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 Paul, Marcion et la gnose

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Narkissos

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MessageSujet: Paul, Marcion et la gnose   Mer 06 Juil 2016, 17:12

Tant qu'on parle de "gnose", il ne me semble pas inutile de créer un fil à part pour la trajectoire "paulino-marcionite", qui à la fois s'y rapporte et s'en distingue.

Je m'arrêterai dans un premier temps sur les "premières" épîtres du corpus paulinien, qui intéressent (ou devraient intéresser) particulièrement les historiens du "christianisme primitif" puisqu'elles en sont, selon toute vraisemblance, les plus anciennes attestations écrites. Et notamment la Première aux Corinthiens, où les énoncés d'allure "gnostique" sont particulièrement remarquables, surtout au chapitre 2, qu'il vaut la peine de relire intégralement:

Citation :
Pour ma part, mes frères, lorsque je suis venu chez vous, ce n'est pas avec une supériorité de langage ou de sagesse que je suis venu vous annoncer le mystère de Dieu. Car j'ai jugé bon, parmi vous, de ne rien savoir d'autre que Jésus-Christ -- Jésus-Christ crucifié. Moi-même, j'étais chez vous dans un état de faiblesse, de crainte et de grand tremblement; ma parole et ma proclamation n'avaient rien des discours persuasifs de la sagesse; c'était une démonstration d'Esprit, de puissance,  pour que votre foi ne soit pas en la sagesse des humains, mais en la puissance de Dieu.
Cependant, c'est bien une sagesse (sophia) que nous énonçons parmi les gens "accomplis" (les "parfaits", teleioi): une sagesse qui n'est pas de ce monde (aiôn, d'où "éon", susceptible de désigner "l'âge", "le siècle", ou la "puissance spirituelle" qui le domine) ni des princes (arkhontes) de ce monde, qui doivent être réduits à rien; nous énonçons la sagesse de Dieu, mystérieuse et cachée, celle que Dieu a destinée d'avance, depuis toujours, à notre gloire; aucun des princes de ce monde (idem) ne l'a connue, car s'ils l'avaient connue, ils n'auraient pas crucifié le Seigneur glorieux. Mais c'est, comme il est écrit (dans l'Apocalypse d'Elie, d'après Origène; cf. Thomas 17 !),
ce que l'œil n'a pas vu, ce que l'oreille n'a pas entendu,
ce qui n'est pas venu au cœur de l'homme,
ce que Dieu a préparé pour ceux qui l'aiment
.
Or c'est à nous que Dieu l'a révélé par l'Esprit
(pneuma). Car l'Esprit sonde tout, même les profondeurs (bathè, pluriel neutre de bathos) de Dieu.
Qui donc, parmi les humains, sait ce qui relève de l'humain, sinon l'esprit de l'humain qui est en lui? De même, personne ne connaît ce qui relève de Dieu, sinon l'Esprit de Dieu. Or nous, ce n'est pas l'esprit du monde
(kosmos) que nous avons reçu, mais l'Esprit qui vient de Dieu, pour que nous sachions ce que Dieu nous a donné par grâce. Et nous en parlons, non avec les discours qu'enseigne la sagesse humaine, mais avec ceux qu'enseigne l'Esprit, en associant le spirituel au spirituel (pneumatikois pneumatika sugkrinontes, "en jugeant du spirituel avec les spirituels", ou "selon des critères spirituels", selon qu'on interprète le premier datif au masculin ou au neutre). Mais l'homme naturel (le "psychique") n'accueille pas ce qui relève de l'Esprit de Dieu, car c'est une folie pour lui; il ne peut pas connaître cela, parce que c'est spirituellement qu'on en juge. L'être spirituel (le "pneumatique"), lui, juge de tout, tandis que lui-même n'est jugé par personne. En effet, qui a connu la pensée (noûs) du Seigneur, pour l'instruire ? Or nous, nous avons la pensée (idem) du Christ.

Ce texte qui a déconcerté tant de lecteurs est absolument limpide pour quiconque est tant soit peu familiarisé avec les textes et la pensée gnostiques: on y retrouve, dans une concentration inhabituelle (un vrai festival !), les mêmes mots, les mêmes concepts, les mêmes motifs, les mêmes énoncés.

Paul est-il donc "gnostique" ? Pas si simple: le contexte en effet (le début du chapitre que je n'ai pas mis en gras, mais il faudrait aussi relire le précédent) montre qu'il se distancie (par le motif central de la croix) d'une certaine "sagesse" associée notamment au nom d'Apollos (lequel est par ailleurs relié à Alexandrie, patrie de Philon, et plus largement à l'Egypte, foyer "gnostique" jusqu'à Nag Hammadi). Dans l'"exposition" que nous venons de parcourir, Paul assume ostensiblement le vocabulaire et la pensée "gnostiques", sur le mode du "moi aussi je sais causer gnostique si je veux" (cf. v. 6: c'est cependant bien une "sagesse" que nous annonçons aussi parmi les "parfaits").

Les conséquences historiques de cette analyse sont néanmoins considérables: il n'est plus question de considérer la "gnose" comme une "hérésie" ou une "bifurcation" tardives du christianisme primitif: elle est déjà là pour l'essentiel, partie intégrante et constitutive du tout premier "christianisme" (corinthien) qu'il nous soit donné de "deviner" à travers le texte paulinien. De plus, Paul n'en est pas "l'inventeur", elle le précède, puisque lui-même la rencontre et lui emprunte tout en s'en distanciant. Sa théologie la plus "originale", celle qui va se développer jusqu'à l'épître aux Romains, en est nettement plus éloignée.

Dans le corpus paulinien au sens large (l'ensemble des épîtres attribuées à Paul par leur propre texte, quoi qu'il en soit de l'"authenticité" de cette attribution), sans préjudice de nombreux points de contact épars, la thématique "gnostique" ne redeviendra aussi sensible que dans les épîtres aux Galates et aux Colossiens (l'épître aux Ephésiens étant une reprise plus "ecclésiastique" de cette dernière, mais encore très sympathique aux thèmes "gnostiques"). C'est de l'ensemble de ce recueil que Marcion se prévaudra au IIe siècle. A l'opposé, les Pastorales (Timothée-Tite) -- naturellement inconnues de Marcion -- inventeront un Paul anti-gnostique, "corrigeant" (ou contredisant carrément) bon nombre de "ses" affirmations antérieures.

A l'autre bout de ce parcours, Marcion est-il "gnostique" ? Il est particulièrement difficile de répondre à cette question dans la mesure où il n'est connu que par ce qu'en ont écrit ses adversaires (Justin, Irénée, Tertullien, etc.). Ce qui est sûr c'est qu'il est paulinien (hyper- ou ultra-paulinien si l'on veut), puisque c'est à lui (et à son "école") qu'on doit la préservation, l'organisation et sans doute une bonne partie du développement du corpus paulinien (à l'exception, comme on l'a vu, des Pastorales), l'Apostolicon, et par extension (avec un Evangelion également attribué à Paul, un "proto-Luc" qui ressemblait peut-être plutôt à notre "Marc") le principe même d'un "Nouveau Testament" (face à une Eglise qui, jusque-là, ne considérait vraiment comme "Ecriture" que des écrits juifs ou réputés tels). Sa distinction du "Dieu de la loi" et du "Dieu de l'évangile", du Dieu "juste" et du Dieu "bon", le rapproche indéniablement du gnosticisme contemporain, mais bien d'autres traits semblent l'en éloigner: son choix de la foi (pistis) plutôt que de la connaissance (gnôsis) comme principe salvateur, sa vocation "ecclésiastique" qui le porte à tenter de prendre en mains l'Eglise de Rome (toute l'Eglise, sans distinction entre "pneumatiques" et "psychiques") avant d'organiser sa propre (contre-)Eglise, sa réticence apparente pour la spéculation onto-cosmo-génétique à laquelle il préfère un dualisme plus "simple", son refus de la prolifération littéraire en faveur d'un "canon" défini, tout ça ne paraît guère "gnostique"...
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MessageSujet: Re: Paul, Marcion et la gnose   Jeu 07 Juil 2016, 12:35

Cher Narkissos, quelle découverte que de lire dans ton message ce texte tiré de la première aux Corinthiens, chap. 2.

Ainsi Paul s'est lancé dans la production de textes gnostiques, même s'il n'est pas aisé de l'affirmer, de le prouver.

Merci d'avoir attiré notre attention sur une partie de la 1ere aux Corinthiens, chap.2 que nous aurions pu lire sans en remarquer des aspects "gnostiques".
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Narkissos

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MessageSujet: Re: Paul, Marcion et la gnose   Jeu 07 Juil 2016, 14:01

On peut en effet le dire comme ça, à condition de ne pas s'attendre à trouver dans la "gnose" ou "proto-gnose" de la correspondance corinthienne (que ce soit du côté de l'auteur ou des destinataires) un système aussi élaboré que dans certains gnosticismes du IIe ou du IIIe siècle. Cela posé, les similitudes n'en ressortent que mieux: le sauveur est étranger à ce monde, il ne s'y introduit qu'en trompant les maîtres de ce monde, qui ne l'ont jamais connu et n'ont donc pas pu le reconnaître; il sauve par la communication d'une connaissance spirituelle, d'au-delà du monde, accessible aux seuls spirituels.

Ce langage chez Paul frappe d'autant plus qu'il y est inhabituel, en tout cas à ce niveau de densité et de cohérence. Ce n'est pas de sa part une simple élucubration personnelle de circonstance, pas non plus la construction patiente d'une "théologie" originale (qui, comme on l'a dit, va prendre dans l'épître aux Romains une direction sensiblement différente). Il endosse en quelque sorte un "prêt-à-penser" ou un "prêt-à-parler" qui lui préexiste parce qu'il est précisément celui d'une partie au moins de ses interlocuteurs -- on pourrait dire, en détournant à peine sa formule un peu plus loin, qu'il se fait gnostique aux gnostiques (Grec aux Grecs, dans le cas précis de cette épître à l'ekklèsia de Corinthe, vise en particulier cette forme de "sagesse").

Cela suppose, bien sûr, que Paul n'ait aucune objection de principe à ce type de pensée, même s'il va ensuite tenter de l'infléchir de nombreuses manières (p. ex. en subordonnant la connaissance à la foi et surtout à l'amour, chap. 8 et 13, ou en élaborant une conception positive du corps, à la fois "individuel" et "collectif", chap. 6, 10, 12, 15). Et que d'autre part ce type de pensée contribue de façon significative à la construction de sa "propre" théologie (on voit p. ex. comment l'idée de la dualité de l'homme [Adam] originel, "pneumatique" et "psychique", en 15,44ss, sera reprise et modifiée en Romains 5).

---

J'ai signalé comme un autre moment de rapprochement entre la pensée (deutéro-)paulinienne et la pensée gnostique l'épître aux Colossiens. Là encore, il faut relire:
Citation :
Il est l'image (eikôn, d'où "icône") du Dieu invisible (aoratos),
le premier-né (prototokos) de toute création (ktisis);
car c'est en lui que tout a été créé
dans les cieux et sur la terre,
le visible et l'invisible,
trônes, seigneuries,
principats, autorités;
tout a été créé par lui et pour lui;
lui, il est avant tout,
et c'est en lui que tout se tient;
lui, il est la tête du corps -- qui est l'Eglise.
Il est le commencement,
le premier-né d'entre les morts,
afin d'être en tout le premier.
Car il a plu à Dieu de faire habiter en lui toute plénitude (plèrôma)
et, par lui, de tout réconcilier avec lui-même,
aussi bien ce qui est sur la terre que ce qui est dans les cieux,
en faisant la paix par lui,
par le sang de sa croix.
(1,15ss)
Prenez garde que personne ne fasse de vous sa proie au moyen d'une philosophie trompeuse et vide, selon la tradition des humains, selon les éléments du monde (stoikheia tou kosmou), et non pas selon le Christ. Car c'est en lui qu'habite corporellement (sômatikôs) toute la plénitude (plèrôma) de la divinité (théotès), et vous êtes comblés en lui, qui est la tête de tout principat et de toute autorité. En lui vous avez aussi été circoncis d'une circoncision qui n'est pas faite par des mains humaines: par le dépouillement du corps de la chair, par la circoncision du Christ. Ensevelis avec lui par le baptême, vous vous êtes aussi réveillés ensemble en lui, par la foi de l'action de Dieu qui l'a réveillé d'entre les morts. Vous qui étiez morts du fait de vos fautes et par l'incirconcision de votre chair, il vous a rendus vivants avec lui, en nous faisant grâce pour toutes nos fautes; il a effacé l'acte rédigé contre nous en vertu des prescriptions légales, acte qui nous était contraire; il l'a enlevé en le clouant à la croix; il a dépouillé les principats et les autorités, et il les a publiquement livrés en spectacle, en les entraînant dans son triomphe.
Dès lors, que personne ne vous juge à propos de ce que vous mangez ou buvez, pour une question de fête, de nouvelle lune ou de sabbat: tout cela n'est qu'une ombre de ce qui est à venir, mais la réalité, c'est le corps du Christ. Ne vous laissez pas frustrer par les gens qui se complaisent dans "l'humilité" et le "culte des anges" au gré de leurs visions; ils sont gonflés de vanité par la pensée de leur chair, et ils ne s'attachent pas à la tête par laquelle tout le corps, bien uni grâce aux jointures et aux articulations qui le desservent, grandit d'une croissance qui vient de Dieu.
Si vous êtes morts avec le Christ aux éléments du monde, pourquoi, comme si vous viviez dans le monde, vous replacez-vous sous des prescriptions légales: "Ne prends pas, ne goûte pas, ne touche pas..."  toutes choses destinées à périr par l'usage qu'on en fait! Il s'agit de commandements et d'enseignements humains qui ont, il est vrai, une apparence de sagesse -- culte volontaire, humilité et rigueur pour le corps -- mais qui n'ont en fait aucune valeur et ne contribuent qu'à la satisfaction de la chair.
Si donc vous vous êtes réveillés avec le Christ, cherchez les choses d'en haut, où le Christ est assis à la droite de Dieu. Pensez à ce qui est en haut, et non pas à ce qui est sur la terre. Car vous êtes morts, et votre vie est cachée avec le Christ en Dieu. Quand le Christ, votre vie, se manifestera, alors vous aussi vous vous manifesterez avec lui, dans la gloire. Faites donc mourir ce qui n'est que terrestre: l'inconduite sexuelle, l'impureté, les passions, les mauvais désirs et l'avidité, qui est idolâtrie. C'est pour cela que la colère de Dieu vient sur les rebelles. C'est à cela que vous vous adonniez autrefois, lorsque vous viviez ainsi. Mais maintenant, vous aussi, rejetez tout cela: colère, animosité, malfaisance, calomnie, paroles choquantes sortant de votre bouche. Ne vous mentez pas les uns aux autres: vous vous êtes dépouillés de l'homme ancien, avec ses agissements, et vous avez revêtu le nouveau, qui se renouvelle en vue de la connaissance, selon l'image de celui qui l'a créé. Il n'y a là ni Grec ni Juif, ni circoncis ni incirconcis, ni barbare ni Scythe, ni esclave ni homme libre; mais le Christ est tout et en tous.
(2,6--3,11)

Ici aussi, les points communs avec la pensée gnostique sont remarquables; en particulier la notion de "plérôme" (plénitude, cf. le Prologue de Jean) comme totalisation de la divinité et principe de résolution d'un "désordre" (ou "mésordre") cosmique conçu sur un mode généalogique et hiérarchique (trônes, seigneuries, etc., arrachés à leur autonomie, retournés et soumis dans l'image du "triomphe" romain, cf. déjà 2 Corinthiens). Une position clairement antinomienne (anti-loi) et antirituelle (dans le Christ c'est la loi même des puissances adverses qui est crucifiée et annulée; la "philosophie" et le "culte" répudiés consistent en observances rituelles et "charnelles", qui relèvent à ce titre des "principes élémentaires" du "monde" et non du Christ-plérôme). Une figure duelle de "l'homme" (ancien = soumis aux éléments du monde / nouveau = Christ image de Dieu). Et une eschatologie presque complètement réalisée: la "résurrection" a déjà eu lieu (contra 2 Timothée !), elle est spirituelle, elle n'est plus susceptible que d'une "manifestation" (épiphanie) externe qui n'ajoute rien à sa réalité spirituelle présente.

Mais les différences le sont tout autant: le Christ image de Dieu (comme l'Adam originel) pré(-)cède et englobe la création, qui est toute impliquée (pas seulement l'"esprit" à l'exclusion de la "matière") dans la réconciliation universelle (en "l'homme nouveau", c'est une création qui se renouvelle, cf. 2 Corinthiens 5 et Romains 8 ). De ce point de vue, il y a autant de "stoïcisme" que de "gnose" (c.-à-d. l'opposé diamétral, quant à la vision du "monde") dans cette théologie: le principe "catastrophique" de la gnose, selon lequel le monde résulte d'une chute, est contrebalancé par une rédemption qui le ramène à l'ordre du logos (selon le principe stoïcien qui est, lui, exempt de catastrophe).

---

Dans un tout autre style (moins "myst[ér]ique", plus rhétorique), les convergences "gnostiques" de l'épître aux Galates (dont la théologie est grosso modo la même que celle de l'épître aux Romains, mais exprimée de façon plus polémique, plus agressive et aussi plus brouillonne) sont plus subtiles, mais non moins intéressantes. P. ex. (3,19--4,6):
Citation :
Alors pourquoi la loi? Elle a été ajoutée à cause des transgressions, jusqu'à ce que vienne la descendance (sperma, aussi "semence") à qui la promesse (à Abraham) avait été faite; elle a été promulguée par l'intermédiaire d'anges et au moyen d'un médiateur. Or ce médiateur n'est pas médiateur d'un seul, tandis que Dieu est un. La loi est-elle donc contre les promesses de Dieu? Jamais de la vie! Si une loi avait été donnée qui puisse faire vivre, la justice viendrait réellement de la loi. Mais l'Ecriture a tout enfermé sous le péché, pour que la promesse soit donnée, en vertu de la foi de Jésus-Christ, à ceux qui croient. Avant que la foi vienne, nous étions gardés sous la loi, enfermés, en vue de la foi qui allait être révélée. Ainsi la loi a été notre surveillant (pédagogue) jusqu'au Christ, pour que nous soyons justifiés en vertu de la foi. La foi étant venue, nous ne sommes plus soumis à un surveillant.
Car vous êtes tous, par la foi, fils de Dieu en Jésus-Christ. En effet, vous tous qui avez reçu le baptême du Christ, vous avez revêtu le Christ.
Il n'y a plus ni Juif ni Grec, il n'y a plus ni esclave ni homme libre, il n'y a plus ni homme ni femme (litt. ni mâle ni femelle), car vous tous, vous êtes un en Jésus-Christ. Et si vous appartenez au Christ, alors vous êtes la descendance d'Abraham, héritiers selon la promesse.
Or je le dis: aussi longtemps que l'héritier est tout petit, il ne diffère en rien d'un esclave, alors qu'il est le maître de tout; il est soumis à des tuteurs et à des intendants jusqu'au temps marqué par le père. Nous aussi, lorsque nous étions des tout-petits, nous étions esclaves des éléments du monde (stoikheia tou kosmou); mais lorsque les temps furent accomplis (litt. quand est venue la plénitude du temps, plèrôma tou khronou), Dieu a envoyé son Fils, né (litt. devenu) d'une femme et sous la loi, afin de racheter ceux qui étaient sous la loi, pour que nous recevions l'adoption filiale. Et parce que vous êtes des fils, Dieu a envoyé dans notre cœur l'Esprit de son Fils, qui crie: "Abba! Père!" Ainsi tu n'es plus esclave, mais fils; et si tu es fils, tu es aussi héritier, du fait de Dieu.

On remarque, comme je l'ai suggéré plus haut, que la "loi" est séparée de "Dieu" par une double médiation: celle des "anges" (cf. Actes 7,38.53; Hébreux 2,2) et du "médiateur" (Moïse), qui ici (contrairement à l'épître aux Hébreux) ne "préfigure" en aucune manière Jésus, puisque la "promesse" (epaggelia), comme le "testament" (diathèkè) ou l'"évangile" (euaggelion), est unilatérale, elle est l'engagement d'un seul. L'"ancienne alliance" est une "économie" ou un "arrangement" tout entier placé sous le statut méprisé de l'esclavage (les anges, Moïse, ne sont que des "serviteurs", la loi elle-même n'est qu'un "pédagogue", c.-à-d. un esclave inférieur en droit à l'enfant qui lui est confié), radicalement opposé à tout ce qui relève de la relation Père-Fils, généalogique, ontologique, foncièrement libre (on n'en est pas encore à un "Dieu" distinct pour la Loi, mais par rapport à l'épître aux Romains, on s'en rapproche). Et, élément peut-être encore plus caractéristique, les fils sont déjà fils et "maîtres de tout", sans le savoir, sans connaître encore leur dignité de fils, alors même qu'ils sont soumis aux "esclaves". Cf. encore le développement sur le fils de l'esclave opposé à celui de la femme libre en 4,21ss. On notera aussi le dépassement de la "différence sexuelle" cher aux gnostiques.

Mais ce texte, qui est peut-être de tous ceux du corpus paulinien le plus proche (de ce que nous savons) du "marcionisme", en plus "gnostique" peut-être, se distingue comme celui-ci de la gnose: c'est toujours la foi et non la connaissance qui "sauve".
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