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 des paroles qui se mangent

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Narkissos



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MessageSujet: des paroles qui se mangent   Dim 03 Avr 2016, 01:01

Tes paroles étaient là (litt. ont été trouvées)
et je les ai dévorées;
ta parole
(ou: tes paroles) a fait la gaieté et la joie de mon cœur,
car ton nom est invoqué sur moi,
Yahvé, Dieu des Armées !

(Jérémie 15,16.)

S'il y a une (double) "métaphore biblique" dont beaucoup d'entre nous ont été saturés -- parfois jusqu'à l'indigestion -- c'est bien celle de la parole (de Dieu, en particulier) (comme) nourriture -- à noter toutefois que cette image, pour être "biblique"  (cf. Deutéronome 8,3; Isaïe 55,1ss; Ezéchiel 3; Amos 8,11; Psaume 19,11; 119,103; Proverbes 9,5; 16,24; Sagesse 16,20ss, etc.), est quand même employée nettement moins souvent dans la Bible qu'à son sujet.

Ce qui la rend particulièrement indigeste, c'est peut-être justement la définition globale et massive de "LA Parole de Dieu", identifiée tantôt (et non "bibliquement") à "la Bible", tantôt (d'après quelques textes du NT, notamment le prologue de l'évangile selon Jean) à "Jésus-Christ". Il y a bien sûr une contradiction formelle dans cette double référence, de part et d'autre totalisante et paradoxale, d'une "parole" (unique) à un "livre" et à un "personnage"; si elle n'est pas insurmontable, elle a le mérite de "casser", au moins le temps qu'on la surmonte, ce (trop) "gros morceau" et de rendre à nouveau audible la question : qu'est-ce qu'une "parole de Dieu", et en quoi cela serait-il une "nourriture" ?

Cette question se pose en fait très différemment, quand on regarde les textes un par un, selon les types de "parole" envisagés: "la parole de Dieu", ce peut être une "loi" ou un "commandement", une "prophétie" (de l'oracle succinct et circonstancié d'un "prophète raconté" aux longues élaborations, souvent poétiques et sublimes, des "livres prophétiques"), une sentence de "sagesse" née de la réflexion humaine et non d'une "révélation" particulière, mais aussi -- à cause de la "polysémie" de l'hébreu dbr qui empêche de le rendre toujours en français par "parole" -- une "chose", un "événement" rapporté à "Dieu" ou reçu de lui comme s'il l'avait fait, produit ou ordonné; ainsi au chapitre 8 du Deutéronome: "ce qui sort de la bouche de Dieu", c'est la manne qui, sur son ordre, nourrit effectivement comme du pain (v. 3), mais c'est aussi (v. 1ss) les commandements de la Torah qui lui sont comparés. Un "prophète persécuté" comme Jérémie "trouve" dans sa propre "bouche" (dans sa propre "inspiration", cf. Habacuc 2,1, le prophète guette la parole de Yahvé dans sa propre parole) les "paroles de Yahvé" dont il se "nourrit" et se réjouit dans sa détresse, alors même qu'il les communique à d'autres sur lesquels elles peuvent avoir un tout autre effet (cf. Jérémie 1,9ss; 5,14 etc.). Double sens de l'"oralité", verbale et alimentaire, de l'intérieur à l'extérieur et réciproquement; et mise en abyme de la "propriété" et de l'"origine" de la "parole": sait-on jamais de qui elle est quand elle nous vient, aux oreilles ou aux lèvres ?

Pouvons-nous encore, ou de nouveau, entendre quelque chose de cela, et y trouver une "nourriture" ?
Je repense à ces vers (tout à fait irréligieux) de Gabriel Celaya que je n'aurais peut-être jamais lus sans Paco Ibañez:
Poesía para el pobre, poesía necesaria
como el pan de cada día,
como el aire que exigimos trece veces por minuto,
para ser y en tanto somos dar un sí que glorifica.

(Mot-à-mot:
Poésie pour le pauvre, poésie nécessaire
comme le pain de chaque jour,
comme l'air que nous réclamons treize fois par minute
pour être et, tant que nous sommes, donner un oui qui glorifie.)
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MessageSujet: Re: des paroles qui se mangent   Mar 05 Avr 2016, 15:24

Citation :
S'il y a une (double) "métaphore biblique" dont beaucoup d'entre nous ont été saturés -- parfois jusqu'à l'indigestion -- c'est bien celle de la parole (de Dieu, en particulier) (comme) nourriture -- à noter toutefois que cette image, pour être "biblique" (cf. Deutéronome 8,3; Isaïe 55,1ss; Ezéchiel 3; Amos 8,11; Psaume 19,11; 119,103; Proverbes 9,5; 16,24; Sagesse 16,20ss, etc.), est quand même employée nettement moins souvent dans la Bible qu'à son sujet.

Comparer la "parole de Dieu" à de la nourriture, présente l'avantage de pouvoir utiliser des expressions percutantes qui soulignent l'importance essentiel de cette "parole".
Se nourrir c'est assurer sa survie ("L'être humain ne vivra pas de pain seulement, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu" Mt 4,4 - "C'est moi qui suis le pain vivant descendu du ciel. Si quelqu'un mange de ce pain, il vivra pour toujours" Jn 6,51)
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Narkissos



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MessageSujet: Re: des paroles qui se mangent   Mar 05 Avr 2016, 19:47

A remarquer également que si ces deux textes (Matthieu 4 et Jean 6) se réfèrent au même épisode de la manne, ils le font d'une manière quasiment opposée: pour Matthieu, la citation de Deutéronome 8 souligne que Dieu pourvoit (de sa bouche = sur son ordre), miraculeusement s'il le faut, aux besoins de ceux qui observent ses commandements = ce qu'il "ordonne", ce qui sort de sa bouche dans un autre sens (cf. v. 11; 5,17ss; 6,24-34; 7,21ss); pour Jean c'est le peuple qui invoque le récit de la manne, via la citation du psaume 78 (v. 24), à propos du miracle des pains (6,1ss, 27ss), et Jésus écarte cette interprétation au profit d'une autre, de type "sapiential": le "pain du ciel" ce n'est pas le "miracle", ni celui de la manne ni celui de la multiplication des pains, c'est lui-même qui se donne à manger comme la Sagesse divine (v. 32ss, cf. Proverbes 9; Siracide 24,21 etc.). Outre la différence de référent (dans Jean Jésus est la parole divine qui nourrit, dans Matthieu il serait plutôt le bénéficiaire exemplaire de la parole divine qui nourrit), c'est un tout autre genre de pensée et de relation que commande la même association d'images (parole-nourriture): obéissance et providence d'une part, sagesse et intelligence de l'autre.
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