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 prudence dans l'amour

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Narkissos

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MessageSujet: prudence dans l'amour   Sam 22 Juil 2017, 13:03

Je vous en conjure, filles de Jérusalem,
par les gazelles et par les biches des champs,
n'éveillez pas, ne réveillez pas
l'amour, jusqu'à ce qu'il lui plaise.

Cantique des cantiques, 2,7; 3,5; 8,4.

La dernière discussion sur le thème de l'amour m'a rappelé ce "refrain" du Cantique des cantiques, que tout le monde s'accorde à trouver sublime mais dont personne ne peut être absolument certain de ce qu'il signifie. Par défaut ou par excès de contexte (trois contextes différents = aucun contexte déterminant), on ne sait pas vraiment qui parle à qui, de qui ou de quoi. Le lecteur de l'hébreu n'est pas plus avancé, il rencontre même des difficultés supplémentaires que la traduction escamote (p. ex.: "vous" est un masculin, assez insolite dans ce qui semble par ailleurs une adjuration -- toujours au masculin -- aux "filles de Jérusalem", et fait peut-être de celles-ci une sorte de chœur mixte). Mais surtout c'est "l'amour", 'hbh vocalisé 'ahava dans le texte massorétique, agapè bien sûr dans le grec de la Septante, féminin dans les deux langues, avec lequel semble s'accorder la proposition `d š-th, "jusqu'à ce qu'elle y prenne plaisir / en ait envie", dont le sens paraît indécidable. Est-ce un sentiment qu'il faudrait ne pas "éveiller" en le suscitant ou en le provoquant trop tôt, ou au contraire ne pas "réveiller" en le dérangeant ou en "rompant le charme" ? Est-ce quelqu'un (lui ou elle, le féminin qui dépend du genre du mot 'hbh n'étant plus décisif de l'éventuelle métonymie) qu'on appellerait "l'amour" comme on dit "mon amour" (cf. Vulgate, dilectam, "bien-aimée"; on n'aurait pas d'autre exemple d'un tel usage en hébreu biblique, mais le corpus est si restreint que ça ne prouve rien) ? Est-ce le "bon plaisir" de l'amour, ou de l'un ou l'autre des amants, qui devrait décider que l'amour s'éveille, ou qu'on s'en réveille ? Sans compter les innombrables hypothèses sur l'ensemble de ce "livret" érotique, ses possibles origines mythico-rituelles (amour d'une déesse ressuscitant un dieu mort, façon Isis-Osiris, Anath-Baal, Ishtar-Tammouz ou Cybèle-Attis), son éventuelle dramaturgie à deux ou trois protagonistes (bergère, berger et/ou roi-Salomon), et ses interprétations tardives, plus ou moins pieuses ou mystiques, juives (du Talmud à la Qabbale) et chrétiennes (Dieu / le Christ et l'Eglise ou l'âme, etc.).

Reste que l'indécision du sens n'entame en rien la poésie du texte -- bien au contraire, peut-être. Et qu'on y entend au moins une adjuration solennelle à la prudence face à la tentation de manipuler la "magie" ou le "sacré" de "l'amour", dont la conclusion rappelle qu'il est merveilleux et terrible "comme la mort" (8,6).
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MessageSujet: Re: prudence dans l'amour   Ven 06 Oct 2017, 16:03

L'ensemble du poème, du début à sa fin, étant ainsi happé par le jeu du pur dialogue, rien ne permet d'identifier ceux qui se parlent au long des versets du Cantique. Le texte baigne dans l'évidence de l'intimité qui les lie. « il » est simplement ce que « elle » en dit, c'est-à-dire « mon bien-aimé ». « Elle » est « mon amie », ou encore « ma sœur, ma fiancée ». Certaines traductions interprètent ces deux rôles en termes d’ « époux » et d’ « épouse ». Mais le texte ne comporte pas d'éléments qui explicitent une dimension conjugale de la relation, au sens institutionnel du terme. D'ailleurs la désignation précise des partenaires du Cantique ne fait pas partie du texte lui-même, elle vient du traducteur et de l'interprète. En sa lettre, le texte désigne simplement un homme et une femme célébrant la merveille de l'amour qui les tourne l'un Vers l'autre.

On notera encore à propos de ce dialogue une caractéristique très remarquable: elle tient dans la quasi symétrie des deux rôles. Le Cantique est vraiment une célébration mutuelle où les voix s'entrelacent où les mots de l'un relaient les mots de l'autre, s'échangent dans une harmonieuse parité. Ainsi aux variations multiples de la femme célébrant la beauté du bien-aimé au point d'intriguer le chœur (« Qu'a donc ton bien-aimé de plus que les autres, ô la plus belle des femmes ? » 5,9), répond la reprise des exclamations : « Que tu es belle, ma bien-aimée, que tu es belle ! » (1,15, puis 4,1, repris avec des variantes en 4,7 et en 7,7). De même, à l'aveu de la bien-aimée : « ...je suis malade d'amour » (2,5) fait écho la déclaration du bienaimé : « Tu me fais perdre le sens, ma sœur, ô fiancée » (4, 9). Et encore, confirmant cette parité cette manière de déclarer les « amours » de l'autre « meilleures que le vin » qui se trouve formulée, identique, par l'un et par l'autre (1,2 parallèle à 4,10).

Il est vrai qu'à certains égards, c'est la voix féminine qui semblerait parler le plus haut, ouvrant et fermant le poème, conduisant son déroulement. Mais on doit bien constater aussi que c'est « il » qui bondit, qui tire le désir et le poème en avant. On notera, du reste, que cette symétrie de la parole amoureuse masculine et féminine a pour effet de brouiller l'attribution de certaines répliques. Les manuscrits et les traductions sont loin de s'accorder toujours sur la répartition des propos. Ainsi, par exemple, pour les uns, c'est la femme qui recommande : « N'éveillez pas, ne réveillez pas l’amour » (2,7; 3,5; 8,4); pour d'autres, c'est une exhortation de l'homme, d'autres enfin considèrent qu'il s'agit d'un leitmotiv à porter au compte du chœur. Cette indécision un peu troublante pourrait en fait comporter un enseignement positif. Elle manifeste qu'en sa pointe et en sa perfection, l'expression de l'amour est une, elle se résout en une seule et unique parole. Elle refait l'unité, sans pour autant - le Cantique en est un témoignage - effacer la différence, l'écart de l'un à l'autre, sans lesquels le dialogue disparaîtrait.

https://www.bible-service.net/extranet/current/pages/200423
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MessageSujet: Re: prudence dans l'amour   Ven 06 Oct 2017, 18:22

"L'amour" subvertit, bouleverse, met sens-dessus-dessous, dérange et disloque le langage comme l'image, la grammaire et la logique, le verbe, le nom, le genre et le nombre comme les règles, les codes, les conventions et les convenances de la représentation: c'est le principe (arkhè) an-archique et ir-responsable par excellence, qui est aussi par excellence créateur et poétique. Quand ce qui arrive entre deux (?) "sujets" fait que l'un sort de soi vers l'autre pour entrer en lui (ou en elle), ou l'accueillir en soi de manière à ne faire qu'un, il n'y a plus de "sujet" (sub-jectum) ni de sub-stance qui tienne, on ne distingue plus l'ek-stase de l'hypo-stase ni de la méta-stase; l'état d'amour, si l'on peut dire, renverse tout état (stasis c'est aussi l'insurrection !) et affole le sens de toute essence, le sens propre et figuré de toutes les métaphores, de toutes les métonymies, de tous les transports et de tous les transferts (metaphora, comme on peut encore le lire sur les autocars grecs). Cf. p. ex. ce qui arrive quand "l'amour" se mêle de théologie, ou l'inverse, dans le De Trinitate de saint Augustin.

D'où (peut-être) "prudence", et à double sens au moins: n'éveillez pas, ne réveillez pas; crainte panique de tout ce qui est tant soit peu constitué et établi en "soi", de tomber dans cet "état" qui rend tout "état", toute institution et toute constitution impossible; mais aussi effroi de "l'amour" de se réveiller de lui-même et de s'évanouir comme un rêve, dans une "réalité" sans lui ou sans elle, qu'il ne peut appréhender, en son aveugle lucidité, que comme un vide absolu. Autant de spectres de la mort en ce jardin.
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MessageSujet: Re: prudence dans l'amour   Lun 09 Oct 2017, 11:18

Citation :
D'où (peut-être) "prudence", et à double sens au moins: n'éveillez pas, ne réveillez pas; crainte panique de tout ce qui est tant soit peu constitué et établi en "soi", de tomber dans cet "état" qui rend tout "état", toute institution et toute constitution impossible; mais aussi effroi de "l'amour" de se réveiller de lui-même et de s'évanouir comme un rêve, dans une "réalité" sans lui ou sans elle, qu'il ne peut appréhender, en son aveugle lucidité, que comme un vide absolu. Autant de spectres de la mort en ce jardin.

Fuir le bonheur (ou l'amour) de peur qu'il ne se sauve, chantait,  il me semble, Gainsbourg.

Ce leitmotiv, "ne réveillez pas l'amour, jusqu'à ce qu'il lui plaise", souligne peut-être un "danger" (je n'ai pas trouvé d'autre mot), celui d'aimer d'être aimer. Lorsqu'une personne manifeste un empressement hors du commun, des marques et des paroles d'amour troublantes, on peut aimer toute cette attention et le fait de se sentir un être unique aux yeux de l'autre et finir par aimer  le fait d'être entouré et désiré, sans pour autant aimer l'être à l'origine de tout cet amour, aimer de se sentir aimé.


Dernière édition par free le Lun 09 Oct 2017, 12:11, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: prudence dans l'amour   Lun 09 Oct 2017, 11:48

Gainsbarre, Napoléon, même combat, même débâcle (ou débandade) ?

Du côté "n'éveillez pas", on peut en effet entendre une sorte de scrupule, une exigence d'authenticité, de sincérité ou de synchronicité de l'amour qui refuse le malentendu, l'asymétrie, le décalage ou le désajointement des sentiments ("je t'aime, moi non plus", eût dit le même).

Le Cantique des cantiques aussi s'achève (8,14) sur une fuite, dont l'interprétation, faute de contexte, reste grand ouverte (comme une plaie incurable ?).

(Je repense à l'étymologie contradictoire du mot "fugue" en musique, selon qu'on le rapporte à l'allemand fugen ou à l'italien fuga: ajointement, accord ou raccord de parties disparates, ou/et fuite.)
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MessageSujet: Re: prudence dans l'amour   Lun 09 Oct 2017, 12:27

Ce refrain du Cantique des cantiques, souligne l'aspect mystérieux et angoissant de l'amour, pourquoi tel être, m'attire, me trouble, au point de perdre la raison et de devenir le "pantin" de mes sentiments ?
On subi les émois de son cœur et sans saisi les raisons qui nous poussent à aimer, désirer passionnément et à fusionner avec un être en particulier (pourquoi lui et pas un autre), d'où une certaine réticence à plonger dans l'inconnu et le vide. La peur de confondre amour et passion (même si l'un ne s'oppose pas à l'autre) ou de se laisser tromper par son cœur, soucions de trouver le "vrai" amour. Le "véritable" amour, selon le Cantique, vient progressivement (pas de coup de foudre), il s'identifie clairement, il de tisse et se construit.
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MessageSujet: Re: prudence dans l'amour   Lun 09 Oct 2017, 13:57

Il faut à mon avis beaucoup de bonne volonté ou d'habitude homilétique (pour ne pas dire sermonneuse) pour voir dans le Cantique des cantiques autre chose que de la "passion" -- tout y est, jusqu'à la passivité et à la pathologie de l'amour pâti ou subi comme un "mal" (cf. 2,5; 5,8 ). Il y manque peut-être le gallicisme du "coup de foudre", et encore (les "flammes" de 8,6 sont-elles infernales, comme le parallélisme le suggère, ou célestes, comme l'implique la lecture massorétique qui y introduit du Yah "baaliste" ou "jupitérien" ?). Quant à l'anglicisme correspondant, il y a du "love at first sight" dans toutes les descriptions du ou de la bien-aimé(e) -- comme dirait Antoine Doinel, ce n'est pas une femme, c'est une apparition...
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MessageSujet: Re: prudence dans l'amour   Lun 09 Oct 2017, 14:49

Narkissos a écrit:
Il faut à mon avis beaucoup de bonne volonté ou d'habitude homilétique (pour ne pas dire sermonneuse) pour voir dans le Cantique des cantiques autre chose que de la "passion" -- tout y est, jusqu'à la passivité et à la pathologie de l'amour pâti ou subi comme un "mal" (cf. 2,5; 5,8 ). Il y manque peut-être le gallicisme du "coup de foudre", et encore (les "flammes" de 8,6 sont-elles infernales, comme le parallélisme le suggère, ou célestes, comme l'implique la lecture massorétique qui y introduit du Yah "baaliste" ou "jupitérien" ?). Quant à l'anglicisme correspondant, il y a du "love at first sight" dans toutes les descriptions du ou de la bien-aimé(e) -- comme dirait Antoine Doinel, ce n'est pas une femme, c'est une apparition...




Narkissos, tu as "parfaitement" raison !

D'ailleurs, l'expression, "je suis malade d'amour" (2,5), traduit bien la passion brulante qui suscite désir et souffrance dû à la  séparation ou de l'absence de l'être aimé. La Cantique nous offre une déclaration passionnée de l’amoureuse qui s’enflamme à la pensée des baisers de l'être aimé, le vin donne moins d’ivresse que ses baisers. Le Bien-aimé éveille un désir irrésistible chez la Sulamite , ce qui la fait défaillir et qui lui fait dire : 

"Mon bien-aimé est semblable à la gazelle, au faon des biches. Le voici ; il se tient derrière notre mur, il regarde par la fenêtre, il épie par le treillis." (2,9)


Le cri, "je suis malade d'amour", me fait penser à la chanson de Serge LAMA, "Je suis malade" :

Je ne rêve plus je ne fume plus
Je n'ai même plus d'histoire
Je suis sale sans toi je suis laid sans toi
Je suis comme un orphelin dans un dortoir
Je n'ai plus envie de vivre ma vie
Ma vie cesse quand tu pars
Je n'ai plus de vie et même mon lit
Se transforme en quai de gare
Quand tu t'en vas
Je suis malade complètement malade
Comme quand ma mère sortait le soir
Et qu'elle me laissait seul avec mon désespoir
Je suis malade parfaitement malade
T'arrives on ne sait jamais quand
Tu repars on ne sait jamais où
Et ça va faire bientôt deux ans
Que tu t'en fous
Comme à un rocher comme à un péché
Je suis accroché à toi
Je suis fatigué je suis épuisé
De faire semblant d'être heureux quand ils sont là
Je bois toutes les nuits mais tous les whiskies
Pour moi…

Cette chanson relate l’histoire d’un homme qui vit l’humiliation de ne se trouver aucune qualité si la femme qu’il aime n’est pas là pour les lui rappeler.
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MessageSujet: Re: prudence dans l'amour   Lun 09 Oct 2017, 21:56

Le jeu de la négation (je ne veux plus aimer, je ne veux plus me faire avoir... mais je me fais avoir quand même) est une des constantes de la "chanson d'amour"...
Voir ici, ou . Ou, en version plus sarcastique, ici (traduction approximative de la première phrase: "Tout le monde dit je t'aime, mais je n'ai jamais compris pourquoi: il cherche vraiment les emmerdements, le pauvre crétin qui dit je t'aime").
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MessageSujet: Re: prudence dans l'amour   Mar 10 Oct 2017, 10:08

L'amour est donc une maladie, avec comme symptômes, une fièvre brulante, la perte de la raison, souffrance intérieure en cas d'absence de l'être aimé, tendance suicidaire (mourir d'aimer), perception faussée (idéaliser l'être aimé), jalousie maladive, le sentiment de ne plus exister (les amoureux fusionnent, le "je" n'existe plus, seul le "nous" subsiste, obsession, désir incontrôlé   ... Donc seule prescription pour les candidats à l'amour : "ne réveillez pas l'amour, avant qu'il le désire".
L'amour est une maladie, que l'on désire contracter, malgré tous ces symptômes connus, notre vide affectif, nous pousse vouloir aimer (surtout, être aimé).


Sur l'aspect "charnel" et "érotique" du Cantique des cantiques, j'ai trouvé cette analyse assez surprenante mais intéressante  :



  

Le poème ignore cette erwah, dans le sens où il en fait quelque chose de proprement humain et banal, si familier qu’il serait ridicule de l’ignorer. De cette nudité découle le langage des corps, la sexualité comme rapport entre deux êtres. Les allusions sexuelles les plus frappantes sont présentes en V, 4 et en VII, 9. La figure vaginale du trou est importante car elle incarne la féminité face à l’acte sexuel :


"Mon Bien-aimé a passé la main
par le trou de la porte
et du coup mes entrailles ont frémi.
Je me suis levée
pour ouvrir à mon Bien-aimé,
et de mes mains a dégoutté la myrrhe,
de mes doigts la myrrhe vierge,
sur la poignée du verrou."

L’allusion est ici très claire : la main représente la force de l’homme, le membre. La dimension phallique du passage est euphémisée par l’emploi du substantif « main », mais l’acte sexuel est ici bien réel puisque lorsque l’amant retire sa main, le ventre de la Sulamite frémit, ce qui correspond à la frustration du désir, de la jouissance. L’évocation de la myrrhe symbolise le liquide féminin de la passion, liquide dont les doigts viennent calmer l’ardeur impatiente provoquée par la présence de l’amant. La force et le désir sexuel sont également suggérés dans la description du nombril : "Ton nombril forme une coupe / où le vin ne manque pas." Le nombril est au centre du corps, il reçoit toutes les énergies symbolisées par le vin, il est donc le réservoir de toute l’énergie vitale du corps. Le nombril est l’Eros biblique, l’énergie charnelle et érotique.  

L’aspect proprement charnel du Cantique des Cantiques donne au poème toute son humanité. Mais il ne se focalise pas uniquement sur l’aspect corporel de l’érotisme, il sait faire intervenir le sensualisme des éléments pour donner douceur et volupté à son contenu.

 http://www.mythes-bibliques.mom.fr/cantique.htm
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MessageSujet: Re: prudence dans l'amour   Mar 10 Oct 2017, 11:18

Les suggestions du texte sont assez claires et efficaces, je trouve; et sa poésie ne gagne rien à l'explic(it)ation -- comme dirait Boby Lapointe, comprend qui peut !

Surtout, il me semble que le concept d'euphémisme ne rend pas compte de la richesse, de la complexité et de la subtilité du jeu des images et des métonymies: ce n'est pas (seulement, directement) un mot prononçable pour un autre imprononçable (grossier, vulgaire, obscène), c'est une image (la main, la porte, la serrure, etc.) qui fonctionne pour et par elle-même tout en en évoquant discrètement mais irrésistiblement une autre; qui dévoile en voilant, qui ne révèle rien sans le transfigurer en même temps. L'explication prosaïque ou anatomique, évidemment, produit l'effet contraire: elle détruit à la fois la poésie et l'érotisme.

Si tout langage est métonymique par essence (parler c'est toujours dire une chose pour une autre: non seulement un mot pour une chose, mais aussitôt un mot pour un autre et une chose pour une autre), le langage de la "sexualité" l'est par excellence: les mots qui nous paraissent les plus "directs" ou les plus "crus" sont des euphémismes étymologiques défunts, ensevelis, stratifiés ou sédimentés. (Cf. l'évolution de "baiser" en français ou de "making love" en anglais depuis les années 1950.)

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MessageSujet: Re: prudence dans l'amour   Mar 10 Oct 2017, 15:19

Citation :
Si tout langage est métonymique par essence (parler c'est toujours dire une chose pour une autre: non seulement un mot pour une chose, mais aussitôt un mot pour un autre et une chose pour une autre), le langage de la "sexualité" l'est par excellence: les mots qui nous paraissent les plus "directs" ou les plus "crus" sont des euphémismes étymologiques défunts, ensevelis, stratifiés ou sédimentés. (Cf. l'évolution de "baiser" en français ou de "making love" en anglais depuis les années 1950.)
 
Mon bien-aimé est à moi, et je suis à lui" (2,16) 

On retrouve dans cette expression une notion caractéristique de l'amour/passion, l'appartenance mutuelle sans réserve et la communion. Les amoureux/amants s'ils sont éloignés, se cherchent désespérément en manquent l'un de l'autre :

"mon lit, pendant les nuits, j'ai cherché celui que mon cœur aime ; je l'ai cherché et je ne l'ai pas trouvé... Je vais me lever, et je ferai le tour de la ville, dans les rues et sur les places ; je chercherai celui que mon cœur aime...Je l'ai cherché et je ne l'ai pas trouvé.Les gardes qui font le tour de la ville m'ont trouvée : Avez-vous vu celui que mon cœur aime ? A peine les avais-je dépassés que j'ai trouvé celui que mon cœur aime ; je l'ai saisi et ne le lâcherai plus, jusqu'à ce que je l'aie introduit dans la maison de ma mère, dans la chambre de celle qui m'a conçue. Autres ? Je vous en adjure, filles de Jérusalem, par les gazelles, par les biches de la campagne, n'éveillez pas, ne réveillez pas l'amour, avant qu'il le désire." (3,1-5)

« Nous mourrions ainsi, sans séparation Ne formant qu’un à jamais, sans fin, sans réveil, sans angoisse, anonymes, confondus dans l’amour, l’un à l’autre totalement, pour vivre uniquement pour l’amour. » Wagner, Tristan et Isolde


L'amour est une forme d'aliénation.
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MessageSujet: Re: prudence dans l'amour   Mar 10 Oct 2017, 15:57

Ben oui, mais c'est une étrange aliénation (alienus, alius, c'est toujours l'autre, l'altération de l'altérité et l'itération de l'étrangeté, avec toutes leurs allitérations étymologiques ou non) que celle qui est plus vieille, plus profonde, plus originaire et plus "essentielle" que toute "identité", plus propre en somme à chacun que "lui-même". Avant et pour que tu "sois" toi, il en a fallu d'autres, au moins deux, en fait un nombre incalculable d'autres: ce qui t'exproprie ou te dépossède de "toi" sous la figure de "l'amour" -- qui n'est jamais que la traduction affective et ambiguë d'une sexualité qui ne se cantonne pas à l'espèce humaine, ni même (au moins pour la biologie moderne) à l'animal -- c'est cela qui te revient d'une origine plus originaire que ta naissance, dont celle-ci dépend. Ce n'est donc pas une aliénation parmi d'autres, c'est l'aliénation absolue, l'aliénation de toutes les aliénations et de toutes les identités; et aussi bien tout le contraire d'une aliénation, puisque ce qui te dépossède est aussi ce qui te constitue.
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