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 encore

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Narkissos

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MessageSujet: encore   Ven 11 Aoû 2017, 15:38

Et il me dit: ne scelle pas les paroles de la prophétie de ce livre, car le temps est proche. Que l'injuste soit encore injuste, que le souillé (l'impur, le sale) se souille encore, que le juste fasse encore la justice et que le saint (sacré) se sanctifie (consacre) encore.
Apocalypse 22,10s.

Dans cette énième conclusion de l'Apocalypse (il y en a d'autres avant et après, même après celle qui proclame solennellement, sous peine de malédiction, qu'il ne faut plus du tout en rajouter, v. 18s), le jussif (que + subjonctif, en français) étonne par sa volonté apparente de ne rien changer aux destins ou aux comportements opposés, mais au contraire de les confirmer ou de les consolider en accentuant leur différence caractéristique -- le lecteur songe volontiers à l'introduction, elle-même secondaire, des "lettres aux Eglises" et notamment à celle de Laodicée: Jésus veut du chaud ou du froid mais vomit le tiède (3,16); et/ou (le même lecteur ou un autre) à la fameuse maxime de Pindare, dont le jeune Nietzsche avait fait sa devise: deviens ce que tu es, (l')ayant appris.

Sans surprise, la différence à accuser, voire à caricaturer, s'organise de façon binaire ou dualiste (le bien d'un côté, le mal de l'autre, en noir et blanc pour ainsi dire); mais cette dualité se double aussitôt d'une autre, qui trahit la double origine de la "morale" ici à l'œuvre: morale sociale des prophètes d'une part (justice/injustice) et règlement sacral ou rituel des prêtres d'autre part (impureté-souillure/sainteté-consécration). On peut rêver, mais ce serait un autre texte et le jugement s'y perdrait, d'un jussif polychrome qui voudrait la différenciation de toutes les différences (que le doux soit encore plus doux, le dur encore plus dur, le sentimental encore plus sentimental, le logique encore plus logique, etc.; souillé-sacré, sucré-salé ?).

Que vouloir et faire encore dans le "pas encore" de ce "bientôt" qui s'éternise, comme les conclusions des apocalypses se surajoutent les unes aux autres, plus urgentes et imminentes les unes que les autres, sinon répéter, souligner, renforcer les contrastes nécessaires à la clarté d'un jugement dernier qui risque de se brouiller d'autant qu'il tarde ? Prier pour que les choses non seulement restent, mais soient de plus en plus ce qu'elles sont. Pour que tout change, il faut que rien ne change: paralysie paradoxale de l'attente du bouleversement, vertigineuse quand on la lit avec près de vingt siècles de retard.
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MessageSujet: Re: encore   Mar 29 Aoû 2017, 13:11

Citation :
Sans surprise, la différence à accuser, voire à caricaturer, s'organise de façon binaire ou dualiste (le bien d'un côté, le mal de l'autre, en noir et blanc pour ainsi dire); mais cette dualité se double aussitôt d'une autre, qui trahit la double origine de la "morale" ici à l'œuvre: morale sociale des prophètes d'une part (justice/injustice) et règlement sacral ou rituel des prêtres d'autre part (impureté-souillure/sainteté-consécration). On peut rêver, mais ce serait un autre texte et le jugement s'y perdrait, d'un jussif polychrome qui voudrait la différenciation de toutes les différences (que le doux soit encore plus doux, le dur encore plus dur, le sentimental encore plus sentimental, le logique encore plus logique, etc.; souillé-sacré, sucré-salé ?).

"Que l'injuste soit encore injuste, que le souillé (l'impur, le sale) se souille encore", ce qui implique, ils sont donc inexcusables (Rm 1,20). J'ai le sentiment que ce texte a été écrit dans cet esprit, qui justifie une condamnation sans appel. A cette effet, cela nous rappelle le,  "C’est pourquoi Dieu les a livrés ..." de Romains chapitre 1.
Cette volonté de voir les injustes encore plus injuste, s'explique peut-être par la proximité du jugement, qui ne laisse plus la place à un repentir éventuel.
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Narkissos

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MessageSujet: Re: encore   Mar 29 Aoû 2017, 15:30

Le dualisme s'exacerbe, s'affole et s'annule tout seul, sur un mode "obsessionnel" ou "hystérique" (non seulement l'un n'empêche pas l'autre, mais il y verse tout naturellement), dans les glaces (bi-)polaires de la prédestination éternelle comme dans les fièvres de l'eschatologie imminente...

Fin du monde, jugement dernier: désir insatiable d'une justice, d'une vérité, d'une pureté, aussi absolues et inimaginables que le néant, et en fin de compte -- c'est le cas de le dire -- inséparables de celui-ci.
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MessageSujet: Re: encore   Mer 20 Déc 2017, 12:57

Citation :
Que vouloir et faire encore dans le "pas encore" de ce "bientôt" qui s'éternise, comme les conclusions des apocalypses se surajoutent les unes aux autres, plus urgentes et imminentes les unes que les autres, sinon répéter, souligner, renforcer les contrastes nécessaires à la clarté d'un jugement dernier qui risque de se brouiller d'autant qu'il tarde ? Prier pour que les choses non seulement restent, mais soient de plus en plus ce qu'elles sont. Pour que tout change, il faut que rien ne change: paralysie paradoxale de l'attente du bouleversement, vertigineuse quand on la lit avec près de vingt siècles de retard.

L'aggravation de la situation ("Que l'injuste soit encore injuste") conforte celui qui est convaincu que la fin est pour "bientôt". Celui qui est dans cette attente désire même (en secret peut-être) que la situation se détériore, le monde nouveau et meilleur tant désiré, passe par une volonté de voir le monde actuel s'enfoncer, encore et encore.

Citation :
Des spécialistes sont d’avis que la terre va bientôt connaître des changements majeurs. En 2014, par exemple, une commission du Bulletin des scientifiques atomistes (angl.) a prévenu le Conseil de sécurité des Nations unies que de sérieuses menaces pèsent sur l’humanité. Ces scientifiques ont affirmé : « Un examen minutieux de ces menaces nous amène à la conclusion que le risque d’une catastrophe technologique mettant en péril notre civilisation reste élevé. » Beaucoup ont acquis la ferme conviction que nous sommes à un tournant dans l’Histoire. Pour les éditeurs de La Tour de Garde et nombre de ses lecteurs, il ne fait aucun doute que notre époque hors du commun correspond vraiment aux « derniers jours » et que la fin est proche.

https://www.jw.org/fr/publications/revues/wp20150501/la-fin-est-elle-proche/

Celui qui est dans l'attente imminente de la fin est une victime potentielle de la lassitude et un demandeur d'éléments qui lui permettent de renforcer sa conviction et de le maintenir en état de vigilance :

"Mais les mauvais et les imposteurs progresseront toujours plus dans le mal, égarant les autres et s'égarant eux-mêmes." 2 Thi 3,13
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Narkissos

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MessageSujet: Re: encore   Mer 20 Déc 2017, 15:32

Cela se traduit, dans les idéologies révolutionnaires qui sont des eschatologies sécularisées, par ce qu'on appelle la "politique du pire": si l'on veut renverser le tyran, il faut que le tyran soit toujours plus tyran, donc à la limite le provoquer à la tyrannie. Si d'aventure il s'adoucissait, devenait réformateur ou démocrate, c'en serait fini de la révolution.

Par bonheur, la tradition biblique offre au moins deux scénarios contradictoires grâce auxquels une eschatologie bibliciste peut toujours retomber sur ses pieds: 1) de pire en pire jusqu'à la fin, 2) la fin arrivant comme un voleur dans un monde prospère qui ne l'attend pas (ils mangeaient, buvaient, achetaient, vendaient, se mariaient... paix et sécurité !). Pile je gagne, face tu perds.

Tant pis si je me répète: quand on sort d'une secte apocalyptique et qu'on n'est plus dupe de son discours catastrophiste, on se trouve, par retour de balancier, très disponible à un discours progressiste et optimiste, et "allergique" aux discours catastrophistes en général: le monde va de mieux en mieux. Il faut un nouveau recul, avec le temps, pour percevoir les vraies catastrophes (p. ex. démographiques et écologiques), si massives qu'elles soient, d'autant qu'elles sont aussi lentes et sans espoir religieux ou politique.

Cela me rappelle soudain un autre fil que je m'étonne de n'avoir pas rapproché plus tôt de celui-ci. Il est vrai qu'à côté de ce qu'ils ont de commun -- l'inexorable -- il y a entre eux une différence de tonalité fondamentale (Stimmung, dirait Heidegger): d'un côté l'hystérie obsessionnelle (oxymore) d'une fin brutale, mais finalement heureuse, qu'on redoute surtout de ne pas voir arriver; de l'autre une tranquillité paradoxalement joyeuse de la certitude de la catastrophe.
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le chapelier toqué

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MessageSujet: Re: encore   Mer 20 Déc 2017, 22:45

L'humanité peut disparaître de la terre, la planète s'en remettra. Elle l'a déjà fait pour les Dinosaures...
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Narkissos

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MessageSujet: Re: encore   Jeu 21 Déc 2017, 16:10

Sans compter que ce ne sont pas les planètes qui manquent...

Il y a quelque chose de proprement stupéfiant dans ce genre de réflexion: devant elle on se sent idiot, ça laisse sans voix. Dès lors qu'est évoquée une "disparition de l'humanité" (chose qui peut effectivement arriver n'importe quand et même hors de toute cause "humaine": météorite, volcan, virus), tous les mots, concepts et jugements se perdent dans le vide. Hors "humanité" (et langage, et représentation), "la planète" et même "la vie" se porteraient sans doute "mieux" (du moins pouvons-nous aisément l'imaginer avec ces mots-là); mais cette phrase même perdrait ipso facto toute signification.

Revenant de ma stupeur dans le cadre restreint mais significatif de "l'humanité" et de son "histoire" identifiée arbitrairement à celle de l'écriture (soit en gros 5500 ans sur 300 000; l'extinction des dinosaures remonterait à 66 millions d'années !), et dans le cadre à peine plus restreint de notre "civilisation", je me demande s'il n'y a pas une analogie entre ce dont parle précisément ce fil (la fixation hystérique et/ou obsessionnelle d'un certain type d'"apocalypse" sur ce qui ne doit pas changer, au contraire ! jusqu'à la fin: que le même soit toujours plus le même, dans l'accentuation de ses contrastes) et notre paralysie politique et morale actuelle. Ma génération a vu et su l'effectif de "l'humanité" augmenter davantage, en valeur absolue, en un demi-siècle que dans les 5500 ou 300 000 ans qui l'ont précédée; et, dans le même temps, celui des espèces sauvages diminuer de moitié au bas mot. Avec le sentiment de n'y pouvoir rien faire, car cette "dynamique" venait de beaucoup plus loin (des révolutions industrielles et politiques, de la Renaissance, etc.), et les massacres encore tout frais de la première moitié du XXe siècle ne l'avaient nullement enrayée. Or de quoi s'est-elle préoccupée, cette génération, toutes tendances confondues ? De toujours plus du même: progrès technique, croissance économique, développement des pays sous-développés en voie de développement, justice sociale par l'augmentation du pouvoir d'achat, de la production et de la consommation, extension de l'habitat, de l'hygiène et de la médecine, etc. Que les logiques modernes de droite ou de gauche soient toujours plus ce qu'elles sont, dans leur antagonisme comme dans leur interaction et leur imbrication, quand bien même tout cela va et de plus en plus vite dans le mur.

Par rapport à cette vision très restreinte des choses, l'évocation de la paléontologie ou de l'astronomie a en effet quelque chose de dépaysant et de finalement rassurant: hors humanité, de fait, rien n'a plus d'"importance", ni "vie", ni "planète" ni "univers", puisque nous sommes les inventeurs et les les utilisateurs exclusifs de l'"importance". Et que tout cela poursuive sa course, à peine localement affectée par nous, indifféremment de l'"importance" que nous y aurons brièvement attachée, cela nous donne en effet à penser,-- faute de mieux et en attendant pire.
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