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 figures

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Narkissos



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Date d'inscription : 22/03/2008

MessageSujet: figures   Lun 30 Mai 2016, 15:44

Les discussions récentes sur Marie-Madeleine et les apports de Paraclet/Madeleine, ici et dans son blog, m'ont inspiré, entre autres, la réflexion suivante:

Quand on parle de "personnages" réputés "mythiques" (p. ex. les "dieux" ou les "héros" dans un polythéisme, les "anges" ou les "personnes-hypostases" divines dans un monothéisme mitigé comme celui du judaïsme tardif ou du christianisme "orthodoxe", les "éons" ou émanations successives du [supra-]divin dans une "généalogie" gnostique), "historiques" (p. ex. César dans une pièce de Shakespeare, pour prendre une référence peu discutable) ou "littéraires" (p. ex. Don Quichotte, Don Juan, Hamlet, Roméo et Juliette, où tout le monde ou presque s'accordera à dire que même s'ils sont vaguement inspirés de personnages "historiques", ce ne sont pas ceux-ci qui comptent dans l'œuvre), on a affaire à (ce que j'appelle) des figures, qui débordent par définition les limites des "catégories" susmentionnées (mythique, historique et littéraire).

Quelque opinion qu'on ait sur l'historicité d'Abraham, de Moïse, de David, de Salomon, d'Elie, de Jésus, de la Vierge Marie, de Marie-Madeleine ou de saint-Pierre, le fait est que ces "personnages" ne sont plus réductibles à leur éventuelle dimension "historique" (pas plus qu'Agamemnon, Hélène, Médée ou Antigone dans les tragédies grecques). Et pas non plus à leur dimension "littéraire": ils sont constitués en "figures" en amont de tout texte donné qui s'y réfère, et leur trajectoire de "figures" se poursuit, plus ou moins modifiée par les textes, en aval. Ils ne sont pas non plus purement "mythiques", si l'on entend par mythe le corollaire d'un rite. Les dieux qu'on fait librement parler et agir dans une épopée ou au théâtre (ou dans un récit biblique) sont et ne sont pas ceux qu'on adore et auxquels on sacrifie dans un temple*. Le "littéraire" (y compris la tradition orale) affecte le "mythique", et réciproquement, mais l'un ne se réduit jamais à l'autre.

La trajectoire de "Marie-Madeleine", de l'Antiquité au moyen-âge (des mentions évangéliques, "canoniques" ou "apocryphes", "gnostiques" ou "orthodoxes", en passant par la confusion ou la distinction des différentes "Marie" et autres femmes anonymes dans ces textes et dans les légendes ultérieures), me paraît emblématique du destin d'une telle "figure". Pour l'appréhender, les outils "critiques" de l'historien comme ceux de l'exégète me semblent singulièrement inadaptés, puisqu'ils tendent à séparer ce que la figure, précisément, unit en des "synthèses" différentes selon les temps et les lieux, les milieux et les circonstances. Mais cette impossibilité pour la "critique" de saisir la figure (sans la détruire aussitôt) se double d'une autre: il est impossible  aussi pour un "fondamentalisme" (orthodoxe ou hétérodoxe) de réinscrire la figure dans un cadre "historique": elle est "trop grande" pour un tel cadre, elle n'y tient plus, elle n'y rentre plus. Aucun "Jésus historique" ne peut être à la hauteur d'un "Jésus des évangiles" ou de celui d'un credo, aucune "Marie-Madeleine historique" ne saurait se mesurer à sa "figure" sublimée (à la façon de la "Sagesse" déjà "hypostasiée" dans le judaïsme tardif, ou plus anciennement de la Mâ'at égyptienne) dans un texte comme celui-ci.

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J'ai évité le mot philosophique d'"idée", bien qu'il soit très proche de celui de "figure" (l'"idée", idea, étant à "l'intelligible" ce que la "forme visible", eidon, est au "sensible"). Assurément il y a de l'"idée" dans la "figure", et même dans les figures "personnelles", les "personnages" en question signifiant toujours quelque chose -- quelque chose de plus qu'une "personne" ordinaire. Mais en même temps les figures personnelles ne sont pas réductibles à une "abstraction": les mots de "caractères" ou de "types", dans toute leur ambiguïté (des "modèles" idéaux ou idéels de la tradition platonicienne aux "personnages marquants" -- caractéristiques, typiques -- du langage courant), pourraient aussi illustrer ce que j'entends par "figures".

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* En écrivant cette phrase je pensais, on l'aura compris, à celle d'Héraclite: "L’un, qui seul est sage, veut et ne veut pas être appelé du nom de Zeus." (Fragment 32.) Autrement dit: "l'objet" philosophique ou conceptuel du logos, l'unité de l'être ou du monde dans la différence et singulièrement (pour Héraclite) dans le conflit (polemos père de toutes choses), peut être désigné ou décrit comme un dieu (en particulier un dieu suprême), et cependant il n'est pas du tout un dieu (même suprême). Là où Héraclite marquait le point de convergence et de divergence de la "religion" et de la "philosophie", nous pouvons aussi marquer celui qui réunit et sépare nos "catégories" (mythique, littéraire, historique).

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En relisant les textes de Nag Hammadi -- ce que je n'avais pas fait depuis fort longtemps, hormis l'Evangile selon Thomas auquel je me réfère souvent -- je suis frappé par le fait que le discours "gnostique", qui se situe précisément aux confins de la "religion" et de la "philosophie", s'entend d'une façon radicalement différente selon qu'on lui prête une oreille plutôt "religieuse" ou plutôt "philosophique". Je retrouve là cette distinction subtile que j'avais notée à propos du quatrième évangile (post du 7.11.2014), entre genre "sapiential" et "théo-christologique", avec le Christ pris comme figure de la "sagesse" (sans majuscule, comme "idée" impersonnelle) OU BIEN comme LA Sagesse (ou LE Logos) elle-même conçue (avec majuscule) comme "figure" divine, émanation ou hypostase "réelle" et "personnelle" de la divinité. Dans un cas le texte s'adresse en priorité à la pensée, dans l'autre au sentiment religieux (foi, adoration, communion mystique). Sans doute l'accent mis sur la connaissance (gnôsis) devait-il porter le lecteur à la première attitude, et pourtant il me semble que la seconde l'emporte souvent (car la connaissance, si l'on en fait un "moyen de salut", peut aussi jouer le rôle de la "foi" ou de l'"amour" considérés comme de tels "moyens"). Il est vrai que les textes eux-mêmes inclinent la lecture dans un sens ou dans l'autre (p. ex. le "Traité tripartite" se prêterait plutôt à une saisie "philosophique" et l'"Evangile de Philippe" à une saisie "religieuse"), mais l'ambiguïté demeure en général et elle me suggère que les "gnostiques" ont dû être profondément divisés (même s'ils ne s'en sont pas toujours rendu compte) sur ce point (dia)critique: avec les mêmes mots, les mêmes phrases, les mêmes discours, les uns pensaient quand les autres croyaient.
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