur Jésus" dans le culte des Témoin de Jéhovah   Jeu 26 Nov 2015, 20:20

La "bonne nouvelle (ou évangile) du royaume (ou règne)" est quand même une formule évangélique (Matthieu 4,23; 9,35; 24,14; + "de Dieu" chez Luc, 4,43; 8,1; cf. 16,16, avec le verbe correspondant). On a aussi "bonne nouvelle / évangile de Dieu" en Marc 1,14s; Actes 8,12; 20,24; Romains 1,1s; 15,16; 2 Corinthiens 11,7; 1 Thessaloniciens 2,2.8s; 1 Timothée 1,11; 1 Pierre 4,17. Après, c'est encore une question de dosage.

Il me semble toutefois que le principal déplacement de la "bonne nouvelle" (adventiste puis) jéhoviste par rapport à l'"évangile" du NT n'est pas un changement de référent (Dieu ou le Christ entendu comme "source" ou "objet" de l'évangile), mais de contenu. Ce n'est plus l'enseignement de Jésus ni son "histoire", ni le "salut chrétien" en général, qui sont au cœur du "message", mais une eschatologie renouvelée par son prétendu "avènement-intronisation" (d'où l'importance de la notion de "royaume/règne", plutôt rapportée au Christ qu'à Dieu du reste) en 1844 1874 1914. C'est évidemment une façon assez superficielle, et éphémère, de donner un coup de neuf à une "bonne nouvelle" deux fois millénaire. D'un autre côté, il n'y a guère d'autre moyen de "restaurer", à cette distance, la dimension eschatologique qui faisait effectivement partie intégrante d'un certain nombre de versions néotestamentaires de l'"évangile": là où celui-ci supposait une fin du monde imminente, on l'entend forcément d'une autre manière quand on sait qu'elle ne l'était pas; la croire à nouveau imminente permet de raviver certains aspects de la "bonne nouvelle originale", mais au prix de distorsions beaucoup plus graves à mon sens*.

Il faut cependant noter que le NT avait déjà des problèmes de "contenu" avec sa "bonne nouvelle": notamment du fait que les évangiles mettent en scène un Jésus proclamant avant sa mort-résurrection une "bonne nouvelle" dont sa mort-résurrection ne peut pas être l'objet, comme elle l'est majoritairement dans les épîtres. Bref, il y avait là des failles que l'adventisme, puis le jéhovisme, ont exploitées pour démonter et remonter "l'évangile" à leur façon.

* Outre le fait tout simple qu'un retour de Jésus-Christ 2000 ou 3000 ans après sa mort, ce n'est plus du tout la même histoire qu'un retour dans sa génération, on y perd, dans un premier temps au moins, tout le bénéfice du travail de réinterprétation (on pourrait dire aussi de deuil) de l'eschatologie péniblement mené, dans le NT même, pour passer d'un "évangile de l'avenir" à un "évangile de l'éternité" (non pas, du reste, que celui-ci soit postérieur à celui-là; mais ceux qui avaient cru à celui-là ont bien dû, quand il n'était plus tenable, se "convertir" à celui-ci). Ce travail-là est à refaire, à chaque fois que de nouvelles attentes futuristes sont déçues. Mais c'est peut-être un cycle nécessaire pour que les différentes versions de "l'évangile" soient réentendues tour à tour, même "déformées" par ce recyclage, faute de pouvoir l'être simultanément, en tout cas par les mêmes personnes.

[Dans le détail des textes, ce changement de perspective générale s'avère souvent catastrophique, comme on l'a plusieurs fois montré, par exemple, au sujet de Matthieu 24,45ss: si l'on croit le maître de maison (kurios) déjà (en partie) "revenu", et son jugement rendu, la question "qui est l'esclave fidèle et avisé ?" cesse d'être une question ouverte, dont la réponse est en suspens; c'est une question dont on connaît déjà la réponse; par là même, une parabole destinée à mettre en garde les détenteurs d'autorité sert, à contresens, de confirmation inconditionnelle de leur autorité. -- Je sais que, "techniquement", la Watch a corrigé il y a peu son interprétation antérieure d'une "arrivée" du maître (ou Seigneur, qui est bien ici Jésus dans sa lecture allégorique) au passé, mais concrètement ça ne change rien à l'utilisation à contresens de la parabole: les TdJ croient toujours savoir "qui est l'esclave fidèle et avisé", comme si le jugement du maître-Seigneur-Jésus avait déjà été rendu.]
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MessageSujet: Re: La place du "Seigneur Jésus" dans le culte des Témoin de Jéhovah   Ven 27 Nov 2015, 12:05

"Que le Seigneur lui accorde de trouver compassion auprès du Seigneur en ce jour-là. Toi-même tu sais mieux que personne combien, à Ephèse, il a rendu de services" 2 Tim 1,18

Ce texte emploie à 2 reprises le titre "Seigneur", est-il question du même "Seigneur" ?
2 Tm 1,2 ; identifie le "Seigneur" à Jésus-Christ ("paix de la part de Dieu, le Père, et de Jésus-Christ, notre Seigneur !").
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Narkissos

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MessageSujet: Re: La place du "Seigneur Jésus" dans le culte des Témoin de Jéhovah   Ven 27 Nov 2015, 12:34

Première remarque: ce n'est pas parce que des textes sont "bibliques" qu'ils sont forcément bien écrits, ni bien pensés !

La formulation de 2 Timothée 1,18 est en effet confuse: elle sous-entend probablement un "jeu de rôles" entre le Père et le Fils, mais il peut fonctionner dans les deux sens. A première vue j'inclinerais (très légèrement) pour l'interprétation: que le Seigneur-Fils lui accorde de trouver compassion auprès du Seigneur-Père, peut-être parce qu'il y a un article dans le premier cas et pas dans le second (ce qui correspond mieux à l'usage dominant de la Septante, kurios sans article = Yahvé). Etant entendu qu'avec les Pastorales (Timothée-Tite), on n'est plus du tout dans le noyau du corpus paulinien (Corinthiens-Romains) qui restreint (presque) systématiquement l'usage de kurios avec et sans article à Jésus.

Pour expliciter un peu en quoi consiste le "jeu de rôles", la structure de la phrase implique 1) un Seigneur-providence ou un Seigneur-grâce (qui accorde ou donne de...) et 2) un Seigneur-juge (devant qui on trouve ou non compassion "en ce jour-là"). Mais comme le Père et le Fils sont également susceptibles de jouer les deux rôles, on interprète, en fait, comme on veut: ou bien a) que le Père-providence lui accorde d'être gracié par le Fils-juge, ou bien b) que le Fils-grâce lui accorde de l'être par le Père-juge. L'attribution du jugement au Fils en 4,1 pourrait faire pencher la balance vers le premier sens (a), au contraire de ce que je suggérais plus haut; mais il ne faut pas non plus trop présumer de la cohérence de l'auteur (qui, en l'occurrence, a vraisemblablement beaucoup moins réfléchi que nous à ce qu'il écrivait !).

---
Nous en avons souvent parlé ailleurs, mais j'y reviens parce que c'est un point essentiel et difficile à intégrer, sinon à comprendre: entre "le judaïsme" et "le christianisme", "l'Ancien Testament" et "le Nouveau Testament", et sans préjudice de leur grande diversité interne, il y a une véritable redistribution (nouvelle donne, new deal) de la divinité, en sorte qu'il est impossible d'établir des relations constantes entre les termes (titres et noms divins) des deux "ensembles". Il ne s'agit pas simplement de rajouter à "Yahvé" devenu "Dieu" (et kurios) un second personnage, Jésus-Christ, qui laisserait l'identité du premier inchangée, de telle manière qu'on pourrait identifier sans reste "Yahvé" au "Père de Jésus-Christ"; pas non plus d'identifier "Yahvé" à "Jésus Seigneur" de telle sorte que "Dieu le Père" serait tout à fait quelqu'un d'autre; pas même d'établir une équation globale entre "Yahvé-Dieu" et "le Père + le Fils". Il y a un peu de tout cela, différemment selon les textes, dans les emplois néotestamentaires de kurios, mais cela ne constitue pas (encore) un système cohérent. Et comme la systématisation ultérieure (notamment trinitaire) va se faire avec d'autres mots-concepts que kurios (lequel s'applique indifféremment à toutes les "personnes-hypostases" trinitaires), elle n'élucide en rien l'usage, globalement fluctuant et définissable seulement de manière locale (texte par texte), de kurios dans le Nouveau Testament.
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MessageSujet: Re: La place du "Seigneur Jésus" dans le culte des Témoin de Jéhovah   Lun 30 Nov 2015, 06:05

Jésus montra que l’appeler “ Seigneur ” impliquait plus que cela. Il dit : “ Vous m’appelez, vous, ‘ Enseignant ’ et ‘ Seigneur ’, et vous avez raison, car je le suis. ” (Jn 13:13). Étant ses disciples, les apôtres étaient ses élèves. C’est pourquoi il était leur Seigneur, ou Maître.
C’est surtout après la mort et la résurrection de Jésus que son titre de Seigneur revêtit une grande signification. Au moyen de sa mort sacrificielle, il acheta ses disciples, devenant ainsi leur Propriétaire
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Narkissos

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MessageSujet: Re: La place du "Seigneur Jésus" dans le culte des Témoin de Jéhovah   Lun 30 Nov 2015, 21:37

En français, "maître" peut signifier aussi bien "enseignant" (maître d'école) que "propriétaire, patron" (maître de maison); ce n'est pas le cas des mots grecs (respectivement didaskalos et kurios) qui se rencontrent ici, exceptionnellement, pour évoquer deux types de rapports similaires mais distincts: 1) maître = enseignant / disciple = élève, et 2) maître = seigneur / esclave = serviteur (voir la suite).

Sur la notion de "rançon" ou de "rachat", distincte en principe du "sacrifice", voir ici.
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MessageSujet: Re: La place du "Seigneur Jésus" dans le culte des Témoin de Jéhovah   Mar 01 Déc 2015, 11:53

La confession de la résurrection pascale (Rm 1O,9b) engendre celle de la seigneurie de Jésus. Cette seIgneurie trouve dans la résurrection son explication; Jésus tient de la résurrection sa seigneurie . L'Église primitive semble avoir cru d'abord en la résurrection de Jésus. Qu'il suffise pour l'instant d'invoquer deux textes, 1 Co 15,3b-5 et Rm 4,18-25. Dans le premier de ces textes, le kérygme (1 Co 15, II) nettement présenté comme prépaulinien (1 Co 15,3) ne mentionne que le mystère mort-résurrection et les apparitions du ressuscité. Pas un mot sur la seigneurie de Jésus, qui n'en est pas pour autant à supprimer de la tradition kérygmatique prépaulinienne, mais à voir comme un privilège christologique résultant de la résurrection. Dans le second texte mentionné, celui de Rm 4,18-25, la foi chrétienne est comparée à celle d'Abraham et caractérisée par la croyance en la résurrection de Jésus: " Nous à qui la foi sera comptée puisque nous croyons en Celui qui a ressuscité d'entre les morts Jésus notre Seigneur" (Rm 4,24).

https://www.erudit.org/revue/ltp/1979/v35/n1/705700ar.pdf
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MessageSujet: Re: La place du "Seigneur Jésus" dans le culte des Témoin de Jéhovah   Mar 01 Déc 2015, 14:12

Excellent article.

Le rapport entre "seigneurie" et "résurrection" dépend aussi du type de christologie qu'on envisage "avant Paul". La question principale, à mon sens, n'est pas celle de l'"altitude" (au sens où l'on parle de christologie "haute" ou "basse" pour situer, de façon "essentielle", c.-à-d. fixe et statique, le personnage du Christ plus ou moins "haut" sur une échelle entre "Dieu" et "les hommes" ou "la création" -- cela sera surtout le problème du IVe siècle); mais plutôt celle du mouvement, descendant puis ascendant, ou bien principalement ascendant, qui est attribué à Jésus-Christ.

J'insiste: à Jésus-Christ, compris comme un "tout" indivisible. Dans toutes les versions connues de "l'évangile", en effet, il y a une "descente" suivie d'une "montée", mais de qui ou de quoi ? Ou bien on considère 1) que l'"Esprit", ou un "Christ" spirituel / céleste (le Verbe, le Fils de Dieu, le Fils de l'homme), descend sur terre, prend l'apparence d'un homme de chair et de sang, joue incognito le drame de la Passion et remonte essentiellement intact, triomphant des puissances cosmiques et infernales et révélant ainsi sa véritable nature/identité spirituelle et céleste; ou bien 2) que l'Esprit descend pour s'emparer du destin d'un homme (un simple homme, un homme comme un autre, un homme de chair et de sang qui, lui, n'est pas "descendu du ciel"), l'entraîner à la mort avant de l'élever, par une résurrection et/ou une ascension, de sa nature "mortelle" à une "immortalité" qui ne lui est pas "naturelle". En deux mots et sous réserve d'une définition précise de ceux-ci, épiphanie d'un dieu dans le premier cas, apothéose d'un homme dans le second.

Cette nuance, qui peut paraître subtile, est décisive, entre autres choses quant à l'attribution à "Jésus-Christ" du titre de "Seigneur": dans la version 1, "Jésus-Christ" est Seigneur (Seigneur de gloire, 1 Corinthiens 2,6ss) depuis toujours, c'est par cela même que son périple sauve: il n'a fait que dissimuler sa qualité (s'en "vider", dit Philippiens 2) pour mieux la révéler ensuite; dans la version 2, au contraire, l'homme "Jésus" devient effectivement "Seigneur" (et "Christ", et "Fils de Dieu", toutes choses qu'il n'était pas auparavant) par sa résurrection/élévation post mortem (cette élévation pouvant être ensuite rapportée, par anticipation ou prolepse, à la Transfiguration, au Baptême, voire à sa naissance ou à sa conception -- limite où l'on bascule de la version 2 à la version 1: un Jésus Fils de Dieu dès sa conception n'a jamais pu devenir Fils de Dieu; un pas de plus en marche arrière et il est l'incarnation d'un Fils de Dieu préexistant).

Ces deux grands types de christologie sont déjà mêlés, mais encore aisément repérables, dans le NT: la doctrine spécifiquement paulinienne et johannique relève clairement du type 1 (Jésus-Christ est le Fils de Dieu venu du ciel / du Père); mais le type 2 est aussi représenté dans la trame du récit de Marc (et par conséquent de Matthieu et de Luc) ou dans les discours des Actes (chap. 2, 3, 10, 13); il est même perceptible dans le corpus paulinien, là où celui-ci se réfère à des éléments extérieurs à la christologie proprement paulinienne (p. ex. Romains 1,2ss ou la fin de l'"hymne" de Philippiens 2), et il va par la suite s'affirmer contre l'autre, notamment dans les christologies dites adoptianistes (Jésus n'est pas Fils de Dieu par nature, mais par "adoption"), judéo-chrétiennes (ébionites etc.) ou autres (p. ex. Paul de Samosate).

La christologie jéhoviste est un curieux mélange (mais on peut dire que toutes les christologies, même "orthodoxes", le sont selon des modalités et à des degrés divers, pour la bonne raison que le "mélange" est déjà dans le NT, surtout si on le lit d'une manière harmonisatrice): d'un côté, elle garde du type 1 l'idée d'une préexistence (plutôt archangélique que strictement "divine" en l'occurrence) du Christ terrestre; et, ce qui est plus original, l'idée que l'homme Jésus ne ressuscite pas du tout (puisque ce qui "ressuscite", contrairement au sens ordinaire de la "résurrection" d'un homme mort, c.-à-d. d'un cadavre, c'est l'esprit préexistant à "l'homme"). Il y a donc "descente" d'un être intermédiaire entre Dieu et les hommes et "remontée" de cet être à une position toujours intermédiaire, quoique supérieure à la première sans qu'on voie très bien ce que ça change. De l'autre côté (2), l'humanité ("parfaite") du Christ terrestre est affirmée, mais uniquement en vue de la "rançon" qui y met aussi un terme. Elle n'est pas "simple apparence" au sens "docète" du mot, elle est cependant artificielle et provisoire. En somme, il me semble qu'on y perd à la fois la principale force significative du type 1 (en Jésus-Christ c'est Dieu lui-même qui vient aux hommes, sans préjudice des distinctions internes à la "divinité" que cela implique entre "le Père" et "le Fils") et du type 2 (en Jésus-Christ c'est l'homme qui est élevé à Dieu).

---
La christologie commande toujours une sotériologie: l'idée qu'on se fait de "Jésus-Christ" détermine un type de "salut" (sôteria) particulier. Une christologie "spirituelle", descendante et ascendante (1), est naturellement propice à une sotériologie de genre "gnostique": le mouvement de l'Esprit attire à soi le "spirituel" disséminé et emprisonné dans le "monde" pour le sauver du monde (ainsi dans l'Evangile selon Jean); mais elle peut aussi avoir une dimension ou un horizon "cosmique", et aboutir à la perspective d'une harmonisation ou réconciliation du "monde" (kosmos) -- ainsi dans la tradition paulinienne, qui culmine sous ce rapport avec l'épître aux Ephésiens. De l'autre côté, une christologie ascendante et "adoptioniste" au sens le plus large (2) peut paraître plus "progressiste", en ouvrant, à partir de Jésus "sauveur sauvé", à l'homme et au monde même une voie d'"élévation" (paradoxale pour autant qu'elle passe par la croix), de "spiritualisation", voire de "divinisation" au sens qu'en a retenu le christianisme oriental, qui n'est pas un simple retour (qu'on pourrait aussi qualifier de régression) vers l'origine.

Par rapport à cela, le "salut" jéhoviste est centré sur la terre et l'humanité telle qu'elle est (ce qui n'est pas très étonnant pour une doctrine élaborée aux XIXe et XXe siècles, mais n'aurait guère satisfait les Anciens): même ceux qui vont au "ciel" n'y vont en théorie que pour une raison utilitaire, puisque le "royaume des cieux" a pour seule fin le rétablissement de la "perfection humaine" et du "paradis terrestre". Pourtant on ne voit pas très bien en quoi ils y seront "utiles"; non seulement la fonction des "élus" (= 144.000), mais celle du Christ-esprit-ressuscité dans cette affaire est obscur: rois et prêtres, mais pour quoi faire, que "Jéhovah" ne puisse pas faire tout seul ? Le seul rôle de Jésus-Christ (homme) qui paraisse tout à fait clair dans la doctrine jéhoviste est formel, accompli et terminé: d'avoir rendu cela "légalement possible" en se prêtant au tour de passe-passe juridique de la "rançon". Accessoirement, d'avoir servi de "modèle moral" (mais pas beaucoup plus en fait que d'autres "personnages bibliques" régulièrement donnés en exemple). En matière d'autorité effective, Jésus "Maître-Seigneur" (kurios) ou même "Maître-Enseignant" (didaskalos) compte bien moins, concrètement, pour le TdJ moyen, que ce qui est lu chaque semaine dans La Tour de Garde (y compris quand celle-ci dit ce-qu'il-faut-faire-pour-faire-comme-Jésus): cette remarque vaudrait sans doute en principe pour toutes les Eglises et leurs "magistères" avoués ou non, mais, en fait, plus ou moins quand même...
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MessageSujet: Re: La place du "Seigneur Jésus" dans le culte des Témoin de Jéhovah   

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