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 Mieux vaut aller à une maison de deuil

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MessageSujet: Mieux vaut aller à une maison de deuil   Ven 03 Nov 2017, 13:35

Citation :
La Toussaint est une fête catholique, célébrée le 1er novembre, au cours de laquelle l’Église catholique latine honore tous les saints, connus et inconnus. La célébration de Toussaint fut suivie localement d'un office des morts dès le IXe siècle. En 998, les moines de Cluny instituèrent une fête des trépassés le 2 novembre, qui entra dans la liturgie romaine comme commémoration des fidèles défunts au XIIIe siècle. Le culte des morts resta cependant massivement célébré au 1er novembre.
https://fr.wikipedia.org/wiki/Toussaint#Toussaint_et_f.C3.AAte_des_morts

Ce 1er novembre, je me suis rendu sur la tombe du père de ma compagne, nous avons nettoyé la tombe et y avons déposé des fleurs. De nombreuses personnes étaient présentes dans le cimetière. En tant que TdJ ne n'avais jamais participé à cette célébration.  J'ai trouvé émouvant, de consacrer une journée aux morts et j'ai pensé aussitôt au texte de l'Ecclésiaste (7,2-4) :



"Mieux vaut aller à la maison de deuil que d'aller à la maison de banquet ; c'est dans celle-là que se trouve la fin de tout être humain, et le vivant doit y réfléchir. Mieux vaut la contrariété que le rire, car avec un visage triste le cœur devient meilleur. Le cœur des sages est dans la maison de deuil ; le cœur des gens stupides dans la maison de joie."



Ce fût l'occasion de me souvenir de ma propre finitude et de méditer ma propre mort. En effet la maison de deuil fait davantage réfléchir le vivant sur sa véritable condition, sur la précarité de la vie qui débouche inévitablement sur la mort, alors que le festin et la réjouissance peuvent être des divertissements qui permettent d’oublier temporairement la fragilité de notre condition :

"En effet, il ne songera guère à la durée de sa vie, tant que Dieu l'occupe à la joie de son cœur." (5,19) 

La Bible propose-telle des rites qui commémorent les défunts ainsi que des rites  funéraire ?
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Narkissos

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MessageSujet: Re: Mieux vaut aller à une maison de deuil   Ven 03 Nov 2017, 14:23

Merci de ce "partage", comme on dit -- ou de ce "témoignage", enfin ce genre de parole à laquelle il est toujours difficile de "répondre" (la preuve).

En ce qui concerne l'Ecclésiaste (Qohéleth), il ne faut pas oublier le v. 1: à une "banalité" proverbiale ("mieux vaut un nom que de l'huile-bonne = du parfum", cf. Proverbes 10,7; 22,1, ou "bonne renommée vaut mieux que ceinture dorée") répond une parole abyssale "-- et le jour de la mort que le jour de la naissance", qui rappelle les énoncés du chapitre 4 sur la mort préférable à la vie et la non-naissance encore préférable à la mort -- même sans "nom" (cf. aussi v. 8 ). Ce qui jette une tout autre lumière, littéralement dés-espérée, d'une lucidité désillusionnée de toute "espérance", sur la suite du texte comme sur celle des événements. A l'opposé des considérations pharisiennes ou chrétiennes qui supposent une survie de l'"âme" ou de l'"esprit", une résurrection, un jugement dernier, un "état intermédiaire" heureux ou malheureux, etc. (ce qui ne les empêchera pas de "récupérer" Qohéleth).

Sur les "rites de deuil" et de "culte des morts", "la Bible" est notoirement contradictoire: ils y sont souvent décrits (ce sont des centaines de références, dès la Genèse: ensevelissement, embaumement selon les lieux, les milieux et les époques, lamentations et incantations, sacrifices et repas mais aussi jeûne, incisions ou scarifications, vêtements déchirés, tonsure ou chevelure défaite, nudité ou sac en guise d'habit, poussière et cendre, etc.), partiellement réprouvés et réprimés dans la Torah comme beaucoup d'autres traits d'une "piété" populaire inséparablement religieuse, sociale et familiale. Dans le NT l'amplitude est différente mais non moins considérable, puisqu'elle va du "cynisme" d'un certain Jésus ("laisse les morts enterrer leurs morts") à l'attention portée à l'ensevelissement et à l'embaumement du même (?) Jésus, avant et après sa mort (de la scène de l'onction à Béthanie à celle des femmes au tombeau), à l'"eucharistie" comme repas de commémoration d'un et d'une mort, dans les Synoptiques comme chez Paul (mais pas du tout dans la Didachè), etc.

Au passage, l'opposition du deuil et du festin ne tient pas si bien que ça, car manger et boire pour et avec le défunt (sinon "à sa santé") fait partie intégrante des rites funéraires et commémoratifs, dans le "monde de la Bible" comme ailleurs.
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MessageSujet: Re: Mieux vaut aller à une maison de deuil   Ven 03 Nov 2017, 20:44

Nous vivons dans une période marquée par le rejet de la mort comme si elle n'avait plus droit de cité. La mort ne fait plus partie de la vie. Il ne doit plus y avoir d'accidents mortels sur la route, pas de victimes d'attentats, le corps médical doit garantir au malade sa sortie de l'hôpital en meilleure santé que lorsqu'il y entré, garantie que les médecins ne signent pas. Imaginer que nous risquons de mourir en cours d'opération est presque insensé et pourtant le moment de la Toussaint est toujours un instant fort pour de nombreuses personnes.

Sans doute est-ce une dernière manifestation parmi toutes celles qui existaient encore au 20e siècle. Cela ne lui enlève rien de sa valeur, je serai même tenté de trouver que ce "culte des morts", si je peux l'exprimer ainsi, prouve s'il en était encore nécessaire de le faire remarquer combien notre époque cabosse les individus sans leur laisser la possibilité de rebondir facilement.

Manifester du respect aux morts comme on le faisait -par le passé, je me rappelle qu'il mal vu de ne pas enlever son chapeau, son bonnet lorsqu'un convoi funèbre passait dans la rue, je ne parle pas de la tenue vestimentaire portée sur le noir qui n'est plus guère portée- paraissait élémentaire quelle que soit la classe à laquelle on appartenait.
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Narkissos

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MessageSujet: Re: Mieux vaut aller à une maison de deuil   Sam 04 Nov 2017, 01:19

Déni ou dénégation de la mort, censure comme d'une indécence (manque de savoir-vivre) ou d'une obscénité qu'il faudrait réduire au silence (la mort tue) et à l'invisibilité -- alors que le taux de mortalité réel reste bêtement bloqué à 100 % et que le nombre des morts à venir continue de se régler très exactement sur celui des naissances, avec tout juste un peu plus de retard en moyenne (ce qu'on appelle si poétiquement l'"espérance de vie"); un retard qui d'ailleurs ne perd rien pour attendre et finira tôt ou tard par se payer cash, et très cher dans la mesure où la vie même, à commencer par celle des autres vivants que l'homme, s'y épuise. On peut parler d'usure pour un tel crédit.

La relative nouveauté en la matière ne fait sans doute que prolonger un mouvement qui est celui-là même de la culture et de la civilisation, voire d'une grande partie de la vie "animale": écarter ou contourner la mort, la tenir à distance et en respect, la circonscrire ou l'exclure, sinon la forclore, c'est le sens "apotropaïque" de tous les "rites funéraires" qui subsiste au revers de tous leurs autres sens (mémoire, affection, culpabilité, etc.): pour conjurer la mort il faut s'en occuper, s'adresser à elle et traiter avec elle, lui accorder un temps et un espace définis pour en libérer le temps et l'espace de la vie ordinaire, pour qu'elle ne la contamine pas ou ne la hante pas toujours et partout.

La censure "biblique", variable et partielle, des rites mortuaires me semble avoir deux "sources" distinctes, quoiqu'elles se mêlent régulièrement dans les textes: d'une part un souci sacerdotal de traiter la mort et le mort comme rituellement "impurs" et de les tenir à l'écart du sacré et du sanctuaire, dans une opposition polaire qui est aussi une ambivalence (le sacré et l'impur symétriquement opposés au profane ne cessent de se renvoyer l'un à l'autre et de se confondre, comme dans le sang qui est tantôt sacré et tantôt impur; dans le judaïsme rabbinique on dit des livres "sacrés" qu'ils "souillent les mains", dans le sens où il faut se laver les mains non seulement avant mais après leur contact, comme après celui d'une chose impure); d'autre part un souci politique, illustré par la "réforme" royale de Josias, d'éviter la concurrence entre le culte centralisé du grand dieu tutélaire qui fédère la "nation", l'ethnos sinon le royaume, et renforce le pouvoir central, et un "culte des morts" qui se confond aussi avec celui des divinités familières, claniques et locales, et rivalise toujours avec celui des grands dieux, a fortiori d'un seul.

La disparition des rites apparaîtrait en ce sens comme un rite au deuxième degré, un processus immunitaire qui vire de lui-même à l'auto-immunitaire, qui se défend de ses propres défenses. Ne pas consacrer d'espace et de temps à la mort parce que c'est encore lui consacrer trop de temps et trop d'espace, c'est aussi s'ouvrir au risque de la voir surgir n'importe où et n'importe quand, sans règle et sans savoir-faire à son égard. Sur l'absence de fond rituel et symbolique lisible chaque malheur individuel ou collectif ne se détache même pas, il apparaît soudain  comme s'il arrivait de nulle part, sans qu'on le voie venir, comme un fantôme; ou il éclate comme une bombe ou comme un scandale absolu et incompréhensible, comme si toute mort humaine était celle d'un présumé immortel; qui plonge ses victimes (ou ses élus) soit dans une stupeur et une solitude complètes, soit, au gré des intérêts politiques, économiques et sociaux, dans une surmédiatisation spectaculaire et sensationnaliste qui peut être encore pire. Ou bien personne ne veut en entendre parler, ou bien tout le monde s'en mêle sans savoir de quoi il parle. Moins la mort ordinaire est visible, socialisée et ritualisée, plus la mort paraît extra-ordinaire et inouïe quand elle arrive.

Je repense à cette très jeune femme morte en couches alors que rien ne le laissait prévoir, laissant brutalement son mari avec deux enfants en bas âge. Qui ne se réjouirait que ce genre d'accident soit devenu rarissime, alors qu'il était courant il y a quelques générations ? Mais, rarissime, il est encore plus insupportable, monstrueux, inassimilable que lorsqu'il était courant, qu'il s'était produit dans chaque village et que chacun connaissait des cas de ce genre. On reste sans voix et sans geste alors qu'auparavant on aurait eu quelque chose à dire, à faire et à penser, de pas bien malin sans doute, mais par quoi on pouvait dire et faire la mort de telle sorte que "la vie continue".

Ou, j'en ai déjà parlé, à ces trois enfants qui allaient à l'école maternelle et primaire où était ma fille, dans un petit village, tués par leur père une nuit de folie. De l'intervention de la psychologue de service dépêchée sur les lieux, ma fille n'avait retenu que cette phrase: ça arrive très rarement. Qu'est-ce que ça fait, grands dieux, que ça arrive très rarement, quand précisément ça arrive ?

Entre la tragédie effective, subjective ou existentielle, chaque fois unique, et l'objectivité statistique nécessaire à un point de vue politique, juridique, scientifique et technique (p. ex. celui d'une "santé publique"), il y a une incommunicabilité radicale. Le malheur ne sait rien de l'objectivité, l'objectivité ne sait rien du malheur. Entre les deux la communication ne pourrait être que religieuse ou philosophique, rituelle ou symbolique. Et c'est cela qui fait cruellement défaut.

J'ai vu ces jours-ci dans les rues la couverture d'un magazine avec le titre "Comment peut-on vivre avec l'idée de la mort ?" -- Ma première réaction a été: Comment peut-on vivre sans ?

---
Quelques notes sur le texte hébreu de Qohéleth 7:

1a (partie "proverbiale"): twb šm m-šmn twb, tov shem mi-shemen tov, ça ne sonnera jamais aussi bien dans aucune traduction. Et c'est cette belle harmonie formelle que ruine, abîme, anéantit la réplique originale de Qohéleth en 1b: -- et le jour de la mort que le jour de sa naissance, de son naître.

2b: le "festin", mšth, est dérivé de "boire" plutôt que de "manger" -- comme d'ailleurs le sumposion grec, transposé en latin symposium, titre du Banquet de Platon.

2d: "prendre à cœur", donner à son cœur, avec toujours une connotation plus intellectuelle qu'il n'y paraît en français: réfléchir.

3b: grande ambiguïté dans le "bonifier le cœur": là encore il y a une connotation intellectuelle, "rendre intelligent", mais aussi affective: "rendre heureux", comme le vin "réjouit le cœur". Cf. aussi, sur le rapport paradoxal du rire au "cœur", 10,19 et Proverbes 14,13.

6: autre jeu de mot(s), de polysémie (deux sens d'un même mot) ou d'homonymie (deux mots de forme identique): syr = "épines" et "marmite" !

8a // 1b: mieux vaut la fin ou la suite ('hryt) d'une "chose", d'un "événement" ou d'une "parole" (dbr) que son commencement (r'šyt, comme en Genèse 1,1).

8b: patience qu'arrogance, "longueur d'esprit" que "hauteur d'esprit" (rwh).
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MessageSujet: Re: Mieux vaut aller à une maison de deuil   Lun 06 Nov 2017, 18:01

Citation :
Moins la mort ordinaire est visible, socialisée et ritualisée, plus la mort paraît extra-ordinaire et inouïe quand elle arrive.

Merci infiniment Narkissos, pour cette analyse d'une rare profondeur.
Le jour de la Toussant, je me trouvais donc dans un cimetière et j'ai constaté que la quasi-totalité des personnes qui étaient présentes et s'occupaient des tombes de leurs chers disparus, étaient des personnes très âgées (au dessus de 70 ans) et pratiquement pas de jeunes. J'avais le sentiment qu'elles préparaient inconsciemment leurs propres morts, en se rendant dans leurs futures dernières demeures. L'absence de jeunes, témoigne, peut-être d'un refus de voir et de la "toucher" du doigt, ainsi qu'un sentiment d'invincibilité (la mort ne les concerne pas). Une phrase m'avait vraiment interpellé, en effet lors d'une enterrement, un TdJ, m'avait demandé ce que je pensais de cette phrase qu'il avait lu dans un ouvrage (je la restitue pas d'une manière précise), "lorsque l'on pleure la mort d'un être cher, en réalité, nous pleurons notre propre mort".
Autre remarque, je n'ai aucune certitude ou croyances particulières concernant un au-delà, pourtant, je me suis surpris, devant la tombe du père de ma compagne, entrain de lui parler et de me recueillir solennellement, comme si le défunt était là.
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MessageSujet: Re: Mieux vaut aller à une maison de deuil   Lun 06 Nov 2017, 20:36

Citation :
Autre remarque, je n'ai aucune certitude ou croyances particulières concernant un au-delà, pourtant, je me suis surpris, devant la tombe du père de ma compagne, entrain de lui parler et de me recueillir solennellement, comme si le défunt était là.

Je me rappelle les visites que je faisais au cimetière, sur la tombe de mon grand-père,en compagnie de ma grand-mère pratiquement toutes les semaines, lorsque j'étais jeune enfant. Je n'en ai pas un souvenir triste.

Il y avait une photo de lui relativement récente (quelques années avant son décès) sur la pierre tombale; le visage de mon grand-père s'est ainsi imprégné dans mes souvenirs, de plus ma mère me parlait souvent de son père auquel elle était profondément attachée d'un amour filial naïf, mais sincère. Cela m'a permis de "connaître" ce grand-père mort alors que j'avais 8 mois et dont je ne me serais certainement pas souvenu; il me semblait presque vivant à l'image de ma grand-mère, bien qu'elle se déplaçait régulièrement chez nous. Sans ces visites régulières au cimetière il aurait fait partie des personnes inconnues de ma famille parce qu'elles étaient décédées avant que j'aie l'âge de m'en souvenir.

En vous racontant ce souvenir je ressens une grande mélancolie en pensant à mes grands-parents et suis reconnaissant à ma mère et à ma grand-mère de m'avoir permis de rencontrer mon grand-père.

Ma petite-fille, la dernière, qui a maintenant 8 mois me permet de prendre conscience que j'ai certainement souri à ce grand-père qui s'appelait Xavier, décidément la vie permet des carambolages de souvenirs et de moments de grâce passés avec nos tous petits.
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Narkissos

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MessageSujet: Re: Mieux vaut aller à une maison de deuil   Lun 06 Nov 2017, 22:43

Les choses ont changé en relativement peu de temps, dans ce domaine comme dans tant d'autres: ma mère (89 ans), qui était du pays Basque, a gardé le souvenir (sinistre à ses yeux, et sans doute largement exagéré) d'une enfance passée en grande partie dans les cimetières, toujours en noir pour le deuil de tel ou tel, dans une grande famille. C'est sa génération qui a en bonne partie abandonné les coutumes en même temps que la campagne, avec l'exode rural qui s'est accéléré après la Seconde Guerre mondiale. Dans le cas de ma mère, la rupture a été caricaturale: je n'ai quasiment jamais vu ma grand-mère maternelle et ma mère ne s'est même pas déplacée pour son enterrement. Mais elle lui envoyait régulièrement des lettres tapées à la machine, ce qui, enfant, m'étonnait beaucoup: histoire sans doute de marquer son statut de citadine moderne et parvenue.

Il y a un très beau livre de Jacques Derrida, Chaque fois unique, la fin du monde, qui rassemble ses "nécrologies", textes écrits et/ou prononcés à l'occasion de la mort de tel ou tel (penseur, en général). Je ne sais plus si c'est là ou (aussi) ailleurs qu'il suggère que l'éloge funèbre participe, plus ou moins symboliquement, de l'anthropophagie (prenez, mangez, ceci est mon corps, ou mon corpus). L'idée que c'est toujours sa propre mort et toutes les morts, toute la mort et toute la vie, qu'on pleure dans chaque mort, humaine ou animale, revient aussi assez souvent chez lui. (Il y a encore l'extraordinaire Circonfession, texte qui accompagne l'agonie de sa mère, en dialogue avec les Confessiones de saint Augustin qui parlent tant de sa propre mère.)

A noter que ce qui se rapproche sans doute le plus, dans la Bible, de l'expression "dernière demeure" se trouve également chez Qohéleth, 12:5: byt `wlmw, la maison de son éternité ou de sa perpétuité, soit: sa demeure éternelle/perpétuelle. Parmi les expressions hébraïques de la mort douce que j'ai toujours trouvées frappantes, dans les traductions traditionnelles et relativement littérales, il y a aussi "s'en aller par le chemin (= à la manière) de toute la terre" (p. ex. Josué 23,14) et "être réuni aux siens, à son peuple ou à ses ancêtres".
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MessageSujet: Re: Mieux vaut aller à une maison de deuil   Mar 07 Nov 2017, 13:17

Contrairement à ses devanciers, Qohélet ne croit donc pas en une survie dans la mémoire de la postérité. C'est d'ailleurs explicitement énoncé en Qo 1,11 et 2,16a :

"Il n'y a pas de mémoire des premiers et même des derniers qui existeront, il n'y aura pas de mémoire pour eux chez ceux qui existeront en dernier" (1,11).

Car il n'y a pas de souvenir du philosophe, pas plus que de l'insensé, pour toujours, parce que déjà dans les jours qui viennent tout est oublié (2,16a). La survie dans la mémoire n'est qu'une fausse immortalité, voire un refoulement de la mort.

 Reste alors à expliquer la deuxième partie du v. la, qui diffère de Pr 22,1a. Que signifie ici le mot $mn qui se traduit littéralement par « huile » ? Maillot est d'avis que le parfum [Smn], c'est l'impression favorable que nous pouvons faire sur les autres. Par conséquent, il propose la traduction suivante : « il vaut mieux être que bien paraître ». Ellul croit plutôt que si tout se ramène à l'illusion d'une bonne renommée, c'est-à-dire à ce que les autres pensent de lui, alors autant mourir tout de suite. Pour Loader, l'huile est une métaphore de la vie. Plusieurs exégètes affirment que l'huile fait référence à la naissance, mais les uns en déduisent que la sobriété des funérailles est préférable à la fête d'anniversaire, tandis que les autres en concluent que le jour de la mort est préférable au jour de la naissance, car à la naissance on est oint avec de l'huile, tandis qu'à la mort qu'on est oint avec une bonne réputation. Au contraire, certains exégètes affirment que l'huile évoque les funérailles et la mort.

https://www.erudit.org/fr/revues/ltp/1998-v54-n1-ltp2160/401136ar.pdf
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MessageSujet: Re: Mieux vaut aller à une maison de deuil   Mar 07 Nov 2017, 15:23

"Le soleil ni la mort ne se peuvent regarder fixement", c'est une des maximes les plus connues de La Rochefoucauld (26).

C'est dire qu'une pensée de la mort relève d'une approche et d'un accommodation (dans un sens quasi optique) in-finies, auxquelles seule la mort du penseur mettra un terme en ce qui le concerne, de façon (probablement) toute différente de ce qu'il en aura pensé, si lucidement et profondément qu'il l'ait pensé(e). Donc, que la pensée de la mort n'échappe aucunement à la "vanité" que précisément elle tente de regarder en face, et ne représente aucun "avantage" décisif sur une non-pensée de la mort. On meurt tout aussi bien, ou tout aussi mal, en ayant ignoré ou fui toute sa vie l'idée de la mort qu'en y ayant pensé tous les jours.

N'empêche que s'il y a une sagesse, même sans avantage décisif et avec ses propres inconvénients (puisqu'elle augmente le "malheur"), c'est en ça qu'elle consiste et pas autre chose. Et que l'approche, progressive, sans espoir d'atteindre quoi que ce soit mais avec la certitude d'être finalement atteint par ce que j'ignore absolument mais désigne en parlant de "la mort", doit écarter une à une les figures à la fois révélatrices et trompeuses de "la mort" qui se présentent tour à tour à la pensée. Figures religieuses de la survie, de la résurrection ou du jugement (ailleurs: de la réincarnation), mais aussi figures affectives (et "narcissiques") de la "survie" dans la mémoire ou dans le cœur des êtres aimés, ou d'une apothéose culturelle (immortalité de "l'auteur", philosophe, penseur, écrivain, scientifique, artiste, homme politique, etc.). La pensée de la mort consiste à ne s'arrêter à aucune de ces images pour soutenir ce qui est subjectivement insoutenable, le "rien de moi", ou "la réalité sans moi" qui s'annonce sans doute dans toutes ces figures, mais qui est perdue de vue dès lors qu'on s'arrête à l'une d'entre elles. Dans ce sens la "maison de deuil" est un lieu d'apprentissage par lequel il faut passer, mais dont il faut aussi sortir pour n'être pas dupe de ses consolations religieuses et affectives qui sont tout aussi vaines que le divertissement (au sens pascalien entre autres) de la "maison de banquet".
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MessageSujet: Re: Mieux vaut aller à une maison de deuil   Mar 07 Nov 2017, 15:30

Citation :
La pensée de la mort consiste à ne s'arrêter à aucune de ces images pour soutenir ce qui est subjectivement insoutenable, le "rien de moi", ou "la réalité sans moi" qui s'annonce sans doute dans toutes ces figures, mais qui est perdue de vue dès lors qu'on s'arrête à l'une d'entre elles. Dans ce sens la "maison de deuil" est un lieu d'apprentissage par lequel il faut passer, mais dont il faut aussi sortir pour n'être pas dupe de ses consolations religieuses et affectives qui sont tout aussi vaines que le divertissement (au sens pascalien entre autres) de la "maison de banquet".

Narkissos, tu as trouvé ce qui me terrifie dans la mort : "la réalité sans moi".
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MessageSujet: Re: Mieux vaut aller à une maison de deuil   Mar 07 Nov 2017, 15:51

Certes, c'est terrifiant à première "vue" mais si on ne détourne pas trop vite le regard, si l'on s'astreint tant soit peu à soutenir l'insoutenable (ce qui est d'autant plus facile, voire inévitable, qu'on a perçu la vanité des stratégies d'évitement et des "consolations" factices, que de fait elles ne nous sont plus accessibles), ça devient aussi merveilleusement apaisant et joyeux. Car de ce point de vue il apparaît aussi que tout ce qui a fait l'intérêt de "ma vie", ce n'était précisément pas "moi".

Le "croyant" est d'autant plus "croyant", le "scientifique" d'autant plus "scientifique", l'"artiste" d'autant plus "artiste", le "penseur" d'autant plus "penseur" qu'il ne lorgne pas sans cesse sur lui-même mais s'intéresse, vraiment, à ce qui n'est pas "lui" ("Dieu", "la nature", "la création" ou "la pensée"). Et par là même sa "mort", comme son "moi", lui deviennent accessoires.

J'ai toujours entendu, à tort ou à raison, quelque chose de ce genre dans le fameux dialogue de "Jésus" avec les "sadducéens" (c.-à-d. des gens qui pensaient la mort dans la veine de Qohéleth) sur la "résurrection". Sans doute, ce dialogue tel qu'on le lit dans les Synoptiques semble superficiellement donner tort aux sadducéens et soutenir la "résurrection", sur une base scripturaire recevable de ceux-ci (la controverse se limite à la Torah et n'invoque pas Daniel, p. ex.). Mais l'argument central, tiré de la Genèse, "Dieu d'Abraham, Dieu d'Isaac, Dieu de Jacob, Dieu non des morts mais des vivants", ne prouve pas du tout la "résurrection", il y a là un non sequitur, une inconséquence logique qui n'échappe à aucun lecteur. Il montre la constance d'un même "Dieu" qui se manifeste différemment aux générations successives, malgré la mort. Que lui demeure alors que je passe, tout en ayant eu de mon vivant quelque rapport à lui, voilà tout ce qui compte. On peut appeler ça "résurrection", mais c'est tout le contraire de ce qu'on entend ordinairement sous ce nom. C'est plutôt la piété dés-intéressée des psaumes: l'homme passe comme l'herbe, la grâce de Dieu persiste. (Cf. ici et .)
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MessageSujet: Re: Mieux vaut aller à une maison de deuil   Mer 08 Nov 2017, 00:30

Citation :
Mais l'argument central, tiré de la Genèse, "Dieu d'Abraham, Dieu d'Isaac, Dieu de Jacob, Dieu non des morts mais des vivants", ne prouve pas du tout la "résurrection", il y a là un non sequitur, une inconséquence logique qui n'échappe à aucun lecteur. Il montre la constance d'un même "Dieu" qui se manifeste différemment aux générations successives, malgré la mort. Que lui demeure alors que je passe, tout en ayant eu de mon vivant quelque rapport à lui, voilà tout ce qui compte. On peut appeler ça "résurrection", mais c'est tout le contraire de ce qu'on entend ordinairement sous ce nom. C'est plutôt la piété dés-intéressée des psaumes: l'homme passe comme l'herbe, la grâce de Dieu persiste. (Cf. ici et là.)  
[quote]

Dieu non des morts mais des vivants.

Cela m'a fait penser à Anubis, Dieu des morts égyptien; le Dieu de la Bible auquel Jésus se réfère serait le Dieu qui s'occupe des vivants Auquel ces derniers peuvent s'adresser et non des morts qui ne peuvent penser... leur souvenir est oublié.
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MessageSujet: Re: Mieux vaut aller à une maison de deuil   Mer 08 Nov 2017, 03:56

"Luc", qui a sans doute pressenti la difficulté, ajoute (20,38): "car pour lui tous sont vivants" -- ce qui certes n'avance guère la cause de la "résurrection", mais suggère au moins l'idée d'une "vie-après-la-mort". Avec ou sans cet ajout (// Marc 12,18ss; Matthieu 22,23ss), bien sûr, la récupération de l'argument en faveur de la "résurrection" (en principe "corporelle", sinon "de la chair") reste bancale, cf. "comme des anges au ciel".

Comme on l'a déjà dit ailleurs, la description purement négative de la mort chez le tard-venu Qohéleth ne doit pas s'extrapoler telle quelle (façon TdJ) à toute "la Bible", ni même à tout l'AT. Non seulement Daniel (qui est sans doute encore plus tardif et ne pèse évidemment pas lourd pour les sadducéens) enseigne très clairement la résurrection (chap. 12), mais dans des textes plus anciens le she'ol ou "séjour des morts" souterrain n'exclut pas une certaine "vie des morts" (d'où la nécromancie, interdite dans la Torah mais pas niée pour autant, cf. 1 Samuel 28; cf. aussi les "scènes de séjour des morts" comme Isaïe 14). Quand les psaumes (p. ex. 6,5) disent que les morts ne louent pas Yahvé, ça signifie tout simplement qu'ils ne participent plus au culte rendu par les vivants (avec un petit côté chantage: tu as intérêt à nous garder en vie si tu tiens à ton culte). La monolâtrie (culte d'un seul dieu) ou le monothéisme compliquent sans doute le rapport des morts au divin en regard du riche polythéisme antérieur, où il y avait des divinités "infernales" (dans la région, Mot, Resheph, Dagan ou Melqart selon les lieux et les époques) en plus des divinités célestes, de même qu'en Egypte ou en Mésopotamie. Yahvé lui-même a pu être un dieu tantôt infernal et tantôt céleste, selon un cycle de mort et résurrection correspondant à la saison sèche et à la saison des pluies, à l'instar de son "cousin" Baal-Hadad (et d'Osiris en Egypte ou de Tammouz en Mésopotamie). Même au Yahvé de la Bible le she'ol n'échappe pas nécessairement (cf. Psaume 139).  
___

Pour revenir sur la remarque de free à propos de "la réalité (ou la vie) sans moi", il suffit (comme le disait lct il n'y a pas longtemps, je crois) de penser à la réalité ou à la vie d'avant ma naissance ou même à celle de la pièce d'à côté (va donc voir là-bas si j'y suis) pour que cette "perspective", si l'on peut dire, perde soudain son aspect inquiétant... imaginé comme l'avant-sans-moi ou l'ailleurs-sans-moi, l'après-sans-moi n'a rien de terrifiant -- c'est même souvent le contraire. C'est le "plus-jamais-moi" qui est angoissant, vu sous un certain angle, mais que l'on peut aussi déplacer: tant de "moi(s)" que j'ai été et qui ne sont plus, ceux dont je crois me souvenir et ceux que j'ai tout à fait oubliés; tant de "moi(s)" qui dans mon sommeil ne se sont pas manqué; tant de "moi(s)" à venir chez d'autres (hélas pour eux, ajouterait peut-être Qohéleth).
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MessageSujet: Re: Mieux vaut aller à une maison de deuil   Mer 08 Nov 2017, 10:45

Citation :
Certes, c'est terrifiant à première "vue" mais si on ne détourne pas trop vite le regard, si l'on s'astreint tant soit peu à soutenir l'insoutenable (ce qui est d'autant plus facile, voire inévitable, qu'on a perçu la vanité des stratégies d'évitement et des "consolations" factices, que de fait elles ne nous sont plus accessibles), ça devient aussi merveilleusement apaisant et joyeux. Car de ce point de vue il apparaît aussi que tout ce qui a fait l'intérêt de "ma vie", ce n'était précisément pas "moi".

Le "croyant" est d'autant plus "croyant", le "scientifique" d'autant plus "scientifique", l'"artiste" d'autant plus "artiste", le "penseur" d'autant plus "penseur" qu'il ne lorgne pas sans cesse sur lui-même mais s'intéresse, vraiment, à ce qui n'est pas "lui" ("Dieu", "la nature", "la création" ou "la pensée"). Et par là même sa "mort", comme son "moi", lui deviennent accessoires.

Narkissos,

Ton analyse est une vraie thérapie, merci pour cette consultation. Very Happy
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MessageSujet: Re: Mieux vaut aller à une maison de deuil   Mer 08 Nov 2017, 13:16

Loin de moi l'exercice (illégal, fût-il gratuit) d'une thérapie quelconque ! ;)

Mais comme "penser la mort" c'est toujours penser sa mort à travers (ou dans le miroir de) celle des autres (d'où l'intérêt sapiential de la "maison de deuil" -- et d'un deuil qui inclut pour moi la mort de "l'animal"), il n'y a en la matière qu'un partage ou un témoignage d'expérience imaginaire, à éprouver ou à expérimenter par soi-même.

Je sais, je l'ai souvent dit, que les consolations "objectives" à la Lucrèce (où je suis la mort n'est pas, où la mort est je ne suis pas) ne me sont d'aucun secours alors que de toute évidence elles conviennent parfaitement à d'autres. Pour moi, l'angoisse (imaginaire) de la mort ne se résout, même provisoirement, que dans une sorte de déconstruction (également imaginaire) de "moi" ou, ce qui revient au même, par une compréhension ou une intuition de "moi" comme construction imaginaire qui produit l'angoisse de sa mort comme elle la ressent.

Cela en tout cas n'est nullement atteint par un "savoir objectif" (qu'il soit de type scientifique, biologique p. ex., ou de type dogmatique, comme l'enseignement d'une autorité religieuse sur ce que serait "vraiment" la mort). Néanmoins l'objectivité compte: qu'il y ait hors de "moi" une réalité qui ne m'a pas attendu pour exister et qui subsistera sans "moi", quand même "je" n'aurais fait que l'effleurer, ce n'est assurément pas rien pour "moi". (J'avais un jour parodié la formule des Pastorales, "je sais en qui j'ai cru", en "je sais en quoi je meurs": là aussi il y va d'un certain "savoir", même s'il n'est pas "objectif"; d'ailleurs il y a -- objectivement ? -- du subjectif dans tout "savoir", scientifique ou dogmatique.)

Bien sûr, une "déconstruction du moi" dans une "pensée de la mort" a d'autres effets que l'apaisement éventuel (anxiolytique). Dans la mesure, si réduite soit-elle, où elle s'effectue, elle libère (ne serait-ce qu'un peu) du désir et de la crainte, de la carotte et du bâton. Qui pense tant soit peu sa mort devient quelqu'un ou quelque chose de plus difficile à manipuler et à exploiter, y compris par lui-même -- et de ce point de vue l'expression "libérer du désir" devient équivoque: on peut l'entendre dans un sens de genre bouddhique, stoïcien ou chrétien, comme "libérer de l'asservissement au désir"; mais aussi comme libération d'une énergie insoupçonnée, d'un désir qu'on ne se savait même pas désirer, et qui est en même temps désir de vie et de mort (les deux sont liés dans la "volonté de puissance" nietzschéenne, ou dans le Todestrieb freudien qui vient déjouer le jeu réglé du "principe de plaisir" et du "principe de réalité"). Les conséquences, en "bien" comme en "mal" et de tous les points de vue, sont incalculables. On comprend qu'aucun "système", philosophique ou religieux, politique toujours à sa façon, n'encourage une "pensée de la mort" sans la baliser ou la canaliser de toute sorte de "garde-fous" dogmatiques. Et qu'une modernité incapable d'être lucidement dogmatique débouche sur une occultation quasi totale de cette pensée, ce qui est encore la meilleure façon de gérer un troupeau docile dont chaque membre doit s'apercevoir le plus tard possible qu'il va mourir.
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MessageSujet: Re: Mieux vaut aller à une maison de deuil   Jeu 09 Nov 2017, 15:17

L'an passé comme nous rentrions à Genève une amie nous proposa de nous arrêter à Céligny petit village genevois enclavé dans le canton de Vaud (au bord du lac Léman) et de visiter le vieux cimetière, car il en existe en effet deux pour cette petite agglomération. La route, goudronnée, qui mène aux 2 cimetières, permet d’atteindre le plus récent sans difficulté, tandis que la plus ancien n’est desservit dans la dernière partie du chemin que par un voie en terre parsemée de cailloux ; de plus il est situé un peu plus bas que la route ce qui rend délicat son accès par temps humide.  

C'est dans ce cimetière ancien, peuplé de quelques tombes, qu'est enterré Richard Burton. Je m'attendais à découvrir une tombe importante, imposante mais en fait elle n'est composée que d'une dalle horizontale sur laquelle des passants ont déposé quelques fleurs ainsi qu'un drapeau gallois. Une pierre tombale verticale sur laquelle sont inscrits le nom du défunt ainsi que les dates de sa naissance et de sa mort.

Devant tant de simplicité et de dépouillement je suis resté sans voix et ai ressenti une intense émotion. Derrière les tombes un muret séparait le cimetière du bois qui l'entourait en partie, une pente menait à une petite rivière. Il régnait un calme apaisant dérangé par les cris timides de petits oiseaux, les feuilles bougeaient dans le vent avant de tomber sur les tombes comme un ultime hommage rendu aux morts reposants en ce lieux.

Pour la première j'ai ressenti, ce jour-là, la sensation que la mort peut être belle, voire romantique.
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MessageSujet: Re: Mieux vaut aller à une maison de deuil   Jeu 09 Nov 2017, 15:56

Par association d'idées en chaîne, Richard Burton me rappelle La nuit de l'iguane (un de ses meilleurs rôles) et sa réplique au moment de la mort du vieux poète: "God played God and set him free", (pour une fois) Dieu a joué à Dieu et l'a libéré -- écho de la libération de l'iguane capturé, "let's play God", (pour une fois) jouons à Dieu...

Je me faisais une réflexion similaire cet été, dans le vieux cimetière d'un petit village perché sur une colline des Cévennes: les tombes aux noms effacés, reprises par la végétation naturelle, étaient encore les plus joliment fleuries (de l'oubli plus fidèle, plus juste et plus miséricordieux que la mémoire).

Et puis je me souviens de la réflexion d'une TdJ qui m'avait été rapportée par une amie, à propos de l'automne: "Jéhovah nous prépare si doucement à la mort." (Comme quoi même dans un dispositif construit sur la peur de la mort et destiné à en conjurer la pensée, celle-ci peut faire tranquillement son chemin.)
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