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 Hébreux 10,5ss

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Narkissos

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MessageSujet: Hébreux 10,5ss   Lun 10 Juil 2017, 13:25

C'est pourquoi (=> voir ce qui précède, toujours sur le mode simili-platonicien de l'épître aux Hébreux: les sacrifices du temple n'étaient que des "ombres"), en entrant dans le monde (cf. 1,6), il dit (présent):
"De sacrifice et d'offrande tu n'as pas voulu,
c'est un corps que tu m'as préparé;
aux holocaustes
(littéralement tout-brûlés) et aux [sacrifices-]concernant-le-péché tu n'as pas pris plaisir.
Alors j'ai dit: Voici, je suis venu
-- dans le rouleau du livre il est écrit me concernant --
pour faire, ô dieu, ta volonté."
En disant plus haut "de sacrifice et d'offrande", "d'holocaustes et de [sacrifices-]concernant-le-péché", (que) "tu n'en as pas voulu et tu n'y as pas pris plaisir" -- lesquels sont offerts selon la loi -- il a dit
(parfait, une fois pour toutes) alors: "Voici, je suis venu pour faire ta volonté": il enlève le premier pour que tienne (ou: pour établir) le second; c'est dans (ou: par) cette volonté que nous sommes consacrés (ou: sanctifiés) par l'offrande du corps de Jésus-Christ, une fois pour toutes.

Quiconque a eu la curiosité de vérifier in loco la citation du psaume 40 (ici traduite entre guillemets) aura remarqué au moins une différence (il y en a d'autres): celle qui porte sur le mot-clé "corps" (sôma en grec), au centre de "l'exégèse" qu'en fait l'épître aux Hébreux. De "corps", en effet, il n'y en a tout simplement pas dans l'hébreu du psaume; et probablement pas non plus dans le grec de la Septante (Ps 39): les principaux témoins chrétiens de celle-ci (Vaticanus, Sinaïticus, Alexandrinus), au IVe siècle et au-delà, ont sans doute "harmonisé" le texte grec du psaume avec celui de l'épître (qui d'ailleurs n'en est pas vraiment une). A la place du "corps" il y avait des "oreilles" ('znym en hébreu, ôtia en grec, leçon attestée en latin par le Psautier gallican et retenue par Rahlfs comme leçon "originale" de la Septante), "ouvertes" ou plus littéralement "tranchées" (krt) selon l'hébreu (la formule peut rappeler la "conclusion", en hébreu le "trancher" de l'alliance, krt bryt, mais aussi la métaphore de la "circoncision des oreilles" qui concurrence celle du "cœur"); "préparées", déjà, selon le grec. Bref, l'écoute, c.-à-d. l'obéissance, plutôt que le sacrifice (cf. 1 Samuel 15,22 etc.). Tout se passe comme si l'exégèse d'Hébreux (eis-égèse en l'occurrence, reading into the text) introduisait dans le texte qu'elle cite et commente l'élément décisif de sa démonstration -- le "corps", son "mot-clé" à elle.

Il n'en apparaît que plus clairement que le "sacrifice" opposé aux "sacrifices" (etc.) est un anti-sacrifice, bien qu'il se consomme ou s'accomplisse expressément par la mort. Sa "supériorité" n'est pas seulement celle d'un sacrifice humain, estimé "supérieur" comme tel aux sacrifices animaux mais foncièrement de même nature (sacrificielle, victimaire) que ceux-ci. C'est un corps vivant et parlant qui s'offre de lui-même pour faire la volonté divine, antithèse de tout sacrifice uniquement subi par la victime -- notamment, selon le vocabulaire technique du Pentateuque grec: 1) des "holocaustes" qui représentent la destruction totale de la victime par le feu, en portant à sa limite un certain concept de sacrifice, réputé d'autant plus symboliquement efficace qu'il perd toute "utilité" humaine, sociale, etc., à commencer par le repas de "communion": personne, sinon le feu et/ou la divinité, ne le consomme; mais aussi 2) des [sacrifices-]"concernant-le-péché" qui sont censés, comme leur appellation usuelle l'indique, "servir" à quelque chose (expiation ou purification préalable à la "communion"). Difficile de ne pas songer, malgré tout ce qui différencie les deux textes, au "sacrifice" à la fois "vivant" et "logique" (zousè/logikè) de Romains 12,1ss où l'on retrouve un vocabulaire analogue (sôma, corps, thusia, sacrifice, hagios, saint-sacré, euarestos, agréable).

Voir aussi, autour d'un autre passage de l'épître aux Hébreux, le premier lien ci-dessus (discussion du 27.10.2015, p. 2), où nous avons remarqué que le langage sacrificiel de l'"expiation/propitiation" servait un thème classique de la "philosophie" -- comment s'affranchir de la crainte de la mort; ici, le motif dominant du corps offert à la "volonté" divine rejoint celui de la "liberté" devant la mort. Le second lien interroge l'idée d'"entrée dans le monde", habituellement identifiée à "l'incarnation" de Jésus-Christ -- ce qui n'est peut-être pas faux, bien qu'ici le locuteur ne soit pas nommé, si l'on ne réduit pas celle-ci à la "conception" ou à la "naissance" supposées de l'individu Jésus (voire à son "baptême", dans la version TdJ), mais à son assomption "anthropologique" et "transhistorique" de toute "l'humanité": "Jésus-Christ" accomplissant et représentant "une fois pour toutes" la destinée de "l'homme".

Ce que "prêche" ce texte est, au fond, tout simple: se rendre disponible à la volonté divine (le Notre Père ne dit pas autre chose, et le psaume 40 non plus). Jusqu'à la mort incluse, qui signe ou contresigne la totalité du don (toute sa vie, tout son corps). Ce n'est pas un "sacrifice", et pourtant le "sacrifice" en dit quelque chose -- comme une ombre.
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MessageSujet: Re: Hébreux 10,5ss   Ven 22 Sep 2017, 16:26

Dans ce texte, deux expressions m'interpellent, 1) en entrant dans le monde et 2) tu m'as formé un corps. 


1) Comme le précise Narkissos, cela renvoie à HE 1,6 : "quand il introduit le premier-né dans le monde".
 A quel évènement correspond cette irruption introduction dans le monde ? (L'évangile de Jean, précise que "La Parole est devenue chair").

2) Cette expression fait-elle allusion à la "création" du Fils ? (En posant cette question, j'ai le sentiment de dire une grosse bêtise).
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Narkissos

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MessageSujet: Re: Hébreux 10,5ss   Ven 22 Sep 2017, 17:33

Tout cela est incompréhensible (ou compréhensible n'importe comment, au gré de l'arbitraire d'une interprétation péremptoire) tant qu'on ne rentre pas dans le jeu du rapport du "temps" (du "monde") à l'"éternité", dont on parlait de l'autre côté.

On peut bien, dans le seul contexte du chapitre 10, identifier "l'entrée dans le monde" à une "incarnation", et faire coïncider celle-ci, dans une plus vaste intertextualité, avec la "résurrection" de Jésus (association privilégiée du Psaume 2, "tu es mon fils, je t'ai engendré aujourd'hui", p. ex. dans les Actes), ou avec sa "transfiguration" ou son "baptême" (autres occurrences de la même citation dans les Synoptiques), ou avec sa naissance ou sa conception (d'après les évangiles de l'enfance, Matthieu et Luc). Ça peut fonctionner dans la perspective d'une "histoire sainte", mais pas vraiment dans l'épître aux Hébreux: non seulement parce que celle-ci ne dit pas un mot de tous ces "événements", mais surtout parce qu'elle dit expressément (1,6) que "l'événement" en question a déjà eu lieu à nouveau (palin) bien plus tôt, en introduisant la citation du Psaume (97,7 = 96,7 dans la Septante, qui l'attribue à David, "quand sa terre fut soumise / établie" selon la superscription); on pourrait donc aussi bien répondre "à l'époque de David", mais déjà alors "à nouveau" ! Et remonter de là à Melchisédeq, puis à Adam-image-de-Dieu comme la Sagesse ou le logos (bien relire 1,1ss; chez Philon aussi le "premier-né" c'est tantôt Adam et tantôt le logos). L'entrée du Premier-né dans le monde est aussi vieille que le monde, et même plus vieille que lui, si absurde que ça paraisse, parce que c'est un "événement éternel" (pure contradiction logique) qui dans le temps n'en finit pas de se re-produire. Une fois pour toutes, une fois dans l'éternité pour autant de fois qu'on voudra dans le temps. (Et, soit dit en passant, ça vaut aussi pour le Prologue de Jean, malgré la différence des théologies et de leurs infrastructures philosophiques: "le verbe devint chair" ne dit pas foncièrement autre chose que "il était dans le monde".)

On peut noter que l'épître aux Hébreux évite soigneusement (plus soigneusement que l'épître aux Colossiens, avec sa formule ambiguë de "premier-né de la création") de parler de "création" du Fils. Le Fils, comme son nom l'indique, est "engendré" avant tout "temps" (toujours le même paradoxe) et toute "création" (1,1ss) -- et en même temps, si l'on peut dire, "aujourd'hui" ! Certes, il ne faut pas forcer dans cette différence verbale toutes les antithèses des débats ultérieurs (autour du marcionisme, des gnosticismes ou de l'arianisme), mais elles y sont en germe. Et là encore ça n'est compréhensible qu'à partir d'un concept d'"éternité" en rapport théorique avec tout moment du "temps", mais toujours pratiquement accessible "aujourd'hui".
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MessageSujet: Re: Hébreux 10,5ss   Aujourd'hui à 10:38

Citation :
il enlève le premier pour que tienne (ou: pour établir) le second; c'est dans (ou: par) cette volonté que nous sommes consacrés (ou: sanctifiés) par l'offrande du corps de Jésus-Christ, une fois pour toutes.

Narkissos,

Merci infiniment pour ces éclaircissements.

L'épitre aux hébreux insiste beaucoup sur la nécessité de l'offrande du corps de Jésus-Christ. A l'inverse de l'apôtre Paul, l'auteur de fait pas référence à un péché originel qui nécessiterait une offrande. Qu'est ce qui a constitué un "obstacle" à l'accès à Dieu ? L'épitre aux hébreux n'explique pas (il me semble) la cause de la nature pécheresse de l'homme.
Selon l'épitre aux hébreux, est ce le plan de Dieu, d'avoir prévu une humanité pécheresse et la solution , en préparant un corps au Fils ?
En un mot, Dieu aurait d'abord fait le brouillon (le régime de la loi) et ensuite le modèle parfait (la nouvelle économie) ?


He 2,8 : "tu as tout mis sous ses pieds. En lui soumettant tout, en effet, il n'a rien laissé qui ne lui soit soumis. Maintenant, certes, nous ne voyons pas encore que tout lui soit soumis"

Autre solution, Dieu a créé 2 réalités ou 2 perceptions, une céleste, ou le Fils domine sur tout et une autre terrestre, ou cette réalité n'est pas perceptible. Shocked Question
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Narkissos

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MessageSujet: Re: Hébreux 10,5ss   Aujourd'hui à 12:20

La notion de "péché originel" ne se précise de toute façon qu'avec saint Augustin: on peut certes à partir de là la rétro(pro)jeter sur tous les textes antérieurs; mais si on essaie au contraire de s'en dégager pour laisser les textes dire ce qu'ils disent, au lieu de leur faire dire ce que nous croyons savoir (ex-égèse et non eis-égèse), force est de reconnaître qu'il n'y a rien de bien clair dans le NT, y compris chez "Paul", sur "l'origine du péché".

Pour rappel: dans cette affaire, la "crise gnostique" du IIe siècle est décisive. Après, il y a une nette distinction entre une position "gnostique" qui attribue le mal à la "chair", à la "matière", à la "création" mêmes, comme à l'œuvre ratée d'une divinité secondaire qui n'est en tout cas pas le "Père" de Jésus-Christ; et une position "orthodoxe" qui, voulant sauver l'unicité de "Dieu" créateur et rédempteur, doit absolument dissocier le "péché" de la "création". Avant (donc dans les textes du NT) la question ne se pose pas, en tout cas pas dans ces termes, même si l'on peut discerner des tendances vers l'une ou l'autre des positions à venir (du johannisme vers la gnose, du paulinisme vers le marcionisme qui combine des éléments gnostiques et mystériques, de Luc, des Actes et surtout des Pastorales vers l'orthodoxie).

Pour ce qui est de l'épître aux Hébreux, comme je le disais ailleurs (22.9.17 11h35), son "platonisme" la met un peu à part, et de la "gnose" et du "mystère". L'essentiel de sa différence réside dans cette superposition (non pas unique ni exceptionnelle en soi mais beaucoup plus systématique qu'ailleurs, bien qu'elle n'arrive pas elle-même à la cohérence d'un "système parfait") de deux "plans", d'un ciel identifié à l'éternité immuable et d'une terre identifiée au temps des "événements". Ce système empêche toute explication "linéaire" de l'histoire (du genre, Dieu fait la loi d'abord et le christianisme ensuite, comme un progrès du "moins bien" au "mieux"). Car le "bon", le "parfait" est de toute éternité au ciel, et ce qui arrive sur terre n'en est que l'ombre ou la copie plus ou moins ressemblante, plus ou moins exacte et plus ou moins trompeuse à la fois. Entre les sacrifices de la loi et le "sacrifice du Christ" il y a "progrès", mais seulement dans ce sens que celui-ci reflète mieux la réalité éternelle que ceux-là, et surtout parce qu'il permet d'accéder à la réalité éternelle (repenser au mythe de la caverne de la République: il y a progrès des ombres de la caverne à la réalité des corps exposés au soleil, mais ce progrès n'est lui-même que l'ombre d'un autre progrès auquel il est censé conduire, des choses sensibles aux idées intelligibles, à la lumière d'un autre "soleil" dont le "soleil" de l'allégorie n'est lui-même qu'une réplique). Pour l'épître aux Hébreux, le "péché" que la loi mettait en évidence, et dont le Christ délivre, est en dernière analyse indissociable du "temps" et du "monde" dont on ne "sort" qu'en accédant à l'éternel. Une "rémission des péchés" comprise dans le seul temps du monde (me voilà pardonné de ce que j'ai commis avant, mais risquant à nouveau de pécher à l'avenir, cf. 6,5ss) est encore une ombre trompeuse, si l'on n'y saisit pas l'accès à l'éternel qui est, ipso facto, la (seule vraie) sortie du "péché". De ce point de vue, il y a une véritable affinité avec la perspective "gnostique" (c'est le "monde" même qui est le "péché", on ne sort pas de l'un sans sortir de l'autre), mais aussi une vraie différence (le "monde" et son "histoire" sont aussi le théâtre d'ombres où l'éternel se révèle vraiment, fût-ce de manière toujours équivoque).

De ce point de vue, on pourrait dire que l'épître aux Hébreux est un écrit chrétien qui relativise le christianisme lui-même en tant que "religion" (corpus doctrinal et pratique) historique: il y a une façon d'"être chrétien" qui ne sort pas du monde et du temps des "ombres", et qu'il s'agit de dépasser (c'est le mouvement très clair du chapitre 6) pour accéder à "l'éternel".
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