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 sic et non

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Narkissos

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MessageSujet: sic et non   Sam 07 Mai 2016, 20:32

Car le Fils de Dieu, Jésus-Christ, qui a été proclamé en/parmi vous par moi, Silvain et Timothée, n'est pas devenu "oui et non": en lui c'est "oui" qui est advenu (une fois pour toutes, définitivement, nuances possibles du "parfait" grec). Autant qu'il y ait en effet de promesses de Dieu, c'est en lui qu'[est] le "oui". Voilà pourquoi c'est aussi par lui que l'amen est par nous [dit] à Dieu, pour [sa] gloire.
2 Corinthiens 1,19s (traduction un peu plus "serrée" et "heurtée" que d'habitude).

La question de l'ambiguïté, ou a contrario de l'univocité (univoque, équivoque, plurivoque), évoquée ailleurs, m'a rappelé ce texte que je trouve, à le relire, remarquable.
- D'abord par son allure d'axiome théo-christo-logique -- bien que l'occasion en soit plutôt anecdotique, puisqu'il s'agit pour "Paul" de justifier un changement de projet et de parcours, au sens le plus banal de ces termes, par rapport à ce qu'il avait précédemment annoncé (v. 15ss; cf. 1 Corinthiens 16,5s); de s'en justifier en principe, avant même d'en expliquer des raisons précises (voir la suite), et sur le mode d'un "je ne change pas d'avis, même si je change d'avis", susceptible de recouvrir autant de mauvaise foi que de complexité ou de profondeur sincères.
- Ensuite, parce qu'il renvoie le lecteur à d'autres "lieux" célèbres du NT, émanant de "milieux" proto-chrétiens passablement différents, voire antagonistes ("anti-pauliniens"): ainsi le "oui-oui/non-non" opposé aux serments dans le Sermon sur la Montagne (Matthieu 5,37) et l'épître de Jacques (5,12); ou encore l'Amen devenu titre christologique dans l'Apocalypse (3,14). Echos indistincts de débats théoriques et pratiques entre les diverses composantes du "christianisme primitif", qui utilisent très différemment des formules similaires, et dont nous ne percevons certainement pas tous les enjeux.
- Enfin, parce que cette protestation d'univocité ou de simplicité (dont le  sens d'ailleurs se dédouble aussitôt, entre un "oui" qui validerait les promesses de Dieu aux hommes et un "amen" qui contre-signerait la réponse des hommes à Dieu) étonne ou fait sourire sous la plume d'un virtuose de la contradiction paradoxale ou dialectique (ce texte même en est exemplaire), surtout autour de la figure du Christ crucifié-ressuscité (pas plus loin que 1,3ss; 2,14ss; cf. 1 Corinthiens 1,18ss); d'un "auteur" qui semble parfois redouter autant de se (faire) comprendre que de ne pas être compris (v. 13s), et qui, pour affirmer ici l'univocité d'un "oui" en dépit d'apparences contraires, doit passer par le détour ou la contorsion d'un non redoublé (double double négation ou sur-dénégation, non seulement du "non" mais du "oui et non", v. 17s). Cela appellerait naturellement beaucoup de clichés anachroniques, de la réponse de Normand à la réponse de jésuite, en passant, dans mon cas, par "l'hôpital qui se moque de la charité" -- c'est dire qu'il y va de ma part, en cette relecture, d'autant de sympathie "narcissique" que d'auto-dérision...

Il y aurait une saisie "classique" et "abstraite" (ou substantive) de ce type de structure paralogique (de passage, en contrebande, du "oui et/ou non" au "oui" tout court): tout change, sauf le changement même; tout se contredit, hormis la contradiction. Seule l'équivoque pleinement et ouvertement assumée "en tant que telle" serait univoque -- mais ne cesserait-elle pas, du même coup, d'être opérante "en tant que telle", comme équivoque ?

Toujours est-il qu'ici "Paul" paraît refuser cette "facilité" (à supposer que c'en soit une) dont il est pourtant coutumier. Le Christ, quelque paradoxale que soit sa manifestation (sagesse sous l'espèce contraire de la sottise, puissance sous l'espèce contraire de la faiblesse, vie sous l'espèce contraire de la mort, victoire sous l'espèce contraire de l'échec, gloire sous l'espèce contraire de l'humiliation, etc.), relèverait au fond d'une positivité simple et univoque ("oui" et non "non" ni "oui et non") que seule son apparition en ce monde contraindrait à l'apparence -- trompeuse quoique révélatrice, c.-à-d. avérante ou productrice de vérité -- de la contradiction.

Si engagé (ou empêtré) qu'on soit dans la complexité et les contradictions, il y a toujours quelque part (et jamais bien loin) un "point de vue" d'où tout paraît à nouveau simple, cohérent, univoque, comme si rien n'avait jamais cessé de l'être. Point de vue d'une origine ou d'une fin absolue, d'un ciel surplombant ou d'une profondeur fondatrice, qu'on l'appelle "Dieu", "Christ" ou Logos, Être ou Néant, Temps ou Eternité, Un, Vérité, Lumière, Amour, Absolu ou Indifférencié. Indifférent en effet aux différences, invulnérable à la négation et à la contradiction, puisqu'en lui les opposés coïncident (comme dirait Nicolas de Cues, prolongeant le Sic et non -- oui et non -- d'Abélard) ou plutôt se résorbent en perdant leur sens distinctif.

N'empêche qu'il y a mille manières de dire oui (même sans non, sans mais et sans réserve), ou amen, fût-ce à tout. Ou, plus exactement peut-être, d'y arriver. L'abandon résigné de Job, de guerre lasse, à la limite du dégoût ou du mépris (42,6), n'est pas le I-A (hi-han et Ja= oui) automatique ou compulsif de l'âne de Zarathoustra, ni l'adhésion enthousiaste de l'adorateur, du mystique ou de l'amoureux. Peu importe sans doute au-delà, puisque toute réserve, toute contradiction, toute négation, toute différence s'emporte et s'abîme, se rend et se perd dans l'indistinction du "oui". Tout cela n'aura compté qu'en-deçà, mais jusqu'à la dernière seconde -- aussi longtemps que subsiste et compte la différence.

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MessageSujet: Re: sic et non   Jeu 12 Mai 2016, 15:33

Citation :
Toujours est-il qu'ici "Paul" paraît refuser cette "facilité" (à supposer que c'en soit une) dont il est pourtant coutumier. Le Christ, quelque paradoxale que soit sa manifestation (sagesse sous l'espèce contraire de la sottise, puissance sous l'espèce contraire de la faiblesse, vie sous l'espèce contraire de la mort, victoire sous l'espèce contraire de l'échec, gloire sous l'espèce contraire de l'humiliation, etc.), relèverait au fond d'une positivité simple et univoque ("oui" et non "non" ni "oui et non") que seule son apparition en ce monde contraindrait à l'apparence -- trompeuse quoique révélatrice, c.-à-d. avérante ou productrice de vérité -- de la contradiction.

Ce texte rend toutes théologies (complexes), toutes démonstrations argumentées et tous raisonnements fait pour convaincre, inutiles, seule la présences du Christ, transforme les promesses de Dieu, en réalités.
(Merci Narkissos de nous aider à comprendre et a apprécier ces textes).
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Narkissos

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MessageSujet: Re: sic et non   Jeu 12 Mai 2016, 17:04

Sans doute -- mais cela n'empêche pas "Paul" de continuer à écrire, à argumenter, à raisonner, comme si de rien n'était...

Il y a pas mal de textes comme celui-là qui, en principe, rendraient tous les autres inutiles, si on les prenait au sérieux (on l'a vu il n'y a pas très longtemps à propos de "ne jugez pas"). Et parfois se rendraient eux-mêmes inutiles (emblématiquement, 1 Jean 2,20.27: "vous n'avez besoin de personne pour vous instruire"; à noter qu'on retrouve dans ce texte "johannique" le même motif -- rare -- de l'"onction-chrisme", khrisma renvoyant à khristos, qu'en 2 Corinthiens 1, et une semblable protestation de non-autorité de la part d'un "auteur" qui, de fait, exerce une autorité; cf. v. 21-24).

---
Oui et non représentent les éléments à la fois fondamentaux et extrêmes du langage, qui révèlent la structure foncièrement "binaire" de celui-ci (cf. leur transcription numérique "1, 0" et son utilisation en logique et en informatique): avec ça on peut tout dire, tout écrire et tout annuler, et construire entre ces deux limites toutes les complexités et nuances imaginables. Il n'y a pas de "oui" ni de "non" dans la "nature" (hors langage), pas plus que de "nom" commun ou propre, ni de "nombre" cardinal ou ordinal, mais il n'y a pas de langue sans tout cela. "Oui" et "non" d'autre part se co-impliquent, dans une structure qui donne toujours une certaine priorité à la négation sur l'affirmation: c'est à partir de la possibilité d'un "non" qu'un "oui" a un sens (= "non non"). Concrètement d'ailleurs, les langues se passent beaucoup plus facilement de l'expression spécifique du "oui" (très rare en hébreu biblique, par exemple; on reprend plutôt le verbe de la question pour répondre par l'affirmative, comme en anglais: "Are you ... ? -- I am") que de celle du "non" (ne... pas, etc.). De ce point de vue, l'affirmation d'un oui sans non est une sorte de contresens linguistique qui nous porte à la limite du langage; hors lui tout serait "oui", peut-être, s'il ne fallait précisément une langue et sa capacité artificielle de négation pour pouvoir dire oui à quoi que ce soit...
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MessageSujet: Re: sic et non   Jeu 12 Mai 2016, 20:00

La théologienne franco-suisse spécialiste du Nouveau Testament Sophie Reymond propose un nouveau livre:

Le Christ n'a jamais été que oui! (édition Le Mont sur Lausanne)

Le périodique Evangile et liberté de mai 2016 en fait la promotion disant qu'il s'agit d'un portrait engagé de l'apôtre Paul.
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Narkissos

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MessageSujet: Re: sic et non   Jeu 12 Mai 2016, 22:29

J'ignorais (mais c'est on ne peut plus pertinent au sujet) !

Cette problématique doit d'ailleurs avoir une résonance toute particulière dans le protestantisme suisse, puisque Karl Barth, dans la première moitié du siècle dernier (et à Bâle), a construit toute sa théologie "dialectique" (relecture de Paul et de Calvin d'après Kierkegaard) sur l'idée du "non" et du "oui" de Dieu donnés l'un et l'autre, et l'autre après l'un, dans le Christ: la révélation de Dieu en Jésus-Christ, pour Barth, se présentait d'abord comme un "non" catégorique de Dieu à l'homme -- à sa "religion", à sa "morale", à sa "connaissance", à sa "théologie naturelle", à toute auto-justification de l'homme devant Dieu par ses propres moyens, etc. -- pour se révéler ensuite comme un "oui" de pure grâce à toute l'humanité assumée librement par Dieu en Jésus-Christ. Là encore, préséance du "non" sur le "oui", dans l'ordre de la connaissance (ordo cognoscendi) sinon dans l'ordre de l'être (ordo essendi), pour reprendre une distinction classique. Car si le "oui" de Dieu se révèle en second, après l'épreuve du "non", il n'en apparaît pas moins comme premier dès lors qu'il est révélé...

---

Un des paradoxes suggérés plus haut pourrait encore s'exprimer ainsi: le seul type de discours susceptible d'emporter une adhésion sans contradiction et sans réserve (oui, amen sans non et sans mais), c'est précisément le discours contradictoire, qui n'affirme une chose qu'en affirmant aussi son contraire. Structure héraclitéenne par excellence (S est et n'est pas p, avec S pour sujet et p pour prédicat): on se baigne et on ne se baigne pas deux fois dans le même fleuve, l'un veut et ne veut pas être appelé Zeus, etc.
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