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 de l'à-venir

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Narkissos

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MessageSujet: de l'à-venir   Dim 22 Oct 2017, 16:48

Béni celui qui vient (ho erkhomenos) au nom du Seigneur (Marc 11,9 // Matthieu 21,9; 23,39 // Luc 13,35; 19,38 // Jean 12,13; cf. Psaume 117/8,25ss).

Et ils verront le Fils de l'homme venant (erkhomenon) dans les nuées avec grande puissance et gloire (Marc 13,26 // Matthieu 10,23; 16,27; 19,28; 24,30s; 25,31; 26,64 et //, cf. Daniel 7,13s).

Es-tu celui qui vient (ho erkhomenos), ou devons-nous en attendre un autre ? (Matthieu 11,3 // Luc 7,19s; cf. Jean 6,14; 11,27; cf. aussi, concernant Elie "qui vient", Marc 9,11ss // Matthieu 17,10ss, d'après Malachie 3,23s).

Celui qui est, qui était et qui vient (mot-à-mot l'étant, l'était et le venant, ho erkhomenos, Apocalypse 1,4.8; 4,8; cf. 11,7; 16,5; cf. Exode 3,14ss; Isaïe 41,4 etc.).

Je note ici ces quatre extraits et quelques autres références (qui en appelleraient, de proche en proche et en suivant de nombreuses ramifications, des dizaines et des dizaines d'autres) en marge, en écho ou en contrepoint "biblique" d'une réflexion plutôt, disons, "philosophico-politique", que je ne veux pas importer ni poursuivre ici pour autant; parce qu'ils me semblent bien assez intéressants par et pour eux-mêmes.

Au premier coup d'œil il apparaît déjà que la figure, si l'on peut dire, de "celui-qui-vient" provient et revient de nombreuses provenances, ou revenances, qui se confondent à l'arrivée dans une seule et même venue éventuelle, s'il vient et quand il vient, toujours inattendu si attendu qu'il soit.

Sait-on jamais (ce) qui vient, quand ça vient ?
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MessageSujet: Re: de l'à-venir   Mer 25 Oct 2017, 12:01

Le futur n'est pas l'à-venir.

Il ne faut pas confondre l'à-venir et le futur. Comme le passé, le futur est un présent décalé dans le temps, tandis que l'à-venir est un événement imprévisible, irréductible à quelque présent que ce soit. Même s'il le déforme, le futur prolonge et répète un passé, tandis que l'à-venir est une expérience qui s'ouvre à partir d'une archive à lire et interpréter - chaque fois de manière unique, nouvelle. La mémoire mobilisée n'est pas la même. Dans le cas du futur, elle restitue un passé, tandis que dans l'autre cas c'est l'ouverture d'une différence qui se projette vers un avenir inconnu. Mais l'incertitude a un prix : cet avenir n'est pas anticipable, il se présente à nous comme menace, danger - voire monstruosité.
L'imprévisibilité de l'avenir est le sens même de la liberté. Il n'y a du libre que là où ce qui vient est hétérogène, excède mes calculs. Une telle pensée ne peut advenir sans un retrait du moi.
 
Messianicité.

Un avenir programmé, déterminé, fixé à l'avance, ne serait pas un à-venir, ce serait au contraire l'annulation de l'avenir, le mal radical. A ce mal radical s'oppose la promesse messianique, sans contenu, doublement indéterminée : aucun savoir ne permet de calculer sa venue; aucun horizon d'attente ne permet de l'anticiper. Cet abyme, hétérogène à tout ce que nous connaissons aujourd'hui, Derrida l'appelle messianique sans messianisme, ou messianisme sans contenu.
Dans toute promesse, il y a une part d'inconnu, de secret. Pour laisser ouverte l'ouverte de l'à-venir, il faut aussi garder le secret.

https://www.idixa.net/Pixa/pagixa-0511101524.html
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Narkissos

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MessageSujet: Re: de l'à-venir   Mer 25 Oct 2017, 12:38

Ce site (Internet) que j'ai déjà cité est décidément très bien fait -- il ne se substitue pas à la lecture des textes de Derrida, peu résumables et encore moins systématisables, mais au contraire y invite.

A titre d'éclaircissement supplémentaire, "futur" vient du latin futurus qui est tout simplement le participe... futur du verbe esse, "être"; c'est de ça que se distingue, sans pouvoir complètement se distinguer, l'à-venir (même rupture, d'ailleurs, dans le développement-traduction-paraphrase d'Exode 3 dans l'Apocalypse, "celui qui vient" au lieu de "celui qui sera", qui serait la suite "logique" de "celui qui est et qui était").

Je précise d'ailleurs que mon introduction à ce fil était (en partie) sincère: une réflexion sur "l'à-venir" peut être menée sur les seuls textes "bibliques", sans référence à des textes "philosophiques" (tant mieux s'ils se recoupent ici et là).
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MessageSujet: Re: de l'à-venir   Mer 25 Oct 2017, 20:07

J'étais occupé ces 2 derniers jours avec ma petite fille de 14 ans et j'ai eu d'excellentes conversations avec elle. Tout l'intéresse particulièrement le passé ou plutôt les civilisations passées. Je n'ai donc plus/pas eu la force de répondre aux derniers messages que vous avez laissés.

Demain la petite dernière de la famille (8 mois) vient passer une journée chez nous. De la joie mais aussi un peu de fatigue.

Je serai plus présent la semaine prochaine.
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MessageSujet: Re: de l'à-venir   Mer 25 Oct 2017, 20:39

Tant mieux, tant mieux -- et pour ces moments heureux, et pour l'espoir de te lire plus abondamment plus tard !

Soit dit en passant, c'est exactement sur le modèle de la "visite" (familière, familiale, amicale, étrangère ou hostile, attendue, prévue, inopinée ou intempestive, désirée ou redoutée, accueillie ou repoussée, etc.) que Derrida entend l'"à-venir" -- ce qui fait résonner bien des cordes "politiques" (questions des migrations et du droit d'asile, des frontières, de l'Etat, de la citoyenneté et de la souveraineté, p. ex.) et aussi "bibliques" (de l'"hospitalité" des Patriarches de la Genèse aux venues discrètes -- je me tiens à la porte et je frappe -- ou spectaculaires du Christ dans l'Apocalypse). Et bien sûr dans ce(lui) qui vient il y a toujours du "revenant" et du "futur du passé".
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MessageSujet: Re: de l'à-venir   Jeu 26 Oct 2017, 10:22

Je trouve que l'expression, "Celui qui est, qui était et qui vient", souligne  que le temps n'en finit plus de se décomposer, le Messie a toujours était là, il est là et il doit venir. C'est donc un Messie qu'on n'attend pas, puisqu'il est, "celui qui est" et en même temps, il est celui "qui vient", donc le futur est là, il est présent.
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MessageSujet: Re: de l'à-venir   Jeu 26 Oct 2017, 11:59

A priori ce n'est pas un titre (ou sur-nom) du "messie", mais de "Dieu" -- à partir de la traduction grecque d'Exode 3,14, 'hyh 'šr 'hyh -> egô eimi ho ôn = "moi je suis l'étant <=> celui qui est", présent qui se déploie en passé et futur aussi dans la tradition rabbinique, "celui qui est, était et sera": mais, dans cette séquence, le changement du futur du verbe être en présent du verbe venir ("vient" au lieu de "sera") introduit dans la conjugaison immuable et éternelle de l'"être" divin une sorte de fin ou de "chute" eschatologique, en même temps qu'une notion d'imminence. Celle-ci peut être comprise de façon purement théologique (dans les théophanies ou prophéties de l'AT, c'est souvent Yahvé qui "vient", pour châtier et/ou pour sauver, notamment au "jour de Yahvé"), mais elle coïncide aussi avec toutes les figures eschatologiques ("celui qui vient", c'est "le messie" -- l'"oint" royal ou sacerdotal, mais ultime -- mais encore "Elie" ou "le Fils de l'homme", par exemple). Il y a dans la formule même une confusion potentielle de toutes les figures, divines et humaines, de "celui qui vient".
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MessageSujet: Re: de l'à-venir   Ven 03 Nov 2017, 17:43

Comment définir le messianisme juif ?

Ce qui le caractérise, c'est sa conception de l'attente « vécue comme une tension entre l'accompli et l'inaccompli, entre le passé et l'à-venir », explique David Banon. Il y a dans le messianisme juif « une exigence d'absolu qu'aucune réalité historique ne pourra satisfaire ». Par essence, il est « aspiration à l'impossible », « espérance », et requiert « un perpétuel dépassement ». Pour le judaïsme, l'homme doit parachever l'œuvre des six jours de la Création, la conduire « à la rédemption soudaine ou progressive de l'humanité », à la réconciliation ultime de Dieu et de son peuple. Les Juifs doivent œuvrer pour que celle-ci advienne, « que les exilés soient rassemblés, que les Juifs retrouvent leur souveraineté sur la terre d'Israël, que les nations tournent leurs yeux vers Sion afin que la justice règne sur le monde, cette justice formant ultimement le contenu le plus propre du messianisme ».

https://www.la-croix.com/Archives/2014-02-01/L-attente-du-Messie-chez-les-Juifs.-L-attente-du-Messie-chez-les-Juifs-2014-02-01-1099812
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MessageSujet: Re: de l'à-venir   Ven 03 Nov 2017, 18:35

Rappel (fréquent mais important): le "judaïsme" dont il est question ici est le judaïsme rabbinique qui prolonge directement, après la destruction du Temple, le judaïsme pharisien de la période immédiatement antérieure, tout en se précisant par opposition au christianisme émergent. Dans le "judaïsme" du Second Temple, et a fortiori "biblique" (au sens de la Bible juive ou de l'AT chrétien), le "messie" est tout sauf un consensus. Il n'y a pas de "messie" chez les sadducéens parce qu'il n'y a pas d'"eschatologie" (ni fin du monde ni monde à venir), ni chez Philon d'Alexandrie, il y en a apparemment plusieurs à Qoumrân (royal et sacerdotal). Et il y a des figures qui jouent un rôle eschatologique sans correspondre au départ à la définition d'un "messie" (= prêtre ou roi "oint" rattaché à Juda/David ou à Lévi/Aaron), mais qui peuvent être confondues avec "le messie": Adam, Hénoch, Melchisédeq, Moïse, Elie, le Fils de l'Homme...

Le concept de "messianicité sans messianisme" chez Derrida (voir supra) se construit en partie sur un héritage "juif" (rabbinique), qui a marqué son enfance (algérienne et sépharade), mais bien davantage sur un héritage chrétien et post-chrétien: quand il parle p. ex. d'un messie qui pourrait bien être déjà venu (idée "chrétienne" s'il en est) ou ne jamais venir (idée "hérétique" tant au regard du "judaïsme" susmentionné que du christianisme). Restent du "messianisme" la dimension de l'attente et du désir au-delà de tout horizon prévisible, et le sentiment d'urgence et d'imminence lié à une exigence d'"hospitalité" ambiguë: ce(lui) qui vient peut toujours être ce(lui) qui arrive et se présente, qui frappe à la porte ou fait irruption, ici maintenant, sans préjudice de son identité, de son apparence ou de ses intentions.
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MessageSujet: Re: de l'à-venir   Mar 07 Nov 2017, 16:39

Citation :
Restent du "messianisme" la dimension de l'attente et du désir au-delà de tout horizon prévisible, et le sentiment d'urgence et d'imminence lié à une exigence d'"hospitalité" ambiguë: ce(lui) qui vient peut toujours être ce(lui) qui arrive et se présente, qui frappe à la porte ou fait irruption, ici maintenant, sans préjudice de son identité, de son apparence ou de ses intentions.

Le croyant existe à travers cette attente, entourait de mystère, d'inconnu et imprévisible (on ne connait ni le jour, ni l'heure, il faut veiller, attendre et être prêt à accueillir). Paradoxalement, il y a dans cette attente, impatience et patience (parce que la venue attendue n'arrive pas et pourtant elle imminente). J'attends, donc j'existe.


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MessageSujet: Re: de l'à-venir   Mar 07 Nov 2017, 16:56

Par coïncidence, j'entendais hier soir le commentaire du cinéaste hongrois Béla Tarr (réputé pour ses films d'une lenteur extrême et d'une sobre beauté visuelle) sur son film L'homme de Londres, d'après un roman de Simenon. Il disait (en substance, je le mets à ma sauce): je n'aime pas raconter des histoires, je n'aime pas les films où il se passe toujours quelque chose alors que dans la vie il ne se passe rien, ou si peu. Mais on attend toujours l'extraordinaire qui changera tout (ce qui m'a fait penser au "roman" assez stupéfiant dans le même genre, parce qu'il ne s'y passe rien, de Maurice Blanchot, L'attente l'oubli).
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MessageSujet: Re: de l'à-venir   Mar 07 Nov 2017, 17:06

Espérer ne relève pas à proprement parler d'une attente, espérer consiste à faire crédit au possible, espérer revient également à faire l'épreuve de la contingence et de l'incertitude.


  [url=https://books.google.fr/books?id=CFoxDwAAQBAJ&pg=PA36&lpg=PA36&dq=l'attente+et+l'%C3%A0+venir&source=bl&ots=EwiWxNlASx&sig=6-pH3haei_zC4_107w5JA6xWgmg&hl=fr&sa=X&ved=0ahUKEwjzhdD6xKzXAhULWhoKHbymBscQ6AEIPTAG#v=onepage&q=l'attente et l'%C3%A0 venir&f=false[/url]https://books.google.fr/books?id=CFoxDwAAQBAJ&pg=PA36&lpg=PA36&dq=l'attente+et+l'%C3%A0+venir&source=bl&ots=EwiWxNlASx&sig=6-pH3haei_zC4_107w5JA6xWgmg&hl=fr&sa=X&ved=0ahUKEwjzhdD6xKzXAhULWhoKHbymBscQ6AEIPTAG#v=onepage&q=l'attente%20et%20l'%C3%A0%20venir&f=false[/url][/url]
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MessageSujet: Re: de l'à-venir   Mar 07 Nov 2017, 17:43

La notion de "possible" (et tous ses corollaires, pouvoir, puissance, potentialité, virtualité, éventualité, probabilité, faculté, hypothèse, alternative, temporalité, devenir, fiction, imagination, etc.) est elle-même abyssale et inépuisable. Qu'est-ce que c'est que ce "peut-être" qui peut être sans forcément être, cette entr'ouverture tremblante de l'"être" au "non-être"? On pourrait étudier toute la philosophie des présocratiques à nos jours en ce qu'elle a de plus profond à partir de cette seule question, qui se pose différemment dans toutes les langues et résiste systématiquement à la pensée systématique. Ce n'"est" jamais tout à fait la même chose (pour prendre l'exemple le plus évident: le peut-être d'un historien tourné vers un passé qui a eu lieu mais qu'il ignore, peut-être de l'ordre de la connaissance, et le peut-être d'un pronostiqueur de l'avenir, du loto à la météorologie ou à la géopolitique; de l'événement passé ou à venir) ni tout à fait autre chose (cf. ici), et c'est à cela que sont suspendus l'attente, le désir, la crainte, la foi, l'espérance, la connaissance, la vie même -- à la possibilité d'une possibilité, en plus d'un sens à chaque fois.
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MessageSujet: Re: de l'à-venir   Mer 08 Nov 2017, 16:46

Espérer pour un croyant s'apparente une attente infinie, celle d'un Messie qui doit venir mais qui en réalité qui ne doit jamais venir. Une attente qui est perpétuellement placé devant lui et qui nous son espérance et qui trouve un écho dans son être de croyant. Le croyant doit savoir l’attendre sans jamais savoir quand il viendra, sans pouvoir prédire le jour de sa venue, c'est ce qui donne un "goût" particulier à sa foi, cette attente jamais apaisée et qui espère le meilleur, sans certitude. Lorsque l'on a fini d'attendre, la foi ne disparait-elle pas ?
L'attente du croyant, pointe toujours à l'horizon, chaque fois, qu'il croit s'en rapprocher, elle recule sans cesse.
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MessageSujet: Re: de l'à-venir   Mer 08 Nov 2017, 17:52

Oui.

Ce qui revient à dire que la "particularité" historique et religieuse de l'eschatologie pharisienne ou chrétienne, avec son "messianisme" diversement interprété, est aussi une excellente figure du caractère de "l'existence" au sens le plus général qui soit -- toujours et à chaque fois particulière, historiquement et culturellement déterminée, et ouverte bon gré mal gré sur l'à-venir.

Cela peut être pris comme une façon de "relativiser" la particularité "judéo-chrétienne", ou au contraire d'y déceler une profondeur qui la dépasse. On n'échappera pas à ce dilemme, on n'échappera non plus au judaïsme ni au christianisme, au moins comme modèles ou paradigmes opératoires de lecture de "l'existence". (Bien sûr cela implique aussi les ancêtres et la postérité de ces modèles, les eschatologies perses ou islamiques au premier chef, et toutes les représentations linéaires, ouvertes et orientées de "l'histoire" qui échappent, même provisoirement, à la figure fermée du cercle ou du "cycle naturel" -- quoique les monothéismes re-cyclent à leur façon l'histoire, en faisant coïncider en "Dieu" le commencement et la fin.)

(Comme le répondait à peu près Jacques Derrida à Jean-Luc Nancy, toute "déconstruction du christianisme" reste foncièrement "chrétienne" dans son opération même, ce qui est le signe d'une certaine indéconstructibilité de la structure.)
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MessageSujet: Re: de l'à-venir   Jeu 09 Nov 2017, 18:20

Ces différents  échanges me font penser à cette phrase : "Dans un voyage ce n'est pas la destination qui compte mais toujours le chemin parcouru, et les détours surtout", que je transformerais ainsi : dans l'attente, ce n'est pas l'arrivée de l'objet ou de la personne attendus qui importe mais le fait d'être vigilant, attent(if), avec un sentiment d'urgence et la conviction que l'improbable puisse arriver à tous moments".
Nous comprenons mieux pourquoi, les croyants attendent la venue de Dieu, ne se lassent pas, depuis des millénaires. Le pire qui puissent leur arriver, c'est la venue de Dieu.
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MessageSujet: Re: de l'à-venir   Jeu 09 Nov 2017, 19:22

C'est très bien dit.

Ça vaut d'ailleurs pour toutes les "vocations" tournées vers l'avenir, tous les combats militants ou militaires, tous les engagements professionnels ou non tendus vers la réalisation d'un idéal politique, social, économique, humanitaire, techno-scientifique: si le but était atteint, même vraiment atteint et pas comme une illusion ou un simulacre, on serait sans doute content cinq minutes mais on y perdrait sa raison de vivre, du moins celle qu'on s'était donnée jusque-là. Fin de l'action dans tous les sens du terme. C'est bien pour ça qu'on ne désire que l'impossible et que sa représentation anticipée, si paisible ou paradisiaque soit-elle, est toujours une figure de la mort, un tableau immobile ou une procession cyclique où plus rien ne peut arriver (comme "ils vécurent heureux et eurent beaucoup d'enfants" à la fin des contes, c'est la "situation finale" dont tout événement est exclu -- le moindre événement relancerait une autre histoire, comme dans les "suites" hollywoodiennes, Blanche-Neige II, III, etc.).

Cependant ce n'est pas la seule conception de la vie ou du monde possible, témoin toutes les religions, sagesses ou civilisations qui ne sont pas ou très peu eschatologiques (à peu près toute la Haute-Antiquité jusqu'au zoroastrisme perse, et encore depuis en Inde, en Chine, en Amérique précolombienne, dans le Pacifique et ailleurs). Seulement ce sont des visions statiques ou cycliques du monde, non "historiques" ou "progressistes" au sens où nous l'entendons (sur un modèle irano-phariséo-chrétien). Ça ne les empêche d'avoir une histoire, et encore moins d'avoir des histoires, mais celles-ci restent subordonnées à un ordre du monde qui n'a rien d'historique.

Même la notion de "paix" (prospérité, santé, sécurité, plénitude, équilibre) que véhicule le mot hébreu shalom, associé au nom de Salomon dont le règne idéal est quasiment dépourvu d'événement, ce qui convient parfaitement à une "sagesse" étrangère ou opposée à toute "eschatologie" (cf. encore Qohéleth), témoigne dans la Bible de cette vision du monde qui n'attend aucun à-venir.
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MessageSujet: Re: de l'à-venir   Ven 10 Nov 2017, 11:06

"Car c'est dans l'espérance que nous avons été sauvés. Or l'espérance qu'on voit n'est plus une espérance : ce qu'on voit, peut-on l'espérer encore ? Mais si nous espérons ce que nous ne voyons pas, nous l'attendons avec persévérance. " Rm 8, 24-25

L’espérance est quelque chose que les croyants sont appelés à conserver toujours.  L’espérance, correspond à une démarche plus existentielle et plus intérieure. C’est un moyen, pour le croyant, de transformer dans sont esprit en réalité l'objet de notre attente.


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MessageSujet: Re: de l'à-venir   Ven 10 Nov 2017, 12:04

Voir aussi ici, ou ...

Même incompatibilité entre la foi et la vue en 2 Corinthiens 5,6s (cf. aussi 4,18).

Les tournures grecques produisent de belles ambiguïtés, comme ce "sauvés en espérance" où le sens oscille entre une évidence superficielle et des idées plus obscures et profondes (sauvés au passé dans l'espérance = par anticipation ou sous réserve d'un salut futur, sauvés par l'espérance, sur le mode de l'espérance)... on peut aussi penser à des formules où l'hésitation entre sens "subjectif" et "objectif" dans les termes et dans leur relation se démultiplient, comme "l'espérance de la promesse": est-ce l'espérance de la chose promise, l'espérance générée par la promesse, voire l'espérance qui promet ou la promesse qui espère ? -- les traductions courantes qui se veulent univoques tranchent pour le sens "obvie" qui est aussi le plus "plat", mais les autres sens résonnent toujours dans l'original (et, dans une moindre mesure, dans les traductions "littérales", mais au risque de passer à côté du sens "obvie").
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MessageSujet: Re: de l'à-venir   Jeu 16 Nov 2017, 12:53

Comme on ne sait pas ce qu'on attend, l'attente n'a pas de contenu (comme la messianité). Elle est attente, place vide, place hospitalière pour que vienne ce que nous attendons, par exemple la justice ou l'éthique [des buts auxquels on ferait peut-être mieux de renoncer car ils sont impossibles]. Une place qui accueille l'événement "comme l'étranger même", quelque chose qu'on ne connaît pas d'avance, tel est le lieu spectral qui abrite l'idée de la démocratie à-venir.

https://www.idixa.net/Pixa/pagixa-0505241554.html
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MessageSujet: Re: de l'à-venir   Jeu 16 Nov 2017, 16:04

Cela signifie qu'il y a une contradiction structurelle dans la notion d'"eschato-logie" (et de futuro-logie, et de téléo-logie), dans la mesure où la fin ou l'à-venir est précisément ce qui échappe au logos alors même que c'est ce vers quoi il tend et ce qui le tend, comme une pensée de l'impensable, c.-à-d. orientée vers et par l'impensable. Au plan de l'interprétation, on l'a vu de nombreuses fois avec les paraboles ou prophéties orientées et tendues vers et par une fin: si la fin arrivait elles perdraient non seulement leur intérêt et leur raison d'être, mais même leur sens (p. ex. celle de "l'esclave fidèle et avisé": si l'on postule que le maître est déjà arrivé, on ne comprend plus rien à la parabole et on peut lui faire dire absolument n'importe quoi).

Plus généralement, il y a une part incompressible et paradoxalement essentielle de simulacre dans toute pensée et surtout dans toute pensée pratique: une nécessité du comme si, du faire comme si, du jouer à faire comme si. (Ce qui se retrouve aussi bien dans le als ob de la raison pratique de Kant, agir "comme si" les principes étaient universels, faire "comme si" tout le monde devait faire la même chose, que dans les croyances religieuses "naïves".)
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MessageSujet: Re: de l'à-venir   Mar 21 Nov 2017, 11:35

Citation :
Plus généralement, il y a une part incompressible et paradoxalement essentielle de simulacre dans toute pensée et surtout dans toute pensée pratique: une nécessité du comme si, du faire comme si, du jouer à faire comme si. (Ce qui se retrouve aussi bien dans le als ob de la raison pratique de Kant, agir "comme si" les principes étaient universels, faire "comme si" tout le monde devait faire la même chose, que dans les croyances religieuses "naïves".)

Le "faire comme si" donne une force incroyable aux convictions et aux attentes. En faisant cela, comme si ce que nous souhaitions voir se réaliser se déroulait, nous créons une vision, une image mentale de cette situation souhaitée. Puis, à force de faire "comme si", le nouveau comportement devient une habitude et s'intègre dans notre vie.  N'encourage-t-on pas certains croyants à vivre "comme si" la grande tribulation" est pour demain, avec un sentiment d'urgence ? 
Celui qui attend Dieu, joue un rôle et écrit le scénario de sa vie (il n'est pas le seul), ou il fait "comme si" l'impossible va arriver, au point d'y croire et d'en faire une réalité. Cela réclame de celui qui attend un perpétuel dépassement, être soi et un autre, être là et ailleurs.

Un excellent exemple de "faire comme si" :

Prépare-toi dès maintenant à la vie dans le monde nouveau.

Pour la plupart d’entre nous, cela signifiera vivre pour toujours dans le Paradis sur la terre. C’est difficile de s’imaginer comment ce sera de se réveiller chaque matin en bonne santé, heureux et satisfait. (Isaïe 35:5, 6) Imagine ton bonheur de passer du temps avec les gens que tu aimes, dont certains auront été ressuscités. (Jean 5:28, 29 ; Actes 24:15) Tu auras le temps d’apprendre de nouvelles techniques et de devenir meilleur dans les activités que tu aimes. Par exemple, devenir meilleur en sciences, en musique, ou en dessin pour faire les plans de ta maison. (...)
Nous sommes sûrs que Jéhovah fera toutes ces choses merveilleuses, car « tout est possible » pour lui. (Matthieu 19:25, 26) Si nous voulons vivre pour toujours dans le monde nouveau, c’est maintenant qu’il faut « saisir fermement » la vie éternelle. Nous savons que la fin est proche. Vivons donc en pensant toujours que la fin peut arriver n’importe quand. Et faisons tout notre possible maintenant pour nous préparer à vivre dans le monde nouveau. Comment ?

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MessageSujet: Re: de l'à-venir   Mar 21 Nov 2017, 12:52

Et pourtant l'à-venir, ce qui vient effectivement, ce n'est pas davantage l'avenir imaginé par une projection du désir ou de la crainte dans une utopie ou une dystopie religieuse, politique ou personnelle, que le futur rationnellement, scientifiquement ou statistiquement prévisible. C'est toujours une surprise (une déception au sens suisse, qui peut être "en bien" comme "en mal") -- qu'on s'attende ou non à être surpris, et qu'on le soit ou non.
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MessageSujet: Re: de l'à-venir   Mar 21 Nov 2017, 15:34

Narkissos a écrit:
Et pourtant l'à-venir, ce qui vient effectivement, ce n'est pas davantage l'avenir imaginé par une projection du désir ou de la crainte dans une utopie ou une dystopie religieuse, politique ou personnelle, que le futur rationnellement, scientifiquement ou statistiquement prévisible. C'est toujours une surprise (une déception au sens suisse, qui peut être "en bien" comme "en mal") -- qu'on s'attende ou non à être surpris, et qu'on le soit ou non.

L'à-venir, hétérogène à tout ce que nous savons aujourd'hui, n'est pas connaissable comme tel. C'est une potentialité, une virtualité qu'on ne peut déduire ni de ce qui est actuellement présent, ni d'aucun enregistrement, aucune archive, aucun théorème - ni même de quelque constat théorique que ce soit [ce qui ne l'empêche pas d'être un concept, mais un concept qui ne peut s'appuyer ou se stabiliser sur aucune garantie]. Son indétermination donne le vertige.

https://www.idixa.net/Pixa/pagixa-1107021134.html
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MessageSujet: Re: de l'à-venir   Mar 21 Nov 2017, 15:55

Vertige qui se met lui-même en abyme quand on le considère rétrospectivement, au passé y compris le "passé du futur" ou futur antérieur: tout comme (et autrement qu')on peut dire qu'il n'y a et qu'il n'y aura jamais eu que du présent, on peut dire aussi qu'il n'y a et qu'il n'y aura jamais eu que de l'à-venir, du venant. Indétermination à même toute détermination, incertitude à même toute certitude, événement à même toute essence, chaos à même tout cosmos (ce dont le "principe d'incertitude" de la physique quantique pourrait être à la fois l'expression scientifique, si l'on peut parler d'expression, au-delà ou en-deçà du langage et de la représentation; et la parabole, dans le langage et la représentation). L'avenir n'aura jamais lieu, seul l'à-venir aura eu lieu, toujours et partout.

Tout dépend en fait sous quel angle on envisage le "temps", dans quel sens on le regarde "passer" -- toujours dans le même sens dit-on, mais lequel ? Du passé vers l'avenir, si l'on considère "objectivement" le devenir des choses, leur succession, leur apparition et leur disparition ou leur transformation; ou bien en sens exactement inverse, si l'on considère "subjectivement" l'à-venir qui ne cesse de venir (d'où donc ?), les événements qui arrivent et les souvenirs qui s'éloignent vers un passé de plus en plus "lointain"; ou encore ni l'un ni l'autre, si on spatialise le temps de façon hyper-objective ou imaginaire, comme une ligne droite immobile, et le présent comme un point sans épaisseur, un curseur qui s'y déplacerait régulièrement et indifféremment (c'est encore ce temps-là, le temps représenté sur un mode spatial, qui est intégré et compliqué, "courbé", dans l'espace-temps de le relativité). La deuxième perspective (celle de l'à-venir subjectif) a l'inconvénient d'être inutilisable pour la logique et au calcul, mais aussi l'avantage de nous placer toujours devant une ouverture qui est l'ouverture même de l'être (cf. "est, était >< vient" dans l'Apocalypse): devant nous, juste devant nous quoique invisible, aussi proche et aussi inaccessible qu'elle l'a été il y a dix mille ans et qu'elle le serait dans dix mille ans, dans une "création" comme dans une "fin" du monde, la "source" du temps qui vient.

Effets de pensée, effets de langage et d'image, bien sûr -- il faut toutefois noter que cette orientation vers l'à-venir qui apparaît déjà dans le prophétisme et l'apocalyptique "bibliques" est un retournement, non seulement par rapport à une religion traditionnelle et sacerdotale qui pérennise et renouvelle l'être dans un sens cyclique à partir du re-commencement (au sens sacré il n'y a qu'une seule année, toujours la même), mais encore par rapport au fond(s) de la langue, en l'occurrence hébraïque, où la représentation dominante est tournée vers le passé: ce qui est "devant" c'est ce qui est "avant" (qdm), comme spatialement on s'oriente vers l'orient, face au soleil levant -- et donc qdm c'est aussi l'est, ymn la main droite et le sud, 'hr l'arrière, l'après, le couchant, un à-venir derrière soi que fort logiquement on ne voit pas venir. Le connu, l'expérience, ce à quoi on peut se repérer et se référer, ce qu'on a "devant" soi c'est toujours le passé, et le présent déjà du côté du passé: la connaissance est rétro-spective. Être tourné vers l'avenir, pour nous la banalité suprême, n'a aucun sens dans ce monde-là.
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