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 (il était) une fois (pour toutes)

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Narkissos

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MessageSujet: (il était) une fois (pour toutes)   Lun 11 Sep 2017, 16:15

Il était donc nécessaire que les copies (hupodeigmata) de ce qui est dans les cieux soient purifiées par cela (les sacrifices animaux et sanglants, voir ce qui précède; ou, à la rigueur: que les copies de ce qui est dans ces cieux soient purifiées), et le céleste par des sacrifices meilleurs; car ce n'est pas dans un (lieu) saint fait de main (d'homme), empreinte (réplique, copie, "antitype") du véritable, que Christ est entré, mais dans le ciel même, afin de paraître maintenant pour nous devant la face du dieu; non pour s'offrir maintes fois, comme le grand prêtre entre dans le (lieu) saint chaque année avec le sang d'un autre -- il aurait dû souffrir maintes fois depuis la fondation (ou le lancer) du monde -- mais maintenant, une seule fois (hapax), à la fin de l'âge (temps, aiôn), il a été manifesté pour ôter le péché par son sacrifice. Et comme il est réservé aux hommes de mourir une seule fois (hapax) -- après quoi jugement -- de même aussi le Christ, ayant été apporté une seule fois (hapax) pour porter le péché de la multitude, apparaîtra (sera vu) une deuxième fois, sans péché, à (de) ceux qui l'attendent pour le salut. (Hébreux 9,23ss).

C'est un texte assez difficile à lire, surtout vers la fin et sans les aménagements plus ou moins judicieux des traductions courantes. Il faudrait, comme toujours, relire toute l'épître (même si ce n'en est pas une), au minimum les chapitres 9--10; et se rappeler ce qu'on a dit ailleurs de son "système" conceptuel si particulier (opposition simili-platonicienne des deux scènes, terrestre-transitoire d'une part et céleste-éternelle d'autre part, qui se double, non sans difficulté, d'une opposition temporelle passé-futur compliquant singulièrement le présent, entre des "ombres" déjà-passées-mais-encore-présentes et une "réalité" encore-à-venir-mais-déjà-là). On aura noté la récurrence, par trois fois (v. 26, 27, 28), du terme-clé "une fois" (une seule fois, une fois pour toutes, le fameux hapax, cf. déjà v. 7; 6,4; 10,2; 12,26s), que l'on aura peut-être rapproché de l'"aujourd'hui" des chapitres 3 et 4.

Ce qui est peut-être ici le plus frappant, c'est la comparaison ambiguë (à la fois similitude et contraste) entre l'"une fois" de l'expérience humaine ordinaire (on ne meurt qu'une fois, on n'est jugé qu'une fois) et celui de l'unique acte christique ("sacrifice" mais aussi "perfection/accomplissement" et "engendrement", si toutes les figures de l'épître se confondent dans le même "aujourd'hui"), qui se situe "à la fin des temps" (v. 26), comme s'il devait récapituler ou subsumer tout ce qui, dans le temps des "ombres", le précède. Et qui pourtant, au présent de l'écriture, est déjà "passé" et a encore un "avenir", mais pour ainsi dire "hors temps" comme il est dit "hors péché". Par le fait, c'est le seul texte du Nouveau Testament, sauf erreur de ma part, qui parle explicitement d'une seconde venue (plus exactement manifestation ou apparition: "être vu") du Christ: partout ailleurs, il est question de venue (erkhomai), d'avènement (parousia), d'apparition ou de manifestation (epiphaneia), sans "re-" ni numérotation (second, deuxième). Tout se passe comme si la singularité de l'"une fois" ne pouvait se dire ni se penser sans une infinité de répliques, qui la précèdent et qui la suivent, même là où il n'y a plus de temps pour une suite ("après" la fin des "temps"): une fois pour toutes, une fois pour toutes les fois, et cependant une seule fois, cela ne se dit qu'en plus d'une fois. (Les lecteurs de Kierkegaard apprécieront les résonances: on ne souffre qu'une fois, on n'est jugé-examiné qu'une fois, on triomphe éternellement.)

Voir aussi ici et (29.3.16).
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MessageSujet: Re: (il était) une fois (pour toutes)   Mer 13 Sep 2017, 10:38

Citation :
Par le fait, c'est le seul texte du Nouveau Testament, sauf erreur de ma part, qui parle explicitement d'une seconde venue (plus exactement manifestation ou apparition: "être vu") du Christ: partout ailleurs, il est question de venue (erkhomai), d'avènement (parousia), d'apparition ou de manifestation (epiphaneia), sans "re-" ni numérotation (second, deuxième). Tout se passe comme si la singularité de l'"une fois" ne pouvait se dire ni se penser sans une infinité de répliques, qui la précèdent et qui la suivent, même là où il n'y a plus de temps pour une suite ("après" la fin des "temps"): une fois pour toutes, une fois pour toutes les fois, et cependant une seule fois, cela ne se dit qu'en plus d'une fois. (Les lecteurs de Kierkegaard apprécieront les résonances: on ne souffre qu'une fois, on n'est jugé-examiné qu'une fois, on triomphe éternellement.)

Merci Narkissos pour avoir attirer notre attention sur ce texte "original".

La second venue dont parle ce texte, m'a aussi fait pensé au récit du livre des Actes :

 "A ces mots, sous leurs yeux, il s’éleva, et une nuée vint le soustraire à leurs regards.

Comme ils fixaient encore le ciel où Jésus s’en allait, voici que deux hommes en vêtements blancs se trouvèrent à leur côté et leur dirent : « Gens de Galilée, pourquoi restez-vous là à regarder vers le ciel ? Ce Jésus qui vous a été enlevé pour le ciel viendra de la même manière que vous l’avez vu s’en aller vers le ciel. »

Il est question dans ce texte d'un départ et d'un retour.

En Hébreux 9, j'observe un ordre des évènements, 1) Le Christ ôte les péché , 2) jugement et 3) seconde venue.

Cette second venue se manifestera-t-elle par l'apparition d'un Christ physique, de chair et de sang ?
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MessageSujet: Re: (il était) une fois (pour toutes)   Mer 13 Sep 2017, 11:30

Dans la tête du lecteur du NT il y a forcément "première" et "seconde" venue, "départ" et "retour" du Christ. Ce que je voulais faire remarquer c'est que dans les textes les choses ne sont qu'exceptionnellement formulées ou explicitées ainsi. Dans les Actes, il n'est pas dit "re-viendra", même si le lecteur ne peut pas comprendre autre chose.

A mon sens, cela tient en partie au fait que la multiplication des "venues" ou les "allers-retours" sont toujours des "accidents eschatologiques": la figure de la fin des temps (que ce soit "le Messie", "le Fils de l'homme", "le Fils de David", Elie, Moïse, Melchisédeq) est a priori unique et définitive (c'est "celui qui vient", cf. la question de Jean-Baptiste à Jésus); mais au fil des développements littéraires et des identifications historiques (l'ultime identifié à un personnage du présent, puis du passé) les figures se télescopent, les "venues" se dédoublent, et les scénarios se compliquent...

Quant à "l'ordre des événements", je ne lis pas exactement le texte ainsi, mais c'est discutable (surtout vu le caractère elliptique de la formule "après cela jugement", sic, qui ressemble fortement à une glose): il y a en tout cas un parallèle entre la mort de chacun (qui arrive une fois, peu importe quand elle arrive) et celle du Christ (une fois pour toutes à la fin des temps). Le jugement (le cas échéant) est après la mort de chacun comme l'"apparition" ou la "vision" du Christ vient après sa mort à lui (donc, strictement, le texte n'établit aucune relation chronologique entre ton 1 et ton 2 ni entre ton 2 et ton 3); en outre, la mort du Christ est censée coïncider elle-même avec la fin des temps; donc, logiquement même si ça ne veut rien dire, la "vision" est "hors-temps" (et peut-être le jugement aussi, cf. Apocalypse 20: entre deux "mondes", hors temps, hors tout). Pour tirer un scénario chronologique d'expressions aussi paradoxales, il faut vraiment le vouloir.

Quant à la "chair": pour l'épître aux Hébreux assurément non (le salut n'est rien d'autre que l'accès à la réalité spirituelle-éternelle), pour l'auteur de la transition Luc-Actes assurément oui...
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MessageSujet: Re: (il était) une fois (pour toutes)   Mer 13 Sep 2017, 15:53

Citation :
Quant à la "chair": pour l'épître aux Hébreux assurément non (le salut n'est rien d'autre que l'accès à la réalité spirituelle-éternelle), pour l'auteur de la transition Luc-Actes assurément oui...

Pourquoi le Christ doit-il "apparaitre" ou être vu, "à (de) ceux qui l'attendent pour le salut" ?
Pourquoi n'est-il pas visible pour ceux qui attendent le salut, si l'ensemble des personnages ont accès réalité spirituelle-éternelle  ?
Doit-on faire un rapprochement avec 1 Jn 3,2 :  "parce que nous le verrons tel qu'il est" ?
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MessageSujet: Re: (il était) une fois (pour toutes)   Mer 13 Sep 2017, 16:54

Une bonne partie de la théologie du NT est en tension entre un "déjà" et un "pas encore", mais cela s'exprime différemment d'un texte à l'autre (on peut penser aussi à Colossiens 3,3s, avec le vocabulaire de l'"apparition" ou de la "manifestation", en l'occurrence phaneroô qui renvoie à la famille lexicale de l'épiphanie-phénomène, dont nous parlions il y a peu à propos du "fantôme"). Dans l'épître aux Hébreux c'est plutôt la notion de "perfection/accomplissement" (teleioô etc.) qui l'exprime: comme le Christ a été "rendu parfait / accompli" par l'épreuve de la "chair" dans le monde des "ombres", jusqu'à passer par sa mort le "voile de la chair" pour accéder à la réalité éternelle, les chrétiens doivent suivre le même chemin pour le rejoindre; l'accès est ouvert, le chemin existe mais il reste à faire. S'il y a une différence, c'est que la mort (une certaine mort évidemment) est nécessaire et suffisante, pour le Christ comme pour les siens: dans ce schéma, au fond, il n'y a pas besoin de "résurrection" (comme l'avait bien noté Brown), encore moins de "retour" au monde pour sauver des élus "vivants", comme chez Paul (1 Corinthiens 15; 1 Thessaloniciens 4), même s'il reste des traces de ces idées qui font partie du fonds commun du christianisme primitif. Mais la tension fondamentale entre le "déjà" et le "pas encore" est toujours à peu près la même, avec des nuances d'accent (dans certains textes le "déjà" l'emporte sur le "pas encore", dans d'autres c'est le contraire); très rares sont les textes "purs" de ce point de vue: où "tout est accompli", sans aucune attente future (certaines strates de l'Evangile selon Jean); où "tout est à faire", sans aucun acquis (certains éléments de Matthieu p. ex.).
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MessageSujet: Re: (il était) une fois (pour toutes)   Lun 18 Sep 2017, 17:12

Citation :
Dans l'épître aux Hébreux c'est plutôt la notion de "perfection/accomplissement" (teleioô etc.) qui l'exprime: comme le Christ a été "rendu parfait / accompli" par l'épreuve de la "chair" dans le monde des "ombres", jusqu'à passer par sa mort le "voile de la chair" pour accéder à la réalité éternelle, les chrétiens doivent suivre le même chemin pour le rejoindre; l'accès est ouvert, le chemin existe mais il reste à faire. S'il y a une différence, c'est que la mort (une certaine mort évidemment) est nécessaire et suffisante, pour le Christ comme pour les siens: dans ce schéma, au fond, il n'y a pas besoin de "résurrection" (comme l'avait bien noté Brown), encore moins de "retour" au monde pour sauver des élus "vivants", comme chez Paul (1 Corinthiens 15; 1 Thessaloniciens 4), même s'il reste des traces de ces idées qui font partie du fonds commun du christianisme primitif.

"Nous avons ainsi, frères, pleine assurance d’accéder au sanctuaire par le sang de Jésus. Nous avons là une voie nouvelle et vivante, qu’il a inaugurée à travers le voile, c’est-à-dire par son humanité." Héb 10,19-20

La mission du Christ n'a pas été d'apporter un sacrifice supplémentaire mais de traverser le sanctuaire céleste, afin d'ouvrir la voie qui permet aux croyants de passer à travers le voile qui les sépare de Dieu.
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MessageSujet: Re: (il était) une fois (pour toutes)   Lun 18 Sep 2017, 23:00

Où l'on peut mesurer, au passage, le désastre sémantique, exégétique, théologique et anthropologique de la traduction de "chair" (sarx) par "humanité", qui dénature complètement la problématique du texte (humain vs. animal ou divin au lieu de chair vs. esprit): la "chair" n'est ni limitée à "l'homme" ni le tout de "l'homme", l'"esprit" peut être tout aussi "humain" que la "chair", passer de la "chair" à l'"esprit" ne revient pas à sortir de l'"humanité", bien au contraire -- cf. chap. 1--2 où jusque dans la gloire Jésus reste "homme" et "fils d'homme", et comme tel au-dessus des "anges", dans la droite ligne des spéculations juives et/ou hellénistiques sur l'Adam ou Anthrôpos primordial, qui est "homme" et (image de) "dieu" avant d'être "de chair". Dans notre passage encore l'excès de "l'homme" sur la "chair" se signale par tout ce qui se situe après ou au-delà de (l'"une fois" de) la mort: "jugement" pour tout homme, vision du Christ "hors péché" (<=> "hors chair") pour ceux qui l'attendent.
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MessageSujet: Re: (il était) une fois (pour toutes)   Mer 20 Sep 2017, 17:04

Prêtre parce que homme

Le sacerdoce du Souverain Prêtre a au moins un point commun avec l’institution lévitique : il est celui d’un homme véritable. Lorsqu’en effet He entreprend de prouver le sacerdoce de Jésus (5,1ss), il commence par affirmer : « tout grand-prêtre est pris d’entre les hommes ».

Mais c’est bien avant que He a présenté l’humanité de Jésus : dès le début du chapitre 2, comparant la médiation opérée par Jésus à celle dont les anges étaient les ministres, l’auteur a affirmé la nécessité, selon les vues de Dieu, de l’incarnation de « Celui qui devait guider [les hommes] vers leur salut » (2,10) : « il fallait que, par la grâce de Dieu, il goûtât la mort » (2,9) ; il convenait qu’il « connût la souffrance » (2,10), car « ce n’est pas des anges qu’il se charge » mais de ceux « qu’il ne rougit pas d’appeler ses frères » (2,11). Il importait que « sanctificateur et sanctifiés fussent de même origine » (2,11).

Et ce n’est qu’après avoir ainsi procédé qu’He en vient à introduire pour la première fois le sacerdoce de Jésus (2,17-18) : c’est parce qu’il est apparu en tout semblable à ses frères, que le Christ a pu devenir « dans leurs rapports avec Dieu, un grand-prêtre miséricordieux et fidèle ». On comprendra mieux par la suite en quoi consiste véritablement l’exaltation qui est la marque propre du Souverain Sacerdoce selon l’ordre de Melchisédech. L’affirmation du caractère profondément humain de Jésus (venant après celle de sa divinité au chapitre 1 – ce qui lui donne encore plus de relief), est le fondement sur lequel reposera tout le reste de l’exposé. On n’aboutira à l’enseignement sur le Souverain Sacerdoce qu’après avoir repris la plus vive conscience de cette donnée fondamentale. C’est le Jésus de l’histoire et nul autre, qui sera dit le Grand-Prêtre éternel30.

Or cette incarnation est aussi radicale que possible. Fils d’Abraham (2,16), descendant de Juda (6,13-14), Jésus a connu la faiblesse (5,2), la souffrance (2,10.18 ; 5,Cool, et la mort même (2,9 ; 5,2-7) ; il a « appris l’obéissance » (5,8)31 ; il a éprouvé jusqu’aux larmes le tragique de la condition d’homme – tellement qu’alors il n’eut plus d’autre recours que « la violente clameur, les implorations et les supplications » (5,7). Plus que cela encore, il a subi la tentation (2,18). « En tout semblable à ses frères » (2,17), il a été « en tout éprouvé d’une manière semblable » (4,15)32.


Mais soustrait aux « prescriptions » de la chair

Par son humanité et par son appel (5,4-6), le Christ remplit donc les conditions requises pour le sacerdoce en général et pour le sacerdoce lévitique en particulier. Serait-il donc selon Aaron au moins sous cet aspect ? Pas le moins du monde, car s’il est homme comme le sont les fils d’Aaron, il ne l’est pas du tout de la même manière qu’eux. Son humanité ne lui donne, à vrai dire, aucun titre au sacerdoce (descendant de Juda33, il était « disqualifié selon la chair » pour prétendre au service de l’autel, 8,4-5). De ce sacerdoce, l’appartenance à l’humanité constitue en effet seulement la condition. Condition sine qua non cependant, car elle lui fournit ses “coordonnées existentielles”. Sacerdoce d’un homme véritable, mais ne tenant aucunement aux « prescriptions de la chair » : voilà ce que, dans le cas du Christ, il faut dire.

Le sacerdoce du Souverain Prêtre apparaît alors en contraste criant avec l’institution lévitique. Cette dernière ne recrute en effet ses représentants que « selon la règle d’une prescription charnelle » (7,16)34. Elle n’a pas seulement son expression dans la chair, elle est constitutivement charnelle35. Elle est donc soumise à la loi de la multiplicité, puisque « la mort empêche de durer » (7,23), ces prêtres qui sont toujours « apothnêskontes » (7,Cool, c’est-à-dire, car il s’agit d’un participe présent, « incessamment ‘mourants’, passant tous les uns après les autres dans la mort36 » !
50Il s’impose certes pourtant de reconnaître que le Christ aussi est passé par la mort. Mais précisément, il faut soigneusement relever ici un contraste total : chez lui, la mort est empreinte d’une tout autre signification. Nous le verrons maintenant, elle est à la fois expression privilégiée de son sacerdoce, et chemin vers son accomplissement ultime.

(Lire la suite ... )

https://rsr.revues.org/1971#tocto2n6
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MessageSujet: Re: (il était) une fois (pour toutes)   Mer 20 Sep 2017, 18:51

Merci encore pour cet article très riche -- qui "pèche" cependant à mes yeux d'au moins deux façons, d'ailleurs profondément liées entre elles:

1) Faute de prendre en considération l'"anthropologie" sous-jacente, qui ne limite pas l'"homme" (Adam, Anthrôpos) à l'"humanité-de-chair", historique et phénoménale, l'auteur doit ramener les paradoxes de l'épître à une antithèse "homme-Dieu" (les "deux natures" de la théologie classique) qui est parfaitement étrangère au texte: si le Christ de l'épître aux Hébreux apparaît comme "divin", c'est précisément en tant qu'Homme-image-et-Fils-de-Dieu récapitulant et excédant toute humanité "historique" (cf. l'introduction); non par une "nature divine" qui viendrait autrement se surajouter ou se combiner à une "nature humaine".

2) Faute de prendre en considération le caractère quasi "platonicien" de l'"éternité" dans ce texte, on se méprend sur le sens de ses paradoxes temporels: l'"éternité" à laquelle "Jésus" accède par l'épreuve de la "chair" et la mort n'est pas un simple après; par là se révèle ce qu'il était aussi avant (avant la fondation du monde, toujours l'introduction) et pendant -- ce qu'il n'a jamais cessé d'être (cf. 13,8 ). Ce qui renverse le sens de toutes les "typologies", et notamment celle de Melchisédeq (celui-ci apparaissant au début de "l'histoire" comme "Jésus" à la "fin", mais les deux "figures" n'en font qu'une du point de vue de l'"éternité").

Par ailleurs, cet article me fait utilement penser à un détail très important que j'ai oublié de signaler: que le "hors (le) péché" (khôris hamartias) de 9,28 (il sera vu... hors péché) rappelle à l'identique (et dans les deux cas sans adversatif, ni "mais" ni "quoique", contre presque toutes les traductions courantes) celui de 4,15 (ayant été éprouvé de façon similaire hors péché). Là encore, le texte dit tout autre chose que ce qu'on a l'habitude d'y lire (p. ex. "il a été éprouvé comme nous, à cette différence près que lui, sans qu'on sache trop pourquoi ni comment, aurait réussi à ne pas 'pécher'"; lecture qui oblige à interpréter tout autrement, quoique d'une manière tout aussi embarrassée, le "hors péché" de 9,28). En fait le "hors péché" dit la même chose dans les deux cas: ce qui dans le Christ "terrestre" (je ne dis pas "historique") excédait l'homme phénoménal, "charnel" et "pécheur" (les deux choses étant indissociables, cf. Romains 8,3, mais "Paul" s'en sort un peu autrement, d'une manière plus "docétique", en suggérant que le Christ n'avait que la ressemblance, l'apparence, et de la "chair" et du "péché"), c'est cela précisément qui est "vu" à la fin, hors temps et hors histoire. En un mot l'"éternel", jamais atteint ni par la "chair" ni par le "péché" qui ressortissent au monde transitoire des "ombres"; mais un "éternel" qui n'est pas moins "humain" que "divin".
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MessageSujet: Re: (il était) une fois (pour toutes)   Hier à 10:54

Citation :
En fait le "hors péché" dit la même chose dans les deux cas: ce qui dans le Christ "terrestre" (je ne dis pas "historique") excédait l'homme phénoménal, "charnel" et "pécheur" (les deux choses étant indissociables, cf. Romains 8,3, mais "Paul" s'en sort un peu autrement, d'une manière plus "docétique", en suggérant que le Christ n'avait que la ressemblance, l'apparence, et de la "chair" et du "péché"), c'est cela précisément qui est "vu" à la fin, hors temps et hors histoire. En un mot l'"éternel", jamais atteint ni par la "chair" ni par le "péché" qui ressortissent au monde transitoire des "ombres"; mais un "éternel" qui n'est pas moins "humain" que "divin".

Merci Narkissos pour ces explications passionnantes mais complexes.

Selon l'épitre aux hébreux le Christ n'a jamais cessé d'être un "humain-divin" ou "divin-humain" ?

(Joseph Bonsirven, op. cit., p. 390. A propos de la purification intérieure, donc des consciences grâce à celle du Christ, l’auteur note également : « C’est là l’intervention de la divinité, valorisant infiniment les opérations humaines. Le Fils de Dieu, fait homme, donne une portée éternelle à ses actions qui sont celles d’une personne divine » - p. 59 / He 9, 14.)


Le lien du Christ avec les hommes est très fortement souligné dans l'épitre aux hébreux :

1) Il appartient à leur famille, ils sont ses "frères" et ses "enfants" (2,12-13).

2)  Partageant "sang et chair" avec eux (2,14) il fait partie de leur race.


Un texte m'intrigue (peut-être déjà expliqué sur un autre fil) :

"Aux jours de sa chair il a offert, à grands cris et dans les larmes, des prières et des supplications à celui qui pouvait le sauver de la mort, et il a été exaucé en raison de sa piété. Tout Fils qu'il était, il a appris l'obéissance par ce qu'il a souffert. Une fois porté à son accomplissement, il est devenu pour tous ceux qui lui obéissent l'auteur d'un salut éternel,  Dieu l'ayant déclaré grand prêtre selon l'ordre de Melchisédek." (5,7-9) 

Pourquoi le Christ, un humain sans péché, avait-il besoin d'être "porté à son accomplissement" (« Rendu parfait »), aux jours de sa chair   ?
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MessageSujet: Re: (il était) une fois (pour toutes)   Hier à 12:54

C'est difficile en effet, parce que cette façon de penser nous est profondément étrangère. Nous ne sommes pas habitués à penser "l'homme" de façon mythologique, comme une figure unique qui co-implique le "divin" et l'"animal", l'"esprit" et la "chair"; ni à penser "l'éternité" de façon philosophique, sans "histoire" ni "événement", quoique coextensive à toute histoire et à tout événement. De telles définitions peuvent nous paraître simples et compréhensibles en surface, mais en fait nous ne "voyons" pas de quoi elles parlent. Pour nous, "l'homme qui est tous les hommes et aucun en particulier" et "le temps qui est tous les temps et aucun en particulier", ça n'existe pas, ce sont des concepts qui ne correspondent à rien de réel et dont nous n'avons plus l'usage; un peu comme des outils d'un autre temps qui pourraient encore fonctionner si quelqu'un apprenait patiemment à les manier, mais la plupart ne le feront jamais parce qu'ils n'en ont ni le temps ni la patience, ni le goût ni l'utilité. Reste qu'un texte comme l'épître aux Hébreux a manifestement été conçu et produit avec de tels "outils", et que l'immense majorité de ceux qui le lisent parce qu'il est dans "la Bible" le trouveront toujours bizarre et incompréhensible, ou le comprendront de travers, tant qu'il ne se familiarisent pas avec le maniement de ses outils.

A minima, tâcher de garder présent à l'esprit que le "Christ" ou le "Fils", image parfaite de Dieu, dont il est question tout au long de ce traité (dès l'introduction, 1,1ss), c'est aussi "l'homme image de Dieu" du premier chapitre de la Genèse, tout autant que "Melchisédeq" et "Jésus". En tant que tel il est effectivement totalement "humain" et "divin" de part en part. Ce n'est pas "un homme" au sens où nous l'entendons, auquel il faudrait rajouter quelque chose de tout à fait exceptionnel pour qu'il soit (aussi) "divin". C'est parfaitement clair au chapitre 2, avec la citation du Psaume 8 aux v. 5ss: en "Jésus" se révèlent la nature, l'origine et la destinée de "l'homme" ou du "fils d'homme" supérieur aux anges malgré l'apparence provisoire du contraire. Il faut relire toute la suite de ce point de vue pour y comprendre quelque chose. On remarquera, entre autres, que les "frères" ou "enfants" aussi participent au "sang" et à la "chair", comme si ce n'était pas là toute leur "nature". La dignité "supplémentaire" qui se révèle dans le Christ est aussi la leur, parce que c'est celle de "l'homme" éternel, qui devient "visible" dans le Christ mais concerne tout "homme".

Sur la question de la "perfection-accomplissement", il faut rappeler (nous l'avons déjà dit ailleurs, et J. Doré l'explique très bien aussi dans le dernier article que tu as cité) que l'auteur use d'une coïncidence entre l'usage ordinaire du mot et son usage technique dans la Septante, qui correspond au cérémonial d'institution (ordination ou consécration) des prêtres (en hébreu, on leur "remplit les mains"; en grec, on les "[rend] parfait[s]" ou on les "accomplit"). Par sa souffrance et sa mort, Jésus "devient" le grand prêtre éternel; mais il "devient" ce que du point de vue de "l'éternité" il a toujours été, comme "Fils" (et Homme) éternel. Ce que Melchisédeq était déjà en un autre point du "temps", le même pourtant au regard de "l'éternité".
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MessageSujet: Re: (il était) une fois (pour toutes)   Hier à 15:20

Le sang versé est celui de l’alliance, et la tente n’est plus faite de main d’homme, elle est le corps du Christ (He 9, 11). Et le reste de la lettre aux Hébreux montre comment, dans l’espérance d’un Salut définitivement acquis, la dimension de la vie n’est désormais plus la même. On peut donc dire que les chrétiens sont entrés dans une dimension sacramentelle, ayant accès réellement à Dieu (à sa « présence immédiate »  par son Fils, tout en restant ici-bas. Dans ces conditions, si les chrétiens sont effectivement appelés « saints », ce n’est pas parce qu’ils ne pèchent plus, mais parce qu’ils « ont été purifiés dans le sang du Christ ».

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Narkissos

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MessageSujet: Re: (il était) une fois (pour toutes)   Hier à 16:20

Le concept paulinien du "corps du Christ" (ressuscité et identifié à l'Eglise) est tout aussi étranger à l'épître aux Hébreux que la doctrine ultérieure des "deux natures" (qui retire à "l'homme" toute "divinité" pour réunir autrement, dans le cas particulier de Jésus, une "humanité" présumée non divine et une "divinité" présumée non humaine; ce qui fait de "l'homme-dieu" une sorte de monstre hybride, non plus la révélation d'une authentique nature divine de l'homme). Au passage, dans l'épître aux Hébreux il n'y a pas plus d'"eucharistie" que de "résurrection"...

C'est dire que ce texte est aussi réfractaire à une "théologie biblique" qui tente de l'expliquer à la "lumière" d'autres textes du NT qu'à une "théologie dogmatique" qui l'analyse avec les concepts plus tardifs d'un credo trinitaire. Là encore, ce ne sont pas les "bons outils" (et la difficulté se corse, pour le théologien comme pour le lecteur ordinaire de la Bible: il faudrait déjà lâcher les outils habituels pour apprendre à manier ceux du texte, qui ne lui sont pas du tout familiers).
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(il était) une fois (pour toutes)
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