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 Évangéliser sans faire de prosélytisme - est-ce possible ?

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MessageSujet: Évangéliser sans faire de prosélytisme - est-ce possible ?   Jeu 27 Avr 2017, 12:00

Le prosélytisme consiste à faire connaître sa pensée, ses convictions pour convaincre autrui de leur bien-fondé et obtenir son adhésion,  Il vise à terme la conversion de l’autre. Le terme prosélytisme est péjoratif,   il renvoie à des activités comme le colportage, la propagande, le racolage, l'endoctrinement ("car nous ne sommes pas des colporteurs  de la parole de Dieu" 2 Cor 2,17 TMN).
A  l’inverse le termes d’évangélisation, a une connotation plus positive et exclut toute tentative d'imposer ses croyances. Cette différence est-elle pertinente ? Est-il légitime de partager sa foi ? Prosélytisme rime-t-il avec respect des croyances d'autrui ? Pourquoi le prosélytisme est-il souvent vécu comme agressif ? 


La position de la Watchtower :


Notre œuvre est-elle du prosélytisme ?

Il est vrai que nous diffusons le message de la Bible « jusque dans la région la plus lointaine de la terre », « en public et de maison en maison », selon le commandement biblique (Actes 1:8 ; 10:42 ; 20:20). Et comme les premiers chrétiens, nous sommes parfois accusés de prosélytisme illégal (Actes 18:12, 13). Cependant, ces accusations sont fausses. Nous n’imposons nos croyances à personne. Au contraire, nous pensons que les gens devraient pouvoir se renseigner suffisamment pour être en mesure de faire un choix en connaissance de cause.
Nous n’obligeons pas les personnes à changer de religion. Nous ne participons pas à des activités politiques sous couvert de la religion et nous n’offrons aucun avantage matériel ou social pour attirer les gens. Notre attitude tranche avec celle des prétendus chrétiens qui déshonorent Christ en se livrant à de telles pratiques *.





ne personne a-t-elle le droit de changer de religion ?



Oui, la Bible montre que les gens ont le droit de changer de religion. Elle parle de nombreuses personnes qui ont choisi de ne pas suivre la religion de leur famille, et qui ont décidé par elles-mêmes d’adorer le vrai Dieu. Abraham,Ruth, des Athéniens et l’apôtre Paul en sont quelques exemples (Josué 24:2 ; Ruth 1:14-16 ; Actes 17:22, 30-34 ; Galates 1:14, 23). La Bible reconnaît même qu’une personne a le droit de faire le choix malheureux d’abandonner le culte que Dieu approuve (1 Jean 2:19).
L’ONU qualifie le droit de changer de religion de « fondement du droit international relatif aux droits de l’homme ». La Déclaration universelle des droits de l’homme atteste ce droit et affirme que toute personne a « la liberté de changer de religion ou de conviction » et « de chercher, de recevoir et de répandre [...] les informations et les idées », notamment religieuses *. Bien sûr, ces droits s’accompagnent de l’obligation de respecter les droits d’une personne à garder ses croyances et à refuser d’accepter les idées qu’elle ne partage pas.



Changer de religion déshonore-t-il les traditions familiales ou les coutumes ?



Ce ne devrait pas être le cas. La Bible nous encourage à respecter chaque individu, quelle que soit sa religion (1 Pierre 2:17). De plus, les Témoins de Jéhovah suivent le commandement biblique d’honorer leurs parents, même s’ils ont des croyances différentes (Éphésiens 6:2, 3).
Mais tout le monde ne partage pas le point de vue de la Bible. Une femme qui a grandi en Zambie raconte : « Chez moi, changer de religion, [...] c’est comme trahir sa famille et sa communauté. » Cette femme a dû affronter cette situation alors qu’elle était adolescente. À cette époque, elle a commencé à étudier la Bible avec les Témoins de Jéhovah, et peu après, elle a décidé de changer de religion. Elle déclare : « Mes parents me répétaient sans cesse qu’ils étaient furieux contre moi et que je les décevais. Cette situation m’était très pénible, car l’approbation de mes parents compte beaucoup pour moi. [...] Je ne trahis pas les miens en choisissant d’être fidèle à Jéhovah * plutôt qu’aux traditions religieuses. »


https://www.jw.org/fr/temoins-de-jehovah/faq/changer-de-religion/


Dernière édition par free le Ven 28 Avr 2017, 10:16, édité 1 fois
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Narkissos

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MessageSujet: Re: Évangéliser sans faire de prosélytisme - est-ce possible ?   Jeu 27 Avr 2017, 14:10

Ces deux mots d'origine grecque nous viennent du Nouveau Testament où ils sont déjà discriminants: les "chrétiens" (Jésus déjà, [ou] par extension rétrospective) "évangélisent" (= annoncent l'"évangile" ou la "bonne nouvelle", l'eu-aggelion) tandis que les "juifs" et plus spécialement les "pharisiens" (f)ont des "prosélytes" (c.-à-d. des "nouveaux venus", à la lettre des "approchés", dérivé du verbe pros-erkhomai, au parfait pros-elèlutha = "venir vers / à, s'approcher", et déjà utilisé dans la Septante pour traduire l'hébreu ger qui désigne les "immigrés" ou les "résidents étrangers", notamment en Israël; cf. Matthieu 23,15; Actes 2,10; 6,5; 13,43). -- Un intérêt de cette observation, du point de vue de l'histoire des religions, c'est de montrer que le judaïsme n'a pas attendu le christianisme pour glisser de la catégorie de "religion ethnique" à celle de "religion universelle", susceptible d'intéresser tout le monde ou du moins d'attirer des non-Juifs au sens "ethnique". C'est le succès de la concurrence chrétienne, à mesure qu'elle s'en distingue, qui renverra après coup le judaïsme à un statut de religion essentiellement ethnique où les conversions sont marginales.

Ces considérations étymologiques et historiques n'éclairent évidemment guère l'usage actuel des mots français -- on peut tout juste constater que celui-ci prolonge à sa manière la discrimination axiologique ("jugement de valeur") du NT ("chrétienne" donc et plus ou moins antijudaïque): "évangéliser" c'est plutôt bien vu, "faire du prosélytisme" c'est plutôt mal vu. Mais en pratique, comme tu le suggères, ça revient un peu au même: difficile en tout cas de faire l'un sans l'autre. L'"évangélisation" est une activité de "publicité" ou de "propagande" (de "communication", dirait-on aujourd'hui) qui vise une certaine "conversion", laquelle résulte presque toujours, directement ou indirectement, d'une telle "publicité".
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le chapelier toqué

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MessageSujet: Re: Évangéliser sans faire de prosélytisme - est-ce possible ?   Ven 28 Avr 2017, 00:26

L'histoire racontée sur le site jw.org sur le thème "changer de religion" pourrait être publiée par tous les magazines religieux de part le monde.

En effet toutes les religions s'accordent sur le fait que tout un chacun devrait pouvoir changer de religion à la condition qu'il ne sorte pas de celle qui raconte le parcours d'un nouveau converti. Quitter une autre religion est bien vu cependant, aucune religion n'accepte de voir partir un de ses membres pour une autre pratique religieuse.

L'an passé s'est tenu à Genève un séminaire d'une journée sur les minorités religieuses organisé par une ONG "Genève pour les Droits de l'Homme" auquel je collabore. Ce problème de départ/conversion a été évoqué et a provoqué de vives discussions. Toutes allaient dans le même sens, une personne devrait pouvoir se tourner vers une religion librement ce devrait être un droit acquis, mais aucune religion ne veut perdre de membres au profit d'une autre.
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Narkissos

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MessageSujet: Re: Évangéliser sans faire de prosélytisme - est-ce possible ?   Ven 28 Avr 2017, 10:56

Il va de soi que ce genre de question ne se pose que dans une situation de mixité culturelle -- situation qui existe depuis qu'il y a des empires et des déplacements de population, de la guerre et des conquêtes, des migrations et du commerce, autant dire au moins aussi vieille que "l'histoire", et qui cependant n'en affecte jamais que des moments et des lieux particuliers: il y a de longs siècles où de larges populations ont vécu à l'écart de toute influence étrangère, sans exercer elles-mêmes aucune influence sur qui que ce soit. C'est ça -- les zones de culture relativement homogène -- qui est en train de disparaître avec la mondialisation libérale et Internet; mais qui donnait aussi l'impression de disparaître, à une moindre échelle, à l'époque de l'empire romain (époque du "prosélytisme juif" et de l'"évangélisation chrétienne", parmi beaucoup d'autres), pour se reconstituer plus tard (dans le moyen-âge occidental où pour l'immense majorité des chrétiens il n'y avait personne à "évangéliser", et où les juifs ne faisaient plus guère de "prosélytes" -- bien que l'islam soit assez vite venu en animer les marges).

Effectivement, la réciprocité est la pierre de touche de l'"ouverture": le "droit" de l'un est forcément ressenti comme une menace ou une agression par l'autre; là où il y a différence et contact il y a conflit, exercice d'un rapport de force et d'intelligence stratégique, dans la "communication" comme dans la "violence". Πόλεμος πάντων μὲν πατήρ ἐστι πάντων δὲ βασιλεύς: Polemos, la guerre et plus largement le conflit, la lutte, masculin en grec, père et roi de tout, disait Héraclite (fr. 53); appeler ça "amour" n'en change pas le caractère.
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MessageSujet: Re: Évangéliser sans faire de prosélytisme - est-ce possible ?   Ven 28 Avr 2017, 11:28

Citation :
L'histoire racontée sur le site jw.org sur le thème "changer de religion" pourrait être publiée par tous les magazines religieux de part le monde.

Sous la rubrique "Changer de religion déshonore-t-il les traditions familiales ou les coutumes ?", il amusant de lire que la Watchtower respecte le libre choix de changer de religion (en se référant à la Bible) mais précise "Mais tout le monde ne partage pas le point de vue de la Bible." Ensuite elle cite le cas d'une femme qui a grandi en Zambie qui a souffert de la réaction de ses parents après avoir fait le choix de "servir Jéhovah", qui indique : " Je ne trahis pas les miens en choisissant d’être fidèle à Jéhovah  plutôt qu’aux traditions religieuses".

Dans cet article, la Watchtower ne nous explique pas comment elle considère l'attitude d'un Témoin de Jéhovah qui fait le choix de changer de religion. Ensuite, je dirai qu'elle soulève quand même une question intéressante et qui mérite réflexion : "Changer de religion déshonore-t-il les traditions familiales ou les coutumes ?"

Il me semble que même si chacun à le droit de changer de religion, on ne peut pas ignorer ou occulter le ressenti des familles ou des communautés d'ou sont issues ces personnes qui changent de religion. En fait cela pose la question de savoir si l'évangélisation ou le prosélytisme peuvent s'effectuer sans déprécier ou dénigrer les religions locales ?


Pour alimenter notre discussion, je porte à votre attention cet article (je ne pas apprécier la justesse de l'article mais il mérité réflexion) : "La face cachée du prosélytisme évangélique en Algérie"


"Il est intéressant de connaître le mode opératoire des missionnaires du cru. Les missionnaires d’obédience " méthodiste " ont installé des sortes de cellules mobiles qui sillonnent le pays où ils sont reçus, informés de la réalité du terrain et guidés par leurs antennes locales. Ils se mettent alors en action, et font une sorte de porte à porte. A Oran, ils se mêlent, dès l’aube, aux longues queues des personnes qui viennent déposer des demandes de visa aux consulats de France et d’Espagne. Ils prennent langue avec les gens qui attendent leur tour, souvent depuis des jours, et qui pour la plupart viennent de l’arrière pays, de Mascara, Sidi Bel Abbes, Tiaret, Saïda et toutes ces villes où règne un chômage endémique, où les notables locaux se conduisent en seigneurs féodaux, où la corruption fait rage et où le seul espoir d’une vie meilleure est l’obtention d’un visa. Les personnes qui essuient un refus de visa, la majorité des gens qui ont en formulé la demande, sont des proies idéales. Cuites à point. Elles donneraient tout ce qu’elles possèdent pour une promesse d’exil. Malgré cela, l’immense majorité de celles qui ont été approchées par les missionnaires ont décliné l’offre et se sont braquées dès qu’elles ont compris que c’était leur âme qu’on voulait troquer contre une promesse de visa. Les missionnaires déçus par ces fins de non recevoir, parfois brutales, qualifient ces personnes attachées à leur religion et qui préfèrent lui sacrifier leurs espérances les plus chères, de " musulmans formatés ". Parce qu’elles ont refusé d’apostasier leur religion pour une secte."


"Une des méthodes les plus discutables des évangéliques, consiste à faire approcher des lycéens par des missionnaires qui appartiennent au corps enseignant. La technique, très bien rodée, consiste à ratisser parmi les élèves qui ont des difficultés, qui rencontrent des problèmes familiaux et qui ont des examens à passer, surtout le Bac. La méthode, particulièrement insidieuse consiste à mettre ces enfants en situation, à créer autour d’eux, pendant les cours de " rattrapage ", un climat de chaleur humaine et de fraternité. Les jeunes adolescents ne voient rien venir et sont pris dans le filet sans avoir compris qu’ils étaient devenus des nouveaux nés d’une nouvelle religion. Les promesses d’études à l’étranger après l’obtention de leur bac et l’obligation, qui leur est imposée par leurs pasteurs, de garder secrète leur conversion jusqu’à leur majorité, font que bien souvent, les parents ne se rendent même pas compte que leur enfant a changé de religion."


"En Kabylie, la méthode de pêche des âmes s’est développée dans des eaux troubles, pour le moins qu’on puisse dire. Les évangéliques avaient réussi à mettre en place une structure bien élaborée, dont la clé de voûte se trouve dans le discours islamophobe et arabophobe d’une rare virulence. Les harangues anti-musulmanes ont vite trouvé un écho favorable au sein d’une certaine jeunesse berbère et berbérophone qui avait ressenti la politique forcenée d’arabisation comme une agression contre son identité culturelle. De là à assimiler l’islam aux arabes qui l’ont répandu dans le pays, en même temps que leur langue, il n’y a qu’un pas, que beaucoup d’extrémistes ont vite franchi. Le discours de haine contre le monde arabe et musulman, développé par les églises évangéliques fait partie du corpus même de l’idéologie évangélique et du sionisme chrétien qui considère que les musulmans sont les soldats de l’antéchrist et que les arabes doivent être affaiblis dans tous leurs pays, afin de permettre à Israël de " récupérer " tous les territoires, jusqu’au dernier centimètre carré, de sa " terre promise ", afin que les prophéties bibliques puissent enfin s’accomplir."

https://www.legrandsoir.info/La-face-cachee-du-proselytisme-evangelique-en-Algerie.html
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MessageSujet: Re: Évangéliser sans faire de prosélytisme - est-ce possible ?   Ven 28 Avr 2017, 13:54

Il y aurait sûrement pas mal de nuances à faire (tous les missionnaires évangéliques en pays musulman ne sont pas des agents de la CIA, et même chez ceux qui le sont ça n'exclut pas de sincères motivations religieuses; tous ne sont pas non plus "sionistes", etc.), mais c'est au moins un "point de vue" intéressant.

Ça me rappelle un séminaire auquel j'ai participé il y a quelques années à Malte, de formation de traducteurs bibliques issus du Maghreb (ce n'étaient pas des missionnaires étrangers, mais des "convertis" pour la plupart). Assez "tendu", en raison d'une part de mes références exégétiques qui heurtaient leur lecture "fondamentaliste" des textes -- mais aussi, hors séance, parce que je me suis risqué à interroger la virulence de leur discours sur (et contre) l'islam -- les deux étaient d'ailleurs liés: le doute exégétique tendait à émousser le tranchant de "la Bible" infaillible contre le Coran, etc.

Et un pasteur méthodiste que j'avais rencontré en Iran -- son prédécesseur avait été lynché pendant la Révolution islamique, précisément comme "agent de la CIA" (les avis étaient partagés sur cette accusation). Son Eglise était toujours, dans les années 1990, sous étroite surveillance, parce qu'elle était de langue commune (farsi) et donc suspecte de prosélytisme (alors que les chrétiens arméniens ou chaldéens-syriaques, dont les "communautés" étaient clairement délimitées par une langue différente, jouissaient d'une réelle liberté sous le régime des mollahs: il y avait même des débats entre théologiens arméniens et musulmans à la télé nationale).

C'est dire qu'il y a une certaine antithèse entre l'évangélisation ou le prosélytisme comme expression foncièrement agressive (même sous des dehors très tolérants) du rapport de force, qui vise à bouger les frontières, et le moment également nécessaire de la négociation et du compromis, qui trace des frontières et s'engage (au moins pour un temps) à les respecter.
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MessageSujet: Re: Évangéliser sans faire de prosélytisme - est-ce possible ?   Ven 05 Mai 2017, 11:17

Citation :
C'est dire qu'il y a une certaine antithèse entre l'évangélisation ou le prosélytisme comme expression foncièrement agressive (même sous des dehors très tolérants) du rapport de force, qui vise à bouger les frontières, et le moment également nécessaire de la négociation et du compromis, qui trace des frontières et s'engage (au moins pour un temps) à les respecter.

Les partisans d'un prosélytisme agressif refusent justement toutes formes de "négociations" et de "compromis",  ils veulent imposer leurs convictions aux autres et les détourner de leurs croyances initiales. Un croyants peut ressentir le besoin de partager sa foi, de débattre, sans pour autant désirer dénigrer les autres croyances. Peut-on considérer le prosélytisme des témoins de Jéhovah comme agressif, dans la mesure ou ils désirent uniquement convaincre leurs interlocuteurs, sans les écouter, sans être dans un véritable échange et en répétant une rhétorique bien rodée ?


Dans notre société laïque, certains considèrent que le port visible de signes religieux est une forme de prosélytisme, cela me semble un peu excessif, qu'en pensez-vous ?
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MessageSujet: Re: Évangéliser sans faire de prosélytisme - est-ce possible ?   Ven 05 Mai 2017, 11:56

Quand j'opposais "évangélisation-prosélytisme" (ou plus généralement propagande) d'une part à "négociation-compromis" d'autre part, je parlais surtout de politique institutionnelle (qu'il s'agisse d'Etats ou de hiérarchies religieuses). Il me semble évident qu'au niveau individuel et de la dynamique des groupes une lutte d'influence est inévitable (c'est la vie même, au sens métonymique de la biologie): on n'empêchera pas des convictions de s'exprimer et des conversions d'arriver. Par contre, les institutions peuvent choisir politiquement, rationnellement, de favoriser ou de décourager le phénomène. Les TdJ et les évangéliques l'encouragent clairement -- de même qu'un islam "fondamentaliste" (qui a d'ailleurs hérité de cette épithète parce qu'il imite, le plus souvent inconsciemment, le fondamentalisme évangélique américain). Les structures traditionnelles (Eglise catholique, Eglises protestantes "historiques", Eglises d'Orient surtout) sont beaucoup plus réservées sur la question -- parce qu'elles entretiennent dans la durée un rapport diplomatique avec les autres qui ne peut qu'être envenimé par les conversions individuelles.

En ce qui concerne l'"ostentation" des signes religieux, je pense qu'on est (depuis longtemps déjà) dans un cercle vicieux: une laïcité indifférente dépouillait les signes religieux de toute signification politique, une laïcité hostile leur confère au contraire de la signification politique, même à rebours de leur "intention". Quand une gamine décide de porter le voile, comment saurait-elle elle-même distinguer entre les motivations culturelles, familiales, religieuses et politiques qui se mélangent forcément dans sa tête, à cause de la multiplicité des regards, des interprétations et des injonctions extérieures ? Jusqu'ici, au moins dans les grandes villes, règne encore à ce sujet dans la population une indifférence bénéfique, malgré l'hystérie des politiques qui jouent avec le feu.

---

Pour revenir à la distinction entre "évangélisation" et "prosélytisme" dans le christianisme occidental, j'ai longtemps été séduit par la théorie (sans préjudice de la pratique) de l'ecclésiologie luthérienne, qui définit "l'Eglise" par cette formule dans la Confession d'Augsbourg de 1530: congregatio sanctorum in qua evangelium recte docetur et recte administrantur sacramenta -- l'assemblée des saints où l'évangile est droitement enseigné et les sacrements droitement administrés. C'est en effet une logique centrifuge, rayonnante, qui se préoccupe de la qualité de ce qui est donné et non de la façon dont cela est ou non, plus ou moins bien, reçu, compris et appliqué; qui ne cherche pas à définir une frontière extérieure entre un "dedans" et un "dehors", ni pour "exclure" de "mauvais chrétiens" ni pour attirer à l'intérieur de "nouveaux chrétiens". Il va de soi que cette logique va de pair avec la structure d'une Eglise "multitudiniste", en l'occurrence "Eglise d'Etat", fût-elle limitée aux Länder "protestants" déterminés par le choix du prince (cujus regio, ejus religio), qui s'étend en principe à la totalité d'un territoire et d'une communauté sans perspective d'expansion au-delà. Mais dans un tel contexte cette idée, qui s'oppose autant en principe à la "discipline" calviniste qu'à l'universalité catholique, suppose bien une "évangélisation" (au sens d'annonce de l'évangile) sans ambition de "prosélytisme".
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