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 L'impossible repentir - Epitre aux hébreux

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MessageSujet: L'impossible repentir - Epitre aux hébreux   Mar 26 Sep 2017, 11:46

"Quant à ceux qui ont été une fois éclairés, qui ont goûté le don céleste et ont eu part à l'Esprit saint, qui ont goûté la bonne parole de Dieu et les puissances du monde à venir et qui sont tombés, il est impossible de les amener à un nouveau changement radical. Car, pour leur propre compte, ils crucifient à nouveau le Fils de Dieu et le déshonorent publiquement. En effet, lorsqu'une terre abreuvée de pluies fréquentes produit des plantes utiles à ceux pour qui elle est cultivée, elle a part à la bénédiction de Dieu. Mais si elle produit des épines et des chardons, elle s'avère sans valeur ; elle est en passe d'être maudite, et elle finit par être brûlée." - Hé 6, 4 ss


Ce texte fait allusion à l'Esprit, alors qu'il n'occupe guère de place dans l'épître aux Hébreux (voir Hé 2,4). Je remarque qu'il est question, dès à présent, de  goûter aux puissances du monde à venir (Retrouve-on dans l'épître aux hébreux, une réelle l'attente eschatologique ?). Notons que l'auteur ne précise pas la nature de la "chute" ou des péchés incriminés.

Hé 10,26 ss, précise qu'il est question de péchés "volontaires" (peut-être une rébellion ouverte) , pour lesquels il ne reste plus aucun sacrifice.

Hé 12, 16-17, apporte une précision, puisqu'il est question de l'inconduite sexuelle et de profanateur :

"à ce que personne ne se livre à l'inconduite sexuelle ou n'agisse en profanateur, comme Esaü, qui pour un seul plat vendit son droit d'aînesse. Vous savez que, plus tard, quand il voulut hériter la bénédiction, il fut rejeté ; en effet, il ne trouva aucune possibilité de changement, bien qu'il l'ait recherché dans les larmes."


Pour l'auteur certains péchés, équivalent à l'abandon de la foi et sont un outrage direct adressé au Christ. Ils entraînent donc l'exclusion du salut, sans repnetir possible.
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MessageSujet: Re: L'impossible repentir - Epitre aux hébreux   Mar 26 Sep 2017, 12:40

C'est sur ce point que l'incompréhension du "système" apocalyptico-platonicien de l'épître aux Hébreux s'avère particulièrement désastreux, au moins sur un plan "pastoral" ou psychologique.

Dans la logique du texte, le refus d'une "seconde repentance" est un strict corollaire de l'"une fois pour toutes", c.-à-d. du rapport de "l'éternité" au "temps". Le christianisme est compris comme accès à l'éternel, non comme une "religion historique" qui prendrait simplement le relais ou la relève du judaïsme pour se prolonger dans le temps comme lui, avec ses inévitables vicissitudes morales et rituelles, succession sans fin de fautes et d'expiations. Si on rate la sortie du temps vers l'éternel, si j'ose m'exprimer ainsi, on se retrouve dans une impasse; si longue soit-elle, elle ne mène nulle part: rien n'a changé au fond, il faudrait revenir au système des sacrifices qui n'existe plus "en droit", puisque le Christ l'a accompli-aboli dans le monde transitoire des "ombres", ni "en fait" depuis qu'il n'y a plus de temple. Il n'y a d'autre issue, en somme, que l'accès à l'éternel. Mais celui-ci reste ouvert "aujourd'hui", tant qu'on peut dire "aujourd'hui" (cf. chap. 3--4).

A cette "logique" de fond, spécifique de ce texte, se mêlent naturellement les réminiscences d'autres thèmes du fonds commun du christianisme, comme le "blasphème contre l'esprit" de la tradition synoptique. Mais elles sont subordonnées à la logique dominante du texte, dans la mesure où celle-ci est bien comprise. Or évidemment elle l'est très peu, hors des cercles de la tradition intellectuelle alexandrine, et elle le sera de moins en moins avec le temps. Le texte hors de ses conditions d'intelligibilité originelles est inéluctablement pris dans des problématiques étrangères (montanisme, novatisme, donatisme, notamment autour de la question des lapsi qui ont abjuré le christianisme sous les persécutions: peuvent-ils ou non "se repentir" et être à nouveau admis dans l'Eglise ?). La récupération de ce texte (mal compris comme indiquant l'impossibilité d'un "second repentir" sur un plan purement temporel) par les "hérésies" les plus intransigeantes rendra suspect toute l'épître aux Hébreux aux yeux d'une "orthodoxie catholique" qui adopte de fait une position plus conciliante (admettant une "seconde repentance") en fonction des nécessités historiques.

L'auteur de l'épître aux Hébreux instrumentalise sans doute l'angoisse de ses lecteurs en brandissant l'épouvantail du péché impardonnable et de la repentance impossible. Mais entre ses mains c'est un poison qui est aussi un remède (pharmakon): la conscience de l'impasse ramène à la sortie, toujours accessible "aujourd'hui". Hors de son "système", reste le poison sans le remède...
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MessageSujet: Re: L'impossible repentir - Epitre aux hébreux   Mar 26 Sep 2017, 16:09

Le texte de 1 Jn 3,6 et 9 n'admet pas l'idée qu'un élu puisse péché :

"Quiconque demeure en lui ne pèche pas ; quiconque pèche ne le connaît pas, il ne l'a jamais vu. Quiconque est né de Dieu ne fait pas de péché, parce que la semence de Dieu demeure en lui ; il ne peut pas pécher, puisqu'il est né de Dieu"


Conscient de l'aspect théorique de son raisonnement l'auteur, précise (à la différence de l'épître aux hébreux), "si quelqu'un vient à pécher, nous avons un défenseur auprès du Père, Jésus-Christ" (2,1).

La première lettre de Jean fait néanmoins allusion au péché qui mène à la mort :

"Si quelqu'un voit son frère commettre un péché qui ne mène pas à la mort, qu'il demande, et il lui donnera la vie ; il s'agit de ceux qui commettent un péché qui ne mène pas à la mort. Il y a un péché qui mène à la mort, ce n'est pas pour celui-là que je dis de demander. Toute injustice est péché — et il y a un péché qui ne mène pas à la mort." (5,16-17)
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MessageSujet: Re: L'impossible repentir - Epitre aux hébreux   Mar 26 Sep 2017, 16:23

La "dialectique" johannique est plus simple, plus franchement contradictoire, parce qu'elle est aussi plus "gnostique": certes, "nous" péchons (1,8ss), mais il y a quelqu'un ou quelque chose en "nous" qui ne pèche pas, qui en est même rigoureusement incapable: ce(lui) qui est "né de Dieu", le "divin" en "nous".

(Je me souviens que dans son commentaire sur cette épître, le célèbre exégète catholique R.E. Brown avait malicieusement fait remarquer que la formule luthérienne simul peccator, simul justus ac semper poenitens -- à la fois pécheur et juste et toujours pénitent/repentant -- reflétait finalement mieux la théologie de cette épître "johannique" que celle de "Paul", bien que Luther l'ait déduite de l'épître aux Romains.)

C'est tout aussi "théorique", mais d'une "théorie" sensiblement différente. Qui a aussi son "poison" (l'ombre de la perdition n'est jamais exclue) et son "remède" (le remède de son poison et le poison de son remède).
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MessageSujet: Re: L'impossible repentir - Epitre aux hébreux   Mar 26 Sep 2017, 16:43

Il me semble que nous trouvons dans l'épître aux hébreux un texte au même tonalité que 1 Jean 2,1 (nous avons un défenseur auprès du Père, Jésus-Christ) : 

"Car nous n'avons pas un grand prêtre insensible à nos faiblesses ; il a été soumis, sans péché, à des épreuves en tous points semblables. Approchons-nous donc avec assurance du trône de la grâce, pour obtenir compassion et trouver grâce, en vue d'un secours opportun." (4,15-16)
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MessageSujet: Re: L'impossible repentir - Epitre aux hébreux   Mar 26 Sep 2017, 17:14

Le rapprochement est d'autant plus remarquable que les deux "figures" viennent de contextes complètement différents: le "défenseur" (paraclet) johannique est l'"avocat" dans un cadre judiciaire (ici plutôt "défenseur" des disciples, dans l'évangile plutôt "accusateur" du monde); le "grand prêtre", évidemment, appartient à la "religion" et au temple.

---

Pour revenir à la question du "repentir" ou de la "repentance" (metanoia), que l'auteur range parmi ces "fondamentaux" du christianisme qu'il ne remet pas en question mais entend "dépasser", au moins dans leur compréhension ordinaire (v. 1s: la liste vaut la peine d'être relue attentivement de ce double point de vue), il faut noter qu'il n'est pas le seul à s'en méfier. C'est toujours délicat de faire parler les silences, mais on remarque quand même que cette "repentance" que les Synoptiques placent au cœur du "message" de Jean-Baptiste et de Jésus est rigoureusement absente du quatrième évangile et très rare dans les premières épîtres pauliniennes -- la "rémission des péchés" qui lui est habituellement associée n'apparaît qu'à la fin de l'Evangile selon Jean (20,23) et, dans le corpus paulinien, à partir des "deutéro-pauliniennes" (Colossiens-Ephésiens). Le moins que l'on puisse dire, c'est que ce ne sont pas des éléments "fondamentaux" de la doctrine paulinienne (épître aux Romains incluse: la question n'est pas celle de la rémission des péchés mais celle de la justification des pécheurs) ni johannique.

En ce qui concerne plus précisément Hébreux 6,4, il faudrait souligner (surligner, mettre en gras, en rouge, on ne le remarquera jamais assez) le "une fois" (hapax !) de la première phrase (ceux qui ont été une fois éclairés), qui passe d'ordinaire complètement inaperçu du lecteur français (a fortiori belge ?). Ce(t) "une fois", nous commençons à le comprendre, est absolument décisif dans le cadre de ce texte. "Une fois", "une fois pour toutes", c'est la marque distinctive de "l'éternité" jusque dans ses "ombres" -- p. ex., nous l'avons vu, quand il s'agit pour tout homme de mourir "une fois" comme le Christ s'offre "une fois pour toutes". Tout rapport authentique à "l'éternel" est placé sous le signe d'"une (seule) fois (pour toutes)", et il n'est pas question pour l'auteur de le laisser dégénérer dans la généralité d'un "à chaque fois", "autant de fois que"; encore moins dans la répétition rituelle d'une série de pénitences et d'absolutions qui réduirait l'éternité à la plate perpétuité d'un et caetera. On devine, quoiqu'il n'en laisse pas paraître grand-chose, la profonde hostilité de l'auteur à l'idée d'un "sacrement" qui se répète (bien que celui-ci ne soit pas moins profond aux yeux de ses défenseurs: le "sacrement" c'est aussi une relation, dans le temps, à un "mystère" éternel -- mustèrion -> mysterium/sacramentum).

Cette cohérence théorique n'a évidemment rien de "pratique", surtout quand on a perdu de vue la "théorie" qui la sous-tend et qu'il n'en reste que la lettre terrifiante du texte. Quid du chrétien qui pèche, abjure même sa foi, et, de fait, se repent ? Du point de vue des responsables ecclésiastiques, il faut bien en faire quelque chose, on ne peut pas (c'est du moins le consensus "catholique") l'abandonner au désespoir. Quitte à s'arranger comme on peut avec la théorie. P. ex. en présumant que le lapsus (dé-chu) n'avait pas été vraiment "éclairé", mais cela mènerait à des baptêmes à répétition, encore plus embarrassants; d'autre part la crainte pousse nombre de sympathisants chrétiens à retarder le plus possible leur unique baptême, à se faire baptiser sur leur lit de mort pour n'avoir pas le temps de "pécher" ensuite. La seule solution viable consiste à instituer un rite de pénitence et d'absolution répétitif (qu'on justifiera d'ailleurs facilement par d'autres textes du NT, p. ex. Jacques 5).

Cependant l'auteur de l'épître aux Hébreux n'était pas complètement autiste insensible à ce genre de souci "pastoral". Il voulait sans doute avant tout faire comprendre sa "théorie" parce qu'il y croyait (non seulement au sens où il la croyait vraie, mais où il estimait ses vertus "supérieures" à celles des théologies concurrentes, gnostiques ou sacramentelles p. ex.), mais il ne voulait pas non plus décourager ceux qui la comprendraient de travers. D'où les passages "rassurants" qui suivent immédiatement les passages "inquiétants" (6,9ss et 10,32ss, avec dans ce dernier l'appel très "platonicien" à l'"anamnèse", à la remémoration de l'illumination éternelle qui a lieu "une fois" mais à laquelle on peut encore se rapporter ensuite: "souvenez-vous des jours où vous avez été éclairés", comme en 6,4).
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MessageSujet: Re: L'impossible repentir - Epitre aux hébreux   Mer 27 Sep 2017, 11:36

Citation :
Cependant l'auteur de l'épître aux Hébreux n'était pas complètement autiste insensible à ce genre de souci "pastoral". Il voulait sans doute avant tout faire comprendre sa "théorie" parce qu'il y croyait (non seulement au sens où il la croyait vraie, mais où il estimait ses vertus "supérieures" à celles des théologies concurrentes, gnostiques ou sacramentelles p. ex.), mais il ne voulait pas non plus décourager ceux qui la comprendraient de travers. D'où les passages "rassurants" qui suivent immédiatement les passages "inquiétants" (6,9ss et 10,32ss, avec dans ce dernier l'appel très "platonicien" à l'"anamnèse", à la remémoration de l'illumination éternelle qui a lieu "une fois" mais à laquelle on peut encore se rapporter ensuite: "souvenez-vous des jours où vous avez été éclairés", comme en 6,4).


Quoique nous parlions ainsi, bien-aimés, nous sommes persuadés que quelque chose de meilleur vous attend, à savoir le salut" (6,9)

"Souvenez-vous plutôt de ces premiers jours où, après avoir été éclairés, vous avez soutenu un grand et douloureux combat" (10,32)

Effectivement, l'auteur veut rassurer ses lecteurs, " Il est terrible de tomber aux mains du Dieu vivant", mais n'y pensez pas et concentrez vous "plutôt", sur votre parcours exemplaire de croyants et sur la relation filiale qui vous unit à Dieu :

"C'est pour votre correction que vous endurez ; Dieu vous traite comme des fils. Quel est en effet le fils que le père ne corrige pas ? Si vous êtes exempts de la correction à laquelle tous ont part, c'est que vous n'êtes pas des fils, mais des bâtards. Puisque nous avons tous eu un père de notre chair qui nous corrigeait et que nous respections, ne devons-nous pas à plus forte raison nous soumettre au Père des esprits, pour que nous vivions ? Celui-là, en effet, nous corrigeait pour peu de temps, comme il lui semblait bon ; celui-ci nous corrige pour notre véritable intérêt, afin que nous ayons part à sa sainteté.
Toute correction, il est vrai, ne semble pas être au premier abord un sujet de joie, mais un sujet de tristesse ; plus tard, toutefois, elle procure à ceux qu'elle a formés un fruit de paix, la justice." (12,7 ss) 


Narkissos, Comment comprends-tu le texte suivant SVP :

"Si nous nous jugions nous-mêmes, nous ne serions pas jugés. Mais par ses jugements le Seigneur nous corrige, afin que nous ne soyons pas condamnés avec le monde." (1 Cor 11, 31-32)

L'auteur a conscience que les croyants ne sont pas des "saints", puisqu'ils ont besoin de correction.


Dernière édition par free le Mer 27 Sep 2017, 15:50, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: L'impossible repentir - Epitre aux hébreux   Mer 27 Sep 2017, 15:34

Ici le "plutôt" correspond en grec à un "adversatif" très faible (de), qui oscille entre "mais" et "d'une part / d'autre part" et peut souvent être omis en traduction; dans ce contexte-ci, "plutôt" me paraît excellent, mais je n'irais pas jusqu'à le souligner...

Sur 1 Corinthiens 11,31s, je te suggère de revoir (et peut-être de poursuivre) ici.
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MessageSujet: Re: L'impossible repentir - Epitre aux hébreux   Mer 27 Sep 2017, 16:46

Merci Narkissos.

Je n'ai jamais vraiment compris le concept de "péché volontaire" (Si nous péchons volontairement Hé 10,26). Quand on accomplit un acte, c'est toujours volontaire, à moins que cela soit à "l'insu de notre plein gré".
S'agit-il d'actes accomplis par négligence ou imprévoyance  qui correspondent à des violations de la loi divine, mais qui n'impliquent pas l'intention de se révolter contre Dieu ?

De nombreux croyants ont tenté de concilier cette idée de d'impossibilité de repentir et la miséricorde divine qui doit être totale et sans réserve. (https://wol.jw.org/fr/wol/d/r30/lp-f/102008044)
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MessageSujet: Re: L'impossible repentir - Epitre aux hébreux   Mer 27 Sep 2017, 17:25

Ça me rappelle un souvenir qui remonte à plus de quarante ans, d'une "étude de livre" où ce sujet était discuté et où un participant, TdJ mais assez original, avait commencé son intervention, plutôt interrogative, par "Que celui qui n'a jamais péché volontairement me jette la première pierre..." Ça avait jeté un froid mais ça avait le mérite de faire réfléchir.

La référence la plus probable d'Hébreux 10,26ss est à Nombres 35,30ss, qui distingue l'homicide involontaire du meurtre (volontaire) -- mais on peut aussi penser à diverses corrections moralisantes (chez les Prophètes et dans la Torah même) du ritualisme sacerdotal, qui excluent le "péché" délibéré de toute forme d'expiation ou de purification. Toujours est-il que cette nuance de volonté (qui n'apparaît pas au chapitre 6) semble assez accessoire par rapport à la pensée de l'auteur (sans parler de l'idée de pratique -- répétée, habituelle -- du péché que la Watchtower, comme beaucoup de commentateurs évangéliques, introduit dans le texte par surinterprétation de l'aspect "progressif" du présent grec). Evidemment, il n'est pas besoin d'être grand psychologue pour constater que dans tout comportement ("bon" ou "mauvais") il y va de la "volonté", de la "durée" et de la "répétition"... et beaucoup d'autres choses.

Bien sûr -- je crains de l'avoir déjà souvent dit -- cette imputation (chrétienne en général, l'épître aux Hébreux n'y est pas pour grand-chose) du péché suprême et impardonnable à la "conscience", à la "volonté", à la "décision", favorise une "culture" de l'inconscient, de l'irréflexion et de l'impensé(e), de l'indécision et de la lâcheté en général: moins je suis conscient de ce que je fais, moins je pense, moins je réfléchis, moins je décide "en connaissance de cause", moins je risque d'être (gravement) coupable: "je ne l'ai pas fait exprès" reste l'excuse par excellence, voire l'alibi du sujet ("je" n'étais pas là, ce n'était pas "moi"). Ce ne fut certainement jamais le but de la prédication chrétienne (qui ne prêche pas la lucidité et la responsabilité ?), mais ce fut son effet, peut-être le plus efficace (elle non plus ne l'a pas fait exprès). Les conséquences psychologiques, sociales, politiques de ce pli culturel sont incalculables (on peut penser à la réaction de Luther, dans une correspondance "privée" il est vrai: pecca fortiter -- [quitte à pécher,] pèche fortement = bravement, courageusement, franchement ! -- à quoi il ajoutait cependant: sed fortius crede, mais crois plus fortement encore).

N'empêche que derrière toute "foi" et tout "salut" (religieux ou "existentiel", au sens qu'on donne à ce mot depuis Kierkegaard qui me semble décidément très proche de l'épître aux Hébreux) il y a un passage critique par l'angoisse ou l'inquiétude radicale, une crise précisément dont l'autre issue est le "désespoir"; mais c'est toujours un passage à passer, jamais un passage qu'on aurait passé "une fois pour toutes", même s'il est "une fois pour toutes" du point de vue de l'éternité: dans le temps le désespoir poursuit la foi comme son ombre, et il y a toujours des éclairs de foi dans le désespoir.

---

Retour sur une remarque précédente (26.9.17, 16 h 14): si le "repentir" et la "rémission (ou le pardon) des péchés" n'emballent pas les théologiens les plus "originaux" du NT (auteurs des principaux textes "pauliniens", "johanniques" et de l'épître aux Hébreux), alors qu'ils sont quasiment requis, dans la durée, par une religion "populaire" (comme on l'a vu des nécessités "pastorales" ou "psychologiques" qui conduisaient presque inévitablement une Eglise "catholique", c.-à-d. "universelle", à un rite de confession, de pénitence et d'absolution), c'est peut-être encore une affaire de "théorie" et de "pratique". Pour une "théorie" ces deux notions sont profondément insatisfaisantes: le repentir et le pardon, ça arrive toujours trop tard, ça ne "règle" ni ne "résout" rien, ça ne change rien au passé, et pas grand-chose au présent ni à l'avenir puisqu'il faut continuellement y revenir (l'épître aux Hébreux étant particulièrement sensible à ce dernier point). Au fond ce sont des concepts réfractaires à la "théorie", qui le leur rend bien. Mais si la "théorie" peut rallier l'enthousiasme d'une "élite" intellectuelle, qui la comprend, elle s'avère incapable de fonder et surtout de nourrir dans la durée une "religion populaire": celle-ci a un besoin vital de rites répétitifs, qui peuvent être pratiqués indépendamment du niveau de compréhension des participants. Ce qui peut conduire au divorce (rejet de la "théorie" comme "hérétique") comme à la coexistence pacifique (l'Eglise a préservé des textes assez peu conformes à son "orthodoxie", et ceux-ci l'ont nourrie, fût-ce au prix de nombreux malentendus). En somme, la pensée et la religion sont irréductibles l'une à l'autre, l'une ne peut pas empêcher le besoin de l'autre, quand bien même elle le voudrait: elles ont tout intérêt à vivre en bonne intelligence, mais les conflits sont inéluctables.
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