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 Que signifie être une personne spirituelle ?

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Narkissos

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MessageSujet: Re: Que signifie être une personne spirituelle ?   Lun 04 Déc 2017, 21:18

Ce qui domine à mon sens dans l'épître aux Hébreux (air connu !), c'est le rapport (simili-platonicien) de l'éternité au temps qui (sur-)détermine le sens de tous les autres rapports: ce qui se joue éternellement dans le Fils ("engendré aujourd'hui", selon le psaume 2) se traduit sur le plan temporel (le monde des "ombres") depuis la création des âges-mondes (1,1ss), dans le statut de l'homme générique image de Dieu et supérieur aux anges malgré les apparences (chap. 2), dans les sacrifices du temple, dans la figure de Melchisédeq et finalement (à la fin des temps) en Jésus-Christ, par ses souffrances et sa mort qui l'identifient au Fils éternel. Il y a une seule réalité éternelle derrière tout ça et c'est la participation à celle-ci, aujourd'hui, qui "sauve", en faisant accéder les croyants à la condition de "fils" qui est donnée une fois pour toutes dans le Fils éternel et nulle part ailleurs. Dans cette économie "l'Esprit" joue un rôle, mais (en effet) assez secondaire ou mineur par rapport à d'autres textes: service des élus dans le cas des "anges" (1,14), témoignage miraculeux (2,4) ou scripturaire (3,7; 9,8; 10,15), participation du temporel à l'éternel (dans les deux passages "négatifs", 6,4; 10,29), élément décisif de l'offrande du Christ (et alors on parle d'Esprit éternel, 9,14), enfin "destination" éternelle des élus (12,9.23); on pourrait en rapprocher 4,12 mais c'est loin d'être évident, puisque "l'âme" (psukhè) distinguée formellement de "l'esprit" (pneuma) est aussi du côté du salut, 10,38s, contrairement à 1 Corinthiens 2 ou 15 où le "psychique" s'oppose au "pneumatique" (voir supra).

Chez "Paul", c'est plus compliqué et moins cohérent, parce que des images différentes et à la lettre incompatibles entre elles se côtoient et se heurtent, sans principe herméneutique régulateur qui permettrait de les hiérarchiser les unes par rapport aux autres, d'en désigner une comme un "signifié" central par rapport auquel les autres ne seraient que des signifiants ou des métaphores périphériques. Ça tient aussi au fait qu'on n'a pas affaire à une seule épître ou à un seul traité, mais à une pensée qui évolue considérablement d'un texte à l'autre, de 1 Corinthiens à Romains ou Galates, même sans compter les "deutéro-pauliniennes" (Colossiens-Ephésiens); et dont le cadre conceptuel (la "philosophie" sous-jacente, si l'on veut) est nettement moins structuré que celui de l'épître aux Hébreux. L'image qui s'impose tout d'abord, c'est celle d'un Fils de Dieu mort et ressuscité dans lequel les croyants sont inclus comme "membres" ou parties de son "corps", dont il est désormais "l'esprit" (1 Corinthiens 6; 10--12). Mais en même temps cette "nouveauté" apparente renvoie à l'"origine", puisque ce Fils de Dieu n'est autre que le "vrai" Adam, homme-image-de-Dieu, le "céleste" et "spirituel" plus "original" bien qu'il apparaisse en second, et par rapport auquel le "premier Adam" terrestre est en fait secondaire (1 Corinthiens 15 -> Romains 5). Tout cela tend à inscrire la filialité divine dans la "nature" la plus profonde de "l'homme", même si elle ne se révèle qu'à la fin. On est fils avant de le savoir par l'Esprit et d'en exercer tous les droits (Galates 4). Pourtant ça n'empêche pas qu'il soit aussi question d'un devenir-fils, non par "engendrement" (comme dans le johannisme) mais par un processus juridique a priori radicalement contraire, à savoir l'"adoption" -- au sens ordinaire du mot, c'est précisément celui qui n'est pas "fils" par nature, de naissance et par "essence", qui peut être "adopté" par un acte juridique. Il y a donc un certain "fouillis conceptuel" dont les éléments ne se laissent pas facilement ranger en doctrine cohérente.

Il faut toutefois noter que "Paul" ne parle pas non plus d'"engendrement" pour le "Fils de Dieu" (contrairement à l'épître aux Hébreux et à ce qu'impliquent les autres citations du psaume 2, dans les évangiles synoptiques, au Baptême ou à la Transfiguration). Et qu'en Romains 1,3s il y a une formule assez curieuse, qui n'est pas sans rappeler le concept d'"adoption": le Fils de Dieu est "devenu de la descendance de David selon la chair et désigné (proprement déterminé ou destiné, horisthentos, du verbe horizô d'où vient notre "horizon") Fils de Dieu en puissance selon l'esprit de sainteté par sa résurrection d'entre les morts". En Actes 13,33 l'"engendrement" du Fils, d'après le psaume 2, est aussi identifié à la résurrection: c'est une idée "adoptianiste" assez répandue dans certains courants du christianisme primitif, l'homme Jésus devient Fils de Dieu. Dans les épîtres pauliniennes au contraire, le Fils de Dieu l'est dès le départ, "Dieu a envoyé son Fils", et cette idée se combine avec un certain "docétisme" (le Fils de Dieu n'a jamais eu que la ressemblance de la chair, Romains 8,4; Philippiens 2,6ss); cela suggère que l'"adoption" paulinienne (huiothèsia) pourrait être comprise dans un sens analogue de "manifestation finale" d'une filialité originelle -- ce qui correspondrait au moins très bien au sens futur de 8,23: une "adoption" à venir pour ceux qui sont déjà des "fils" (voir tout le chapitre), ça ne peut être rien d'autre que la pleine manifestation de ce qu'ils sont -- contrairement au sens banal de l'"adoption"; dans ce verset l'"adoption" est d'ailleurs "expliquée" par la formule "la rédemption de notre corps". Ce sens particulier (presque un contresens) de l'"adoption" comme "manifestation finale de la qualité de fils" s'impose avec le plus d'évidence en 8,23, mais il me semble compatible avec les autres occurrences pauliniennes (au sens large) du mot (v. 15; 9,4; Galates 4,5; Ephésiens 1,5).
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MessageSujet: Re: Que signifie être une personne spirituelle ?   Mer 06 Déc 2017, 15:03

L'histoire des deux femmes d'Abraham, Agar et Sara et l'image des deux alliances (Ga 4:21-31) me semblent être un coup de génie de l'apôtre Paul, notamment avec l'idée qu'Isaac serait "né selon l'Esprit".

"Et vous, frères, comme Isaac vous êtes enfants de la promesse. Mais, de même que celui qui était né selon la chair persécutait alors celui qui était né selon l’Esprit, ainsi en est-il encore maintenant. Eh bien ! que dit l’Ecriture ? Chasse la servante et son fils, car il ne faut pas que le fils de la servante hérite avec le fils de la femme libre. Ainsi donc, frères, nous ne sommes pas les enfants d’une esclave, mais ceux de la femme libre." (4,28-31)
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Narkissos

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MessageSujet: Re: Que signifie être une personne spirituelle ?   Mer 06 Déc 2017, 15:26

C'est en effet une "exégèse" très subtile, voire perverse, qui revient à retourner le texte de la Torah contre le "judaïsme" et à dénier à "Israël" sa propre ascendance distinctive: ce qui avait déjà été fait dans le cas d'Abraham proclamé "père de la foi" et donc de tous les "croyants" en Romains se répète à la génération suivante, là où Isaac, père de Jacob-Israël, est distingué du reste de la "descendance d'Abraham" (Ismaël): désormais Isaac n'est plus "père" de l'Israël selon la chair mais selon l'esprit <=> des chrétiens. Et le judaïsme est renvoyé du côté d'Ismaël, le fils rejeté avec la mère-esclave (Agar = Sinaï). L'"allégorie" tarabiscotée traduit un antijudaïsme violent, qui spolie le judaïsme du nom même d'Israël (cf. l'"Israël de Dieu" un peu plus loin).

Ce qui m'incline à voir dans l'épître aux Galates le texte le plus (proto-)marcionite du corpus paulinien -- elle est en tout cas beaucoup plus proche de Marcion que l'épître aux Romains (cf. aussi la Loi distinguée de "Dieu" par la médiation des "anges" et du "médiateur" -- on n'est pas loin d'un second dieu).
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MessageSujet: Re: Que signifie être une personne spirituelle ?   Ven 15 Déc 2017, 17:23

La réponse de Paul s'énonce, au niveau des personnalités corporatives : en Adam, l'être humain est un sôma psychique; dans le Christ, l'être humain devient un sôma pneumatique. De nouveau, la persistance de l'emploi de sôma après la résurrection étonne. Elle pose l'existence d'un corps spirituel (de l'équivalent latin de pneuma : spiritus) ou spiritualise, d'une matière devenue esprit, ce qui est une contradiction logique en langue et civilisation grecques. Elle pose surtout la notion qu'en anthropologie paulinienne le corps n'est pas une partie du tout humain, incompatible avec sa spiritualisation progressive et « larguable » dans la résurrection, mais le tout d'un être corporel qui, d'abord psychique en Adam devient pneumatique à son passage à l'in-corpo-ration dans le Christ.
La construction de l'opposition psychique /pneumatique a encore plus à nous apprendre. Telle que réfléchie de Gn .2,7, sa formulation ne peut se transcrire en opposition âme/esprit, littéralement correcte au niveau de la langue grecque, corps/esprit ou chair/esprit. Si nous souhaitons la lire à travers l'anthropologie grecque, il faut écrire : corps et âme psychiques par rapport à corps et âme pneumatiques.



Nous apprenons de cette construction que Paul oppose ici deux états possibles de la personne humaine, qu'il désigne par « corps », deux registres de vie. Encore ici, nous pourrions les transcrire en état de « nature » et état dans le Christ, à condition de ne pas oublier que la dichotomie nature/surnature n'existe pas dans la Bible. Ce que nous appelons surnature et spirituel par rapport à matériel n'existent pas sinon dans ce que nous appelons nature et matériel. Psychique/pneumatique comme attributions d'un seul et même corps demeure la seule distinction que Paul établit dans sa vision de l'être humain.




Les versets 46 à 49 développent la citation de la Genèse. Ils nous amènent, par la discursivisation du passage entier, à la conclusion que l'image du Christ, lui-même image parfaite de Dieu (2 Co 4,4; 3,18) porte sur le tout du moi humain corporel. Nous rejoignons 1 Co 6,13b : « le corps est pour le Seigneur et le Seigneur pour le corps ». Nous nous éloignons de l'univers des Pères de l'Eglise où la relation à Dieu se jouait à la fine pointe de l'âme, où tout l'effort de la vie humaine consistait à dégager l'image de Dieu enfouie au fond de cette âme envahie par le péché. Heureusement, nous n'avons pas à renoncer aux magnifiques écrits de ce type dans la littérature patristique, mais à voir sur quelle dichotomie corps/âme ils sont étayés. C'est contre leurs déviations, du côté de l'indignité et des abjectes servitudes du corps à réprimer, que le réalisme biblique apporte un bienheureux assainissement.



https://www.erudit.org/fr/revues/theologi/1997-v5-n2-theologi1871/024948ar.pdf
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MessageSujet: Re: Que signifie être une personne spirituelle ?   Ven 15 Déc 2017, 19:31

Ce qu'il ne faut pas perdre de vue à propos du "corpus paulinien" -- qu'on l'attribue d'ailleurs à un seul "auteur" ou à plusieurs, ce n'est pas le critère déterminant puisqu'un même auteur peut avoir changé d'un texte à l'autre -- c'est justement que la définition des concepts qui se dégage d'un texte ne vaut pas nécessairement pour un autre.

En l'occurrence, l'opposition psukhè-psyché-anima-âme/pneuma-spiritus-esprit n'apparaît qu'en 1 Corinthiens (chap. 2 avec les adjectifs correspondants et 15 avec les substantifs); par contre, l'opposition sarx-caro-chair/pneuma-spiritus-esprit est beaucoup plus constante (Romains, Galates etc.). Il ne s'ensuit pas qu'elles soient exactement superposables, encore moins qu'il faille interpréter la plus fréquente "à la lumière de" la plus rare (celle-ci fût-elle chronologiquement la première: un concept peut être abandonné en chemin et alors l'abandon est aussi significatif que le concept).

Dans le même ordre d'idées: la notion de corps spirituels au pluriel (sômata [pneumatika]) n'apparaît qu'en 1 Corinthiens 15; celle qui demeure dans Romains et se transforme au-delà est celle du corps unique du Christ (le fait que le Christ en devienne la tête en Colossiens-Ephésiens favorise la distinction et la médiation d'un "esprit" qui ne se "confonde" plus avec le Christ, comme c'était le cas en 1 et 2 Corinthiens: Christ-esprit, Christ-corps). En outre, tout le parallèle Adam-Christ est déplacé du contexte restreint de la "résurrection" en 1 Corinthiens 15 à un contexte théorique beaucoup plus général en Romains 5: deux types d'"humanité" si l'on veut. Où la "résurrection" n'est plus que le moment du "passage" de l'un à l'autre, non plus (seulement) futur, mais passé dans l'événement fondateur qu'est "la résurrection du Christ" et actualisé ou ritualisé dans le baptême (chap. 6).

En somme, ce qu'une "théologie biblique" harmonisante a tendance à prendre pour des enseignements à valeur permanente (qu'il suffirait juste de concilier et d'organiser entre eux, même si ce n'est pas une mince affaire) peut aussi bien se lire comme des tentatives de pensée qui finissent en impasse (ce qui ne les rend pas moins intéressantes, au contraire, mais devrait dissuader de les intégrer dans une "synthèse").

Enfin il faut noter que le mot et le concept de "matière" (hulè), si importants dans des sens différents pour la pensée grecque (Platon et Aristote notamment), sont totalement absents de la pensée paulinienne (et même de l'ensemble du NT: le mot n'apparaît qu'en Jacques 3,5 avec le sens concret de "bois" -> forêt). Donc parler de "spiritualisation de la matière" c'est déjà sortir du champ lexical et conceptuel du texte (tout autant que de parler de "naturel" et de "surnaturel"). Ce qui s'en rapprocherait le plus à la rigueur en 1 Corinthiens 15, c'est le terme "fait de poussière" (khoikos > khous = poussière, v. 47ss) dérivé de Genèse 2--3 (l'homme formé de la poussière retourne à la poussière); mais là encore, on ne peut pas si facilement sauter de l'image spécifique et concrète d'un texte au concept générique et abstrait de "matière".
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