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 ceux qui se sauvent et ceux qui se perdent

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Narkissos

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MessageSujet: ceux qui se sauvent et ceux qui se perdent   Sam 03 Juin 2017, 23:17

Citation :
Car la parole de la croix est sottise pour ceux qui se perdent (ou: ceux qui sont en train d'être perdus), mais pour nous qui nous sauvons (ou: qui sommes en train d'être sauvés; variante: pour ceux qui se sauvent / sont en train d'être sauvés) elle est puissance de dieu. (1 Corinthiens 1,18).

Grâce au dieu qui toujours nous mène en triomphe dans le christ et manifeste en tout lieu, par nous, le parfum de sa connaissance; car nous sommes une bonne odeur de christ pour le dieu en ceux qui se sauvent et en ceux qui se perdent (idem); pour ceux-ci parfum de mort pour la mort, pour ceux-là parfum de vie pour la vie... (2 Corinthiens 2,14s).

Il y aurait beaucoup à dire sur ces deux textes pauliniens (en particulier, dans le second, sur l'image du triomphe romain avec ses vainqueurs et ses vaincus, et ses encens qui changent de sens, sinon d'odeur, selon le point de vue ou plutôt d'olfaction des uns et des autres); je voudrais surtout attirer ici l'attention sur l'antithèse qui leur est commune, entre "ceux qui se sauvent" et "ceux qui se perdent" (hoi sôzomenoi / hoi apollumenoi).

Comme on le voit, la traduction hésite à cause de la "voix" dite "moyenne-passive" du participe grec substantivé, entre un actif pronominal a priori réfléchi (ceux qui se sauvent / se perdent) et un passif (ceux qui sont en train d'être sauvés / d'être perdus); il n'y a en revanche aucune hésitation sur le temps et l'"aspect" du verbe, présent "progressif" d'une action en cours, commencée et non achevée, ni simplement passée ni simplement future, ni acquise une fois pour toutes ni totalement indéterminée, ni certaine ni incertaine: le "salut" et la "perdition" sont des processus (d'où "en train de"; en anglais those who are being saved / lost) -- opposés, symétriques, mais semblables par cela même. Cet aspect "dynamique" est encore renforcé par les tours typiquement pauliniens "de la vie à la vie", "de la mort à la mort", cf. ailleurs "de foi en foi" ou "de gloire en gloire".

Il faut aussi remarquer la place du "nous" entre ces deux processus. Dans le premier passage, là où il y a un "nous" (tous les manuscrits n'en ont pas: autre hésitation, textuelle celle-là), il est du seul côté du "salut"; dans le second, il n'est ni d'un côté ni de l'autre: "nous", comme souvent dans 2 Corinthiens (depuis 1,3ss), n'englobe pas les destinataires de l'épître ("nous" ce n'est pas "nous et vous", il y a un "vous" bien distinct de ce "nous"); "nous", ce sont "les apôtres" au sens paulinien (1 Corinthiens 4,9 etc.), non pas les Douze (surtout pas, peut-être: cf. 2 Corinthiens 11,5.13; 12,11) mais la "bande à Paul" si j'ose dire, ceux qui annoncent l'évangile paulinien aux non-juifs avec tous les aléas qui s'ensuivent -- et le tableau n'est pas glorieux, il insiste au contraire sur la souffrance et les humiliations qui prolongent la "croix" du Christ et son ambiguïté fondamentale, ambiguïté qui s'avère paradoxalement décisive. Les souffrances de "nous" emmenés en triomphe, autant vaincus que vainqueurs (cf. Colossiens 2,15 où ce sont les "puissances" du monde qui sont emmenées en triomphe), comme la croix elle-même sottise et sagesse, faiblesse et puissance, ont un effet critique ou discriminatoire, déterminant deux effets contraires chez deux "types" de personnes qui se différencieraient par cela même, "ceux qui se sauvent" et "ceux qui se perdent" -- on retrouvera ces deux catégories séparées ailleurs, la première en 1 Corinthiens 15,2, la seconde en 2 Corinthiens 4,3 et 2 Thessaloniciens 2,10.

Pour une réflexion sur l'idée paulinienne du "salut" et de la "perdition" c'est déjà, me semble-t-il, un bon point de départ. Utile pour comprendre l'évolution ultérieure de la "sotériologie" (doctrine du salut) paulinienne, toujours "dialectique", discriminante et dynamique, même lorsqu'elle s'exprime avec d'autres mots ou concepts (p. ex. "la chair" et "l'esprit", notamment dans l'épître aux Romains, où le mystère de la décision n'opère plus seulement entre deux "catégories de personnes", mais en chaque "individu").

D'un point de vue "doctrinal" ou "dogmatique" qui veut des réponses claires et définitives (c.-à-d. univoques et non plus ambiguës, statiques et non plus dynamiques) à des questions générales, cette pensée aboutit logiquement, fatalement, à un "dualisme" eschatologique: au jugement dernier il y aura, il y aura eu, des "sauvés" et des "perdus", des "élus" et des "réprouvés". Mais précisément la pensée paulinienne se tient en-deçà de cet éventuel "résultat": ce qui l'intéresse, c'est le processus même tant qu'il se joue et en tant qu'il se joue; et, en-deçà même de ses effets immédiats (la discrimination d'un se-sauver et d'un se-perdre), l'ambiguïté discriminante de la croix et d'un apostolat compris comme participation à la croix (c'est là, dans l'ambiguïté même de la croix et non "du bon côté", que le "nous" apostolique se situe). Ce qui se retrouvera plus tard chez les "saints" et les "mystiques", pour qui l'union au Christ signifie tout autre chose qu'"être (finalement) sauvé" plutôt que "perdu", et rend à vrai dire ce "résultat" parfaitement indifférent.
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MessageSujet: Re: ceux qui se sauvent et ceux qui se perdent   Mer 07 Juin 2017, 16:49

Citation :
Comme on le voit, la traduction hésite à cause de la "voix" dite "moyenne-passive" du participe grec substantivé, entre un actif pronominal a priori réfléchi (ceux qui se sauvent / se perdent) et un passif (ceux qui sont en train d'être sauvés / d'être perdus); il n'y a en revanche aucune hésitation sur le temps et l'"aspect" du verbe, présent "progressif" d'une action en cours, commencée et non achevée, ni simplement passée ni simplement future, ni acquise une fois pour toutes ni totalement indéterminée, ni certaine ni incertaine: le "salut" et la "perdition" sont des processus (d'où "en train de"; en anglais those who are being saved / lost) -- opposés, symétriques, mais semblables par cela même. Cet aspect "dynamique" est encore renforcé par les tours typiquement pauliniens "de la vie à la vie", "de la mort à la mort", cf. ailleurs "de foi en foi" ou "de gloire en gloire".

Merci Narkissos pour cette analyse interessante et "pointue".

"Grâce soit rendue à Dieu, qui nous entraîne toujours dans son triomphe, dans le Christ, et qui, par nous, répand en tout lieu l'odeur de sa connaissance !

Nous sommes en effet, pour Dieu, le parfum du Christ parmi ceux qui sont sur la voie du salut comme parmi ceux qui vont à leur perte : pour les uns, une odeur de mort, qui mène à la mort ; pour les autres, une odeur de vie, qui mène à la vie." 2 Cor 2, 14-16

Je ne sais pas si ce texte à un rapport direct avec ton propos, mais il me semble que ce texte nous présente le salut et la perdition comme un processus ("vont", mène") avec l'idée interessante que "le parfum du Christ" (= "nous") correspond poue ceux qui vont à la perdition à "une odeur de mort" et pour ceux qui sont sur la voie du salut, "une odeur de vie".
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Narkissos

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MessageSujet: Re: ceux qui se sauvent et ceux qui se perdent   Jeu 08 Juin 2017, 00:04

Ce texte a un rapport on ne peut plus direct à mon propos, puisque c'est justement l'un de ceux que je présente -- dans une traduction un peu plus "serrée" il est vrai. Mais la traduction plus "libre" (et aussi plus lisible) que tu cites rend bien l'aspect dynamique des diverses formules (d'ailleurs ça serait la NBS que ça ne m'étonnerait pas !)... ;)

---

En tout cas, sur l'idée d'une "économie" de la perdition et du salut (voire de la perte et du gain) dans laquelle les "apôtres" ne se situent pas simplement "du bon côté", c.-à-d. du côté des "bénéficiaires", mais au moins autant du côté des "payeurs", de ceux qui en font les frais, on peut relire 1 Corinthiens 4,8ss; 2 Corinthiens 1,3ss; 4,7ss (notamment v. 10-12: la mort en nous / la vie en vous); 6,3ss; 11,21ss; 12,7ss (etc.).
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