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 pensées (ou: feu l'artifice)

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Narkissos

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MessageSujet: pensées (ou: feu l'artifice)   Ven 13 Mai 2016, 14:37

Voici seulement ce que j'ai trouvé: que le dieu (ha-'elohim) a fait l'humain (ha-'adam) droit, mais eux ont cherché bien des artifices.
Qohéleth 7,29.

Cette sentence bien connue paraît d'ordinaire limpide, voire banale: l'antithèse qu'elle pose entre l'œuvre du dieu et celles des humains ressemble à première vue à l'opposition chrétienne de la création et du péché, et à ses nombreuses variantes (p. ex. "rousseauiste": nature -- humaine y compris -- bonne vs. société et culture mauvaises).

On l'isole d'autant plus volontiers de son contexte que celui-ci est (aujourd'hui) embarrassant, parce que passablement misogyne (v. 25ss) -- pourtant la syntaxe introductive et le vocabulaire (chercher / trouver) l'y rattachent. Il est possible, certes, de nuancer ladite misogynie en discernant dans ce passage une discussion ou un examen, selon un modèle exégétique qui paraît quelquefois fonctionner dans le livre: p. ex.
1) énoncé de la sagesse classique, v. 26;
2) interrogation et suspens du jugement, v. 27-28a;
3) constat négatif de l'expérience, sans véritable conclusion, 28b;
4) déplacement du problème, de hommes/femmes à dieu[x]/humain[s], 29.
[Pour ma part, ça ne me convainc pas trop: le v. 26 semble bien exprimer l'opinion de l'auteur (moi, je trouve...); et si le "une à une" du v. 27 désigne, selon la lecture la plus naturelle, les femmes plutôt que des "choses", l'enchaînement du v. 28 est beaucoup plus simple: il cherche encore "la bonne" (Mrs. Right) et ne l'a pas trouvée.]

Reste, dans ce verset qui se présente au moins comme un élargissement des considérations précédentes, à comprendre ce qui opposerait exactement "les humains" au "dieu". Le nombre, déjà: en principe, 'elohim et 'adam peuvent s'entendre indifféremment comme un singulier ou un pluriel, mais le premier est déterminé au singulier par la syntaxe (accord du verbe), tandis que celle-ci fait glisser le second du singulier collectif ou générique ("l'humain" droit ou juste, adjectif singulier) au pluriel (eux, ils ont cherché). Mais surtout cet "objet" de la "recherche" humaine, lui aussi nombreux (beaucoup de, bien des), que j'ai traduit provisoirement et approximativement par "artifices" (en regrettant de n'y avoir pas songé plus tôt).

Le mot hébreu correspondant dérive d'une racine courante (hšb) qui se traduit souvent par "penser" (quelquefois par "compter"), mais qui a (au moins statistiquement) un sens plus "pratique" que "penser" en français; elle évoque notamment les "projets", "plans", "calculs", "astuces", "ruses", "machinations" de "l'esprit" (en hébreu: du "cœur") -- humain ou divin, d'ailleurs. Le dérivé précis qui apparaît dans ce v. se retrouve du reste dans un sens "technique" et concret en 2 Chroniques 26,15, pour désigner des "machines" ou "engins" de guerre (antiques évidemment). C'est à ce genre de "génie" (militaire ou autre), de pensée-calcul appliquée et intéressée (sans doute toujours à l'œuvre, mais plus discrètement, dans la "pensée" la plus abstraite, théorique, spéculative et prétendument "désintéressée"), avec ses détours, ses médiations (moyens, outils) et ses complications toujours utiles à quelque chose ou du moins escomptés tels, que s'opposerait la "droiture" de l'œuvre du dieu en l'homme, masculin singulier générique embrassant en principe les deux genres (homme et femme) et le nombre indéfiniment pluriel des "humains". A noter toutefois que ces pensées-calculs-machinations-artifices s'expriment, en hébreu, avec une terminaison féminine (comme Qohéleth, d'ailleurs), accordée cependant avec un adjectif (beaucoup = nombreux) au masculin.

Il y a en outre dans le contexte immédiat un autre (?) mot très proche, identique même par l'écriture, qui ne s'en distingue que par la vocalisation (massorétique): hešbôn au lieu de hišbôn; celui-là se laisse traduire (sous toutes réserves) par "raison" ou "réflexion", et il est pris plutôt "en bonne part": v. 25, "la sagesse et la raison-réflexion", 27 "pour trouver la raison-réflexion"; en 9,10, c'est -- entre "œuvre" ou "action" et "connaissance et sagesse" -- l'une des "choses" qu'il n'y aurait plus "au séjour des morts, où tu vas"...

Ce genre d'antithèse suscite naturellement le même type de réflexion que le récit de l'Eden: l'homme "droit", sans calcul et sans artifice, existe aussi peu en fait que l'homme sans connaissance du bon et du mauvais. Il demeure quand même comme une référence impossible, mais irréductible, dans l'entrelacs des complications en tout genre: toutes les "déviations", "perversions", "aberrations" de l'homme-tel-qu'il-est (errare humanum est) ne s'apprécient que par rapport à la simplicité idéale qu'il aurait pu, et en un sens être... (Comme on disait du "ne pas juger": impossible en général, toujours possible ponctuellement, marginalement, en particulier.)

Autant qu'on veuille l'en détacher (et que peut-être elle-même veuille s'en détacher), la maxime finale se rattacherait encore aux élucubrations "misogynes" qui la précèdent par la co(-i)mplication des "genres". Parler de "l'homme" en général et au singulier, collectif, typique ou idéal, en un mot du genre humain, c'est le désigner en-deçà de toute détermination particulière et particulièrement de genre (masculin ou féminin) -- et, quand même, au masculin. Dans le récit de l'Eden, Dieu formait "l'homme" ('adam), puis, de celui-ci, "la femme": "l'homme ('adam) et sa femme", lira-t-on par la suite. Le texte se prête d'avance à toutes les spéculations à venir sur l'androgynie originelle, dont on a déjà amplement parlé, mais lui-même ne décrit pas un être indifférencié, asexué ou bisexué: c'est "l'homme" qui représente le "générique", et la "femme" qui marque après coup en celui-ci la différence des genres; qu'elle lui apporte encore plus loin la "connaissance du bon et du mauvais", ce n'est qu'un pas supplémentaire dans la différenciation et la complication qui sont, de toute façon, son "propre". Même le Christ "second Adam" ou "homme nouveau" en qui il n'y a ni homme ni femme (littéralement "ni mâle ni femelle") est pensé, imaginé, décrit, représenté, raconté comme "un homme". La pensée du genre s'empêtre dans la différence des genres.
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MessageSujet: Re: pensées (ou: feu l'artifice)   Mar 17 Mai 2016, 16:56

Ce chapitre 7 souligne la domination de Dieu sur le quotidien de l’homme, que celui-ci "subi" sans aucune prise sur les évènements, Dieu peut apporter le bonheur ou le malheur,  sans que l’homme puisse changer quoi que ce soit au cours des choses :

"Regarde l'œuvre de Dieu : qui pourra redresser ce qu'il a courbé ?
Au jour du bonheur, sois heureux, et au jour du malheur, regarde : Dieu a fait l'un exactement comme l'autre, de telle sorte que l'être humain ne trouve rien de son avenir."(7,13-14)


Alors que Dieu a fait les humains droits, son oeuvre est courbée et saurait être redressée. Shocked

La capacité de l'homme a cherché bien des artifices, et peut-être à mettre en parallèle avec l'incapacité de l'homme à saisir l'amplititudde l'action de Dieu :

"tout ce qu'il a fait est beau en son temps ; aussi il a mis la durée dans leur cœur, sans que l'être humain puisse trouver l'œuvre que Dieu a faite depuis le commencement jusqu'à la fin"(3,11)


Dernière édition par free le Mer 18 Mai 2016, 11:49, édité 1 fois
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Narkissos

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MessageSujet: Re: pensées (ou: feu l'artifice)   Mar 17 Mai 2016, 18:59

Rapprochement délicieux, en effet: 7,13 renvoie aussi à 1,15 (même chose au passif, sans complément d'agent divin: ce qui est courbé ne peut être redressé).

L'homme ne fait sans doute pas que subir: le v. 29 les rend responsables (au pluriel) de leurs pensées-artifices, en plus d'un sens ils les ont cherchées -- de même qu'en Eden nul ne leur donne la connaissance (pas même le serpent !), ce sont eux qui la prennent (ou, plus exactement: la femme de "l'homme").

Mais dans une pensée de la "création continue" (ou de la "providence"), où les dieux font (ou le dieu fait) tout ce qui arrive, cette différence se résorbe aussitôt: vraie rédemption à l'ancienne (comme disait à peu près Nietzsche: les dieux alors avaient plus de classe, ils prenaient sur eux la faute et pas seulement le châtiment), celle que Maître Eckhart retrouvera dans le passage sublime du Benedictus deus qui lui vaudra la condamnation: "Un tel homme est à ce point uni à la volonté divine, qu'il veut tout ce que Dieu veut et selon la manière que Dieu veut. Et si selon quelque manière, Dieu veut que moi aussi j'aie commis des péchés, je ne voudrais pas ne pas les avoir commis."

Quant au fait que la connaissance échoue ("ne trouve pas"), peut-être aussi du fait d'une certaine courbure des choses qui lui dissimule l'avenir comme le passé (bien qu'au fond il n'y ait rien de nouveau sous le soleil !), cf. encore 1,11; 2,16; 3,22; 6,12; 8,7.17; 9,12; 10,14; 11,5.

[Sur la question de "l'erreur humaine", on peut aussi relever le v. 20, qui contrebalance l'éloge classique de la sagesse au v. 19, comme les remarques moralement "pessimistes" des v. 13-15 contrebalançaient celui des v. 10-12. Sans oublier la touche plus originale des v. 16-18, montrant que même la justice et la sagesse sont susceptibles d'excès aussi nuisibles que leur défaut: via mediocritatis ou le juste milieu.

Sur l'asymétrie des "genres", je n'avais pas noté qu'au v. 28 ("un homme entre mille j'ai trouvé, mais une femme parmi elles toutes, je ne l'ai pas trouvée") l'"homme", c'est encore 'adam, le terme supposé "générique" et indifférent à la différence des "genres", ici pourtant -- comme assez souvent -- opposé à la "femme".]
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MessageSujet: Re: pensées (ou: feu l'artifice)   Mer 18 Mai 2016, 17:47

Citation :
[Sur la question de "l'erreur humaine", on peut aussi relever le v. 20, qui contrebalance l'éloge classique de la sagesse au v. 19, comme les remarques moralement "pessimistes" des v. 13-15 contrebalançaient celui des v. 10-12. Sans oublier la touche plus originale des v. 16-18, montrant que même la justice et la sagesse sont susceptibles d'excès aussi nuisibles que leur défaut: via mediocritatis ou le juste milieu.

J'ai le sentiment que le Qohelet propose une négation de la sagesse humaine et incite les humains à la crainte de Dieu qui est vue comme cette attitude humble ("la touche plus originale") : 

"Ne sois pas juste à l'excès et ne te montre pas trop sage : pourquoi te détruirais-tu ?
Ne sois pas méchant à l'excès, ne sois pas fou : pourquoi mourrais-tu avant ton temps ?
Il est bon que tu retiennes ceci sans laisser échapper cela ; car celui qui craint Dieu trouve une issue en toutes situations."(7,16-18)

Craindre Dieu consiste à tourner son regard vers quelqu'un de plus fort et de plus grand que l'homme :

"Regarde l'œuvre de Dieu ... "(7,13)

Craindre Dieu est préférable à l'intelligence et la sagesse humaine.
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MessageSujet: Re: pensées (ou: feu l'artifice)   Mer 18 Mai 2016, 18:23

Je signale quand même que la fin du v. 18, en hébreu, n'est pas d'une grande clarté: mot-à-mot "celui qui craint (les) dieu(x) sort avec (ou, en changeant la vocalisation: fait sortir) eux tous"; on traduit aussi "mène tout à bien", mais ça reste de la devinette. D'un autre côté, la première partie du v. (tenir l'un sans lâcher l'autre, garder toutes les options ouvertes) rappelle le "pragmatisme" de 11,6; mais si "l'un et l'autre" renvoie ici aux couples "justice/méchanceté" et "sagesse/folie" des v. précédents, l'idée est beaucoup plus provocante: une dose de "méchanceté" ou de "folie" -- sans excès ! -- peut s'avérer tout aussi nécessaire que leurs contraires.

Dans l'ensemble du livre, en tout cas, l'utilité de la "crainte du (ou des) dieu(x)" (qui correspond à peu près à ce que nous appellerions "la religion" ou "la piété") est aussi contestée que celle de la sagesse: elle non plus ne garantit aucune issue favorable (cf. 8,12s "corrigé" par le v. 14). Même chose pour la notion connexe de "justice" (à peu près l'équivalent de notre "morale"), associée à la sagesse en 7,15ss; cf. 3,16ss; 5,7ss; 8,14; 9,1s.
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