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 évangile(s) de l'enfance

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Narkissos



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MessageSujet: évangile(s) de l'enfance   Mer 28 Oct 2015, 18:05

C'est un sujet qui a été évoqué à maints propos (c'est le contraire qui serait étonnant), mais il me semble qu'aucun fil spécifique ne lui a été jusqu'ici consacré: disons, le "traitement" (avec ce que cela comporte d'utilisation, voire d'exploitation) du "thème" de l'enfance et de la "figure" de l'enfant dans les évangiles, le Nouveau Testament et la Bible en général.

Mon titre est délibérément ambigu, puisque ce qu'on appelle les "évangiles de l'enfance" sont des récits ("apocryphes" ou extra-canoniques, comme le Protévangile de Jacques ou l'Evangile du pseudo-Matthieu, à l'exception de quelques lignes de Luc) de l'enfance de Jésus. A part le plaisir du jeu de mots, cet autre sujet n'est pas tout à fait sans rapport: à un personnage auquel il était prêté tant de paroles sur l'enfance (sinon de mots d'enfant), il était difficile de ne pas inventer une enfance.

Mon point de départ est double: deux discussions récentes, celle-ci et celle-là.
Dans la première, aujourd'hui même, plusieurs phrases de Béréenne attitude, p. ex.:
Citation :
c'est en redevenant comme un petit enfant, c'est à dire sans formatage, en renaissant, en redevenant 'genèse' qu'on peut entrer dans le royaume !
Citation :
A partir de  toutes "métaphores du salut", à partir de tout ce qu'on croit être 'le christianisme', à partir de tout formatage, et même de toute 'conscience de multiples formatages', aller à Christ, ce n'est pas aller dans un formatage autre, un formatage qui serait 'mieux' ou qui même engloberait plusieurs formatages. Aucune autorité religieuse, aucun rituel, aucune métaphore, aucune habitude, aucune 'conception de la vie' (des choses, de Dieu) ne nous y amène. Sauf, 'renaitre' et redevenir 'tout neuf' et donc dépourvu de tout formatage ... comme un petit enfant ...
Dans la seconde, mon dernier post (du 22.10.15) en réponse à free sur Marc 9,37:
Citation :
Par rapport à "l'exorciste indépendant" (Marc 9,38ss), le v. 37 se rattache plutôt à la péricope précédente (v. 33ss, "qui est le plus grand", déjà le thème de  l'ambition), mais la suivante aussi lui fait écho (v. 42ss, les "scandales"): entre les "enfants" modèles d'humilité (comme le serviteur identifié au plus jeune, cf. 10,43s//), puis à accueillir comme le Christ, et les "petits" à ne pas "scandaliser", l'affinité thématique est évidente.
On remarque qu'ici encore Matthieu renverse la proposition de Marc (qu'il conserve cependant dans ce cas, Matthieu 18,5//Marc 9,37), en passant de l'enfant qu'on accueille à l'enfant qu'il faut devenir (v. 3s, sans équivalent chez Marc ni Luc); à mi-chemin entre les deux, on trouve un peu plus loin (Marc 10,13ss // Matthieu 19,13ss // Luc 18,15ss) la formule, parfaitement équivoque en grec comme en français, "accueillir le royaume de Dieu comme un enfant" (= comme on accueille un enfant ? comme un enfant l'accueille ?). Ce qui, de proche en proche, rappellera aussi la nouvelle naissance / naissance d'en haut johannique, associée à l'expression plus traditionnelle "entrer dans le royaume de Dieu", en Jean 3,3ss -- texte qui par ailleurs aboutit à "l'esprit (qui) souffle où il veut" (v. 8 ), et la boucle est bouclée ! :)

Pour commencer, ce sujet me rappelle spontanément deux textes "profanes":
L'un de Jung, dont j'ai gardé un souvenir très vague parce que j'ai lu il y a près de trente ans, peu après ma sortie des TdJ (étrangement, je ne sais même plus dans quel livre mais je me souviens très bien de l'endroit où j'étais quand je l'ai lu, comme c'est souvent le cas des choses qui m'ont marqué): sous toutes réserves donc, il remarquait que là où les chrétiens parlent de re-devenir (comme un) enfant, l'évangile parle de devenir -- autrement dit (et c'était important pour le "psychologue des profondeurs") il ne s'agissait pas de régression.
L'autre, que j'ai découvert plus tard et souvent relu (et cité, ici même je le crains) depuis, de Nietzsche, dans le Prologue de son Zarathoustra. C'est le fameux passage allégorique sur les "métamorphoses de l'esprit", où l'"esprit" (donc "l'homme" en un certain sens, mais pas forcément celui de "l'individu") est d'abord chameau disposé à porter tous les fardeaux, puis lion réfractaire à toute soumission, à tout service et à toute utilité, enfin enfant qui joue: Unschuld ist das Kind und Vergessen, ein Neubeginnen, ein Spiel, ein aus sich rollendes Rad, eine erste Bewegung, ein heiliges Ja-sagen (L’enfant est innocence et oubli, un renouveau et un jeu, une roue qui roule sur elle-même, un premier mouvement, une sainte affirmation).


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MessageSujet: Re: évangile(s) de l'enfance   Mer 28 Oct 2015, 21:11

Plus prosaïquement que les allégories du monsieur à grosses moustaches ou que les belles nuances de l'helvète psychanalyste, l'enfance est un sujet qui m'occupe pas mal (sans doute depuis que mon Théodore-Moineau a débarqué, mais même déjà pas mal avant).

J'ai déjà écrit ici que je trouvais, dans le second récit de la création (Gn 2 et 3), une allégorie de la condition humaine : condamné à vieillir, donc à savoir, à se saisir de (ou à être saisi par) une conscience du monde et de la (non)place qui lui revient, l'homme se met à imaginer qu'il est cette conscience, et ne sait plus bien quoi faire de son corps, devenant un peu "surnuméraire", qu'il ne perçoit plus que comme une partie de lui (voire un "truc" que ce "lui" possède), et qu'il se doit de recouvrir. Le corps se couvre au fur et à mesure que la conscience se découvre... Et cette conscience, que l'on décrit si souvent comme une "merveille", que l'on s'imagine nous mettre au sommet de la création, c'est une malédiction. L'épée flamboyante de l'esprit nous condamne à oublier l’Éden de l'enfance.

R. Gary écrivait que l'amour maternel est une promesse faite à l'enfant, à l'aube de la vie, qui ne sera jamais tenue. J'ajouterais bien à ça que l'enfance elle-même est une promesse qui ne sera pas tenue. L’enfant est une page blanche qui appelle inévitablement l'écriture, une écriture qui souillera cette virginité.
L'enfant est riche d'un milliard de vies potentielles : il sera maître du monde ou clochard, il sera riche ou mendiant, il fera le tour du monde ou ne cultivera que son jardin. Il peut être tout. Mais très vite la page se remplit, et il ne vivra qu'une seule vie au détriment de toutes les autres, elle sera une trahison de toutes les autres. Quelle qu'elle soit, elle ne sera jamais qu'une vie, absolument misérable par rapport à l'infinité des possibles qui s'offrait à son enfance.

J'aurais voulu mieux écrire tout ça, et le lier un peu mieux au sujet, mais là j'ai "un-milliard-de-vies-potentielles" à mes basques, qui commence à s'agiter furieusement pour réclamer sa purée, et ne me laissera pas tranquille tant qu'il ne l'aura pas engloutie.


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MessageSujet: Re: évangile(s) de l'enfance   Mer 28 Oct 2015, 22:33

(Je retrouve un peu de tout ça dans cette courte et mélancolique chanson :



"There's a little child
Running 'round this house
And he never leaves
He will never leave
And the fog comes up from the sewers
And glows in the dark.

Baby alligators in the sewers grow up fast
Grow up fast.
Anything you want it can be done
How did you go bad?
Did you go bad?

Some things will never wash away
Did you go bad?
"

Et ce que dit le chanteur en intro est très contestable, la version originale telle qu'il l'avait d'abord enregistrée en studio 2 ou 3 ans auparavant, sensiblement différente, je la trouve vraiment très bonne.)
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MessageSujet: Re: évangile(s) de l'enfance   Mer 28 Oct 2015, 23:43

VANVDA a écrit:
J'aurais voulu mieux écrire tout ça...
Ça aussi c'est très contestable (même si c'est vrai que tu l'aurais voulu): "mieux", si bon qu'il soit, nous aurait privés de l'excellent !
Je ne sais pas si tu avais lu ceci, que ton texte m'a rappelé: qu'il y ait là coïncidence ou germination, d'ailleurs, j'en suis tout aussi émerveillé.
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MessageSujet: Re: évangile(s) de l'enfance   Jeu 29 Oct 2015, 00:50

Oui, j'avais lu, en effet.
Ça m'était sorti entre temps de la "mémoire première" (j'appelle ainsi, à défaut de mieux, celle dont on a conscience : on se souvient bien qu'on se souvient).
Mais apparemment, ça m'est resté quand même, et plutôt bien, à sa manière.   ; -)
Eh bien : merci, alors !

(En écrivant tout à l'heure, j'ai repensé par contre bien plus "formellement" à un autre texte oudenologien, où il était question de la malédiction de l'intelligence humaine, que, faute de temps, je n'ai pas pu retrouver, et donc mettre en lien.)
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MessageSujet: Re: évangile(s) de l'enfance   Jeu 29 Oct 2015, 03:29

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MessageSujet: Re: évangile(s) de l'enfance   Jeu 29 Oct 2015, 09:04

C'était le second ! cheers
Dans mon souvenir (faussé) je le plaçais plus loin dans le temps, alors que c'est très récent. Je cherchai hier (très rapidement) plus haut d'un an au moins. À croire que des événements récents m'ont un peu perturbé.

(Je ne me souvenais pas, par contre, que tu avais déjà fait le lien avec le récit de l'Éden dans ce texte.)
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MessageSujet: Re: évangile(s) de l'enfance   Jeu 29 Oct 2015, 17:05

Certains  textes du NT assimilent l'enfance à l'immaturité et à l'inconstance :

"Mes frères, ne soyez pas des enfants pour ce qui est du jugement ; pour ce qui est du mal, soyez des enfants, mais pour ce qui est du jugement, soyez des adultes" 1 Cor 14,20

"Ainsi nous ne serons plus des tout-petits ballottés par les flots et entraînés à tout vent d'enseignement, joués et égarés par la ruse et les manœuvres des gens" Eph 4,14 


"Alors que vous devriez, depuis le temps, être des maîtres, vous avez de nouveau besoin qu'on vous enseigne les premiers éléments des paroles de Dieu : vous en êtes venus à avoir besoin, non pas de nourriture solide, mais de lait. Or quiconque en est au lait n'a pas l'expérience de la parole de justice : c'est un tout-petit. Mais la nourriture solide est pour les adultes, pour ceux qui, par l'usage, ont le sens exercé au discernement du bien et du mal." Heb 5,12 ss
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MessageSujet: Re: évangile(s) de l'enfance   Jeu 29 Oct 2015, 18:37

@ free: C'est (aussi) à ça que je voulais en venir: il y a également dans le NT des réactions à l'éloge et à l'idéalisation de l'enfance, qui lui opposent un idéal d'accomplissement (teleios, comme on l'a déjà dit récemment, désignant aussi bien la "perfection" que l'état "accompli" de l'adulte par opposition à l'enfant). Voir aussi 1 Corinthiens 13,11, en rapport avec 14,20, dans le même contexte général de la résistance paulinienne au caractère infantilisant des "charismes".
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MessageSujet: Re: évangile(s) de l'enfance   Ven 30 Oct 2015, 11:40

Une seule fois Jésus présente l'enfance sous un aspect plutôt négatif en Mt 11,16 ss :


"A qui comparerai-je cette génération ? Voici à quoi elle est semblable : des enfants assis sur les places publiques, qui appellent les autres en disant : Nous vous avons joué de la flûte, et vous n'avez pas dansé. Nous avons chanté des complaintes, et vous ne vous êtes pas lamentés.
Car Jean est venu : il ne mangeait ni ne buvait, et l'on dit : « Il a un démon ! » 19Le Fils de l'homme est venu, mangeant et buvant, et l'on dit : « C'est un glouton et un buveur, un ami des collecteurs des taxes, des pécheurs ! » Mais la sagesse a été justifiée par ses œuvres."


Les interlocuteurs de Jésus rejettent les invitations à pleurer et à danser, car comme des enfants, ils ne savent pas ce qu'ils veulent.
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MessageSujet: Re: évangile(s) de l'enfance   Ven 30 Oct 2015, 12:19

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MessageSujet: Re: évangile(s) de l'enfance   Ven 30 Oct 2015, 15:58

(Le problème de l'humain, ce n'est pas de savoir ce qu'il veut, c'est de vouloir c'es qu'il sait.  D'après ce que j'ai compris du bon Friedrich, ce serait plus ou moins ça, la voie vers le surhomme... donc vers "l'enfant" ?)
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MessageSujet: Re: évangile(s) de l'enfance   Ven 30 Oct 2015, 16:58

C'est en tout cas un aspect essentiel de la question, qui conduit (un peu plus loin dans Zarathoustra) à "l'éternel retour": car le savoir a priori c'est du passé, de l'acquis, de l'immuable et de l'irréversible (ça se reflète jusque dans la langue, oida en grec ou yada` en hébreu se conjuguent au parfait ou à l'accompli), ce sur quoi la "volonté" tournée vers l'avenir n'a précisément aucune puissance, aucun pouvoir, aucune prise. D'où le mythe (ou le jeu) nécessaire de l'éternel retour (la roue est déjà dans le prologue) pour qu'ici même un vouloir puisse jouer. (Voir le chapitre bien-nommé "De la rédemption").

Par un lapsus symptomatique, j'avais d'abord écrit "âges de la vie" au lieu de "métamorphoses de l'esprit" (ce qui est évidemment tout autre chose, clin d'oeil à Hegel oblige). Mais plus loin dans Zarathoustra cet aspect de la question apparaît aussi, quand Nietzsche dit que l'homme d'âge mûr est plus proche de l'enfant que le jeune homme (c'est ici).
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MessageSujet: Re: évangile(s) de l'enfance   Ven 30 Oct 2015, 18:54

Les évangiles définissent l'enfant comme symbole de l'humilité.

Mc 9,35 ss : "Alors il s'assit, appela les Douze et leur dit : Si quelqu'un veut être le premier, qu'il soit le dernier de tous et le serviteur de tous. Il prit un enfant, le plaça au milieu d'eux et, après l'avoir pris dans ses bras, il leur dit :Quiconque accueille en mon nom un enfant, comme celui-ci, m'accueille moi-même"

Lc 9,48 : "et leur dit : Quiconque accueille cet enfant en mon nom m'accueille moi-même ; et quiconque m'accueille accueille celui qui m'a envoyé. En effet, celui qui est le plus petit parmi vous tous, c'est celui-là qui est grand"

Mt 18,4 ss : "C'est pourquoi quiconque se rendra humble comme cet enfant sera le plus grand dans le royaume des cieux. 5Et quiconque accueille en mon nom un enfant comme celui-ci m'accueille moi-même"
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MessageSujet: Re: évangile(s) de l'enfance   Ven 30 Oct 2015, 21:40

De l'Evangile ("apocryphe") selon Thomas, ces logia déjà en partie cités ailleurs (ici selon une traduction provisoire de J.M. Sevrin):
4: "Jésus a dit : L’homme vieux de jours n’hésitera pas à interroger un petit enfant de sept jours sur le lieu de la vie, et il vivra, car beaucoup de premiers seront derniers, et ils deviendront un seul être."
22: "Jésus vit des petits qui tétaient. Il dit à ses disciples : Ces petits qui tètent sont comparables à ceux qui entrent dans le Royaume. Ils lui dirent : Est-ce en étant petits que nous entrerons dans le Royaume ? Jésus leur dit : Si de deux vous faites un, que vous fassiez le dedans comme le dehors, le dehors comme le dedans, le dessus comme le dessous, en sorte que vous fassiez de l’homme et de la femme un seul être, si bien que l’homme ne soit pas homme et que la femme ne soit pas femme, si vous faites des yeux au lieu d’un œil, une main au lieu d’une main, un pied au lieu d’un pied, une image au lieu d’une image, alors vous entrerez dans le Royaume."
37: "Ses disciples lui dirent : Quel jour te manifesteras-tu à nous et quel jour te verrons-nous ? Jésus a dit : Lorsque vous vous dépouillerez de votre honte, que vous ôterez vos vêtements, les mettrez sous vos pieds comme les petits enfants et que vous les piétinerez, alors [vous verrez] le Fils du Vivant et vous ne craindrez pas."
46: "Jésus a dit : Depuis Adam jusqu’à Jean-Baptiste, parmi ceux qui sont nés des femmes, il n’y a pas plus élevé que Jean-Baptiste, si bien que ses yeux ne seront pas détruits. Mais j’ai dit : Celui parmi vous qui deviendra petit connaîtra le Royaume et sera plus élevé que Jean."
-----
Après avoir revu pour la nième fois le célèbre film The Wild Bunch de Sam Peckinpah (où il y a beaucoup à méditer, entre autres, sur le mélange d'innocence et de cruauté propre à l'enfance, dans un contexte hyper-violent en l'occurrence: une des toutes premières scènes du film montre des enfants qui ont jeté des scorpions dans une fourmilière avant d'y mettre le feu, et filme admirablement leurs visages angéliques et leurs rires) j'en rapporte cette réplique: "We all dream of being a child again, even the worst of us. Perhaps the worst most of all." (Nous rêvons tous de redevenir enfants, même les pires d'entre nous. Peut-être les pires plus que tous les autres.)
[Dont je constate, à la relire, qu'écrite ainsi son sens se démultiplie par rapport à la tonalité plutôt tendre et nostalgique que lui impose le contexte du film, dans un intermède paisible et presque paradisiaque entre les déchaînements de violence.
Les échos du thème évangélique de l'enfance dans la littérature moderne et le cinéma seraient à eux seuls un sujet inépuisable.]
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MessageSujet: Re: évangile(s) de l'enfance   Jeu 05 Nov 2015, 17:03

Il me semble que la vision évangélique de l'enfance/innocence rejoint l'analyse de Rousseau :

« l’homme est un être naturellement bon, aimant la justice et l’ordre, il n’y a point de perversité originelle dans le cœur humain, et les premiers mouvements de la nature sont toujours droits »

L'enfance incarne l'état des humains dans l'Eden avant la désobéissance, avec une tendance naturelle au bien.
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MessageSujet: Re: évangile(s) de l'enfance   Jeu 05 Nov 2015, 19:41

Pour ce qui est du récit fe l'Éden, c'est dans doute un peu différent ( et à mes yeux, il en va de même pour l'enfance). L'homme n'est originellement ni "bon" ni "mauvais", il est "innocent", comme on le dirait d'un "débile" : la question du "bien" et du "mal" ne se pose tout simplement pas à lui.
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MessageSujet: Re: évangile(s) de l'enfance   Jeu 05 Nov 2015, 19:54

Rousseau d'ailleurs n'est pas Frédéric II, il croit à la nécessité de l'éducation et tout son problème est de savoir comment éduquer sans pervertir (c'est le sujet de l'Emile -- où, j'avais oublié, il y a aussi pas mal de théologie, notamment au livre IV).

---
Ce sujet me rappelle soudain un souvenir, de la lointaine époque où, peu après la fin de mes aventures jéhovistes, je m'étais retrouvé étudiant dans une faculté de théologie évangélique: de temps en temps diverses associations évangéliques venaient à la fac pour présenter leur fonds de commerce activité, et un beau jour il y en a eu une (dont j'ai oublié le nom) qui s'était spécialisée dans "l'évangélisation des enfants" (sic, c'est la formulation qui m'a frappé). Par curiosité peut-être malsaine, je suis allé voir si c'était bien ce que je craignais, et c'était pire: discours "décomplexé" à grosses ficelles psycho-pédagogiques sur les techniques de bourrage de crâne à destination des enfants (et notamment de ceux qui n'étaient pas issus de familles évangéliques, il ne s'agissait ni d'"école du dimanche" ni de "catéchisme"), censées conduire ceux-ci à la conversion (ou "décision pour Jésus"). Quand j'ai eu l'occasion d'en placer une, j'ai benoîtement posé la question de savoir si tout cela ne constituait pas un complet contresens par rapport à l'évangile précisément, qui invite des adultes à apprendre des enfants en les accueillant tels qu'ils sont et à "se convertir" (les adultes !) pour devenir comme des enfants (quoi qu'on entende par là), et qui en revanche ne prétend rien enseigner aux enfants ni n'exige d'eux quelque conversion que ce soit. Gros malaise ! Apparemment cette objection pourtant élémentaire n'avait pas traversé l'esprit des "missionnaires", ni de mes condisciples d'ailleurs...
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MessageSujet: Re: évangile(s) de l'enfance   Ven 06 Nov 2015, 16:34

On retrouve dans les évangiles les expressions "petits" ou "tout-petits" qui semblent faire allusion à des adultes (aux faibles) qui manquent d'instruction religieuse ou qui manifestent des déficiences au niveau de la connaissance de loi. Ils sont peut-être les "simples" de (Mt 11,25).
   
 "Je te loue Père, Seigneur du ciel et de la terre, de ce que tu as caché ces choses aux sages et aux intelligents et les as révélées aux simples"

"Mais si quelqu'un devait causer la chute de l'un de ces petits qui mettent leur foi en moi, il vaudrait mieux pour lui qu'on lui attache autour du cou une meule de moulin et qu'on le lance à la mer" (Mc 9,42)

 "Ces plus petits d'entre les frères" de Jésus, ce sont encore les pauvres, les malades (Mt 25,31-46).
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MessageSujet: Re: évangile(s) de l'enfance   Sam 07 Nov 2015, 00:32

@ free:
De Marc 9 et de Matthieu 11, nous avons causé tout récemment; de Matthieu 25 il y a plus longtemps, p. ex. dans ce fil erratique au point d'être mémorable (à partir de la p. 6).

On peut y apporter quelques (petites) précisions de vocabulaire:

Dans Matthieu 11,25 (// Luc 10,21) il est vraiment question de petits enfants, nouveau-nés ou nourrissons (nèpioi), même si le terme peut être pris au sens figuré; on le retrouve en Matthieu 21,16, après l'entrée à Jérusalem et la purification du temple, dans la citation du Psaume 8 -- qui, au passage, donne une scène superbe dans L'Evangile selon saint Matthieu de Pasolini, une des rares où l'on voie Jésus sourire (1 h 19-22).

Dans Marc 9,42 en revanche, les "petits" (mikroi) ne convoquent pas nécessairement l'idée d'enfance (bien que dans ce qui précède il soit question d'enfants, paidion, revoir le post d'introduction au présent fil).

Dans Matthieu les "petits" (mikroi) sont des "disciples" en 10,42; cf. aussi "le plus petit (mikroteros, comparatif ou superlatif) dans le royaume des cieux", plus grand que Jean(-Baptiste) en 11,11 (à comparer à l'usage "en mauvaise part" d'une formule similaire en 5,19, avec l'autre comparatif/superlatif, elakhistos -- un peu comme en français on peut dire "plus petit" ou "moindre"); les "petits (mikroi) qui mettent leur foi en moi" en 18,6-14 (avec des enfants dans ce qui précède); en 25,40.45, pour les "plus petits" "frères" du roi, on retrouve le comparatif/superlatif elakhistos.

____

Un peu en marge de ce sujet, la (quasi-)sacralisation de l'enfance dans la culture chrétienne et post-chrétienne ne me semble pas étrangère à tout ce qui s'est joué ces dernières années autour de la notion de "pédophilie" -- aussi bien dans l'implication (depuis longtemps notoire, avérée et cependant d'un seul coup surmédiatisée) de "religieux" (et accessoirement de professions "laïques" à "vocation" comparable, enseignants, éducateurs, etc.) dans les "scandales" (où l'on retrouve le mot de l'évangile, sinon son sens exact), que dans la réaction de la morale commune (laïque, humaniste), d'autant plus violente qu'elle a le sentiment confus de défendre là son unique reliquat de "sacré".

Je me souviens que déjà dans les années 1990, lors de la révision de la Bible Segond qui a abouti à la NBS, ce sont des "hommes d'Eglise" (pasteurs, théologiens confessionnels), sans doute plus sensibilisés à ce problème que les traducteurs, qui ont souhaité les premiers modifier la formulation classique (et parfaitement conforme au grec) selon laquelle on amenait des enfants à Jésus pour qu'il les touche (Marc 10,13//); de ce verbe ils redoutaient la connotation sexuelle, qui ne m'était guère venue à l'esprit jusque-là.
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