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 brutalité, cruauté, barbarie, sauvagerie, etc.

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Narkissos



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MessageSujet: brutalité, cruauté, barbarie, sauvagerie, etc.   Ven 20 Nov 2015, 14:37

L'actualité proche -- que je ne prétends pas commenter -- m'a d'abord ramené ici; et, simultanément quoique je n'en aie rien dit, : le début du chapitre 13 de Luc se donne précisément comme un commentaire -- plutôt choquant, nos journalistes parleraient certainement de "dérapage" -- de l'actualité du moment, "massacre" et "fait divers" (comme on dit, curieusement, aussi au singulier) à la une.

Nous avons beaucoup parlé, ailleurs, des rapports profonds et complexes entre "violence" et "religion":
http://etrechretien.discutforum.com/t720-la-violence-et-la-bible
http://etrechretien.discutforum.com/t1038-violence-non-violence-non-puissance
et, un peu plus particulièrement, du rôle d'une certaine mise en scène de la cruauté, par exemple au sujet du sacrifice et de la Passion.

Je repensais ces jours-ci à un autre texte biblique qui m'avait marqué il y a fort longtemps: les malédictions du Deutéronome (28,53ss) où l'auteur, dans une description (pittoresque et humoristique au sens le plus noir du terme) des horreurs du siège (cf. Lamentations), semble prendre un malin plaisir à dépeindre sarcastiquement des personnages ultra-"civilisés", urbains, sophistiqués, délicats et raffinés, pour les plonger non seulement dans l'épouvante, mais dans l'avilissement absolu, réduits à se disputer les morceaux de leurs propres enfants pour survivre: ce genre de contraste est d'ailleurs fréquent chez les Prophètes, en particulier avec des "cibles" féminines ou "efféminées": p. ex. Isaïe 3,16ss; 47; Amos 4,1ss.

C'est un sujet de méditation difficile, mais trop important à mon sens pour qu'on ne s'y risque pas : qu'il y ait au cœur du "religieux", en un sens porteur et constructeur de "civilisation" et de "culture", d'"ordre moral" et de "règles de vie", autrement dit d'artifice symbolique et social en tout genre, un fond de haine irréductible, et à l'occasion destructeur, de tout cela; et un rapport fondamental au "brut", au "cru", au "barbare", au "sauvage", autrement dit à une "nature" définie par un moins de "culture" et d'"artifice", qui se présente le plus souvent sous le dehors paisible et même sympathique de la "simplicité" ou du "dépouillement", mais vire quelquefois à l'horreur, et à la jubilation dans l'horreur.

(On retrouvera là, si l'on veut, les "problèmes philosophiques classiques" de l'ambivalence de la "pureté", du "fondement/abîme" ontologique ou autre, du "ressentiment" nietzschéen, et ainsi de suite; mais il n'est pas indifférent qu'ils se reposent en termes et en terrain religieux, autrement dit dans un "domaine" qu'on a cru maintes fois laisser derrière soi et dont on n'est peut-être, en fin de compte, jamais sorti.)

---
Pour tâcher de montrer un peu plus précisément où je veux en venir -- surtout pas à une énième discussion sur "violence et religion" en général, encore moins sur l'islam en particulier -- j'évoquerai quelques thèmes "bibliques" que je relierais volontiers à cet aspect de la question, bien qu'ils soient a priori sans rapport direct avec la "violence humaine":
- dans les textes narratifs et/ou "prophétiques", l'idéalisation du "désert" et du "nomade" par opposition au "sédentaire" et a fortiori à la "ville", lieu de "corruption" par excellence;
- dans les textes "rituels", le "pur" opposé à l'"impur" comme le "simple" au "complexe" ou au "mixte", comme le "brut" au "travaillé/transformé", qui implique une certaine méfiance envers la "technique" et la "culture" : autel de terre ou de pierre non taillée que l'outil profanerait, refus des mélanges (agricoles, alimentaires ou textiles), a fortiori du travestissement ou de la confusion des sexes, des mariages mixtes, rejet du levain à la Pâque ou du fermenté (même "naturellement") dans le "naziréat", aversion envers les processus d'altération évolutifs (comme la "lèpre" où l'impureté cesse dès que le mal ne progresse plus, la corruption-décomposition, etc); nécessité de l'intégrité physique des prêtres (rejet des infirmes et des mutilés), etc.; rites du sang qui échappe, "cru", au processus de cuisson-consumation-consommation, avec une valeur purificatrice ou expiatoire, rites de l'eau et du feu, "élémentaires" même hors du monde grec;
- dans le NT, les "valeurs" paradoxales de la pauvreté, de l'humilité, de la simplicité, de l'enfance dont nous parlions encore il y a peu.
Dans tout cela je perçois, à tort ou à raison, une opposition radicale entre "sacré" et "civilisation", y compris (et c'est là que ça se complique) dans la "culture" qui se construit autour (et à distance) de ce "sacré"-là, celui-ci représentant toujours pour celle-là une menace potentiellement destructrice, autant qu'une source de "bénédiction" constructrice. Et il me semble que l'alliance de la "destruction" et du "sacré", contre une "civilisation" qui voudrait ignorer l'une et l'autre, n'a rien d'un hasard, et se joue dans des profondeurs insoupçonnées de ceux-là même qui en sont aujourd'hui les acteurs de part et d'autre.

---
Cela rejoint une réflexion à la fois plus "spéculative" (parce qu'elle ne résulte pas directement d'une induction sur interprétation d'indices, comme les traits ou traces bibliques que je viens de relever) et plus "spécifique" (parce qu'elle concerne particulièrement les monothéismes) que j'ai souvent esquissée ailleurs. A savoir que "Dieu", le Dieu unique, avec majuscule en français, occupe nécessairement, structurellement, une position symbolique opposée au "monde", "naturel" et a fortiori "culturel" pour autant que cette distinction fonctionne. Si bon, bienveillant, débonnaire, créateur, constructeur et bénisseur qu'on se l'imagine, il n'en recèle pas moins un pouvoir de destruction symétrique. Non seulement parce qu'en remplaçant tous les dieux et en assumant à lui seul le tout de la "divinité" il lui faut aussi occuper la place des divinités "mauvaises", destructrices, infernales, abyssales (comme on le voit notamment dans l'adaptation monothéiste du récit du déluge, d'Atrahasis-Gilgamesh à la Genèse), mais parce qu'il lui faut remonter encore plus "loin" ou plus "haut" (ou plutôt redescendre plus "bas") que tous les dieux, pour occuper aussi la place (la seule véritablement unificatrice) de l'indéterminé-indistinct qui les précède (le "chaos", l'"abîme", l'"océan primordial" dans les cosmogénèses bibliques et pré-bibliques) et qui est littéralement un anti-monde autant qu'un anté-monde. Que le "Dieu" caché derrière le "monde" se manifeste tant soit peu, comme dans les théophanies poétiques, prophétiques ou apocalyptiques de la Bible, et c'est aussitôt le "monde" qui tremble, s'effondre, se défait, se disloque ou se dissout comme un décor artificiel de carton-pâte: le monde "naturel" (parce que lui-même n'est jamais que créé, fabriqué, à la limite factice) et a fortiori ses "superstructures culturelles" (que "Dieu" tantôt veut et ordonne, tantôt désavoue et menace). Et ça n'a aucune importance, puisque c'est "Dieu" qui a fait tout cela, directement ou indirectement, et qu'il peut à loisir le défaire et le refaire, pareil ou autrement (raisonnement omniprésent dans le Coran, mais vers lequel toute pensée de type monothéiste tend inévitablement). On comprend l'affinité profonde entre tout désir de destruction, conscient, avoué ou non, et l'intuition monothéiste fondamentale, même quand la destruction s'inscrit à l'encontre de tous les préceptes formels du religieux (compassion, respect de la vie, etc.). Et il faut ajouter aussitôt que même une pensée athée n'y échappe pas, dans la mesure où elle aussi se met à la place de "Dieu" pour défaire et refaire le monde, comme on dit. De ce point de vue, il n'est pas si étonnant que des idéaux révolutionnaires religieux, et tout spécialement monothéistes, aient pu si facilement prendre la relève des idéaux révolutionnaires athées d'il y a seulement une quarantaine d'années -- car au fond ceux-ci étaient déjà théologiques. Avec "Dieu", ça paraît encore plus simple de "changer le monde".
http://oudenologia.over-blog.com/pages/D-une-creation-l-autre-4848623.html

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Tout cela, bien sûr, ne doit pas faire perdre de vue l'autre aspect, socialement "positif", du religieux, qui construit de la "culture" et de la "civilisation", limite ou canalise la violence, avec d'autant plus d'efficacité qu'il le fait à partir de la violence souveraine des dieux, voire de la toute-puissance arbitraire du "Dieu" créateur et potentiellement destructeur de tout. La parole sacrée, instruction ou loi divine (torah-charia) est toujours, en principe, pour la "vie" et la "paix". Mais quand d'aventure elle prescrit (ou est interprétée de telle façon qu'elle paraît prescrire) la destruction, elle le fait avec une puissance inouïe. Et celui qui se tourne (par un mouvement bien nommé "conversion" dans tous les monothéismes) vers "Dieu", origine et fin de toute "création", s'inscrit ipso facto à contresens du mouvement général de "préservation-perpétuation de la vie" et de "construction-conservation du monde", et devient particulièrement réceptif à ce qui lui paraît préconiser la destruction, de soi d'abord et éventuellement des autres (cf. Abraham et toute la mystique chrétienne de la croix, et l'éloge du martyre en général).
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VANVDA



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MessageSujet: Re: brutalité, cruauté, barbarie, sauvagerie, etc.   Mer 25 Nov 2015, 22:45

Ça me renvoie à une récente remarque que tu faisais ailleurs, et ses courts développements : rien ne tombe jamais juste "dans la réalité".
Dans notre esprit, par contre, il est acquis que tout DEVRAIT normalement tomber juste... Même si –au risque de radoter– je me demande par ailleurs ce que peut bien vouloir dire ce "normalement" : d’où viendrait cette norme qui devrait s’imposer. "Normal" par rapport à quoi, quand TOUT est "anormal"? Néanmoins, après avoir expliqué comment tu supposais que tu aurais fait les choses, toi, si tu avais dû les faire, tu m'as demandé : "Pas toi ? ". Et la réponse, malgré ma réserve, n'en est pas moins : "Si, bien sûr !"  Rolling Eyes

Je me dis que ce que l’on appelle "barbarie" est sans doute motivée par ça : un certain mépris (qui peut se muer en haine) de la vie telle qu’elle est, parce que, à bien la regarder, "la vie" dans toute ses dimensions, c'est un gigantesque foutoir, parfaitement incompréhensible.

À nouveau, je me répète : à bien des niveaux, la vie a quelque chose de répugnant ! Quoi de plus "vivant", paradoxalement, qu'un cadavre qui grouille de vers ? Quoi de plus dégueulasse ?
La vie, dans sa définition la plus "biologique" (et la supputation –toujours plus ou moins affleurante, je crois, malgré toutes les dénégations– que la vie, ce pourrait bien n'être que ça), ce n'est pas quelque chose de "beau". Ou pour le redire autrement : lorsque l'on dit, à la Capra, que "la vie est belle", ce n'est jamais de ça que l'on parle !

"La chair est triste, hélas...."
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Narkissos



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MessageSujet: Re: brutalité, cruauté, barbarie, sauvagerie, etc.   Jeu 26 Nov 2015, 01:37

Pour rappel, mes remarques sur le "tomber juste" se voulaient exprimer des questions d'enfant -- le genre de questions que je me posais, si je ne déforme pas trop mes souvenirs en les réinventant, à mesure que j'apprenais à penser les rythmes "naturels" des saisons et de la lune, les rythmes "artificiels" du calendrier, de ses mois et de ses semaines, l'arithmétique et la géométrie, les choses et les mots, l'orthographe et la grammaire, les différences des gens et des animaux, des sexes et des âges, le corps incompréhensible, le nom arbitraire, la naissance, la mort et la sexualité impensables, chaque fois étonné du peu de cohérence ou de correspondance, de solidarité entre toutes ces "choses" et tous ces "savoirs"; comme si mon étonnement partait d'une idéalité et d'une fiction absolues, sans cesse heurtées par le réel ("artifice" et "idéel" compris) -- la blancheur de la page vierge, dont tu parlais ailleurs, ou la surface tendre et impressionnable de la tablette d'argile encore fraîche.

[Me revient après coup une image, de ma mère m'apprenant à "retrouver" la longueur des mois sur les bosses et les creux de mon poing fermé, comme si la correspondance entre mon corps et le calendrier, en passant par l'univers, était naturelle. Pour l'enfant que j'étais la perspective de l'harmonie (micro- et macro-)cosmique, de la sympathie des choses et des mots, et des lettres (ma mère m'a aussi appris à lire), l'unité du "livre du monde" que Foucault a si bien montrée dans la pensée de la Renaissance, c'était le point de départ; la découverte du réel à partir de là, un continuel désenchantement.]

L'idée d'un monde (bizarrement) fait était certainement tributaire d'une vague croyance (alors catholique, bien que mes parents ne fussent pas "pratiquants") en un "Dieu créateur", mais celle-ci reflétait plus profondément l'anthropomorphisme général de l'homo faber et sapiens: si c'était "étudié pour", comme disait en ce temps-là Fernand Raynaud, ça semblait avoir été à la fois mal étudié et mal réalisé.

L'étonnement réflexif ou spéculaire, l'étonnement de l'étonnement, la (mise en) question de la norme de justesse/justice imposée arbitrairement aux choses récalcitrantes, autrement dit la subversion du point de vue de "soi" et de la "conscience", cela est venu après. Et l'abandon de cette position d'idéalité absolue encore beaucoup plus tard, s'il a jamais vraiment eu lieu -- il a eu lieu, je crois, mais par instants de "lucidité nihiliste", guère tenables dans la durée (sinon comme posture nihiliste, qui dans son inauthenticité quotidienne, témoignait encore en la trahissant de l'authenticité de ces instants-là). Tout mon parcours religieux a sans doute été une tentative pour retarder cet abandon aussi longtemps que possible, comme le rêve auquel on s'accroche pour ne pas se réveiller. Tant qu'il y avait quelque part un "Dieu" et une "vérité", même infiniment paradoxale, l'idée d'un ordre et d'une harmonie profonds, fût-elle mille fois contredite par les "faits", restait en principe tenable. Sans ça c'était la dislocation sans reste, la débâcle intégrale de "soi" et du "monde", le hasard sans majuscule, l'accident sans substance, le devenir sans être, mobilis in mobile. Fascinant, vertigineux, oui, mais pas pour longtemps, puisqu'il s'agissait justement de quitter le lieu de la fascination et du vertige, le "point de vue" subjectif de "l'illusion perspectiviste" sans lequel il n'y avait plus rien à voir. Sauter dans le vide, cela peut encore paraître exaltant, tant que ce n'est pas fait.

Le désir de destruction me paraît tout aussi enfantin au fond, en dépit de ses conséquences terribles. C'est la nostalgie de la position d'irréalité qui, au lieu de se perdre dans la réalité, en triompherait en la ramenant à elle-même, comme l'Esprit dans le plérôme gnostique. La coïncidence du drapeau noir de l'anarchisme (qui s'est parfois pensé religieusement comme ordre suprême, cf. Reclus) et de celui de Da'ech me paraît tout un symbole. Je repense à cette inscription anarchiste sur un mur qui m'avait marqué (et que j'ai déjà citée plusieurs fois), "une société qui bannit l'aventure fait de sa destruction la seule aventure possible". Etrangement, ce ne sont plus ceux qui pensent la destruction "comme telle" qui l'agissent (qui "passent à l'acte", comme on dit), mais ceux qui justement ne peuvent pas la penser, qui l'agissent au nom d'idéaux "positifs" et "constructifs", révolutionnaires et/ou religieux, de préférence très superficiels. Une idéologie qui porte au "zèle" et non à la "profondeur". Les analogies formelles que tu avais relevées ailleurs entre Dabiq et La Tour de Garde (entre autres), malgré leur grande différence de contenu, me semblent également significatives à cet égard.

Nihilisme inconscient ou honteux sous le zèle destructeur pour un idéal "positif": je suis tombé aujourd'hui sur cet article qui m'a paru viser très juste (quoique la métaphore balistique soit de bien mauvais goût).
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le chapelier toqué



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MessageSujet: Re: brutalité, cruauté, barbarie, sauvagerie, etc.   Jeu 26 Nov 2015, 11:27

En lisant ce que Vanvda a écrit:
À nouveau, je me répète : à bien des niveaux, la vie a quelque chose de répugnant ! Quoi de plus "vivant", paradoxalement, qu'un cadavre qui grouille de vers ? Quoi de plus dégueulasse ?
je me rappelle ce que les bouddhistes proclament:" rien n'est permanent si ce n'est l'impermanence".

Narkissos
merci d'avoir signalé l'article d'Olivier Roy. Son analyse me parle mieux que celles présentées par les journalistes sur les tv d'information.
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Narkissos



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MessageSujet: Re: brutalité, cruauté, barbarie, sauvagerie, etc.   Jeu 26 Nov 2015, 14:48

le chapelier toqué a écrit:
:" rien n'est permanent si ce n'est l'impermanence".
Et encore ! Wink
Pour une pensée réflexive, il va de soi qu'on ne peut parler d'"impermanence" qu'à partir d'une "permanence" -- fictive ou inexistante peut-être, mais absolument nécessaire en tant que concept pour concevoir et nommer quelque chose comme "l'impermanence".
Au bout du compte, c'est une autre façon -- paisible et discrète, celle-là, sinon inoffensive -- de défaire, de dé(cons)truire d'un même geste et "soi" et le "monde".

---
A ce propos, une évidence à mes yeux massive, et certainement voulue par les stratèges, des "attentats de Paris", que je ne vois guère commentée si ce n'est par des fondamentalistes musulmans ou des intégristes catholiques, c'est le choix du concert du groupe EODM. Non pas pour ce qu'il était (les organisateurs des attentats l'ignoraient peut-être autant que moi), mais simplement pour le mot "Death". Une façon typiquement occidentale et moderne (et en l'occurrence plutôt ironique et distanciée, si j'ai bien compris) de jouer avec la mort, la négation, la destruction, à laquelle il s'agissait d'en opposer une tout autre, terriblement sérieuse et cruelle au premier degré: un jeu aussi pourtant, et un jeu de scène, spectaculaire, destiné au même "public".

Tout le monde joue avec la mort. Comment est la question vitale.
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MessageSujet: Re: brutalité, cruauté, barbarie, sauvagerie, etc.   Ven 27 Nov 2015, 17:26

(Juste de façon très anecdotique, puisque les tueurs n'avaient sans aucun doute cure de ces nuances : ce groupe- ne jouait pas particulièrement avec la mort, sinon en une espèce de troisième degré, qui fait référence à ce qui est déjà le second. En effet, il jouait avec la façon dont les groupe de Death Metal, eux, jouent avec la mort. J'imagine que tu as eu l'occasion de le lire de ton côté, mais leur nom étaient "Eagles of Death Metal", parce que le groupe Eagles est celui de célèbres ballades californiennes. Il avait été baptisé ainsi comme on dirait "le Franck Capra des films d'épouvante").

Plus dans le sujet, lorsque j'ai commencé mercredi soir à rédiger mon commentaire, j'avais en tête la notion de "pureté", que tu avais déjà évoquée plus haut, mais je l'ai un peu perdu en chemin (ce qui est une démonstration rigolote du propos, d'ailleurs : une idée qui, parce qu'elle se met à être exprimée, formulée, "concrétisée"... se trahit irrémédiablement).
L'idée que j'avais, c'est que de "pur", en ce monde, il n'y a rien. Ou plutôt il y a : rien.
Toutes les choses les plus "pures" auxquelles on peut se référer sont irrémédiablement liées à de "l'impur". L'image pure de l'amour d'une mère pour son bébé est lié à un coït qui a eu lieu quelques mois plus tôt, avec sécrétions vaginales, sperme, orgasme(s)...

Les "solutions" à ce "problème" passe par l'imaginaire de l'homme, des récits ("religieux", bien sûr, mais aussi beaucoup plus simplement "fabuleux" : "Ils vécurent heureux, et eurent beaucoup d'enfants", sans qu'on prenne la peine de préciser si le prince charmant était dessus ou dessous, pour en revenir à mon exemple ci-dessus...), et parmi tous ces récits, le "récit théologique" est bien sûr le plus significatif.
Malgré toute la meilleure volonté du monde, toutefois, chaque récit, parce qu'il est récit, porte en lui sa propre "impureté" : il est le reflet de l'homme qui le rapporte. Le lecteur moderne de la Bible éprouvera toujours un malaise (qu'il soit dicible ou pas) à la lecture de certains de ces récits "à-propos-de-Dieu" (inutile d'y revenir une énième fois, en effet).
D'où l'évolution du discours sur Dieu vers toujours plus de "rien", jusqu'à la théologie négative... où "Dieu" et "Néant", s'ils ne sont évidemment pas synonymes dans l'esprit du "théologien apophatique", ne s'en mettent pas moins à correspondre à la même (non)définition. Parce qu'il n'y a que ça qui puisse au final être pur : Rien.

L'appel du Néant et la volonté de pureté sont condamnés à se croiser, et à ne jamais être accomplis : il n'y avait pas de Néant après le passage des "barbares nihilistes", il y a encore "quelque chose", qui se met même à prendre bien plus d'importance que ce qui l'a précédé (le "Bataclan" se met à être bien plus qu'une salle de concert), ni quoi que ce soit qui s'en soit trouve "purifié" (même pas dans leur esprit à eux, je suppose, puisqu'ils avaient l'intention de recommencer sitôt qu'ils avaient fini).
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Narkissos



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MessageSujet: Re: brutalité, cruauté, barbarie, sauvagerie, etc.   Ven 27 Nov 2015, 20:00

Ouk esti mè einai, eût dit Parménide : il n'y a pas de "ne pas être". Et pas non plus d'"être", d'ailleurs, si on entend par là l'"être pur", l'être-en-tant-que-tel, l'être qui ne serait qu'être. Rien de pur, et pas même de rien pur.
Mais si les pôles idéaux sont également fictifs -- double face de la même fiction -- les directions qu'ils indiquent n'en donnent pas moins, c'est le cas de le dire, du sens au mo(uve)ment: il y a des mouvements et des moments constructeurs et destructeurs, par exemple. Tout le monde ne va pas et ne peut pas aller, toujours et partout, dans le même sens. (Ce qui me rappelle que j'avais terminé mon article sur la violence par Qohéleth 3.)
[En passant tout à l'heure près d'une radio, j'ai entendu la formule de Hollande sur "l'initiation d'une génération à la dureté du monde" (ou quelque chose dans ce genre), qui m'a paru très juste.]

---

Une chose me semble en tout cas évidente: c'est qu'une société, même "laïque", ne peut pas faire l'économie du religieux. Qu'elle s'en tienne à une position de neutralité ou d'indifférence à l'égard des diverses "réponses" (= doctrines et pratiques) religieuses ou anti-religieuses, qu'elle se borne à en contrôler ou à en contenir l'expression publique par un dispositif juridico-répressif, soit. Mais l'ignorance ou la dénégation des questions et des problèmes religieux (le "nihilisme" étant à mes yeux une posture essentiellement religieuse, si ce n'est l'essence ou l'inessence même du "religieux" sous son nom le plus "honnête") n'est pas tenable, s'il se trouve que "la religion" (indépendamment, ou non, des religions particulières) est coextensive à "l'homme".
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MessageSujet: Re: brutalité, cruauté, barbarie, sauvagerie, etc.   Aujourd'hui à 23:40

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