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 apories théologales

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Narkissos

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MessageSujet: apories théologales   Dim 23 Oct 2016, 17:58

1 Corinthiens 13,7.13 a écrit:
(l'amour)... croit tout, espère tout...
Mais maintenant demeure [au singulier dans le texte] foi, espérance, amour, ces trois-ci; mais plus grand de/que ceux-ci, l'amour.

Je ne sais pas pourquoi je remarque aujourd'hui, dans ce passage si bien connu, cette curiosité structurelle: "l'amour" substantivé (au féminin, hè agapè), sans "objet" désigné (ni "Dieu", ni "le prochain", ni "les ennemis", ni "les uns les autres"), apparaît au v. 7 comme sujet (grammatical) de ce qu'il est dit "dépasser", comme "plus grand", au v. 13: la foi et l'espérance, là verbes conjugués (pisteuei/elpizei), ici substantifs (pistis/elpis).

Dans un sens, la première affirmation paraît éclairer la seconde: là où il y a "amour", il y aurait forcément "foi" et "espérance", celles-ci découleraient de celui-là comme de source. C'est tout un (singulier) et pourtant cela fait nombre, "trois", dans lequel il y a plus ou moins "grand". A moins que "l'amour" ne soit à lui seul plus grand que l'économie des trois.

La réciproque est expressément exclue, en ce qui concerne la "foi": on pourrait "l'avoir", celle-ci, à déplacer les montagnes (allusion et coup de pied de l'âne à la tradition [pré-]évangélique), et ne pas "avoir l'amour", et dans ce cas "n'être rien" (v. 2). De "l'espérance", certes, rien n'est dit de semblable, mais on peut facilement l'imaginer.

En revanche, "l'amour" ne serait pas pensé sans "foi" ni "espérance", en tout cas pas "maintenant" -- alors qu'il semble l'être sans "connaissance", tout au moins sans cette "connaissance" qui, fût-elle spirituelle ou miraculeuse (v. 2), reste "partielle" tant qu'elle n'atteint pas à la réciprocité du "(re-)connaître comme je suis (re-)connu" (v. 9-12): le premier type de connaissance est voué à disparaître, le second se confond avec "l'amour" (voir aussi ici).

Semble en tout cas se dégager l'idée (loin d'être anodine si l'on songe à l'épître aux Romains et à tout ce qu'on en a fait) que la "foi" et l'"espérance" ne sont pas des "valeurs" autonomes, à garder pour elles-mêmes et coûte que coûte; qu'elles ne valent qu'en tant qu'elles procèdent, toujours à nouveau, de "l'amour". Et qu'il faudrait savoir les perdre pour pouvoir, éventuellement, les y retrouver. A la condition de l'inconditionné.
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le chapelier toqué

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MessageSujet: Re: apories théologales   Lun 24 Oct 2016, 16:14

7 Il excuse tout, il croit tout, il espère tout, il endure tout. ... 13 Maintenant donc ces trois-là demeurent, la foi, l'espérance et l'amour, mais l'amour est le plus grand. (TOB)
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MessageSujet: Re: apories théologales   Lun 24 Oct 2016, 16:45

le chapelier toqué a écrit:
7 Il excuse tout, il croit tout, il espère tout, il endure tout. ... 13 Maintenant donc ces trois-là demeurent, la foi, l'espérance et l'amour, mais l'amour est le plus grand.  (TOB)

ce qui me surprend dans ce txte, c'est l'aspect absolu de l'amour : "il pardonne tout, il croit tout, il espère tout, il endure tout."
J'ai l'impression qu'il s'agit plus de procédé littéraire qui vise a sublimer l'amour que d'un concept, ou l'amour, il croit tout, il espère tout.
Que peut-on mettre derrière le mot "tout" ?

Merci Narkissos pour cette analyse, effectivement il est intéressant de noter que  la "foi" et l'"espérance" ne sont pas des "valeurs" autonomes, à garder pour elles-mêmes et coûte que coûte; qu'elles ne valent qu'en tant qu'elles procèdent, toujours à nouveau, de "l'amour". Comme tu le soulignes, cela est d'autant plus étonnant, car Paul dans l'épitre aux Romains affirme : "Car nous estimons que l'être humain est justifié par la foi, en dehors des œuvres de la loi" (3,28), la foi semble être la valeur absolue, sans être une conséquence de l'amour.
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Narkissos

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MessageSujet: Re: apories théologales   Lun 24 Oct 2016, 18:45

Effectivement, par définition (plus exactement par défaut ou par excès de définition), dans "l'absolu" tout se résout, s'absout, se dissout. Un mot quel qu'il soit (c'est souvent le cas de "l'amour" dans le NT, pas seulement ici) porté à ce niveau d'incandescence devient "fou", il perd toute délimitation, toute détermination et toute définition, il ne veut plus rien dire à force de vouloir tout dire. Et en même temps cette expérience "extatique" de langage (ce qu'il m'est arrivé d'appeler de façon quelque peu irrévérencieuse "orgasme verbal", à propos de Paul précisément qui en est coutumier) n'est pas insignifiante, elle "traduit" remarquablement "l'expérience religieuse" et sa nécessité, à la lettre, de parler pour ne rien dire.

Au passage, on ne peut pas manquer de remarquer l'analogie entre les explosions lyriques de Paul, où tout est en tout et réciproquement, et la "glossolalie" (ou "parler en langues") dont il se distancie ostensiblement dans cette épître et jusque dans ce chapitre: il s'agit dans les deux cas d'"affoler", de subvertir ou de détourner le langage et la raison ordinaires; mais ce qui est d'un côté le fait d'une pratique communautaire, relativement spontanée et populaire, n'arrive de l'autre qu'au terme d'un processus "intellectuel", plus ou moins logique mais toujours compliqué.

Dans l'épître aux Romains et tout ce qui s'ensuit, en effet, "l'amour" découle de la "foi" plutôt que le contraire -- quoique la "foi" soit aussi lue comme une réponse, seconde donc, à "l'amour de Dieu". La "foi" fonctionne mieux que l'amour comme "principe actif" de la théorie ou de la rhétorique, mais l'horizon, le commencement et la fin, reste "l'amour" (cf. notamment chap. 5, 8, 11).
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MessageSujet: Re: apories théologales   Mar 25 Oct 2016, 13:06

Citation :
En revanche, "l'amour" ne serait pas pensé sans "foi" ni "espérance", en tout cas pas "maintenant" -- alors qu'il semble l'être sans "connaissance", tout au moins sans cette "connaissance" qui, fût-elle spirituelle ou miraculeuse (v. 2), reste "partielle" tant qu'elle n'atteint pas à la réciprocité du "(re-)connaître comme je suis (re-)connu" (v. 9-12): le premier type de connaissance est voué à disparaître, le second se confond avec "l'amour" (voir aussi ici).

Dans 1 Co, la triade apparaît comme « le ciment de la communauté » qui permet à celle-ci de tenir dans le temps : la foi (ou le Christ) rassemble, l’amour tisse les liens et veille à leur entretien, et l’espérance oriente les croyants vers un avenir commun. Dans cette lettre, l’ordre de la triade est différent et adapté aux besoins des Corinthiens : foi, espérance, amour. Mais l’amour reste à la place centrale (voir l’hymne de 1 Co 13).

http://www.bible-service.net/extranet/current/pages/1736.html
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MessageSujet: Re: apories théologales   Mar 25 Oct 2016, 15:32

Par-delà ses antécédents et ses suites "historiques" (p. ex. le platonisme et la trinité), la fascination (chrétienne entre autres) pour le chiffre trois relève d'une "logique", pour ainsi dire intemporelle ou transhistorique. Dans l'un toute différence s'annule, à deux la différence apparaît, à trois elle commence à faire structure, système, économie, clôture possible ne serait-ce qu'en revenant à elle-même sur un mode cyclique ou réflexif (l'un et le deux, ça fait déjà trois quand on y pense). Si la vérité commence à deux, comme disait Jaspers, la théorie commence à trois, ça vaut aussi bien pour les "idées" que pour les "personnes". La pensée paulinienne, quoiqu'elle varie beaucoup d'une épître à l'autre, est globalement théorique et structurante malgré et avec ses moments "fusionnels", et à ce titre elle contribue en effet à rendre le "christianisme" relativement stable dans la durée.

Une autre remarque à faire (plutôt du côté "fusionnel") sur ce chapitre est que "l'amour" absolu se distingue même de toute "vérification" ou "justification" pratique. Ni la générosité concrète ni le don de soi ne le "prouvent" (v. 3). Le mot devenu "fou" et littéralement incontrôlable court le risque d'être aussi un mot parfaitement vide de sens effectif, d'où les réactions "antipauliniennes" (Matthieu, Jacques, 1 Jean) qui tentent de lui restituer un "contenu" concret: aimer c'est faire ceci ou cela; mais en même temps c'est tout autre chose que faire, et c'est le mérite du moment de "délire" paulinien que de le dire.
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MessageSujet: Re: apories théologales   Mar 25 Oct 2016, 16:24

Je trouve que le raisonnement de Paul a une certaine cohérence. En effet, lorsque les chrétiens seront dans la présence de Dieu (selon Paul), la foi et l'espérance n'auront plus aucune utilité mais l'amour demeurera, ou selon le v 8 "L’amour ne disparaît jamais" (TOB).

La triade (amour, foi et espérance), n'est pas le résultat d'un travail particulier ou des mérites particuliers du croyants mais le gage de la présence et de l’action du Saint Esprit, 1 Cor 12, 4 ss :

"Or il y a diversité de dons de la grâce, mais c'est le même Esprit ; diversité de services, mais c'est le même Seigneur ;  diversité d'opérations, mais c'est le même Dieu qui opère tout en tous. Or à chacun la manifestation de l'Esprit est donnée pour l'utilité commune. En effet, à l'un est donnée par l'Esprit une parole de sagesse ; à un autre, une parole de connaissance, selon le même Esprit ; à un autre, de la foi, par le même Esprit ; à un autre, des dons de guérison, par l'unique Esprit ; à un autre, la capacité d'opérer des miracles ; à un autre, celle de parler en prophète ; à un autre, le discernement des esprits ; à un autre, diverses langues ; à un autre, l'interprétation des langues. Mais c'est un seul et même Esprit qui opère toutes ces choses, distribuant à chacun en particulier comme il le décide."
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MessageSujet: Re: apories théologales   Mar 25 Oct 2016, 18:56

Il y a toutefois un double hiatus dans l'expression: d'un côté, il n'est pas dit que la foi et l'espérance "passeront", comme la prophétie, les langues ou la connaissance "partielle", que l'auteur semble impatient de laisser derrière lui à l'instar des traits de l'enfance; le "maintenant" n'est pourtant pas le temps de l'accomplissement futur où les charismes auraient passé, où "l'amour-qui-ne-passe-jamais" coïnciderait avec le "(re-)connaître comme je suis (re-)connu", et où la foi et l'espérance elles-mêmes n'auraient plus lieu d'être.

D'où la tentation pour les interprètes "anticharismatiques" des générations ultérieures de redistribuer cette double opposition bancale en un schéma à trois temps: 1) celui des charismes tous azimuts, qui aurait (ou serait) déjà "passé"; 2) celui de la seule triade foi-espérance-amour, qui correspondrait à leur "maintenant"; 3) celui de l'accomplissement encore futur. Ce n'est évidemment pas ce que dit le texte: dans son "maintenant", il y a encore des "charismes", même si l'auteur n'en paraît pas franchement ravi et ne les met pas sur le même pied que la foi et l'espérance.

A propos de triade, on ne manquera pas celle de 12,4-6 (que tu viens de citer): pneuma-kurios-theos, Esprit-Seigneur-Dieu, où kurios = Seigneur correspond à Jésus-Christ, comme presque toujours dans les textes pauliniens.
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MessageSujet: Re: apories théologales   Jeu 27 Oct 2016, 13:27

Les épîtres attribuées à Paul Juxtaposent souvent foi et amour :

"C'est pourquoi moi aussi, ayant entendu parler de votre foi dans le Seigneur Jésus et de votre amour pour tous les saints" (Ep 1,15 - voir aussi Ep 3,17-18)

De même dans l'épître aux Colossiens :

"nous avons en effet entendu parler de votre foi en Jésus-Christ et de l'amour que vous avez pour tous les saints" (Col 1,4)

Paul écrit à Philémon :

"car j'entends parler de l'amour et de la foi dont tu fais preuve envers le Seigneur Jésus et pour tous les saints." (v 5)

Dans tous ces textes, l'amour apparaît, à côté de la foi.
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MessageSujet: Re: apories théologales   Jeu 27 Oct 2016, 15:33

On notera que la formule maladroite et visiblement peu réfléchie de Philémon (la "foi" en/pour/envers les saints ne veut pas dire grand-chose, sauf à donner à pistis le sens de "fidélité" qui n'est précisément pas celui que lui donne Paul, surtout depuis l'épître aux Romains) est corrigée en Colossiens et Ephésiens (foi en Jésus et amour pour les saints). Dans la Bible aussi il y a des textes mieux écrits (ou mieux pensés) que d'autres...

La "logique" de la foi comme réponse à l'amour (cf. ci-dessus 24/10) est en revanche imparable, justement parce que l'amour ne se "prouve" pas (ibidem, 25/10): on ne peut qu'y croire -- ou pas. La foi en ce sens précède toute autre réponse à l'amour de Dieu (amour en retour, reconnaissance, obéissance, etc.). Dans la théorie de l'épître aux Romains et de tous les textes qui en dépendent la foi occupe une place "centrale" aussi au sens de "médiane", médiatrice ou instrumentale: on est justifié/sauvé par (dia) elle, par son moyen ou par son intermédiaire, mais l'amour demeure le commencement et la fin de l'opération -- son unique horizon absolu.
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