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 De la nécessité d'espérer

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le chapelier toqué



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MessageSujet: De la nécessité d'espérer   Lun 19 Déc 2016, 14:24

De la nécessité d’espérer
Narkissos a écrit:
or ces choses-là, même si nous ne croyons plus vraiment (mais qu'est-ce que croire, vraiment ?) à un "salut", enrichissent (compliquent, aussi) considérablement notre rapport à "la réalité" ou à "l'existence" -- à telle enseigne qu'une vision du monde qui ne ferait aucune place aux idées de "grâce", de "divine surprise", de "retournement de situation" plus ou moins miraculeux, de "révélation" d'une vérité ou d'une justice inapparentes (toutes choses qui nous proviennent, à nous, d'une "sotériologie" et d'une "eschatologie" judéo-chrétiennes, même si elles se sont aussi dites autrement, avant et ailleurs) nous paraîtrait insupportablement plate, superficielle, étroite, étouffante. Bienfait de l'u-topie si l'on veut, de ce qui n'a et n'aura peut-être jamais lieu ailleurs que dans une parole et une écriture humaines (mythe, fable, théâtre, parabole, fiction), mais sans quoi, semble-t-il, on respirerait (encore) plus mal.

Voilà ce que déclarait Narkissos sur un autre fil (Le Salut et le Christianisme) et cela m’a amené à la réflexion suivante : espérer pour ne pas désespérer ―seulement― ?

Il me semble que de tout temps les humains n’ont cessé d’espérer en un autre possible. Pas seulement après la mort, les objets enterrés avec les morts témoignent de leur espoir que la vie, une autre vie serait possible dans un au-delà plus ou moins défini.

Les rois, empereurs et autres pharaons voulaient gagner de la terre par les guerres de conquête incessantes afin de ne plus voir leur pays plonger dans des famines récurrentes. Les traités, alliances passées avec l’ennemi de jadis avaient pour but de ne pas perdre trop de main d’œuvre corvéable, du moins l’espéraient-ils.
La religion par un de ces paradoxes dont la vie, l’histoire a le secret, est devenue à certaines époques ―comme celle que nous traversons― une source de désespoir. Certes, il se trouve toujours des femmes et des hommes au sein de ces systèmes religieux susceptibles de redonner espoir à l’observateur désespéré, désabusé, mais le cœur même de ces grands mouvements confessionnels apporte plus de questionnement que de réponses encourageantes.

Deux Evangiles rapportent la naissance miraculeuse d’un enfant née d’une vierge et de la volonté de « Dieu ». Au travers de ces textes il apparaît clairement la volonté d’une congrégation chrétienne de se doter elle-aussi de récits miraculeux afin de séduire selon les habitudes de l’époque. Les auteurs des récits présentés sous les noms de Marc et Jean, n’ont pas jugés utiles de procéder de la sorte, sans doute pensaient-ils que le message présenté était suffisamment puissant pour pouvoir se passer d’une telle entrée en matière. L’Evangile de Marc a semble-t-il été écrit en premier et n’avait pas encore besoin d’une aura mystérieuse pour valoriser son texte.

L’espoir, l’espérance apportée par cette naissance hors du commun a peut-être galvanisé dans un premier temps celles et ceux qui en ont entendu parler, mais très rapidement certains ont mis en doute le récit. D’autres ont fait remarquer que de telles naissances faisaient l’objet de nombreuses histoires, par exemple :
Les adeptes du culte de Mithra ont proposé, à partir de sources persanes, que Mithra serait né de l'union de la Terre Mère et d'Ahura Mazda  (source wikipedia « conception virginale »)

Tous nous espérons connaitre des jours heureux, voire nos enfants grandir et devenir des adultes heureux, dans la mesure où l’on peut être heureux dans le monde actuel, conscients que tout n’est qu’impermanence, bonheur et malheur arrivent et disparaissent nous laissant un goût amer, goût qui lui aussi disparaitra à son tour. Lorsque nous entreprenons une formation nous espérons réussir dans un premier temps les examens imposés par les formateurs, puis par la suite trouver un emploi qui nous donne satisfaction et nous permette de subvenir à nos besoins et à ceux de notre famille éventuelle.

Nous avons besoin d’espérer lorsque nous voyons sur nos écrans des divers médias la situation de la population habitant dans les diverses villes de Syrie et d’Irak victime d’attaques de toutes parts et de bombardements effectués par une « nation amie ». Des hommes professant une religion, l’Islam, attaquent d’autres hommes professant eux-aussi l’Islam. Ils ne sont malheureusement pas dans la même branche de leur religion commune, comme ne l’étaient pas les Européens protestants et catholiques au moment et après la Réforme. Espérer que ces exilés sur leur propre terre puissent trouver un foyer, un lieu calme pour panser leurs plaies physiques et morales. Espérer également que les politiques soient moins lâches ne pensant qu'à leur prochaine élection...

Des philosophes, des scientifiques ont espéré eux-aussi en l’époque des lumières ; l’homme devait progresser et pouvoir se passer de la religion qui n’a eu de cesse de tenir les humains sous leurs férules de plus les découvertes scientifiques ouvriraient à n’en pas douter une ère nouvelle. Tout ne s’est pas réalisé comme ces hommes éclairés l’espéraient.

Lors d’une rencontre récente le Dalaïlama a déclaré que l’homme avait besoin d’empathie et de compassion et non de religion.

Les humains espèrent et recherchent, en dehors des religions officielles ou des mouvements sectaires, une spiritualité qui leur permettent de vivre le mieux possible. Les réponses aux questions existentielles peuvent demeurer non résolues ; cette recherche permet d’espérer trouver une piste, d’explorer une « terre inconnue ».

Cependant, de nombreuses personnes ne recherchent plus ou pas au sein de la spiritualité un éventuel bonheur, est-ce à dire qu’elles n’ont pas de raison d’espérer ? Absolument pas ! Ces hommes, ces femmes se sont (re)construites en dehors de toutes idées spirituelles et/ou religieuses, mais espèrent néanmoins trouve leur place au sein de la société humaine, elles espèrent également vivre le mieux possible en étant le prochain de l’étranger rencontré au hasard du chemin. Pour tous il y a nécessité d’espérer selon son cœur.
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Narkissos



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MessageSujet: Re: De la nécessité d'espérer   Lun 19 Déc 2016, 15:14

Pour mémoire...

le chapelier toqué a écrit:
Pour tous il y a nécessité d’espérer selon son cœur.

Belle phrase, qui me semble aussi très juste.

Ce qui suppose peut-être une certaine économie du désespoir, où chacun, chaque "individu" et chaque "communauté" (l'espérance est-elle individuelle, communautaire, ni l'une ni l'autre ou les deux à la fois ?), devrait régulièrement faire l'inventaire de ses désespérances ou de ses espérances caduques, ne serait-ce que pour savoir, par élimination, et comment il peut -- ou doit, s'il y a "nécessité" -- encore espérer. Histoire de ne pas seulement faire semblant d'espérer ce qu'on est en fait incapable d'espérer.

Vouloir "donner" de l'espoir à quelqu'un, de ce point de vue, c'est sans doute plus aimable mais tout aussi vain que de tenter de détruire ou de briser ses espoirs. Tout on plus pourrait-on espérer dans l'espérance d'autrui -- une façon de la partager même sans en partager (ou en connaître) le contenu.

Vus sous cet angle, les vœux (de nouvel an, par exemple) les moins déterminés seraient aussi les plus sincères et les plus "efficaces" (la "magie" du vœu est celle de l'espérance, "indépassable" autant que celle-ci).
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MessageSujet: Re: De la nécessité d'espérer   Mar 20 Déc 2016, 18:42

Citation :
Tous nous espérons connaitre des jours heureux, voire nos enfants grandir et devenir des adultes heureux, dans la mesure où l’on peut être heureux dans le monde actuel, conscients que tout n’est qu’impermanence, bonheur et malheur arrivent et disparaissent nous laissant un goût amer, goût qui lui aussi disparaitra à son tour. Lorsque nous entreprenons une formation nous espérons réussir dans un premier temps les examens imposés par les formateurs, puis par la suite trouver un emploi qui nous donne satisfaction et nous permette de subvenir à nos besoins et à ceux de notre famille éventuelle.

Espérer c'est rêver, c'est imaginer, c'est se communiquer une force et une énergie pour agir maintenant pour le futur.Par contre espérer ce n'est pas être figé dans un hypothétique futur et sans rien vouloir pour maintenant. L'exemple de la formation est interessant, car l'espérance liée à un futur emploi trouve sa réalisation dans la formation présente.

Mon ami TdJ qui continue à me parler malgré mon statut d'apostat, me demande souvent, tu n'aimerais pas que le nouveau système de chose soit une réalité (un monde de paix, sans maladie ...). Ma réponse se situe à travers la formule de Narkissos, "espérer dans l'espérance d'autrui", effectivement je souhairerait que ce monde puiise exister, que l'espérance de mon ami soit une réalité future, mais je n'ai ni l'envie et ni le goût pour nourrir cette espérance. Je ne ressens pas non plus le désir de "casser" son espérance, si celle-ci lui fait du bien, il doit la conserver.

Sénèque : « Lorsque tu aura désappris à espérer, je t’apprendrai à vouloir »

 Charles Péguy évoque l’espérance en tant que croyance. « Mais l’espérance, dit Dieu, voilà ce qui m’étonne [….]que ces pauvres enfants voient comme tout ça se passe et qu’ils croient que demain ça ira mieux […]ça c’est étonnant, et c’est bien la plus grande merveille de notre grâce […]que ne faut-il pas que soit ma grâce[ …]pour que cette petite espérance, vacillante au souffle du péché, tremblante à tous les vents, anxieuse au moindre souffle, soit aussi invariable, se tienne aussi fidèle, aussi droite, aussi pure ; et invincible et immortelle, et impossible à éteindre… »
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le chapelier toqué



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MessageSujet: Re: De la nécessité d'espérer   Mar 20 Déc 2016, 19:14

Nous ne pouvons pas espérer réparer, sans doute, ce qui est abimé et même le pourrions nous que la chose ne nous paraitrait plus représenter le même attrait. Cependant, nous pouvons espérer mieux nous porter après avoir subi une opération, suivi un traitement long et pénible, si nous n'avions pas l'espoir de nous trouver mieux, pourrions-nous espérer nous en sortir?

Toute notre vie nous espérons, attraper un train, réussir un examen, trouver une place pour le dernier spectacle de... Cela ne présuppose pas que nous voyons plus loin que des contingences bien terre à terre. Bien évidemment il peut aussi nous arriver d'espérer sans pouvoir, sur le moment, définir la raison de cette poussée d'espérance...
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MessageSujet: Re: De la nécessité d'espérer   Mar 20 Déc 2016, 19:47

En marge, deux énoncés (différemment) paradoxaux sur l'espérance dans l'épître aux Romains:

- 4,18, où la foi (pistis) d'Abraham, devant la promesse d'une postérité improbable, émanant d'un Dieu qui fait vivre les morts et, mot-à-mot, appelle le non-étant comme étant (v. 17), consisterait à "espérer contre toute espérance"; c'est ainsi du moins qu'on traduit souvent, d'une belle formule bien française, une tournure grecque un peu plus ambiguë, par'elpida ep'elpidi, qui peut en effet signifier "contre l'espérance sur/par l'espérance", mais aussi "au-delà de l'espérance sur/par l'espérance". L'espérance est paradoxale, soit par contradiction (on espère contre l'espérance, on espère précisément ce qu'on n'espère pas) soit par excès (on espère au-delà de ce qu'on espère), en tout cas elle ne coïncide pas avec elle-même (ce qui n'est pas sans rappeler la formule énigmatique concernant la foi même en 1,17, "de la foi à la foi" ou "de foi en foi", ek pisteôs eis pistin).

- 8,24, dans la grande mise en perspective "cosmique" du "salut", qui n'a de sens que comme celui de toute la "création", nous attendons l'adoption (plénière ?) et la rédemption du corps (v. 23), "car c'est en espérance (par, pour, quant à l'espérance, elpidi, simple datif) que nous avons été sauvés (parfait exceptionnel de ce verbe, accompli, une fois pour toutes); car une espérance qui se voit n'est pas espérance; en effet, ce que quelqu'un voit, l'espère-t-il ?" Autre paradoxe de l'espérance, qui s'annule si elle se réalise, et n'est donc ce qu'elle est, espérance, que dans le temps et la mesure où elle ne se réalise pas, alors même qu'elle tend à sa réalisation. Là encore, on repense à un énoncé similaire sur la foi opposée à la vue (2 Corinthiens 5,7).

Notion donc extrêmement instable, oscillante, opposable à elle-même, notion en jeu ou en mouvement qui ne se laisse pas arrêter dans l'identité d'un concept fixe; et par là même, vibrante et rayonnante.

Je rappelle (une fois de plus) Héraclite (fr. 18): "Sans espérer, tu ne trouveras pas l'inespéré, qui est introuvable et inaccessible." (ἐὰν μὴ ἔλπηται, ἀνέλπιστον οὐκ ἐξευρήσει, ἀνεξερεύνητον ἐὸν καὶ ἄπορον)
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MessageSujet: Re: De la nécessité d'espérer   Mer 21 Déc 2016, 14:00

Citation :
4,18, où la foi (pistis) d'Abraham, devant la promesse d'une postérité improbable, émanant d'un Dieu qui fait vivre les morts et, mot-à-mot, appelle le non-étant comme étant (v. 17), consisterait à "espérer contre toute espérance"; c'est ainsi du moins qu'on traduit souvent, d'une belle formule bien française, une tournure grecque un peu plus ambiguë, par'elpida ep'elpidi, qui peut en effet signifier "contre l'espérance sur/par l'espérance", mais aussi "au-delà de l'espérance sur/par l'espérance". L'espérance est paradoxale, soit par contradiction (on espère contre l'espérance, on espère précisément ce qu'on n'espère pas) soit par excès (on espère au-delà de ce qu'on espère), en tout cas elle ne coïncide pas avec elle-même (ce qui n'est pas sans rappeler la formule énigmatique concernant la foi même en 1,17, "de la foi à la foi" ou "de foi en foi", ek pisteôs eis pistin).

Abraham espérait, ce qui lui paraissait impossible mais q'il espérait quand même, sans vraiment y croire, tout y en rêvant, "et si c'était possible", car son espérance dépasse tout ce qu'il pouvait attendre. C'est une façon d'y coire sans y croire ou de faire côtoyer la certitude et le doute. Ainsi celui qui espère est le premire surpris de la réalisation de son espérance. Espérer c'est une façon de continuer de croire, alors qu'on n'attend plus rien.
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MessageSujet: Re: De la nécessité d'espérer   Mer 21 Déc 2016, 20:09

Cf. l'hésitation analogue sur la "foi" et le "manque" ou "absence de foi" (pistis / apistia) en Marc 9,24, discussion du 15.11.16.

____

Il faut peut-être remarquer deux choses quant au thème de l'espérance dans la modernité occidentale: d'abord, que surtout depuis le XVIIIe et le XIXe siècle il a en grande partie glissé du "religieux" au "(techno-)politique" -- ce qui peut d'ailleurs être lu comme un retour, si l'on considère que les espérances religieuses du judaïsme et du christianisme étaient elles-mêmes dérivées d'espérances politiques frustrées (du royaume d'Israël au royaume des cieux, de la dynastie davidique au "Messie" puis au "Christ", de l'espoir d'une paix et d'une prospérité nationales à celui d'une fin du monde et d'une "nouvelle création", etc.); ensuite, qu'une composante essentielle de l'espérance se trouve depuis le XXe siècle (et notamment depuis Freud) isolée et valorisée sous le nom de désir dans un champ "psychologique" encore distinct du religieux et du politique -- le désir n'est certes pas l'espérance, mais il en fait partie intégrante; un désir sans espoir est à la rigueur concevable (c'est à la fois un ressort et une limite du romantisme, par exemple), mais une espérance sans désir ne l'est pas du tout (on ne me fera pas espérer ce que je ne désire pas, indépendamment de la vraisemblance de la chose). Deux pistes à ne pas négliger quand on se demande, aujourd'hui, où serait passée l'espérance: elle est peut-être disloquée (déplacée et désarticulée), hors-service, mais sûrement pas anéantie.
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MessageSujet: Re: De la nécessité d'espérer   Jeu 22 Déc 2016, 21:55

En lisant le dernier message de Narkissos il m'est venu à l'esprit que peut-être l'espérance de certains est rentrée en collision avec le refus et l'espérance d'autres.

Dans de nombreux pays européens se trouvent des personnes espérant pouvoir accueillir des réfugiés afin de donner à ces derniers un foyer provisoire certes, mais un foyer tout de même, alors que des milliers, voire des millions ne partagent pas ce point de vue "cette espérance" pour diverses raisons..., leur espoir étant que ces réfugiés puissent être accueillis ailleurs, ou à tout le moins en nombre plus restreint.
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MessageSujet: Re: De la nécessité d'espérer   Jeu 22 Déc 2016, 23:16

Réaction en deux temps:

1) la "réalité", comme terrain de jeu du désir ou de l'espérance, présente a priori un gros inconvénient par rapport à l'"imaginaire" ou au "virtuel" (de la religion aux jeux vidéo p. ex.) : elle est finie, limitée, et personne n'y gagne sans que quelqu'un d'autre y perde*; d'où concurrence, rapport de force, conflit, violence, mais aussi négociation, compromis et transaction, où les "bons" et les "mauvais" sentiments n'ont pas grand-chose à voir, sinon comme instruments (armes) d'une stratégie;

MAIS

2) notre perception de la "réalité" est tellement pénétrée d'imaginaire et de virtuel qu'en fait nos opinions ne sont jamais "réalistes": ainsi ceux qui sont "pour" ou "contre" l'immigration en principe réagissent avant tout à un fantasme idéologico-médiatique, les xénophobes ou les xénophiles les plus convaincus étant souvent ceux qui n'ont que peu ou pas de contact réel avec des immigrés -- et cela réserve d'ailleurs des surprises, où les plus accueillants en pratique ne sont pas toujours les plus accueillants en théorie, et (double) vice versa.

Rien n'est simple.


* On peut certes opposer toute l'histoire humaine, surtout comme histoire de la technique (depuis les premiers outils qui sont aussi des armes jusqu'à la technologie moderne), à cet axiome de la réalité finie. Mais l'idée de "gain" ou de "progrès", si évidente qu'elle paraisse, tient toujours à une économie (domestique par définition, oikos -> "éco-" = domus, la "maison" opposée à un "extérieur") et à une comptabilité qui excluent quelqu'un et quelque chose de leur base de calcul. On peut se figurer que "tout le monde y gagne" (win-win) dans la mesure où "tout le monde" se limite en fait à un ensemble déterminé, famille, tribu, ville, nation, empire ou espèce, et où la perte est rejetée dans un dehors qui ne compte pas -- ce qu'on a longtemps appelé "la nature" en transformant du même coup celle-ci en "ressource" supposée infinie, donc hors calcul (et bien sûr cette "nature" hors économie a longtemps inclus dans son exclusion des hommes, barbares, païens, sauvages, indigènes; et elle inclut-exclut toujours ainsi l'autre animal, végétal ou minéral). Or cela est et sera de moins en moins possible, même si ce fait n'effleure encore guère la "réalité" politico-médiatique -- voilà à mon sens le mur infranchissable auquel se heurte "l'espérance", pour autant qu'elle se veut précisément "réaliste" (non pas au sens de "raisonnable", mais au sens où elle tend à se "réaliser" dans une "réalité"), et non imaginaire ou virtuelle.
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MessageSujet: Re: De la nécessité d'espérer   Ven 23 Déc 2016, 19:27

dans le journal Le Temps de ce jour, un article traite de : Dieu doit beaucoup à Jean-Sébastien Bach. Auteure Marie-Hélène Miauton

La fin de l'article dit ceci:

Citation :
"En ces temps troublés, ce rappel de l'omniprésence divine parmi les hommes ne peut que ranimer cette flamme si fragile, si vite éteinte, si dérisoire qu'on nomme espérance. Celle dont Péguy disait qu'elle était "une petite fille de rien du tout qui, seule portant les autres, traversera les mondes révolus".
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MessageSujet: Re: De la nécessité d'espérer   Ven 23 Déc 2016, 19:47

J'espère (!) que dans son article, l'auteure dit ce que son titre doit (aussi) à Cioran ! Smile
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MessageSujet: Re: De la nécessité d'espérer   Sam 24 Déc 2016, 21:34

Cher Narkissos voici l'article dans son intégralité:

«Dieu doit beaucoup à Jean-Sébastien Bach»
L’ignoble, le lâche attentat de Berlin vient une fois encore parler de haine et de mort. Véritable acte de guerre, il vient troubler la joie de Noël qui proclame au contraire «Paix sur la Terre!» Pour garder vivante l’espérance chrétienne, rien de mieux que la fréquentation des grandes œuvres
4 minutes de lecture
Marie-Hélène Miauton
Publié jeudi 22 décembre 2016 à 13:23.
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Même si cette fin d’année a viré au tragique, n’oublions pas que le temps de Noël diffuse un message d’espoir. Il est difficile, bien sûr, face à l’horreur des attentats, face aux familles qui ne connaîtront pas le Noël qu’elles attendaient, face aux vies fauchées, face à la haine, de garder rivée au cœur l’espérance chrétienne. Le monde semble aller si mal qu’on en vient à douter d’une amélioration possible à vue d’homme. Mais qui a dit que croire, c’est être fidèle dans les ténèbres à ce que l’on a vu dans la lumière? C’est se souvenir du bien alors que le mal semble triompher.

Pour ne pas s’égarer dans la nuit ni se complaire dans un découragement inutile, rien de mieux que la fréquentation des œuvres d’art. Cela tombe bien, car les concerts liés à la naissance du Christ ne manquent pas et les églises sont pleines, comme mercredi soir la cathédrale de Lausanne pour l’incontournable Oratorio de Noël de Jean-Sébastien Bach.

L’artiste en tant que médium
«Dieu doit beaucoup à Jean-Sébastien Bach», prétendait le Roumain Emil Cioran, philosophe du désespoir. Croyant livrer une boutade cynique sur l’inexistence de Dieu, il énonçait au contraire un message très profond sur l’artiste en tant que médium entre la divinité et ses créatures, et sur sa capacité d’exprimer Dieu. Ce n’est pas pour rien que, dans toutes les cultures, les lieux de culte sont des œuvres d’art à part entière. Leur architecture mais aussi les sculptures, fresques, retables et toiles qui y abondent favorisent le dialogue transcendant.

Cette fonction de l’art est exprimée par de nombreux génies d’époques et d’origines différentes. «L’art est une abstraction, c’est le moyen de monter vers Dieu en faisant comme notre divin maître, créer», disait Paul Gauguin, faisant écho à Léonard de Vinci postulant que «la science de la peinture est tellement divine qu’elle transforme l’esprit du peintre en une espèce d’esprit de Dieu.» Pour Chateaubriand, «l’art est le pressentiment des formes supérieures qui dorment encore dans les choses naturelles.» Pour Odilon Redon, «l’artiste vient à la vie pour un accomplissement qui est mystérieux.»

Un sacrilège
André Malraux, lui, allait encore plus loin en stipulant directement la présence sacrée dans l’œuvre: «L’art est le seul domaine où le divin est visible.» Vincent van Gogh, le fou génial, l’exprimait autrement: «Cherchez à comprendre le dernier mot de ce que disent dans leurs chefs-d’œuvre les grands artistes, les maîtres sérieux, et il y aura Dieu là-dedans.»
Voilà pourquoi, quand des fanatiques détruisent des œuvres d’art, qu’il s’agisse des grands bouddhas de Bâmiyân, des statues assyriennes de Mossoul, des colonnes de Palmyre ou des mausolées de Tombouctou, il s’agit à proprement parler d’un sacrilège.

Cette flamme si fragile, si vite éteinte
Cette présence transcendante habite aussi la grande poésie. Le lecteur est saisi d’un sentiment de plénitude étrange en comprenant soudain ce qui lui restait scellé jusqu’alors et que le poète a su exprimer en mots lumineux, donnant tout son sens au prologue de l’Evangile de Jean: «Au commencement était le Verbe et le Verbe était Dieu.»
Aussi étonnant que cela puisse paraître, la science au plus haut niveau, quand le savant pénètre au tréfonds de l’abstraction, appartient à ce même registre. Galilée ne disait-il pas que «la mathématique est l’alphabet dans lequel Dieu a écrit l’univers.» Malheureusement, ce langage-là n’est pas accessible à tout le monde, si élevé et si complexe qu’Albert Einstein a pu résumer ainsi son ambition de savant: «Je veux connaître les pensées de Dieu; tout le reste n’est que détail.»
Quel souffle!
En ces temps troublés, ce rappel de l’omniprésence divine parmi les hommes ne peut que ranimer cette flamme si fragile, si vite éteinte, si dérisoire qu’on nomme espérance. Celle dont Péguy disait qu’elle était «une petite fille de rien du tout qui, seule, portant les autres, traversera les mondes révolus.»
Joyeux Noël à tous!
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Narkissos



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MessageSujet: Re: De la nécessité d'espérer   Dim 25 Déc 2016, 01:44

Merci chapelier !

Je suis tout à fait rassuré: Cioran est bien cité, et mal compris, comme il se doit ! (A trop citer, atrocités...)

Il y aurait par ailleurs beaucoup à dire sur ce recyclage typiquement occidental-moderne du concept d'art sacré (sacré non plus par son sujet ou son usage, mais en tant qu'art) qui prête un flanc béant à la fureur iconoclaste dans la meilleure tradition judéo-christiano-islamique, mais ça nous éloignerait encore du sujet de l'espérance...

---

Pour reprendre le fil (vers le 20.12.16): du côté de l'espérance, comme de la foi ou de l'amour, entre autres sans doute mais de façon exemplaire, il y a quelque chose qui vibre ou oscille indécidablement entre son affirmation, son altération et sa négation -- comme une trinité doublement mise en abyme.
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