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 fidélité, loyauté, etc.

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Narkissos

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MessageSujet: Re: fidélité, loyauté, etc.   Mer 25 Jan 2017, 22:23

Il y a quantité de jeux et d'effets de duplication et de symétrie -- sans doute pas tous conscients ni volontaires -- entre Judas et Jésus, Pierre, "les Juifs" (cf. ce que j'appelais plus haut la structure d'"invagination" pour faire sortir "Jésus" du judaïsme), mais aussi entre Judas le traître, l'apôtre et le frère, ou encore avec Thomas-le-Jumeau (qui est aussi appelé Judas) et le disciple bien-aimé dans le quatrième évangile; comme il y en a par ailleurs entre Jésus et le diable, Jean-Baptiste, (Jésus) Barabbas ou Simon de Cyrène, entre Pierre et Caïphe ou Paul, entre les différents Jean, Jacques, Simon, entre Paul et Sergius Paulus ou Simon le Mage / Elymas dans les Actes, etc. Les noms et les personnages du NT se dédoublent et se confondent de façon souvent troublante, mais ça répond rarement à une logique claire et ça ne constitue pas, en tout cas, un système cohérent.

J'ai reparcouru l'évangile selon Jean dont nous n'avions encore pas trop parlé à propos de Judas, mais c'est un peu décevant; on peut remarquer:
1) que Judas est d'abord désigné (par Jésus, non par le narrateur comme dans les Synoptiques) non seulement comme (futur) traître, mais comme diable (diabolos) parmi les Douze expressément "choisis" -- la correspondance avec Pierre étant renforcée dès le départ par le nom de Simon (6,70s);
2) que c'est lui, Judas, présenté à nouveau en tant que disciple et traître comme si on n'avait jamais entendu parler de lui, qui s'oppose à Marie de Béthanie lors de l'épisode de l'onction (ailleurs ce sont les disciples unanimement); ce qui est l'occasion de lui attribuer la caisse commune et le vol dans celle-ci (12,1-8; le motif de l'argent, par contre, disparaîtra complètement du récit de la trahison: compensation ?);
3) qu'avant le repas (qui n'est ni l'eucharistie, ni une Pâque puisque c'est la veille) le diable a déjà mis au cœur de Judas le projet de livrer Jésus (13,2); pourtant c'est Pierre qui se singularise lors du lavage des pieds, le "cas" Judas n'étant évoqué qu'à la fin de l'épisode (vous êtes purs, mais pas tous, v. 10bs), comme si on l'avait (encore) oublié; puis Jésus annonce (à nouveau) sa trahison une fois (v. 18), deux fois (v. 21ss), avec le même effet de surprise, et la "communion" des v. 23ss (communion "privée" du seul Judas, mettant en scène la citation du v. 18) désigne Judas (au disciple bien-aimé, en réponse à la question de Pierre, qui n'en semble pourtant pas éclairé: il n'y a pas de retour de la réponse à Pierre, et personne -- pas même le disciple bien-aimé ? -- ne comprend rien à l'ordre de mission donné par Jésus à Judas); avec cette "communion" Satan entre en Judas (qui était déjà "diable" et à qui le "diable" avait déjà mis au cœur, etc.), et Judas sort dans la nuit; l'annonce de la "trahison" de Judas fait place à celle du "reniement" de Pierre (v. 36ss);
4) en 14,22 réapparaît un Judas (pas l'Iscariote, précise le narrateur) qui pose une question habituellement liée à la question de la trahison: pourquoi te manifestes-tu à nous et pas au monde ?
5) au chapitre 17 il n'y a pas de Judas mais une formule de style apocalyptique qui lui est souvent associée, "aucun d'entre eux ne s'est perdu sinon le fils de la perdition, pour que l'Ecriture soit accomplie" (v. 12; cf. 2 Thessaloniciens 2).
6) dans le récit de la Passion proprement dit (chap. 18), le rôle de Judas est passablement obscur: il indique à la rigueur le lieu, mais non Jésus, qui se désigne tout seul (pas de baiser); quand il se tient "avec eux" (v. 5) on ne sait plus très bien avec qui il se tient (la police ou les disciples), ni ensuite avec qui il repart (on retrouvera Pierre et "l'autre disciple" chez le grand prêtre, mais pas "Judas"). Plus loin, Jésus lui-même souligne que son activité a été publique (v. 20s), ce qui rend l'ensemble du dispositif de l'arrestation inutile (même si en l'occurrence la "livraison" était gratuite).

On est à coup sûr dans des textes très rafistolés, mais l'intégration de Judas paraît particulièrement laborieuse et maladroite -- contrairement au style johannique quand il développe ses propres idées, depuis les strates les plus anciennes jusqu'aux plus récentes. De sorte qu'à mon sens il n'y a pas vraiment d'idée "johannique" originale de Judas qui s'en dégage (ce serait sans doute plus clair et plus intéressant): l'évangile a plutôt "subi" tant bien que mal une incorporation de ce motif "populaire" dont il n'avait nul besoin et qu'il n'a pas vraiment su ou voulu exploiter selon son génie propre (contrairement à d'autres "ajouts" contraints sur lesquels il a très adroitement "rebondi").

Cependant, la figure commune de Judas est quand même affectée par le johannisme, dans le sens d'un dualisme aggravé et par là même enclin au renversement: totalement (et littéralement) "diabolisé" d'un côté (comme "les Juifs" sont "fils du diable" au chap. 8 ), totalement "élu" (= "choisi") de l'autre, élu en tant que diable et diable en tant qu'élu. Mais de ce fait le personnage s'éloigne de toute "psychologie" (mobiles, intérêt) et son acte de toute fonction narrative. Du point de vue de ce fil (et pas seulement), il devient "hors sujet": totalement fidèle à ce qu'il est et à ce qu'il doit être, fidèle comme infidèle, et ni l'un ni l'autre dans la mesure où il n'a pas l'ombre d'un choix ni d'un dilemme. (Mais en même temps c'est bien le genre de paradoxe où l'on retombe chaque fois qu'il est question d'in-fidélité.)

---
Pendant qu'on y est, la figure de Thomas (traduit en grec Didyme = Jumeau) est plus intéressante dans le quatrième évangile:
- 11,16, "pour mourir avec lui" peut se référer à la fois au "fonds commun" du christianisme post-paulinien (c'est le "mystère" même du baptême, de l'eucharistie) et au sort de Judas selon Matthieu (il meurt d'une certaine façon avec et comme Jésus, l'épisode se terminant de surcroît par une résurrection générale).
- 14,5, c'est la question de Thomas sur le "chemin" qui ouvre la voie à la confession la plus éclatante (peut-être) de l'évangile: "c'est moi qui suis le chemin, la vérité et la vie".
- 20,24ss surtout, l'absence de Thomas reproduit la défection de Judas qui aboutit à un 12-1 (et non -2), et le doute conduit à la confession maximale "mon Seigneur, mon Dieu" et à l'éloge du "croire sans voir".

Plus généralement, la figure du disciple "aimé" ou privilégié, singularisé d'une manière ou d'une autre, invite à la confusion des personnages: Pierre, le jeune homme de Marc, Lazare dans la première partie de Jean et "le disciple que Jésus aimait" dans la seconde, Thomas ou "Judas Thomas" dans l'Evangile selon Thomas, Marie(-Madeleine / de Béthanie, qui embrasse Jésus comme Judas dans les Synoptiques) dans l'Evangile de Marie, et ainsi de suite.
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MessageSujet: Re: fidélité, loyauté, etc.   Jeu 26 Jan 2017, 13:35

Narkissos, J'ai pris beaucoup de plaisir à lire ton analyse, merci.

La traitrise peut avoir une dimension "créatrice",  par exemple Romulus qui, en tuant son frère Remus, fait acte de fondation de Rome.
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Narkissos

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MessageSujet: Re: fidélité, loyauté, etc.   Jeu 26 Jan 2017, 14:11

C'est encore un autre filon (félon ?), distinct de la trahison-tradition-livraison: le meurtre comme sacrifice fondateur ou créateur, qui renvoie davantage à Caïn qu'à Judas (en tout cas l'addition matthéenne en disculpe Judas, qui regrette son acte dès qu'il voit que celui-ci mène à une condamnation à mort, la responsabilité en revenant -- avec l'argent -- aux représentants de la nation, cf. supra; et de ce côté-là il y a bien meurtre fondateur avec la citation du psaume, la pierre rejetée devenue pierre d'angle).

Le rapport meurtre-création (qui a encore inspiré, dans des genres très différents, Kubrick dans 2001 et Dupontel dans Le créateur) est en tout cas assez évident dans la Genèse, puisque c'est précisément la lignée de Caïn qui "invente" (les instruments de musique comme les armes, la ville comme la religion, le "culte" comme la "culture"; relire le chap. 4).

Dans la tradition concurrente du livre d'Hénoch et des Jubilés, ce n'est plus un meurtre, mais encore une sorte de "trahison" (celle des "veilleurs" ou des "fils de Dieu" qui descendent sur terre) qui apporte (ou livre) le savoir et le savoir-faire (la technique) aux hommes, sur un mode plus "prométhéen" (rejoignant ainsi le rôle du serpent dans le récit de l'Eden). -- A noter d'ailleurs, même s'il est bien hasardeux d'en déduire quoi que ce soit, que cette tradition hénochienne revient en force dans le NT sous la signature d'un certain "Judas" (celui qu'on appelle Jude, pour le distinguer de l'autre, mais qui porte bien le même nom en grec).
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MessageSujet: Re: fidélité, loyauté, etc.   Ven 27 Jan 2017, 13:51

Les situations conflictuelles sont un exemple intéressant et particulièrement révélateur de cette sensibilité au contexte. Rappelons que tout conflit implique une polarisation de l’interaction, radicalisant l’antagonisme « Nous » / « Eux » en une relation de type « ami » / « ennemi ». Comme l’ont montré les auteurs qui se sont penchés sur les fonctions socialisatrices du conflit (Simmel, Coser, Freund), l’hostilité qu’inspire l’ennemi commun renforce la cohésion entre les membres du groupe. Dans ces situations, l’exigence de loyauté est à son comble et ne souffre d’aucune exception ; toute prise de distance avec le « Nous » est ainsi susceptible d’être qualifiée de trahison et de connivence avec l’ennemi. La prolifération du délit de trahison est alors révélatrice de la paranoïa qui s’empare du « Nous » en ces occasions : il n’y a virtuellement plus d’innocents, que des traîtres en puissance. Fletcher fait à ce sujet remarquer que sous le IIIe Reich, le concept de haute trahison était tellement large qu’il comprenait même les critiques à l’égard d’Hitler (1996). En temps de guerre, le manque de zèle ou de dévouement, la désobéissance peuvent passer pour une aide directe ou indirecte à l’ennemi (Thérive, 1956).

https://www.cairn.info/revue-cahiers-internationaux-de-sociologie-2007-2-page-313.htm



Cet excellent article m'a renvoyé à l'expérience de R.Frantz, ainsi à ce que j'ai ressenti lors de mon exclusion. La simple prise de distance avec le « Nous » (l'organisation Watchtower) a constitué pour ceux qui se consideraient naguère comme mes "frères", un acte de trahison et cela, dans un contexte de "paranoïa". J'avais la sensation désagréable d'avoir mis en route une machine judiciaire, qui ressentait une peur visérale de la différenciation, d'un de ses membres. Je pense que le fait que la Watchtower se sente dans ce monde en "territoire ennemi", n'est pas étranger à cette réaction radicale, elle s'explique aussi par le fait quelle est persuadée que l'ennemi est aussi à l'intérieure.

Un extrait du livre "crise de conscience" :

"J’avais néanmoins le fort pressentiment qu’une tempête se préparait. Mais je ne pouvais pas savoir que six mois plus tard je me retrouverais au milieu d’une tempête d’une intensité quasi fanatique, Le Collège Central réagit en prenant des mesures sévères contre ce qu’il pensait être un “complot” d’une ampleur considérable qui menaçait le coeur même de l’organisation. (...) De toute évidence, on pouvait au contraire conclure que toute discussion franche sur ces difficultés était perçue comme un grave danger pour l’organisation, et une forme de déloyauté pour ses intérêts.
L’unité, (en fait l’uniformité) était apparemment plus importante que la vérité. Les questions concernant les enseignements de l’organisation pouvaient être soulevées dans le cercle intime du Collège Central, et nulle part ailleurs. Même si les débats étaient très animés au sein de ce cercle privé, le Collège devait présenter un front uni à ceux de l’extérieur, même si cette “façade” masquait de sérieux conflits d’opinions."
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Narkissos

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MessageSujet: Re: fidélité, loyauté, etc.   Ven 27 Jan 2017, 16:19

Très bon article en effet, merci !
[Une seule réaction de détail: je trouve que l'auteur écarte un peu vite les pratiques commerciales et consommatrices du champ de la fidélité et de la trahison; il m'a fait penser, a contrario, à ces "cartes de fidélité" (ou plus largement au principe commercial de la "fidélisation") qui doublent subrepticement une relation d'intérêt d'une connotation morale; laquelle, même futile ou ludique, opère comme telle: tant qu'à faire ce qu'on a envie de faire et intérêt à faire, autant se dire aussi que c'est "bien". Chose qui vaut d'ailleurs pour tous les acteurs de la fidélité ou de la trahison, le "moi" fidèle ou traître, le "nous" trahi ou non et le "eux" présumé bénéficiaire de la trahison, satisfait ou frustré selon que celle-ci a lieu ou non.]

En repensant à ma propre "trahison" du jéhovisme, je constate que je me suis en effet "donné raison", avec une facilité et une évidence qui m'ont étonné moi-même; mais que je n'ai rencontré un tiers approbateur (principalement "évangélique" en l'occurrence, bien que l'approbation fût brève) qu'une fois la "trahison" (et l'exclusion) accomplie. Avec toutes les réserves qui siéent à l'irréel du passé, il me semble qu'une approbation extérieure m'aurait plutôt troublé si je l'avais rencontrée avant, parce qu'elle m'aurait justement renvoyé au schème de la "trahison" -- alors que la perspective exclusivement interne du "martyre", "seul contre tous" (ou presque), était moralement plus confortable. (Bien sûr, il y a aussi quelque chose d'externe dans cette perspective, le modèle même du martyre-témoignage qui nous vient du dehors, de la Bible ou de la tradition chrétienne par exemple: mais les suffrages des morts sont moins embarrassants que ceux des vivants, leur "intérêt" paraît moins immédiat ou moins "matériel".)

Cela me rappelle également le désarroi que j'ai observé beaucoup plus tard chez certains ex-TdJ, notamment américains (sur JWD), à constater que leur "apostasie" ne rencontrait pas à l'extérieur les applaudissements escomptés. En effet, un public plus large et moins déterminé que celui d'une religion concurrente, d'un athéisme ou d'un antisectarisme militants ne voit pas forcément d'un bon œil l'abandon d'une tradition religieuse, surtout quand elle est aussi une tradition familiale: il n'y voit que la "trahison" négativement connotée. C'est une lecture désagréable et partielle, sans doute, mais légitime. Tôt ou tard, une "trahison", même sincère et motivée par les meilleures "raisons" du monde, doit bien s'envisager aussi comme une trahison.

----

Un petit pastiche (évangélique) pour la route (Nietzsche, Zarathoustra, fin du premier livre):
Je m’en vais seul maintenant, mes disciples ! Vous aussi, vous partirez seuls ! Je le veux ainsi.
En vérité, je vous conseille : éloignez-vous de moi et défendez-vous de Zarathoustra ! Et mieux encore : ayez honte de lui ! Peut-être vous a-t-il trompés.
L’homme qui cherche la connaissance ne doit pas seulement savoir aimer ses ennemis, mais aussi haïr ses amis.
On n’a que peu de reconnaissance pour un maître, quand on reste toujours élève. Et pourquoi ne voulez-vous pas déchirer ma couronne ?
Vous me vénérez ; mais que serait-ce si votre vénération s’écroulait un jour ? Prenez garde à ne pas être tués par une statue !
Vous dites que vous croyez en Zarathoustra ? Mais qu’importe Zarathoustra ! Vous êtes mes croyants : mais qu’importent tous les croyants !
Vous ne vous étiez pas encore cherchés : alors vous m’avez trouvé. Ainsi font tous les croyants ; c’est pourquoi la foi est si peu de chose.
Maintenant je vous ordonne de me perdre et de vous trouver vous-mêmes ; et ce n’est que quand vous m’aurez tous renié que je reviendrai parmi vous.
En vérité, mes frères, je chercherai alors d’un autre œil mes brebis perdues ; je vous aimerai alors d’un autre amour.

(Cas d'école du double bind avant la lettre, bien entendu: à celui qui commande, enjoint, prescrit l'infidélité on ne peut jamais être simplement fidèle ni infidèle, mais seulement fidèle par l'infidélité ou infidèle par la fidélité; ce qui ne revient jamais au même, sinon par des chemins divers, longs, sinueux, solitaires et non balisés.)
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MessageSujet: Re: fidélité, loyauté, etc.   Mar 30 Mai 2017, 11:01

Jusqu’où peut aller la fidélité ?



Suite aux critiques sévères portées contre le mouvement, voici ce qu’un Témoin de Jéhovah a écrit dans un forum faisant suite à un certain article :



"(...)Je comprends que vous puissiez ne pas aimer nos croyances. Mais soyez persuadé que quand bien même vous me prouveriez indiscutablement que les TJ3 sont dans l’erreur, que Dieu ’interviendra jamais, malgré tout je resterai TJ, ne serait ce que pour les valeurs qui sont défendues par cette très vilaine secte, et pour le bonheur que j’éprouve à vivre avec mes amis TJ. Et si j’ai envie de donner un peu de mon argent, à ces « filous » plutôt qu’à d’autres, n’est ce pas mon droit ? ma liberté ? (...)"



http://questionsbibliques.e-monsite.com/medias/files/via-veritas-livrel.pdf
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MessageSujet: Re: fidélité, loyauté, etc.   Mar 30 Mai 2017, 12:33

Citation :
Vous ne vous étiez pas encore cherchés : alors vous m’avez trouvé. Ainsi font tous les croyants ; c’est pourquoi la foi est si peu de chose.
Maintenant je vous ordonne de me perdre et de vous trouver vous-mêmes ; et ce n’est que quand vous m’aurez tous renié que je reviendrai parmi vous.
En vérité, mes frères, je chercherai alors d’un autre œil mes brebis perdues ; je vous aimerai alors d’un autre amour.



Ce dialogue pose la question de la relation du maitre à penser et du disciple. Pour le disciple il s’agit d’apprendre à vivre d'une manière autonome, à conquérir sa propre liberté et à reconnaître et à construire, sa propre singularité. La maitre doit favoriser cette démarche et cela implique qu'il demande à ses disciple de le renier afin qu'ils se trouve eux-mêmes et puissent eux aussi, devenir des maitres et non des disciples dociles. La maitres doit inciter ses disciples à s’opposer à son autorité, à rompre avec lui, à le provoquer en duel afin de le "tuer" (comme un enfant tue le père pour pouvoir exister) afin de ne pas entrer à son service.
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Narkissos

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MessageSujet: Re: fidélité, loyauté, etc.   Mar 30 Mai 2017, 13:39

Citation :
Si l'on n'est plus que mille, eh bien, j'en suis ! Si même
Ils ne sont plus que cent, je brave encor Sylla ;
S'il en demeure dix, je serai le dixième ;
Et s'il n'en reste qu'un, je serai celui-là !

(V. Hugo, Ultima verba, in Les Châtiments).

Mais là (je veux dire, dans la citation de ton premier post du jour) c'est Totor nihiliste, celui qui justement se ficherait d'avoir tort: même si c'était faux.

Cette expérience de pensée peut cependant s'avérer bénéfique, pour peu qu'elle amène à constater qu'effectivement, que ce soit vrai ou faux, ça ne change rien...
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MessageSujet: Re: fidélité, loyauté, etc.   Mar 30 Mai 2017, 16:18

Pour réclamer une loyauté et une fidélité sans faille, de nombreuses organisations religieuses se servent de l'exemple de David et Saül. Malgré la désobéissance du roi Saül et ses envies meurtrières, David refusa de porter la main sur Saül et l'exprima en ces termes :


"Et il dit à ses hommes : Jamais ! Que le SEIGNEUR me garde de commettre une telle action, de porter la main sur mon seigneur, sur l'homme qui a reçu l'onction du SEIGNEUR ! Car c'est lui qui a reçu l'onction du SEIGNEUR." 1 Sam 24, 7

Voici la leçon quen tire la WT :

"David est demeuré fidèle à Jéhovah bien que Saül ait continué pendant des années d’agir injustement à son égard. Nous aussi, nous devrions rester fidèles à Jéhovah et à son organisation, quelles que soient les injustices dont nous sommes victimes et quoi que les autres fassent. Nous pouvons être sûrs que Jéhovah connaît parfaitement la situation."

https://wol.jw.org/fr/wol/d/r30/lp-f/2006446
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le chapelier toqué

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MessageSujet: Re: fidélité, loyauté, etc.   Mar 30 Mai 2017, 16:36

De nombreux passages du Nouveau Testament rapportant les paroles de Jésus présente ce dernier comme un homme à suivre Mat. 19.28; Jn 8.12; mais il s'agit selon la Bible elle-même d'un personnage ayant la possibilité de donner la vie éternelle à celui qui vient à sa suite.
Ce n'est pas le cas ni d'aucun mouvement quel qu'il soit, ni de personne pouvant se prendre pour un gourou.

La question de la fidélité, de la loyauté fait ressortir ce que le disciple prend pour son Dieu. Un enseignant ne peut se permettre d'exiger une totale fidélité, loyauté à sa personne, voire à ses enseignements. Il encouragera celui qu'il enseigne à vérifier par lui-même la justesse de l'enseignement hors de sa présence. Le disciple pourra alors progresser ou non.

Ce que l'on constate pour le religieux existe également dans le domaine politique; dans le moment précédant l'élection présidentielle française de nombreux partisans des Républicains ainsi que du Parti socialiste ont nettement déclaré que tout ce qui était ressorti sur diverses affaires dans les médias ne les ferait changer d'avis.
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MessageSujet: Re: fidélité, loyauté, etc.   Mar 30 Mai 2017, 17:43

Tous traîtres ?


Si toute trahison est « différenciante », il nous faut ajouter que toute différenciation est peut être nécessairement trahison. Ne faudrait-il pas en effet renverser notre proposition sur la condition de traître et nous demander si devenir, ce n’est pas obligatoirement trahir ? Ce qui revient finalement à considérer la trahison comme une nécessité psychique ou anthropologique : comment devenir soi-même sans trahir ? Comment construire et affirmer son autonomie sans sortir des sentiers battus et trahir divers héritages ? Tel est bien le point de vue du psychanalyste Scarfone pour qui « sous un certain angle, tout travail d’individuation est une « trahison » (Scarfone 1999, p. 108). S’appuyant sur un extrait bien connu de la Genèse (« l’homme abandonnera son père et sa mère, il s’attachera à sa femme… »), la psychologue Prieur rappelle quant à elle que devenir passe toujours par des ruptures et des abandons : « naître à soi implique que l’on sorte du lieu qui nous a fait » (Prieur 2004, p. 58).

La trahison – parce que libératrice – serait ainsi au coeur des processus d’évolution individuels, familiaux et sociaux. L’évolution psychosexuelle, par exemple,
peut être décrite comme une série de trahisons, le sujet en étant à la fois ou successivement traître et trahi : « une trahison en trois étapes : la séparation première (le désenchantement de la dyade) ; la trahison oedipienne ; la trahison finale, cette prime à la jeunesse : exogamie et abandon des vieux parents – des parents devenus vieux » (Kapsambelis & al. 2008, p. 949-950).
Les trahisons seraient des « compagnes utiles », constituant des leviers pour toute émancipation : afin de briser les fidélités psychiques au passé, il nous faudrait donc les accepter, de même que les conséquences qu’elles impliquent (« …cela suppose qu’on supporte le fait que nos parents nous regardent comme un parjure, qu’on soit perdu comme enfant idéal… »). Etre soi suppose ainsi d’assumer (de choisir ?) sa ou ses trahisons. Dans cette perspective, nous sommes donc tous des traîtres et l’expérience de la trahison se révèle plus commune, plus banale que nous le croyons généralement.

 
Le couple, par exemple, peut être considéré comme « l’union de deux traîtres en puissance qui s’aident respectivement à trahir une part de leur héritage, pour accéder à une histoire renouvelée, innovante et rafraîchie » (Prieur 2004, p. 141). Mais ceci peut être compris dans l’autre sens : vivre, devenir, ce n’est pas seulement trahir et assumer sa ou ses trahisons, c’est aussi accepter d’être trahi, c’est-à-dire prendre le risque de la trahison. Comme le rappelle Hillman, vivre et aimer seulement « là où nous trouvons sécurité et monde clos, là où nous ne pouvons être ni blessé ni abandonné, où toute promesse verbale est un engagement qui lie éternellement » revient bien à rester en dehors de la vie réelle, dans la négation de celle-ci (Hillman 2004, p. 16). La capacité à se lier, le fait même d’aimer suppose la trahison.

http://www.revue-des-sciences-sociales.com/pdf/rss42-schehr
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Narkissos

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MessageSujet: Re: fidélité, loyauté, etc.   Mer 31 Mai 2017, 00:56

On a déjà pas mal parlé plus haut de David et plus généralement du schème du traître fondateur -- du point de vue de l'historiographie jéhoviste, si l'on peut dire, Russell entrerait dans la même catégorie, ainsi que tous ses "modèles" antérieurs partiels (Luther, Jan Hus, Wycliff) ou absolus (Jésus, Paul; un peu différemment Ezéchias, Josias, etc.): à ceux-là, on ne reprochera jamais de ne pas avoir attendu patiemment que Dieu réforme lui-même son "institution" établie (la "chrétienté", l'Eglise catholique, le judaïsme, la religion d'Israël) pour passer à l'acte. Le courage du réformateur-(re-)fondateur l'emporte sur la trahison, ce qui va de pair avec le dénigrement de l'institution "trahie".

Dans la geste biblique de David, il y a manifestement une gêne face à ce double statut (traître/fondateur): la trahison objective et providentielle (de fait, David succède à Saül dont il n'est pas le fils, c'est donc un usurpateur, mais il est dès le départ "oint" à cette fin) est aussi présentée de part en part comme involontaire et quasiment subie -- David ne fait rien pour: Yahvé, les fautes de Saül et les circonstances opèrent la trahison à sa place, jusqu'à l'élimination de toute la dynastie de Saül qui est le fait des ennemis philistins dans le cas de Saül et de Jonathan, de la trahison d'un serviteur dans la disgrâce de Mephibosheth (2 Samuel 16), d'une "justice" divine ou supra-divine dans l'affaire de Gabaon (chap. 21), de Salomon qui s'en dédouane habilement sur la victime dans le cas de Shiméi (1 Rois 2). Toute trace de déloyauté est méthodiquement effacée -- y compris par des procédés assez peu "loyaux", en particulier de la part de Yahvé.

Pour rappel, free nous avait déjà communiqué plus haut un autre article de S. Schehr, tout aussi intéressant et complémentaire de celui-ci.

Il y a aussi des références cinématographiques incontournables sur ce thème: toute l'œuvre d'Elia Kazan (lui-même "traître" à la cause communiste sous le maccarthysme) en est profondément marquée, et notamment le génial On the Waterfront ("Sur les quais"). Ou encore La stratégie de l'araignée de Bernardo Bertolucci, d'après une nouvelle de Borges, sur l'ambivalence du traître et du héros qui est un des sujets favoris de l'écrivain (à propos de Judas notamment).

En rapport aussi avec ce que disait le chapelier toqué, le cas de "Jésus" est multiplement affecté par la "christologie", en ce qu'elle a d'"ontologique" (l'essence, la nature, l'identité ou la qualité unique prêtée au personnage): si l'homme Jésus est plus qu'un homme, il n'agit ni en traître ni en révolté mais en seigneur; en détenteur ou en représentant et non plus en contestataire de l'autorité (c'est un des principaux enjeux des évangiles, depuis Marc, autour de l'exousia p. ex.: par quelle autorité, de quel droit); et pourtant ce schéma peut se lire dans n'importe quelle révolte (cf. les réflexions de Camus sur "l'homme révolté" qui découvre dans son action même un "droit" qui le dépasse et la justifie après coup). D'un autre côté, "Jésus" en tant que "maître" ou "seigneur" par rapport à des disciples-suiveurs est tantôt un modèle ou une exception unique, qui peut aussi bien encourager l'obéissance à d'autres hommes (obéissez à vos maîtres, chefs comme au Christ) que la subvertir (un seul est votre maître).
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MessageSujet: Re: fidélité, loyauté, etc.   Mer 31 Mai 2017, 17:30

Citation :
Dans la geste biblique de David, il y a manifestement une gêne face à ce double statut (traître/fondateur): la trahison objective et providentielle (de fait, David succède à Saül dont il n'est pas le fils, c'est donc un usurpateur, mais il est dès le départ "oint" à cette fin) est aussi présentée de part en part comme involontaire et quasiment subie -- David ne fait rien pour: Yahvé, les fautes de Saül et les circonstances opèrent la trahison à sa place, jusqu'à l'élimination de toute la dynastie de Saül qui est le fait des ennemis philistins dans le cas de Saül et de Jonathan, de la trahison d'un serviteur dans la disgrâce de Mephibosheth (2 Samuel 16), d'une "justice" divine ou supra-divine dans l'affaire de Gabaon (chap. 21), de Salomon qui s'en dédouane habilement sur la victime dans le cas de Shiméi (1 Rois 2). Toute trace de déloyauté est méthodiquement effacée -- y compris par des procédés assez peu "loyaux", en particulier de la part de Yahvé.

Le héros a besoin d'avoir son traitre afin d'acquerir une dimension dramatique. Dans le cas de David, n'oublions pas le traître mémorable en la personne d’Ahithophel. Bien qu’il ait été le conseiller de confiance du roi David, il s’associa à Absalom dans sa rébellion.

Pendant qu'Absalom offrait les sacrifices, il envoya chercher à la ville de Guilo Ahitophel, le Guilonite, conseiller de David. La conspiration devint puissante, et le peuple était de plus en plus nombreux avec Absalom." 2 Sam 15,12

Autre cas remarquable, Dalila qui livre par ruse Samson aux Philistins (Juges 16).

Le plus terrible avec la trahison c’est qu’elle ne vient jamais de nos ennemis.  




Éloge de la trahison


"Disons qu’il nous fallait à la fois « trahir » les Français en faisant cause commune avec les Algériens et « trahir » les Algériens en demeurant résolument Français. Cette double trahison c’est notre fi délité : à la cause humaine qui justement ne devrait être qu’une seule et même cause. Et je défie quiconque de parvenir différemment, dans la conjoncture où nous sommes depuis novembre 1954, à lutter tous ensemble pour la justice et pour son pays." (Francis Jeanson, Notre guerre, 1961)

De 1954 à 1962, pendant la guerre d’Algérie, des Français ont aidé le FLN en France en fournissant hébergements, faux papiers, passages de frontière et transports de fonds. Ces actions apportaient une continuité aux idéaux de la Résistance, avec lesquels ils avaient grandi. Leur engagement, les valeurs qui inspirent leur action, leur ont fait connaître non seulement l’incompréhension, mais aussi la prison et l’exil. Le cinéaste Richard Copans rencontre quatre anciens du réseau Jeanson pour réaliser Les frères des Frères, un documentaire militant, construit comme une œuvre chorale qui veut rendre hommage à la solidarité et à l’engagement. Il s’agit d’un des premiers documentaires pour la télévision à traiter de la mémoire de la guerre d’Algérie, avec une approche qui revendique la partialité de son discours.


https://www.cairn.info/revue-societes-et-representations-2012-1-page-221.htm
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MessageSujet: Re: fidélité, loyauté, etc.   Jeu 01 Juin 2017, 00:03

Si la "trahison" de David par rapport à Saül est occultée dans le texte biblique, en revanche (compensation ?) il y a un vrai festival de trahisons de (= contre) David et dans son entourage: outre Absalom et Ahitophel, Adoniya(s), Joab-Abishaï-Abner-Asahel, etc. Tout est rapporté par le rédacteur à la "faute" de David avec Bath-Shéba (Bethsabée) et au meurtre d'Urie qui peut aussi s'apparenter à une (double) "trahison" (cf. 2 Samuel 12,10ss)...
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