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 A l'image de l'homme ?

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cabri



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MessageSujet: A l'image de l'homme ?   Jeu 29 Déc 2016, 23:22

Narkissos a écrit:
@ cabri: paradoxe en effet, mais qui ne l'est pas moins quand on le renverse, en passant de la "théologie" à l'"histoire", pour considérer que c'est l'homme qui a créé des dieux ou un Dieu "à son image". Que la "misanthropie" et la "philanthropie" s'inscrivent alors dans le divin, et se télescopent jusque dans le même "Dieu", cela en dit long sur "l'image" violemment contrastée que "l'homme" a de lui-même, sur sa "bonne" et sa "mauvaise" conscience inconciliables et inséparables, qui d'ailleurs s'expriment tout aussi bien sans référence "divine", dans les discours contradictoires de l'humanisme sur "l'homme", chargé tantôt d'une "dignité" ineffable, tantôt de tous les maux et de toutes les bassesses.

Quelques réflexions de fin d'année sur ce sujet :

L'homme ne peut créer au départ de rien il ne peut qu'imaginer au départ de ce qu'il connaît.
Que l'homme imagine Dieu à son image est inévitable que voulez vous qu'il imagine d'autre avec quoi il puisse communiquer ?
Que le Dieu soit « violemment contrasté » comme l'homme est la conséquence du monothéisme : dans le polythéisme il y a des « bons » et des « mauvais » pour expliquer notre monde avec ses quelques bonheurs et ses malheurs. Dans le monothéisme le Dieu unique doit endosser tous les rôles.
Mais cela peut poser aussi des questions intéressantes :
Le Dieu que l'homme a créé à son image est-il le Dieu qu'il désire, imagine,le Dieu qu'il serait, le Dieu qu'il craint ?
Bonne fin d'année.
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Narkissos



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MessageSujet: Re: A l'image de l'homme ?   Ven 30 Déc 2016, 03:07

(Pour contexte, la citation provient d'ici.)

Les polythéismes ne sont généralement pas polarisés par un dualisme moral du bien et du mal: a posteriori, on peut sans doute juger leurs dieux plus ou moins "bons" ou "mauvais", mais ils sont surtout autre chose que "bons" ou "mauvais", ce n'est pas le critère du "bien" et du "mal" qui les différencie; et ils sont aussi, souvent, tout autres qu'"humains" (représentations animales, végétales, minérales, élémentaires, astrales, météorologiques, cosmiques).

C'est précisément sur le fond d'un dualisme (perse) qu'apparaît le "monothéisme pur" du deutéro-Isaïe (45,7): quand on a réduit le monde à l'opposition de deux forces (bien/lumière vs. mal/ténèbres) ou de deux dieux, on peut concevoir (on ne peut pas ne pas concevoir) une (supra-)divinité qui les embrasserait ou les subsumerait; en quelque sorte, c'est parce qu'on a d'abord ramené la riche polychromie de l'imaginaire polythéiste à un simple contraste de noir et de blanc qu'on croit pouvoir faire un pas de plus et réduire la dualité à l'unité d'un jeu de lumière. Et encore le "monothéisme" historique ne s'y tient pas, pour autant qu'il s'empresse de (ré-)inventer un diable pour délivrer un bon "Dieu" de son côté obscur -- de sorte que ce qu'on a coutume d'appeler monothéisme (judaïsme, christianisme, islam) est le plus souvent un dualisme, voire un dithéisme de fait. (Cf. ici et .)

Même le "monothéisme philosophique" grec qui coexiste (le plus souvent pacifiquement) avec une religion polythéiste se pense à partir d'une analyse morale, ou d'une réduction de la diversité phénoménale de la nature, à des "principes" ("idées", notamment) élémentaires.

Mais en effet, la richesse de différence (la couleur avec toutes ses nuances) réprimée par les réductions dualistes et monistes ressort tôt ou tard. Ce qu'un "monothéisme" projette sur son dieu unique s'avère au bout du compte tout aussi complexe et différencié qu'un panthéon polythéiste. Voir aussi là.

Reste à savoir pourquoi l'image, l'imagination et l'imaginaire, avec tous leurs effets d'artifice, de représentation, de réflexion spéculaire, de fantasme et de simulacre, nous sont à la fois si essentiels et si problématiques; pourquoi nous rêvons toujours de briser des idoles et des miroirs sans jamais cesser d'en (re-)produire.

Bonne fin d'année à toi aussi ! Smile

---

La question qui se pose tout naturellement à partir du premier chapitre de la Genèse, à savoir qui est l'image de qui (le retournement voltairien ne fait que retourner contre le monothéisme sa propre critique de l'idolâtrie), occulte une évidence plus radicale: que "l'homme", individuel ou collectif, se pense précisément comme une image (ou une figure). C'est d'ailleurs le cas dans les deux récits de "création", malgré tout ce qui les sépare et quelquefois les oppose: dans le premier, "sacerdotal" (séparation des espaces et des espèces sur le mode sacré/profane, ordre-procession liturgique rythmé par les astres-luminaires et la semaine sabbatique), comme l'image du dieu dans le saint des saints de son temple -- mise en abyme par le fait que dans la religion en question (le judaïsme postexilique) une telle image n'existe pas ou n'existe plus, et qu'elle est même expressément interdite (le dieu qui se fait une image ou bien contrevient à sa propre loi, ou bien se situe au-dessus de la loi ou hors la loi). Dans le second récit, "sapiential", beaucoup moins solennel et plus malicieux, l'homme est encore fait comme une statue, façonnée ou modelée puis "animée" -- mais de cette figure-là il n'est pas dit qu'elle soit l'image de qui ou de quoi que ce soit. Dans la veine sapientiale en effet, l'image de Dieu ce n'est pas l'homme mais la Sagesse. Les deux lignes se rejoignent dans la christologie chrétienne, où le Christ est "l'image de Dieu" (l'épithète "invisible" soulignant parfois le paradoxe), tantôt comme (nouvel) Adam, tantôt comme "incarnation" (au sens "orthodoxe" ou autre) du Logos (variante masculine de la Sagesse, hokhma-sophia).
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MessageSujet: Re: A l'image de l'homme ?   Jeu 05 Jan 2017, 17:03

Peut-être pouvons-nous aller un pas plus loin : comment dieu crée-t-il l’être humain « à son image » : mâle et femelle. Donc, il peut s’agir d’un résidu du couple divin (le dieu créateur avec sa parèdre) qui crée le couple humain à son image, comme le dit aussi Enuma Elish : « il sera sur la terre comme au ciel ». L’idée que tout être humain soit « image de dieu » peut se comprendre comme une démocratisation de l’idéologie royale.

http://www.college-de-france.fr/site/thomas-romer/course-2013-02-14-14h00.htm
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MessageSujet: Re: A l'image de l'homme ?   Ven 06 Jan 2017, 13:02

Le thème de "l'image de Dieu" (qui distingue "l'homme", 'adam, masculin et féminin, singulier et pluriel, de tout ce qui le précède et notamment des "animaux", dans le texte de Genèse 1) se confond tout naturellement avec celui, inépuisable, du "propre de l'homme" -- presque toujours au singulier malgré la liste impressionnante et toujours ouverte des prétendants au titre: le propre de l'homme, ç'a été l'âme, l'esprit (en plus d'un sens), l'intelligence, la bêtise, la mémoire, l'anticipation, la volonté, la liberté, la parole, le langage, le symbole, la représentation, le sens, la vérité, le mensonge, la morale, la justice, la conscience, l'inconscient, l'écriture, la culture, la société, la politique, la main, l'érection (déjà au sens de station debout), l'outil, la technique, le vêtement, la stratégie, la feinte, le rire, les larmes, et même des choses aussi communes en zoologie et en biologie que la sexualité et la mort, pour autant que l'homme y aurait un rapport distinctif et unique (il ne fait décidément rien comme tout le monde).

Mais quelle que soit la façon -- chaque civilisation, chaque époque, chaque penseur a peut-être eu la sienne -- dont on définit ou s'imagine "le propre de l'homme", l'idée d'"image de (d-Dieu)" la déplace, la décale et la disloque: le (soi-disant) propre n'est justement plus propre mais emprunté, voire dérobé (cf. la "connaissance" dans le second récit), l'original est dérivé comme une copie ou une imitation, etc.

---

D'un point de vue strictement "biblique", il faut remarquer que ce thème de "l'image de (d-Dieu)" n'a quasiment aucun écho dans la Bible hébraïque (= AT protestant; il est en revanche très présent dans les textes ultérieurs, cf. Siracide 17,3; Sagesse 2,23; 7,26, et dans le NT) hors de la Genèse elle-même (ce qui vaut en général pour les "récits de création" et montre à la critique historico-littéraire que les "premières pages" de la Bible, celles qu'aujourd'hui "tout le monde connaît" et qui sont pour ainsi dire des références obligées, sont en fait très tardives). Mais ses deux reprises ou répliques dans la Genèse sont intéressantes: elles l'associent, respectivement, à la filiation (non de Caïn ni d'Abel mais de Seth par rapport à un Adam devenu nom propre, dans la généalogie "sacerdotale", 5,3) et à une certaine justice rétributive et réflexive (celle de la peine de mort, qui punit l'homicide par l'homicide, après le déluge, 9,6).

Cela, au passage, peut aider à comprendre ce que dit un peu rapidement Römer dans l'article cité par free: c'est parce que la filiation divine et la justice rétributive en tant que droit de vie et de mort sur des "sujets" sont normalement des attributs du souverain qu'on peut parler à cet endroit de "démocratisation de l'idéologie royale" (anthropologisation ou généralisation seraient plus justes): ce qui est habituellement dit du roi est dit ici de l'homme-en-général, de l'homme générique, du genre humain dans ses deux genres (mais tout de même plus de l'un que de l'autre) et dans son nombre indéfini.
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MessageSujet: Re: A l'image de l'homme ?   Ven 06 Jan 2017, 15:26

Citation :
D'un point de vue strictement "biblique", il faut remarquer que ce thème de "l'image de (d-Dieu)" n'a quasiment aucun écho dans la Bible hébraïque (= AT protestant; il est en revanche très présent dans les textes ultérieurs, cf. Siracide 17,3; Sagesse 2,23; 7,26, et dans le NT) hors de la Genèse elle-même (ce qui vaut en général pour les "récits de création" et montre à la critique historico-littéraire que les "premières pages" de la Bible, celles qu'aujourd'hui "tout le monde connaît" et qui sont pour ainsi dire des références obligées, sont en fait très tardives). Mais ses deux reprises ou répliques dans la Genèse sont intéressantes: elles l'associent, respectivement, à la filiation (non de Caïn ni d'Abel mais de Seth par rapport à un Adam devenu nom propre, dans la première généalogie, 5,3) et à une certaine justice rétributive et réflexive (celle de la peine de mort, qui punit l'homicide par l'homicide, après le déluge, 9,6).

Seul l'homme à droit d'être désigné comme étant  "à l’image et à la ressemblance de Dieu", comme si l'homme était une statut de Dieu, que ce Dieu a modelé à partir de l'argile mais en lui donnant le souffle de vie. Ce créateur à fait de l'homme (presque) un dieu qui domine les autres créatures :

"Tu  l'as fait de peu inférieur à un dieu, tu l'as couronné de gloire et de magnificence. Tu lui as donné la domination sur les œuvres de tes mains, tu as tout mis sous ses pieds, moutons et chèvres, bœufs, tous ensemble, et même les bêtes sauvages, les oiseaux du ciel et les poissons de la mer, tout ce qui parcourt les sentiers des mers" (Ps 8,6 ss)

"à notre image, selon notre ressemblance". On peut établir une distinction entre l’image et la ressemblance, l'image est une reproduction exacte du modèle et la ressemblance est une image approchante du modèle origial.
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Narkissos



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MessageSujet: Re: A l'image de l'homme ?   Ven 06 Jan 2017, 15:50

Le psaume 8 offre un excellent "parallèle" à Genèse 1 sur de nombreux points, en particulier la domination (= souveraineté) générique de "l'homme" sur "les animaux", mais le motif précis de "l'image de d-Dieu" n'y est pas. (On peut aussi penser au psaume 104 qui décalque l'hymne égyptien à Aton.)

Quant à "établir une distinction entre l'image et la ressemblance", "on" le "peut" toujours, mais l'usage abondant des parallèles synonymiques dans la poésie et même dans la prose hébraïques, en général sans aucune distinction de sens entre les synonymes, ne le recommande pas vraiment (à mon sens).
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MessageSujet: Re: A l'image de l'homme ?   Ven 06 Jan 2017, 16:14

Un Dieu qui ne soit pas anthropomorphe est-il imaginable? C'était la conviction d'Albert Einstein qui croyait dans une "religion cosmique" et non en un "dieu barbu". Cela ne l'a pas empêché de s'exclamer : "Dieu ne joue pas aux dés" à propos du caractère non prédictif de la physique quantique.
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Narkissos



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MessageSujet: Re: A l'image de l'homme ?   Ven 06 Jan 2017, 23:15

Il peut encore être moustachu et jouer aux échecs... Wink

Ce qui rappelle la boutade juive très connue mais excellente:
"Pourquoi Dieu a-t-il fait tous les hommes différents ?
-- Parce qu'il les a tous faits à son image."

L'anthropomorphisme est retors: que nous nous imaginions des dieux qui nous ressemblent ou qui ne nous ressemblent pas du tout, qui soient à la limite (et comme par hasard) notre exact contraire (p. ex. quant à l'immortalité ou à la toute-puissance), c'est toujours nous (ou l'image que nous nous faisons de nous-mêmes) qui leur servons (ou leur sert) de modèle, ou d'anti-modèle.

---

A noter que sur ce point comme sur d'autres, le premier récit de création de la Genèse (1,1--2,4a) est en vive tension avec le deutéro-Isaïe, 40,18 (avec le même mot pour "ressemblance", dmwt, et le verbe apparenté, dmh): "A qui assimilerez-vous 'El, quelle ressemblance en proposerez-vous ?" (l'image, çlm, est au v. suivant, et c'est l'idole; de même, sur la question du "repos de Dieu", v. 28).
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MessageSujet: Re: A l'image de l'homme ?   Mar 10 Jan 2017, 13:10

Actes 17, 28 affirme concernant les humaisn par rapport à Dieu : « Nous sommes aussi sa lignée. » ou  Car nous sommes de sa race.” et conclut au verset 29 par ces termes : "Si donc nous sommes la lignée de Dieu, nous ne devons pas penser que la divinité soit semblable à de l'or, à de l'argent ou à de la pierre sculptés par l'art et l'imagination des humains.".

Comment doit-on comprendre l'expression, « Nous sommes aussi sa lignée. » ?

Un autre texte, qui n'est pas en lien direct avec la Genèse, mais qui fait référence à l'image de la gloire du Seigneur :

"Nous tous qui, le visage dévoilé, contemplons comme dans un miroir la gloire du Seigneur, nous sommes transfigurés en cette même image, de gloire en gloire ; telle est l'œuvre du Seigneur, qui est l'Esprit." 2 Cor 3,18
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MessageSujet: Re: A l'image de l'homme ?   Mar 10 Jan 2017, 14:57

D'abord, "car nous sommes aussi sa lignée" est une citation explicite ("comme l'ont dit quelques-uns de vos poètes"), en l'occurrence du cinquième vers des Phénomènes d'Aratos (ou Aratus), un stoïcien du IVe-IIIe siècle av. J.-C. originaire de Cilicie (comme le Paul des Actes qui est de Tarse). Et le texte source se réfère à Zeus -- c'est de son genos, son "genre", son "espèce" ou sa "race", que "nous sommes" (même chose dans l'Hymne à Zeus de Cléanthe, v. 4, ce qui justifie le pluriel: quelques-uns de vos poètes). Cela peut s'entendre dans un sens "propre" en contexte mythologique (sa lignée = sa descendance, enfants d'un dieu père ou d'une déesse mère), et dans un sens "figuré" en contexte philosophique (Zeus se confond dans le stoïcisme avec le logos comme "raison" ou principe organisateur du kosmos, l'homme participe par sa raison à la raison universelle: le Zeus des philosophes en somme, dont Héraclite était déjà critique, fragment 32: "L'un, seul sage, veut et ne veut pas être appelé du nom de Zeus").

Le NT se réfère très souvent au motif de l'image de Dieu (via "l'homme" de la Genèse et/ou la Sagesse), en particulier dans le corpus paulinien: cf. Romains 1,23; 8,29; 1 Corinthiens 11,7; 15,49; 2 Corinthiens 3,18; 4,4; Colossiens 1,15; 3,10; Hébreux 1,3 (on pourrait beaucoup allonger la liste en l'élargissant au thème connexe de la "gloire de Dieu", associée à l'"image de Dieu" dans plusieurs de ces textes).
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MessageSujet: Re: A l'image de l'homme ?   Jeu 12 Jan 2017, 12:50

Ces versets expriment la volonté divine de créer l'homme à son image à lui, et non d'après une image céleste en général. Le mot selem, que nous traduisons ici par « image », s'applique habituellement dans le texte biblique à une image physique, ce qui semble donc impliquer l'existence d'une ressemblance formelle entre Dieu et adam. Que signifie cette notion d'image pour la civilisation du Proche-Orient d'alors ? Plus même que l'idée de ressemblance physique, est fondamentale l'interprétation de l'image comme représentation du pouvoir. La représentation de Dieu est aussi celle de son pouvoir. Ce qui explique pourquoi les idoles, images de Dieu, étaient interdites à Israël, tandis que les païens multipliaient au contraire les représentations divines. De même qu'un roi peut multiplier sa présence et son autorité par les représentations de lui-même, de même les dieux égyptiens et assyriens faisaient-ils représenter leur autorité par le roi. Cette tradition permet de penser que l'« image » de la Genèse indique qu'admit est le représentant de Dieu, qu'il incarne et qu'il exerce l'autorité de Dieu sur la terre et les êtres vivants. Adam, représentant de Dieu, est intrinsèquement différent du reste de la création. Cette qualité unique d'être l'image de Dieu constitue la dimension spirituelle de l'homme. La différence entre adam et le reste de la création est soulignée par le changement de forme de la bénédiction. Seul adam reçoit une bénédiction personnelle, ainsi qu'une explication sur la manière dont il doit gérer le monde. Élohim n'est pas un propriétaire absent, mais le créateur toujours présent qui guide adam et lui explique comment être le roi témoignant de son existence. Cette interprétation se retrouve dans la conception israélite de la royauté.

Le psaume 8 offre un excellent "parallèle" à Genèse 1 sur de nombreux points, en particulier la domination (= souveraineté) générique de "l'homme" sur "les animaux", mais le motif précis de "l'image de d-Dieu" n'y est pas. (On peut aussi penser au psaume 104 qui décalque l'hymne égyptien à Aton.)


http://www.communio.fr/images/pdf/19932.pdf


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MessageSujet: Re: A l'image de l'homme ?   Jeu 12 Jan 2017, 15:20

Belle pioche !

En me cantonnant (pour le moment) à l'extrait que tu cites, il me paraît important de rappeler deux choses: 1) que l''adam de Genèse 1 n'est précisément pas Adam, nom propre d'un "personnage" particulier, mais bien "l'homme", nom commun collectif (conformément d'ailleurs à l'usage général et générique de ce mot hébreu archi-courant), d'emblée singulier et pluriel (voir le jeu des pronoms, il les créa, qu'ils dominent; la bénédiction* du v. 28 est aussi au pluriel, il les bénit, comme au v. 22), masculin et féminin (mâle et femelle, homme et femme, et pas encore au sens de l'androgyne de la tradition ultérieure qui mixera les deux récits; le pluriel écarte clairement cette interprétation); 2) que l''elohim qui crée est un pluriel, qui fonctionne le plus souvent (et dès le début du chapitre) comme un singulier, mais repasse ostensiblement au pluriel quand il en vient à "l'homme": Faisons l'homme à notre image, selon notre ressemblance. L'homme (en général) est justement à l'image des dieux en général, du divin en général, et non d'un dieu particulier (d'où aussi l'absence de "Yahvé" dans ce premier récit).
* Il me paraît par ailleurs abusif de parler de bénédiction "personnelle"; Dieu (ou le texte) bénit de façon similaire, en s'adressant à eux à la deuxième personne du pluriel, la première "fournée" d'animaux, célestes et aquatiques, volants et nageants, au cinquième jour (v. 22); mais au sixième il "oublie" de bénir les animaux "terrestres" et réserve sa deuxième bénédiction à "l'homme", toujours au pluriel, en consacrant sa (leur) domination sur tous les précédents; la troisième et dernière bénédiction sera celle du septième jour, le jour lui-même, sans contenu (2,1ss). Cela est manifestement dû à une contrainte structurelle: la volonté (sacerdotale) de réserver le dernier jour au sabbat, seul "sacré" ou "saint" (c'est lui, et non "l'homme", qui est le véritable achèvement de la création) obligeait à faire tenir les animaux terrestres et l'homme dans le jour précédent (ce qui correspondait aussi à la logique de la "population des espaces", respectivement 4, 5, 6 dans 1, 2, 3), avec ce petit "défaut de construction" que l'homme prend pour lui seul toute la "bénédiction" de l'espace "terrestre".

Tout autre chose: le rapport entre "image de Dieu" et "gloire de Dieu" (cf. mon post précédent) est radicalement différent en hébreu et en grec -- ou plutôt il n'existe qu'en grec. Le mot traduit par "gloire" convoque en hébreu une métaphore du poids (kbd: ce qui pèse, qui pèse lourd, d'où ce qui compte, importe, par opposition à qll, ce qui est léger, ne compte pas, n'importe pas, est négligeable ou méprisable; qll est aussi un verbe de "malédiction"); en grec, par contre, doxa suggère une métaphore visuelle, d'apparence ou de rayonnement -- d'où son autre sens d'"opinion", estimation ou jugement fondé sur l'apparence. Entre "gloire-apparence" et "image" ou "ressemblance", la relation est évidente. Ce qui fait par exemple qu'il n'y a aucun rapport entre la "gloire" conférée à l'homme, dans l'original (hébreu) du psaume 8, et "l'image de Dieu" de la Genèse; mais qu'il y en a un dès lors que ce psaume est traduit en grec (et a fortiori quand il est cité dans un texte grec qui s'intéresse explicitement à ce thème, comme l'épître aux Hébreux, cf. 1,3).
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MessageSujet: Re: A l'image de l'homme ?   Aujourd'hui à 23:14

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A l'image de l'homme ?
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