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 Déconstruction d'une histoire mythique - le peuple Juif

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Narkissos



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MessageSujet: Re: Déconstruction d'une histoire mythique - le peuple Juif   Mar 30 Déc 2014, 21:08

@ free: on a certainement affaire ici (2 Rois 17) à un texte de propagande judéenne "anti-samaritaine", pas encore au sens des "samaritains" de l'époque gréco-romaine bien connus du Nouveau Testament, mais de ces "peuple(s) du/des pays" également dénoncés par Esdras-Néhémie, qui sont restés en Palestine au temps des exils assyro-babyloniens, et qui se sont toujours naturellement regroupés autour de Samarie, capitale administrative des empires successifs jusqu'à l'époque perse incluse après la chute du royaume d'Israël (Nord). Prêter à ces non-exilés des origines "impures" sur les plans ethnique et religieux (par exagération grossière des déplacements de population organisés par l'empire assyrien), c'était les discréditer et valoriser par opposition la communauté des exilés regroupée autour du second temple comme seule détentrice de la tradition yahwiste pure. Evidemment ce texte servira aussi contre les "samaritains" ultérieurs, issus de schismes récurrents avec Jérusalem, notamment à l'époque hasmonéenne (schismes où se réinscrira aussi, bien sûr, côté samaritain, la conscience d'une tradition locale plus ancienne que celle du Second Temple de Jérusalem).
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MessageSujet: Re: Déconstruction d'une histoire mythique - le peuple Juif   Ven 09 Jan 2015, 13:38

Citation :
@ free: on a certainement affaire ici (2 Rois 17) à un texte de propagande judéenne "anti-samaritaine", pas encore au sens des "samaritains" de l'époque gréco-romaine bien connus du Nouveau Testament, mais de ces "peuple(s) du/des pays" également dénoncés par Esdras-Néhémie, qui sont restés en Palestine au temps des exils assyro-babyloniens, et qui se sont toujours naturellement regroupés autour de Samarie, capitale administrative des empires successifs jusqu'à l'époque perse incluse après la chute du royaume d'Israël (Nord). Prêter à ces non-exilés des origines "impures" sur les plans ethnique et religieux (par exagération grossière des déplacements de population organisés par l'empire assyrien), c'était les discréditer et valoriser par opposition la communauté des exilés regroupée autour du second temple comme seule détentrice de la tradition yahwiste pure. Evidemment ce texte servira aussi contre les "samaritains" ultérieurs, issus de schismes récurrents avec Jérusalem, notamment à l'époque hasmonéenne (schismes où se réinscrira aussi, bien sûr, côté samaritain, la conscience d'une tradition locale plus ancienne que celle du Second Temple de Jérusalem).

Merci Narkissos pour cette explication qui illustre la compléxité de l'histoire du peuple "juif", "israëlites" et de leurs différentes composantes ("la communauté des exilés", "samaritain" ...).

La difficulté réside dans le fait que les appelations "juif", "israëlites" et "hébreux" recèlent des significations différentes en fonction des époques (ce qui d'ailleurs ne permet pas aujourd'hui d'établir une filiation entre les" juifs" actuels et "ceux" qui auraient constitués le "peuple élu".

 Le terme Israël ou Fils d'Israël semblent désigner l'ensemble d'un peuple qui se perçoit comme une grande famille remontant à un seul ancêtre, le patriarche Jacob (Ex 1,1).

Ce terme Israël  fut aussi le nom d'un État, le royaume du Nord. Avec le temps Israélite est devenu quasi-synonyme de juif.

Le mots juif  correspond aux habitants  Royaume de Juda (Royaume du Sud), avec surtout une connotation ethnique et pas religieuse.

Après l'exil, le mot juif désigne les membres du peuple élu, peu importe sa citoyenneté ou son lieu de résidence. (Néhémie 1,2; 2,16; 3,33-34)  et surtout dans le livre d'Esther (2,5; 3,4.6.10.13) 

Dans le Nouveau Testament, le mot loudaios, courant, est employé le plus souvent au pluriel. Il a généralement une portée à la fois ethnique et religieuse. S'en réclame quiconque appartient au peuple élu par sa naissance et pratique la religion découlant de l'Alliance. Selon les contextes, le terme peut être employé de manière neutre (MT 2,2) ou avec des nuances plus ou moins péjoratives. Un étranger l'utilisera avec un certain mépris pour ce peuple différent (MT 27,37); on pourra l'opposer à chrétien, c'est-à-dire groupe des disciples de Jésus. Le terme juif désigne alors les membres du peuple élu qui refusent d'adhérer au mouvement instauré par Jésus de Nazareth (1 Co 1,23).

http://www.interbible.org/interBible/decouverte/comprendre/2010/clb_100528.html
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Narkissos



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MessageSujet: Re: Déconstruction d'une histoire mythique - le peuple Juif   Ven 09 Jan 2015, 21:41

Le problème ethnique, linguistique, historique, géographique et religieux me semble déjà assez complexe sans y rajouter la détermination théologique de "peuple élu" (dont l'ambiguïté oscille entre banalité en contexte polythéiste, où chaque peuple est élu de son dieu tutélaire, et revendication absolue et/ou "scandaleuse" en contexte monothéiste).
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MessageSujet: Re: Déconstruction d'une histoire mythique - le peuple Juif   Lun 12 Jan 2015, 12:04

Narkissos a écrit:
Le problème ethnique, linguistique, historique, géographique et religieux me semble déjà assez complexe sans y rajouter la détermination théologique de "peuple élu" (dont l'ambiguïté oscille entre banalité en contexte polythéiste, où chaque peuple est élu de son dieu tutélaire, et revendication absolue et/ou "scandaleuse" en contexte monothéiste).

Sans vouloir rentrer dans un débat délicat et sujet à la polémique ... Je trouve que faire de la Torah un droit propirété sur la palestine et de se servir de son prétendu statut de "peuple élu" pour affirmer que les autocthones de cette région étaient des squatters et eux ("peuple élu" ou descendants directs du peuple élu) les seuls propriétaires légitimes me paraient être assez imcomprehensible.
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MessageSujet: Re: Déconstruction d'une histoire mythique - le peuple Juif   Lun 12 Jan 2015, 14:32

@free: Je suis d'accord avec toi, mais il faut bien voir aussi que ce type d'argument religieux (bibliciste, fondamentaliste) n'a joué qu'un rôle marginal, ou du moins limité, dans la fondation et l'histoire de l'Etat d'Israël. Les premiers "sionistes" étaient peu religieux, les religieux "orthodoxes" à cette époque n'étaient guère "sionistes" (ils ne le sont encore pas tous)... Bien sûr l'argument biblique a pris une certaine importance avec la montée en puissance de tous les "fondamentalismes" dans la seconde moitié du XXe siècle, dans l'opinion publique américaine (chrétienne, protestante) d'abord et surtout, dans le judaïsme et dans l'islam ensuite et symétriquement. Mais simultanément le problème politique, militaire, économique, ethnique est devenu tel que l'interprétation de la Bible (ou des traditions religieuses) n'y joue toujours, à proportion, qu'un rôle assez négligeable à mon sens. Ce n'est en tout cas pas, et de loin, le principal obstacle à la recherche de "solutions"... Si les politiques (y compris israéliens ou américains) sont assez opportunistes pour utiliser des arguments religieux lorsque ceux-ci les arrangent, ils le sont trop pour s'y sentir tenus quand ceux-ci ne les arrangent plus.
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MessageSujet: Re: Déconstruction d'une histoire mythique - le peuple Juif   Mar 20 Jan 2015, 19:03

Citation :
Si les politiques (y compris israéliens ou américains) sont assez opportunistes pour utiliser des arguments religieux lorsque ceux-ci les arrangent, ils le sont trop pour s'y sentir tenus quand ceux-ci ne les arrangent plus.

Remarque pertinente Narkissos.

Shlomo Sand. Le sionisme n’a pas vraiment été influencé parce que les juifs savaient que les chrétiens voulaient les envoyer en Palestine pour la rédemption. Le mouvement national juif surgit à cause du malheur, des conditions de vie des juifs dans l’empire russe. Avec le début des pogroms commence à se cristalliser une unité nationale qui aboutit en 1897 avec le congrès sioniste organisé par Herzl à Bâle, en Suisse. Seule une petite minorité a soutenu Herzl.

 L’establishment juif mondial, des grands rabbins, des loubavitchs en Russie jusqu’aux réformistes aux États-Unis, étaient tous opposés à l’idée d’un État juif au Proche-Orient. C’est net et clair. Ils ont senti que le sionisme était un mouvement laïque. Et ils ont compris que c’était une tentative pour intégrer collectivement les juifs dans la modernité après l’échec de certaines intégrations individuelles. Si on lit les grands rabbins, on s’aperçoit que c’est ce qu’ils dénoncent.

 De plus, pour eux, établir un État juif avant que le Messie n’arrive est antijuif. Il faut bien comprendre que la notion centrale des juifs est le refus d’accepter l’idée que le Messie est arrivé et qu’il existe parmi nous. Dans mon livre j’évoque les quatre-vingts grands rabbins d’Allemagne. Soixante-dix-huit d’entre eux signent un texte dans lequel ils expriment leur refus de l’organisation en Allemagne du congrès sioniste ! Parce qu’en réalité Herzl, qui, avant de devenir un nationaliste juif sioniste, était un grand nationaliste allemand, voulait tenir son congrès dans une grande ville allemande comme Munich. Jusqu’à Hitler, le judaïsme refuse un État juif. Ils craignaient, et je pense qu’ils avaient raison, que la terre ne remplace Dieu. Je suis très étonné par ces textes, la rationalité qui s’en dégage, presque prémonitoire. Ils ont eu peur que cet État juif soit un État militariste, un État qui utilise la force ! Quelqu’un a d’ailleurs dit : « Bâtir un État juif c’est comme si nous devenions de nouveaux Goliath. »

http://www.humanite.fr/monde/shlomo-sand-la-terre-promise-n-est-pas-une-terre-patrie-israelienne-506356

Dans le même article Shlomo Sand affirme : 

"D’abord, je montre que, historiquement, religieusement, si l’on considère la Palestine, Israël, les juifs n’ont jamais eu de rapport envers un territoire national et une patrie. Je voulais montrer que dans la foi juive il n’y a pas la notion de patrie. D’ailleurs je ne crois pas que la patrie soit une notion qui ait existé avant la modernité sauf deux cas, dans le monde grec et le monde romain. Dans la tradition juive, il n’y a pas une notion de patrie ! La Terre promise à laquelle il est fait référence n’est pas une terre patrie. Je le montre avec la Bible, à travers le Talmud et jusqu’à la modernité. Cela ne veut pas dire que les juifs n’ont pas eu de liens avec cette terre. Il y a eu des liens profonds. On ne peut pas comprendre la culture juive sans le lien avec cette Terre sainte, avec les lieux sacrés. Mais c’est un rapport métaphysique, pas un rapport national, politique, patriotique."
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MessageSujet: Re: Déconstruction d'une histoire mythique - le peuple Juif   Mar 20 Jan 2015, 20:05

Excellent !
Soit dit en passant, Sand précise aussi très bien, dans le reste de l'interview, (dans quelle marge de cette histoire) intervient l'élément religieux et spécialement "biblique": non pas d'abord chez les juifs (pour qui, dans un premier temps, "religion" et "sionisme" sont quasiment incompatibles; je ne sais pas d'ailleurs jusqu'à quel point L'Humanité mesure les liens très forts qui existent, en revanche, entre ce premier sionisme juif et le socialisme contemporain, y compris marxiste; autre élément de nature à compliquer un peu la "bonne conscience de gauche" dans son engagement pro-palestinien !), mais dans l'opinion publique anglaise et américaine, via les élucubrations eschatologiques des "fondamentalistes" (avant la lettre) chrétiens, protestants, du XIXe siècle (le dispensationalisme de la mouvance darbyste surtout, mais aussi la nébuleuse adventiste, y compris notre cher Russell !), auxquelles même des dirigeants politiques de premier plan comme Balfour n'étaient pas insensibles.
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MessageSujet: Re: Déconstruction d'une histoire mythique - le peuple Juif   Mer 21 Jan 2015, 16:53

Citation :
je ne sais pas d'ailleurs jusqu'à quel point L'Humanité mesure les liens très forts qui existent, en revanche, entre ce premier sionisme juif et le socialisme contemporain, y compris marxiste; autre élément de nature à compliquer un peu la "bonne conscience de gauche" dans son engagement pro-palestinien !)

L'expression "Eretz Israel" (la Terre d'Israël), fait référence aux territoires revendiqués par certains mouvements nationalistes israéliens. Ce terme a un sens religieux que l'on retrouve en 1 Sam 13,19 : "On ne trouvait pas de forgeron dans tout Israël ; car les Philistins avaient dit : Que les Hébreux ne fabriquent ni épée ni lance !"

C’est dans la Bible :


[*]un terme géographique. La définition géographique donnée par la Bible est d’ailleurs floue : dans certains textes bibliques, on parle de la Terre promise comme allant du « fleuve d’Égypte jusqu’au grand fleuve, au fleuve d’Euphrate » (de l’Egypte à l’actuel Irak)[1], d’autres se limitent à une zone comprise entre la mer et le fleuve Jourdain, correspondant peu ou prou à la région appelée Palestine ;

[*]un terme politique : c’est la terre donnée aux Juifs pour s’y installer, puis à partir du roi Saül pour s’y construire un État.

[*]Cette Eretz Israel est également appelée Terre promise par les Juifs qui rappellent ainsi la promesse qu’aurait faite Dieu à Abraham, Isaac et Jacob de donner ce pays en héritage à leur descendance. Le nom de Terre Sainte est utilisé par les Chrétiens en référence à la vie de Jésus.



http://fr.wikipedia.org/wiki/Terre_d'Isra%C3%ABl
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MessageSujet: Re: Déconstruction d'une histoire mythique - le peuple Juif   Mer 21 Jan 2015, 21:01

Il y a pourtant dans la Torah quelque chose qui relativise toute notion de "propriété" ou de "droit du sol": la terre m'appartient, et vous êtes chez moi des immigrés et des résidents temporaires (Lévitique 25,23).
Cela peut sans doute servir à justifier tous les aléas territoriaux de l'histoire, imaginaire et réelle (conquêtes, exils, restaurations), mais du coup ne justifie aucun droit perpétuel et inaliénable.
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MessageSujet: Re: Déconstruction d'une histoire mythique - le peuple Juif   Ven 23 Jan 2015, 15:22

Narkissos a écrit:
Il y a pourtant dans la Torah quelque chose qui relativise toute notion de "propriété" ou de "droit du sol": la terre m'appartient, et vous êtes chez moi des immigrés et des résidents temporaires (Lévitique 25,23).
Cela peut sans doute servir à justifier tous les aléas territoriaux de l'histoire, imaginaire et réelle (conquêtes, exils, restaurations), mais du coup ne justifie aucun droit perpétuel et inaliénable.

Sans oublier le caractère conditionnel de l'occupation de la"Terre promise" qui s'oppose à cette idée d'un "droit perpétuel et inaliénable" : 

"Ainsi vous ne rendrez pas le pays impur et celui-ci ne vous vomira pas comme il a vomi la nation qui était là avant vous.Quiconque commettra une de ces abominations, quelle qu'elle soit, sera retranché du sein de son peuple.Vous assurerez mon service, et vous n'agirez pas selon les prescriptions abominables qui avaient cours avant vous ; ainsi vous ne vous rendrez pas impurs. Je suis le SEIGNEUR (YHWH), votre Dieu." - Lév 28,18 ss 


Certaines parties de l'AT, insistent sur le caractère non autochtone des juifs, la terre de canaan n'est pas presenté comme la patrie d'Israël. Chose surprenante, Gen 10, semble même faire des cananéens les possesseurs "légitimes" de la terre de canaan :

 "Le territoire des Cananéens s'étendit depuis Sidon, du côté de Guérar, jusqu'à Gaza, et, du côté de Sodome, de Gomorrhe, d'Adma et de Tseboïm, jusqu'à Lésha." (10,19)
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MessageSujet: Re: Déconstruction d'une histoire mythique - le peuple Juif   Sam 24 Jan 2015, 17:29

free a écrit:
Certaines parties de l'AT, insistent sur le caractère non autochtone des juifs, la terre de canaan n'est pas presenté comme la patrie d'Israël
"Insister" est le mot juste: il ne s'agit pas du tout de l'admission honteuse et plus ou moins accidentelle (lapsus) d'un "fait" embarrassant qu'on préférerait passer sous silence; c'est au contraire un "message" conscient, délibéré, assumé, revendiqué, contre les "faits" s'il le faut (notamment linguistiques: l'hébreu ne se démarque nullement des diverses variantes du sémitique du nord-ouest présentes dans les contrées voisines et marque, au contraire, l'Israël du Ier millénaire comme essentiellement autochtone, autrement dit cananéen, sans préjudice des migrations mineures qu'il a absorbées -- qénites, lévites, siméonites, etc. -- et où il a pu puiser une partie de ses traditions migratoires, voire nomades, pour les gonfler démesurément à l'échelle d'une "nation" au point de remplacer ses traditions "autochtones"). Stratégie bien compréhensible de la part de la communauté judéenne de l'époque perse, qui entend donner le droit et le pouvoir à ceux qui reviennent d'exil, contre ceux qui ne sont jamais partis (le peuple du pays, qui a le "droit du sol" pour lui). Il faut que les "vrais" ancêtres soient étrangers dans le pays comme les Patriarches, ou qu'ils y reviennent comme d'Egypte pour le conquérir comme Josué, etc.
De ce point de vue le "sionisme", depuis et pour autant qu'il se cherche des justifications "bibliques", n'a aucune chance de les trouver dans une logique de la préséance ("on était là avant"), qui s'inscrirait à contresens des textes bibliques dominants, mais au contraire dans le message "central" de ces textes, à savoir l'annulation de toute continuité "historique" par l'arbitraire divin (non dépourvu de violence) qui "fait l'événement" (comme il est censé l'avoir fait au temps des Patriarches, de l'Exode, de la Conquête ou du Retour d'exil babylonien). C'est dire aussi que plus l'Etat d'Israël a d'histoire (moderne) et de passé derrière lui, plus la logique des "faits" (on est là depuis x générations maintenant et il faut faire avec) prend naturellement le dessus, et moins ces références bibliques sont pertinentes à son auto-justification.
(Bible et Proche-Orient mis à part, le même principe vaut peu ou prou pour toutes les institutions politiques: c'est une logique de l'événement et de la rupture qui fait les révolutions et les coups d'Etat, les invasions et les guerres de libération, tout ce qui aboutit à une instauration; c'est au contraire une logique du statu quo et de la continuité qui assure la pérennité des régimes qui en résultent. Or les textes bibliques dominants, non pas seulement les plus nombreux mais les plus forts, les plus marquants, s'inscrivent décidément dans une logique de l'événement, de l'irruption et de la disruption. S'ils justifient quelque chose, c'est plutôt le changement, n'importe lequel à la limite; ce qui est "en place", ils le rendraient plutôt suspect.)
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MessageSujet: Re: Déconstruction d'une histoire mythique - le peuple Juif   Mer 28 Jan 2015, 18:46

Citation :
Soit dit en passant, Sand précise aussi très bien, dans le reste de l'interview, (dans quelle marge de cette histoire) intervient l'élément religieux et spécialement "biblique": non pas d'abord chez les juifs (pour qui, dans un premier temps, "religion" et "sionisme" sont quasiment incompatibles; je ne sais pas d'ailleurs jusqu'à quel point L'Humanité mesure les liens très forts qui existent, en revanche, entre ce premier sionisme juif et le socialisme contemporain, y compris marxiste; autre élément de nature à compliquer un peu la "bonne conscience de gauche" dans son engagement pro-palestinien !), mais dans l'opinion publique anglaise et américaine, via les élucubrations eschatologiques des "fondamentalistes" (avant la lettre) chrétiens, protestants, du XIXe siècle (le dispensationalisme de la mouvance darbyste surtout, mais aussi la nébuleuse adventiste, y compris notre cher Russell !), auxquelles même des dirigeants politiques de premier plan comme Balfour n'étaient pas insensibles.


Le pasteur Russell, fondateur de la Société Watch Tower, était un sioniste. De ce fait, il était fortement contre la conversion des Juifs au christianisme et participait activement à encourager l'établissement d'un État juif en Palestine. À l'époque où il était ambassadeur d'Israël aux Nations Unies, Benjamin Netanyahu, le neuvième Premier ministre d'Israël, déclara: "Une reconnaissance du rôle important que le pasteur Russell est un des premiers défenseurs du sionisme chrétien américain est attendue depuis longtemps." En octobre 1910, Russell prononça le discours "Le Sionisme dans la prophétie" à l'Hippodrome Theater de New York, suite à une invitation, et ainsi s'exprima devant un auditoire juif de 4 000 personnes.[1] Toutefois, une fois la réunion clôturée par le chant du Hatikvah — hymne national de l'État d'Israël depuis 1948, mais composé en 1878 —, des Étudiants de la Bible distribuèrent aux Juifs la brochure Jewish Hopes and Prospects, ce qui fut donna l'impression d'une volonté de les convertir. Par la suite, Russell rencontra l'éditeur du Boston Jewish Advocate, Jacob de Haas, qui vit dans les enseignements du pasteur certaines similarités avec le Hassidisme et une nouvelle base d'entente entre les communautés chrétienne et juive.[2] Peu après, Russell s'exprima devant des auditoires juifs à Londres (4 600 juifs au Royal Albert Hall et 800 au Shoreditch Town Hall), à Manchester, Glasgow, puis Chicago, Philadelphie, St Louis, Kansas City, Cincinnati (assistance de 5 000 juifs dans cette dernière ville). Selon Russell, ses sermons ayant trait aux Juifs furent repris dans 107 000 exemplaires de journaux anglo-juifs et 650 000 de presse yiddish.[3]

http://www.tj-encyclopedie.org/Sionisme


Après cette date (vers le début des années 1930), l'Israël selon la chair fut remplacé par l'Israël spirituel, identifié par le mouvement aux membres oints.
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MessageSujet: Re: Déconstruction d'une histoire mythique - le peuple Juif   Mer 28 Jan 2015, 23:49

On pourrait dire qu'au loto des "prophéties bibliques", Rutherford a jeté à la poubelle le billet gagnant juste avant le tirage. Mais s'il ne l'avait pas fait il aurait dû partager le gros lot avec beaucoup d'autres, et ça n'aurait pas arrangé sa stratégie de démarcation. Je ne suis pas sûr toutefois que s'il avait entrevu la possibilité d'un accomplissement des espoirs sionistes (je ne dis pas des prophéties bibliques !), il aurait agi de la sorte : c'eût été trop tentant de se positionner au premier rang des gagnants -- et grâce à l'héritage de Russell qu'il avait d'abord fait fructifier, il était effectivement très bien placé sur ce coup-là. Mais dans les années 1933 à 1942 (date de sa mort, avant le tournant de la guerre), ça ne paraissait pas du tout gagné; et d'autre part il n'était pas personnellement insensible aux sirènes antisémites et fascisantes (cf. les tirades bien connues sur la finance juive mondiale). Au final, il est quand même doublement cocasse qu'il ait réussi à se démarquer des autres fondamentalismes protestants en manquant le coche d'une "prophétie" autrement plus spectaculaire (voire évidente, fût-ce d'une évidence trompeuse) que celles dont il pouvait se prévaloir (la meilleure qui lui restait étant 1914, réduite à la seule date vidée de tout "contenu" !) et en se ralliant, sur ce seul point, à la plus classique théologie catholique de la substitution (l'Eglise remplace Israël).
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MessageSujet: Re: Déconstruction d'une histoire mythique - le peuple Juif   Ven 06 Fév 2015, 17:31

Citation :
Au final, il est quand même doublement cocasse qu'il ait réussi à se démarquer des autres fondamentalismes protestants en manquant le coche d'une "prophétie" autrement plus spectaculaire (voire évidente, fût-ce d'une évidence trompeuse) que celles dont il pouvait se prévaloir (la meilleure qui lui restait étant 1914, réduite à la seule date vidée de tout "contenu" !) et en se ralliant, sur ce seul point, à la plus classique théologie catholique de la substitution (l'Eglise remplace Israël).

En 1993, l'histoire officielle de l'organisation dans le livre Les Témoins de Jéhovah: Prédicateurs du Royaume de Dieu, aux pages 141 et 142, décrit le changement de 1932 ainsi:


"Les Étudiants de la Bible connaissaient bien les nombreuses prophéties de restauration qui avaient été faites à l'Israël antique. (...). Jusqu'en 1932, ils ont pensé que ces prophéties s’appliquaient tout particulièrement aux Juifs selon la chair. De ce fait, ils croyaient que Dieu témoignerait de nouveau de la faveur à Israël, en faisant revenir peu à peu les Juifs en Palestine (...). Mais, peu à peu, il est devenu manifeste que ce qui arrivait aux Juifs en Palestine n’était pas l’accomplissement des grandes prophéties de restauration. (...) Il apparaissait de plus en plus nettement qu’en tant que peuple les Juifs n’avaient pas changé d'attitude. (...) Les serviteurs de Jéhovah ont commencé à comprendre que c'était l'Israël spirituel (...). Maintenant leurs yeux s’ouvraient et ils discernaient dans la manière d’agir de Dieu envers ces vrais chrétiens un extraordinaire accomplissement spirituel des promesses de restauration. Petit à petit, ils ont aussi compris que la Jérusalem qui avait été élevée à la fin des temps des Gentils n'était pas simplement une ville terrestre, ni même un peuple sur terre représenté par cette ville."


Ainsi, le vocabulaire utilisé laisse entendre qu'il s'agissait d'une "nouvelle lumière" — ceci dans le but de faire cadrer ce revirement à 180° avec l'idée d'une compréhension spirituelle qui s'affine avec le temps, enseignement tiré d'une interprétation douteuse de Proverbes 4:18 —, et se sert de verbes affaiblissant la portée de l'ancienne position ici présentée comme une simple attente ("pensé", "croyaient"), alors qu'à l'époque la croyance dans le rétablissement des Juifs en Palestine était décrite comme étant absolument certaine et corroborée par tous les faits. Le sionisme est désormais présenté comme émanant du Diable (cf. La Tour de Garde de 1955), alors que ce fut précisément un enseignement majeur des deux premiers dirigeants de l'organisation.

http://www.tj-encyclopedie.org/Sionisme



D’après ce que nous venons de voir, il apparaît que les conceptions du sionisme chrétien précèdent celles du sionisme politique juif et lui ont même préparé la voie. Perrin écrit d’ailleurs à ce propos :
« En réalité l’idée d’une restauration politique juive en Palestine a d’abord germé hors du monde juif. Ce sont principalement des intellectuels protestants qui sont les auteurs de diverses propositions. (…) Ils se rattachent à tout un courant du puritanisme anglo-saxon qui, par confiance dans la vérité de la parole divine, acceptait comme littérales les promesses à Israël formulées dans la Bible juive et reprises dans le Nouveau Testament[49]. »

http://larevuereformee.net/articlerr/n259/le-developpement-historique-du-%C2%ABsionisme-chretien%C2%BB-moderne#ftnt_ref32
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MessageSujet: Re: Déconstruction d'une histoire mythique - le peuple Juif   Aujourd'hui à 23:37

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