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 pour en finir avec la conscience

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Narkissos

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MessageSujet: pour en finir avec la conscience   Lun 02 Oct 2017, 19:35

En cela (=> voir ce qui précède: l'amour en acte et en vérité) nous saurons (connaîtrons, gnôsometha; variante: savons, connaissons, ginôskomen <- gi[g]nôskô) que nous sommes de la vérité, et devant lui nous persuaderons notre cœur, car (ou: que, parce que, en quoi que ou de quelque manière que) si notre cœur condamne (ou accuse, reproche; ou -- autre analyse de la construction -- si le cœur nous condamne [etc.], kataginôskè <- kata-gi[g]nôskô; variante: ne [nous] condamne pas), le dieu est plus grand que notre cœur et sait (connaît) tout. Aimés [variante: frères], si notre [variantes: le, votre] cœur ne [variante: nous] condamne pas, nous avons [variantes: il a, ayons] de la franchise (ou de la liberté, parrèsia) envers le dieu, et autant que nous demandions nous recevons de lui, parce que nous gardons (observons) ses commandements et faisons ce qui est agréable devant lui.
Or tel est son commandement, que nous croyions au nom de son Fils Jésus-Christ et que nous nous aimions les uns les autres, comme il nous en a donné commandement; celui qui garde ses commandements demeure en lui, et celui-ci en celui-là (lui en lui); et à ceci nous savons (connaissons) qu'il demeure en nous, par l'esprit qu'il nous a donné.
(1 Jean 3,19ss)

En cela (=> idem: Dieu est amour) l'amour est accompli avec nous, pour que nous ayons de la franchise au jour [variante: dans l'amour] du jugement [ajout tardif: envers celui qui est venu / a habité parmi / dans les hommes, ton enanthrôposanta], car tel est celui-là [variante tardive: tel celui-là était en ce monde, sans défaut et pur], tels aussi nous sommes [variante tardive: serons] dans ce monde. Il n'y a pas de crainte dans l'amour, mais l'amour accompli jette dehors la crainte, car la crainte tient à (a) un châtiment: celui qui craint n'est pas accompli dans l'amour. (4,17s)

Ces deux passages en écho, si souvent que je les aie relus ou (ré-)cités par la suite, restent à jamais liés dans ma tête (en langage "biblique": dans mon "cœur") à un article de La Tour de Garde (paru dans la seconde moitié des années 1970, époque de relative "ouverture" sous l'influence de Raymond Franz et quelques autres, comme je l'ai compris plus tard), qui me les avait fait remarquer pour la première fois. Je ne l'oublierai pas car c'est là que j'ai entrevu la lueur d'une brèche, et d'une possible issue au "cercle vicieux-vertueux" de la "mauvaise conscience" où j'avais la très nette impression de tourner en rond, dans l'amalgame sacro-moral ordinaire du jéhovisme.

Une ironie de la chose, c'est que ce sont aussi des raisonnements circulaires, en boucles serrées, qui m'ont fait cet effet: rien ne tourne plus délibérément et manifestement en rond que la prose johannique, surtout dans cette épître où elle se fait lancinante, haletante, à revenir inlassablement sur elle-même en progressant insensiblement d'un cycle sur l'autre. Dieu est amour, quand on aime il est là, il n'y a rien à craindre de lui, d'un jugement, d'un châtiment ou de l'avenir en général. Avant tout la crainte suppose la distance, l'absence, l'altérité, la différance (et en particulier le différer, le délai, le retard) de l'à-venir au présent et au passé (notamment: d'un jugement à venir sur des actes passés), tout cela ne dût-il se jouer que dans notre tête (ou "cœur", conscience, imagination); or cette distance se résorbe et s'annule dans le sentiment ou la sensation de présence. Si "Dieu" ou "le jugement" est là il n'y a plus rien à craindre (ni à espérer, du reste) de "Dieu" ou du "jugement". C'est au fond le même pharmakon (remède-poison) qui se délivre dans les pages les plus "psychologiquement efficaces" du NT (p. ex. Romains 8 ), mais sa présentation johannique est sans doute l'une des plus pures, des plus simples, des plus concentrées, des plus "essentielles", sans complications adjuvantes. D'où la "vertu" exceptionnelle d'un texte qui par ailleurs ne paie pas de mine, à telle enseigne qu'une lecture distraite ou en recherche de "substance" (objective, théorique ou pratique) passe facilement à côté sans rien en percevoir.

En relisant le premier passage dans le texte habituellement retenu (Nestle-Aland), sans même trop s'avancer dans l'épaisse forêt des variantes textuelles (que je n'ai pas toutes signalées), on peut remarquer une ambiguïté majeure de la syntaxe (le même pronom de la première personne du pluriel au génitif, hèmôn, peut se rapporter au "cœur", kardia, OU au verbe, katagi[g]nôskô, qui se construit au génitif, cf. Siracide 14,1 dans la Septante: d'où "notre cœur condamne" OU "le cœur nous condamne", etc.). S'agit-il donc, comme on le comprend habituellement, d'une sorte d'auto-anesthésie de la conscience réflexive (persuader ou rassurer un "cœur" qui nous condamne, nous accuse ou nous fait des reproches), ou bien (ou aussi) d'une suspension du jugement qui condamne ou accuse également, voire d'abord, les autres ? Il me semble que les deux interprétations sont possibles et que cette hésitation enrichit plutôt la lecture (en la rapprochant, p. ex., de Matthieu 7,1ss etc.). Cesser de "juger", d'accuser, de condamner (en l'occurrence d'un jugement qui croit connaître et savoir, puisque c'est un dérivé de gi[g]nôskô et non de l'habituel krinô, distinguer-discriminer, d'où crise, crime, critère, critique, etc.) impliquerait de cesser de se "juger" de la même manière; et réciproquement. Mais l'un et l'autre sont liés, dans la perspective johannique, à une "connaissance" (gnôsis) qui est simultanément de "Dieu", de "soi" et des "autres" dans l'expérience de "l'amour" où tout cela ne fait qu'un.
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MessageSujet: Re: pour en finir avec la conscience   Mar 03 Oct 2017, 14:27

"car si notre cœur nous condamne, Dieu est plus grand que notre cœur et il connaît tout."

J'avoue que ce fût l'un des textes bibliques qui m'apporta le plus de réconfort pendant ma période TdJ. Les incitations à faire régulièrement notre examen de conscience dans le contexte de Hé 4,13 ("Il n'est pas de création qui échappe à son regard : tout est mis à nu et offert aux yeux de celui à qui nous devons rendre compte.") me torturaient et me tourmentaient, car cet examen de conscience s'assimilait à un jugement, ou j'étais à la fois le juge et le bourreau. Je déplorais de ne pas être à la hauteur de la morale biblique, d'être celui que j'étais, de penser comme je le faisais, de ressentir certaines émotions et d'éprouver certains désirs. Le sentiment de culpabilité est presque toujours présent, lancinant et écrasant.

L'expression, "il connait tout", me semble positive et non intrusive (Dieu nous épie), il connaît nos limites, nos faiblesses et notre fragilité.  Or l'examen de conscience (surtout dans un contexte chrétien fondamentaliste), c'est invoquer notre Moi-idéal, qui inévitablement va condamner la personne "ordinaire" que nous sommes. 

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Narkissos

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MessageSujet: Re: pour en finir avec la conscience   Mar 03 Oct 2017, 15:00

free a écrit:
"car si notre cœur nous condamne, Dieu est plus grand que notre cœur et il connaît tout."

C'est sur ce "nous" (que je souligne) que porte l'hésitation exégétique (cf. le dernier paragraphe du premier post).

L'omniscience divine, fût-ce comme rétro-projection de notre propre connaissance (conscience, etc.), réfléchie en miroir et mise en abyme à l'infini, n'est apaisante que dans la mesure (démesurée, donc) où elle est aussi, et d'abord, terrifiante. Cf. Psaume 139 etc., et ici p. ex. Elle change de signe, en quelque sorte, du "négatif" au "positif", en basculant de l'omniscience à l'omniprésence: qu'est-ce que "Dieu" pourrait, en dernière analyse, juger d'autre que du sien, que lui-même ?
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MessageSujet: Re: pour en finir avec la conscience   Mer 04 Oct 2017, 11:37

Citation :
En cela (=> idem: Dieu est amour) l'amour est accompli avec nous, pour que nous ayons de la franchise au jour [variante: dans l'amour] du jugement [ajout tardif: envers celui qui est venu / a habité parmi / dans les hommes, ton enanthrôposanta], car tel est celui-là [variante tardive: tel celui-là était en ce monde, sans défaut et pur], tels aussi nous sommes [variante tardive: serons] dans ce monde. Il n'y a pas de crainte dans l'amour, mais l'amour accompli jette dehors la crainte, car la crainte tient à (a) un châtiment: celui qui craint n'est pas accompli dans l'amour. (4,17s)

Merci Narkissos de nous avoir fait découvrir la puissance de ce texte.
J'ai le sentiment que d'une manière générale, les religions génèrent une relation (entre Dieu et les croyants) basée la crainte et l'appréhension ... La peur du futur jugement et la peur de faire mal ou pas assez. De nombreux articles abordent le thème : la nécessité de craindre Dieu. 
Ce texte souligne, avec une force incroyable, que la crainte existe lorsque apparaît la possibilité d'un châtiment, or si "Dieu demeure en lui", donc dans le croyant, celui-ci ne craint rien, il est habité par une confiance sereine dans l'avenir et concernant sa relation avec Dieu :


"Et voici ce témoignage :  Dieu nous a donné la vie éternelle,  et cette vie est en son Fils. Qui a le Fils a la vie ;  qui n’a pas le Fils de Dieu n’a pas la vie. Je vous ai écrit tout cela  pour que vous sachiez que vous avez la vie éternelle,  vous qui avez la foi au nom du Fils de Dieu." 1 Jn 5,11-13
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Narkissos

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MessageSujet: Re: pour en finir avec la conscience   Mer 04 Oct 2017, 12:18

Précision: ma traduction (de 4,18) n'est pas très claire, mais l'original ne l'est pas non plus; ho phobos kolasin ekhei, "la crainte a un châtiment", "a" du verbe avoir, avec un sens un peu plus "fort" que celui-ci mais ambigu: "avoir" c'est aussi "tenir" (cf. l'espagnol tener), "garder", ou logiquement "impliquer" ou "nécessiter"; "tenir à" en français reproduit artificiellement une ambiguïté analogue, mais un peu différente: la crainte tient à un châtiment, on peut comprendre qu'elle en dépend logiquement, mais aussi qu'elle y tient au sens où elle ne peut pas s'en passer...

De fait aucune "théologie", aucune "sotériologie" (doctrine du salut), même la plus "positive", la plus optimiste et la plus encourageante, voire la plus "universaliste", ne fait l'économie du "négatif", de l'"angoisse" et de la "terreur". Sans la crainte d'une "perdition", toujours abyssale pour chacun et dont "l'enfer" n'est qu'une représentation limite, mais inévitable en tant que telle, qui se soucierait d'un "salut" ? Et bien sûr la possibilité d'un "salut" creuse à son tour l'angoisse de la "perdition": au-delà de la "mort" inéluctable, on risque de "manquer" autre chose.

Rien que dans le texte que tu cites le négatif est envisagé ("qui n'a pas le Fils de Dieu n'a pas la vie"), même si le positif l'emporte, et en l'occurrence dans un passé-présent de certitude (Dieu nous a donné la vie éternelle, vous avez la vie éternelle; cf. ce qu'on disait récemment de l'alternance des passages "terrifiants" et "rassurants" dans l'épître aux Hébreux, où l'équilibre est cependant beaucoup plus "inquiétant").
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le chapelier toqué

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MessageSujet: Re: pour en finir avec la conscience   Mer 04 Oct 2017, 13:05

Narkissos a écrit:
De fait aucune "théologie", aucune "sotériologie" (doctrine du salut), même la plus "positive", la plus optimiste et la plus encourageante, voire la plus "universaliste", ne fait l'économie du "négatif", de l'"angoisse" et de la "terreur". Sans la crainte d'une "perdition", toujours abyssale pour chacun et dont "l'enfer" n'est qu'une représentation limite, mais inévitable en tant que telle, qui se soucierait d'un "salut" ? Et bien sûr la possibilité d'un "salut" creuse à son tour l'angoisse de la "perdition": au-delà de la "mort" inéluctable, on risque de "manquer" autre chose.

Le bouddhisme (il conviendrait mieux d'évoquer l'enseignement de Bouddha) enseigne que c'est la vie que chacun vit à présent/au présent qui est importante car elle déterminera la nouvelle naissance à venir. Chacun peut travailler son Karma bon ou mauvais. Il n'est pas question d'enfer pour ceux qui ne se soucient pas de bien vivre, bien que les pratiquants tibétains évoquent un enfer ressemblant à celui craint par les catholiques. Avec l'évolution des mœurs et la vie moderne, cette crainte de l'enfer a tendance à disparaître, elle n'était pas au centre de l'enseignement de Bouddha.

Ce qui importe, par rapport au sujet débattu par Free et Narkissos, c'est que l'on retrouve une crainte de ne pas bien vivre actuellement et de mal préparer sa renaissance. En général les moines, les enseignants du bouddhisme préfèrent accentuer sur l'importance de mener une vie apportant dès maintenant des bienfaits et pouvant jouer un rôle positif sur la prochaine renaissance.

Ce qui différencie le bouddhisme des autres religions c'est le fait de ne pas croire en un Dieu omnipotent distribuant bons et mauvais points. Mais malgré cette différence importante on remarque un point commun: l'importance de bien vivre maintenant dans cette vie.
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Narkissos

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MessageSujet: Re: pour en finir avec la conscience   Mer 04 Oct 2017, 13:58

[Ce que je trouve particulièrement remarquable dans l'intuition bouddhique (telle que je la comprends, bien entendu), c'est que la crainte de la mort s'y renverse, ou s'y dévoile, comme une crainte de ne pas assez mourir.

Dans un sens ou dans l'autre, bien sûr (bien sûr: on ne fait pas plus tautologique ni plus vertigineux), seule la mort apaise vraiment sa "propre" crainte: toujours trop tard, toujours juste à temps. (Rien de plus paisible qu'un cœur qui a cessé de battre, dit le pasteur, presque envieux, dans le Jour de colère de Dreyer.)

Tout ce que la pensée a produit de "profond" en matière de religion et de philosophie -- dans l'intersection plus ou moins nette des deux "domaines", là où la religion se fait philosophique et/ou où la philosophie se fait religieuse -- peut se résumer à une anticipation de la mort. Ce qui relève toujours de l'artifice et de la fiction, du jeu d'enfant et du jeu théâtral, d'un "faire comme si" (on était déjà mort). A se re-présenter de l'autre côté de ce qu'on ne verra jamais que d'un seul côté, et qui n'en a peut-être pas d'autre.]
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le chapelier toqué

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MessageSujet: Re: pour en finir avec la conscience   Mer 04 Oct 2017, 14:59

Pour de nombreux bouddhistes la mort fait partie de la vie au même titre que la naissance que personne ne craint...
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MessageSujet: Re: pour en finir avec la conscience   Mer 04 Oct 2017, 15:06

le chapelier toqué a écrit:
la mort fait partie de la vie au même titre que la naissance que personne ne craint...

... et qui aurait pourtant beaucoup plus de raisons d'être crainte (autre topos sapiential, de Qohéleth à Cioran)...
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MessageSujet: Re: pour en finir avec la conscience   Jeu 05 Oct 2017, 11:38

Citation :
De fait aucune "théologie", aucune "sotériologie" (doctrine du salut), même la plus "positive", la plus optimiste et la plus encourageante, voire la plus "universaliste", ne fait l'économie du "négatif", de l'"angoisse" et de la "terreur". Sans la crainte d'une "perdition", toujours abyssale pour chacun et dont "l'enfer" n'est qu'une représentation limite, mais inévitable en tant que telle, qui se soucierait d'un "salut" ? Et bien sûr la possibilité d'un "salut" creuse à son tour l'angoisse de la "perdition": au-delà de la "mort" inéluctable, on risque de "manquer" autre chose.


Le texte de Ph 2,12 ss ; résume assez bien ta pensée, on y retrouve à la fois la crainte et la joie, l'idée que c'est Dieu qui insuffle le désir et la force de le servir mais avec crainte te tremblement  :

"Ainsi, mes bien-aimés, vous qui avez toujours été obéissants, soyez-le non seulement en ma présence, mais bien plus maintenant, en mon absence ; avec crainte et tremblement mettez en œuvre votre salut, car c’est Dieu qui fait en vous et le vouloir et le faire selon son dessein bienveillant. Agissez en tout sans murmures ni réticences,  afin d’être sans reproche et sans compromission, enfants de Dieu sans tache au milieu d’une génération dévoyée et pervertie, où vous apparaissez comme des sources de lumière dans le monde, vous qui portez la parole de vie : c’est ma fierté pour le jour du Christ, puisque je n’aurai pas couru pour rien ni peiné pour rien. Et même si mon sang doit être versé en libation dans le sacrifice et le service de votre foi, j’en suis joyeux et m’en réjouis avec vous tous ; de même, vous aussi, soyez joyeux et réjouissez-vous avec moi."
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MessageSujet: Re: pour en finir avec la conscience   Jeu 05 Oct 2017, 13:40

Kierkegaard (Crainte et tremblement !) écrit aussi quelque part, dans son journal je crois (c'est un vieux souvenir), que même si l'on est assuré du salut de tous les hommes, pour chacun le sien reste radicalement incertain. C'est à la fois intéressant comme notation "psychologique" et comme condition (existentielle et néanmoins structurelle) du "jeu" et du "sérieux" de la foi -- sans quoi celle-ci perd, précisément, tout son intérêt, tout son enjeu (que peut figurer une "vie éternelle" mais qui est bien plus profond qu'une "croyance": ce n'est pas parce qu'on ne croit plus à l'au-delà que l'angoisse disparaît, même si elle peut provisoirement s'atténuer; dans la figure de la mort "nue", si l'on peut dire, tous les fantasmes d'enfer et de paradis ne tardent pas à se réinscrire). C'est aussi, soi dit en passant, l'exact contraire de l'"assurance du salut" caricaturée par les "évangéliques" (où chacun doit se proclamer sûr de son salut -- et de la perdition d'au moins quelques autres...).

(Accessoirement, j'avais évoqué ici un autre aspect de Philippiens 2,17.)
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MessageSujet: Re: pour en finir avec la conscience   Jeu 05 Oct 2017, 14:32

A cela nous saurons que nous sommes de la vérité, et nous apaiserons notre cœur devant lui ; car si notre cœur nous condamne, Dieu est plus grand que notre cœur et il connaît tout."

Il me semble que c'est l'un des rares textes du NT, qui aborde l'auto-culpabilisation du croyant avec la nécessité (pour le croyant) de s'apaiser ou de se persuader que Dieu est plus grand que notre cœur qui nous condamne. J'ai le sentiment que l'auteur fait de la psychologie et de montre pédagogue, d'une manière ponctuelle. Au delà, de la certitude du salut, il y a une volonté de réconforter le croyant de lui permettre de vivre son "quotidien" de la manière la plus apaisée possible. L'auteur réalise-t-il que sa rhétorique peut-être anxiogène et culpabilisante, parce que très exigeante (en même temps comment ne peut-elle pas être exigeante, lorsque le croyant est considéré un "enfant" de Dieu ?) ?
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MessageSujet: Re: pour en finir avec la conscience   Jeu 05 Oct 2017, 15:43

Malgré sa ressemblance fortuite avec "apaiser", peisomen (futur 1re ps. pl. de peithô), c'est plutôt "persuader" ou "convaincre", dans un sens tout à fait neutre (du meilleur ou du pire, à tort ou à raison, etc.). A telle enseigne qu'on a pu aussi bien conjecturer (Bultmann) une négation manquante, "nous ne persuaderons pas notre cœur". Ce que je trouve en fin de compte très significatif de "l'aporie", de "l'abîme" ou du "cercle vicieux" de la "psychologie", de la "subjectivité" ou de l'"intériorité" de la "conscience" ou du "cœur": plus on cherche à se rassurer, plus on s'inquiète (y compris de se rassurer à trop bon compte), plus encore on cherche à se rassurer, etc. On n'en sort que par (vers, depuis) une certaine extériorité (sinon objectivité), qui est aussi bien "mythique" ou "imaginaire" qu'"expérimentale" -- et précisément dans la coïncidence de tout cela: quoi qu'il en soit de mes états d'âme, Dieu est Dieu, l'amour est l'amour, si peu et si mal que j'aime il ne m'est pas étranger: dès lors, que je me "rassure" ou pas, ça n'a plus aucune importance; et, de fait, rien n'est plus rassurant qu'une telle pensée.

J'insiste par ailleurs sur la correspondance verbale entre "condamner" (accuser, faire des reproches, etc.: kata-gi[g]nôskô), dans "notre cœur [nous ?] condamne", et "connaître" (gi[g]nôskô), dans "Dieu connaît tout". La connaissance de soi (ou plutôt en soi, selon le sens de la construction au génitif), qui est le fait même de la "conscience", ne peut céder que devant une connaissance "supérieure", dans la mesure où celle-ci nous rejoint en-deçà de toute "conscience", à même l'expérience (en l'occurrence de "l'amour").
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MessageSujet: Re: pour en finir avec la conscience   Ven 06 Oct 2017, 11:07

Citation :
J'insiste par ailleurs sur la correspondance verbale entre "condamner" (accuser, faire des reproches, etc.: kata-gi[g]nôskô), dans "notre cœur [nous ?] condamne", et "connaître" (gi[g]nôskô), dans "Dieu connaît tout". La connaissance de soi (ou plutôt en soi, selon le sens de la construction au génitif), qui est le fait même de la "conscience", ne peut céder que devant une connaissance "supérieure", dans la mesure où celle-ci nous rejoint en-deçà de toute "conscience", à même l'expérience (en l'occurrence de "l'amour").


L’a­mour seul nous per­met de persuader notre cœur (notre conscience) devant Dieu (en nous exa­mi­nant sous son re­gard et en nous sou­met­tant à son ju­ge­ment) que si notre cœur nous condamne, Dieu est plus grand que notre cœur.
D’autres in­ter­prètes tra­duisent : Nous rassurerons notre cœur de­vant Dieu. Bien que le verbe grec puisse avoir le sens « d’a­pai­ser » (Matthieu 28.14), il est plus na­tu­rel de lui lais­ser ici sa si­gni­fi­ca­tion ha­bi­tuelle. L’au­teur sup­pose une sorte de dia­logue que nous avons avec notre cœur (Codex Sinaiticus, C portent nos cœurs), et dans le­quel nous cher­chons à le persuader.

Ceux qui tra­duisent, au verset 19 « nous ras­su­re­rons notre cœur », prennent la conjonc­tion la­quelle s’ouvre le verset 20 dans son sens cau­sal : « parce que, car, si notre cœur nous condamne, Dieu est plus grand que notre cœur ».
Mais, dans le texte grec, cette conjonc­tion est ré­pé­tée de­vant les mots : Dieu est plus grand ; or il est vrai­sem­blable que l’au­teur l’a em­ployée les deux fois dans le même sens, et une re­prise du que s’ex­plique mieux qu’une re­prise du parce que : « Nous per­sua­de­rons notre cœur que, — si notre cœur nous condamne, — que Dieu est plus grand que notre cœur ».

Pour évi­ter cette ré­pé­ti­tion de la conjonc­tion, beau­coup d’in­ter­prètes, de­puis Ben­gel, ont pro­posé de tra­duire, en dis­tri­buant au­tre­ment les lettres grecques du com­men­ce­ment de la phrase (dans les ma­nus­crits ma­jus­cules les mots ne sont pas sé­pa­rés par un in­ter­valle) : en quelque chose que notre cœur nous condamne, « nous le per­sua­de­rons que Dieu est plus grand », ou « nous le ras­su­re­rons, parce que Dieu est plus grand ». Cette tra­duc­tion, qui ne se jus­ti­fie pas en­tiè­re­ment au point de vue de la syn­taxe grecque, doit être re­je­tée, parce que la pro­po­si­tion pa­ral­lèle du verset 21 porte : « Si notre cœur ne nous condamne pas », et n’é­ta­blit au­cune dis­tinc­tion entre les su­jets de condam­na­tion.

Avec la tra­duc­tion que nous avons adop­tée, com­ment in­ter­pré­te­rons-nous la pen­sée de Jean ? Quelle est son in­ten­tion en nous in­vi­tant à nous persuader que Dieu est plus grand que notre cœur et qu’il sait toutes choses ?

Veut-il ag­gra­ver la condam­na­tion pro­non­cée par notre cœur, et nous ins­pi­rer un ef­froi sa­lu­taire en in­vo­quant la plus grande sé­vé­rité de ce Dieu qui sonde nos cœurs et nos reins et connaît nos fautes ca­chées (Psaumes 19.13 ; Psaumes 90.8) ?

Veut-il dire : Si notre cœur nous condamne, en nous convain­quant que nous n’a­vons point en­core le vrai amour (versets 18, 19), que nous ne sommes point réel­le­ment nés de Dieu ; si notre cœur, mal­gré ses illu­sions et son aveu­gle­ment na­tu­rel, ne peut pas se ras­su­rer devant Dieu, que sera ce du ju­ge­ment de Dieu, de ce Dieu plus grand, plus saint, plus Juste que notre cœur, et dont les yeux sont trop purs pour voir le mal (com­pa­rer 1 Corinthiens 4.4) ?

D’é­mi­nents in­ter­prètes, de saint Au­gus­tin et Cal­vin jus­qu’à Lücke, de Wette et Nean­der, ont ex­pli­qué ainsi la pen­sée de l’a­pôtre. Mais avec cette ex­pli­ca­tion, ad­mise dans nos pré­cé­dentes édi­tions, il est dif­fi­cile de com­prendre l’en­chaî­ne­ment des idées.
Jean nous a mon­tré dans l’a­mour fra­ter­nel un signe au­quel nous reconnaîtrons que nous sommes de la vérité (verset 19) dé­but du ver­set, qui nous per­met­tra d’ac­qué­rir, en consul­tant notre cœur, l’as­su­rance de notre sa­lut ; et il vien­drait aus­si­tôt après dé­truire cette as­su­rance en évo­quant la pen­sée d’un Dieu plus sé­vère que notre cœur ?

Et com­ment pour­rait-il conti­nuer, au verset 21, en di­sant : « Si notre cœur ne nous condamne pas, nous avons de l’as­su­rance de­vant Dieu » ? L’ab­so­lu­tion que nous donne notre cœur ne si­gni­fie­rait rien, si le ju­ge­ment de Dieu est plus ri­gou­reux que le sien.
Le contexte nous oblige ainsi à re­con­naître, avec Lu­ther, Ben­gel et la plu­part des in­ter­prètes contem­po­rains, que l’a­pôtre en ap­pelle à la mi­sé­ri­corde de Dieu, qui est in­fi­ni­ment plus grande que celle des hommes (2 Samuel 24.14), et qui sur­passe même les pen­sées de notre cœur (Ésaïe 55.7-9).
Ou plus exac­te­ment en­core, ce que Jean in­voque, c’est la toute science de ce Dieu de­vant le­quel nous avons à nous exa­mi­ner. Il la dé­signe ex­pres­sé­ment, quand il dit : « Dieu est plus grand que notre cœur et il connaît toutes choses ».

Ces der­niers mots pré­cisent la pen­sée de l’au­teur ; ils montrent en quoi consiste la gran­deur de Dieu, qu’il vient de rap­pe­ler (Weiss). Dieu est plus grand que notre cœur en ce qu’il connaît toutes choses.
Notre re­gard est borné : le mo­ment pré­sent existe seul pour nous. Quand nous ve­nons de com­mettre une faute, nous ne voyons qu’elle ; le re­mords qu’elle nous cause nous fait dou­ter de notre re­lè­ve­ment et de notre sa­lut fi­nal, nous ou­blions les dé­li­vrances dont nous avons été l’ob­jet, les grâces re­çues.
Dieu connaît toutes choses, notre vie en­tière est dé­cou­verte de­vant lui. Il sait les ori­gines de notre foi, de notre amour, puis­qu’il les a créés dans notre cœur. Il voit com­ment nous sor­ti­rons des dif­fi­cul­tés, des ten­ta­tions dans les­quelles nous nous dé­bat­tons et qui nous déses­pèrent, puisque c’est « en lui, qui nous a ai­més, que nous sommes plus que vain­queurs » (Romains 8.37).

https://www.levangile.com/Bible-Annotee-1Jean-3-Note-1.htm
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MessageSujet: Re: pour en finir avec la conscience   Ven 06 Oct 2017, 12:12

J'avais oublié de signaler dans la traduction cette hésitation de lecture -- difficulté à la limite du "textuel", puisque ce sont deux façons de lire le même texte, tel qu'il est écrit dans les plus anciens manuscrits, en majuscules et sans espace: OTI -> hoti = que, parce que OU ho ti, que, en quoi, de quelque chose ou en quelque manière (que le cœur nous condamne ou que notre cœur condamne... il y a d'ailleurs aussi dans cette proposition une autre variante "mineure", au moins quant à l'attestation, avec une négation: ne condamne pas).

Entre les variantes du texte grec écrit, de sa "lecture" au sens le plus matériel (déchiffrage ou "décompression" du bloc graphique en mots séparés, accentués et ponctués), de son analyse grammaticale et logique, de sa traduction ou de son interprétation (ces différents éléments étant en constante interaction: c'est aussi en fonction de ce qu'on comprend ou croit comprendre qu'on "choisit" un texte, une lecture, une analyse plutôt qu'un[e] autre, ou même qu'on le/la discerne d'un[e] autre), il y a, dans le détail de chaque phrase, des tas de parcours possibles, ou l'on peut hésiter à chaque pas; et pourtant ces différences s'annulent ou se recyclent dans la plupart des cas, grâce au tour cyclique de la pensée "johannique" (en particulier): qu'on passe par un chemin ou par un autre, il y a toujours un peu plus loin un moment où les chemins se recroisent et où "ça revient au même", dans le cours plus long de la lecture.

Ce qui fait la "vertu" ("spirituelle", pédagogique, mystagogique, ou psychothérapique) d'un texte -- son "pouvoir" de changer quelque chose, de faire passer d'un état à un autre, y compris d'une conviction à une autre -- réside peut-être moins dans ce qu'il dit exactement que dans sa façon de le dire: c'est un pouvoir affectif d'attraction et de distraction, de séduction et de reconduction, qui rejoint et accompagne une pensée qui tourne en rond pour la faire dévier insensiblement de sa course, de façon tangentielle au départ, et non sans continuer de tourner en rond un peu autrement. Comme une litanie ou un mantra qui déplace subtilement les choses par sa répétition même. Ou la monotonie apaisante d'une berceuse. N'en déplaise à Pascal, il y a aussi une vertu au "divertissement", quand celui-ci détourne de l'entertainment, de l'entretien obsessionnel du même.

On ne rassure pas une angoisse sans la confirmer et même l'aggraver. Dans la doctrine johannique de "l'amour" il y a des choses infiniment plus inquiétantes que dans une morale ou un légalisme banal -- a-t-on jamais assez aimé, peut-on se tenir pour quitte de l'amour ? On est encore moins "tranquille" avec ça qu'avec la règle la plus contraignante. Remplacer l'exigence de la loi ou de la justice par celle de l'amour, ce n'est que très superficiellement et provisoirement "rassurant"; à peine y réfléchit-on que l'inquiétude devient abyssale et incurable. Mais la dramatisation fait partie de la "thérapie" dans la mesure où elle déplace les choses: on passe d'un "souci" à un autre, et le "souci" se relativise de ce déplacement. Dans les histoires qu'on raconte aux enfants il y a aussi des choses terrifiantes, qui seraient "traumatisantes" si dans ce mal il n'y avait un autre bien, l'assurance berçante de la répétition de l'histoire et de ses imperceptibles variantes, et "l'amour" qui se dit et se redit jusque dans ses "contraires"... (Cf. la conclusion de La belle et la bête, version Cocteau: "J'aime avoir peur, avec vous !")

Voir aussi ceci.
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MessageSujet: Re: pour en finir avec la conscience   Mar 10 Oct 2017, 00:17

free a écrit:
"car si notre cœur nous condamne, Dieu est plus grand que notre cœur et il connaît tout."

J'avoue que ce fût l'un des textes bibliques qui m'apporta le plus de réconfort pendant ma période TdJ. Les incitations à faire régulièrement notre examen de conscience dans le contexte de Hé 4,13 ("Il n'est pas de création qui échappe à son regard : tout est mis à nu et offert aux yeux de celui à qui nous devons rendre compte.") me torturaient et me tourmentaient, car cet examen de conscience s'assimilait à un jugement, ou j'étais à la fois le juge et le bourreau. Je déplorais de ne pas être à la hauteur de la morale biblique, d'être celui que j'étais, de penser comme je le faisais, de ressentir certaines émotions et d'éprouver certains désirs. Le sentiment de culpabilité est presque toujours présent, lancinant et écrasant.

L'expression, "il connait tout", me semble positive et non intrusive (Dieu nous épie), il connaît nos limites, nos faiblesses et notre fragilité.  Or l'examen de conscience (surtout dans un contexte chrétien fondamentaliste), c'est invoquer notre Moi-idéal, qui inévitablement va condamner la personne "ordinaire" que nous sommes. 


Un Dieu voyeuriste, intrusif, abusif ne peut être que casse couilles. La bonne nouvelle c'est qu'il n'existe pas, mais ça ne veut pour autant pas dire que l'amour est une illusion et que le référentiel (réfère en ciel), n’existe pas, le cadre ouvert par excellence.

C’est le principe du guérir (gai rire).
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MessageSujet: Re: pour en finir avec la conscience   Mar 10 Oct 2017, 09:53

Nous utilisons de nombreuses expressions qui se réfèrent à la conscience sans que cela se réfère à la spiritualité.

Par exemple nous pouvons perdre conscience; nous sommes conscients de nos responsabilités, Nous n'avons plus conscience de la difficulté de...

Il n'est donc pas interdit d'imaginer que des hommes voulant justifier une croyance en une entité supérieure aient utilisé ce mot "conscience" pour que les humains demeurent soumis à leur autorité puisqu'elle venait de plus haut et cela ils (les humains impures et pêcheurs) devaient bien en être conscient.
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MessageSujet: Re: pour en finir avec la conscience   Mar 10 Oct 2017, 09:58

Le gaffeur distancié a écrit:
Un Dieu voyeuriste, intrusif, abusif ne peut être que casse couilles
Qu'il soit ou non presbyte, d'ailleurs -- à force de regarder, de trop loin ou de trop près, depuis trop longtemps.

A lire ou à relire.

@lct: malgré mon titre un peu provocateur, les textes que j'ai présentés ici (et les écrits johanniques en général) ne parlent pas de "conscience" (mais de "cœur", je ne reviens pas sur l'usage "biblique" de ce mot, et ses connotations différentes en hébreu et en grec). De la "conscience", par contre, il y en a bien (sun-eidesis <=> con-scientia) dans d'autres textes du NT, chez "Paul" d'abord (Corinthiens-Romains) puis dans les textes les plus "ecclésiastiques" (Actes, Pastorales, 1 Pierre). Ce n'est pas d'hier que le mot-clé de "l'autonomie morale" (par quoi chacun déciderait et agirait "selon sa conscience") se révèle l'instrument idéal de "l'hétéronomie" (la loi de l'autre intériorisée par chacun comme si c'était la sienne; cf. la "nouvelle alliance" de Jérémie 31, inscrite dans les "cœurs" comme la loi idéale, mais qui est aussi bien, par sa structure, l'idéal de la tyrannie). Voir aussi ici.
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MessageSujet: Re: pour en finir avec la conscience   Jeu 19 Oct 2017, 09:48

Citation :
A lire ou à relire.


Cependant — il fallut qu’il mourût : il voyait avec des yeux qui voyaient tout, — il voyait les profondeurs et les abîmes de l’homme, toutes ses hontes et ses laideurs cachées.
Sa pitié ne connaissait pas de pudeur : il fouillait les replis les plus immondes de mon être. Il fallut que mourût ce curieux, entre tous les curieux, cet indiscret, ce miséricordieux.
Il me voyait sans cesse moi ; il fallut me venger d’un pareil témoin — si non cesser de vivre moi-même.
Le Dieu qui voyait tout, même l’homme : ce Dieu devait mourir ! L’homme ne supporte pas qu’un pareil témoin vive. »


Citation :
Ce n'est pas d'hier que le mot-clé de "l'autonomie morale" (par quoi chacun déciderait et agirait "selon sa conscience") se révèle l'instrument idéal de "l'hétéronomie" (la loi de l'autre intériorisée par chacun comme si c'était la sienne; cf. la "nouvelle alliance" de Jérémie 31, inscrite dans les "cœurs" comme la loi idéale, mais qui est aussi bien, par sa structure, l'idéal de la tyrannie). Voir aussi ici.



"Quant à ta dernière question, je ne vois pas de contradiction de principe entre l'autorité divine (toujours plus ou moins médiatisée par une autorité religieuse, ne fût-ce que sous la forme du livre ou de la tradition) et l'usage de la "conscience". On peut dire que la transcendance complique la conscience en démultipliant le jeu de miroirs (je me regarde, Dieu me regarde, je me regarde sous le regard de Dieu qui me regarde me regarder !); mais même dans une "conscience athée" il y a de la transcendance -- je me regarde comme un dieu (juge) me regarderait -- et je ne suis pas sûr que ça change grand-chose. Cela dit il peut y avoir conflit entre la conscience morale et l'autorité divine, mais c'est plutôt un problème "moderne": cf. la lecture que Kierkegaard fait du sacrifice d'Isaac, où l'ordre de Dieu à Abraham s'oppose à la "conscience" morale de celui-ci (comme le "religieux" à l'"éthique", cf. nos échanges précédents). Bien entendu, cette problématique-là est tout à fait absente du récit de la Genèse, qui n'a rien de "moral".

Comme je doute que tout cela réponde à tes préoccupations, je vais redire ce que j'ai souvent dit à propos de l'usage particulièrement "tordu" (selon moi) de l'appel à la "conscience" par la Watchtower. D'abord il est ambigu: dans certains cas (p. ex. les transfusions), "agissez selon votre conscience" ça veut dire: faites exactement ce qu'on vous dit de faire mais prenez-en l'entière responsabilité, ne venez pas dire ensuite que vous l'avez fait parce qu'on vous a dit de le faire, même si c'est vrai ! Dans d'autres cas (p. ex. les dérivés sanguins "autorisés"), ça veut dire: vous avez effectivement le choix, faites ce que vous voulez mais sachez que vous décidez sous le regard de Dieu qui vous regarde décider, et que si vous n'êtes pas convaincus de bien faire il vous jugera, non parce que "c'était mal", mais parce que vous n'étiez pas convaincus que "c'était bien". Dans les deux fonctions de la même formule, l'autorité religieuse se décharge sur la "conscience" individuelle de sa responsabilité d'interdire catégoriquement ou d'autoriser sans réserve. Il y a là deux formes de lâcheté: envers les hommes (autorités "profanes"), lorsqu'elle interdit effectivement et n'assume pas la responsabilité (juridique) de l'interdiction; envers Dieu, quand elle autorise effectivement et n'assume pas (devant Dieu) la responsabilité de l'autorisation. Dans ce dernier cas l'effet psychologique sur les "consciences faibles" au sens paulinien, c.-à-d. les plus scrupuleuses, peut être dévastateur: ou bien le scrupuleux agira effectivement selon sa conscience (p. ex. refusera un traitement médical "laissé à sa conscience" par l'organisation, et en subira les conséquences sans que celle-ci y soit pour rien), ou bien il la violera et portera seul tout le poids de sa culpabilité morale. Sans compter que la culture de l'ambiguïté favorise (si l'on peut dire) les "consciences faibles": quand la même formule ("agir selon sa conscience") signifie tantôt une interdiction formelle, tantôt une autorisation conditionnelle, celui qui s'y perd un peu dans ce jeu sémantique aura tendance à se replier sur la seule position qui lui paraîtra religieusement sûre: quand on me dit que tel acte est laissé à ma conscience, le plus sûr est de m'en abstenir..."
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MessageSujet: Re: pour en finir avec la conscience   Jeu 19 Oct 2017, 12:04

Spectacle (à la fois, tour à tour, alternatif et permanent) du spéculaire et du spectral :

Cycle A (auto-hétéro-réflexif, sous le signe du miroir, speculum; "narcissique" si l'on veut): je me regarde comme un autre, comme je regarderais un autre et comme un autre me regarderait, je me connais, je me juge, je m'approuve ou je me réprouve, je m'admire ou je me méprise, je m'acquitte ou je me condamne, du jugement même de l'autre, approprié, assimilé, intériorisé, anticipé, répété à tous les sens du terme.

Cycle B (hétérautontologique, hospitalier et hostile au sens multiple de l'hôte, host, guest, ghost etc., possession et dépossession, invasion ou évasion, aliénation, hantise): l'autre est en moi, je suis en l'autre, je suis l'autre même et l'autre du même, toute identité réflexive vole en éclats dans une spectralisation générale, le fantasme, le fantôme ou le revenant de l'autre brise le miroir du même et s'installe à sa place, qui a toujours été la sienne.

Les textes de la Première de Jean que j'ai évoqués ici se situent, me semble-t-il, au point de passage de A à B: il y a changement, rupture, ouverture, solution, guérison, soulagement, libération, délivrance, élargissement du cercle réflexif et fermé de la "conscience" et de l'"identité" dans l'irruption ou l'éruption de "l'amour", qui fait tourner autrement le rapport du même et de l'autre. Mais, dans toute l'ambiguïté de la relève, cet autre du cycle est un autre cycle qui le prolonge en même temps qu'il le déplace. En même temps et tour à tour, à chaque fois une fois pour toutes.

C'était la pointe d'ironie sous-entendue dans mon titre: on n'en finit pas d'en finir (avec la conscience comme avec quoi que ce soit). On tourne toujours en rond, mais qu'il y ait plus d'une manière de tourner en rond, ce n'est déjà pas si mal.

Image trop facile, comme toutes les images, d'un signe 8 (ou "infini", à l'horizontale), où le tour du trait change de sens, dans un sens, sans changer de sens, dans un autre sens, en revenant sur lui-même ou presque, avec dans ce "presque" la réserve d'une infinité de décalages, de rotations et de variations possibles. Du même pourtant, dont la figure se ferme et ne se ferme pas du tout, s'il y a là le jeu d'un "presque".

"L'amour" qui "prend la tangente" et se détourne du cercle-vicieux-vertueux de la "mauvaise conscience" y retourne à coup sûr, dès lors qu'il est capté à son tour -- il l'est toujours déjà -- par la conscience réflexive: je suis infiniment plus coupable, plus responsable, plus redevable et plus impardonnable devant une "loi de l'amour" (principe tyrannique par excellence, retour à la grande trouvaille lexico-affective des rois d'Assyrie) que devant n'importe quelle autre loi; et seul l'amour pourrait désormais me dégager ou m'acquitter, provisoirement et dans une ambiguïté vertigineuse, de sa propre "loi", de son propre "devoir", de sa propre "dette" -- ce qu'en même temps il ne peut plus.
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MessageSujet: Re: pour en finir avec la conscience   Ven 20 Oct 2017, 14:05

D’après la Bible...
Le sentiment de culpabilité est-il toujours néfaste ?

NOMBREUX sont ceux qui réprouvent le sentiment de culpabilité. Ils sont de l’avis du philosophe allemand Friedrich Nietzsche, qui a dit : “ C’est une maladie, la mauvaise conscience, [...] la plus effroyable maladie qui ait jusqu’ici fait rage en l’homme. ”

Le sentiment de culpabilité peut avoir du bon

Le sentiment de culpabilité peut s’avérer bénéfique sous au moins trois aspects.

Premièrement, il montre que nous n’ignorons pas les principes admis et que notre conscience est en éveil (Romains 2:15). En fait, l’absence de sentiment de culpabilité est une menace pour la société, comme le souligne un ouvrage publié par l’Association psychiatrique américaine. Ceux qui ont une conscience souillée ou insensible ont du mal à faire la différence entre le bien et le mal. Cela peut être dangereux. — Tite 1:15, 16.

Deuxièmement, une conscience coupable peut nous empêcher de commettre une action indésirable. Tout comme une douleur physique est le symptôme d’une éventuelle maladie, la douleur émotionnelle liée à un sentiment de culpabilité nous signale qu’un problème moral ou spirituel est à prendre en compte. Une fois conscients de notre faiblesse, nous souhaitons éviter de nous faire du mal et d’en faire à ceux que nous aimons ou à d’autres. — Matthieu 7:12.

Troisièmement, avouer ses torts peut aider à la fois le coupable et la victime. Le roi David, par exemple, a éprouvé un sentiment de culpabilité mêlé d’une extrême angoisse. “ Lorsque j’ai gardé le silence, écrivit-il, mes os s’usaient dans mon gémissement tout au long du jour. ” Mais ayant fini par confesser son péché à Dieu, il a déclaré dans un chant d’allégresse : “ Tu m’entoureras de cris de joie : ceux qu’on pousse quand on vous fait échapper. ” (Psaume 32:3, 7). La victime peut même être soulagée si le coupable avoue sa faute, car elle a l’assurance qu’il l’aime suffisamment pour regretter de lui avoir causé une telle souffrance. — 2 Samuel 11:2-15.

https://wol.jw.org/fr/wol/d/r30/lp-f/102002169#h=2
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MessageSujet: Re: pour en finir avec la conscience   Ven 20 Oct 2017, 15:33

Il est toujours plaisant de voir la Watch citer Nietzsche (un contemporain de Russell après tout, ça fait rêver); même a contrario.

Il y a du vrai là-dedans, bien sûr. Et même si l'ironie est en partie accidentelle, l'idée d'un "sentiment de culpabilité" réprouvé résume à elle seule tout le problème: s'il ne faut pas se sentir coupable, alors, immanquablement, on va se sentir coupable de se sentir coupable -- on ne retombe même pas dans le cycle "spéculaire" de la "conscience" (A), on n'en est jamais sorti.
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MessageSujet: Re: pour en finir avec la conscience   Lun 30 Oct 2017, 20:37

La liquidation, c'est cool et s'écoule de bon sens.
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MessageSujet: Re: pour en finir avec la conscience   Lun 30 Oct 2017, 23:34

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MessageSujet: Re: pour en finir avec la conscience   Sam 04 Nov 2017, 13:44

Par liquidation, j’entendais plutôt déblocage.

Quand on débloque, ça peut paraître un peu fou, mais le délire est souvent porteur de vérité, et peut amorcer un processus de guérison, voire de gaie raison.
Quand on a le dos bloqué, la manipulation du kiné peut faire un peu de mal, mais au final c’est, souvent, un petit mal pour un grand bien. Cela rejoint un peu l’idée de faire le grand saut (le grand sot même) de se jeter à l’eau, de prendre l’initiative.
Quand on a subi l’oppression d’organisations ou de personnes sur conditionnantes, intrusives, abusives, qui n’ont jamais instauré de limites dans la violation de notre intimité, de notre espace mental, le seul moyen de se survivre c’est alors le rapport de forces pour imposer la limite qu’ils n’ont jamais su mettre.
Dieu serait amour, mais alors il est sacrément gonflé de nous le retirer son amour, pour avoir fait l’usage d’une liberté que ses représentants attitrés prétendaient nous reconnaître. Nous sanctionner pour l’usage de la liberté qu’il affirmait nous reconnaître, c’est tout le contraire de l’agapé, qui est plutôt de l’atapé.
Si en plus on y ajoute le côté absolutiste, du genre on joue notre vie sur un coup, on ne peut alors que redouter quand quelqu’un veut s’approcher de nous, car cela réveille la peur du re-proche.

On peut ainsi avoir peur de vivre intensément avec quelqu’un car cela signifierait la coupure de la symbiose une fois la charge de tension abaissée (un-temps-s’aimant).
Alors parfois on prend comme substitut, comme ersatz, une relation où on cherche à tout prix à éviter l’inévitable : la crise, la rupture de la symbiose, en réalité souvent larvée.
La crise de conscience est alors une prise de conscience de notre séparation irréductible et que l’union avec l’autre est un choix de notre part, bien que parfois l’amour (à défaut de celui de Dieu) nous oblige, tout en sachant que la vie est une psychodynamique avec de nécessaires replis vers soi.
Cependant, temporisation ne signifie pas abandon, fin d’un échange ne signifie pas rupture de la relation.
On peut confondre drogue et médicament si on met sur un plan d’équivalence, le léger mal que peut faire le médicament (par exemple, le fervex a tendance à provoquer une somnolence temporaire, mais le rhume lui en est terrassé) en vue d’une meilleure santé, et l’euphorie temporaire d’une drogue qui finit pas nous empoisonner (pas besoin d’être un crack pour le comprendre).
La violence qui pourrait faire passer la séparation de corps et de tête pour une coupure, consiste davantage en celle où les deux parties se considèrent comme étanches aux liquidations mutuelles auxquels chacun peut faire accéder l’autre, comme si l’autre ne pouvait être qu’un monolithe noir qui incite à l’écrasement de l’autre comme dans 2001, l’Odyssée de l’espace. Il fait chier ce monolithe, et en réalité se défend contre sa propre fragmentation menaçante.
Le terrain d’entente ouvre la voie à de nouveaux horizons, de nouveaux chemins pour d’autres terrains de jeux (et pas forcément que de je).

Rester dans sa tête peut comporter une forme de mal pour l’autre car cela peut introduire un inévitable désaccord de points de vue en fonction de nos positions respectives si on n’en bouge pas beaucoup, mais un petit mal pas méchant si on est ouvert à comprendre en quoi l’autre qui reste dans sa tête, elle aussi ouverte (c’est pour ça d’ailleurs que notre tête comporte des orifices, et que pour autant les limites de notre cerveau restent avant tout celles de notre boîte crânienne), peut nous apporter beaucoup.
C’est tout l’inverse des dialogues de sourds où l’autre est introjecté de façon figée comme symbolisant un caractère, sans jamais se connecter à lui.
Pourtant, il est tout à fait possible de se connecter à l’autre sans perdre son sens de la réalité, car personne n’est à 100% ou 0% tant qu’il est vivant, et c’est notamment le langage (l’engage) agit comme médiateur pour la compréhension mutuelle.



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