Etre chrétien ou pas?

apporter une aide et fournir un support de discussion à ceux ou celles qui se posent des questions sur leurs convictions
 
PortailPortail  AccueilAccueil  CalendrierCalendrier  FAQFAQ  RechercherRechercher  S'enregistrerS'enregistrer  ConnexionConnexion  

Partagez | 
 

 antijudaïsmes, antisémitismes

Aller en bas 
Aller à la page : Précédent  1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9, 10  Suivant
AuteurMessage
Narkissos

avatar

Nombre de messages : 6188
Age : 59
Date d'inscription : 22/03/2008

MessageSujet: Re: antijudaïsmes, antisémitismes   Ven 11 Mai 2018, 00:09

Nous avions déjà esquissé une comparaison transalpine dans ce (long) fil, mais ça remonte à fin novembre 2017 (p. 4)... :)

Outre les tendances particulières de chaque "ligne éditoriale" et de chaque "journaliste" le cas échéant, les médias français jouent avec des principes "déontologiques" passablement contradictoires. Dans la rubrique "faits-divers" on s'abstient normalement de mentionner la religion ou l'origine ethnique éventuelle(s) du ou des protagonistes, sauf quand celle(s)-ci passe(nt) pour un élément essentiel de l'"information" susceptible de la faire changer de catégorie: ainsi quand une agression est présumée "raciste", "antisémite", "islamophobe", "xénophobe" ou "terroriste". Autant dire que dans la plupart des cas le critère est d'utilisation délicate et assez peu contrôlable.

Il y a eu ici aussi pas mal d'hommes (et quelques femmes) d'Etat juifs de premier ou de second plan: je pense à L. Blum, P. Mendès-France, S. Veil, L. Fabius, D. Strauss-Kahn, J.F. Copé. Rien qu'à voir une telle liste on peut mesurer à quel point les attaques antisémites les concernant ont décru en intensité et en audience: massives avant la guerre, elles sont devenues de plus en plus anecdotiques et/ou scandaleuses après, au point d'être plus utiles que néfastes aux intéressé(e)s (Sarkozy a même tenté un temps de mettre en avant une vague ascendance juive parmi ses ancêtres hongrois, sachant que ça ne risquait pas de le desservir).

Il y a en France un vieil antisémitisme résiduel d'extrême-droite qui remonte à la première moitié du XXe siècle, noyé dans ce milieu même par les couches successives de xénophobie anti-arabe datant de la décolonisation de l'Afrique du Nord au cours des années 1950-60, puis d'islamophobie plus récente; et sans doute des antisémitismes "de gauche" et "islamiste" qui pointent ici et là dans les discours "antisionistes" ou "anti-israéliens". Mais tout cela (qui a sans doute son analogue en Suisse, à l'exception du paramètre colonial) affecte très peu les médias "mainstream", encore moins la politique officielle.

J'ignorais tout du "Pacte fédéral" (dont le texte semble remonter au XIIIe siècle, même si son utilisation à ce titre date de la fin du XIXe).
Revenir en haut Aller en bas
http://oudenologia.over-blog.com/
le chapelier toqué

avatar

Nombre de messages : 1861
Age : 71
Date d'inscription : 31/08/2010

MessageSujet: Re: antijudaïsmes, antisémitismes   Ven 11 Mai 2018, 10:30

Narkissos a écrit:
J'ignorais tout du "Pacte fédéral" (dont le texte semble remonter au XIIIe siècle, même si son utilisation à ce titre date de la fin du XIXe).

C'est effectivement à la fin du 19e siècle que le nouvel état confédéral (créé suite à la constitution de 1848) a jugé nécessaire de susciter une identité nationale; c'est ce qui explique la résurgence du pacte de 1291 et le choix du 1er août pour fête nationale. Déjà le mythe de Guillaume Telle apparaissait, il prit toute sa valeur peu avant 1914. (Désolé d'être hors sujet)
Revenir en haut Aller en bas
Narkissos

avatar

Nombre de messages : 6188
Age : 59
Date d'inscription : 22/03/2008

MessageSujet: Re: antijudaïsmes, antisémitismes   Ven 11 Mai 2018, 11:51

"Antisémitisme", "islamophobie" et "laïcité" forment un triangle tellement pervers que le hors-sujet y est inévitable (et relatif).

La dramatisation de tels sujets dans le discours politico-médiatique ne devrait pas faire perdre de vue ce qu'elle essaie précisément d'occulter, à savoir que ce discours lui-même a une audience et un effet de plus en plus restreints. Globalement les gens lisent (ou regardent, écoutent) de moins en moins les journaux (ou émissions) politiques comme aussi ils votent, s'engagent, militent, manifestent de moins en moins. Ça n'a pas que des avantages mais ça en a aussi. Si outrancier et caricatural que soit le discours, il ne peut plus guère faire écran (c'est le cas de le dire) à l'expérience quotidienne d'une mixité culturelle où les "problèmes" retrouvent assez naturellement leur juste proportion -- modeste ou marginale dans les grandes villes.

[A propos de la formule inaugurale in nomine domini (ou dei), on peut remarquer qu'elle est encore plus musulmane que chrétienne -- cf. le bi-smi-llah er-rahman er-rahim, "au nom du Dieu clément et miséricordieux", qui ouvre non seulement les sourates du Coran et les prêches des mosquées mais, dans de nombreux pays musulmans, les discours politiques, les émissions de radio ou de télévision, les voyages en avion ou en autocar (ce qui est modérément rassurant pour un Occidental); et qu'en revanche elle est assez peu juive: si la thématique générale du "nom de Dieu" provient bien de la Bible hébraïque, cet usage particulier ne s'y trouve guère; on peut dire des prophètes, à la troisième personne, qu'ils parlent "au nom de Yahvé", mais ce n'est pas la formule même des oracles qui leur sont attribués ("oracle/parole de Yahvé", "ainsi parle Yahvé", etc.). L'usage de "au nom de X" dans le discours direct (invocatoire ou incantatoire) relève plutôt d'une pratique "magique" (en particulier exorciste) ultérieure et c'est apparemment de là qu'elle est passée au christianisme (transférée au "nom de Jésus" = kurios = dominus) -- tandis que le judaïsme rabbinique favorisait plutôt la tradition contraire, d'évitement du nom de Yhwh -- et plus tard même d'adonay ou d''elohim. C'est un détail évidemment, mais symptomatique du "destin" historique du judaïsme, de sa "chance" ou de son "malheur" de s'être trouvé à la croisée des chemins et d'avoir fourni -- malgré lui pour l'essentiel -- des formes qui devaient marquer une proportion considérable de l'humanité et des civilisations à venir.]
Revenir en haut Aller en bas
http://oudenologia.over-blog.com/
Patoune

avatar

Nombre de messages : 347
Age : 56
Date d'inscription : 22/03/2008

MessageSujet: Re: antijudaïsmes, antisémitismes   Dim 13 Mai 2018, 12:07

Bonjour,
Je me demande qui hait qui ?
Le Talmud est truffé d'injures, d'incitation à la haine, à l'exploitation, au meurtre même des chrétiens.

Bon dimanche à tous.
Revenir en haut Aller en bas
Narkissos

avatar

Nombre de messages : 6188
Age : 59
Date d'inscription : 22/03/2008

MessageSujet: Re: antijudaïsmes, antisémitismes   Dim 13 Mai 2018, 13:11

Bonjour Patoune,

Voir ici et là.

C'est en tout cas un excellent exemple des méthodes de l'antisémitisme de la fin du XIXe siècle, et de celles de l'antisémitisme résiduel d'extrême-droite dont je viens de parler (qui n'hésite pas à recycler comme parole d'évangile des falsifications amplement réfutées plus d'un siècle auparavant, en l'occurrence du vivant même de leur auteur: avec Internet tout est possible, et parfois efficace -- la preuve).

Bon dimanche.
Revenir en haut Aller en bas
http://oudenologia.over-blog.com/
Narkissos

avatar

Nombre de messages : 6188
Age : 59
Date d'inscription : 22/03/2008

MessageSujet: Re: antijudaïsmes, antisémitismes   Lun 14 Mai 2018, 15:31

En voyant aujourd'hui l'"actualité" de Jérusalem, je suis saisi par l'impression de pseudo-cohérence paranoïaque, infernale ou cauchemardesque qui de toutes parts renvoie "Israël" ou "les juifs" à la malédiction (hantise, obsession) du "sang" et de son ambivalence sacré/impur. Qu'il s'agisse de leurs propres traditions, textes, rites, réels ou imaginaires, de l'opportunisme de leurs chefs religieux ou politiques, de la violence ou de la calomnie de leurs "ennemis" de "droite" ou de "gauche", du soutien ou des encouragements de leurs soi-disant "amis" pousse(nt)-au-crime (évangélicalisme américain au premier rang), tout semble fait pour que jamais ils ne s'en sortent. L'urgence d'une pensée de tout cela est d'autant plus grande qu'elle paraît impossible.
Revenir en haut Aller en bas
http://oudenologia.over-blog.com/
free



Nombre de messages : 4659
Age : 57
Date d'inscription : 21/03/2008

MessageSujet: Re: antijudaïsmes, antisémitismes   Lun 14 Mai 2018, 16:47

Narkissos a écrit:
En voyant aujourd'hui l'"actualité" de Jérusalem, je suis saisi par l'impression de pseudo-cohérence paranoïaque, infernale ou cauchemardesque qui de toutes parts renvoie "Israël" ou "les juifs" à la malédiction (hantise, obsession) du "sang" et de son ambivalence sacré/impur. Qu'il s'agisse de leurs propres traditions, textes, rites, réels ou imaginaires, de l'opportunisme de leurs chefs religieux ou politiques, de la violence ou de la calomnie de leurs "ennemis" de "droite" ou de "gauche", du soutien ou des encouragements de leurs soi-disant "amis" pousse(nt)-au-crime (évangélicalisme américain au premier rang), tout semble fait pour que jamais ils ne s'en sortent. L'urgence d'une pensée de tout cela est d'autant plus grande qu'elle paraît impossible.


Des juifs-américains méfiants

Cet avis n'est pas forcément partagé par la communauté juive américaine: ils n'ont été que 24% a voter pour lui en novembre 2016 et n'ont pas été satisfaits par son début de présidence. Par sa rhétorique de campagne et ses propos virulents contre le «politiquement correct», Donald Trump a libéré en quelques mois la parole de toute une frange gravitant autour des mouvances extrémistes américaines. La communauté juive lui reproche d'avoir implicitement encouragé l'émergence d'un climat propice à la recrudescence des actes antisémites qui, de fait, se sont multipliés depuis son élection avec notamment une série d'incidents perpétrés contre des centres juifs à Birmingham, en Alabama, à Tampa, en Floride, à Saint Paul, dans le Minnesota, à Buffalo, ou encore à Amherst, ou dans l'État de New York. Il y a aussi des actes concrets qui entretiennent les tensions entre Trump et ce groupe comme ce raté lors de la Journée de l'Holocauste, le 27 janvier 2017, quand Donald Trump a oublié, volontairement ou pas, de citer nommément les juifs dans son communiqué. C'est un oubli qui n'est pas passé.

Les évangélistes sont satisfaits

On a aussi trouvé un complément d'explication à l'annonce de mardi soir par la nouvelle proximité de Donald Trump avec les évangélistes américains. Lui même est presbytérien, mais il s'est rapproché de ce groupe religieux extrême en constatant qu'ils lui ont apporté un soutien incontestable, à 81% d'entre eux, soit un quart de l'électorat américain. A l'université Liberty, qui est dirigé par le fils d'un évangéliste célèbre des années 80, Jimmy Falwell, Trump a déclaré "qu'on ne chérit pas son gouvernement mais qu'on chérit son Dieu". Ce groupe était très favorable à la reconnaissance de la capitale de l'Etat d'Israël, au nom "d'un arc biblique" qui unirait les deux religions juive et chrétienne. La décision du président aurait donc été motivée par l'idée de leur faire plaisir, dans un souci de politique intérieure, pour "parler à sa base". Ce n'est certainement pas entièrement faux, mais cela ne suffit pas non plus comme explication, même complémentaire.

https://www.huffingtonpost.fr/jean-eric-branaa/les-8-raisons-qui-ont-pousse-donald-trump-a-reconnaitre-jerusalem-comme-capitale-disrael_a_23301204/
Revenir en haut Aller en bas
Narkissos

avatar

Nombre de messages : 6188
Age : 59
Date d'inscription : 22/03/2008

MessageSujet: Re: antijudaïsmes, antisémitismes   Lun 14 Mai 2018, 18:10

Il faut lire le reste de l'article (malgré les fautes) pour voir que c'est un peu plus compliqué que ces deux extraits pourraient le faire croire: Trump semble mieux perçu par les juifs américains qu'il ne l'était au début de son mandat (la décision sur l'ambassade de Jérusalem y est pour quelque chose), moins bien par les "évangéliques" (et il n'est pas sûr que ladite décision suffise à renverser la tendance, car les incompatibilités du personnage avec l'évangélicalisme sont d'une autre nature). En tout cas la politique pro-israélienne est plutôt consensuelle aux Etats-Unis, c'est dans les relations internationales qu'elle ne l'est pas. Tant que cette politique n'a pas de répercussion négative sur l'économie américaine (et pour qu'elle en ait il faudrait au moins que les Européens se mettent d'accord, cf. ton autre post du jour au sujet de l'Iran), il n'y a guère de raison que ça change.

[D'autre part l'auteur n'a pas l'air de très bien comprendre ce qu'est la mouvance "évangélique" aux Etats-Unis: ce n'est pas un "groupe religieux" distinct mais une nébuleuse dont l'influence est considérable, non seulement dans les "Eglises" qui s'en réclament globalement (baptistes etc.) mais aussi dans une part importante des Eglises "historiques" -- p. ex. presbytérienne(s).]
Revenir en haut Aller en bas
http://oudenologia.over-blog.com/
le chapelier toqué

avatar

Nombre de messages : 1861
Age : 71
Date d'inscription : 31/08/2010

MessageSujet: Re: antijudaïsmes, antisémitismes   Lun 14 Mai 2018, 18:18

Voici un article paru dans le journal (suisse) Le Temps ce matin qui me parait s'intégré dans le fil:

Le statut de Jérusalem à la lumière de l’histoire

OPINION. Alors que les Etats-Unis déplacent leur ambassade en Israël de Tel-Aviv à Jérusalem, l’ancien sous-secrétaire général des Nations unies Marcel Boisard déplore une nouvelle entorse au droit international. C’est l’ONU qui est un peu plus discréditée. Rappel historique.

Il existe des lieux sacralisés par la géographie, la religion ou l’histoire.

Jérusalem en représente l’illustration. Sa force symbolique engendra plus de violence que de coexistence. Ainsi son destin fut-il riche, brillant et douloureux.

Les trois monothéismes

La place de Jérusalem dans la conscience des trois monothéismes est spécifique. Pendant la courte période initiale de la mission de Mohammed, les musulmans prièrent en direction de Jérusalem. Ils furent ensuite instruits de se tourner vers La Mecque. La référence coranique apparaît lors de l’évocation du «Voyage nocturne». Le Prophète aurait été transporté de La Mecque à Jérusalem et, de là, vers Dieu lors d’une ascension céleste. Sur l’emplacement d’où le cheval ailé quitta censément la terre, la mosquée d’Omar fut érigée. Elle demeure l’un des joyaux de l’architecture mondiale. Cette esplanade du «Noble Sanctuaire» (Haram el-Sharif) représente le troisième lieu saint de l’islam.

Les chrétiens sont attachés à une Terre sainte. Le concept même de Jérusalem est cependant très ambigu, selon qu’il est placé dans une perspective de spiritualité ou de territorialité. La Jérusalem céleste est une approche mystique de tout endroit où la vie chrétienne est vécue. La Jérusalem terrestre, quant à elle, représente concrètement la terre où Jésus a vécu. Elle a servi de prétexte aux croisades et demeure vénérée par des millions de pèlerins, catholiques et orthodoxes, surtout.

Enfin, dans la conscience juive, Jérusalem serait une réalité concrète qui a traversé les siècles. Le roi David en fit un centre d’identification «nationale». Elle devint le symbole d’une entité humaine séculaire, qui se maintint malgré les vicissitudes de l’histoire. Sous son autre nom, Sion, elle se prétend le lieu de rassemblement de la diaspora. Symbolisation d’un peuple, elle est évoquée avec émotion par tout Juif, religieux ou laïc, voire athée. Ces différentes formes de sacralisation ne facilitent pas le dialogue, car elles sont foncièrement irrationnelles.

Depuis les pharaons

Apparue il y a quelque quatre millénaires, la ville semble avoir été gouvernée par des chefs, jouissant de fonctions politique et sacerdotale, vassaux du pharaon égyptien. Son nom initial fut hébraïsé en Yérushalayim, soit «fondement de la double paix». Mille ans avant l’ère chrétienne, elle fut prise par le roi David, puis gouvernée, pendant cinq siècles, par ses successeurs dont Salomon, qui l’embellit.
Elle n’a pas toujours été une capitale, mais souvent une cité autonome et sans cesse un centre religieux éminent. Les grands conquérants de l’Antiquité s’en emparèrent, Nabuchodonosor, le Babylonien, en chassa les Assyriens. Les populations furent déportées. De cette époque remonte la mélancolie obsessionnelle et très violente du peuple juif: «Si je t’oublie, Jérusalem…» Les troupes de Darius le Perse, puis d’Alexandre le Grand s’imposèrent. A la période hellénistique suivirent Hérode et l’Empire romain, pendant plus de 600 ans. La majorité de la ville était chrétienne, mais elle s’affirmait aussi comme un centre culturel de la diaspora juive.

Ces différentes formes de sacralisation ne facilitent pas le dialogue, car elles sont foncièrement irrationnelles

Dès le début de l’ère chrétienne, le territoire stratégique, s’étendant de la rive méditerranéenne au fleuve Jourdain, et de l’Egypte à la Syrie, fut appelé Palestine. Au VIIe siècle, les armées musulmanes s’en emparèrent et donnèrent à Jérusalem une appellation arabe, Al-Quds, «la sanctifiée». Diverses dynasties musulmanes s’y succédèrent, avec une interruption de près de quelque 200 ans, lors du Royaume franc autour des «Lieux saints» chrétiens, dès le milieu du XIe siècle.

Impossible mandat palestinien

En 1517, la Palestine fut incorporée à l’Empire ottoman, dont elle fit partie jusqu’à la fin de la Première Guerre mondiale. Elle passa alors sous un «mandat» que la Société des Nations avait confié aux Britanniques.
La gestion du mandat palestinien s’avéra vite impossible car il visait deux objectifs contradictoires: conduire la population arabe à l’indépendance et constituer, contre la volonté des autochtones, un foyer national pour des étrangers persécutés en d’autres lieux. La violence était inévitable. L’Etat mandataire souhaitait se retirer d’un bourbier que sa politique impérialiste antérieure avait généré.
La question de Palestine fut mise à l’ordre du jour de la première session de l’Organisation des Nations unies. Une commission proposa la partition entre un Etat juif et un Etat arabe, plus Jérusalem et sa banlieue placées sous l’autorité des Nations unies. L’Assemblée générale accepta cette proposition en novembre 1947. Le texte prévoyait une union économique, la garantie d’accès aux Lieux saints et le retrait des forces britanniques. Les Etats arabes refusèrent, au motif que la décision violait le principe essentiel du droit des peuples à décider de leur destin.

L’indépendance d’Israël

L’adoption de la résolution entraîna de violents troubles, puis la guerre, dès le printemps 1948. Les Anglais retirèrent leurs troupes. Israël déclara son indépendance, dans la foulée, avec Tel-Aviv comme capitale, le 14 mai. Les diverses trêves imposées par les Nations unies furent brisées. Quelque 750 000 civils palestiniens durent fuir. Au cours du premier semestre 1949, des accords d’armistice furent signés, séparément, entre Israël et les Etats arabes limitrophes. Ils devaient être temporaires et ne reconnaissaient aucune des revendications des parties au conflit. Israël avait conquis davantage de territoire que ne lui conférait le plan de partage, y compris la partie occidentale de Jérusalem. Les lignes d’armistice devinrent frontières.
Légalement, le statut définitif de la ville devrait encore être fixé à la conclusion d’accords de paix
La Cisjordanie, Jérusalem-Est incluse, passa sous la juridiction de la Jordanie en 1950, dans l’attente d’une solution définitive. Une conférence entre les protagonistes, tenue à Lausanne, et de nombreuses réunions ne permirent pas de trouver une solution aux trois problèmes principaux: le sort des réfugiés, prioritaire pour les Arabes, la délimitation des frontières, essentielle pour les Israéliens, et le statut de Jérusalem. La situation sur le terrain trouva une forme de pérennité, jusqu’au conflit armé de juin 1967.
Au cours des tractations relatives à la partition du territoire, la diplomatie vaticane fut très active. Jérusalem devait constituer une zone démilitarisée et jouir d’un statut international particulier, afin de garantir le respect des traditions acquises, la protection des sanctuaires et le libre accès de tous à leurs lieux sacrés. L’influence catholique dans le débat fut telle que le statut spécial proposé passa dans le langage diplomatique de New York sous la forme latine de «Corpus separatum»! Légalement, le statut définitif de la ville devrait encore être fixé à la conclusion d’accords de paix.

Violation du droit international

La guerre de juin 1967 changea la donne. La partie orientale de Jérusalem fut annexée, en violation du droit international et la ville fut unilatéralement déclarée, en 1980, capitale «unie et indivisible» de l’Etat d’Israël. Une politique de faits accomplis est, depuis lors, menée avec une constance systématique. A l’été 1980, le Conseil de sécurité passa deux résolutions. Exceptionnellement, les Etats-Unis ne firent pas usage de leur droit de veto. Les termes sont sévères. Elles se réfèrent au «statut particulier» de la ville. Elles dénoncent une violation du droit international et exigent de mettre fin à toute modification juridique ou géographique des lieux. Les ambassades étrangères qui s’y seraient trouvées devaient déménager vers Tel-Aviv! Néanmoins, le président Trump, s’appuyant sur une décision du Congrès, annonça, en décembre 2017, s’en être saisi pour annoncer sa décision de transférer l’ambassade américaine à Jérusalem, au mépris de toutes les résolutions des Nations unies. La réprobation fut unanime. Les Etats membres demandèrent son annulation par 14 voix contre une au Conseil de sécurité et 128 voix contre 9 à l’Assemblée générale, nonobstant les menaces de représailles émises par Washington.
Initialement prévu pour 2019, le transfert du personnel diplomatique américain a, formellement, été avancé au 14 mai 2018, afin de coïncider avec le 70e anniversaire de la création de l’Etat d’Israël. Le futur bâtiment de l’ambassade sera construit sur un terrain, qui, ironiquement, se situe entre deux tracés de la ligne verte de l’armistice de 1949, dans un no man’s land non attribué à Israël, ni à aucun Etat arabe, lors des accords de cessez-le-feu. Cette décision, contestée, ne simplifie pas la solution du problème israélo-palestinien. Il n’y avait ni urgence sécuritaire, ni aucun intérêt économique pressant. Elle décrédibilise encore davantage l’Organisation des Nations unies. Le droit international public, comme les institutions qu’il a fait naître, est une instance d’autorité, mais non pas de pouvoir*. Ainsi, la force prime-t-elle encore sur le droit. Quand bien même elle ne menace pas directement la paix mondiale, la question de Jérusalem est un cas d’école illustratif. Il faut le regretter et s’en inquiéter.
________________________________________
Marcel A. Boisard, PhD, est ancien Sous-secrétaire général des Nations Unies.
Revenir en haut Aller en bas
Narkissos

avatar

Nombre de messages : 6188
Age : 59
Date d'inscription : 22/03/2008

MessageSujet: Re: antijudaïsmes, antisémitismes   Lun 14 Mai 2018, 21:54

Sur Jérusalem "capitale", cf. aussi supra p. 3 (8.9.2017) et ici (à partir de décembre 2017).

On pourrait se demander, des légendes religieuses anciennes ou des mythes politiques modernes (Etat-nation, souveraineté, droit international), ce qui est le pire -- question toute théorique puisqu'en l'occurrence tout cela est mêlé et que c'est le mélange qui est particulièrement désastreux. N'empêche qu'on n'en sortira pas sans remettre en question tout ce cadre référentiel et que paradoxalement le caractère unique du "problème" pourrait aussi déboucher sur une "solution" originale, ses composantes "religieuses" aidant à déplacer ses composantes "politiques". Le concept (catholique) de corpus separatum me semble très intéressant et assez proche de l'utopie que j'évoquais dans ma première référence (cité hors Etat et hors souveraineté, sur le modèle médiéval de la "ville franche"). Certes on ne peut guère compter sur les protagonistes actuels (Trump / Netanyahou) pour favoriser ce genre d'idée, mais elle a quand même sa chance dans la mesure où elle peut apparaître tôt ou tard comme la seule viable.
Revenir en haut Aller en bas
http://oudenologia.over-blog.com/
free



Nombre de messages : 4659
Age : 57
Date d'inscription : 21/03/2008

MessageSujet: Re: antijudaïsmes, antisémitismes   Mar 15 Mai 2018, 10:10

Jérusalem fête son ambassade américaine, Gaza pleure ses morts

Tandis qu’Israël fêtait lundi son 70e anniversaire et le déménagement de l’ambassade américaine, à Gaza, 58 Palestiniens qui manifestaient à la frontière ont été tués.

En famille, en bus, à moto, le plus souvent à pied, les Gazaouis ont afflué pour parachever la « marche du grand retour » entamée le 30 mars et censée se conclure le 15 mai. Une marche pour réclamer les terres perdues au moment de la création d’Israël, il y a soixante-dix ans, mais d’abord la fin du blocus israélo-égyptien qui enserre Gaza. Le bilan de cette journée est le plus grave depuis le début du mouvement : au moins 58 personnes ont été tuées, dont plusieurs mineurs de moins de 16 ans, et plus de 1 350 blessés par balles, selon les autorités locales. Soit plus de 100 morts en six semaines.

Tel est le prix inouï que les Gazaouis étaient prêts à payer pour se maintenir sur la carte des préoccupations mondiales. Ils rêvent de franchir la clôture, d’abolir les murs de leur prison. Plus simplement, ils réclament le droit à ne pas être oubliés, alors qu’Israéliens et Américains, en pleine symbiose, les réduisent à des êtres violents, manipulés par le Hamas.

http://www.lemonde.fr/proche-orient/article/2018/05/15/jerusalem-fete-son-ambassade-americaine-gaza-pleure-ses-morts_5298932_3218.html
Revenir en haut Aller en bas
Narkissos

avatar

Nombre de messages : 6188
Age : 59
Date d'inscription : 22/03/2008

MessageSujet: Re: antijudaïsmes, antisémitismes   Mar 15 Mai 2018, 13:38

Le goût commun du sang sacré-impur et salé-sucré, vie et mort, horreur et fascination, etc., c'est le goût du symbole même, confusément et cruellement partagé (par les hommes et par les dieux) en-deçà et au revers de tout signe déterminé, de toute signification claire et distincte, de toute construction, de toute destruction et de toute opposition de surface. Qui témoigne (martyr, shahid) sans jamais savoir au fond de quoi il témoigne, de ceci, de cela, des deux et de n'importe quoi, qui veut dire sans savoir ce qu'il veut dire, etc.

Il n'y a sans doute rien à y comprendre (c'est l'inexplicable, l'inanalysable, l'indéconstructible par excellence, le fond sans fond réfractaire à tout "éclairage"), mais c'est quand même à ça qu'il faut se rapporter si l'on veut essayer de comprendre quoi que ce soit, en "politique" comme en "religion".


Dernière édition par Narkissos le Mar 15 Mai 2018, 14:13, édité 1 fois
Revenir en haut Aller en bas
http://oudenologia.over-blog.com/
free



Nombre de messages : 4659
Age : 57
Date d'inscription : 21/03/2008

MessageSujet: Re: antijudaïsmes, antisémitismes   Mar 15 Mai 2018, 14:12

Citation :
Il n'y a sans doute rien à y comprendre (c'est l'inexplicable, l'inanalysable, l'indéconstructible, le fond sans fond réfractaire à tout "éclairage"), mais c'est quand même à ça qu'il faut se rapporter si l'on veut essayer de comprendre quoi que ce soit, en "politique" comme en "religion".

Je trouve que le "tir aux pigeons" que pratique Tsahal est révoltant, surtout, vis-à-vis d'une population qui vit dans une prison à ciel ouvert. Invoquer la défense de sa frontière comme raison qui justifierait ces "meurtres" ma parait encore plus abject. Les Gazaouis ont lancé des pierres en direction des soldats mais ils ont essuyé des tirs israéliens en retour.La vie d'un  Gazaoui n'a aucune valeur pour le gouvernement Israélien. Que reste-t-il à ce peuple ?
Revenir en haut Aller en bas
Narkissos

avatar

Nombre de messages : 6188
Age : 59
Date d'inscription : 22/03/2008

MessageSujet: Re: antijudaïsmes, antisémitismes   Mar 15 Mai 2018, 14:33

free a écrit:
Que reste-t-il à ce peuple ?

Le sang, précisément.

Je suis bien d'accord avec toi mais on ne peut pas dire que ce soit une surprise, c'était prévisible et prévu, attendu, redouté et voulu d'une certaine façon par tous, Palestiniens, Israéliens et leurs partisans respectifs, médias, etc. Qu'on soit "pour" ou "contre" ne change rien à notre participation au spectacle rituel. Terrible révélation d'une "civilisation" juive, chrétienne, musulmane, humaniste qui ne peut pas, de fait, faire l'économie du "barbare" ou du "primitif".
Revenir en haut Aller en bas
http://oudenologia.over-blog.com/
free



Nombre de messages : 4659
Age : 57
Date d'inscription : 21/03/2008

MessageSujet: Re: antijudaïsmes, antisémitismes   Mar 15 Mai 2018, 15:28

Quant aux Arabes israéliens, traités comme des citoyens de seconde zone, ils revendiquent plus que jamais leur appartenance au peuple palestinien alors qu’ils vivent au sein d’un Etat qui refuse de choisir entre son identité juive et démocratique. Comme l’a déclaré Ahmad Tibi, député arabe à la Knesset : « Israël est un Etat démocratique pour les juifs, et un Etat juif pour les Arabes ». Enfin, les principes de paix et de sécurité énoncés dans la déclaration d'indépendance sont mis à mal depuis 1948 par un conflit israélo-palestinien meurtrier et des négociations dans l'impasse.

Les observateurs parlent aussi de la droitisation de la vie politique ces dernières années. Quelle conséquence cela a-t-il eu sur l’évolution d’Israël ?

En effet, depuis le début des années 2000, la population israélienne et donc la vie politique se droitisent à mesure que le conflit israélo-palestinien s’enlise et que le Moyen-Orient s’embrase, alors que les changements sociologiques et démographiques au sein de la population réduisent la part de l'électorat de gauche. L’instabilité régionale attise les craintes et fait le lit des plus radicaux qui rêvent toujours du Grand Israël allant de la Méditerranée jusqu’au Jourdain. En leur donnant une place de choix dans ses différents gouvernements, le Premier ministre actuel Benyamin Netanyahu a installé durablement l’extrême droite et les colons au pouvoir et réduit les chances de concrétiser un jour la solution de deux Etats. Ces partis soutiennent la colonisation des territoires palestiniens et défendent un agenda politique ultra-sécuritaire. Ils s’attaquent également au pouvoir judiciaire, notamment à la Cour suprême qui fait figure d’autorité indépendante et réformiste; mais également aux associations de droits de l’homme qui sont accusées de trahison nationale.

http://www.rfi.fr/moyen-orient/20180514-70-ans-israel-anniversaire-gourion-hetzl-palestiniens-declaration-balfour
Revenir en haut Aller en bas
Narkissos

avatar

Nombre de messages : 6188
Age : 59
Date d'inscription : 22/03/2008

MessageSujet: Re: antijudaïsmes, antisémitismes   Mar 15 Mai 2018, 16:23

Bonne formule (de Tibi).

La "droitisation" me semble mondiale (je ne saurais dire entre Trump et Poutine, Erdogan ou Netanyahou, ou les systèmes de pouvoir plus complexes d'Iran et d'Arabie Saoudite, qui est plus ou moins "de droite" -- ça n'empêche pas entre eux les oppositions stratégiques, mais celles-ci ne sont plus du tout lisibles selon une polarité droite-gauche; est-ce que le PC chinois est encore "de gauche" ? Ironiquement Macron ou Merkel, réputés chez eux "de droite", passeraient plutôt pour les derniers "gauchistes" sur la scène internationale). Ce qui reste de "gauche" en Israël est condamné démographiquement à terme, et ne serait même pas sauvé par une alliance avec les Palestiniens (le Hamas ou le Hezbollah ne me paraissent pas non plus "de gauche")...
Revenir en haut Aller en bas
http://oudenologia.over-blog.com/
le chapelier toqué

avatar

Nombre de messages : 1861
Age : 71
Date d'inscription : 31/08/2010

MessageSujet: Re: antijudaïsmes, antisémitismes   Mar 15 Mai 2018, 18:24

Citation :
La question de Palestine fut mise à l’ordre du jour de la première session de l’Organisation des Nations unies. Une commission proposa la partition entre un Etat juif et un Etat arabe, plus Jérusalem et sa banlieue placées sous l’autorité des Nations unies. L’Assemblée générale accepta cette proposition en novembre 1947. Le texte prévoyait une union économique, la garantie d’accès aux Lieux saints et le retrait des forces britanniques. Les Etats arabes refusèrent, au motif que la décision violait le principe essentiel du droit des peuples à décider de leur destin.

Il y a plus de 70 ans les Etats arabes refusèrent la proposition de partition faite par une commission de l'ONU sous prétexte que la décision violait le principe essentiel du droit des peuples à décider de leur destin. Si les évènements qui succédèrent à ce refus n'étaient pas si dramatiques on pourrait sourire à cette déclaration émise par des Etats arabes......
Revenir en haut Aller en bas
Narkissos

avatar

Nombre de messages : 6188
Age : 59
Date d'inscription : 22/03/2008

MessageSujet: Re: antijudaïsmes, antisémitismes   Mar 15 Mai 2018, 18:56

Très juste. C'est un aspect pervers de l'intransigeance dans toutes les négociations (aussi bien individuelles que collectives), quand il y a un rapport de force inégal dont la disparité s'accentue avec le temps: le "faible" qui tarde à transiger a tout à y perdre, parce que le "fort" devenant de plus en plus fort lui concédera de moins en moins; mais comment accepter "moins" quand on a refusé "plus" ? Logique du jeu aussi: on a déjà trop perdu pour s'arrêter de jouer, alors on joue jusqu'à ce qu'on ait tout perdu.

Les Palestiniens toutefois n'en sont pas seuls responsables, car la "partie" a commencé dans un tout autre contexte qui pouvait leur faire croire à un tout autre avenir: équilibre américano-soviétique passant de l'alliance militaire à la guerre froide, décolonisation générale sur fond de théorie marxiste, ils pouvaient croire, jusqu'aux années 1970, que "l'histoire" allait dans leur sens; après, par contre, c'était improbable, mais l'islamisme prenant la relève du marxisme (comme le Hamas du Fatah) a pallié par l'imaginaire religieux l'absence de perspectives politiques réelles...
Revenir en haut Aller en bas
http://oudenologia.over-blog.com/
free



Nombre de messages : 4659
Age : 57
Date d'inscription : 21/03/2008

MessageSujet: Re: antijudaïsmes, antisémitismes   Mer 16 Mai 2018, 10:44

Citation :
Très juste. C'est un aspect pervers de l'intransigeance dans toutes les négociations (aussi bien individuelles que collectives), quand il y a un rapport de force inégal dont la disparité s'accentue avec le temps: le "faible" qui tarde à transiger a tout à y perdre, parce que le "fort" devenant de plus en plus fort lui concédera de moins en moins; mais comment accepter "moins" quand on a refusé "plus" ? Logique du jeu aussi: on a déjà trop perdu pour s'arrêter de jouer, alors on joue jusqu'à ce qu'on ait tout perdu.

L'acceptation de cette partition aurait-elle empêché les annexions de territoires et la colonisation pour établir le grand Israël ... Je n'en suis pas sûr.
Revenir en haut Aller en bas
Narkissos

avatar

Nombre de messages : 6188
Age : 59
Date d'inscription : 22/03/2008

MessageSujet: Re: antijudaïsmes, antisémitismes   Mer 16 Mai 2018, 12:23

Personne en effet ne le saura jamais (lapalissade qui vaut pour tout "irréel du passé": ce qui aurait eu lieu si ce qui a eu lieu n'avait pas eu lieu).

Reste que les expansions successives de l'Etat d'Israël n'ont jamais manqué de prétextes historiques (sans ces prétextes-là, Israël en eût peut-être trouvé d'autres, meilleurs ou moins bons: exemple d'"irréel du passé" -- conditionnel en français).
Revenir en haut Aller en bas
http://oudenologia.over-blog.com/
free



Nombre de messages : 4659
Age : 57
Date d'inscription : 21/03/2008

MessageSujet: Re: antijudaïsmes, antisémitismes   Mer 16 Mai 2018, 14:40

Le  couple Netanyahu-Trump est décidé à solder la question palestinienne»


Le déplacement de l’ambassade américaine vers Jérusalem s’est accompagné d’un bain de sang à Ghaza. Quelles seront les conséquences de cette journée ensanglantée sur le processus de paix ?

Le processus de paix agonisant depuis plusieurs années n’est plus à l’ordre du jour. L’annexion de Jérusalem ne date pas d’hier, mais l’alignement inconditionnel de la politique étrangère américaine sur celle d’Israël est un tournant. Aucun président américain n’avait osé appliquer le fameux texte adopté par le Congres en 1995.
Trump l’a promis, il l’a fait. Il vient de disqualifier les Etats-Unis en tant que médiateur et parrain du processus de paix.  Une première dans l’histoire du conflit israélo-palestinien. Le carnage d’hier montre qu’Israël n’est pas confiant dans son avenir autre que dans la violence.


Rien ne semble arrêter la politique du fait accompli israélien, le couple Trump-Netanyahu serait-il en train d’enterrer toute chance de paix au Proche-Orient ?

 Trois éléments sont à analyser : Trump soigne son électorat et garde un œil sur les élections de mi-mandat. Il cultive une approche unilatérale qui tétanise ses alliés européens. Enfin, il observe la démission collective des Arabes, incapables d’assurer le service minimum en matière de refus et de dénonciation. C’est un boulevard qui s’ouvre à lui.
Le couple Netanyahu-Trump est décidé à solder la question palestinienne. Leur unique problème, il ne trouve pas le responsable capable de s’en charger et d’affronter le peuple palestinien. C’est pourquoi, ils sont à la recherche d’une caution arabe pour imposer leur vision. La nouvelle configuration entre Israël et l’Arabie Saoudite n’est pas étrangère au plan concocté par le gendre et conseiller de Trump, Jared Kouchner.


La Direction palestinienne est de plus en plus critique en interne, n’est-elle pas dépassée pas l’accélération des événements tragiques qui frappent la Palestine ?

Elle est prisonnière de son statut d’autorité. Tenue par des engagements internes et externes, elle a perdu le contrôle sur la question palestinienne et sur son propre avenir. Le maintien de M. Abbas à la tête de l’Autorité palestinienne, affaibli et sous pression, ne fait que  fragiliser son autorité et retarder la réconciliation avec les autres composantes palestiniennes.

Face au massacre de ce 14 mai, comment jugez-vous l’attitude des Etats de la Ligue arabe, qui ont depuis toujours fait de la Palestine leur cause centrale ?

Le peuple palestinien vient de montrer que c’est un peuple digne de porter le combat le plus éprouvant pour défendre sa terre et masquer la faillite arabe. La Nakba n’est pas palestinienne, elle est arabe. Jamais un peuple aussi démuni et désarmé n’a réussi à faire face pendant 70 ans à un Etat hyper militarisé, soutenu par la première puissance au monde. Le réveil est brutal pour ces Palestiniens qui assistent à l’impuissance arabe, non pas à les soutenir, mais à lâcher la bride à leurs citoyens pour manifester leur colère. Nous sommes au point de regretter le temps des condamnations sans lendemain.

http://elwatan.com/actualite/le-couple-netanyahu-trump-est-decide-a-solder-la-question-palestinienne-16-05-2018-368284_109.php
Revenir en haut Aller en bas
Narkissos

avatar

Nombre de messages : 6188
Age : 59
Date d'inscription : 22/03/2008

MessageSujet: Re: antijudaïsmes, antisémitismes   Mer 16 Mai 2018, 18:48

Comme on a déjà dû le dire quelques fois dans ce fil et dans d'autres, Israël et la Palestine représentent aujourd'hui un enjeu stratégique minime (bien que symboliquement important) dans un conflit régional entre l'Arabie saoudite et l'Iran dont les véritables acteurs sont américains et russes. Il paraît inévitable à court terme que l'Arabie saoudite et Israël se rapprochent dans le camp américain, les Palestiniens devant choisir entre une "solution" offerte clés en main par ce camp-là et une résistance sous tutelle irano-russe (en fait ils seront forcément divisés entre les deux, c'est ce qui complique le jeu de Trump). Le rôle de la Turquie est encore incertain, qui paraît aujourd'hui s'éloigner d'Israël et donc de l'Amérique (les rapports plutôt bons entre Kurdes et Américains y sont pour quelque chose) mais en même temps attaque le régime syrien sous perfusion irano-russe. Le seul interlocuteur "incontournable" reste en dernier ressort Poutine (et ses successeurs), qui ne fait pas tout ce qu'il veut mais à qui personne ne peut imposer grand-chose (Lénine aura servi à ça, même si ce n'étaient pas ses intentions). Il n'a apparemment aucun intérêt à lâcher l'Iran, mais je ne suis pas sûr que les Palestiniens lui importent autant (et s'il les lâche l'Iran sera bien obligé de les lâcher aussi).
Revenir en haut Aller en bas
http://oudenologia.over-blog.com/
free



Nombre de messages : 4659
Age : 57
Date d'inscription : 21/03/2008

MessageSujet: Re: antijudaïsmes, antisémitismes   Jeu 17 Mai 2018, 09:51

Citation :
Personne en effet ne le saura jamais (lapalissade qui vaut pour tout "irréel du passé": ce qui aurait eu lieu si ce qui a eu lieu n'avait pas eu lieu).

Le Grand Israël (en hébreu: ארץ ישראל השלמה) est un terme géopolitique et idéologique de l'histoire du mouvement sioniste et de la politique en Israël relative à la terre d'Israël dans des frontières historiques ou bibliques. En hébreu le terme désigne une notion d'entièreté territoriale tandis que sa traduction en français fait référence plus spécifiquement à des revendications territoriales. Historiquement sionistes, elles prônent l'extension de l'État d'Israël sur l'ensemble ou une partie de la terre d'Israël.
Dans un contexte religieux, le Grand Israël fait référence à la Terre promise aux enfants d'Israël, qui s'étend « du fleuve d'Égypte à l'Euphrate », recouvrant ainsi Israël, la Cisjordanie, la bande de Gaza, le Liban ainsi qu'une partie de la Syrie, de la Jordanie et de la péninsule du Sinaï. Selon la tradition et en particulier selon Rashi, l'oued El-Arich (Wadi Al-Arish) correspond au « fleuve d'Égypte », cette promesse n'inclut toutefois pas le Sinaï mais se limite à peu près à la frontière actuelle entre Israël et l'Égypte.
https://fr.wikipedia.org/wiki/Grand_Isra%C3%ABl


Le néosionisme (ou néo-sionisme) est un mouvement ultra-nationaliste et religieux apparu en Israël après la guerre des Six Jours.
Principalement représenté au sein des colons israéliens, le mouvement revendique l'annexion de la Cisjordanie (appelée Judée-Samarie par les partisans d'une telle idée) à Israël et l'expulsion des Arabes palestiniens.

Les néosionistes considèrent que le « sionisme séculaire », particulièrement dans sa version travailliste, fut trop faible sur le nationalisme et n'a jamais compris l'impossibilité pour les Arabes et les Juifs de vivre ensemble en paix. Ils estiment que l'attitude arabe envers Israël prend ses racines dans leur antisémitisme et que c'est une illusion du sionisme que de croire qu'il est possible de vivre en paix avec eux. Ils considèrent les Arabes israéliens comme une cinquième colonne qui pose une menace démographique pour le pays. De leur point de vue, la seule solution pour obtenir la paix est « la dissuasion et les représailles » et le « transfert » de la minorité arabe hors du pays.
Ces dernières années, le mouvement a été représenté par différents partis : Israel Beytenou, le Foyer juif, le Parti National Religieux et le Likoud ainsi que d'autres petits partis tels que Tehiya, Tsomet et Moledet.
Lors des élections législatives israéliennes de 2009, leurs représentants principaux, l'Ihoud Lehoumi et Le Foyer juif obtiennent 7 sièges sur 120 à la Knesset avec un peu plus de 7 % des votes. Ces derniers sont dans le gouvernement de coalition de Benyamin Netanyahou depuis avril 2009.
https://fr.wikipedia.org/wiki/N%C3%A9osionisme
Revenir en haut Aller en bas
Narkissos

avatar

Nombre de messages : 6188
Age : 59
Date d'inscription : 22/03/2008

MessageSujet: Re: antijudaïsmes, antisémitismes   Jeu 17 Mai 2018, 12:40

Note philologique: la formulation du "grand Israël" en hébreu moderne utilise habilement la racine šlm, qui fait en effet référence à la notion d'intégrité ou d'intégralité (plénitude, complétude, accomplissement, perfection, etc.) mais en l'associant à la paix (shalom, salâm): double évocation du mythe de Salomon, promesse de "paix" après les guerres de conquête (attribuées à David) et d'extension maximale du territoire (avant le "schisme").

Tout cela fonctionne dans le cadre d'un "biblicisme" qui ressemble beaucoup plus à celui du fondamentalisme évangélique américain qu'au judaïsme rabbinique traditionnel, inséparable de la situation de diaspora où il s'est patiemment construit depuis les guerres judéo-romaines. Si l'on veut parler en termes d'identité collective, "le judaïsme" y perd, de fait, sa "religion" distinctive: "il" l'avait clairement pressenti au moment de l'émergence du sionisme, "il" est de plus en plus incapable de le voir depuis la création de l'Etat d'Israël. La "religion" d'un "néo-sionisme" ne peut être qu'un "néo-judaïsme", de plus en plus "bibliciste" et "fondamentaliste", de moins en moins "talmudique" (même si le texte du Talmud et de toute la littérature rabbinique et qabbalistique peut être pris à son tour dans une lecture "fondamentaliste").

Il faut bien voir en quoi consiste la différence, qui est essentiellement de méthode: le "biblicisme" chrétien, en particulier évangélique, est dominé par un "grand récit", l'"histoire sainte" qui se récite en fait au-dessus ou à côté du texte (hypertexte ou paratexte), de la Genèse à l'Apocalypse, en glissant sur le détail et en y rabotant toutes les aspérités (harmonisation des contradictions, anachronismes, incohérences). Ce procédé qui est celui de tout catéchisme se systématise au XIXe siècle, dans l'adventisme et le darbysme notamment, en un schématisme (pseudo-)historique, avec un "plan des âges" ou des "dispensations" qui soumet les textes bibliques à une "histoire" imaginaire: tel texte vaut pour telle "époque" et non pour une autre (le même principe était à l'œuvre dans la réception du paulinisme par Luc-Actes p. ex.: la loi était valable avant, elle ne l'est plus; mais dans le NT il s'arrêtait là).

Outre l'évidente différence de "canon", l'exégèse rabbinique, au contraire, s'attachait à la lettre du texte comme base d'un jeu intertextuel potentiellement infini (auquel chrétiens et modernes reprochent toujours d'ignorer le contexte -- bien que les chrétiens en fassent autant quand ça les arrange, cf. les prétendues "prophéties messianiques"). En situation de diaspora où il n'était plus question d'appliquer les textes "à la lettre", c'était la seule façon d'y retrouver (ou d'y réinventer) du sens, un sens naturellement discutable à l'infini mais toujours à partir de la "lettre" du texte. C'est tout le sens de ce jeu herméneutique constitutif du judaïsme rabbinique qui s'évanouit quand l'histoire (réelle) décrète que "le judaïsme" n'est plus en situation de diaspora, qu'il a en quelque sorte changé d'"âge", de "dispensation" ou d'"époque". Plus rien (de religieux ou de théologique, s'entend; au plan politique c'est une autre affaire) ne le retient dès lors de devenir un néo-judaïsme bibliciste, un néo-qaraïsme (voir supra) qui pourrait aussi bien rétablir le temple, la prêtrise et le système sacrificiel, une application "littérale" de la Torah qui reléguerait le judaïsme rabbinique à une dispensation "passée". La seule possibilité de survie du "judaïsme" tel qu'il s'est compris pendant dix-huit siècles serait de se sentir aussi "étranger" en Israël qu'ailleurs (cela d'ailleurs n'a pas échappé aux rabbins les plus lucides, qu'ils soient politiquement "de droite" ou "de gauche").
Revenir en haut Aller en bas
http://oudenologia.over-blog.com/
free



Nombre de messages : 4659
Age : 57
Date d'inscription : 21/03/2008

MessageSujet: Re: antijudaïsmes, antisémitismes   Jeu 17 Mai 2018, 15:21

Citation :
Plus rien (de religieux ou de théologique, s'entend; au plan politique c'est une autre affaire) ne le retient dès lors de devenir un néo-judaïsme bibliciste qui pourrait aussi bien rétablir le temple, la prêtrise et le système sacrificiel, une application "littérale" de la Torah qui reléguerait le judaïsme rabbinique à une dispensation "passée".

Jérusalem: la poudrière Al-Aqsa

Un fragile “statu quo”

Selon les règles en vigueur, dites du statu quo, les fidèles juifs peuvent se rendre sur l’esplanade à condition qu’ils n’y organisent pas de prières. Mais depuis les années 1980, un courant messianique juif tente de remettre en question ce modus vivendi. Ses adeptes exigent qu’y soient établis des horaires de prière pour les juifs et les musulmans, à l’image de ce qui se fait au Caveau des patriarches, à Hébron. Ils entendent ainsi réaffirmer la souveraineté juive sur ce lieu qui, jadis, abrita le Temple du roi David, détruit par les Babyloniens, puis par les Romains, et dont le seul vestige est le mur des Lamentations. D’après le livre d’Ezéchiel, la reconstruction de ce lieu sacré du judaïsme permettra la venue du Messie et la rédemption du monde.
https://blog.francetvinfo.fr/bureau-moyen-orient/2017/07/18/jerusalem-la-poudriere-al-aqsa.html



L’institution d’Al-Aqsa pour l’embellissement des lieux saints islamiques, a appelé, hier lundi 5/3, toutes les organisations islamiques officielles et populaires dans la ville d’Al-Quds, notamment l’organisation des Waqfs islamiques à prendre toutes ses dispositions et ses précautions pour empêcher les groupes sionistes d’exécuter leur plan en prétendant de présenter des offrandes dans les esplanades de la mosquée d’Al-Aqsa à l’occasion des fêtes juives pendant le mois d’avril prochain.

 L’organisation a affirmé dans un communiqué de presse dont le centre palestinien d’information a reçu une copie que des groupes juifs continuent leurs préparations en vue de construire le prétendu temple sur les ruines de la mosquée d’Al-Aqsa après sa destruction.

 L’organisation a su que les préparatifs se poursuivent de façon rapide tout en soulignant que le présumé Yisraël Ariel, responsable de l’institut du temple a dit que le « conseil des Sanhédrins », haut conseil religieux juif a décidé d’acheter une étable de moutons pour la présenter comme des sacrifices lors des fêtes juives à l’intérieur d’Al Aqsa après la construction de ce temple.

http://www.alterinfo.net/L-institution-d-Al-Aqsa-les-israeliens-se-preparent-pour-demolir-la-mosquee-d-Al-Aqsa_a7995.html
Revenir en haut Aller en bas
Contenu sponsorisé




MessageSujet: Re: antijudaïsmes, antisémitismes   

Revenir en haut Aller en bas
 
antijudaïsmes, antisémitismes
Revenir en haut 
Page 9 sur 10Aller à la page : Précédent  1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9, 10  Suivant
 Sujets similaires
-
» Peste et antisémitisme
» Une chrétienne antisémite hystérique
» Allende, la face cachée : antisémitisme et eugénisme
» Composante psy (?) du racisme et antisémitisme
» archaïsmes?

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Etre chrétien ou pas? :: RELIGION-
Sauter vers: