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 Les vrais et faux prophètes

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MessageSujet: Les vrais et faux prophètes   Ven 02 Sep 2016, 16:02

La BIble fait une belle part aux prophètes et en même temps elle cultive une grande méfiance vis-à-vis des prophètes, souvent soupçonnés d'être des "faux" prophètes :

" Gardez-vous des faux prophètes, qui viennent à vous vêtus en brebis, mais qui au-dedans sont des loups rapaces " Mt 7,15

Cette méfiance est renforcée par le fait que les prophètes échappent à l'autorité de toute institution et par l’incapacité des rois à discerner la valeure d'une prophétie.

Comment reconnaître le vrai prophète et démasquer le faux ?

La Bible nous offre un large éventail de critères permettant de reconnaitre le vrais du faux prophète. En 1 Rois 22, 5,8 nous propose un exemple interessant :

"Puis Josaphat dit au roi d'Israël : Consulte d'abord, je te prie, la parole du SEIGNEUR. 6Le roi d'Israël rassembla les prophètes, au nombre d'environ quatre cents, et leur dit : Dois-je aller faire la guerre à Ramoth de Galaad, ou bien m'en abstenir ? Ils répondirent : Vas-y ! Le Seigneur la livrera au roi ! Mais Josaphat dit : N'y a-t-il plus ici aucun prophète du SEIGNEUR, par qui nous puissions consulter ? Le roi d'Israël répondit à Josaphat : Il n'y a plus qu'un seul homme par qui l'on pourrait consulter le SEIGNEUR ; mais moi, je le déteste, car il n'annonce sur moi rien de bon, seulement du mal : c'est Michée, fils de Yimla. Josaphat dit : Que le roi ne parle pas ainsi !"

Le roi d'Israël semble classer dans la catégorie des "vrais" prophètes, parce que celui-ci parle avec franchise et ne dit pas ce que le roi a envie d'entendre. Ainsi selon ce récit un "vrai" prophète est quelqu'un de dérangeant et un fauteur de troubles. Les prophètes auto-proclamés modernes qui sont persécutés, voitent dans cette situation la preuve que leur mandat vient de Dieu.
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Narkissos



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MessageSujet: Re: Les vrais et faux prophètes   Ven 02 Sep 2016, 21:02

La notion de "faux prophète" est en partie connexe et comparable à celle de "faux dieu", dont nous parlions tout récemment: ce que nous entendons spontanément par cette expression   (un charlatan, un imposteur, quelqu'un qui se fait passer abusivement pour l'oracle d'une divinité dont il ne reçoit et ne communique en fait aucun "message" authentique) est bien plus rare dans les textes (surtout de l'AT) que dans la lecture (monothéiste ou post-monothéiste) que nous en faisons (certains textes cependant s'en rapprochent, ainsi Jérémie 14,14s; 23,32; 29,9): puisque nous ne croyons pas aux dieux, nous ne pouvons pas croire qu'ils aient (vraiment) des prophètes -- nous avons déjà du mal à croire que (le vrai) "Dieu" en ait. Pourtant, le chapitre 13 du Deutéronome, par exemple, ne dit pas que le prophète qui parle au nom d'autres dieux que Yahvé n'est pas ce qu'il prétend être, un authentique prophète d'autres dieux, ni que ses dieux n'existent pas.

Le cas de 1 Rois 22 est différent, puisque les prophètes du récit parlent tous au nom de Yahvé (malgré quelques efforts insuffisants des derniers rédacteurs ou de certains copistes pour masquer ce fait embarrassant, cf. l'hésitation de la tradition textuelle sur "'adonaï" ou "Yahvé" au v. 6): la suite (v. 19ss) indique, sur le mode d'une révélation supplémentaire accordée à un seul d'entre eux (Michée), que c'est Yahvé lui-même qui a égaré les autres en leur envoyant un esprit trompeur (ce qui suppose que les prophètes, eux, sont authentiques: ils ont bien dit ce que Yahvé leur "inspirait", mais c'est justement ça qui était "faux").

Ce chapitre dont l'ironie cinglante n'échappe à personne (le meilleur effet comique étant peut-être aux v. 15s: le roi -- a priori d'Israël, Achab; Josaphat est roi de Juda -- ne peut pas croire Michée lorsque celui-ci fait, pour une fois, ce qu'on attend de lui et parle comme les autres) suggère effectivement une présomption d'authenticité supplémentaire pour le prophète "de malheur", celui dont le message, avant même qu'il se réalise (ou non), ne fait pas plaisir à ses destinataires, surtout s'il s'agit de puissants (comme quoi la croyance "naïve" à l'inspiration des prophètes ne nuit guère à la justesse de l'analyse psychologique et sociale).

Les critères d'authenticité de la prophétie dans l'AT sont toutefois plus compliqués ou plus contradictoires qu'il n'y paraît à première vue: à ne lire que Deutéronome 18,22, on pourrait déduire que le prophète dont la prophétie ne s'accomplit pas est ipso facto un "faux prophète" (cette lecture "absolue" du Deutéronome peut expliquer en partie la colère de Jonas, furieux que Yahvé ne réalise pas la prophétie pourtant inconditionnelle qu'il lui a fait proférer: il ne passerait pas seulement pour un guignol, mais pour un "faux prophète", ce qui est plus grave -- outre l'intérêt "nationaliste" qu'il pourrait trouver à voir Ninive détruite: le Jonas de 2 Rois 14,25 est précisément un prophète "nationaliste", que le récit du livre de Jonas prend systématiquement à contrepied). Mais quand on lit Jérémie 18, on a un tout autre son de cloche: Yahvé peut changer d'avis si les destinataires d'une "prophétie de malheur" changent de conduite (et réciproquement). La prophétie de malheur, en l'occurrence, ne s'accomplira pas, et la qualité du prophète n'est pas remise en cause, au contraire: c'est parce qu'il a bien rempli sa mission et convaincu ses destinataires que sa prophétie s'annule (ce que Jonas avoue précisément avoir redouté dès le début, 4,2).

Le préjugé favorable à ceux qui osent dire des "choses qui fâchent" ne se limite évidemment pas aux "prophètes" ni à la sphère religieuse, il s'étale encore tous les jours dans les médias -- p. ex. à propos des "lanceurs d'alerte" ou whistleblowers, présumés "mal vus" par les pouvoirs en place (politiques, économiques, etc.) qui les qualifient d'"alarmistes" et "bien vus" par le public qui conclut, un peu trop vite parfois, de leur "courage" à leur véracité (le conspirationnisme se nourrit avidement de ce type de préjugé: qui parle contre "les puissants", "l'établissement" ou le "système", même depuis l'anonymat -- relatif -- de son ordinateur, ne peut pas avoir tout à fait tort). On en reste néanmoins de part et d'autre au préjugé -- favorable ou défavorable, conformiste ou anticonformiste: seuls les faits avérés donnent, en fin de compte, "raison" ou "tort" (ce que dit déjà fort bien Michée, v. 28).
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MessageSujet: Re: Les vrais et faux prophètes   Lun 05 Sep 2016, 16:13

Citation :
La notion de "faux prophète" est en partie connexe et comparable à celle de "faux dieu", dont nous parlions tout récemment: ce que nous entendons spontanément par cette expres​sion(un charlatan, un imposteur, quelqu'un qui se fait passer abusivement pour l'oracle d'une divinité dont il ne reçoit et ne communique en fait aucun "message" authentique) est bien plus rare dans les textes (surtout de l'AT) que dans la lecture (monothéiste ou post-monothéiste) que nous en faisons (certains textes cependant s'en rapprochent, ainsi Jérémie 14,14s; 23,32; 29,9): puisque nous ne croyons pas aux dieux, nous ne pouvons pas croire qu'ils aient (vraiment) des prophètes -- nous avons déjà du mal à croire que (le vrai) "Dieu" en ait. Pourtant, le chapitre 13 du Deutéronome, par exemple, ne dit pas que le prophète qui parle au nom d'autres dieux que Yahvé n'est pas ce qu'il prétend être, un authentique prophète d'autres dieux, ni que ses dieux n'existent pas.

La moralité des faux prophètes semble être aussi un critère déterminant :

"Mais chez les prophètes de Jérusalem je vois des monstruosités : ils s’adonnent à l’adultère et ils vivent dans la fausseté, ils prêtent main forte aux malfaiteurs :
si bien que personne ne peut revenir de sa méchanceté. Tous sont devenus pour moi pareils aux gens de Sodome,
ses habitants ressemblent à ceux de Gomorrhe." Jér 23,14

Outre le fait que la moralité d'un prophète ne garantit sa fiablilté des ses prédictions, nous pouvons noter que certains prophètes qualifiés de "vrais" ont eu un comportement condamnable du point de vu de la morale de l'AT :

- Elisée provoque la mort de quarante-deux enfants qui se moquaient de lui (2 Rois 2;23-24)

-  Michée recourt au mensonge (1 Rois 22,15-16)

- Jérémie acceptera de mentir pour sauver sa vie (Jr 38,24-28)

- Osée qui épouse une prostituée (Os 1,2-3 ; 3,1)
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MessageSujet: Re: Les vrais et faux prophètes   Mer 07 Sep 2016, 11:42

Citation :
Outre le fait que la moralité d'un prophète ne garantit sa fiablilté des ses prédictions, nous pouvons noter que certains prophètes qualifiés de "vrais" ont eu un comportement condamnable du point de vu de la morale de l'AT :

Ce serait plutôt du point de vue de notre morale à nous, ou de l'idée que nous nous faisons d'une "morale chrétienne", plaquée artificiellement sur l'A.T...
Sur l'éternel anachronisme (oh le bel oxymore !) de la morale, revoir ceci.
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MessageSujet: Re: Les vrais et faux prophètes   Mer 07 Sep 2016, 17:47

L'époque, le contexte politique et la résonnance d'un évènement annoncé font classer un prophètes soit dans la catégorie "vrai prophète" ou "faux prophète".

Par exempl en Jér 28, 12 ss,  le prophète Hanania va annoncer le salut de Juda en ces termes :

"Après que le prophète Hanania eut brisé la barre qui était sur le cou du prophète Jérémie, la parole du SEIGNEUR parvint à Jérémie : Va, tu diras à Hanania : Ainsi parle le SEIGNEUR : Tu peux briser des barres de bois, tu les remplaceras par des barres de fer. Car ainsi parle le SEIGNEUR (YHWH) des Armées, le Dieu d'Israël : J'ai mis un joug de fer sur le cou de toutes ces nations, pour qu'elles se soumettent à Nabuchodonosor, roi de Babylone, et elles se soumettront à lui"

Le prophète Hanania sera désavoué par Jérémie.

Lorsque Jérémie annoncera le même évènement (30,8-9) dans les mêmes termes, sa parole sera celle d’un vrai prophète :

"En ce jour-là — déclaration du SEIGNEUR (YHWH) des Armées — je briserai le joug qu'il fait peser sur ton cou, j'arracherai tes liens, et des étrangers ne t'asserviront plus. Ils serviront le SEIGNEUR, leur Dieu, et David, leur roi, que je leur susciterai."

 Comme Ananie, Jérémie a proclamé que Dieu briserait le joug sur Juda, l'un l'a fait au mauvais moment et Dieu l'a désavoué et l'autre a fait cette prédiction en temps opportun.
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MessageSujet: Re: Les vrais et faux prophètes   Jeu 08 Sep 2016, 15:03

Un des traits intéressants de ce chapitre (je trouve), c'est qu'il illustre bien la diversité des lectures de la "parole prophétique" (qui joint souvent le geste "symbolique" à la parole): c'est tantôt une sorte de parole magique, efficace ou (ultra-)performative, qui littéralement FAIT ce qu'elle dit (cf. l'exemple classique de l'interprétation des rêves par Joseph: c'est ce dernier qui, par ce type de parole -- herméneutique en l'occurrence -- "sauve" l'un et "perd" l'autre), tantôt une parole de "connaissance" sur des événements futurs pour ainsi dire écrits d'avance, à quoi elle ne change rien -- et, plus souvent encore, une parole d'interprétation de la réalité passée ou présente sans aucune prédiction précise de l'avenir, hormis des menaces et des promesses très générales.

La confrontation de Jérémie et d'Hanania, d'un côté, ressemble à un combat de magiciens façon Merlin l'enchanteur ou Harry Potter. En brisant le joug (matériel, symbolique) que Jérémie porte pour annoncer la soumission à Babylone comme une perspective inéluctable et la faire accepter comme un choix volontaire (ce qui est déjà une manière d'en changer le sens), Hanania annule sa prophétie, mais Jérémie réplique en réinterprétant le geste de son adversaire: un joug de bois a été brisé pour être remplacé par un joug de fer. Tout se passe comme si l'avenir politique et militaire se jouait effectivement dans cette joute de prophètes (tous deux présumés authentiques).

D'un autre côté et dans le même texte, il y a une lecture beaucoup plus "rationnelle" du rapport de la "prophétie" aux "événements", qui fait intervenir la notion de "faux prophète" au sens où nous l'entendons couramment (v. 15s): la parole d'Hanania est de toute façon sans pouvoir parce que Yahvé ne l'a pas envoyé.

On note aussi une très belle expression de la présomption d'authenticité de la prophétie "de malheur" (dont on parlait plus haut), aux v. 8s. La "charge de la preuve" (par la réalisation) incombe en priorité à celui qui annonce le bonheur (conformément au souhait de celui qui l'interroge); celui qui annonce le malheur est présumé véridique, non seulement par considération psychologique (il n'a aucun intérêt immédiat à déplaire à ses interlocuteurs), mais aussi d'un point de vue historique ou traditionnel (l'histoire étant ce qu'elle est, les prophètes qui ont laissé un souvenir parce qu'ils ont été justifiés par les événements sont presque tous des prophètes de malheur).
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MessageSujet: Re: Les vrais et faux prophètes   Ven 09 Sep 2016, 17:12

La fidélité à l’alliance et à la Torah caractérise les prophètes que l'on considère comme "vrais". Pourtant les prophètes critiquent avec virulence le Temple (Jér 7,1-15), c'est vrai que ces critiques visent à dénoncer des dérives mais on y sent quand même une volonté de disqualifier l'institution concernée.
Par moment le "vrai" prophète est un exemple de respect de la tradition et à d'autre moment, il est contre l'order établi et un vrai révolutionnaire.
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MessageSujet: Re: Les vrais et faux prophètes   Ven 09 Sep 2016, 17:53

Il faut aussi tenir compte du fait que les textes changent de sens au fil de leurs lectures (que celles-ci s'accompagnent ou non de réécritures): une critique prophétique d'un temple, de ses prêtres ou de ses sacrifices peut signifier tout autre chose selon que le temple en question est ici ou là (à Jérusalem ou à Béthel, par exemple), présent ou détruit, avec ou sans perspective de restauration, et ainsi de suite.

Le côté "contestataire" du prophétisme (il y a aussi des prophètes de cour et des prophètes attachés à des temples) vient précisément du fait qu'il se revendique de la même divinité que celle du roi ou du prêtre; il y a un "antagonisme fonctionnel" entre l'inspiration instantanée et spectaculaire du prophétisme et les canaux "ordinaires" de la religion établie: ils sont souvent perçus comme complémentaires, mais ça ne les empêche pas, à l'occasion, d'entrer en conflit.
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MessageSujet: Re: Les vrais et faux prophètes   Mar 13 Sep 2016, 15:27

Les critères d'identifications qui distinguent les "vrais" des "faux" prophètes paraissent subjectifs.

Le critère suivant est un exemple caractéristiques : le vrai prophète vient de Dieu tandis que le faux prophète parle de son propre chef.
Tous les prophètes revendiquent le fait d'être des messagers de Dieu.

Autre exemple, le vrai prophète transmet fidèlement le message divin, même si ce sont des paroles de jugement difficiles à accepter, tandis que le faux prophète, désire plaire. Le contexte politique et la position du prophète influence grandement la nature du message.

Les courants religieux ont tendance à voir les "faux" prophètes chez les autres.
Le NT exprime de nombreuses mises en garde vis-à-vis les "faux" prophètes ((Mt 24.24,Lc 6.26, 2 P 2.1, 3)
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MessageSujet: Re: Les vrais et faux prophètes   Jeu 13 Oct 2016, 15:07

Je repense, avec un peu de retard, aux critères pittoresques de la Didachè (xi) concernant les prophètes (chrétiens) itinérants (les prophètes sédentaires, intégrés de façon permanente à une communauté locale, sont un peu mieux lotis, cf. xiii):

Citation :
Si donc quelqu'un vient et vous enseigne tout ce qui vient d'être dit, recevez-le. Seulement, si ce docteur se dévoie et vous donne un autre enseignement de manière à renverser (celui que vous avez reçu), ne l'écoutez pas; d'autre part, s'il enseigne de manière à confirmer la justice et la connaissance du Seigneur, recevez-le comme le Seigneur.
Quant aux apôtres et aux prophètes, agissez ainsi, selon le précepte de l'Evangile. Que tout apôtre venant à vous soit reçu comme le Seigneur. Mais il ne restera qu'un jour, deux s'il est besoin; s'il reste trois jours, c'est un faux prophète. En partant, que l'apôtre ne prenne rien, sinon le pain suffisant pour atteindre l'endroit où il passera la nuit; s'il demande de l'argent, c'est un faux prophète.
Tout prophète qui parle en esprit, ne le mettez pas à l'épreuve et ne le jugez pas, car tout péché sera remis, mais ce péché-là ne sera pas remis.
Cependant tout homme qui parle en esprit n'est pas prophète, à moins qu'il n'ait les manières d'être du Seigneur. C'est donc à leur conduite qu'on reconnaîtra le faux prophète et le vrai.
Et aucun prophète qui dit en esprit de dresser la table n'en doit manger; s'il en mange, c'est un faux prophète. Tout prophète qui enseigne la vérité, s'il ne fait pas ce qu'il enseigne, est un faux prophète.
Tout prophète éprouvé, véridique, agissant en vue du mystère terrestre de l'Eglise, mais n'enseignant pas aux autres à faire tout ce qu'il fait lui-même ne sera pas jugé parmi vous, car c'est à Dieu qu'il appartient de le juger; les anciens prophètes ont également fait des choses semblables.
Mais si quelqu'un vous dit, parlant en esprit : Donne-moi de l'argent ou autre chose, ne l'écoutez pas. Cependant, si c'est pour d'autres personnes qui sont dans l'indigence qu'il a dit de donner, que personne ne le juge.


On y voit une communauté tenter de se défendre contre les "abus" du prophétisme, qui tendrait à jouer de la peur (exacerbée en milieu chrétien par la hantise du "blasphème contre l'esprit" -- esprit dont se réclament précisément les prophètes) pour servir ses propres intérêts (très "matériels" en l'occurrence). Les arguments rappellent d'une part ceux du Deutéronome (notamment le critère doctrinal: celui qui prophétise contre l'enseignement ordinaire, il ne faut pas le craindre), d'autre part le portrait à charge (ou la caricature) des (faux) prophètes comme bassement intéressés, dans certains textes... prophétiques (exemplairement Michée 3). Il y a aussi là, bien sûr, un écho des appels du NT (en particulier 1 Corinthiens) au discernement comme contrepoids ou garde-fou à la parole prophétique. On s'achemine tout doucement vers une abolition de fait, sinon de droit, de la prophétie (solution déjà envisagée en Zacharie 13), mais le prophétisme pour autant n'en finira pas de resurgir (cf. la crise "montaniste" dans la seconde partie du IIe siècle).
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MessageSujet: Re: Les vrais et faux prophètes   Sam 15 Oct 2016, 18:14

Je ne connaissais pas ce texte, merci de l'avoir partagé. C'est drôle de lire ces consignes, elles me font penser à ce que l'on trouve au sein de certains mouvements chrétiens de nos jours.
La même condamnation des faux prophètes, mais pour d'autres raisons bien sûr. Ne parlent pas de Dieu du vrai Dieu dont le nom est...
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Narkissos



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MessageSujet: Re: Les vrais et faux prophètes   Dim 16 Oct 2016, 02:06

Il nous est difficile d'imaginer l'émoi que des prophètes, apôtres, prédicateurs itinérants pouvaient susciter sur leur passage dans un monde où l'écrit était rare et les communications à distance relativement lentes: avec un peu de "charisme" ou de bagout, s'ils maîtrisaient les codes de leur auditoire, ils pouvaient en quelques jours gagner, troubler ou ruiner toute une communauté -- comme en témoignent, en bonne part évidemment, les évangiles et les Actes. Du coup, il est intéressant de voir, de l'autre côté de la lorgnette, comment des communautés sédentaires tentent de neutraliser les influences dangereuses. Ainsi, renvoyer l'itinérant à son itinérance est une idée particulièrement astucieuse: le prophète qui s'incruste se disqualifie de lui-même.

Le prophète itinérant a le prestige du forain de passage dans un village, avec tout le poids du "sacré" en plus. Son arrivée seule est un événement qui rompt la monotonie de l'ordinaire. S'il s'y ajoute quelque nouveauté dans le "fond" ou la "forme" de son discours, et un peu de "miracle" pour faire bonne mesure, ce sont les autorités permanentes qui se sentent directement menacées.

Celui qui parle au nom de Yahvé, de Jésus ou du Saint-Esprit exige par là même une adhésion et une obéissance immédiates et absolues. On ne peut prendre la moindre distance avec ses propos sans le décrédibiliser radicalement, ou se décrédibiliser soi-même.  Dans la réaction négative des rois, des princes ou des prêtres d'Israël ou de Juda aux prophètes, des responsables des synagogues ou du "sanhédrin" à "Jésus" ou aux "apôtres", ou des "évêques" chrétiens aux "hérétiques" potentiels (cf. les Pastorales, ou, de l'autre point de vue, 3 Jean), il y a une similitude d'attitude et de situation évidente, malgré les habitudes de lecture qui nous font tenir pour acquis que les uns ont "raison" et que les autres ont "tort".

Pour revenir à la Didachè, je disais que les prophètes installés à demeure dans la communauté sont beaucoup mieux traités: c'est logique, car dans cette situation ils en acceptent nécessairement les règles et les autorités. Voici la suite du texte (xii-xiii):

Citation :
Que quiconque vient au nom du Seigneur soit reçu. Puis, après l'avoir mis à l'épreuve, vous le connaîtrez, car vous aurez l'intelligence de la droite et de la gauche. Si l'arrivant est de passage, aidez-le autant que vous pouvez; mais il ne restera chez vous que deux ou trois jours, s'il y a nécessité. S'il veut, ayant un métier, se fixer parmi vous, qu'il travaille et qu'il mange; s'il n'a pas de métier, veillez selon votre intelligence à ce qu'un chrétien ne vive pas parmi vous sans rien faire. Mais, s'il ne veut pas agir ainsi, c'est un trafiquant du Christ; tenez-vous en garde contre de tels gens.
Tout prophète véridique qui veut se fixer parmi vous est digne de sa nourriture. De même un docteur véridique est digne, lui aussi, comme l'ouvrier, de sa nourriture. Tu prendras donc toutes les prémices de ton pressoir et de ton aire, de tes boeufs et de tes brebis pour les donner aux prophètes, car ce sont eux qui sont vos grands prêtres. Mais, si vous n'avez pas de prophète, donnez-les aux pauvres. Si tu fais un pain, prends-en les prémices et donne-les selon le commandement. De même, si tu ouvres une amphore de vin ou d'huile, prends-en les prémices et donne-les aux prophètes; de l'argent aussi et du vêtement et de tous les biens (que tu possèdes) prends les prémices comme bon te semblera et donne-les selon le commandement.
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MessageSujet: Re: Les vrais et faux prophètes   Lun 17 Oct 2016, 10:57

Narkissos a écrit:
Il nous est difficile d'imaginer l'émoi que des prophètes, apôtres, prédicateurs itinérants pouvaient susciter sur leur passage dans un monde où l'écrit était rare et les communications à distance relativement lentes: avec un peu de "charisme" ou de bagout, s'ils maîtrisaient les codes de leur auditoire, ils pouvaient en quelques jours gagner, troubler ou ruiner toute une communauté -- comme en témoignent, en bonne part évidemment, les évangiles et les Actes. Du coup, il est intéressant de voir, de l'autre côté de la lorgnette, comment des communautés sédentaires tentent de neutraliser les influences dangereuses. Ainsi, renvoyer l'itinérant à son itinérance est une idée particulièrement astucieuse: le prophète qui s'incruste se disqualifie de lui-même.

Ce que tu décris peut très bien se rapporter à l'Amérique rurale, il n'est pas difficile d'imaginer Miller, Russell en train de présenter un message apocalyptique. Même dans les petites villes et parfois les plus grandes le message passait bien. Le terreau américain se prêtait à ce genre de prédication puisque la liberté de religion était garantie à tout un chacun.
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Narkissos



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MessageSujet: Re: Les vrais et faux prophètes   Lun 17 Oct 2016, 14:42

Plus généralement, le rapport de force entre le nouveau (même à l'échelle locale) et l'ancien s'exerce en fonction d'une certaine articulation (ou économie) de l'autre et du même: du prophétisme antique au sectarisme protestant (p. ex.), l'antagonisme d'interprétation (y compris au sens "artistique" du terme) se joue sur fond de tradition partagée. Parce que les nouveaux venus se réclament de la même divinité et/ou des mêmes textes, leur interprétation "originale" est menaçante; pour la même raison, il y a toujours moyen de la contrer ou de s'entendre avec elle.
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MessageSujet: Re: Les vrais et faux prophètes   Mar 18 Oct 2016, 10:16

L'Europe a mis plus de temps pour accepter les mouvements nés dans le courant du 19e et 20e. A Genève il y eu un réveil au début du 19e, certains jeunes pasteurs trouvaient que l'église protestante s'endormait sur ses lauriers. Très vite les autorités ecclésiastiques ont menacé ces pasteurs de leur supprimer leur droit de diriger les cultes.
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Danielroland



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MessageSujet: Re: Les vrais et faux prophètes   Ven 28 Oct 2016, 15:33

Concluant  en peu de paroles, que les faux prophètes usurpent en vain et à fausses identités le nom et le titre d'enfants de Dieu, et qui ne se montrent pas tels par une bonne et sainte vie, vu que c'est la marque qui fait la différence entre les enfants de Dieu et ceux du diable. Bien sur il ne faut pas entendre pas là qu'ils soient tellement manifestés, que tout le monde puisse les connaître manifestement et au premier coup d'œil, comme on dit, mais seulement que le fruit et l'effet de l'adoption divine se montrent toujours dans la vie.
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MessageSujet: Re: Les vrais et faux prophètes   Ven 28 Oct 2016, 16:19

Cette "conclusion" me fait remarquer, par contraste, que les attaques "morales" contre les (faux) prophètes sont relativement rares dans l'AT -- ils sont plutôt, comme on l'a vu plus haut, discrédités en fonction du contenu de leur message (appel à l'idolâtrie ou à l'apostasie, prédictions non réalisées, conformité suspecte de l'oracle aux attentes du demandeur, surtout si celui-ci est puissant). La seule accusation ou insinuation "morale" (sauf oubli de ma part) a trait à leur fonction, quand on leur reproche de l'exercer de façon "intéressée".

Dans le NT, c'est surtout l'image de "l'arbre et ses fruits", rattachée aux "faux prophètes" dans Matthieu 7 (pas dans Luc 6), qui prête, dans sa lecture courante, à interprétation "morale" (si ce n'est de l'ordre de la "vie privée"); mais le texte, lui, ne dit pas ce que sont les "fruits", bons ou mauvais. Du reste, l'image elle-même est prise dans des usages contradictoires: d'un côté les "fruits" sont censés montrer infailliblement ce que vaut l'arbre, de l'autre on s'étonne de la non-correspondance entre les deux (Matthieu 12,33ss//, où les "fruits" sont des "paroles" et non des "actes")...
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MessageSujet: Re: Les vrais et faux prophètes   Ven 28 Oct 2016, 17:02

Dans la premièe épître aux corinthiens, parmi les dons de l'Esprit, il est question "de parler en prophète". A priori, il existait des prophètes dans cette Eglise ("Tous sont-ils prophètes" - 12,29), pourtant Paul ne laisse jamais planer le doute que certains de ces prophètes soient "faux", cette capacité de parler en prophète ne peut-être qu'un don de l'Esprit. Paul affirme concernant le don de prophétie : "Celui qui parle en prophète, au contraire, parle aux humains : il construit, il encourage, il réconforte." et "Je veux bien que vous parliez tous en langues, mais je préfère encore que vous parliez en prophètes. Celui qui parle en prophète est plus grand que celui qui parle en langues, à moins que ce dernier n'interprète, pour que cela contribue à la construction de l'Eglise."  (1 Cor 14,3 ss)

Les révélations de ces prophètes étaient néanmoins évaluées mais pas de sous-entendu de fausseté : "Quant aux prophètes, que deux ou trois parlent, et que les autres jugent "(14,29).

Paul ajoute une phrase enigmatique :

"Si quelqu'un se considère comme un prophète ou un être spirituel, qu'il reconnaisse dans ce que je vous écris un commandement du Seigneur. Et si quelqu'un ne le reconnaît pas, c'est qu'il n'est pas reconnu."


Dernière édition par free le Mer 02 Nov 2016, 11:33, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Les vrais et faux prophètes   Ven 28 Oct 2016, 23:00

Comme il a été montré au tout début de ce fil, la notion de "faux prophète" au sens d'imposteur où nous l'entendons spontanément est quasiment inexistante dans l'AT, et il n'est pas non plus certain que les pseudoprophètai du NT soient à considérer comme tels (la transcription du grec est trompeuse en français, ce sont plutôt des "prophètes de mensonge" ou "de fausseté", pseudos, que de "pseudo-prophètes": c'est ce qu'ils disent en telle ou telle circonstance qui est mis en cause, et non leur qualification personnelle ou professionnelle, si l'on peut s'exprimer ainsi). Cela vaut a fortiori pour les prophètes "chrétiens", qui bénéficient d'une présomption favorable pour autant qu'ils se réclament de Jésus-Christ (cf. 1 Corinthiens 12,3). Cela posé, il est d'autant plus remarquable que leurs "prophéties" soient soumises (par Paul) à un discernement (diakrisis, diakrinô etc.). Celui-ci n'entend pas juger de leur "qualité" personnelle (ni de prophète, ni de chrétien), mais bien de ce qu'ils disent au cas par cas, nulle prophétie ne devant être reçue sans examen. Avec ce "discernement" Paul introduit donc un principe "critique" (autre dérivé de krinô, krisis) et en quelque sorte "rationnel" de pondération des "charismes", mais il a l'habileté de le présenter comme un charisme "spirituel" à part entière, un "don de l'Esprit" au même titre que le parler en langues ou les prophéties.

Quant à la "phrase énigmatique" de 14,38 (litt. si quelqu'un ignore, qu'il soit ignoré), elle est à rapprocher des jeux similaires sur la voix, active et passive, des verbes de "connaissance" apparentés  (gi[g]nôskô, epigi[g]nôskô) en 8,2s et 13,12: notre connaissance actuelle est incertaine, ce qui compte c'est d'être (re-)connu par Dieu. Le prophète qui "ignore" (ou méconnaît, ne reconnaît pas, a-gi[g]nôskô) les instructions de l'apôtre, forcément "spirituelles" (v. 37), met par là même en question son rapport à l'Esprit et son appartenance à la communauté des (re-)connus-de-Dieu, et s'expose (double sens) à être à son tour "ignoré" par celle-ci. Argument d'autorité et raisonnement circulaire s'il en est, mais formule de dissuasion (voire d'intimidation) efficace.
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MessageSujet: Re: Les vrais et faux prophètes   Mer 02 Nov 2016, 13:16

Citation :
Comme il a été montré au tout début de ce fil, la notion de "faux prophète" au sens d'imposteur où nous l'entendons spontanément est quasiment inexistante dans l'AT, et il n'est pas non plus certain que les pseudoprophètai du NT soient à considérer comme tels (la transcription du grec est trompeuse en français, ce sont plutôt des "prophètes de mensonge" ou "de fausseté", pseudos, que de "pseudo-prophètes": c'est ce qu'ils disent en telle ou telle circonstance qui est mis en cause, et non leur qualification personnelle ou professionnelle, si l'on peut s'exprimer ainsi)

En Ac 16,16 le  prophétisme "païen" est assimilé à l’activité divinatoire :
 "Un jour que nous nous rendions au lieu de la prière, une jeune servante qui avait un esprit de divination est venue à notre rencontre – ses oracles procuraient de gros gains à ses maîtres."

Si l'activité prophétique est encouragé dans le NT ( il y a même des "spécialistes" - Ac 11.27; 13.1; 15.32; 21.10). , on y retrouve pas un grand nombre de prophéties :

- Les prédictions par Agabus (Ac 11.28) et (Ac 21.10-11). 

- Les vive voix encouragement de Judas et Silas sont assimilés à une prophétie (Ac 15.32)
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MessageSujet: Re: Les vrais et faux prophètes   Mer 02 Nov 2016, 15:33

Il n'est peut-être pas superflu de rappeler ici quelques éléments rabâchés dans les introductions à la Bible: d'abord, que la "prophétie" n'y a qu'un rapport marginal avec la prédiction (contrairement à l'usage courant du mot "prophétie" en français). La "notion biblique", si l'on peut dire, qui résulte de la traduction quasi automatique de la racine hébraïque nb' (d'où nabi') par la famille verbale de prophèteuô en grec, recouvre en fait des choses passablement différentes: un comportement extraordinaire et extatique ("transe") qui ne se "traduit" pas nécessairement par une parole intelligible, des "oracles" qui révèlent une vérité cachée mais ayant aussi bien trait au présent ou au passé qu'à l'avenir (on se souviendra que dans l'usage grec le prophètès est souvent distinct de l'oracle proprement dit: c'est celui qui interprète de façon intelligible le signe ou l'expression en soi inintelligible de celui-ci), enfin des textes qui sont eux-mêmes d'une grande diversité de "genre" et de "style" (poésie ou prose, révélation et occasionnellement prédiction, réelle ou simulée, et même narration d'allure "historique" -- dans la terminologie juive Samuel-Rois fait partie des "Prophètes", nebi'im, au même titre qu'Isaïe p. ex.; on ne les distingue que comme "premiers" ou "derniers" prophètes).

Cela étant rappelé, on notera que la "possédée" d'Actes 16 n'est pas désignée comme "prophétesse", mais comme "pythonisse" (exactement "ayant un esprit python", cf. le combat d'Apollon contre Python, et la Pythie de Delphes), et que son activité est décrite non comme prophèteuô mais comme manteuô (cf. "mantique" et tous les mots en "-mancie", chiromancie, nécromancie etc.). Le thème reste évidemment voisin de celui de la "prophétie" (ici encore, ce n'est pas une prédiction mais une révélation de l'identité et de la mission des apôtres, sur le modèle des "esprits impurs" qui dans les évangiles synoptiques révèlent l'identité et la mission de Jésus comme "Fils de Dieu"), mais il en est formellement distingué par un vocabulaire différent et ostensiblement "païen" (bien sûr "prophète" est tout aussi "païen" mais il est déjà acclimaté au judaïsme, et par voie de conséquence au christianisme, par l'usage antérieur de la Septante).

[On ne peut pas manquer de remarquer, au passage, ce qu'il y a d'habile et de retors dans ces textes à convoquer des "témoignages" (païens, démoniaques, etc.) qu'ils font en même temps mine d'exclure (Jésus rabroue les esprits impurs, Paul réduit la pythonisse au silence). La "preuve" formellement écartée, comme si elle ne devait pas compter, n'en paraît que plus probante: elle compte en fait davantage. Cette apologétique un tantinet perverse qui favorise l'entrée dans le "système" se paie néanmoins d'un défaut de cohérence à l'intérieur de celui-ci: pourquoi (diable) païens et démons disent-ils la vérité, qu'ils devraient logiquement contredire ? -- A quoi on pourra toujours répondre: justement pour susciter cette question. Billard à n + 1 bandes.]
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