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 paresse et désespoir

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Narkissos

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MessageSujet: paresse et désespoir   Lun 11 Sep 2017, 18:46

Ce sont peut-être les "fainéants" de Macron, et la controverse qu'ils ne pouvaient manquer de susciter, qui m'y font penser: dans la Bible la "paresse" est principalement la cible de la "sagesse populaire" des Proverbes, à laquelle elle inspire des traits d'humour parfois excellents (6,6ss.9ss; 10,4.26; 12,24.27; 13,4; 15,19; 19,15.24; 20,4; 21,25; 22,13; 26,13ss.26; la liste mêle deux synonymes, `çl et rmyh, dont le second, correspondant aux références soulignées, a aussi un autre sens: trompeur, traître, lâche, etc.; mais leur équivalence sémantique dans les textes ci-dessus ne fait guère de doute). Dans le NT, on repense à l'apostrophe de Matthieu 25,26 ("esclave mauvais et paresseux", oknèros, traduction de `çl dans la Septante; même terme en Romains 12,11, "paresseux ou indolents en esprit"; Philippens 3,1, dans une formule qui correspond à peu près à "je ne me lasse pas"); et à quelques autres textes, par exemple sur "ceux qui ne travaillent pas" dans les épîtres aux Thessaloniciens (à comparer au Sermon sur la montagne).

On pourrait s'étonner que sur une si faible base "biblique" la "paresse" ait pris rang, dans la tradition catholique francophone, parmi les sept péchés capitaux (non les plus "graves", comme on l'entend d'ordinaire, par confusion avec les péchés "mortels", mais ceux dont découleraient tous les autres; des "défauts" permanents plutôt que des "fautes" ponctuelles, si l'on veut). C'est qu'en fait il y a erreur (traditionnelle) d'appellation ou de traduction. La "paresse" péché capital, c'est l'acédie, du grec akèd(e)ia, qui a une toute autre histoire, ascétique et théologique, beaucoup plus "sérieuse" et non moins intéressante (voir p. ex. ici). Plutôt du côté de la négligence, de l'indifférence, de l'ennui et de la mélancolie que de la "paresse" au sens ordinaire, bien qu'évidemment tout cela ne soit pas sans rapport possible. Cette autre tradition nous mène tout droit à un aspect très "moderne" de l'homilétique chrétienne, de Kierkegaard au pape François en passant par Bernanos et beaucoup d'autres: à savoir la condamnation, ou l'auto-condamnation, du désespoir (je la retrouvais l'autre jour dans un des films de "l'époque fasciste" de Rossellini, L'Uomo alla croce: l'aumônier militaire sur le front russe déclarant que Dieu peut tout pardonner sauf le désespoir).

Je trouve le rapprochement (fortuit et inévitable) de ces deux thèmes sous le même mot dans la langue française fort intéressant: de la paresse au désespoir, du désespoir à la paresse, il y a assurément des ponts ou des passages, clairs et obscurs, même si les deux "choses" semblent, de prime abord, n'avoir guère de rapport. Comme du comique au tragique et réciproquement, peut-être.
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MessageSujet: Re: paresse et désespoir   Lun 11 Sep 2017, 20:47

« Se vautrer dans la paresse », « se complaire dans sa merde », « être en érection à se laisser glisser dans la négligence », il y a en effet toute une constellation très négative de la paresse et du désordre dans notre société fortement influencée par celle présente dans le catholicisme, et un peu dans l’Islam.
La glorification de la paresse en une forme de riposte anarchiste, « immoraliste » a été à peu près tout aussi exubérante, et la revendication au droit à la paresse, s’est construite une identité par défaut, en négatif, comme si le seul repère serait la provocation.
C’est probablement « au repos » que le corps humain a le ratio dépense d’énergie/niveau d’activité le plus mauvais. Mais sans ce repos, point d'accélération.
En somme, la paresse, ce serait se laisser aller à la mort.
La condamnation de la paresse fait écho à la stigmatisation du suicide dans la religion catholique. Il est inacceptable pour l’ordre social et même l’ordre de vie, de se résoudre au désespoir, à être nihiliste.
Il y a à la fois (en même temps), un sadisme inextinguible qui peut s’exprimer dans la haine des paresseux et des désespérés « qui se laissent aller », « qui ne se ressaisissent pas », « qui ne se bougent pas le cul », « qui sont des assistés », « qui ne se réveillent pas », car ils réveillent le mal-être de ce qui est vécu subjectivement comme étant une soumission aliénante par les participants, les tenants ou les délégués de l’ordre social ; et pourtant une volonté de réintégration constructive, faute de mieux, ou au contraire pour tenter de sublimer la situation dans la mesure du possible.
Les « désespérés » font probablement encore plus chier que les « paresseux », car leur souffrance n’est plus régulable dans les canaux moribonds de la quotidienneté rétrécie.
Les paresseux seraient plus faciles à traiter que les désespérés car il semblerait qu’il reste le rapport de force pour « leur donner un coup de pied au cul ». Ils se payeraient le luxe de ne rien faire, mais en même temps ne rien faire, c’est aussi ne rien faire de bon, de jouissif.
Donc la haine du paresseux, c’est en partie l’expression d’un mal-être des « travailleurs », qui ne parviennent plus à trouver d’épanouissement dans « le don de Dieu ».
Pourtant, le paresseux c’est une abstraction dont sont friands les proverbes, car pour en arriver jusque là il en a fallu de la paresse.
Et finalement paresseux par rapport à quoi ?
Le désespoir c’est en partie une overdose de souffrance qui réclame un sacré boulot avant de recouvrer l’amour et le « travail ».
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Narkissos

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MessageSujet: Re: paresse et désespoir   Mar 12 Sep 2017, 02:05

Un des aspects intéressants de la tradition chrétienne de l'acédie (indifférence, négligence, ennui, mélancolie plutôt que "paresse"), c'est qu'elle est précisément éprouvée, repérée, nommée, diagnostiquée, décrite, réprouvée et combattue dans une pratique (si l'on peut dire) ascétique et érémitique (= "du désert", en tout cas de la solitude), "contemplative" et non "active" au sens ordinaire (non d'un "travail" qui soit directement et matériellement utile à d'autres). "Problème" auquel tente de remédier en le supprimant, sans tout à fait y parvenir, le monachisme dit cénobitique (c.-à-d. communautaire: contradiction au moins étymologique puisque le "moine", monakhos -- qu'on retrouve déjà en grec dans le texte copte de l'Evangile selon Thomas -- est justement le "solitaire"). Et a fortiori les Réformes protestantes qui, à de rares exceptions près, abolissent le monachisme en valorisant le travail utile à la "société" en général.

J'ai oublié de signaler que si l'akèdia n'est pas mentionnée dans le NT, elle l'est en revanche dans la Septante, et notamment dans les Psaumes, p. ex. 118(= 119),28 (cité dans le lien ci-dessus): "mon âme s'est assoupie d'épuisement" (exhaustion, traduit Pietersma), dans un sens qui paraît assez proche de celui de l'hébreu et suggère plutôt une défaillance qu'un défaut; cf. aussi Isaïe 61,3, pour un autre mot hébreu: "un vêtement de gloire au lieu d'un esprit de lassitude (découragement, etc.)" Cela ressemble plus au diagnostic quasi "clinique" d'un mal à guérir (on dirait peut-être aujourd'hui burn-out) qu'à la réprobation morale d'un "vice" (a contrario, en Siracide 29,5, l'akèdia décrit la négligence du mauvais payeur, qui aboutit à un "défaut de paiement"). Pour le verbe apparenté, voir aussi Psaume 60(=61),2; 101(=102) suscription; 142(=143),4.

Le paradoxe spécifiquement chrétien (de la tradition chrétienne ultérieure) tient au fait qu'une partie du NT, et non des moindres, exalte une certaine forme d'insouciance et d'imprévoyance "matérielle" (les oiseaux du ciel et les lys des champs, Matthieu 6, etc.). Avec un autre vocabulaire, certes, encore qu'une formule comme "laisse les morts enterrer leurs morts" (s'agissant d'un père, donc de l'impardonnable pour une conception grecque, mais aussi juive et plus généralement antique, de la "piété filiale" ou familiale) coïncide avec le sens le plus "spécialisé" de l'akèdia grecque (négligence dans les devoirs envers les morts). C'est le côté "cynique" (au sens philosophique du mot) du christianisme évangélique qui scandalise délibérément (là aussi on peut parler de provocation) la morale ordinaire.

On peut en effet reconnaître dans la condamnation chrétienne de "l'acédie" la même "logique" que dans celle (encore plus tardive, saint Augustin) du suicide, au sein d'une religion qui joue continuellement sur l'idée de la mort volontaire (prendre sa croix, renoncer ou mourir à soi, perdre sa vie/âme, que cela se traduise ou non par un martyre réel); ou celle, plus ancienne dans l'ascétisme, de la sexualité ordinaire dans une mystique dont les connotations érotiques sont pourtant évidentes: il serait facile d'en induire une sorte de "règle", à savoir que la construction d'un "symbolisme" (métaphorique, métonymique "spirituelle") implique l'oblitération du "sens propre" qui pourtant le fonde et le nourrit (un langage psychologique parlerait en bonne part de "sublimation", en mauvaise part de "perversion", mais l'ambiguïté reste fondamentale). Du côté de la "paresse", le paradoxe culmine dans le schéma weberien du passage du protestantisme au capitalisme: une religion qui proclame théologiquement l'inutilité, voire la nocivité des "œuvres" (Werke, works = travail, encore plus clairement dans les langues germaniques qu'en français actuel) aboutit à une survalorisation du travail dans la sphère "profane". Du côté du "désespoir", l'eschatologie chrétienne, ancienne ou moderne, traduit bien dans son "espérance" une désespérance absolue de l'histoire, elle refuse tout "avenir" au "monde", mais dès lors qu'elle est elle-même sécularisée (dans une vision industrielle et technicienne, capitaliste, socialiste ou autre) elle se recycle en devoir d'espérance et en condamnation sans appel du désespoir. Une fois la religion, la mystique ou la théologie perdues de vue dans la "raison", ne reste qu'une "morale" qui peut se croire d'autant plus universelle qu'elle ne sait plus d'où elle vient...
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MessageSujet: Re: paresse et désespoir   Mar 12 Sep 2017, 14:52

Vos analyses me font penser à plusieurs épisodes de la Bible, notamment au sommeil/lâcheté, qui accablent les disciples pendant que le Christ prie en leur recommandant de veiller et au récit du même chapitre qui indique que Jésus  "commença alors à éprouver l'effroi et l'angoisse" (Mc 15,33), ainsi qu'aux paroles sur l'"amour tiède" de Apoc 3 :  "je sais bien que tu n'es ni froid ni bouillant. Si seulement tu étais froid ou bouillant ! Ainsi, parce que tu es tiède et que tu n'es ni bouillant ni froid, je vais te vomir de ma bouche."

Comment ne pas penser à Héb 10,32 : "Souvenez-vous plutôt de ces premiers jours où, après avoir été éclairés, vous avez soutenu un grand et douloureux combat"

Ces textes condamnent la "lassitude", le manque d'implication, le découragement et l'amour refroidi.
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MessageSujet: Re: paresse et désespoir   Mar 12 Sep 2017, 16:10

Tous ces textes sont en effets pertinents, et de plus d'une façon: à Gethsémané, la "tristesse à mourir" de Jésus, qui rappelle celle de Jonas ou d'Elie (celle-ci plutôt tragique, celle-là plutôt comique), se transforme chez Luc (22,45) en "tristesse à dormir" des disciples (cf. la belle expression anglaise crying oneself asleep; après tout, le "dormez maintenant" de Jésus qui est généralement pris comme une antiphrase ironique pourrait tout aussi bien être pris au sérieux); la "tiédeur" (tepiditas) figure aussi dans le "tableau clinique" de l'acédie (voir le premier lien); et l'avertissement d'Hébreux 10 contre une certaine "lâcheté" (ceux qui "reculent", v. 39) rappelle celui du chapitre 6 contre les "indolents" (nôthroi, v. 12, cf. déjà 5,11, "lents à entendre" ou "las d'entendre" ?).

L'acédie (assez dit ?) comme "expérience spirituelle", cela pourrait résumer toute la vie et l'œuvre de Cioran (et de quelques autres)...
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MessageSujet: Re: paresse et désespoir   Mar 12 Sep 2017, 17:58

Paresse ou réflexion, ne rien faire, du moins rien de physique, ne présuppose pas que l'on ne fasse rien, ne serait-ce qu'en réfléchissant à la misère et aux miséreux que nous côtoyons afin de se demander ce que nous pouvons faire pour ces malheureux.

La paresse est-elle le pendant du désespoir ou son compagnon de voyage? L'on peut être malheureux, désespéré tout en travaillant, en s'activant. Et l'on peut être paresseux sans pour autant être désespéré. Ces marqueurs de notre société civile voire/et religieuse sont de terribles accusateurs, presque des terroristes; en effet, à cause de ces marqueurs, des enfants, des jeunes et des moins-jeunes n'ont pas osé se lancer dans la vie, si ce n'est qu'en adoptant le profil type du gentil. Heureusement des hommes et des femmes n'ont pas eu peur de marcher sur un sentier choisi dès leur plus jeune âge; parfois ce sont des artistes qui nous font rêver par leurs tableaux, poèmes, leur musique etc...
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MessageSujet: Re: paresse et désespoir   Mar 12 Sep 2017, 19:15

Comme toutes les étiquettes catégorielles, surtout négatives, "la paresse" caractérise de façon globale et définitive -- c'est déjà le cas dans les Proverbes qui à cet égard reflètent un usage quasiment intemporel: le paresseux n'est rien d'autre qu'un paresseux, sa paresse, une fois diagnostiquée, sert d'explication suffisante, donc ultime, à tout ce qu'il (ne) fait (pas); inutile d'aller chercher plus loin des causes à cette chose première dont l'essence présumée connue, commune, auto-subsistante et immuable, va de soi. Le mot qui caractérise le "type" et son comportement "typique" (c'est le cas de parler de stéréo-type, fixe ou constant) arrête la pensée analytique qui n'a plus à s'en préoccuper, ni à se demander ce que c'est et d'où ça vient, en général et dans tel cas particulier. Un paresseux n'aurait pas trouvé mieux.

D'un autre point de vue (à peine décalé), la présence de ce "paresseux" trop bien et trop mal connu (mais aussi du "désespéré" qui peut être, mais n'est pas toujours le même) dans les textes anciens (sapientiaux, religieux, philosophiques, ecclésiastiques, monastiques, etc.) devient tout à fait fascinante: penser que dans une société antique, juive, grecque ou autre, parmi les "premiers chrétiens", chez les "ermites" et dans les "monastères" il y avait (déjà !) des individus au comportement assez déviant pour être ainsi catalogués, assez "différents" pour ne pas le craindre -- ou pour surmonter, contourner ou passer par-dessous une telle crainte -- et qui avaient sans doute aussi leurs "raisons" bonnes ou mauvaises, cela resitue d'un coup les textes dans la profondeur du réel, les relativise, et nous renvoie (d'autant plus puissamment qu'elle nous revient de loin) une interrogation sur notre langage, notre morale, notre psychologie et notre société.

---

En ce qui concerne plus particulièrement la "paresse", la question me semble indissociable de celle du "travail" qui est elle-même abyssale. La modernité industrielle qui a constitué le travail en "valeur" autonome découvre après coup le caractère rigoureusement indéfinissable (indélimitable, incirconscriptible, je ne sais pas si je néologise ou non) d'un tel concept -- ce qui revient à dire qu'il ne peut être défini que de façon conventionnelle et arbitraire. Qu'on pense au "travail du négatif" de Hegel ou au "travail de deuil" des psychologues, en ne se figurant pas que ce sont de "simples métaphores" ou en comprenant, ce qui revient au même, qu'une "métaphore" n'a jamais rien de simple. De la physique à la psychologie en passant par l'économie, tout "travaille" tout le temps, si par travail on entend l'effectivité d'un acte ou d'un événement qui a des effets: conscient ou pas, reconnu ou pas, humain, animal, végétal, ou minéral: le vent "travaille" quand il fait tourner une éolienne et tout autant quand il détruit une ville. Autour d'un livre, l'auteur, l'éditeur, le graphiste, l'imprimeur, le libraire, le bibliothécaire travaillent, mais aussi le lecteur, jusque dans ses rêves.
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MessageSujet: Re: paresse et désespoir   Mer 13 Sep 2017, 09:57

Pour les TdJ, il a été inconcevable, à une certaine époque, de connaitre Dieu et son peuple "heureux", tout en étant dépressif, souvent cette mélancolie était associé à une attaque des démons, à péché caché ou à une faiblesse spirituelle (la joie étant un fruit de l'esprit de Dieu).
Le mouvement ne soutient plus ce point de vue de manière aussi tranchée et reconnaît que l'on peut manquer de joie sans pour autant avoir un problème d'ordre spirituel. L'article "Servons Jéhovah avec joie de cœur", paru dans La Tour de Garde du 15 janvier 1995, p. 16, § 5, déclare :
« Toutefois, ne pensons pas qu’un manque de joie sincère en une certaine occasion soit un signe de la désapprobation divine. Nous sommes imparfaits et sujets à la peine, à la tristesse et parfois même à la dépression ; mais Jéhovah nous comprend (Psaume 103:10-14). »
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MessageSujet: Re: paresse et désespoir   Mer 13 Sep 2017, 11:49

Les TdJ ne sont pas les seuls à avoir des soucis avec la démarcation du "psychique" et du "spirituel"; le problème est encore plus épineux pour beaucoup d'évangéliques, qui souscrivent à une anthropologie "trichotomiste" (corps-âme-esprit, sôma-psukhè-pneuma) qu'ils tentent de superposer à la distribution moderne des "disciplines" (la psukhè-psyché au psychologue, comme son nom l'indique, le pneuma au pasteur ou assimilé). C'est aussi simple formellement que dénué de la moindre utilité expérimentale ou pratique (sinon celle de se débarrasser des cas difficiles en les renvoyant à la concurrence).
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MessageSujet: Re: paresse et désespoir   Mer 13 Sep 2017, 12:38

La dépression a été reconnue au sein des congrégations des Témoins dans le courant des années 1990, de plus en plus de Témoins et particulièrement des hommes présentaient des signes évident non seulement d'épuisement mais également de dépression, de burn-out. J'ai rencontré à cette époque des surveillants (itinérants selon la terminologie actuelle) dépressifs et ne sachant pas comment conjugué ce fait avec la notion de peuple heureux.

Lors d'une école des anciens un représentant du Béthel a présenté un sujet sur la dépression en indiquant que des personnages bibliques avaient au cours de leur vie manifesté des signes de dépression, il a ensuite indiqué que état de fait ne les avaient pas privé de la relation avec Jéhovah et qu'il en était de même à notre époque troublée. C'était tout à fait étonnant, mais heureusement bienvenu, si l'on songeait aux articles décrivant la dépression comme un signe de rejet de l'individu dépressif par Dieu ou dans le meilleur des cas d'un manque de spiritualité.
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MessageSujet: Re: paresse et désespoir   Mer 13 Sep 2017, 14:14

C'est drôle, parce que j'ai des souvenirs très similaires qui remontent vingt ans plus tôt. P. ex., au début des années 1970, de ma belle-mère (au sens stepmother), récemment convertie au jéhovisme, qui se voulait ultra-"spirituelle" et qu'un médecin avait eu le malheur de déclarer "dépressive", ce qui était pour elle le pire outrage; des protestations des autres TdJ, "anciens" et "surveillants de circonscription" inclus, comme quoi (déjà) ça n'avait rien à voir: on pouvait parfaitement être "spirituel" et "dépressif". En vain d'ailleurs: elle a changé de médecin jusqu'à en trouver un (dans une "médecine parallèle", sinon "alternative") qui lui décèle un syndrome plus compatible avec sa vertu.

Vers la fin de la même décennie (78, 79 ?), je me souviens aussi de l'"école des pionniers" qui consacrait toute une séance à ce thème, présentant notamment le prophète Elie (en 1 Rois 18--19) comme typiquement "déprimé".

Mes souvenirs ne remettent pas du tout en question les tiens, mais leur rapprochement me paraît symptomatique d'un enseignement qui ne "rentre" pas, parce qu'il se heurte à une résistance viscérale: chaque fois qu'il est répété il paraît "nouveau". Si souvent qu'on la contredise, avec toute l'"autorité" biblique, spirituelle ou psychologique qu'on voudra, l'antinomie entre l'image du "peuple heureux" et celle de la "dépression" reste la plus forte.

Pour le plaisir de l'anecdote: il y a quelques mois un TdJ (assez âgé) qui présentait ses périodiques dans la rue m'a abordé en me disant qu'il y avait dans le dernier numéro un article sur le "burn-out" -- mais sa façon de prononcer le mot, dans un franglais décomplexé, en faisait un parfait homonyme de "burnous" (je n'ai compris ce qu'il voulait dire que quand j'ai vu le titre écrit). Du coup le rapprochement fortuit avec la vieille expression coloniale, voire esclavagiste, "faire suer le burnous", m'a paru étrangement significative... Smile
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MessageSujet: Re: paresse et désespoir   Mer 13 Sep 2017, 14:34

La Bible fait souvent référence au mal de vivre et à l'indifférence :

 Je me suis dit en moi-même :  « Allons, que je t’éprouve par la joie, goûte au bonheur ! »
Et voici, cela aussi est vanité. Du rire, j’ai dit : « C’est fou ! »  Et de la joie : « Qu’est-ce que cela fait ? » Ecc 2,1-2

Même le plaisir et le bonheur ne sont plus des objets de désir.




L’usage du terme attesté dans la Septante montre un accent un peu plus pathétique. Le substantif ἀκηδία, avec un verbe dérivé, ἀκηδιά-ω, appa-raît en plusieurs lieux des Psaumes et du livre d’Isaïe, pour signifier la défail-lance du coeur.

[Ps 60. 3] ἀπὸ τῶν περάτων τῆς γῆς πρὸς σὲ ἐκέκραξα ἐν τῷ ἀκηδιάσαι τὴν καρδίαν μου...
« Du bout de la terre, je fais appel à toi quand le coeur me manque » (Traduction OEcuménique de la Bible, Ps 61. 3)

[Ps 101. 1] Προσευχὴ τῷ πτωχῷ, ὅταν ἀκηδιάσῃ καὶ ἐν αντίον κυρίου ἐκχέῃ τὴν δέησιν αὐτοῦ...
« Prière du malheureux qui défaille et se répand en plaintes devant le Seigneur » (TOB, Ps 102. 1)
 
[Ps 118. 28] ἔσταξεν ἡ ψυχή μου ἀπὸ ἀκηδίας· βεβαίωσόν με ἐν τοῖς λόγοις σου
« Mon âme se fond de chagrin, relève-moi selon ta parole » (Bible de Jérusalem, Ps 119. 28)

[Ps 142. 4] καὶ ἠκηδίασεν ἐπ᾽ἐμὲ τὸ πνεῦμά μου, ἐν ἐμοὶ ἐταράχθη ἡ καρδία μου
« Le souffle en moi s’éteint, mon coeur au fond de moi s’épouvante » (Bible de Jérusalem, Ps 143. 4)

[Is 61. 3] δοθῆναι τοῖς πενθοῦσιν Σιων δόξαν ἀντὶ σποδοῦ, ἄλειμμα εὐφροσύνης τοῖς πενθοῦσιν, καταστολὴν δόξης ἀντὶ πνεύματος ἀκηδίας
« Pour mettre aux affligés de Sion, pour leur donner un diadème au lieu de cendre, de l’huile de joie au lieu d’un vêtement de deuil, un manteau de fête au lieu d’un esprit abattu » (Bible de Jérusalem)


Thèse : L’ACÉDIE : Essai d’un devenir existentiel au contrepoint de l’ennui
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MessageSujet: Re: paresse et désespoir   Mer 13 Sep 2017, 14:53

Merci pour la traduction de ces textes que j'avais eu la flemme de refaire ! Le mot n'a clairement pas, dans la Septante, le sens du "vice" (moralement condamnable) qu'il aura dans la tradition monastique et théologique chrétienne.

Qohéleth peut en effet être lu comme un hymne à l'"acédie"... et la conclusion de Job (42,6) aussi, qui se situe quelque part entre "je suis dégoûté" et "peu m'importe", pour ne pas dire "je m'en fous" (pour ce m'sty que les traductions courantes rendent pudiquement par "je renonce" ou "je me repens").
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MessageSujet: Re: paresse et désespoir   Mer 13 Sep 2017, 15:00

"Voici ce que je dis, mes frères : le temps se fait court ; désormais, que ceux qui ont une femme soient comme s'ils n'en avaient pas, ceux qui pleurent comme s'ils ne pleuraient pas, ceux qui se réjouissent comme s'ils ne se réjouissaient pas, ceux qui achètent comme s'ils ne possédaient pas" - 1 Cor 7,29-30

Une certaine indifférence est encouragé vis à vis du monde, une exhortation d'agir sans d'une manière détachée, sans ambition, ni projet. Cela me rappelle, ces TdJ qui ne pas vouloir se marier ou avoir des enfants dans ce système de chose ou de nourrir une quelconque ambition dans ce monde.


Ce fil m'amène à la conclusion suivante, au plus un croyant est censé être heureux et au plus c'est difficile de l'être. Que l'apathie, le découragement et l'indifférence guettent surtout les hyperactifs et les zélés.

Je me souviens de ce pionnier de longue date, qui était interviewé à chaque assemblé et qui affirmait chaque fois, que ses années de services à plein temps, étaient les plus heureuses. Or quelques temps après, ce pionnier m'avait avoué, être totalement découragé et dépressif, au point de vouloir mourir. Cette obligation d'être zélé, d'être dans l'action et d'être joyeux, avait eu raison de son moral.


Dernière édition par free le Mer 13 Sep 2017, 15:42, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: paresse et désespoir   Mer 13 Sep 2017, 15:18

free a écrit:
Une certaine indifférence est encouragé vis à vis du monde, une exhortation d'agir sans d'une manière détachée, sans ambition, ni projet. Cela me rappelle, ces TdJ qui ne pas vouloir se marier ou avoir des enfants dans ce système de chose ou de nourrir une quelconque ambition dans ce monde.

Sans surprise, c'est dans la droite ligne de la "philosophie populaire" de l'époque: mélange, dans des proportions diverses, de cynisme, de stoïcisme et d'épicurisme, qui s'accordent au moins (malgré l'opposition des "systèmes" théoriques) sur un idéal d'apathie (pas de "passion", pas de souffrance). Même la glorification des souffrances ne lui est contraire qu'en apparence: accepter, embrasser indifféremment toutes les souffrances, c'est aussi les neutraliser (comme l'a remarquablement vu Nietzsche).

Citation :
Ce fil m'amène à la conclusion suivante, au plus un croyant est censé être heureux et au plus c'est difficile de l'être. Que l'apathie, le découragement et l'indifférence quêtent surtout les hyperactifs et les zélés.

Quêtent ou guettent, ça me paraît très juste.

Pour revenir à la stigmatisation du désespoir dans la théologie moderne (bien que la redécouverte de l'acédie lui donne un tour un peu différent), il faut noter que chez Kierkegaard, c'est une notion inséparable de "l'angoisse". "Le désespoir, c'est le péché", sans doute, mais c'est aussi un moment critique et nécessaire, une sorte de passage obligé dans une "dialectique existentielle", pour autant qu'il coïncide avec l'angoisse. Dans l'acédie la crise a pour ainsi dire mal tourné, si c'est une "indifférence" qui est sortie de l'angoisse au lieu de la "foi" (reste à savoir si les deux sont vraiment séparables, si l'une va jamais sans l'autre).


Dernière édition par Narkissos le Mer 13 Sep 2017, 15:53, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: paresse et désespoir   Mer 13 Sep 2017, 15:41

Citation :
Quêtent ou guettent, ça me paraît très juste

Embarassed Embarassed Embarassed

Je me souviens de ce pionnier de longue date, qui était interviewé à chaque assemblé et qui affirmait chaque fois, que ses années de services à plein temps, étaient les plus heureuses. Or quelques temps après, ce pionnier m'avait avoué, être totalement découragé et dépressif, au point de vouloir mourir. Cette obligation d'être zélé, d'être dans l'action et d'être joyeux, avait eu raison de son moral.
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MessageSujet: Re: paresse et désespoir   Mer 13 Sep 2017, 16:14

Cela me rappelle, tu t'en doutes, pas mal de souvenirs, d'états d'âme personnels et de "confession" des autres...

J'ai l'impression que les choses ne sont jamais si simples qu'on le dit quand on parle d'un bonheur ou d'un malheur passés. Il y a de vraies joies dans l'action, dans la relation avec autrui, il y a aussi des moments de joie intense dans la solitude et la désolation. On ne peut pas tout avoir, en tout cas pas en même temps. Tout est bon à prendre "en son temps", comme dirait Qohéleth, pas besoin de déprécier l'un pour apprécier l'autre.
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MessageSujet: Re: paresse et désespoir   Mer 13 Sep 2017, 23:06

Les paresseux paraissent-ils vraiment ?
La question centrale en filigrane de toutes les autres (?) est probablement celle des rapports entre singularité et universel.
Je crois qu’il n’est pas insignifiant de noter que notre Univers (à nous tous, en tout cas ici présents) est parti de ce que les astro-physiciens appellent une singularité initiale, et que dans les tous premiers instants de l’Univers, appelés ère de Planck, les quatre interactions fondamentales régulant l’Univers, n’avaient pas cours. C’était une ère de planckés, si on peut dire, et pourtant éminemment temporaire.
La question de la règle, de la mesure ramènerait ainsi à la question de l’origine, de l’initiative, et de sa nécessaire limite, et pour autant de son indispensable existence pour un point de départ.
Sans singularité pas de point de départ, et sans régulation pas de mesure permettant de réaliser partiellement, dans les limites du possible, cette singularité qui n’est plus alors complètement singulière, pour ensuite en apprécier toute la relativité. L’enfer c’est les autres ? mais qu’en faire alors ?
Le principe devient un problème, lorsqu’il se considère comme figé, et lorsque ses tenanciers cherchent à bloquer les individus qui devraient s’y soumettre selon eux, pour qu’ils n’aient aucune échappatoire.
On retrouve alors le principe de la torture, qui est l’expression la plus ultime de lâcheté : rendre prisonnier l’autre pour le faire souffrir, simplement pour le faire souffrir.
Si la psychologie clinique part du principe que chaque sujet a sa singularité, et que la maladie n’est pas une identité, il n’est pourtant pas rare de voir des psychologues chercher malgré eux souvent à faire sentir un rapport de domination fondé sur la connaissance qu’ils auraient de l’autre sans que l’autre ne le sache, et ne se connaisse lui-même.
Et finalement, il me semble que l’inefficacité thérapeutique tant décriée de la psychologie est à mettre en relation avec le fait que beaucoup de psychologues ne cherchent pas particulièrement à guérir et à libérer, mais à entretenir la maladie de manière à garder un sentiment « rassurant » qu’ils ne seront pas abandonnés par leurs patients bien patients.
Le travail permet une régulation, pour ensuite, éventuellement se servir du cadre non comme une contrainte, mais d’une ressource.
Mais il me semble pour cela que le cadre put être vécu non pas comme une tyrannie étouffante et aliénante, mais comme étant relativement sécurisant.
Et là ça nous renvoie au fait que nous ne sommes pas à l’origine du monde mais que nous avons-nous-mêmes au départ été générés.
Reste à se régénérer ensuite 😊
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MessageSujet: Re: paresse et désespoir   Jeu 14 Sep 2017, 12:30

Il m'a fallu trois lectures pour apprécier la pertinence de ta réflexion au sujet, telle qu'elle m'apparaît maintenant assez clairement, de la première à la dernière ligne (cela dit pour encourager les lecteurs: elle en vaut la peine).

Deux de mes citations favorites me reviennent ensemble: la réplique du Lacenaire de Prévert-Carné dans Les enfants du paradis: "Il faut de tout pour faire un monde. -- Et pour le défaire." Et celle de Coluche à propos des flics: "Il en faut, oui. En tout cas, il y en a."

La sagesse de la Haute-Antiquité dont témoignent encore les Proverbes bibliques était avant tout fataliste: sa peinture de caractères, même dans la caricature, était tantôt légère et tantôt grave, mais toujours relative et nuancée (le type du paresseux n'étant qu'un parmi d'autres: l'ivrogne, le débauché, l'avare, l'envieux, le calculateur, le naïf, le "fou" qui est surtout un imbécile, même le méchant ou l'assassin n'y sont pas des "réprouvés" ni des "damnés" au sens d'une théologie morale dualiste). Je repense à un texte égyptien qui disait en substance qu'à chaque génération le dieu fait à sa guise tant de gendarmes et tant de voleurs. Il fait sans doute aussi des paresseux et des désespérés, des négatifs et des positifs, des passifs, des actifs et des réactifs, des lâches et des héros, des déserteurs et de braves petits soldats, dans la proportion qu'il faut à l'économie générale de leur temps et de leurs circonstances, de leur lieu et de leur milieu.

Qu'à certains points d'une existence la carotte et le bâton perdent leur efficace, que des individus cessent de désirer et de craindre et constatent qu'ils n'ont effectivement plus aucune raison de se laisser emmerder (là encore, il y a toujours de la souffrance et du "stigmate" derrière), ça arrive, ça fait partie du phénomène, dans sa singularité et son universalité. Il ne s'agit évidemment pas de faire de l'exception une règle, de l'anomalie une loi ou une norme, mais pas non plus de l'en exclure, ou du moins pas de l'en forclore. Il est certes dans la nature de la règle de réprimer ou d'écarter l'exception, mais aussi dans la nature de celle-ci de faire échec à celle-là, dans la zone indécise de la marge (ni dedans ni dehors, à la fois l'un et l'autre) qui dessine la forme de l'ensemble (ou du "système"), mais en flou, comme l'exception confirme la règle en l'infirmant, en sollicitant et en faisant trembler (de colère ou d'inquiétude, l'un n'empêche pas l'autre) sa fermeté et sa régularité apparentes.

J'entends bien qu'on puisse aussi regarder cela du point de vue du moraliste, de l'éducateur ou du thérapeute (là encore il en faut, et il y en a), pour qui seules comptent les trajectoires individuelles, "ascendantes", "descendantes" ou autres. Mais tôt ou tard un tel regard doit se rapporter à une vision d'ensemble où les différences et la différenciation sont irréductibles. Pour l'expression de ce rapport on ne fera pas mieux, je crois, que saint Paul: le "corps" où nul ne vit ni ne meurt pour lui-même, où ce qui paraît sortir de l'économie par la porte y rentre par la fenêtre, où même l'inutile s'avère mystérieusement utile -- et réciproquement.

(Sur un ton plus light, je repense à l'éloge de la paresse d'un vieux film "populaire" et néanmoins excellent, Alexandre le bienheureux d'Yves Robert.)
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MessageSujet: Re: paresse et désespoir   Dim 17 Sep 2017, 11:13

Salut Narkissos,
Merci beaucoup pour ton commentaire qui me touche sincèrement.
Justement, peut-on s’insérer sincèrement ? Et le sincère ment-il ?
Je crois qu’il est déterminant de bien comprendre qu’en dépit de toute la bonne volonté du monde, on peut être broyé par un système si on ne dispose pas des ressources suffisantes pour résister, fuir ou avoir la capacité de s’adapter.
Etre un enfant juif dans le ghetto de Varsovie avec tout le souhait de s’en sortir, n’empêchait pas qu’on allait finir exterminé avec sa famille. https://www.youtube.com/watch?v=ySZBnMukO8g

Ce qui est assez terrifiant c’est qu’il est probable qu’il eusse fallu un Adolf Hitler pour développer un puissant mouvement pacifiste en Europe et une puissante vague d’antiracisme. D’ailleurs, je trouve intéressant de noter qu’Hitler fut né dans une ville autrichienne frontalière de l’Allemagne et que son père fut contrôleur des douanes. Il était déjà positionnée dans un état-limite dès le départ.
Autre chose intéressante, c’est que la France a probablement grandement contribué à la folie allemande, car par les idéaux universels de liberté, égalité, fraternité et des droits de l’Homme, les « Français » se faisaient passer pour les nobles et gentils, nonobstant l’inimitié avec l’Allemagne et le racisme colonialiste, et alors que ce fut une occasion de vouloir écraser les autres par nos Lumières (le traité de Versailles fut signé dans la ville du château du Roi-Soleil). Je trouve tout à fait significatif qu’en allemand, la France soit dénommée Frankreich.
Dans un système économique qui ne permet pas la satisfaction des besoins élémentaires de tous les êtres humains, il est inévitable qu’il y ait des victimes, des victimes qui d’ailleurs peuvent être broyées par le mouvement du système pour progresser.
Les déviants permettent de faire prendre conscience aux « intégrés » de la dérive d’un système, tout comme le Mais-si permet probablement de montrer que l’Humanité progresse, malgré tout, à travers ses crises.
En ce qui me concerne, j’ai toujours été rattrapé in extremis par les canaux de régulation sociale, m'empêchant de sombrer dans la géhenne, ce qui n'était pas forcément plus mal parce que là où il y a de la géhenne, il n’y a pas de plaisir.
Je me souviens que la professeure de psychologie clinique que j’avais lors de ma licence de médiateur, nous avait dit, comme pour nous empêcher d’être heureux, que de toute façon nous ne pourrions pas être heureux quand on songeait à toute la souffrance dans le Monde.
Je pense que c’était en partie particulièrement faux, car cela soulignait la non intégration du passage par la souffrance et l’expérience du chagrin et de l’effroi, pour apprécier pleinement la vie en comprenant, malgré tout notre état de séparation relative. Cela traduisait à mon sens des frontières du Moi non complètement établies, car en même temps il faut bien qu’il y ait un système qui fonctionne partiellement pour permettre aux dysfonctionnements de faire leur œuvre.
Et c’est précisément parce qu’on sait (même inconsciemment, à l’insu de son plein gré) qu’il y a une porte de sortie qu’on peut s’en sortir, un peu à l’instar de ce que me disait le moniteur sadique d’auto-école en me parlant du principe de la marche arrière : pas besoin de se concentrer sur le chemin, il suffit de fixer l’objectif à atteindre pour qu’ensuite on puisse adopter spontanément la conduite du véhicule qui y mènera. Le dernier enseignant de psychologie clinique que j’ai eu, quand je lui parlais du concept de frontières du moi rétorqua qu’il n’était pas facile de faire un Moi, ce à quoi je répondis « surtout si les fins de mois sont difficiles » Very Happy

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MessageSujet: Re: paresse et désespoir   Dim 17 Sep 2017, 13:13

Cher gaffeur,

Les considérations historico-géographiques nous éloignent sensiblement du sujet, mais elles peuvent aussi nous y ramener par d'autres chemins et sous d'autres angles.
Très rapidement: le pacifisme européen, qui était très fort entre les deux guerres (cf. Rolland, Giono, ou Zweig en littérature), a été durablement discrédité par la seconde, qui l'a fait apparaître rétrospectivement comme un "allié objectif" du nazisme (etc.), en consacrant a contrario la nécessité absolue de la puissance militaire, seule capable d'en triompher. L'antimilitarisme ne reviendra en force qu'une vingtaine d'années plus tard (c'est peu mais pas moins que l'entre-deux-guerres), dans le nouveau contexte des guerres d'indépendance et de la décolonisation. Associé alors à l'antiracisme, mais la chose est plutôt nouvelle: si l'antisémitisme nazi avait été spécifique (assez peu partagé au fond par ses "partenaires", fasciste ou franquiste p. ex.), dans l'époque précédente (depuis la fin du XIXe siècle) les théories raciales "scientifiques" étaient monnaie courante, en France comme en Allemagne, à gauche comme à droite (y compris, comme on l'a vu ailleurs, chez un certain nombre de "savants" juifs). Si on remonte au-delà, le rapport franco-allemand me semble encore plus complexe: les "Lumières" sont au moins aussi allemandes (Aufklärung, Kant !) que françaises, la Révolution et l'Empire fascinent les penseurs allemands (Goethe, Schiller, Hegel, etc.), même si leur traduction politique est différente. Quant au terme Frankreich, beaucoup plus ancien encore, je l'entendrais plutôt dans une certaine symétrie avec Österreich: deux "marges" ou "extensions" (cf. l'anglais reach) opposées et centrifuges du point de vue d'une centralité germanique (ce qui bien sûr n'exclut pas qu'on ait pu l'entendre tout autrement aux époques des "empires" français)...

Pour revenir aux années 1960-70 et au sujet par la même occasion: cette époque qui m'a plus directement marqué qu'aucune autre me semble avoir eu, en Europe occidentale et en Amérique, un rapport tout à fait exceptionnel au travail, à l'argent, à l'économie, à la politique et à la société en général; un rapport parfaitement incompréhensible et même scandaleux aux yeux des générations précédentes et des suivantes (dès la fin des années 70): révolte contre une société d'abondance (de "consommation"), où le souci de "s'en sortir" n'était pas celui d'accéder au travail, de faire carrière et d'assurer sa retraite mais d'échapper à tout cela ("ne pas perdre sa vie à la gagner", cf. Debord: "ne travaillez jamais"). Cela allait de pair avec un antimilitarisme et un antiracisme assimilés jusqu'au réflexe, mais sans véritable espoir politique dès la fin des années 1960. Comme je l'ai souvent dit, mon adhésion et mon attachement aux TdJ dans les années 1970, malgré quelques turbulences, tenaient largement au fait que j'interprétais (et je n'étais pas le seul) leur position comme antimilitariste et antiraciste, mais aussi antiéconomique et antisociale (idéal de précarité sinon de pauvreté), au-delà et même à l'encontre des explications officielles -- coïncidence avec "l'air du temps" d'une doctrine qui s'était construite sur une tout autre logique.

Ce type de "motivation" d'un rapport négatif au travail et à l'espérance (ou, si l'on préfère: un rapport positif à la "paresse" et au "désespoir") peut paraître aujourd'hui impensable à la plupart; je ne suis pas sûr qu'il le soit totalement, car cette époque et son esprit ont aussi laissé des traces. Et il n'est pas non plus sans précédent occidental, si l'on remonte à la réaction romantique du XIXe siècle au "progrès" économique, technique, scientifique du capitalisme, aux "ordres mendiants" de la fin du moyen-âge qui réagissaient aussi à une certaine prospérité "bourgeoise" et commerçante (typiquement saint François d'Assise), ou aux bucolisme évangélique (les oiseaux du ciel et les lys des champs) qui contrastait déjà avec l'urbanisme et le mercantilisme de la pax romana. Mais le malentendu est profond et insurmontable, malgré un rapprochement superficiel, entre les rêves de "dépouillement" des riches et ceux des pauvres...
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MessageSujet: Re: paresse et désespoir   Dim 17 Sep 2017, 15:24

Merci beaucoup Narkissos pour cette rétrospective enrichissante et instructive.

Au niveau du jeu de mots que j'ai évoqué au sujet des frontières du moi, je souhaite préciser à quel point je lui associe une éminente relativité.

Ce que je veux dire par là, bien que cela puisse là aussi être compris comme une gaffe, c'est que les "problèmes financiers" qui auraient un impact sur la construction de sa personnalité, ne l'ont, à mon avis, que si on les prend comme tels, comme des problèmes qui réveilleraient une blessure, parfois artificielle car introjectée.

On peut tout à fait être "pauvres" et "bien dans sa tête et sa peau", bien que là aussi je conçoive tout à fait qu'on puisse y voir une lecture normalisante (je pense qu'on ne peut pas s'en passer totalement malgré tout).

Pour ce qui est des Lumières allemandes, c'est tout à fait intéressant comme éclairage (décidément encore un jeu de mot), et lors de mon cours d'introduction à la psychologie clinique l'enseignant nous a parlé notamment de Christian Wolff et était presqu'effaré du fait que nous ne le connaissions même pas de nom.

Pour les TJ et la période des 60's et 70's cela me renvoie immanquablement à l'histoire de mes parents (encore eux Razz ) convertis dans les 70's, et notamment à ce que mon père soutenait comme étant un engagement spirituel à l'époque.

Je crois que j'ai surtout été marqué par le fait que mes parents avaient chacun d'eux des parents de la classe moyenne supérieure, relativement aisés, alors que mon père vécut une vie vers l'échappatoire de la musique folk avant de connaître les TJ. Alors qu'il avait un diplôme valorisant pour l'époque, il s'en désintéressa pour faire du ménage à temps partiel, et il garda même des cochons pendant quelques temps... Quant à ma mère, alors qu'elle s'était engagée dans un parcours universitaire, elle aussi plaqua tout pour être pionnière permanente. Je me souviens de ce que ma mère m'avait relaté avec une délectation à peine voilée, au sujet d'un ami de son père qui l'avait vu en 1968 alors qu'elle passait son bac, que c'était bien beau de faire la révolution, mais qu'on était bien content de venir vers papa quand il y avait besoin d'argent lol! Razz

L'époque des 60's et des 70's était concomitante des "trente glorieuses" et d'une croissance économique exponentielle, qui avait contribué, entre autres (on ne peut pas réduire l'un à l'autre) à ce que se développent les mouvements d'émancipation divers et variés, aussi contre réactionnaires pouvaient-ils paraître.

Un peu à l'image des Insoumis (insoumis à quoi d'abord ? pas à Mélenchon quand même), la position anti tout reste partielle, même si elle est pourtant nécessaire.

Et il me semble, ça reste à l'état non clairement explicité, qu'il y a sur certains aspect des correspondances entre les 70's et les années 2010, les dernières ayant, je crois, été le théâtre d'une certaine prise conscience de certains des apports des 70's et de la conscience que cette époque est désormais acquise comme étant révolue, ce qui est aussi relativement révolutionnaire.

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MessageSujet: Re: paresse et désespoir   Dim 17 Sep 2017, 17:29

En effet, les fins de moi(s) sont souvent difficiles...

Il n'est pas inintéressant de noter que, sur le tard, Debord parodiait l'Ecclésiaste (Qohéleth, chap. 1): "Toutes les révolutions entrent dans l'histoire, et l'histoire n'en regorge point; les fleuves des révolutions retournent d'où ils étaient sortis, pour couler encore."  (Panégyrique; outre le tour du palindrome, en latin s'il vous plaît: in girum imus nocte et consumimur igni).

Le "bien dans sa tête et dans sa peau" me fait penser au Créateur de Dupontel (de mémoire): "Et si ça me plaît, à moi, d'être malheureux ?"

Le "malentendu" dont je parlais était déjà manifeste, en 1968, entre le "mouvement étudiant" qui signifiait le dégoût de l'abondance (magnifiquement illustré l'année suivante par le Zabriskie Point d'Antonioni) et le "mouvement ouvrier" qui aspirait essentiellement à la hausse du "pouvoir d'achat"; et déjà, plus d'un siècle plus tôt, dans le Manifeste du parti communiste des "intellos bourgeois" Marx et Engels, dont l'idéalisme contrastait avec sa postface, qui énumérait les revendications (très "modestes", semble-t-il aujourd'hui) des travailleurs... mais ce n'est pas parce que la révolte des "enfants gâtés" est si facile à tourner en dérision qu'elle ne dit rien de profond, de plus profond peut-être que celle des (vrais) "pauvres". Même si ça aussi c'est injuste.

(Il y aurait peut-être une justice si les fins de moi difficiles l'étaient surtout pour ceux qui n'ont pas connu les fins de mois difficiles, mais cela, si vraisemblable qu'il paraisse, reste à démontrer...)
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MessageSujet: Re: paresse et désespoir   Lun 18 Sep 2017, 10:38

La pression sociale qui nous oblige à être constamment heureux peut augmenter la dépression chez certaines personnes. Cette pression sous-entend que des émotions comme la peur et la peine ne sont pas normales, alors que de telles émotions sont utiles. Au final les personnes sont malheureuses de ne pas être heureuses. Une société ou une communauté religieuse qui fait du bonheur, un idéal absolu, condamne les individus à être malheureux et envieux du bonheur des autres. (Un laboratoire a quand même créé une pilule du bonheur, "le Prozac ").
Quand on y réfléchit bien, notre vie est constituée de d'une grande partie de moments qui ne correspondent ni au bonheur, ni au malheur, mais une routine. De plus, la douleur est inéluctable, elle est une composante de la vie que nous sommes "condamnés" à accepter et peut-être dont nous pouvons tirer parti, car la douleur peut rendre plus fort et elle peut faire grandir. Si on déserte cette obsession du bonheur, on pourra peut-être faire l'expérience inattendue de la beautés, de moments d'extases ou d'une certaines sérénité.



Citation :
Le chrétien devrait tout autant être joyeux de servir Dieu. Sinon, cela trahirait un manque de gratitude (Ps 100:2). “ La joie de Jéhovah est votre forteresse ”, déclara un fidèle serviteur de Dieu (Ne 8:10). La bonne nouvelle que le chrétien proclame fut présentée par l’ange de Dieu comme “ la bonne nouvelle d’une grande joie que va avoir tout le peuple ”. (Lc 2:10.) Le nom de Jéhovah porté par ses témoins et la vérité renfermée dans la Bible devraient être une joie pour eux. Le prophète Jérémie déclara : “ Ta parole devient pour moi l’allégresse et la joie de mon cœur ; car ton nom a été invoqué sur moi, ô Jéhovah Dieu des armées ! ” — Jr 15:16.

https://wol.jw.org/fr/wol/d/r30/lp-f/1200002531

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MessageSujet: Re: paresse et désespoir   Lun 18 Sep 2017, 12:41

"Tous les êtres sont malheureux; mais combien le savent ?" (Cioran, Précis de décomposition).

Tout discours ou écrit public, du seul fait qu'il est public et indépendamment de l'étendue de son public, vire de lui-même à l'optimisme, à l'édification, sinon à l'enthousiasme, au moins dans ses conclusions; il peut en chemin faire douter, pleurer, désespérer ou plus sobrement penser, pourvu qu'il n'en reste pas là et s'achève sur du "positif" -- à tout le moins, comme on dit, une touche légère ou une lueur d'espoir (silver lining à défaut de happy ending) qui permette à la grande majorité des auditeurs ou des lecteurs de neutraliser ou d'évacuer le "négatif" (si lyrique qu'en soit la forme, elle me rappelle toujours l'image très prosaïque de la chasse d'eau). Les discours religieux, politiques ou publicitaires ne font que porter cette tendance à la caricature. Le désespoir, lui, ne s'avoue ou ne se suggère que sur un mode mineur et intermédiaire, celui du lapsus aussitôt démenti, corrigé ou raturé, ou du murmure qui se perd en silence -- non sans s'être fait entendre et reconnaître au passage de ceux qui ont pour cela des oreilles.

Il y a dans le(s) christianisme(s) du NT un fond(s) antisapiential différencié mais évident: l'éloge de la "folie", de la mort précoce et volontaire, de l'imprévoyance, de la précarité, le refus du jugement, du calcul et de l'auto-défense, tout cela prend manifestement à contrepied la "sagesse" la plus élémentaire et la plus commune (celle qui s'exprime notamment dans les Proverbes). Mais lui aussi ne s'énonce qu'en se dissimulant, en particulier par un procédé de type "dialectique" (si anachronique et incongru que paraisse le mot, la chose n'en a pas moins un air de famille avec tout ce qu'en philosophie on a nommé "dialectique", de l'Antiquité à nos jours): la "folie" se renverse et se rétablit en "sagesse" supérieure, la "faiblesse" en "puissance", la mort en "vie éternelle", la honte en "gloire", le désespoir en espérance, le crucifié en ressuscité. On peut critiquer le procédé, n'en être pas tout à fait dupe, sans pour autant lui échapper. L'humour comme "politesse du désespoir" a peut-être plus de classe, mais au fond il ne fait pas autre chose. C'est le désespoir du désespoir, si l'on veut, que d'être voué (à être réduit) au silence, comme une obscénité, et de consentir bon gré mal gré à cette vocation.

Le mot de quiétisme où se confondent, sans rien perdre de leur ambiguïté, calme et silence (quies, quiet), non-agir et non-dire, pourrait être le dernier mot de la question, si ce n'était encore un mot de trop.

---

Cf. aussi M. Tournier, Le roi des aulnes (journal d'Abel Tiffauges, 20.4.1938):
"Le bonheur ? Il y a là-dedans du confort, de l'organisation, une stabilité construite qui m'est tout étrangère. Avoir des malheurs, c'est sentir l'échafaudage bonheur ébranlé par les coups du sorts. En ce sens, je suis tranquille. Je suis à l'abri du malheur, car je n'ai pas d'échafaudage. Moi, je suis l'homme de la tristesse et de la joie. Alternative tout opposée à l'alternative bonheur-malheur. Je vis nu et solitaire, sans famille, sans amis, exerçant pour survivre un métier qui est tellement au-dessous de moi que j'y satisfais sans plus y songer qu'à ma digestion ou à ma respiration. Mon climat moral habituel est une tristesse d'ébène, opaque et ténébreuse. Mais cette nuit est souvent traversée par des joies fulgurantes inattendues et imméritées, qui s'éteignent aussitôt, mais non sans me laisser les yeux pleins de phosphènes dorés et dansants."
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