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 the little man inside

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Narkissos

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MessageSujet: the little man inside   Mar 08 Mar 2016, 18:43

Même si notre homme extérieur dépérit (se corrompt, tombe en ruine ou en pourriture), notre (homme) intérieur se renouvelle de jour en jour.
2 Corinthiens 4,16.

Cette phrase bien connue que je cite sans contexte en a un, et chargé: une longue "digression" (2,14--7,4) sur l'apostolat (au sens paulinien) compris comme "ministère de la nouvelle alliance", qui interrompt brutalement un développement antérieur (on retrouve celui-ci, presque intact, en sautant de 2,13 à 7,5). Et à l'intérieur de cet ensemble, lui-même disparate, un morceau sur les souffrances des "apôtres" au bénéfice des autres ("chrétiens") -- il faut être attentif au jeu de la première et de la deuxième personne du pluriel, aux "nous" et aux "vous" qui ne sont pas interchangeables (depuis 1,6ss) -- qui commence avec l'image du "trésor dans des vases d'argile" (4,7) et s'achève avec celle de la mort engloutie par la vie, comme la tente du corps dans la demeure éternelle et céleste (5,1ss; noter l'écho de 5,7, "nous marchons par la foi, non par la vue" à 4,18, "regarder non au visible, mais à l'invisible, car le visible est temporaire et l'invisible éternel"). Autant d'expressions qui mettent en jeu, et pas toujours dans le même sens, l'opposition de l'intérieur et de l'extérieur.

N'empêche que si la phrase précitée a tant marqué, c'est qu'indépendamment de tout ce contexte elle peut fonctionner "toute seule", comme une sorte de proposition d'anthropologie générale qui dirait une vérité permanente sur "l'homme" (anthrôpos), le divisant comme une poupée russe en un homme intérieur et un homme extérieur: the little man inside the big man. Non pas toutefois comme deux "parties" statiques et autonomes, mais dans une économie dynamique, semblable au rayonnement d'un foyer, à l'écoulement d'une source ou à la croissance d'un arbre, qui corrèle un renouvellement intérieur à une dé-perdition extérieure. Toutes les images de l'âme qui sont passées de l'hellénisme au moyen-âge chrétien correspondent à ce type de représentation. D'autant que "l'homme du dedans" n'est pas (encore) explicitement identifié au Christ, comme il le sera en Ephésiens 3,16s.

Cette représentation de soi nous est à la fois familière et étrangère, elle a quelque chose de "dépassé" et d'"indépassable". Elle soulève, chez les modernes, des questions et des objections qui ne se posaient pas à des lecteurs de l'Antiquité. Raison de plus, ou autre raison, de s'y confronter.
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MessageSujet: Re: the little man inside   Mar 08 Mar 2016, 22:10

Partagés entre un "homme intérieur", centre unique d'une individualité d'une insondable richesse, et l'homme extérieur, qui est fait du premier et de son interface avec le monde --qui, en retour participe à la (dé)formation de l'homme intérieur. Sentiment universel, j'imagine, quoi que la dichotomie ait d'artificiel (comme toutes les autres, puisque tout se touche, tout se tient, et partout).

Mais à vrai dire, c'est plutôt la proposition contraire à celle de Paul qui me travaille : l'incroyable capacité de "l'homme extérieur" à continuer de paraître, à "donner le change", même quand l'homme intérieur est en morceaux. De mon expérience personnelle, celui-là fait "tenir" celui-ci au moins autant (sinon plus) que l'inverse.
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Narkissos

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MessageSujet: Re: the little man inside   Mer 09 Mar 2016, 00:01

La modernité tendrait à annuler la dichotomie en nous apprenant que tout, même "l'intérieur" (ou plutôt l'illusion tenace d'un "intérieur"), nous vient de "l'extérieur": notre "langage" verbal et corporel, nos "idées", nos "sentiments", nos "émotions", jusqu'au "je" le plus "originaire" et le plus "irréfléchi" (quel mot !), tout cela est, en plus d'un sens, emprunté, autrement mais tout autant que notre "patrimoine génétique", notre nourriture ou l'air que nous respirons, le discours que nous entendons, le livre que nous lisons, l'écran que nous regardons. Et pourtant cela change étonnamment peu: la frontière entre "l'inné" et "l'acquis" (que Leibniz, déjà ou encore, défendait héroïquement contre Locke) se déplace-t-elle, ou change-t-elle simplement de nom, à traverser désormais le territoire sans limite de l'acquisition, en départageant l'acquis et le non acquis, le déjà et le pas encore acquis, le plus ou moins profondément acquis ? L'expérience "psychologique" d'un "intérieur" et d'un "extérieur", qui se forme au cours d'une acquisition toujours déjà commencée, jamais encore finie, demeure sensiblement la même. D'ailleurs "l'âme" d'antan, créée et insufflée par Dieu selon le christianisme orthodoxe, et le Saint-Esprit qui lui était éventuellement ajouté au baptême, étaient en un sens des "acquis", quoique d'une autre source (ou par une autre canalisation) que le reste.

Avec l'idée de l'acquisition ou de l'appropriation universelles, qui nous exproprie de toute propriété (en) propre, nous concevons peut-être un peu plus notre "intérieur" en termes (fonctionnels, ou dysfonctionnels) de réactivité ou de responsivité, d'ouverture ou de fermeture, de disponibilité ou de réticence à l'"extérieur", ce qui rend son "trouble", quand il ne s'explique pas facilement par une cause "extérieure", encore plus "troublant". Il suffit de lire le journal pour savoir que les "états d'âme" sont toujours suspects...

---

Il est intéressant de noter que "l'homme intérieur" (ho esô anthrôpos) revient en Romains 7,22, pour désigner ce ("sujet" central) qui donne son assentiment (litt. qui se complaît, sunèdomai, avec cette notion de plaisir qu'on retrouve dans "hédonisme") à la loi de Dieu, contrairement à une périphérie (la chair, les "membres", les "parties du corps") qui s'y oppose. Et qu'il est identifié par le contexte, d'une part à ce "je" qui "veux" et qui "connais" le bien et "hais" le mal, mais ne "fais" ni ne "peux" en conséquence (v. 16ss; ce qui en passant me dédouane du mal, v. 20), d'autre part au noûs, l'esprit-intellect (v. 23, la loi de Dieu est la loi de mon intelligence). Même dans la reprise plus explicitement "christologique" d'Ephésiens 3,16ss, "l'homme intérieur" in-formé par le Christ est le "cœur" qui connaît "l'amour qui surpasse la connaissance"; cf. aussi 1 Pierre 3,4, "l'homme caché du cœur" (des femmes, en l'occurrence). Cet aspect foncièrement cognitif de l'intériorité la plus intime est assez remarquable dans des textes qui sont par ailleurs plutôt moins portés sur la "connaissance" que Philon ou les gnostiques p. ex.
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MessageSujet: Re: the little man inside   Mer 09 Mar 2016, 11:09

J’ai relu le texte que tu proposes, Narkissos, et quelques pensées me sont venues tout naturellement. Me rapprochant de la vieillesse, bien qu’en notre 21e siècle ce mot soit regardé comme un tabou, je ne peux manquer de sentir au plus profond de moi, une force à laquelle je n’avais pas encore prêté attention.
J’en viens à me demander si cette force ce n’est pas justement cet homme intérieur, comme l’exprimait si bien l’auteur de la citation. De nombreux philosophes, j’en suis conscient, l’ont exprimé certainement mieux que je ne le ferai, mais je me trouve dans une tranche d’âge, la soixantaine, qui permet de se retourner sur sa vie pour essayer d’en retirer quelques regrets et des joies tout à la fois. Cependant, je me retrouve proche de la dizaine suivante car j’aurai 69 ans cette année.
L’homme extérieur qu’est-ce que cela signifie exactement. N’est-ce pas physiquement, d’un côté, ce corps qui commence à manifester de la lassitude, de la fatigue et de l’autre côté l’apport fourni par la personne intérieure lui donnant des raisons de continuer de marcher, de se réjouir, de profiter de la vie ? Sans cette plongée intérieure il me paraitrait bien difficile de continuer de jouer un rôle qui commence parfois à peser sans plus apporter les mêmes joies, les mêmes surprises. Mais voilà ce qui se passe à l’intérieur, je ne parle pas du fonctionnement des organes internes qui heureusement continuent de faire ce dont on attend d’elles, non je pense plutôt aux pensées, aux idées qui me viennent à l’esprit et sur lesquelles je ne m’étais pas arrêté auparavant ou mal arrêté parce que mon esprit était trop occupé par la vie au quotidien.
Cela veut-il  dire que l’on peut penser avec calme et méditer sur les aléas de la vie que lorsque l’on atteint un certain âge, non bien sûr. De nombreuses personnes ont mieux pensé que je ne le ferai jamais, mais l’homme intérieur semble s’user et se lasser moins vite que la partie extérieure du corps. Avec le temps le risque demeure malgré tout de connaître une usure générale et du corps et de l’homme intérieur, amenant son propriétaire sur une voie qui n’a rien d’agréable, mais cela n’est pas le sujet de ce fil
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Narkissos

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MessageSujet: Re: the little man inside   Mer 09 Mar 2016, 13:26

L'expérience réflexive et immanquable (quoi qu'il en soit de sa qualité), la plus commune en général et la plus intime en particulier, d'une part de la présence à/d'un présent qui est toujours le même et jamais le même, d'autre part de l'identité et de la non-identité du "je" présent et passé (p. ex. celui des souvenirs d'enfance; ma mère, 88 ans cette année, me disait dimanche dernier: on se demande comment on en est arrivé là), tout cela donne un sens (sans doute pas contextuel mais à bien des égards plus profond, et ainsi sous-jacent même au sens contextuel) à la phrase en question, qui la détourne de toute récupération ou canalisation catégorielle ou partisane (comme si c'était là la seule expérience du "chrétien" ou de "l'apôtre", du "fidèle" ou du "saint").

Pour revenir au contexte (un peu plus large), on peut aussi relever les consonances entre ce passage et le chapitre 12 (de 2 Corinthiens): identification et non-identification à l'"homme" (anthrôpos) de l'expérience "mystique", de celui-ci à son "corps", je(u) du (non-)savoir/connaître à la première personne, "dialectique paradoxale" de la force et de la faiblesse, etc.
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MessageSujet: Re: the little man inside   Mer 09 Mar 2016, 18:18

Citation :
N'empêche que si la phrase précitée a tant marqué, c'est qu'indépendamment de tout ce contexte elle peut fonctionner "toute seule", comme une sorte de proposition d'anthropologie générale qui dirait une vérité permanente sur "l'homme" (anthrôpos), le divisant comme une poupée russe en un homme intérieur et un homme extérieur: the little man inside the big man.

En ce qui me concerne (et spontanément) la notion homme extérieur/intérieur me fait penser à l'idée  que 2 êtres habitent en moi : celui que je suis  et celui que j'aimerais être ou celui que je suis et celui que je pense être.
L'idée d'un combat inégal entre l' homme extérieur/intérieur, l'homme intérieur étant le plus fort.
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Narkissos

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MessageSujet: Re: the little man inside   Mer 09 Mar 2016, 19:09

free a écrit:
En ce qui me concerne (et spontanément) la notion homme extérieur/intérieur me fait à l'idée (que j'ai déjà ressenti) que 2 êtres habitent en moi : celui que je suis  et celui que j'aimerais être ou celui que je suis et celui que je pense être.

Ça me rappelle (très vaguement, donc) un film où un homme disait à une femme "Je crois qu'il y a deux hommes en moi", et celle-ci lui répliquait: "Seulement deux ?" [P.S., après un bon moment (la mémoire doit relever de l'homme extérieur, celui qui fout le camp): je crois que c'est dans La nuit de l'iguane, de John Huston d'après Tennessee Williams, qui est pourtant dans mon top few.]

Je me suis demandé (sérieusement), en te lisant, comment tu couplais ou opposais ces trois ou quatre termes pour les ramener à deux, et où tu situais l'intérieur et l'extérieur: "celui que je suis" (même en sous-entendant "vraiment") peut s'entendre de "l'intérieur" (par opposition à "l'apparence") OU de "l'extérieur" (celui que je suis "objectivement", par opposition aux illusions que je peux me faire secrètement sur moi-même); "celui que je pense être" et "celui que j'aimerais être" peuvent s'entendre OU NON en opposition l'un à l'autre, et l'un et l'autre comme "intérieurs" OU "extérieurs" (impression OU projection de "soi"). Ma perplexité ne tient d'ailleurs pas tant à ton expression qu'à la complexité réelle de ces "jeux de miroirs", qui peuvent se lire dans tous les sens.

Citation :
L'idée d'un combat inégal entre l' homme extérieur/intérieur, l'homme intérieur étant le plus fort.

La dichotomie est fortement conflictuelle en Romains 7, où "l'homme intérieur" est situé du bon côté (du côté du bon), mais en position de faiblesse. Intact en un sens, non atteint par le "péché" qui n'obscurcit nullement son jugement, son (bon) plaisir et son (bon) vouloir (sa "loi" ou celle de son "intellect" est celle de Dieu, on n'est pas encore chez Calvin), mais cerné, comme une forteresse assiégée, incapable de "vouloir" efficacement hors de son "intériorité" (en un mot bien français, "velléitaire"), sans pouvoir même sur son "corps" ou ses "membres" qui lui font la guerre à la solde du péché. En revanche, elle ne me paraît pas (si) conflictuelle en 2 Corinthiens 4, puisqu'on peut y lire comme une complémentarité (ce que j'appelais une "économie dynamique" du "renouvellement intérieur" et de la "dé-perdition extérieure"; "économie" qui d'ailleurs se complexifie dans le contexte, puisqu'il y a aussi une relation mystérieuse entre "la mort en nous" et "la vie en vous", entre la dé-perdition à la périphérie de "soi" et l'enrichissement [de l'intérieur] des autres; cf. 4,12; 5,13).

Un autre aspect intéressant de ce concept d'"homme intérieur" apparaît quand on fait porter l'accent sur le premier mot plutôt que sur le second: il y a en effet des tas de manières ("bibliques", entre autres) d'exprimer "l'intériorité" qui suscitent à chaque fois des représentations différentes (ou pas de représentation du tout, dans le cas de mots "abstraits" ou de métaphores défuntes): "le cœur", "les reins", "l'âme", "l'esprit-souffle", "l'esprit-intellect", "la conscience", ou tout simplement le pronom sujet ("je") ou objet ("moi"), ça ne dit pas exactement la même chose que l'homme intérieur; celui-ci suggère une sorte de totalité (y compris "corporelle") en miniature, et une généralité complexe qui co-implique, outre "moi", le "générique" du "genre humain" (anthrôpos = 'adam), dans une ambivalence asymétrique des "genres" (masculin et féminin) qui s'exprime tout de même par le genre masculin. Ho anthrôpos, c'est "l'homme" au sens où il "embrasse la femme", comme on dit, où il peut (en principe) désigner une femme autant qu'un homme -- cf. 1 Pierre 3,4 évoqué ci-dessus -- mais qui se pense cependant plutôt, en fait et statistiquement, comme "homme" que comme "femme".
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MessageSujet: Re: the little man inside   Jeu 10 Mar 2016, 12:26

Citation :
Je me suis demandé (sérieusement), en te lisant, comment tu couplais ou opposais ces trois ou quatre termes pour les ramener à deux, et où tu situais l'intérieur et l'extérieur: "celui que je suis" (même en sous-entendant "vraiment") peut s'entendre de "l'intérieur" (par opposition à "l'apparence") OU de "l'extérieur" (celui que je suis "objectivement", par opposition aux illusions que je peux me faire secrètement sur moi-même); "celui que je pense être" et "celui que j'aimerais être" peuvent s'entendre OU NON en opposition l'un à l'autre, et l'un et l'autre comme "intérieurs" OU "extérieurs" (impression OU projection de "soi"). Ma perplexité ne tient d'ailleurs pas tant à ton expression qu'à la complexité réelle de ces "jeux de miroirs", qui peuvent se lire dans tous les sens.

Mon message était spontanée ...  l'intériorité suscite dans mon esprit l'idée de profondeur opposée à l'apparence et à la superficialité de notre être mais aussi la partie la plus sombre de notre personne, invisible, inavouable et secrète en contraste avec la partie la plus présentable et lumineuse de notre personne.
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MessageSujet: Re: the little man inside   Jeu 10 Mar 2016, 13:09

En effet, et cette contradiction est aussi "biblique" (du "cœur" le meilleur et le pire). Il y a des lectures "optimistes" et "pessimistes" de l'"intériorité" comme de la "profondeur", et il est assez surprenant de constater (par rapport à l'image qu'on se fait couramment de lui) que "Paul", à cet égard, se rangerait plutôt parmi les "optimistes"...

On peut toujours, bien sûr, trouver un moyen "dogmatique" de régler ou de raisonner la contradiction (avant et après la "chute" dans le "péché", avec ou sans le Christ ou le Saint-Esprit), mais ça reste, pour le coup, passablement superficiel.

Ce qui résiste à notre "intelligence" binaire ou dualiste (et à la sottise qui la suit comme son ombre), c'est que les antinomies artificielles qu'elle crée pour appréhender le réel ne sont jamais superposables: on peut, si l'on y tient, tracer une ligne de démarcation entre "bon" et "mauvais" et entre "intérieur" et "extérieur", mais ce ne sera jamais la même; et quand on entrevoit la possibilité d'une correspondance approximative, on ne sait même pas dans quel sens l'établir (le bon dedans et le mauvais dehors, ou le contraire ?)...
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MessageSujet: Re: the little man inside   Jeu 10 Mar 2016, 18:12

Toujours pas le temps d'écrire, malheureusement, je trouve déjà difficilement celui de vous lire...
Je me contente donc d'un clin d'oeil, une citation rapide qui m'est revenue en parcourant vos messages, tirée de l'excellente BD "Mafalda" :

"Pitoyable ! Même mes faiblesses sont plus fortes que moi ! "
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Narkissos

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MessageSujet: Re: the little man inside   Jeu 10 Mar 2016, 19:29

http://razones1968.blogspot.fr/2012/02/hasta-mis-debilidades-son-mas-fuertes.html Smile

Le problème est au moins double:

- D'une part, quand on commence à se découper en morceaux, à distinguer en "soi" du "soi" et du "pas-soi" (et on a toujours déjà commencé), il n'y a pas de raison que ça s'arrête; d'autant que c'est un procédé facile, trop facile, de déresponsabilisation, d'excuse par alibi ou aliénation (qui revient à se mettre hors de cause en accusant l'autre en soi, quelqu'un d'autre ou autre chose que "soi" en "soi" -- ce n'était donc pas "moi", "je" n'étais pas ). Il n'y a plus personne pour assumer la totalité de "soi", à la limite plus personne pour rien assumer de "soi". "Ce n'est pas moi, c'est le péché qui habite en moi" (Romains 7), la phrase, pour être profonde, n'en offre pas moins superficiellement un côté puéril, du niveau "cour de récréation": "c'est pas moi qui t'ai fait un croche-pied, c'est ma jambe." En outre, le "je" paulinien passant sans transition du pouvoir du "péché" à celui du "Christ" ou du "Saint-Esprit", il n'apparaît jamais, il n'assume rien par lui-même (sinon peut-être, et encore, la "foi" du "cœur" qui marque le passage du "sujet" d'un "règne" à l'autre). Ce qui explique la réaction anti-paulinienne de l'épître de Jacques, sur ce point aussi (p. ex. 1,13ss; 4,7ss): n'accusez pas Dieu, l'épreuve ou la tentation, le péché, le diable: en tout ça il n'y va que de vous.

- D'autre part, on ne peut nommer un concept "négatif" (le "mal", le "péché", la "faiblesse") sans lui conférer subrepticement une positivité, une existence réelle et autonome -- ce qui aboutit au paradoxe de Quino: une "faiblesse" est a priori un manque ou un déficit de force, autrement dit la seule "chose" en présence est une force, moindre ou insuffisante, mais une force, et la mienne; une fois nommées, cependant, substantivées au pluriel et rapportées à "moi" comme des forces indépendantes et adverses, "mes faiblesses sont plus fortes que moi". Je me souviens (vaguement) d'une parole rabbinique qui disait qu'au jugement dernier, les réprouvés verront leur "péché" comme une taupinière, et se diront "comment n'ai-je pas réussi à surmonter cela, alors que c'était si facile ?", tandis que les justes le verront comme une grande montagne et se poseront la question inverse: "comment ai-je pu surmonter cela ?"

On touche à nouveau là, me semble-t-il, une différence psychologique fondamentale dont nous avons souvent parlé, celle qui distingue en profondeur la "mauvaise conscience" de la "bonne conscience", les adeptes de la "grâce" et ceux de la "justice", les tenants de la "prédestination" et ceux du "libre-arbitre" (les Paul et les Jacques, les Augustin et les Pélage, les Luther et les Erasme, les Calvin et les Arminius, les Jansenius et les Molina): pour ceux-là, une stratégie de déresponsabilisation (et donc d'aliénation) est absolument nécessaire (hors théologie, je pense à Nanni Moretti, dans Caro Diario, répondant à son médecin qui lui dit que son mal est purement psychosomatique et que tout dépend de lui: "si ça ne dépend que de moi, je suis fichu !"), pour ceux-ci elle est dérisoire, inutile et même nuisible. Encore une fois, le remède des uns est le poison des autres, et réciproquement.

---

Une autre antinomie -- ou un autre aspect de la même -- qui ressort de Romains 7, c'est celle du "savoir" et du "pouvoir" (avec le "vouloir" inégalement partagé entre les deux, velléité impuissante du côté du "savoir" intact de "l'homme intérieur", puissance efficace au contraire mais étrangère, hostile, antagoniste, de la "chair", des "membres", du "péché", etc.). On en déduirait aisément la règle de proportionnalité inverse "plus je sais, moins je veux/peux" (et réciproquement), sur laquelle s'accordent, de deux points de vue opposés, Nietzsche et Cioran. Il me semble à cet égard extrêmement significatif (voire symptomatique) que dans le contexte immédiat (v. 7ss) Paul analyse l'essence de la "loi" (qui est aussi celle de "l'homme intérieur" et de l'"intellect"), d'après le dixième commandement qui n'est évidemment pas choisi ni tronqué au hasard, comme interdiction du désir (epithumia: la traduction usuelle par "convoitise", terme en soi péjoratif et restreint au "mauvais désir", réduit la portée de cette analyse et en masque la radicalité).

Discours insupportable et quasiment inaudible à la modernité d'après (= de après) Freud, sinon précisément sous un angle "pathologique" ou "clinique"; il faudrait pourtant pouvoir le prendre au sérieux pour (a-)percevoir l'issue qu'il ménage: au centre du centre, au fond du fond de mon "intériorité" il y a tout autre que "moi" (entendu par opposition aux "autres", aux "semblables"), il y a "l'homme", générique et connaissant (homo sapiens à la lettre quoique avant la lettre), image de Dieu et susceptible de renouvellement par l'esprit du Christ nouvel Adam. (Voir le reste de l'épître.)

Il n'est peut-être pas inutile de relire la reprise christologique de ce thème en Ephésiens 3:
"C'est pourquoi je fléchis les genoux devant le Père (pater), de qui toute famille (patria) dans les cieux et sur la terre tient son nom, afin qu'il vous donne, selon la richesse de sa gloire, d'être rendus forts et puissants par son Esprit dans (eis = into) l'homme intérieur; que le Christ habite dans votre cœur par la foi et que vous soyez enracinés et fondés dans l'amour, pour être capables de comprendre, avec tous les saints, quelle est la largeur, la longueur, la profondeur et la hauteur, et de connaître l'amour du Christ qui surpasse la connaissance, de sorte que vous soyez remplis jusqu'à toute la plénitude de Dieu." Le Christ prend la place de "l'homme intérieur" (connaissant mais faible) comme "l'homme nouveau" celle de "l'ancien" (cf. 2,15; 4,22ss), transformant (ou étendant) sa "connaissance" en "amour" et le faisant passer du même coup de la faiblesse à la puissance.

Vision (ou "théorie") sublime, à condition de ne pas l'interpréter comme un "événement" ordinaire, passé sitôt advenu (sans quoi "l'homme nouveau" va fatalement vieillir à son tour), mais comme un renouvellement permanent -- autrement dit, de professer du "Christ en soi" exactement ce qui se disait, "anthropologiquement" ou sans christologie apparente, de "l'homme intérieur" en 2 Corinthiens 4,16. C'est constamment le cas, en dépit de la diversité des formules, dans le corpus paulinien au sens le plus large (Romains 12,2, cf. 6,4; 7,6; 2 Corinthiens 5,17; Colossiens 3,9ss; Ephésiens 4,22ss; Tite 3,5).
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