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 Textes "gnostiques"

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Narkissos



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Age : 57
Date d'inscription : 22/03/2008

MessageSujet: Textes "gnostiques"   Ven 17 Juin 2016, 22:45

Ma relecture en cours des textes de Nag Hammadi m'incite à ouvrir ce fil pour y noter quelques remarques et réflexions disparates (comme je l'ai fait précédemment, dans un tout autre genre malgré bon nombre de passerelles, pour le Coran). Un peu tard (encore) pour les remarques de détail, puisque j'ai déjà oublié mes réactions au fil de la lecture des premiers traités et que je ne les ai pas notées au fur et à mesure, un peu tôt pour les remarques d'ensemble puisque je n'ai pas encore tout relu. En espérant vivement l'apport, sur ces textes que je connais mal hormis l'Evangile selon Thomas (référence constante pour l'exégèse du NT et pour lequel il y a de bonnes rétroversions complétant les fragments grecs existants: je ne connais malheureusement pas le copte), d'autres lecteurs curieux et de meilleurs connaisseurs (je pense surtout à Paraclet, dont le blog m'a ramené à ces textes que je n'avais pas lus depuis fort longtemps).

Je commence par une remarque très générale (en renonçant toutefois à une présentation de la "collection", puisqu'il en existe un peu partout sur Internet): les textes de Nag Hammadi (NH) sont extrêmement divers dans leur forme et leur contenu -- c'est une rengaine chez moi, direz-vous, mais c'est particulièrement remarquable pour des textes matériellement rassemblés en recueils (codex, codices): ce n'est pas le cas, p. ex., des "rouleaux de la mer Morte" (Qoumrân etc.) pour lesquels on peut toujours se demander s'ils appartenaient ou non au même "milieu" (essénien p. ex.). Ici, dans un corpus de textes manifestement lus par les mêmes personnes ou communautés, on discerne aisément des ascendances chrétiennes (du NT: pauliniennes, johanniques, matthéennes et autres), juives (de l'A.T.: sapientiales, apocalyptiques ou prophétiques), égyptiennes, perses, grecques (platoniciennes, stoïciennes, hermétiques, pythagoriciennes), en proportion très variable. Même leur "gnosticisme", pour être dominant, n'en est pas moins inégal (je lisais hier les "Leçons de Silvanos", dans le codex VII, d'un gnosticisme "soft" qui prend ses distances avec les notions les plus couramment associées à la gnose et abondamment représentées dans d'autres traités, par exemple sur une "création" à ses yeux pas si mauvaise que ça; et aujourd'hui les admirables "Sentences de Sextus", NH XII,1, autre trésor de sagesse fort peu "gnostique" -- l'ouvrage est habituellement classé "pythagoricien").

Bref, comme pour tout texte et surtout ancien, il faut lire pour se faire une idée -- sans trop s'arrêter dans un premier temps à ce qui déconcerte ou à ce qu'on ne comprend pas, pour pouvoir réagir, positivement ou négativement, à ce qu'on croit comprendre, au risque de se méprendre. Je suggérerais quand même aux familiers de la Bible de commencer par l'évangile selon Thomas (II,2), dont les parallèles avec les évangiles canoniques sont les plus évidents, ce qui présente l'avantage d'accoutumer indirectement et progressivement à la pensée "gnostique" par son éclairage différent de "paroles (logia) de Jésus" connues par ailleurs.

A suivre donc.

----

Ce qui frappe sans doute en premier lieu tout lecteur de textes "gnostiques", c'est leur obsession "généalogique" de l'origine. Fascination commune à de nombreux autres textes, pourtant, depuis les cosmogénèses de la Haute-Antiquité (mésopotamiennes ou égyptiennes) en passant, beaucoup plus tardivement, par la Genèse biblique. Le "propre" de la gnose du début de l'ère "chrétienne", si l'on peut dire, étant de faire remonter cette origine plus loin ou plus haut que le "Dieu créateur" du monothéisme "judéo-chrétien"; en-deçà aussi (expressément dans l'"Ecrit sans titre", II,5; XIII,2) du "chaos" ou de "l'océan primordial" des cosmogénèses "païennes" (le "tohu-bohu" et l'"abîme" incréés des premières lignes de la Genèse en sont de pâles vestiges), antérieurs aux dieux et aux hommes, cet anté- et anti-monde dont le "Dieu" monothéiste a, de fait, pris la place. Cette origine inouïe, impensable, est d'un côté exprimée en termes purement négatifs (cf. ce qu'il n'y avait pas "avant" la "création", dans les premières lignes de l'Enuma `elish ou du second récit de la Genèse), pure ou libre de toute détermination et même de toute '"existence"; de l'autre, positivement en apparence, comme esprit ou intellect absolu, également mais autrement pur, libre, indéterminé, sans objet ou sans autre objet que lui-même. Une pensée nietzschéenne du "nihilisme" soupçonnerait aussitôt dans cette positivité absolue un déguisement du négatif, celui qu'elle a trouvé presque sans déguisement chez Schopenhauer, dont les affinités avec la gnose et le bouddhisme ne font pas mystère -- bien que ni Schopenhauer ni Nietzsche n'aient pu lire les textes que nous lisons. Cependant, et c'est là le ressort du "salut" gnostique, nous sommes dans un rapport originaire et inaliénable avec cette (supra- ou archi-)origine, du simple fait que nous (aussi) "pensons" et "connaissons", fût-ce au sens le plus ordinaire de ces verbes -- que notre relation de "sujet" à tout "objet" de pensée ou de connaissance, y compris notre "corps" ou notre "âme", est une relation paradoxale d'extériorité et d'altérité en tout point semblable à celle d'une telle origine impensable.

La pensée de cette "in-existence (avant-)première" est remarquablement exprimée dans les doxologies des "Trois stèles de Seth" (VII,5):
Citation :
Grand est le premier Éon,
la mâle et virginale Barbélô,
La Gloire primordiale du Père Invisible,
celle qu’on appelle Parfaite !
Toi, tu as vu, au commencement,
que le Préexistant réel est un Non-être ;
Et, de lui et par lui,
tu as préexisté éternellement, ô Non-être !

(121,20ss)
Nous nous réjouissons ! Nous nous réjouissons ! Nous nous réjouissons !
Nous avons vu ! Nous avons vu ! Nous avons vu
Que le Préexistant réel existe réellement,
qu’il est le Premier éternel.
(Ô) Inenfanté, de toi proviennent les (êtres) éternels :
et les Éons, ces (êtres) tout-parfaits, qui sont dans le rassemblement,
et les parfaits à titre individuel.
Nous te célébrons, ô Non-être !
(Ô) Existence antérieure aux existences !
Ô Première Essence antérieure aux essences !
Père de la divinité et de la vitalité !
Créateur d’intellect !
Dispensateur de bien, Dispensateur de béatitude !
[N]ous te cé[lé]brons tous, (ô) toi qu détiens la science,
dans une célébration, a[fin de (te) célébr]er,
(Toi) celui à ca[u]se de qui t[o]us [ceux-ci existe]nt.
T[u . . ] . [ . . . . . . . ] . . . [ . . . . . . .],
Celui qui te connais [par] toi-mê[me].
Il n’est personne, [en] effet, qui soit [en] acte devant ta face.
Tu es u[n Es]prit seul et vivant et (qui) sai[s], de l’Un,
que cet Un qui de partout est tien, nous ne pouvons le dire !
Elle brille, en effet, sur nous ta lumière !
Daigne-nous ordonner de te voir pour que nous soyons sauvés :
Ta gnose, c’est elle notre salut à tous.
Daigne l’ordonner ! Si tu l’ordonnes, nous voilà sauvés !
En vérité, nous avons été sauvés : nous t’avons vu en intellect.
Toi, tu es tous ceux-ci puisque, en effet, tu les sauves tous,
Toi qui n’as pas lieu d’être sauvé, ni n’as été sauvé par eux.
Car c’est toi qui as daigné nous l’ordonner.
Tu es Un ! Tu es Un de manière qu’on dira de toi :
Tu es Un ! Tu es un Esprit seul et vivant !
Comment pourrions-nous te donner un nom ?
Nous n’en avons pas (à disposition).
Toi, en effet, tu es l’existence de tous ceux-ci :
Toi, tu es leur vie à tous, Toi, tu es le[ur] intellect à tous.
C’est en toi que t[ou]s [ils] exultent !

(124,5ss)

[Voir aussi la dernière partie du plus prosaïque "Allogène", NH XI,3, où la révélation de l'origine déploie des trésors d'inventivité linguistique en matière de constructions négatives; ou "Le livre des secrets (Apocryphon) de Jean", NH III,1, 22,20ss, etc.]

Ce texte que je cite presque au hasard, parce qu'il m'a arrêté aujourd'hui, me semble bien introduire au cœur même du type particulier de pensée qui fait l'unité de ces textes par ailleurs hétéroclites; un cœur qu'on y sent battre un peu partout malgré la grande divergence littérale des "doctrines": c'est la connaissance (gnôsis) qui constitue notre relation originaire à l'archi-origine et qui nous place, d'emblée, dans une situation d'étrangeté par rapport au monde et à nous-mêmes, que nous en soyons ou non conscients (nous savons, même si nous ne savons pas que et encore moins comment nous savons; et cela pourtant il importerait plus que tout de le savoir). Or -- c'est bien connu ! -- la connaissance (du bon et du mauvais) est désignée comme source de tous les maux dans le second récit de la Genèse, lequel va donc être soumis à toutes sortes de réinterprétations (très variables, elles, d'un texte à l'autre): le dieu créateur qui interdit la connaissance est un usurpateur d'origine, ignorant de sa propre origine; les porteurs (ou contrebandiers) de la connaissance dans "son monde", le serpent et Eve-Zoé-Vie (c'est plus clair dans le grec de la Septante qu'en hébreu), sont les vrais "sauveurs", etc. (Voir, p. ex., la fin de "l'Ecrit sans titre" précité; mais dans l'Apocryphon de Jean le serpent est mis en dehors du circuit de la connaissance.) Qu'on en pense ce qu'on voudra, il faut en saisir la logique profonde pour l'apprécier.

Là réside, peut-être, le plus grand scandale et la plus grande fascination de ce type de pensée, non seulement pour un judaïsme et un christianisme "orthodoxes", mais encore pour la modernité (au moins post-cartésienne) habituée à ne voir dans "la connaissance" ou "la pensée" qu'une sorte d'accident et d'artifice (l'"invention" heureuse et/ou malheureuse d'une "technique", ce qui correspond à une lecture plutôt "prométhéenne" de la Genèse, qui exégétiquement se défend aussi). Que quelque chose de plus vrai que toute "réalité" se joue dans la pensée, c'est une intuition que nous ne parvenons ni à assimiler ni à évacuer, et qui continue donc de nous hanter -- comme nous hante encore la fameuse formule de Parménide: to gar auto noein estin te kai einai (car c'est le même, penser et être).

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Je rappelle au passage que, outre l'Evangile selon Thomas qui a régulièrement été cité ici en rapport avec les évangiles canoniques, nous avons aussi parlé naguère de "l'Evangile de la vérité" (NH I,3; XII,2), remarquablement clair et bien conservé, pour son développement final relatif au "nom du Père qui est le Fils", dans la droite ligne de la "prière sacerdotale" de Jean 17.

Plus largement sur ce même thème, on remarquera à la lecture de ces textes la redistribution de la tradition vétérotestamentaire des noms divins (comparable à ce qui se joue chez "Paul" entre theos identifié au Père et kurios au Fils, bien que provenant du "même" Yhwh, ou chez Philon ou Justin Martyr entre theos avec et sans article), du "bon" ou du "mauvais" côté: "Dieu" peut désigner tantôt l'archi-origine (le Père ou le pro-Père, voire l'absolument innommé) et tantôt le démiurge égaré, habituellement appelé Yaldabaoth ou Yaltabaoth (identifié par l'Apocryphon de Jean à Saklas, comme dans l'évangile de Judas évoqué il y a peu; voir infra), dont plusieurs "descendants" sont aussi nommés par réminiscence des noms divins hébreux, Iaô, Yaoth, Eloaï, Eloïm, Yaouel, Adoni, Adonaios, ou Sabaoth qui repasse souvent du "bon" côté. On a également discerné des résurgences du tétragramme dans l'étymologie (disputée) de "Barbelô", la première émanation toute bonne (si celle-ci renvoie à un b-'rb` hébreu ou araméen, "en quatre" - lettres ?), ou de ses vocalisations grecques dans les invocations vocaliques (vocalises) qui émaillent plusieurs textes (aussi les IEOU du Codex Bruce; à rapprocher également de la tradition ésotérique d'interprétation des lettres et des sons chez Philon ou Platon).

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Un autre trait intéressant que je retrouve dans l'"Evangile selon Marie"(-Madeleine; non de Nag Hammadi celui-ci mais du Codex de Berlin, BG 1, dont la traduction figure également sur le site de l'Université de Laval auquel renvoie mon premier lien), et qui figure dans de nombreux autres, est la tradition de l'"ascension", héritière directe de l'apocalyptique juive (Hénoch, Elie, Isaïe, Baruch, etc.). Mais avec cette particularité (qui rappelle beaucoup de légendes médiévales et de rites initiatiques, jusqu'à la "parabole" du Procès de Kafka) que l'"ascendant" doit répondre à l'archonte d'un étage donné pour passer à l'étage supérieur et rejoindre ainsi l'origine première. Répondre, en l'occurrence, sur un mode gnostique, en montrant qu'il en sait plus que l'archonte et n'est donc pas soumis à son pouvoir. On repensera au Jésus johannique sur qui le "prince-archonte du monde" ne peut rien parce qu'il n'a rien en lui (Jean 14,30).

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Autre point à noter qui rejoint un concept habituellement sous-estimé dans l'exégèse du NT: "l'homme" (comme "la connaissance") n'est pas seulement ni premièrement terrestre, matériel, charnel, animal, sexué, mortel, etc. Il est d'abord "spirituel", émanant de l'archi-divinité très en amont de toute "création" matérielle. Aussi étrange que ce concept puisse nous paraître, il est extrêmement répandu dans toutes sortes de milieux et d'écoles au tournant de l'ère chrétienne (dans les spéculations juives, philoniennes ou hénochiennes, sur l'Adam ou le Fils de l'homme célestes comme dans d'autres courants hellénistiques, hermétiques ou platoniciens, sur l'anthrôpos primordial). La révélation "gnostique", comme celle de beaucoup de textes néotestamentaires (on l'a vu chez Paul, chez Jean ou dans l'épître aux Hébreux), est tout autant une révélation de cet "homme"-là que de "Dieu".

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Pour ceux qui lisent l'anglais, une collection beaucoup plus vaste de textes gnostiques et apparentés (même de très loin) est disponible ici.

Je reproduis en outre ci-après un paragraphe récent d'un autre fil qui sera plus à sa place dans celui-ci:

Citation :
L'"Evangile de Judas" est lisible ici.
Brève remarque à ce propos (mais hors-sujet par rapport au fil): il me semble que le débat sur le caractère "positif" ou "négatif" de la figure de Judas dans ce texte ne tient pas toujours assez compte de sa perspective "gnostique". Il n'y a aucun doute que du point de vue "cosmique", sous le ciel des "éons" ou des "archontes", le personnage de Judas est superlativement égaré et promis à une exécration sans égale dans les générations humaines. Mais le contraste est d'autant plus fort avec le fait que c'est lui, et lui seul, qui est le destinataire de la révélation et de la connaissance supra-cosmiques -- la seule chose qui compte et qui "sauve" pour un "gnostique", en tout cas à ce stade de développement du gnosticisme.

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Interlude historico-réflexif: la vague "gnostique" déferle sur l'Antiquité tardive juste après (ou par-dessus) la vague "mystique" ou "mystérique" (des "cultes à mystères"); leurs mélanges, leurs affrontements, leurs turbulences, affectent profondément toute la pensée religieuse et philosophique de l'époque, y compris celle qui y réagit, du christianisme "orthodoxe" au néo-platonisme, lesquels vont d'ailleurs interagir de façon très féconde au IVe siècle (p. ex. chez saint Augustin). La gnose elle-même ne se comprend que sur fond de "mystère": c'est parce qu'on a d'abord pensé la religion comme mystère de salut (individuel et communautaire, de communautés d'élection et non plus ethnico-géographiques) qu'on a pu ensuite penser le "salut" comme "connaissance" et la "connaissance" comme "salut".

Comme on le suggérait ailleurs, la gnose implique une économie complexe du "religieux" (comme croyance et comme rite) et du "philosophique" (comme pensée "métaphysique" ou "spéculative"). Tant qu'elle habite ou hante en marge, ou souterrainement, un "corps" religieux constitué avec ses doctrines et ses pratiques, elle trouve là, essentiellement, matière à penser (et à détourner) en profondeur, et son expression est légère, allusive, poétique, ironique ou humoristique; quand en revanche elle en vient à dominer un tel corps ou (plus souvent) à en être rejetée, il lui faut à son tour assumer tout le poids d'un corps religieux, assurer ou produire des doctrines et des pratiques "en dur" pour un (trop) large public qui, même s'il se dit "gnostique", est avant tout demandeur de croyance et de rite. On en arrive assez vite à ce paradoxe qu'un théologien "orthodoxe", dans la mesure où il pense sa foi (cogitatio fidei), peut être plus "gnostique" dans l'esprit que l'adepte ou l'apologiste d'une "secte gnostique" qui se borne à croire et à affirmer que ses doctrines ou ses rites sont meilleurs que ceux d'en face. (Ce problème rejoint, mutatis mutandis, la distinction de Paul Tillich entre "principe protestant" et "substance catholique".)

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Pour revenir au "contenu" (j'avais annoncé que ce serait décousu), il est amusant de constater que l'une des cibles favorites de l'ironie gnostique (et notamment de plusieurs traités de Nag Hammadi) est l'affirmation même du "monothéisme" par un démiurge jaloux (attribut divin qui ne passe décidément pas la rampe de la morale hellénistique et subséquente): "Je suis Dieu et il n'y en a pas d'autre." (L'Apocryphon de Jean, NH II,13,5ss // BG 44,9ss, soulève même la question-qui-tue: de qui alors est-il jaloux ?). Celle-là même qui fera littéralement mourir de rire les dieux dans le Zarathoustra de Nietzsche, à partir d'un autre point de vue cependant (l'essence même de la divinité, c'est qu'il y ait des dieux et non un seul): le gnosticisme, lui, la récuse au nom d'un monothéisme supérieur, ou d'un monisme supérieur au théisme. Reste que le polythéisme n'est manifestement pas un obstacle à la gnose: la réalité (secondaire) des "dieux", comme celle des "anges", n'est généralement pas mise en cause.

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Une mise au point est également nécessaire à propos de l'accusation d'"élitisme" régulièrement faite à la gnose (accusation peut-être plus grave encore aux yeux d'une opinion "démocratique" moderne que selon le critère de "catholicité", c.-à-d. d'universalité ecclésiastique, des Pères de l'Eglise). Malgré la complexité de certains textes et la (sur?)valorisation générale de l'"intellect", il demeure que le fond de la "connaissance" gnostique se veut d'une simplicité absolue, dans l'esprit de ce que j'appelais "monomathie": le texte même auquel je me référais, Matthieu 11,25ss//, est évoqué dans l'"Evangile de la vérité", NH I,3//XII,2, 19,15ss:
Citation :
Il [le Christ] devint un guide apaisant et adonné tout à loisir à l’enseignement. Il se montra publiquement et prit la parole en tant que maître. S’approchèrent ceux qui d’après leur propre estimation sont des sages, lui tendant un piège. Mais il les confondait car ils étaient vides. Ils le haïrent car ils étaient sans intelligence en vérité. Après tous ces gens s’approchèrent aussi les tout-petits qui possèdent la connaissance du Père. Ayant été fortifiés, ils avaient appris à connaître les empreintes à l’effigie du Père : ils reconnurent et furent reconnus, ils furent glorifiés et glorifièrent. Ils prirent conscience du Livre vivant des vivants qui est écrit dans la Pensée et dans l’Intelligence [du P]ère.

La gnose n'est assurément pas une "voie" pour tous (on peut d'ailleurs en dire autant de la plupart des "voies de salut" du NT), mais elle ne voue pas nécessairement à la perdition (et encore moins à l'enfer) ceux qui ne la suivent pas. Cf. la "sotériologie" de l'Apocryphon de Jean (NH III,1 // BG 2, 64ss), qui ne menace vraiment que le "gnostique" lui-même (les autres passant par une sorte de "purgatoire" ou de "réincarnation" à l'issue bénéfique):
Citation :
Je dis alors : « Seigneur ! Toutes les âmes seront-elles sauvées dans la lumière pure ? » Il me dit : « Tu as accédé à (l’)Ennoia [Pensée intérieure] de grandes réalités qu’il est difficile de dévoiler à d’autres qu’à ceux qui appartiennent à cette génération inébranlable.
« Ces (âmes) sur qui l’Esprit de vie descend et en qui il s’unit à la puissance, seront sauvées et deviendront parfaites et seront dignes de monter vers ces grandes lumières. Là, en effet, elles sont purifiées de tout mal et (libérées) des liens de la perversité puisqu’elles ne se sont appliquées à rien d’autre qu’à (promouvoir) ce rassemblement incorruptible, se souciant de ce (rassemblement) sans colère, ni jalousie, ni crainte, ni désir, ni rassasiement. Elles n’étaient affectées par aucune de ces (passions), mais seulement par la condition charnelle pendant qu’elles s’en servent, guettant (le moment) où elles seront reçues par les receveurs dans la dignité de la vie éternelle et de l’appel, endurant tout, supportant tout pour mener à sa perfection le combat et hériter de la vie éternelle. »
Je lui [dis] : « Seigneur ! Qu’advient-il des âmes de ceux qui n’ont pas [fait] cela ? Où se rendront celles (d’entre elles) en qui l’Esprit de vie s’est associé à la puissance ? Seront-elles sauvées ou non ? » Il me dit : « Celles en qui cet Esprit entre, en tout état de cause seront sauvées (car) celles-là fuient le mal. La puissance entre en effet dans tous les hommes, car sans elle ils ne pourraient tenir debout. C’est après que l’homme soit né que l’Esprit de vie est amené vers l’Esprit contrefait. Lorsque l’Esprit de vie vient, lui qui est vigoureux, il fortifie l’âme, c’est-à-dire la puissance, et (l’Esprit contrefait) ne l’égare plus vers la perversité. Mais au contraire celui en qui l’Esprit contrefait descend est attiré par celui-ci et tombe dans l’erreur. »
Je dis alors : « Seigneur ! Les âmes de ceux-ci, lorsqu’elles sortiront de la chair, où iront-elles ? » Mais lui, rit et dit : (Elles se rendent) vers un lieu (destiné) à l’âme, c’est-à-dire à la puissance qui l’a emporté sur l’Esprit contrefait. Cette (âme) est vigoureuse. Elle fuit les œuvres perverses, et est sauvée par la visite incorruptible, puis elle accède au repos des éons. »
Je dis alors : « Seigneur ! Ceux qui n’ont rien connu du tout qu’advient-il de leurs âmes ? Où iront-elles ? » Il me dit : « L’Esprit contrefait a pesé sur celles-ci quand elles ont trébuché et, par ce moyen, il accable leur âme, l’oriente vers les œuvres perverses et l’entraîne dans l’oubli. Ainsi, après qu’elles ont été dénudées du corps, elles sont livrées aux autorités qui relèvent de l’Archonte. Celles-ci les jettent à nouveau dans des liens  et elles tournent avec ces (autorités) jusqu’à ce qu’elles soient délivrées du mal et de l’oubli, et acquièrent la connaissance. Ainsi elles atteignent la perfection et sont sauvées. »
Je dis alors : « Seigneur ! Comment l’âme peut-elle redevenir petite et retourner dans le sein de la Mère ou dans l’Homme ? » À ma question, il se réjouit et dit : « Tu es bienheureux en vue d’un accompagnement ! Cette âme est en effet remise à un autre (qui appartient) au lieu de l’Esprit de vie. Elle l’accompagne, lui obéit et est sauvée. Ainsi (ces âmes) ne retournent pas dans une chair à partir de ce moment. »
Je lui dis : « Seigneur ! ceux qui après avoir accédé à la connaissance  s’(en) sont détournés, qu’advient-il de leurs âmes et où sont-elles conduites ? » Il me dit : « Ils iront vers le lieu dans lequel les anges de la pauvreté conduisent ceux pour qui la repentance n’est pas venue (et) ils y seront gardés en vue du jour où ils seront châtiés. Quiconque a blasphémé l’Esprit Saint sera torturé dans un châtiment éternel. »
Le "salut" ultime n'est pas ici aussi large que dans l'"apocatastase" d'Origène ou de Grégoire de Nysse, mais il l'est déjà davantage que dans beaucoup de textes du NT, tout en restant intégralement "gnostique" (accès final à la connaissance absolue). D'autres textes (que je n'ai pas notés) présentent d'autres "solutions", plus graduelles, mais autrement heureuses: chacun parviendrait en fin de compte au niveau de "connaissance" qui lui convient, la disparition même n'étant pas, pour ce qui relèverait intégralement de la "chair", un malheur.

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Dans le fil sur les dualismes, avant d'ouvrir celui-ci, j'avais écrit ceci:
Citation :
Une des choses qui me frappent le plus à la relecture des textes de Nag Hammadi, bien qu'elle soit évidente et inévitable (déjà dans l'usage platonicien du "mythe"), c'est la prolifération poétique des "métaphores" matérielles pour décrire ou raconter le "spirituel" ou l'"idéal": le fleuve et la source, l'arbre et la racine, la lumière et la vie, le père, la mère et l'enfant (la génération comme distinction-union-engendrement-enfantement), tout cela est tiré de la "matière". Chaque métaphore matérielle peut être barrée ou raturée (ce n'est qu'une image), il est impossible de parler autrement.
Je n'avais pas noté à quel point les images visuelles (ce qui est déjà un pléonasme) étaient dominantes, mais ça allait presque de soi (de Platon à Heidegger, c'est la vue plus que tout autre "sens" qui fournit le langage sensible de l'intelligible: "comprendre" c'est "voir"). Cette règle n'en ressort que mieux au vu (!) des exceptions, p. ex. la préséance de l'acoustique dans la "Protennoïa trimorphe" (NH XIII,1), où l'archi-origine est décrite comme un "son dans le silence" (cf. 1 Rois 19). Dans "l'Evangile de la vérité" (NH I,3; XII,2, 34ss), on trouve aussi l'olfactif: le "parfum" du Père (cf. 2 Corinthiens).
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le chapelier toqué



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MessageSujet: Re: Textes "gnostiques"   Lun 20 Juin 2016, 23:56

Merci Narkissos d’avoir ouvert ce nouveau fil.
A propos de l’Evangile selon Thomas voici ce qu’il est déclaré en introduction, dans l’édition de la Pléiade :

L’Evangile selon Thomas est une anthologie de cent quatorze logia secrets de  Jésus. On le trouve dans son intégralité conservé dans un manuscrit copte, et les fragments de trois manuscrits grecs nous en livrent des passages. La mise par écrit de ces logia sont attribuées par le texte lui-même à Didyme Jude Thomas. Le nom est redondant ; Thomas, en araméen, et Didyme, en grec signifient tous deux « jumeaqux ». La tradition néotestamentaire ne connaît aucun Jude Thomas ; en revanche, elle atteste l’existence d’un apôtre du nom de Thomas ou Thomas Didyme, appelé aussi, dans l’Eglise syriaque Judas. (fin du premier extrait)

L’Evangile selon Thomas attestant d’un stade vraisemblablement très ancien de la tradition des logia de Jésus a conduit certains auteurs à dater l’apocryphe du 1er siècle. Mais la coloration gnosticisante que le compilateur a donnée au recueil suggère une date un peu plus récente. Le témoin textuel le plus ancien ― un fragment de papyrus trouvé en Egypte― datant de l’an 200 environ, on pourrait considérer la première moitié du 2e siècle comme la période vraisemblable de la formation du recueil. Le lieu de composition le plus probable reste la Syrie orientale, où le nom et le prestige de Jude Thomas sont attestés. Malgré les sémitismes présents dans le texte, plusieurs indices semblent indiquer que la langue originale de rédaction est le grec.    Claudio Gianotto  (fin du 2e extrait)

Je n’ai malheureusement pas pu vous donner toute l’introduction de cet Evangile car elle est très détaillée et fort longue.

Voici la logia numéro 9 :
Jésus a dit : « Voilà, le semeur sortit, la main pleine de semences, et les lança. Quelques-unes tombèrent sur le chemin ; les oiseaux arrivèrent, et les ramassèrent ; d’autres tombèrent sur la pierre, et ne prirent pas racine en profondeur ni ne firent monter d’épis vers le ciel ; d’autres tombèrent dans les épines ; celles-ci étouffèrent la semence, et le ver dévora les grains ; d’autres tombèrent dans la bonne terre, et celle-ci fit monter du bon fruit vers le ciel : elle produisit soixante mesures pour une et cent vingt pour une. »
Cette logia nous rappelle sans doute un passage de Matthieu (13, 3-9) de Marc (4, 3-9), de Luc (8, 5ss), mais comme le précise une partie du commentaire en bas de page : Dans les Evangiles synoptiques, la parabole est expliquée et interprétée en un sens allégorique, où notamment la semence est identifiée à la parole de Dieu... Dans l’apocryphe, il n’y a pas d’explication. Le sens véritable de la parabole reste secret… et ne sera dévoilé qu’à ceux qui ont reçu la gnose » fin de citation.

Je vais continuer ma lecture demain et vous ferai part de mes éventuelles (re)découvertes.
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Narkissos



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MessageSujet: Re: Textes "gnostiques"   Mar 21 Juin 2016, 00:56

Merci à toi, chapelier, de ne pas me laisser tout seul sur ce terrain inhabituel ! -- encore que nous ayons très souvent cité, ici, l'Evangile selon Thomas (notamment dans la rubrique "Un jour, un verset", surtout pour ses parallèles de textes canoniques, mais quelquefois pour lui-même -- sans écho il est vrai).

Il semble que cette collection de logia (pluriel de logion, diminutif de logos, qui désigne dans l'usage académique de brèves "paroles" ou "sentences", notamment attribuées à Jésus; ce qui me rappelle la mésaventure de cet étudiant en théologie qui s'est aperçu, à sa soutenance de mémoire, que son traitement de texte avait malencontreusement transformé tous ses logia en loggia !) ait elle-même connu plusieurs développements successifs avant la version (copte) de Nag Hammadi. Son grand intérêt pour les biblistes, indépendamment de sa coloration gnostique (plus ou moins sensible selon les endroits), c'est qu'elle paraît souvent préserver une "tradition" indépendante des évangiles canoniques (surtout synoptiques).

A noter qu'en grec il n'y a aucune différence formelle entre "Jude" et "Judas": c'est la traduction française qui a pris l'habitude de différencier ainsi les noms, mais dans la tradition pré-évangélique la confusion (ou la distinction) des "figures" est toujours possible.
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MessageSujet: Re: Textes "gnostiques"   Mar 21 Juin 2016, 10:43

Ce qui me parait intéressant dans la querelle si je peux m'exprimer ainsi vient du fait que les textes canoniques soient considérés et acceptés à notre époque comme s'il en avait toujours été ainsi. Pourtant tel n'était pas le cas. Les textes étaient parfois destinés à des "églises" bien précises à des communautés proches ou lointaines et il n'était pas encore question de textes canoniques ou apocryphes.

Il est facile de regarder avec méfiance voire mépris ce qui nous apparaît comme étrange, étranger.

Logion est-ce un masculin ou féminin?
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MessageSujet: Re: Textes "gnostiques"   Mar 21 Juin 2016, 12:11

En grec logion est neutre, en français ("savant") on l'emploie au masculin: un logion, des logia, sans s et accordé au masculin (de beaux logia).
De même pour biblion, (petit) livre, qui fait biblia au pluriel, et qui a donné "la Bible" par confusion, le neutre pluriel grec étant lu à tort comme un féminin singulier latin.

Méfiance et mépris, oui, sans doute, et de façon assez irrationnelle de part et d'autre. Dans une messe catholique ou un culte protestant on lira plus facilement un poème tout à fait "profane" ou d'une "autre religion" qu'un texte "apocryphe", bien que celui-ci soit à tous égards (historique, littéraire, idéologique) plus proche du "canon" (c'est peut-être justement cette proximité qui inquiète). Moi-même, au sortir du fondamentalisme sectaire que tu connais, j'ai lu plus volontiers des textes taoïstes, bouddhiques, ou mystiques médiévaux (notamment Eckhart) que les textes gnostiques du christianisme ancien qui en sont pourtant, dans l'esprit, très proches.

En tout cas, l'Evangile selon Thomas est à mes yeux une pure merveille (je repense, par exemple, au logion 42, le plus court: "Soyez passants"): depuis que je l'ai découvert (il y a quand même un bon quart de siècle), il ne m'a guère quitté -- grâce à quoi, entre autres, il figure en bonne place dans les notes des évangiles de la NBS (non que j'aie eu, je précise, à beaucoup insister pour le faire "passer" au jugement d'un comité de rédaction plutôt "conservateur": du point de vue exégétique, la valeur de ses parallélismes ne fait guère débat, mais je doute que ça se serait fait si je ne l'avais pas proposé. Voir aussi, pour des réminiscences plus personnelles, ici).

Puisque tu as les Ecrits apocryphes chrétiens de la Pléiade, je te signale deux autres textes "gnostiques" (des exceptions dans ce volume) que j'aime beaucoup: les Odes de Salomon (p. 671ss) qui relèvent d'un "proto-gnosticisme" sapiential, à peu près du même niveau que le quatrième évangile quoique dans un tout autre genre littéraire (hymnique), et l'"Hymne de la perle", dans les Actes de Thomas (108ss, p. 1418ss) qui n'ont par ailleurs pas grand-chose de gnostique. Il est paru depuis un autre volume consacré aux textes gnostiques (on en trouvera les références à partir du premier lien de ce fil), mais celui-là, malheureusement, je ne l'ai pas.
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MessageSujet: Re: Textes "gnostiques"   Mar 21 Juin 2016, 15:48

Citation :
Méfiance et mépris, oui, sans doute, et de façon assez irrationnelle de part et d'autre. Dans une messe catholique ou un culte protestant on lira plus facilement un poème tout à fait "profane" ou d'une "autre religion" qu'un texte "apocryphe", bien que celui-ci soit à tous égards (historique, littéraire, idéologique) plus proche du "canon" (c'est peut-être justement cette proximité qui inquiète). Moi-même, au sortir du fondamentalisme sectaire que tu connais, j'ai lu plus volontiers des textes taoïstes, bouddhiques, ou mystiques médiévaux (notamment Eckhart) que les textes gnostiques du christianisme ancien qui en sont pourtant, dans l'esprit, très proches.


April D. DeConick reconnaît elle aussi d’emblée que l’Évangile selon Thomas n’entre que difficilement dans les catégories habituelles des études bibliques ou chrétiennes anciennes. Dans sa contribution (« Mysticism and the Gospel of Thomas »), après une évocation (assez caricaturale, à vrai dire) de l’interprétation gnostique de Thomas et sur la base de ses deux monographies récentes[13], elle propose plutôt une lecture « mystique » de l’évangile. Elle entend par là la manière dont certains chrétiens des premiers siècles ont résolu la « crise de la mémoire apocalyptique » en reportant dans la vie présente ce que l’apocalyptique traditionnelle promettait pour l’au-delà, soit par le biais d’une expérience de ravissement (rapture) ou par une pratique ascétique aboutissant à l’impassibilité, à la vie solitaire et au renoncement encratite au mariage.

https://www.erudit.org/revue/ltp/2010/v66/n3/045341ar.html
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MessageSujet: Re: Textes "gnostiques"   Mar 21 Juin 2016, 17:56

Très intéressante recension -- qui m'a rappelé, au passage, une lecture personnelle et intuitive du logion 77, aux antipodes d'un panthéisme ou d'un panchristisme statiques (le Christ n'est pas tout dans l'absolu, en général ou de façon indéterminée, il est l'ouverture potentielle de tout).

Sur le rapport de la gnose en général et de l'Evangile selon Thomas en particulier avec le (médio-/néo-)platonisme, il faut aussi remarquer qu'avant même Platon et Socrate, c'est le fameux impératif apollinien associé (par la tradition) au temple de Delphes, gnôthi seauton, "connais-toi toi-même", qui constitue l'essentiel du "programme" gnostique, lequel y répond à sa manière (il y a évidemment d'autres manières d'y répondre). Cf. logia 3, 5, 67.

J'ai oublié d'indiquer ce site (en anglais) qui rassemble de nombreux commentaires sur l'Evangile selon Thomas, logion par logion.
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MessageSujet: Re: Textes "gnostiques"   Mer 22 Juin 2016, 23:34

Narkissos dans son avant-dernier message a mentionné les Odes de Salomon. Voici donc les 2 premiers versets:

1. Le Seigneur sur ma tête comme une couronne,
je n'en serai pas séparé.
2. Fut tressée pour moi la couronne de vérité,
elle fit fleurir tes tiges là-haut en moi.

Voici ce que déclare Marie-Joseph Pierre dans son introduction sur ce livre:

On désigne par Odes de Salomon un recueil de quarante-deux poèmes composés en Syriaque par un mystérieux chantre au début de l'ère chrétienne. Venus d'Orient et connus par le témoignage d'auteurs anciens, ces poèmes furent considérés comme perdus jusqu'au début de ce siècle (20e).
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MessageSujet: Re: Textes "gnostiques"   Dim 26 Juin 2016, 11:27

Comme je l'avais avoué précédemment (c'est encore la relecture du Coran qui m'y avait fait penser), je trouve les "Odes de Salomon" très agréables à lire et à relire mais assez difficiles à retenir, en raison de leur style hymnique "berçant" (pour ne pas dire narcotique ou soporifique) qu'accentue ou aggrave peut-être la (trop ?) belle traduction archaïsante de M.J. Pierre. Il y fau(drai)t l'imprégnation progressive de lentes et nombreuses lectures, de préférence à haute ou à mi-voix (à cet égard au moins, on peut regretter qu'un texte de cette qualité n'ait pas bénéficié de l'effet "canonique" qui nous a rendu familières des œuvres tout aussi étrangères à la pensée "occidentale"). De fait, c'est l'un de ces textes dont la lecture ou la récitation mêmes constituent une sorte d'expérience à la fois spirituelle et esthétique, aussi parce que son "intelligibilité" fait appel à tous les sens (vue, ouïe, odorat, goût, toucher) au gré de ses combinaisons métaphoriques. On notera, là où la sexualité est convoquée, l'inversion des genres (le Père allaite, la Vierge-Mère engendre, ode 19), un topos "gnostique" qui n'en a pas moins des précédents vétérotestamentaires (p. ex. trito-Isaïe).

L'image prédominante, quoique souvent implicite, qui frappe d'emblée et se développe ou s'approfondit d'hymne en hymne et de lecture en lecture, c'est celle, végétale et verticale, de l'arbre enraciné et couronné, où tout se joint et se confond (comme les référents des pronoms personnels dans le texte): le Père, l'Esprit, le Sauveur (qui est aussi sauvé), l'Elu (qui est aussi Prêtre comme le locuteur des Hymnes de Qoumrân), l'âme ou la communauté, la vie, la connaissance et l'amour, la croix même (p. ex. ode 27) mais dans une représentation mystique (les bras levés sont aussi la posture de la prière) aux antipodes du tragique. Arborescence paradoxale toutefois puisque tout passe, pousse, coule, nourrit, fleurit et fructifie du haut vers le bas, de la tête couronnée (ramure de l'arbre, chevelure du nazir, diadème du prêtre, couronne du roi) aux pieds racines: l'arbre est aussi bien fleuve (6,8ss), mouvement descendant sans déplacement horizontal (mouvement et repos comme chez Thomas dans une tradition plus hellénistique).

Je signale quelques points de contact (plus "idéels" que verbaux) avec la littérature "johannique" au sens le plus large, notés dans la NBS:
- "Ecoutez le Verbe de vérité, recueillez la connaissance du Très-Haut. Votre chair ne connaîtra rien que je vous dise, ni votre vêtement rien que je vous montre." (8,8s, cf. Jean 6,63.)
- "Lors, il est mainte place en ton paradis, en lui rien qui cesse, mais toute chose est pleine de fruits." (11,23; cf. Jean 14,2.)
- "Faites mainte requête, demeurez en la tendresse du Seigneur, bien-aimés dans le Bien-aimé, vous qui êtes gardés en celui qui est vivant, sauvés en celui qui fut sauvé." (8,22; cf. Jean 15,9.)
- "Je posai sur leur tête mon Nom, puisqu'ils sont fils libres, ils sont à moi." (42,20; cf. Jean 17,6.)
- "Tous ceux qui ont vaincu seront inscrits sur son Livre, lors leur livre est la victoire qui est vôtre, elle vous voit devant elle et veut que vous soyez saufs." (9,11s; cf. Apocalypse 3,5.)
Il y en aurait bien d'autres à relever, p. ex.: "Lors, je n'aurais su aimer le Seigneur si lui ne m'avait aimé. Qui pourrait discerner l'amour sinon celui qui est aimé ?" (3,3s; cf. 1 Jean.)

Le thème de la création (p. ex. 7,7ss; 16,10ss) suggère bien un proto-gnosticisme (ou un gnosticisme "soft"), tout orienté sur la positivité de l'origine unique, pas (encore) obsédé par le problème de la "chute" métaphysique dans la matière (ce qui vaut aussi pour le quatrième évangile).

Je me demande d'ailleurs si la fascination et la difficulté persistantes que j'éprouve à la lecture de ce texte ne tiennent pas à cette positivité même: les Odes me semblent le cas limite d'un discours de la plénitude (plérôme) qui s'affirme d'elle-même, souverainement, tout en douceur, sans violence et sans douleur, sans combat ni véritable résistance, comblant les manques et les déficiences à mesure qu'elle les rencontre (les rares vestiges de conflit apocalyptique n'apparaissent que déjà surmontés ou dissipés). On pourrait dire le propos lumineux ou solaire s'il ne ménageait justement tant d'ombre et de fraîcheur propices à une "vie" et à une prolifération de type végétal (enracinement, croissance, efflorescence, fructification, germination); autarcique aussi puisqu'il pourvoit à tout son nécessaire, se passant parfaitement d'autre et de contraire. La pensée de la "demeure" johannique (demeurez en lui, etc.) trouverait là son expression poétique idéale. Mais cela n'offre guère de prise à un esprit "occidental" habitué à opérer, à "saisir" les "concepts", à partir de la négation et de l'opposition. Pour nous donc (pour moi au moins), leçon de patience: s'il fallait vivre et penser éternellement, sans histoire et sans drame, ce serait sans doute sur un tel mode et à un tel rythme.

---

Sur les problèmes que pose notre lecture (forcément anachronique et sujette à mille malentendus) de textes anciens en général ("bibliques" ou "parabibliques", "canoniques" ou "apocryphes", "ecclésiastiques" ou "gnostiques", entre autres), je renvoie à ce vieux fil -- consacré, certes, aux textes bibliques, mais les mêmes problèmes se posent, tout juste déplacés, pour des textes "parabibliques", "apocryphes" et plus spécifiquement "gnostiques", sur lesquels joue aussi un effet de proximité et comme d'ombre du "canon".

Pour un lecteur familier de "la Bible", il y a (au moins) deux attitudes symétriques, en fonction de ses inclinations: lire ces textes-là comme des textes sacrés (ce qu'ils étaient assurément pour leurs premiers lecteurs-auditeurs, mais sans le lustre de l'ancienneté), voire plus sacrés que ceux d'un "canon" quelconque, en ajoutant à l'"attente extraordinaire" de tout croyant à l'égard de son Livre l'attrait supplémentaire et exotique de "l'inconnu" ou même de "l'interdit"; ou, au contraire, s'en distancier par un surcroît de méfiance comparative. Dans les deux cas, nous ne les lisons pas comme leurs premiers lecteurs (quoi que nous fassions, certes, nous ne les lirons jamais comme leurs premiers lecteurs, sans préjudice d'ailleurs des différences qui ont certainement existé entre ces "premiers lecteurs"). Dans un cas comme dans l'autre le poids de la "tradition" est toujours sensible, mais il ne porte pas de la même façon que sur les livres canoniques. Lire "la Bible" en "juif" ou en "chrétien", et même en "juif athée" ou en "post-chrétien", c'est se rapporter (par quelque "branche" et de quelque manière) à une tradition de lecture millénaire, établie et ininterrompue, même si l'on se doute bien que cette tradition a varié considérablement au fil du temps et qu'un "juif" ou un "chrétien" du XXIe siècle ne lisent pas non plus les textes bibliques comme leurs "premiers lecteurs". Lire un texte "gnostique" (pour en rester au sujet de ce fil) aujourd'hui, c'est un acte tout à fait "privé" et "arbitraire", que ses motivations soient plutôt "intellectuelles" ou "religieuses", parce qu'il se rapporte (encore plus artificiellement si l'on peut dire) à une tradition interrompue, en dépit de ses diverses "résurgences" au cours de l'histoire. On peut se croire "juif" ou "chrétien" sans soupçonner (ou presque) le décalage entre ce que ces termes signifient pour nous et ce que leurs équivalents présumés signifiaient pour les "premiers lecteurs" des textes bibliques. On peut difficilement se dire "gnostique" sans savoir qu'on "est" tout au plus néo-"gnostique" par choix, à titre individuel ou comme membre de tel ou tel petit groupe d'élection (dans tous les sens qu'on voudra). Notre rapport aux textes, du coup, passe par des chemins sensiblement différents; de la conscience de ces chemins dépend, entre autres choses, la qualité (de toute façon très relative) de notre lecture.

Ce que je trouve encore (après être passé par d'autres "approches" -- enfin, partiellement autres) assez pertinent dans la pensée "gnostique", c'est précisément la pensée de la provenance -- qui me paraît rester d'une grande "actualité" malgré tous ses bouleversements: nous "provenons" toujours, même si nous ne savons plus dire de quoi ou de qui, par excès de provenances irréductibles les unes aux autres -- nous "provenons" différemment du Big Bang ou de l'évolution des espèces, de nos ancêtres familiaux ou nationaux, d'une langue et d'une culture, d'une éducation religieuse ou idéologique, de nos gènes, de nos choix, de nos habitudes ou de notre environnement, du hasard de nos rencontres et de nos lectures, de "l'être" ou du "néant". LA provenance -- son unité singulière, peut-être fictive, en tout cas d'expression mythique, mais corollaire de la fiction subjective que je suis, ou que nous sommes -- est d'autant plus à penser qu'elle paraît impensable, à cause de la multiplicité même des provenances pensables. C'est de ça surtout, je crois, que me parle la "gnose" -- et la "religion" en général, sans doute, mais la gnose avec sa voix bien particulière, étrangère et étrangement familière.

D'un point de vue "historique", bien sûr, c'est parce que l'époque de la gnose (l'empire romain sur fond hellénistique avec son réseau de communications, son urbanisation, son "brassage des cultures" et tout ce qui s'ensuit de "déracinement" et de problèmes d'"identité") ressemble à la nôtre, malgré tout ce qui les différencie (et d'abord le fait que celle-ci provient de celle-là !), qu'une certaine "traduction" est possible, avec toutes les trahisons d'usage, entre leurs "pensées" respectives.
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MessageSujet: Re: Textes "gnostiques"   Lun 27 Juin 2016, 22:09

Le dernier message de Narkissos, sur ce fil, à propos de la gnose m’a fait comprendre et percevoir en même temps combien les textes anciens ont de la valeur et de la beauté non seulement pour ce qu’ils représentent à notre époque mais aussi pour ce qu’ils ont représenté bien qu’il soit difficile de s’en approcher sans trahir une part de ce qu’ils tentent de transmettre.

En effet, nous lisons ces textes au 21e siècle avec des aprioris que nous ne soupçonnons pas, mais qui pourtant sont bien au travers de notre compréhension.
Cela signifie-t-il qu’il ne nous est pas possible de profiter d’une telle lecture ? Certainement pas, mais il convient de s’en approcher en étant conscient de notre faiblesse et de notre force, je m’explique : d’une part nous ne vivons plus dans le contexte dans lequel ces textes ont été rédigés, d’autre part nous avons la possibilité de les lire, personnellement, sans avoir besoin de passer par le biais d’un lecteur commun. Ce qui est un avantage car nous bénéficions de l’approche du texte et ne sommes pas distraits par la voix ou le timbre de la voix du lecteur-récitant (je ne sais pas si ce terme est approprié ou exact).

Je perçois cependant un désavantage si nous nous comparons à l’auditeur/lecteur originaux ou premiers, nous devons faire un effort pour comprendre certains termes, certaines tournures des phrases en plus des usages différents mentionné par Narkissos.

Cependant, nous ne pouvons pas refuser de lire et considérer ces textes au prétexte que nous ne sommes plus assez proches de leur rédaction et que nous risquons de trahir la démarche de l’auteur et son envie de partager ses découvertes et réflexions avec d’autres personnes, des communautés si tant est qu’il avait une telle envie.
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MessageSujet: Re: Textes "gnostiques"   Lun 27 Juin 2016, 23:22

le chapelier toqué a écrit:
... d’autre part nous avons la possibilité de les lire, personnellement, sans avoir besoin de passer par le biais d’un lecteur commun. Ce qui est un avantage car nous bénéficions de l’approche du texte et ne sommes pas distraits par la voix ou le timbre de la voix du lecteur-récitant...

Ce peut être aussi un inconvénient, en particulier pour un texte "poétique" comme les Odes, si l'on part du principe (mallarméen par exemple, je suis aussi en train de lire et de relire Mallarmé !) que la "poésie" c'est de la parole musicale, à tout le moins rythmée -- plus évidemment musicale et rythmée en tout cas que la "prose" (si différentes que soient les "règles" sonores et rythmiques qui caractérisent la "poésie" d'une langue à l'autre, il y en a toujours, qui permettent de la "reconnaître" comme telle), a fortiori des "odes", c.-à-d. des chants. Bien sûr ça ne "marche" vraiment que dans la langue originale (apparemment le syriaque en l'occurrence), à la rigueur dans des traductions aussi créatives (= poétiques) que l'original, qui réussissent à rendre le "fond" tout en réinventant une "forme" de qualité esthétique semblable dans la langue cible (autrement dit, il faut un poète, et un bon, pour traduire un poète, même médiocre: c'est tout le mérite de M.J. Pierre, dans sa traduction des Odes, de l'avoir essayé, bien que je ne sois pas tout à fait convaincu par le choix de la forme archaïsante; ça me rappelle que le traducteur de Job dans la Bible en français courant avait tenté l'alexandrin, option discutable à bien des égards mais tentative poétique quand même). De ce point de vue (ou plutôt d'écoute), la voix est tout autre chose qu'une "distraction", c'est la matière même de l'œuvre.

Sur le fil Tolle, lege (mon dernier lien) il avait aussi été question du fait que dans l'Antiquité (jusqu'à saint Augustin) toute lecture, même privée, est "orale" (pas totalement privée de son comme l'est le plus souvent la nôtre).

Citation :
... nous ne pouvons pas refuser de lire et considérer ces textes au prétexte que...

Ce n'est pas pour le plaisir de te contredire encore, mais tu me fais utilement remarquer que nous pouvons aussi refuser: c'est peut-être un avantage (très relatif pour nous, vu le bas niveau de "contrainte" des règles ecclésiastiques en général sur la pratique moderne de la lecture) des textes "non canoniques", "gnostiques" et autres, qui mérite d'être relevé. Si aucun "interdit" ecclésiastique ne nous retient plus de les lire, aucune "prescription" ne nous l'a jamais ordonné non plus (à moins peut-être de faire partie d'une "secte néo-gnostique"). Du coup nous n'y entrons que par notre désir ou notre curiosité, ce qui n'est pas forcément la plus mauvaise "porte d'entrée" (contrairement à la lecture de la Bible comme "devoir" juif ou chrétien). Sans autorisation donc, à nos risques et périls, qui sont aussi la chance d'heureuses découvertes -- ou inventions, sans autorité ni garantie de "vérité" non plus, si ce n'est d'une "vérité" subjectivement éprouvée.

A ce propos, il faut noter que la gnose réalise remarquablement (et, dans l'ensemble, assez lucidement) le "cercle herméneutique" que nous avions qualifié jadis d'"aporie de la révélation", et qui n'est qu'une variante religieuse du problème philosophique de la connaissance posé au moins depuis Héraclite, bien avant donc la "maïeutique" de Socrate ou l'"anamnèse" de Platon. A savoir (!) que connaître c'est reconnaître. Il faut quelque chose de commun à l'énonciateur et au récepteur, au destinateur et au destinataire du message, pour que la vérité apparaisse d'un bout à l'autre de la "communication" (c'est précisément la fonction du logos chez Héraclite, ou des "idées" innées chez Platon); il faut que les deux bouts du fil, si j'ose dire, coïncident. Seul "l'esprit" reconnaît le langage de "l'esprit", parce que c'est le sien. Aucune "autorité" extérieure, objective, institutionnelle, traditionnelle ou scripturaire, n'y fait rien. Thématique omniprésente chez "Paul", chez "Jean", et dans tous les textes "gnostiques" ou "proto-gnostiques", qui les caractérise et les unit profondément et positivement au-delà ou en-deçà de leurs nombreuses divergences accessoires. "Par les choses que je vous dis, ne reconnaissez-vous pas qui je suis ?" (Thomas 48). Cela ne se comprend que si ce(lui) qui parle n'est pas quelque chose ni quelqu'un, pas même un dieu, mais ce qui parle ou pense en quiconque parle ou pense. Autre provenance, qui n'est pas une provenance comme une autre, car logiquement "antérieure" à toute (autre) provenance.
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MessageSujet: Re: Textes "gnostiques"   Mar 28 Juin 2016, 15:57

Cependant, nous ne pouvons pas refuser de lire et considérer ces textes au prétexte que nous ne sommes plus assez proches de leur rédaction et que nous risquons de trahir la démarche de l’auteur et son envie de partager ses découvertes et réflexions avec d’autres personnes, des communautés si tant est qu’il avait une telle envie.

Narkissos si je me suis avancé pour dire que:
nous ne pouvons pas refuser de lire et considérer ces textes... j'avais en tête l'idée que ce refus ne peut pas se faire parce que nous sommes éloignés du temps de leur rédaction.

Le refus ne provient pas de notre choix puisque nous pouvons refuser ou accepter de lire, mais il n'est pas correct de prétexter l'éloignement du moment de production d'un texte pour ne pas le lire ou refuser de le considérer. Nous risquons alors de ne pas pouvoir lire les textes anciens qui nous sont parvenus de philosophes, de géographes etc... Certes, nous ne possédons pas les originaux et si nous les avions nous ne pourrions peut-être pas comprendre le texte que nous aurions en notre possession.

Nous acceptons d'en avoir la traduction, l'interprétation mais nous en sommes réduits à nous contenter d'en lire qu'une copie plus ou moins bonne au risque de ne lire que les derniers ouvrages écrits très récemment, et dans notre langue pour être certains de ne pas tomber sur une mauvaise traduction.
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MessageSujet: Re: Textes "gnostiques"   Mar 28 Juin 2016, 16:50

J'avais bien compris ce que tu disais ! C'est juste qu'une partie de ta formulation m'a fait penser à tout autre chose, qui s'énonçait dans des termes opposés (rien ne nous oblige à lire, ce n'est ni un "devoir" ni forcément "bien"). Autrement, je suis tout à fait d'accord avec toi: il serait dommage de se priver de lire des textes, si on en a envie et qu'on y prend plaisir, sous prétexte que nous n'avons aucune chance de les comprendre exactement comme leurs "auteurs" ou leurs "destinataires" -- à ce compte-là, chacun ne lirait que son courrier personnel, et encore...

L'exégèse biblique témoigne d'ailleurs -- entre autres, mais exemplairement -- que beaucoup de "malentendus" s'avèrent plus féconds, et plus riches de sens, que le "sens original" des textes, pour autant qu'on accède jamais à celui-ci.



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MessageSujet: Re: Textes "gnostiques"   Mar 28 Juin 2016, 20:56

Je n'étais pas sûr de m'être bien exprimé; il arrive parfois que j'aie de la peine à dire ce que je ressens Embarassed
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MessageSujet: Re: Textes "gnostiques"   Mer 29 Juin 2016, 12:52

Mes "réponses" sont quelquefois de simples "rebonds", ce n'est pas vraiment fait exprès mais je conçois que ça puisse être déconcertant... Smile

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Pour renouer le fil (à la fin de mon dernier post du 27.6): l'intérêt majeur, à mon sens, de la lecture même épisodique et hésitante de textes "gnostiques" (non canoniques) pour un lecteur habituel du Nouveau Testament est de se sensibiliser aux thèmes, motifs, énoncés similaires qui se trouvent aussi dans celui-ci -- dans les écrits "johanniques" surtout mais aussi dans le corpus paulinien et l'Evangile selon Marc, de façon plus disséminée ailleurs, dans les logia de Luc ou de Matthieu, et jusque dans les textes qui combattent ouvertement la gnose (notamment les Pastorales, Jude ou 2 Pierre). Pas tellement pour le plaisir de cataloguer ou d'étiqueter les textes (comme "proto-gnostiques" ou "anti-gnostiques" p. ex.), encore moins pour plaquer anachroniquement sur eux les explications ultérieures (et, on l'a vu, très divergentes d'un texte "gnostique" à l'autre) de "systèmes" constitués, mais pour mieux en percevoir "l'esprit" -- ou la "logique" diffuse, mais profonde, qui les commande et les ordonne en profondeur, à défaut de les unir. Ce qui fait par exemple que le quatrième évangile, jusque dans les milieux les plus "orthodoxes" ou "fondamentalistes" (où le mot de "gnose", s'il est connu, l'est comme un "gros mot"), a été ressenti et désigné comme "l'évangile spirituel", s'éclaire précisément à la lumière gnostique. Et du coup des paroles aimées se comprennent infiniment mieux, sans cesser d'être aimables.
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le chapelier toqué



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MessageSujet: Re: Textes "gnostiques"   Jeu 30 Juin 2016, 18:04

Décidément l'Evangile selon Jean recel des trésors et un particularisme que j'ai aimé ma première lecture.
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Narkissos



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MessageSujet: Re: Textes "gnostiques"   Ven 01 Juil 2016, 16:50

Je ne voulais pas trop parler ici de l'Evangile selon Jean (et plus généralement des textes du NT), puisqu'il a déjà été abondamment traité ailleurs, y compris sous l'angle de son rapport à la gnose. Mais rien que sur ces thèmes de la provenance et de la (re-)connaissance, on peut, presque au hasard et sans commentaire, relire:
Citation :
Tout est advenu par lui;
ce qui est advenu
en lui était vie,
et la vie était la lumière des humains.
La lumière brille dans les ténèbres,
et les ténèbres ne l'ont pas saisie.
(...)
C'était la vraie lumière, celle qui éclaire tout humain, en venant dans le monde.
Il était dans le monde,
et le monde est advenu par lui,
mais le monde ne l'a pas connu.
Il est venu chez lui,
et les siens ne l'ont pas accueilli;
mais à tous ceux qui l'ont reçu,
il a donné le pouvoir
de devenir enfants de Dieu...
Ceux-là sont nés, non pas du sang, ni d'une volonté de chair, ni d'une volonté d'homme, mais de Dieu.
La Parole est devenue chair;
elle a fait sa demeure parmi nous,
et nous avons vu sa gloire,
une gloire de fils unique issu du Père;
elle était pleine de grâce et de vérité.
Jean lui rend témoignage, il s'est écrié: C'était de lui que j'ai dit: Celui qui vient derrière moi est passé devant moi, car, avant moi, il était.
Nous, en effet, de sa plénitude (plèrôma)
nous avons tous reçu,
et grâce pour grâce;
car la loi a été donnée par Moïse, la grâce et la vérité sont venues par Jésus-Christ.
Personne n'a jamais vu Dieu; c'est le Dieu-fils-unique, qui est contre le sein du Père, qui a fait paraître. (1,3ss; sur le dernier verset, voir ici)
Amen, amen, je te le dis, nous disons ce que nous savons, et nous témoignons de ce que nous avons vu; et vous ne recevez pas notre témoignage. Si vous ne croyez pas alors que je vous ai parlé des choses terrestres, comment croirez-vous si je vous parle des choses célestes? Personne n'est monté au ciel, sinon celui qui est descendu du ciel, le Fils de l'homme. (3,11ss)
Celui qui vient d'en haut est au-dessus de tous; celui qui est de la terre est de la terre, et sa parole est de la terre. Celui qui vient du ciel est au-dessus de tous, il témoigne de ce qu'il a vu et entendu, et personne ne reçoit son témoignage. Celui qui a reçu son témoignage a certifié que Dieu est vrai; car celui que Dieu a envoyé dit les paroles de Dieu, parce qu'il donne l'Esprit sans mesure. (3,31ss)
Tout ce que le Père me donne viendra à moi; et celui qui vient à moi, je ne le chasserai jamais dehors; car je suis descendu du ciel pour faire, non pas ma volonté, mais la volonté de celui qui m'a envoyé. Or, la volonté de celui qui m'a envoyé, c'est que je ne perde rien de tout ce qu'il m'a donné... (6,37ss)
Personne ne peut venir à moi si le Père qui m'a envoyé ne l'attire... Il est écrit dans les Prophètes: Ils seront tous instruits de Dieu. Quiconque a entendu le Père et reçu son enseignement vient à moi. Non pas que quelqu'un ait vu le Père, sinon celui qui est issu de Dieu; lui a vu le Père. (...) C'est pourquoi je vous ai dit que personne ne peut venir à moi, si cela ne lui est donné par le Père. (6,44ss)
Vous ne connaissez ni moi, ni mon Père. Si vous me connaissiez, vous connaîtriez aussi mon Père. (8,19)
Pourquoi ne connaissez-vous pas mon langage? Parce que vous ne pouvez pas entendre ma parole. (8,43)
C'est pour lui que le gardien ouvre la porte; les moutons entendent sa voix; il appelle ses propres moutons par leur nom et les mène dehors. Lorsqu'il les a tous fait sortir, il marche devant eux; et les moutons le suivent, parce qu'ils connaissent sa voix. Ils ne suivront jamais un étranger; ils le fuiront, parce qu'ils ne connaissent pas la voix des étrangers. (10,3ss)
C'est moi qui suis le bon berger. Je connais mes moutons, et mes moutons me connaissent, comme le Père me connaît et comme, moi, je connais le Père. (10,14s)
Mes moutons entendent ma voix. Moi, je les connais, et ils me suivent. Et moi, je leur donne la vie éternelle; ils ne se perdront jamais, et personne ne les arrachera de ma main. Ce que mon Père m'a donné est plus grand que tout -- et personne ne peut l'arracher de la main du Père. Moi et le Père, nous sommes un. (10,27ss)
Si vous me connaissez, vous connaîtrez aussi mon Père. Et, dès maintenant, vous le connaissez et vous l'avez vu. Philippe lui dit: Seigneur, montre-nous le Père, et cela nous suffit.  Jésus lui dit: Il y a si longtemps que je suis avec vous et tu ne me connais pas, Philippe? Celui qui m'a vu a vu le Père. Comment peux-tu dire, toi: "Montre-nous le Père!" Ne crois-tu pas que, moi, je suis dans le Père, et que le Père est en moi ? (14,7ss)
... l'Esprit de la vérité, que le monde ne peut pas recevoir, parce qu'il ne le voit pas et qu'il ne le connaît pas; vous, vous le connaissez, parce qu'il demeure auprès de vous et qu'il sera en vous. Je ne vous laisserai pas orphelins; je viens à vous. Encore un peu, et le monde ne me verra plus; mais vous, vous me verrez, parce que, moi, je vis, et que vous aussi, vous vivrez. En ce jour-là, vous saurez que, moi, je suis en mon Père, comme vous en moi et moi en vous. (14,17ss)
Glorifie ton Fils, pour que le Fils te glorifie, et que, comme tu lui as donné pouvoir sur tous, il donne la vie éternelle à tous ceux que tu lui as donnés. -- Or la vie éternelle, c'est qu'ils te connaissent, toi, le seul vrai Dieu, et celui que tu as envoyé, Jésus-Christ. (...) J'ai manifesté ton nom aux hommes que tu m'as donnés du milieu du monde. Ils étaient à toi, et tu me les as donnés; et ils ont gardé ta parole. Maintenant, ils savent que tout ce que tu m'as donné est issu de toi. Car je leur ai donné les paroles que tu m'as données; ils les ont reçues; ils ont vraiment su que je suis sorti de toi, et ils ont cru que c'est toi qui m'as envoyé. Moi, c'est pour eux que je demande. Je ne demande pas pour le monde, mais pour ceux que tu m'as donnés, parce qu'ils sont à toi, -- comme tout ce qui est à moi est à toi et ce qui est à toi est à moi -- et je suis glorifié en eux. (...) Moi, je leur ai donné ta parole, et le monde les a détestés, parce qu'ils ne sont pas du monde, comme moi, je ne suis pas du monde. Je ne te demande pas de les enlever du monde, mais de les garder du Mauvais. Ils ne sont pas du monde, comme moi, je ne suis pas du monde. (...) Ce n'est pas seulement pour ceux-ci que je demande, mais encore pour ceux qui, par leur parole, mettront leur foi en moi, afin que tous soient un, comme toi, Père, tu es en moi et moi en toi, qu'eux aussi soient en nous, pour que le monde croie que c'est toi qui m'as envoyé. Et moi, je leur ai donné la gloire que tu m'as donnée, pour qu'ils soient un comme nous, nous sommes un, -- moi en eux et toi en moi -- pour qu'ils soient accomplis dans l'unité et que le monde sache que c'est toi qui m'as envoyé et que tu les as aimés comme tu m'as aimé. Quant à ce que tu m'as donné, Père, je veux que là où, moi, je suis, eux aussi soient avec moi, pour qu'ils voient ma gloire, celle que tu m'as donnée parce que tu m'as aimé avant la fondation du monde. Père juste, le monde ne t'a jamais connu; mais moi, je t'ai connu, et eux, ils ont su que tu m'as envoyé. Je leur ai fait connaître ton nom et je le leur ferai connaître, pour que l'amour dont tu m'as aimé soit en eux, comme moi en eux. (17,1ss)

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Un tout autre genre de texte qu'il me paraît important d'évoquer ici, ce sont les critiques du gnosticisme: celles, théologiques, des "Pères de l'Eglise" (depuis Irénée) sont bien connues (force est d'ailleurs de reconnaître, après la redécouverte moderne des textes gnostiques, de la Pistis Sophia à l'Evangile de Judas en passant par Nag Hammadi, qu'elles ont été tendancieuses et partisanes, certes, mais le plus souvent minutieuses et intelligentes dans leur exposé des doctrines gnostiques); il y en a d'autres, philosophiques, notamment celle de Plotin (II, 9), dont le "néo-platonisme" réagit manifestement à une certaine "gnose" chrétienne ("séthienne platonisante" ?) du IIIe siècle -- ce qui implique aussi qu'il s'en inspire, au moins marginalement; cette critique-là ne concerne bien sûr que très peu et indirectement les autres "gnosticismes", et a fortiori les "proto-gnosticismes" du NT, des Odes ou des textes les plus "soft" de Nag Hammadi. Voir  ici un article introductif que j'ai trouvé fort intéressant.

Quelques remarques sur cette réaction philosophique "païenne" à une gnose essentiellement "chrétienne" (qui, au vu de ce que dit Plotin de ses incantations et exorcismes, semble d'ailleurs accompagnée d'une pratique de type "charismatique", voire "magique", qui rappelle par certains traits le type de "christianisme" présupposé par la correspondance corinthienne ou l'évangile selon Marc).
- D'abord, cette gnose paraît assez "philosophique" à un philosophe de cette époque pour qu'il s'y intéresse, fût-ce pour la juger sévèrement (il n'a pas un mot pour le christianisme spécifiquement "religieux", ecclésiastique ou catholique, qui, quoique socialement plus visible, n'entre pas dans son "domaine"). Plotin a manifestement des (ex?-)gnostiques (pas tout à fait "guéris") parmi ses disciples, ce qui suggère à la fois une convergence et une réticence réciproque.
- Ensuite, ses critiques théoriques semblent avant tout motivées par une certaine "rigueur" (ou austérité) conceptuelle, un "principe d'économie" (le rasoir avant Occam) qui s'effare devant la prolifération à ses yeux arbitraire et inutile des étages et des hypostases dans le "système" considéré.
- Enfin, et cela déborde (du moins d'un point de vue moderne) le champ "proprement philosophique", il y a aussi une sorte de scandale "éthique" et "pieux" devant l'audace gnostique qui s'en prend radicalement à l'ordre même du monde et qui, en principe au moins, ne respecte rien (ni matière, ni corps, ni âme, ni être, ni dieu, ni morale, ni ascèse, ni esthétique, ni tradition religieuse ou philosophique, ni conventions sociales); paradoxalement, cet aspect-là de la critique rejoint celle des textes anti-gnostiques du NT (notamment Jude et 2 Pierre: ils "blasphèment" ou injurient les "gloires" !) et des Pères de l'Eglise, malgré l'opposition de ces derniers au "monde païen". En particulier, l'idée -- quelque caricaturée qu'elle soit -- d'un "salut" sans "travail", sans "exercice" ou "effort" moral (sans ascèse) rebute autant Plotin que les Pères de l'Eglise: les thèses pauliniennes du salut par la "grâce" et par la "foi", sans "œuvres", sont tout aussi problématiques sous ce rapport, d'où leur relatif "oubli" de Marcion à Luther.

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Axiome (de La Palice ?): toute nouveauté (théologique ou philosophique entre autres) ouvre (perce, rompt, déchire, parfois détruit) la clôture du système qui la précède et s'empresse de la refermer sur elle (ou de la reconstituer) en s'y intégrant: l'invention du divin, d'un chaos ou d'un Dieu suprême précédant les dieux, puis d'un au-delà ou d'un en-deçà du divin, ouvrent à chaque fois un "monde" ou un "univers" pensable et le referment fatalement sur son "au-delà" ou son "en-deçà", dès lors que celui-ci est pensé, fût-ce comme impensable. L'émergence radicale et la systématisation ultérieure de la gnose n'échappent pas à cette règle, elles en offrent au contraire, sur une période relativement courte, une illustration exemplaire. Autrement dit: seule une pensée nouvelle peut paraître à la hauteur du cri ou de l'angoisse existentielle de l'homme qui en vient à se sentir, pour mille raisons phénoménales, personnelles ou historiques, étranger à "son monde" et captif de celui-ci; mais dès qu'elle s'ordonne et se systématise, elle fait "monde" à son tour et le déçoit.

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La gnose ancienne, dans ses diverses expressions, offre certainement beaucoup d'attraits (anachronismes compris et même garantis) à une pensée moderne ou post-moderne, mais il est au moins un point qui pour elle va de soi et sur lequel nous ne pouvons la suivre que difficilement, peut-être de plus en plus difficilement: la hiérarchie foncière de son dualisme cognitif (la connaissance, la conscience, la pensée, l'intelligence vaut plus que son "objet", même totalisé comme "monde"). Nous ressentons vivement l'altérité radicale de la "pensée", son irréductibilité à toute "réalité", et en cela nous sommes (néo-)"gnostiques", fût-ce à notre insu; en revanche, nous n'en sommes plus assez dupes (pour notre malheur, peut-être) pour lui assigner une supériorité, surtout absolue: ne serait-ce que parce que nous sommes (trop) conscients que seule la "pensée" crée des "valeurs", elle ne peut pas sans mauvaise conscience s'en attribuer à elle-même (sinon sur le mode de la foi, y compris de la mauvaise foi). Si le "principe" de la connaissance reste rigoureusement inconnaissable, comme dans la gnose, il ne peut plus se déclarer premier, ni originaire, ni transcendant sans rougir de honte ou éclater de rire devant l'énormité d'une telle proposition. Du reste (est-ce post-moderne ou post-post-moderne ?) nous finirions plutôt par douter que la "connaissance" humaine, à cause de tout ce qui la rattache à la cognitivité animale en dépit de ce qui l'en sépare (essentiellement: le langage), soit aussi radicalement autre que nous l'avons longtemps crue.

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Le chapelier toqué a eu la bonne idée d'ouvrir un nouveau fil sur l'Evangile selon Thomas: on y poursuivra la discussion sur ce texte le cas échéant.

Sur la question plus large de "l'identité de Dieu" que pose exemplairement la "gnose", mais non elle seule, j'en ai moi-même ouvert un autre. Et, sur le rapport du paulinisme et du marcionisme à la gnose, encore un autre.
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MessageSujet: Re: Textes "gnostiques"   Aujourd'hui à 23:37

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Textes "gnostiques"
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