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 la vie éternelle

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Narkissos

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MessageSujet: la vie éternelle   Dim 12 Fév 2017, 19:12

"Or telle est la vie éternelle, (pour) qu'ils te connaissent, toi, le seul vrai Dieu, et celui que tu as envoyé, Jésus-Christ" (Jean 17,3).
"Or nous savons que le Fils de Dieu est venu et qu'il nous a donné la pensée (ou l'intelligence), pour que nous connaissions (celui qui est) le vrai; et nous sommes dans le vrai, dans son Fils Jésus-Christ. C'est lui qui est le vrai Dieu et la vie éternelle. (Mes) enfants, gardez-vous des idoles." (1 Jean 5,20s).

De ces deux textes archi-connus, il apparaît au premier coup d'œil que l'un est un commentaire, une réécriture ou un réarrangement de l'autre, et selon toute vraisemblance le second du premier (ce qui vaut pour de nombreux passages de la première épître par rapport à l'évangile dits "de" ou "selon Jean", surtout de la seconde partie de l'évangile, chap. 13ss [plus le Prologue qui est de toute évidence un ajout tardif, cf. infra]). Les mêmes éléments, pas seulement des mots isolés mais des expressions constituées, s'y retrouvent dans une articulation différente: "vie éternelle", "connaître", "vrai Dieu", "Jésus-Christ".

Textes d'affinité "gnostique", ne serait-ce que par la part qu'ils font à la connaissance (gnôsis): ici le verbe gi(g)nôskô (connaître) étendu dans le second passage par l'usage de (quasi-)synonymes, savoir (oida) et pensée (dianoia).

C'est surtout la "vie éternelle" qui m'intéresse aujourd'hui, non pas isolément mais dans ce jeu d'équivalences avec la "connaissance", le "vrai Dieu", et "Jésus-Christ" (tout ça c'est la même chose, telle est au fond l'idée commune de ces deux textes).

On sait que "la vie éternelle" est une expression typiquement "johannique". Non que les textes johanniques soient les seuls à l'employer, mais elle y est beaucoup plus fréquente et significative (plus manifestement pensée) qu'ailleurs: plus de la moitié de ses occurrences dans le NT sont dans l'évangile et la première épître "de Jean"; dans l'AT hébreu, la "vie éternelle" (hayey `olam) n'apparaît que dans l'un des textes les plus tardifs (Daniel 12,2, à propos de la résurrection et en contraste avec le mépris éternel; puis, en grec, dans la littérature maccabéenne qui se rattache au même contexte historique, de persécution et de martyre). Si l'on voulait chercher ailleurs une correspondance, on la trouverait d'abord dans les textes égyptiens tardifs, notamment d'époque hellénistique, sur la mort: c'est précisément la (sur-)vie des morts qui est décrite comme "vie éternelle".

En grec, () aiônios zôè ou zôè aiônios, dont le substantif (zôè) nous oriente plutôt du côté de la zoologie que de la biologie; vers la "vie" de l'"animal" (zôon) dont "l'homme" est un "cas particulier" ("animal parlant-raisonnable" ou "politique", zôon logon ekhôn ou politikon selon les définitions aristotéliciennes), quoique sans référence à l'"âme" (psukhè-anima). Quant à l'adjectif (aiônios), il n'évoque pas l'"éternité" philosophique opposée au temps (celle des "idées", notamment mathématiques, qui sont éternelles parce qu'elles ne sont pas "vivantes" ni "contingentes" ou événementielles), mais bien la durée infinie ou indéfinie du temps même (aiôn, "âge" ou "époque", traduction presque automatique de l'hébreu `olam; où l'eschatologie pharisienne puis chrétienne distingue souvent un "âge présent" de l'"âge à venir"; mais le johannisme, précisément, se distancie d'une telle eschatologie).

La "vie éternelle", c'est d'abord la "vie" tout court, celle qui constitue et destitue le "vivant" comme tel, comme participe du verbe vivre participant à et de la vie; la vie du vivant, inséparable du vivant et qui ne cesse pourtant de s'en séparer; la vie qui continue, comme on dit, avec et sans le vivant; sans le vivant qu'elle abandonne à la mort et avec le vivant survivant, quoique aussi avec le vivant défunt ou dépassé dont elle emporte les traces, génétiques ou culturelles, qui déterminent ses formes futures, celles du vivant à venir. A la fois concrète, phénoménale, et insaisissable (pas de "vie" sans "vivant" ni de "vivant" sans "vie", mais dans le "vivant" on ne saurait rien désigner ni isoler qui s'appellerait "la vie"). C'est à cela que le vivant provisoire, le mortel, doit se rapporter comme à sa "vie", en se l'appropriant tout en s'en laissant exproprier. C'est l'objet d'un verbe "avoir" ou "tenir" (cf. le tener espagnol), ekhô, "avoir-tenir la vie éternelle" (Jean 3,16 etc.; le verbe "avoir" est tellement faible en français qu'on ne l'entend même plus dans une telle expression, alors qu'on l'entend bien en grec). Ce rapport, pour l'homme, est un rapport de connaissance, de savoir ou de pensée -- ou de foi (ibidem), mais d'une foi que le quatrième évangile n'oppose jamais à la connaissance. L'attachement à une "vie éternelle" qui s'appelle aussi "le vrai", "le vrai Dieu" et "Jésus-Christ"; qui est peut-être de tous ces noms d'objet de connaissance ou de foi le plus indubitable, le plus irréfutable, le plus "concret" dans un sens, tout en étant aussi insaisissable, autrement insaisissable, que les autres.

Proposition: la "vie éternelle" n'est pas une autre vie, mais un certain regard sur "la vie"; une façon particulière de la saisir ou de l'appréhender sans la saisir, de l'avoir et de la tenir, d'y tenir ou de s'y tenir, même quand il s'agit de la laisser aller et continuer sans "nous", avec "nous" sans "nous".

---
La plus proche "traduction" de ce concept de "vie éternelle" identifiée à "Dieu" dans les Synoptiques se trouve peut-être dans la controverse avec les sadducéens sur la "résurrection" (Marc 12,26s//): Dieu d'Abraham, Dieu d'Isaac et Dieu de Jacob, Dieu des vivants et non des morts; ce que l'argument montre en fait, c'est moins "la résurrection" que "la vie éternelle" -- à moins que "la résurrection" ne soit qu'un autre nom de "la vie éternelle".
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MessageSujet: Re: la vie éternelle   Lun 13 Fév 2017, 12:49

Citation :
La "vie éternelle", c'est d'abord la "vie" tout court, celle qui constitue et destitue le "vivant" comme tel, comme participe du verbe vivre participant à et de la vie; la vie du vivant, inséparable du vivant et qui ne cesse pourtant de s'en séparer; la vie qui continue, comme on dit, avec et sans le vivant; sans le vivant qu'elle abandonne à la mort et avec le vivant survivant, quoique aussi avec le vivant défunt ou dépassé dont elle emporte les traces, génétiques ou culturelles, qui lui donnent sa forme. A la fois concrète, phénoménale, et insaisissable (pas de "vie" sans "vivant" ni de "vivant" sans "vie", mais dans le "vivant" on ne saurait rien désigner ni isoler qui s'appellerait "la vie"). C'est à cela que le vivant provisoire, le mortel, doit se rapporter comme à sa "vie", en se l'appropriant tout en s'en laissant exproprier. C'est l'objet d'un verbe "avoir" ou "tenir" (cf. le tener espagnol), ekhô, "avoir-tenir la vie éternelle" (Jean 3,16 etc.; le verbe "avoir" est tellement faible en français qu'on ne l'entend même plus dans une telle expression, alors qu'on l'entend bien en grec). Ce rapport, pour l'homme, est un rapport de connaissance, de savoir ou de pensée -- ou de foi (ibidem), mais d'une foi que le quatrième évangile n'oppose jamais à la connaissance. L'attachement à une "vie éternelle" qui s'appelle aussi "le vrai", "le vrai Dieu" et "Jésus-Christ"; qui est peut-être de tous ces noms d'objet de connaissance ou de foi le plus indubitable, le plus irréfutable, le plus "concret" dans un sens, tout en étant aussi insaisissable, autrement insaisissable, que les autres.

En Jean 12,25 on retrouve une expression particulière : "Celui qui aime sa vie la perd, et celui qui cesse de s’y attacher en ce monde la gardera pour la vie éternelle."

Je ne sais pas si j'ai bien compris ce texte, mais il me semble que ce verset établit une distinction entre Sa vie et "la vie éternelle". Sa vie peut intégrer la "vie éternelle" et elle peut faire l'objet d'une appropriation ("gardera").

Chez Jean, Jésus est la vie (éternelle ?) : "Jésus lui dit : C'est moi qui suis le chemin, la vérité et la vie. Personne ne vient au Père sinon par moi." (14,6)
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MessageSujet: Re: la vie éternelle   Lun 13 Fév 2017, 13:31

La traduction française n'aide pas, parce qu'elle confond sous l'unique mot de "vie" deux termes grecs bien distincts, psukhè (disons l'"âme") et zôè. Ce que le texte dit en fait, c'est "qui aime sa psukhè la perd, qui hait sa psukhè dans ce monde la gardera en (eis, into, "dans" avec l'idée de mouvement ou de transfert de l'extérieur à l'intérieur) la vie éternelle, zôèn aiônion."
La psukhè, c'est "sa-vie-à-soi", celle qu'il faudrait justement perdre pour la (re)trouver dans une "vie" (zôè) qui ne soit pas "sa-vie-à-soi" -- bien que cette vie-là il s'agisse aussi d'une certaine manière de se l'approprier (de faire sienne une "vie" qui n'est précisément pas "sa-vie-à-soi"). Cf. 10,17s, où il est question de "(dé)poser" sa psukhè pour la "reprendre", dans un mouvement qui sera illustré par la (dé)pose et la reprise du vêtement au chapitre 13.
Le verbe "intégrer" tel que tu l'utilises (intégrer la vie éternelle) me paraît exprimer très justement le mouvement de ces textes.
Mouvement d'expropriation et d'appropriation, d'ex-ap-propriation, où ce dont on s'exproprie et ce qu'on s'approprie est et n'est pas exactement la même "chose" (psukhè et zôè, psukhè séparée de OU intégrée dans "la vie éternelle").
Et bien sûr "la vie" (zôè) tout court, "absolue" (cf. le Prologue), a fondamentalement le même sens ou la même fonction que "la vie éternelle" (cf. aussi 5,24; 11,24s, "la vie" identifiée à "la résurrection").
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MessageSujet: Re: la vie éternelle   Lun 13 Fév 2017, 13:59

Cela s'approche-t-il de ce que le Bouddhisme désigne par l'abandon, le détachement de l'ego? Pour voir réellement, hors de l'illusion, la vie telle qu'elle est.

J'espère ne pas m'être mal exprimé, mais en lisant le dernier message de Narkissos, je retrouvais une correspondance.
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MessageSujet: Re: la vie éternelle   Lun 13 Fév 2017, 14:48

Je ne connais pas assez le bouddhisme pour en dire autre chose que des généralités, mais sous cette réserve je partage tout à fait ton intuition.

On peut aborder l'"histoire comparée" (des religions, des croyances, des idées, des civilisations) sous (au moins) deux angles différents: "historique" dans un sens étroit et superficiel de causalité objective, qui ne pourra jamais voir que des influences (qui a influencé qui, qui a copié sur qui) ou des coïncidences fortuites; "historique" dans un sens plus "existentiel" et plus profond, qui constate que l'expérience humaine finit toujours par aboutir à des énoncés similaires, même si elle les exprime dans des formes très différentes en raison de l'historique au sens n° 1. Du point de vue n° 1, les analogies entre le bouddhisme et le judéo-christianisme (p. ex.) sont fortuites et insignifiantes, parce que les contacts entre les cultures correspondantes n'ont été qu'épisodiques et marginaux (aux marges des empires hellénistiques et romain à certains moments de leur extension); du point de vue n° 2 elles sont au contraire essentielles, profondes et nécessaires. La ressemblance entre les "problèmes" et les "solutions" de civilisations qui n'ont eu entre elles aucun rapport historique (au sens n° 1) est tout sauf un hasard.

C'est toute la question de la traduction qui se joue là, comme possibilité de l'impossible, étonnante et évidente à la fois. On peine à traduire le texte d'une langue et d'une culture dans une autre, on est à deux doigts d'y renoncer, et pour autant qu'on y réussit quand même on s'aperçoit que ce qu'on est arrivé à "faire passer" y avait déjà été écrit, de façon "originale", tout autre et essentiellement la même.

C'est d'ailleurs ce que je trouve extrêmement intéressant dans le langage johannique, dans sa façon de combiner le "spécifique" ("Dieu" et "Jésus-Christ" relèvent d'une tradition judéo-chrétienne particulière) et l'"universel" ("la connaissance", "la pensée", "la vie", "la vérité", qui sont à tout le monde et à personne en particulier). Il s'agit, dans ou depuis une "tradition" donnée, de se rapporter à ce qui précède et excède toute tradition donnée; d'où ce sens de réalité opposable au faux-semblant de l'idolâtrie (cf. supra 1 Jean 5,21; ou "l'esprit et la vérité" opposés aux particularismes judéen ou samaritain en Jean 4,23s).
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MessageSujet: Re: la vie éternelle   Lun 13 Fév 2017, 15:33

Citation :
Le verbe "intégrer" tel que tu l'utilises (intégrer la vie éternelle) me paraît exprimer très justement le mouvement de ces textes.
Mouvement d'expropriation et d'appropriation, d'ex-ap-propriation, où ce dont on s'exproprie et ce qu'on s'approprie est et n'est pas exactement la même "chose" (psukhè et zôè, psukhè séparée de OU intégrée dans "la vie éternelle").

Intégrer la "vie éternelle" correspond au fait d'intégrer le Père et le Fils :

"Pour vous, que le message entendu dès le commencement demeure en vous. S’il demeure en vous, le message entendu dès le commencement, vous aussi, vous demeurerez dans le Fils et dans le Père ; et telle est la promesse que lui-même nous a faite, la vie éternelle." 1 Jn 2,24-25

En 1 Jn 2,17 on retrouve l'expression,  "demeure à jamais" équivalente à "vie éternelle".

Jn 12,25 affirme que "Celui qui aime sa vie la perd", ce texte me fait penser à celui de 1 Jn 3, 15-16 :

"Quiconque hait son frère est un meurtrier. Et, vous le savez, aucun meurtrier n’a la vie éternelle demeurant en lui. C’est à ceci que désormais nous connaissons l’amour : lui, Jésus, a donné sa vie pour nous ; nous aussi, nous devons donner notre vie pour nos frères."


La notion de vie éternelle est en interaction avec l'amour des frères, la haine et le don de sa vie pour les frères.
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MessageSujet: Re: la vie éternelle   Lun 13 Fév 2017, 16:53

Voici un article qui a paru dans le journal "Le Temps" le 16 novembre 2016 :

Et si, dans une dizaine d’années, l’homme devenait immortel? C’est l’idée que défend Ray Kurzweil, directeur de l’ingénierie chez Google. Il est l’auteur de livres qui portent entre autres sur la santé, l’intelligence artificielle ou encore la futurologie. Si sa théorie sur l’immortalité peut prêter à discussion, l’idée d’une vie éternelle est toujours sujette à débats et questionnements.
Comment sera-t-il possible de vivre infiniment dès 2030? Ray Kurzweil se base sur le développement exponentiel des technologies. Ces dernières deviennent de plus en plus performantes, de plus en plus rapidement. Il applique le même raisonnement au domaine médical. Selon le directeur de l’ingénierie, la génétique, appelée aujourd’hui biotechnologie, transformera complètement la médecine dans un futur proche. Nous pourrions ainsi reprogrammer les gènes humains afin de ne plus être victimes de vieillissement ou de maladie. Il pense que, d’ici à 2020, la médecine utilisera des nanorobots qui compléteront le travail du système immunitaire. Ces minuscules machines pourront modifier chaque gène en fonction des besoins, nettoyant ainsi le corps et permettant de renverser le processus de vieillissement. Et donc, dès 2030, la technologie médicale permettrait d’ajouter une année de vie supplémentaire tous les ans.

Attendre 100 ans
En pratique, cela semble-t-il réalisable? «Avant toute chose, la génétique et la biotechnologie, ce n’est pas la même chose, explique Denis Duboule, professeur à l’EPFL et à l’Université de Genève. Dans son développement, Ray Kurzweil mentionne 23 000 petits programmes adaptés aux 23 000 gènes. Il n’y a qu’un seul et même programme, l’ADN. On ne peut pas traiter les gènes de façon individuelle, l’ADN est un tout.» Francesco Stellacci, spécialiste en biomatériaux et nanoparticules et professeur à l’EPFL, nuance un peu plus l’idée de Ray Kurzweil. «Je pense qu’il est extrêmement optimiste sur le temps que cela prendrait. Ce n’est pas si simple de changer un gène, mais on le fait bien avec les OGM. Ce ne serait donc pas impossible de l’opérer sur l’homme, de corriger une malformation afin de vivre plus longtemps. Cela prendra cependant une centaine d’années.»
Outre les limitations scientifiques, cette théorie sur l’immortalité pose d’autres problèmes qu’il faut prendre en compte. «A quel âge arrêter le vieillissement? Et puis, quelle sorte de population voudrions-nous garder? Les cadres d’entreprise BCBG, les vieux qui crient dans le train?» soulève, sur le ton de l’humour, Denis Duboule. Selon le professeur, pour arriver à être immortel, il faudrait réussir à abroger les lois fondamentales de la génétique humaine qui font que le corps est beaucoup plus qu’un ensemble de morceaux indépendants. «C’est là le problème intrinsèque du transhumanisme, de ces gens qui regardent notre corps comme une voiture en pensant l’améliorer à volonté, poursuit-il. Mais quand vous avez changé toutes les pièces, votre voiture n’est plus votre voiture.»

«Individualisme exacerbé»
Pour François Dermange, professeur d’éthique à la Faculté de théologie de l’Université de Genève, la vision de Ray Kurzweil sur l’immortalité est le reflet d’un hyper-individualisme. «Je suis quelqu’un de si formidable que je mérite de vivre infiniment. Mais le traitement proposé a probablement un coût non négligeable, ne permettant qu’à une élite aisée d’être immortelle. Pourquoi mériterait-elle plus une vie éternelle?» Le professeur met également en avant un autre aspect négatif de cette envie de «vivre de manière infinie dans un monde fini»: les ressources sur terre ne seront pas disponibles pour toujours. «Heureusement que nous mourrons, s’exclame-t-il. L’espèce humaine est trop envahissante, prenez le changement climatique par exemple.»
La théorie de Ray Kurzweil aurait également été réfutée par le philosophe grec Platon, car il est impossible d’être corporellement immortel. «Il faut se détacher du monde pour parvenir à être éternel, poursuit François Dermange. L’immortalité de l’âme n’est possible que par un dépassement de soi-même, impossible à réaliser sur terre.» Des propos qu’appuie François-Xavier Putallaz, professeur de philosophie à la Faculté de théologie de l’Université de Fribourg: «Le projet de Ray Kurzweil n’est qu’une manière de compenser notre impossibilité terrestre à vivre sans fin. Tout comme il y a d’autres façons de ne jamais mourir, notamment au travers de réalisations matérielles: par exemple faire des enfants, créer des œuvres d’art, avoir du succès. De cette manière, quelque chose de la vie continue après notre disparition.»
Pourquoi la peur de la mort est-elle une obsession chez l’homme depuis la nuit des temps? «Parce que nous ne sommes pas faits pour mourir mais pour vivre, souligne François-Xavier Putallaz. Nous sommes si attachés à notre existence que nous ne croyons pas à notre propre mort: nous savons qu’elle existe car nous la voyons et que nous savons que l’homme, donc soi-même, est mortel. Mais mourir restera toujours un scandale pour l’être humain.» Pour le professeur d’éthique François Dermange, cela provient entre autres de notre besoin de perfectionnisme: «vieillir est difficile à accepter, ne plus être séduisant ou intelligent. La vie est un long processus de dégénérescence. Avoir du mal à encaisser que nous sommes mortels est universel.»

Au-delà de la matière
L’idée d’un monde meilleur «après» ne serait qu’une façon de se rassurer lors de son vivant? «Non! Platon ou encore Aristote ont démontré qu’il existait quelque chose qui dépasse la matière, argumente François-Xavier Putallaz. S’il n’y avait que la matérialité, celle-ci ferait obstacle à la moindre activité intellectuelle. Ils prouvent ainsi qu’il y a réellement quelque chose «d’autre» qui n’est pas réduit au corps physique.»
Une notion qui diffère dans la religion, selon François Dermange: «Le chrétien qui croit à la résurrection croit aussi en un sens à la vie éternelle, mais à une vie qui n’est pas qu’un simple prolongement de celle-ci. Une vie inattendue, autre que celle que nous expérimentons ici-bas, et sur laquelle il ne sait pas grand-chose.
Une vie qui n’est ni celle de notre corps, de notre raison, ni celle de l’«âme». Pour autant, l’envie de vivre éternellement séduit-elle le professeur d’éthique? «Surtout pas! La logique de la vie est faite de générations qui passent et d’autres qui prennent le relais. Et puis, cette vie n’est pas l’absolu: il y a quelque chose après.»
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MessageSujet: Re: la vie éternelle   Lun 13 Fév 2017, 17:02

Avant tout, une relation
À y regarder de plus près, la vie éternelle n’est pas dans la Bible un bien qu’on pourrait posséder ou perdre. C’est avant tout une réalité à vivre. Dès aujourd’hui.
Jésus l’a clairement dit dans sa prière au Père: «La vie éternelle, c’est te connaître toi, le seul vrai Dieu, et connaître celui que tu as envoyé, Jésus-Christ».

Or, toute la Bible témoigne que connaître quelqu’un, ce n’est pas savoir des choses à son sujet. C’est avant tout être en relation personnelle avec lui. Dans le cas présent, on ne peut connaître Dieu qu’en lui parlant et en l’aimant au quotidien.

Avoir la vie, être sauvé, sont donc des expressions qui signifient l’intimité que le Christ veut créer et entretenir avec celui qui met sa confiance en lui. Ni la mort ni la vie ne pourront jamais y mettre un terme. C’est pour cela que l’apôtre Paul s’écrie quelques années plus tard: «Pour moi, vivre, c’est le Christ, et si je dois mourir, j’y gagne....». En d’autres termes, même s’il rencontre des conditions difficiles (il est injustement en prison, à cause de sa foi), il ne se plaint pas car le Christ vit en lui. Cela suffit pour le combler. Cependant, il attend quelque chose de mieux encore après sa mort car il a conscience que cette présence du Christ lui sera encore plus sensible. Tous les obstacles auront disparu.
http://www.publicroire.com/croire-et-vivre/reflexion/article/mourir-une-porte-qui-s-ouvre-la-vie-eternelle-a-commence
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MessageSujet: Re: la vie éternelle   Lun 13 Fév 2017, 17:09

Selon Wikipedia

La vie éternelle dans la Bible[modifier | modifier le code]
La Bible fait 44 fois référence à la vie éternelle. Une fois dans l'Ancien Testament (Daniel 12:2) et 43 fois dans le Nouveau Testament. L'auteur qui en fait le plus mention est l'apôtre Jean (17 mentions dans son évangile, 6 dans sa première épître).
Parmi ces références, énoncées par Jésus :
« Quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais. » (évangile de Jean 11, 26)
« Car Dieu a tant aimé le monde, qu'Il a donné Son Fils unique afin que quiconque croit en Lui ne périsse point, mais qu'il ait la vie éternelle. » (Évangile de Jean chapitre 3 verset 16)
« Or, la vie éternelle, c’est qu’ils te connaissent, toi, le seul vrai Dieu, et celui que tu as envoyé, Jésus-Christ. » (Jn 17:3)
Le patriarche Hénoch et le prophète Élie sont montés au ciel sans mourir.

La vie éternelle pour les Égyptiens de l'Antiquité[modifier | modifier le code]
Isis, en tant qu'épouse d'Osiris, est la déesse associée aux rites funéraires. Après avoir retrouvé treize des quatorze parties du corps de son bien-aimé, assassiné et dépecé par Seth, son frère jaloux, elle lui donna le souffle de la vie éternelle, et lui donna un fils Horus.
Pour pouvoir se réjouir de la vie éternelle, les Égyptiens avaient besoin de faire conserver intact leur corps et leur nom. Être privé de l'un ou de l'autre était à leurs yeux le châtiment ultime. Le nom d'Akhénaton fut consciencieusement effacé de partout.
Le palmier est le symbole de la vie éternelle.

La vie éternelle dans le spiritisme[modifier | modifier le code]
Selon la doctrine spirite, l'homme possède un esprit éternel qui survit à la mort du corps physique et qui évolue vers toujours plus de perfection. L'esprit s'incarne dans un corps physique autant de fois que nécessaire pour atteindre un niveau qui lui permettra ensuite de rester éternellement dans un monde spirituel1.

La vie éternelle, dôme de l'Église catholique[modifier | modifier le code]
Ce thème de la vie éternelle est un des quatre thèmes du credo (les trois autres étant la Trinité, l'Église et le pardon des péchés).
Le « credo » (« je crois » en latin) est un texte qui énonce la foi catholique (« catholique » = universel en grec) depuis les origines sous la forme du Symbole des apôtres, puis sous la forme du Symbole du concile de Nicée-Constantinople (an 385).
« Je crois à la vie éternelle » est un article du credo selon la formule originelle du Symbole des apôtres, prolongeant l'article « je crois à la résurrection de la chair », où le terme « chair » désigne l'homme dans sa condition de faiblesse et de mortalité, rachetée par le « Verbe fait chair ».
Le credo selon le symbole de Nicée-Constantinople, professe, lui, la « résurrection des morts ».
Cela signifie que l'état définitif de l'homme ne sera pas seulement l'âme spirituelle séparée du corps, mais que les corps mortels seront appelés à reprendre vie, au dernier jour, incorruptibles2.
Toutefois la « vie éternelle » commence avant cette résurrection finale des corps : « la vie éternelle est la vie qui commence aussitôt après la mort »3 pour l'âme immortelle qui est séparée du corps qui, lui, tombe en corruption.
« La vie du monde à venir » désigne le fait de la vie après la mort. Au delà de cette question de la vie après la mort se pose surtout la question du jugement de chacun et des conditions de cette vie : purgatoire, enfer, paradis.

↑ "Question n°153 : Dans quel sens doit-on entendre la vie éternelle ? Réponse : C'est la vie de l'Esprit qui est éternelle ; celle du corps est transitoire et passagère. Quand le corps meurt, l'âme rentre dans la vie éternelle. » Question : Ne serait-il pas plus exact d'appeler vie éternelle celle des purs Esprits, de ceux qui, ayant atteint le degré de perfection, n'ont plus d'épreuves à subir ? Réponse :C'est plutôt le bonheur éternel, mais ceci est une question de mots ; appelez les choses comme vous voudrez, pourvu que vous vous entendiez." Allan Kardec, Le livre des Esprits
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MessageSujet: Re: la vie éternelle   Mar 14 Fév 2017, 00:58

@ free:
- dans ta citation de 1 Jean 2,17, l'expression traduite "à jamais" est bien apparentée à l'épithète "éternelle" (aiônios) dans "vie éternelle": c'est le substantif aiôn (= l'"éon", l'"âge", le "siècle", la durée puis l'étendue du monde ou d'un monde), dans la formule eis ton aiôna qui traduit régulièrement diverses expressions hébraïques similaires (le-`ôlam, `ad-`ôlam) dans la Septante grecque. Il en existe des formes redoublées, à la mode hébraïque (cf. le "Saint des saints" ou le "Cantique des cantiques"), qui ont été décalquées en grec puis en latin, d'où le fameux "pour le(s) siècle(s) des siècles" (amen).
- dans ta citation de 1 Jean 3,16, "donner sa vie" correspond à l'expression de Jean 10,17s, "(dé)poser sa psukhè" (psukhèn tithèmi). Elle s'en distingue par l'adjonction d'un pour (huper, pour nous / pour les frères), mais c'était déjà le cas en Jean 10,11 ou 15,13 p. ex.

@ lct: je crois me souvenir, de mes années JWD, que l'un des chantres américains ou anglais du "transhumanisme" (dont j'ai oublié le nom, mais ce n'était pas Kurzweil -- auteur d'une théorie de trois sous ?) était passé par une éducation jéhoviste... l'analogie est en tout cas frappante.

Pour le dire un peu brutalement, il me semble qu'il faut n'avoir rien compris à la vie ni à soi-même pour vouloir, sérieusement, abolir la mort. Que ça soit compatible avec une formation "scientifique" m'étonne déjà, que ça le soit avec le grand âge, beaucoup plus. Je comprends que ça puisse attirer des jeunes qui ne peuvent pas considérer leur mort autrement que comme un scandale, je comprends beaucoup moins qu'on puisse vieillir sans être frappé à un moment ou à un autre par l'heureuse nécessité de la mort dont dépend absolument tout ce que nous sommes, de la sexualité à la culture. Je repense aux vieux (pas savants du tout) qui s'écriaient "surtout pas !" quand, adolescent, je leur prêchais la "vie éternelle" de la façon la plus niaise: je ne pouvais pas les comprendre à l'époque, aujourd'hui je ne peux que leur donner raison à titre posthume (ça leur fait une belle jambe).

La "vie éternelle" qui passe par l'abandon ou la perte de "soi", ce n'est pas la prolongation indéfinie de l'identité de M. Dugenou et de Mme Tartempion. C'est aussi clair dans les textes chrétiens que dans le bouddhisme, à condition qu'on les lise...
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MessageSujet: Re: la vie éternelle   Mar 14 Fév 2017, 12:29

Pourquoi la vie éternelle implique-t-elle (voir oblige) à  la pratique de l'amour fraternel ?

"Nous, nous savons que nous sommes passés de la mort dans la vie, puisque nous aimons nos frères. Qui n’aime pas demeure dans la mort." 1 Jean 3,14
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MessageSujet: Re: la vie éternelle   Mar 14 Fév 2017, 15:34

"Impliquer" me semble... impliquer un lien de type "logique", et du genre "enchaînement logique contraignant" (déduction, syllogisme), même quand celui-ci fonde ou sous-tend une "obligation" ou un "devoir" moral.

La question pourrait se scinder en deux: par quels liens ou enchaînements logiques, rhétoriques, les textes johanniques rattachent-ils effectivement "l'amour" à "la vie éternelle" ? ces liens nous paraissent-ils, à nous, "logiques" et "contraignants", ou bien sommes-nous obligés de penser différemment la relation éventuelle entre "l'amour" et "la vie éternelle" ?

Il faut d'abord remarquer que le thème de "l'amour", du commandement d'amour, est second dans la littérature johannique: sauf oubli de ma part il n'apparaît nulle part dans la première partie de l'évangile qui se conclut au chapitre 12 (Dieu "aime" le monde, le bon berger "aime" ses brebis, mais ça ne constitue pas un "devoir d'amour"). Par contre, le commandement d'amour va devenir dominant à partir du chapitre 13 et dans les épîtres.

Comme on l'a souvent noté ailleurs, le commandement johannique ne commande ni un amour du "prochain" indéterminé, ni un amour des "ennemis" négativement déterminé par opposition à l'amitié (comme dans les Synoptiques), ni un amour général du "monde" (au contraire !), mais un amour mutuel qui est aussi une reconnaissance mutuelle (les uns les autres, amour des "amis" ou des "frères"), déterminé de façon (métaphoriquement ou métonymiquement) génétique ou généalogique. Surtout dans la première épître: "Dieu" est "amour" et "vie éternelle", ceux qui sont nés ou issus de lui, de et pour la "vie éternelle", ne peuvent que s'aimer entre eux, s'ils ne s'aiment pas les uns les autres ils remettent en question leur identité même (leur rapport d'origine et de destination à "Dieu" et à la "vie éternelle"). Lien et enchaînement logique, mythologique, mythogénéalogique, très fort et contraignant, à condition bien sûr qu'on accepte la mytho-généa-logique qui le fonde.

Dans le cas contraire, ce lien et cet enchaînement ne fonctionnent plus, mais il n'est pas impossible d'en inventer d'autres, qui ne seront peut-être pas si différents. P. ex.: mon rapport à "la vie", par-delà "ma vie", le rapport de "ma vie" à cette "vie" qui la précède et lui survivra, passe nécessairement par un rapport à l'autre, à l'autre que j'aime un peu, beaucoup, à la folie ou pas du tout (c'est la saint-Valentin, n'est-ce pas ?). Donc par un "amour" qui peut s'exprimer sous toutes sortes d'espèces, même contraires, d'un "amour" qui unit et dépasse ses propres différences et ses propres contradictions. Même si l'on n'adhère pas a priori aux "mytho-logiques" qui sous-tendent les différents "commandements d'amour" évangéliques, on retombe sur des paradoxes similaires, qui nous renvoient bon gré mal gré aux mytho-logiques chrétiennes, nous obligeant à les méditer à nouveau, à nous les réapproprier autrement.

Moralité: qu'on se sente ou non "impliqué" par les "implications" néotestamentaires, qu'elles soient ou non pour nous "logiques" et "contraignantes", on est toujours contraint tôt ou tard, au moins dans le cadre d'une culture chrétienne même diffuse, de s'expliquer avec elles, en plus d'un sens de cette expression.
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MessageSujet: Re: la vie éternelle   Mar 14 Fév 2017, 17:42

"Je suis la porte : si quelqu’un entre par moi, il sera sauvé, il ira et viendra et trouvera de quoi se nourrir. Le voleur ne se présente que pour voler, pour tuer et pour perdre ; moi, je suis venu pour que les hommes aient la vie et qu’ils l’aient en abondance." Jean 10,9-10

On retrouve dans ce texte, une expression paticulière, "la vie ... en abondance" qui correspond à la vie éternelle. Ce texte pose question, en effet Jésus  dit"si quelqu’un entre par moi, il sera sauvé", comment entre-t-on par Jésus ?

Quelques versets plus loin Jésus revient sur la notion de vie éternelle qui correspond au fait de ne jamais périr et qui la conséquence du croire des brebis.

"Mes brebis écoutent ma voix, et je les connais, et elles viennent à ma suite. Et moi, je leur donne la vie éternelle ; elles ne périront jamais et personne ne pourra les arracher de ma main." Jean 10,27-28 




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MessageSujet: Re: la vie éternelle   Mar 14 Fév 2017, 21:31

La vie "abondante" (perissos) fait aussi penser à la "métaphore" de l'eau dite "vive" (c.-à-d. vivante, au sens courant d'eau courante par opposition aux eaux mortes, dormantes ou stagnantes), jaillissante ou débordante, très présente dans le quatrième évangile (4,10ss; 7,37s; 19,34; cf. 1 Jean 5,6s).

C'est aussi l'occasion de remarquer que l'usage johannique des images ou des figures (paroimia, p. ex. 10,6) ne correspond ni au modèle de la "parabole" avec une "pointe" unique et précise, ni à celui de l'"allégorie" avec une correspondance terme à terme, où chaque élément signifie quelque chose de différent: c'est un usage qu'on pourrait dire chorégraphique ou kaléidoscopique, avec une danse des signifiants et des signifiés: l'eau évoque tantôt ou à la fois la sagesse ou la vie, jaillissant du Père ou du Fils ou du disciple; Jésus est tantôt ou à la fois le berger, la porte et l'enclos, le dedans et le dehors, etc. (J'ai déjà signalé qu'en 10,9 il est question d'"entrer" par lui et d'"entrer et sortir", ce qui constitue en soi un sujet de méditation inépuisable: une entrée définitive qui n'empêche pas la sortie, qui n'est pas un enfermement.)

A noter également que la construction négative de l'hébraïsme eis ton aiôna dont on vient de parler (p. ex. 10,28) induit dans la syntaxe grecque une légère ambiguïté qui est elle-même intéressante: ils ne se perdront jamais, ils ne se perdront pas pour toujours, les deux s'entendent de façon indécidable, quoique la traduction soit contrainte de décider.

Quant à la question "comment", je ne saurais mieux faire que de renvoyer au chapitre 3 qui rassemble une autre constellation d'images (nouvelle naissance et naissance d'en haut, esprit-souffle-vent et eau): où la question "comment" se pose avec insistance, dans la bouche de Nicodème, sans jamais recevoir de réponse.
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MessageSujet: Re: la vie éternelle   Mer 15 Fév 2017, 14:00

Citation :
La question pourrait se scinder en deux: par quels liens ou enchaînements logiques, rhétoriques, les textes johanniques rattachent-ils effectivement "l'amour" à "la vie éternelle" ? ces liens nous paraissent-ils, à nous, "logiques" et "contraignants", ou bien sommes-nous obligés de penser différemment la relation éventuelle entre "l'amour" et "la vie éternelle" ?

L'évangile de Jean établit un lien entre le "croire" et la vie éternelle :

"En vérité, en vérité, je vous le dis, celui qui écoute ma parole et croit en celui qui m’a envoyé, a la vie éternelle ; il ne vient pas en jugement, mais il est passé de la mort à la vie" Jean 5,24

La vie éternelle se reçoit dans la foi. Croire mais croire en quoi ?
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MessageSujet: Re: la vie éternelle   Mer 15 Fév 2017, 14:37

C'est ce que j'appelais la danse des signifiants, où tous les signifiants (au moins positifs) sont interchangeables et non opposables (contrairement à la rhétorique paulinienne p. ex.): du côté des verbes, "croire" ce n'est pas autre chose que "connaître" ou "aimer", ce sont tout au plus différents aspects de la même relation; et du côté de "l'objet", ce qu'il s'agit de "croire", de "connaître" ou d'"aimer", c'est aussi bien le "Père" que le "Fils" ou l'autre qui est "en eux" (et "la vérité", et "la vie", et "la lumière", etc.). Qu'on rentre ou pas dans ce genre de "ronde" ou de "jeu", il n'y a aucun sens à l'interrompre pour isoler un signifiant et l'interroger à part sur ce qu'il voudrait dire "tout seul": il n'est justement pas tout seul, il ne signifie ce qu'il signifie qu'avec tous les autres. Comprendre dans ce cas, ce n'est pas arrêter le mouvement pour le disséquer ou en démonter les pièces, c'est le regarder faire. -- C'est sans doute un peu vrai de tout texte, mais assurément plus de certains textes que d'autres; les textes pauliniens se prêtent beaucoup mieux à l'analyse, à la distinction et à l'opposition "logique" des "concepts", alors que dans le johannisme tout se joue dans le mouvement et les échanges, jamais dans un "mot-clé" isolable du reste. Et réciproquement: par quelque mot qu'on y entre -- ici la "vie éternelle" -- c'est le jeu tout entier qu'on retrouve. D'où peut-être une certaine "éternité", ou du moins une endurance certaine, des textes mêmes: quand des éléments "marchent" moins bien, au moins comme porte d'entrée dans le jeu ou dans la danse (c'est peut-être le cas de la "foi" aujourd'hui, et encore je n'en suis pas sûr), on y entre par d'autres (p. ex. "l'amour"), mais le jeu ou la danse n'en est pas vraiment affecté.
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MessageSujet: Re: la vie éternelle   Mer 15 Fév 2017, 22:27

Il m'est arrivé de rencontrer des "vieux" (comme moi maintenant) qui tout en ne voulant pas prolonger leur vie, du moins celle qu'ils avaient connue et dont ils jouissaient plus ou moins bien, se demandaient également ce qu'il y avait après.

Le Bouddhisme a fait table rase de la vie éternelle en expliquant que lorsque l'on atteint le nirvana il n'y a plus de renaissance ce cycle (samsara) étant terminé. A un disciple qui demandait à Bouddha ce qu'il y avait lorsque l'on a atteint le nirvana et après la mort, Bouddha répondit: des choses dont il n'est pas possible d'expliquer avec des mots qui ne correspondent pas. Un moine compara cette difficulté à ce qui se passerait si l'on imagine le dialogue entre une tortue et un poisson. La tortue dirait je me suis promenée dans un beau jardin, ce à quoi le poisson répondrait: tu veux dire que tu as nagé au-dessus d'un jardin au fond de l'eau, mais non dirait la tortue....
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MessageSujet: Re: la vie éternelle   Jeu 16 Fév 2017, 01:58

Si la vie m'est un jour parue belle, c'est que toutes les souffrances et toutes les morts qui l'avaient précédée et formée jusqu'à ce jour-là ne l'avaient ni obscurcie ni enlaidie. La vie sans moi ne sera pas moins belle.
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MessageSujet: Re: la vie éternelle   Jeu 16 Fév 2017, 09:54

Narkissos a écrit:
Si la vie m'est un jour parue belle, c'est que toutes les souffrances et toutes les morts qui l'avaient précédée et formée jusqu'à ce jour-là ne l'avaient ni obscurcie ni enlaidie. La vie sans moi ne sera pas moins belle.

Merci de partager cette belle et juste pensée.
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MessageSujet: Re: la vie éternelle   Jeu 16 Fév 2017, 14:02

Woody Allen déclara un jour:

L'éternité c'est long surtout à la fin!
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MessageSujet: Re: la vie éternelle   Jeu 16 Fév 2017, 14:17

Citation :
C'est ce que j'appelais la danse des signifiants, où tous les signifiants (au moins positifs) sont interchangeables et non opposables (contrairement à la rhétorique paulinienne p. ex.): du côté des verbes, "croire" ce n'est pas autre chose que "connaître" ou "aimer", ce sont tout au plus différents aspects de la même relation; et du côté de "l'objet", ce qu'il s'agit de "croire", de "connaître" ou d'"aimer", c'est aussi bien le "Père" que le "Fils" ou l'autre qui est "en eux" (et "la vérité", et "la vie", et "la lumière", etc.).

Il me semble que la vie éternelle johannique ne correspond pas à une "espérance" ou "récompense" mais elle est la conséquence d'une "relation", d'un partage entre les élus d'un côté et le Père et le Fils de l'autre.
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MessageSujet: Re: la vie éternelle   Jeu 16 Fév 2017, 15:12

@ lct: la citation circule sous de nombreuses variantes, mais j'aime bien le "surtout vers la fin" (towards the end, near the end). Smile

@ free: ni espérance ni récompense en effet, mais à mon avis même pas conséquence -- j'ai parlé du verbe "avoir" (la vie éternelle), je n'ai pas mentionné son temps, présent (3,16; 5,24 etc.). Il y a effet de synonymie chorégraphique, qui tient au fait que des mots qui ne sont pas des synonymes sont employés comme des synonymes. La "vie éternelle" c'est "Dieu", et "Jésus-Christ", et "l'amour", et "la connaissance", et "la foi", et "la lumière", etc. Evidemment il ne faut surtout pas réinscrire la "définition" paradoxale produite par le texte dans la définition lexicale des mots, sans quoi tout cet effet se réduit à une tautologie: "la vie éternelle c'est la vie éternelle", "Dieu c'est Dieu" etc.
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MessageSujet: Re: la vie éternelle   Jeu 16 Fév 2017, 16:30

Citation :
ni espérance ni récompense en effet, mais à mon avis même pas conséquence -- j'ai parlé du verbe "avoir" (la vie éternelle), je n'ai pas mentionné son temps, présent (3,16; 5,24 etc.). Il y a effet de synonymie chorégraphique, qui tient au fait que des mots qui ne sont pas des synonymes sont employés comme des synonymes. La "vie éternelle" c'est "Dieu", et "Jésus-Christ", et "l'amour", et "la connaissance", et "la foi", et "la lumière", etc. Evidemment il ne faut surtout pas réinscrire la "définition" paradoxale produite par le texte dans la définition lexicale des mots, sans quoi tout cet effet se réduit à une tautologie: "la vie éternelle c'est la vie éternelle", "Dieu c'est Dieu" etc.

Merci Narkissos pour cette explication. La lecture de 1 Jean 1,1 ss, me laisse perplexe, qui est cette "parole de la vie" qui "était dès le commencement" que les disciples "ont palpé" ?


"Ce qui était dès le commencement, ce que nous avons entendu, ce que nous avons vu de nos yeux, ce que nous avons contemplé et que nos mains ont palpé, — il s'agit de la parole de la vie (car la vie s'est manifestée, nous avons vu, nous rendons témoignage et nous vous annonçons la vie éternelle, qui était auprès du Père et qui s'est manifestée à nous) — ce que nous avons vu et entendu, nous vous l'annonçons, à vous aussi, pour que vous aussi vous soyez en communion avec nous. Or notre communion est avec le Père et avec son Fils, Jésus-Christ. Cela, nous, nous l'écrivons, pour que notre joie soit complète" 1 Jean 1,1 ss

Ce "commencement" a-t-il un rapport avec le "commencement" du prologue de Jean ou avec le début de la tradition chrétienne ?
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MessageSujet: Re: la vie éternelle   Jeu 16 Fév 2017, 23:42

Le rapport entre le Prologue de l'évangile et celui de l'épître est à peu près le même qu'entre les deux versets que je rapprochais au tout début de ce fil (Jean 17,3 // 1 Jean 5,20): on prend les mêmes mots ou expressions (commencement, était, parole = logos, auprès de, Dieu, vie, lumière, nous avons vu, etc.) et on les fait danser, tourner, un peu autrement, dans d'autres combinaisons. On peut toujours s'amuser à comparer les figures et les déplacements des éléments d'une chorégraphie à l'autre et même d'un pas à l'autre (p. ex. "la vie éternelle" occupe la place du logos "auprès du Père" dans la parenthèse), mais tenter de définir le sens des mots un par un est parfaitement vain et littéralement à contresens du texte, puisque le mouvement de celui-ci a justement pour effet de produire l'équivalence ou l'interchangeabilité de tous les signifiants. L'auditeur qui laisse les mots tourner dans sa tête se dit "tout ça (le commencement, Dieu, la vie éternelle, le Père, le Fils, la communion, la joie, etc.) c'est la même chose", et il a compris tout ce qu'il y avait à comprendre.

J'ajoute que ce n'est pas rien ni peu de chose: montrer qu'il n'y a jamais qu'une seule et même chose à comprendre, à connaître, à croire, à aimer, à contempler, à expérimenter sous tous les noms, tous les mots et tous les énoncés, c'est ce que cherche à faire depuis toujours le discours religieux, monothéiste en particulier, et à quoi il échoue chaque fois qu'il se systématise en corps de doctrine de plus en plus compliqué, avec toujours des choses et encore d'autres choses à apprendre, à retenir, à distinguer, à organiser.

Je parlais à ce sujet de monomathie, comme je ne suis pas à un néologisme près je dirais que le style johannique est éminemment "monagogique": par sa façon de jouer avec les mots il conduit vers l'un qui est dans un sens au-delà des mots, mais auquel tous les mots renvoient si on les entend d'une certaine manière, interchangeable précisément (ce que dit très joliment la tradition islamique des 99 noms de Dieu: multiplicité infinie, indifférence et manque essentiel des "signifiants" pour le seul "signifié" qui compte, et qui demeure hors compte; évidemment on peut aussi passer à côté de la figure et apprendre bêtement les 99 noms de Dieu comme 99 choses à savoir).
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MessageSujet: Re: la vie éternelle   Ven 17 Fév 2017, 12:24

« si l’Esprit de Celui qui a ressuscité Jésus d’entre les morts habite en vous, Celui qui a ressuscité Jésus Christ d’entre les morts donnera aussi la vie à vos corps mortels par son Esprit qui habite en vous » (Rm 8,11).

« L’Esprit [de Dieu] donnera aussi la vie à vos corps mortels »). Le croyant est ainsi au bénéfice d’une puissance résurrectionnelle qui opère une ouverture dans l’univers clos d’un corps, certes toujours voué à la mort mais à qui est promise une vie qui dépasse la simple existence biologique : « Car si vous vivez de façon charnelle (lit. « selon la chair »), vous mourrez ; mais si, par l’Esprit, vous faites mourir votre comportement charnel, vous vivrez » (v.13).

https://cerri.revues.org/1255#tocto2n6
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