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 Joseph Franklin Rutherford

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MessageSujet: Joseph Franklin Rutherford    Lun 29 Jan 2018, 14:17

Joseph Franklin Rutherford (peut-être le véritable fondateur des TdJ) est une personnalité qui m'a toujours fasciné, de nombreux témoignages le dépeignent comme "un homme autoritaire, orgueilleux, misogyne, alcoolique, qui cherchait la polémique, se complaisait dans le luxe et était coureur de jupons" (http://www.tj-encyclopedie.org/Joseph_Rutherford), pourtant la Watchtower s'évertue a le décrire comme un homme de caractère mais humble devant Dieu :

 
Ferme, mais humble
À l’assemblée des Étudiants de la Bible (appelés aujourd’hui Témoins de Jéhovah) tenue en 1919 à Cedar Point, dans l’Ohio, aux États-Unis, Joseph Rutherford, qui avait alors 50 ans et qui supervisait l’œuvre, s’est avec plaisir porté volontaire pour être groom : il conduisait les frères jusqu’à leurs chambres et portait leurs bagages. Le dernier jour de l’assemblée, il a électrisé son auditoire de 7 000 personnes en leur adressant les paroles suivantes : ‘ Vous êtes des ambassadeurs du Roi des rois et Seigneur des seigneurs, vous annoncez la venue du glorieux Royaume de notre Seigneur. ’ Si frère Rutherford était un homme aux convictions très fermes, connu pour parler catégoriquement et sans détour de ce qu’il tenait pour la vérité, il était véritablement humble devant Dieu, ce qui se percevait souvent dans les prières qu’il prononçait lors du culte matinal au Béthel.
https://wol.jw.org/fr/wol/d/r30/lp-f/2004562#h=45:0-47:882


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Narkissos

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MessageSujet: Re: Joseph Franklin Rutherford    Lun 29 Jan 2018, 14:37

Sur les apories de l'"humilité", surtout comme "vertu", voir ici.

Le plus orgueilleux, vaniteux, prétentieux, présomptueux, arrogant, etc., peut être "humble devant Dieu", si ça se trouve. Mais "Dieu" serait le seul à le savoir... L'ostentation d'humilité jouerait plutôt en sens contraire, mais là encore ce n'est qu'une présomption, pas une preuve.
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MessageSujet: Re: Joseph Franklin Rutherford    Lun 29 Jan 2018, 15:31

Narkissos a écrit:
Sur les apories de l'"humilité", surtout comme "vertu", voir ici.

Le plus orgueilleux, vaniteux, prétentieux, présomptueux, arrogant, etc., peut être "humble devant Dieu", si ça se trouve. Mais "Dieu" serait le seul à le savoir... L'ostentation d'humilité jouerait plutôt en sens contraire, mais là encore ce n'est qu'une présomption, pas une preuve.

 Il est plus facile d'être humble devant Dieu (ça ne coute pas grand chose) que devant son entourage.

La Tour de Garde, 1er décembre 1993, p. 18, § 17, article "Humilité: des exemples à suivre", place Rutherford comme un exemple d'humilité Shocked :
"Joseph Rutherford (...) a été un courageux défenseur de la vérité biblique et en particulier du nom de Jéhovah. Bien que connu comme étant le juge Rutherford, il était humble de cœur. Un jour, il a eu des propos dogmatiques sur ce que les chrétiens pouvaient attendre pour 1925. Les événements n’ayant pas répondu à son attente, il a humblement dit à la famille du Béthel de Brooklyn qu'il s'était entièrement trompé."

Imposer une activité sans y participer me semble être le comble :

L'ancien membre du Collège Central Raymond Franz affirme qu'il n'existe aucune preuve que Rutherford se soit engagé dans l'activité de la prédication de porte-à-porte, alors que lui-même présenta cette activité comme étant une exigence et un devoir sacré pour tous les Témoins. Franz affirme avoir entendu des associés de Rutherford dire que "ses responsabilités en tant que président ne lui permettaient pas de s'engager dans cette activité".
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Narkissos

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MessageSujet: Re: Joseph Franklin Rutherford    Lun 29 Jan 2018, 16:17

C'est tout le problème de l'humilité-vertu (voir le lien supra): ou bien on est vraiment humble et on l'est naturellement, sans effort et sans mérite; ou bien c'est "difficile" et alors c'est aussi "faux".

Les TdJ doivent tout à Rutherford: leur nom, leur "identité", leur organisation, leur socle de croyances et de pratiques distinctives. C'est un ancêtre embarrassant à beaucoup d'égards, mais difficile à oublier, surtout à l'ère d'Internet; d'autant qu'aucun de ses successeurs depuis 75 ans n'a été aussi "marquant" que lui, et de très loin. Il est plus que délicat d'en faire un "saint", mais impossible de ne jamais en parler. A la limite, ses défauts personnels peuvent servir à mettre en valeur le "progrès" que représente l'organisation de plus en plus collégiale, anonyme, impersonnelle, machinale, qui lui a succédé; mais on ne peut pas trop l'accabler non plus car c'est lui qui l'a inventée.

Nietzsche, qui dénonçait avant tout dans le christianisme et plus largement dans l'Antiquité tardive une tendance au nivellement qu'il voyait, non pas culminer, mais atteindre son point le plus bas à son époque, serait sans doute étonné des "progrès" qu'en la matière nous avons faits depuis. Nous ne tolérons plus de gens ni de comportements extra-ordinaires: qu'aucune tête dépasse, que personne, ni politique, ni créateur, ni penseur sorte de la norme morale et comportementale qui vaut pour "tout le monde". Nous préférons nous passer de "génie", et même de "talent", plutôt que de supporter l'exception qu'ils représentent par rapport à la médiocrité générale. A la petite échelle des TdJ c'est un peu la même chose: ils ne supporteraient plus la "personnalité" de leur fondateur.
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MessageSujet: Re: Joseph Franklin Rutherford    Mar 30 Jan 2018, 09:20

Citation :
Nous préférons nous passer de "génie", et même de "talent", plutôt que de supporter l'exception qu'ils représentent par rapport à la médiocrité générale. A la petite échelle des TdJ c'est un peu la même chose: ils ne supporteraient plus la "personnalité" de leur fondateur.

Il faut reconnaitre qu'il ne devait pas être aisé de travailler avec Rutherford, qui pouvait humilié n'importe qui, à n'importe quel moment et d'une manière assez violente. La Watchtower qui entretient le mythe "d'hommes d'exceptions" concernant ses différents présidents, transforment (c'est de bonne guerre), leurs défauts en qualités :

  "Dans sa biographie, frère Karl Klein, qui a été membre du Collège central, a raconté qu’un jour, frère Rutherford l’avait repris avec franchise. Par la suite, frère Rutherford lui a adressé un joyeux « Bonjour, Karl ! » Mais, vexé par la réprimande, frère Klein lui a répondu du bout des lèvres. Comprenant qu’il lui en voulait, frère Rutherford l’a prévenu qu’il risquait de devenir la proie du Diable. Frère Klein écrira : « Quand nous avons de la rancœur contre un de nos frères, surtout si c’est parce qu’il nous a dit quelque chose qu’il était en droit de nous dire dans l’exercice de ses fonctions, alors nous prêtons le flanc aux attaques du Diable »(https://wol.jw.org/fr/wol/d/r30/lp-f/2014287#h=24:336-24:995)



Citation :
Nous ne tolérons plus de gens ni de comportements extra-ordinaires: qu'aucune tête dépasse, que personne, ni politique, ni créateur, ni penseur sorte de la norme morale et comportementale qui vaut pour "tout le monde".


Résumant leur opinion sur Rutherford, les auteurs William Whalen et James Penton affirme qu'il était à Russell ce que Brigham Young était au prophète mormon Joseph Smith. Penton soutient que Russell et Smith étaient des chefs religieux capables, mais aussi des visionnaires naïfs, tandis que Rutherford et Young étaient des "pragmatiques durs à cuire qui ont donné un certain degré de permanence aux mouvements qu'ils ont dominés". L'auteure Barbara Grizzuti Harrison déclare: "Le Juge semble avoir eu une vie compartimentée, la personne privée et la personne publique ne fusionnèrent jamais, comme elles le firent de façon si spectaculaire en la personne de Charles Taze Russell." Sur Internet, certains critiques établissent une comparaison entre les personnalités de Rutherford et d'Al Capone.
(http://www.tj-encyclopedie.org/Personnalit%C3%A9_de_Rutherford)

Al Capone/Rutherford a dirigé (suite à un "coup d'état") un troupeau de "moutons". Ce phénomène a pu existé parce que, ceux qui acceptèrent sa domination, se considéraient comme des "esclaves" :

La morale d’esclave selon Nietzsche :

Nietzsche revient sur les thèmes développées dans la Généalogie de la morale : il s’en prend également à l’esprit de troupeau, cette propension des masses à agir sans réfléchir, à la manière des moutons de Panurge. En découle un nivellement vers le bas, une morale terne, une morale d’esclave, signe selon Nietzsche de la grave maladie contractée par notre civilisation. Face à cet esprit du troupeau, au démocratisme mou, Nietzsche en appelle à un ordre de rang, une nouvelle hiérarchie, autrement dit un perspectivisme moral selon lequel on ne peut appliquer la même morale à tous : les hommes supérieurs sont ceux qui peuvent inventer leurs valeurs, se poser et s’assumer comme supérieurs aux autres. Face à la démocratie montante, Nietzsche veut réintroduire une aristocratie intellectuelle et morale.
https://la-philosophie.com/par-dela-le-bien-le-mal-nietzsche
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MessageSujet: Re: Joseph Franklin Rutherford    Mar 30 Jan 2018, 10:15

Comme Raymond Franz l'avait bien souligné, c'était aussi l'époque de la montée des fascismes en Europe et du stalinisme en U.R.S.S. Non sans incidence en Amérique avant la guerre (cf. un L.T. McFadden qui semble avoir beaucoup influencé Rutherford, en particulier dans sa fameuse lettre à Hitler). Le culte de l'homme-fort-et-providentiel, du génie et de l'exception, de l'autorité absolue et de l'obéissance aveugle était dans l'air du temps. Nietzsche, récupéré, expurgé et défiguré par les nazis, y était malgré lui pour quelque chose, sans doute. C'est une crise que nous n'avons pas fini de digérer, du fait de ses complications ultérieures (chute brutale du nazisme allemand et du fascisme italien, mais prolongation du franquisme et du salazarisme en Espagne et au Portugal, extension du modèle stalinien à l'Europe de l'Est, résurgences dans de nouvelles dictatures, en Grèce ou en Amérique du Sud, dans le communisme chinois et coréen). Ce paroxysme autoritaire a beau avoir échoué, il continue de hanter l'histoire, et comme tentation et comme épouvantail.

Quel tyran ne pose pas en "homme du peuple", ne se fait pas représenter avec des enfants, des mères, des grand-mères, des ouvriers, des paysans, des infirmes, des miséreux ? "Il est resté tellement simple", la ficelle est si usée qu'on peut s'étonner qu'elle fonctionne toujours, mais si, elle fonctionne toujours. L'acteur se prend toujours un peu à son propre jeu, il en seulement plus ou moins dupe, plus ou moins "cynique" au sens ordinaire de ce mot. Sans doute Rutherford un peu moins dupe et plus cynique que Russell, un peu moins sincère, un peu plus conscient. Mais nous ne sommes dans la tête ni de l'un ni de l'autre.
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MessageSujet: Re: Joseph Franklin Rutherford    Mar 30 Jan 2018, 14:42

Citation :
Quel tyran ne pose pas en "homme du peuple", ne se fait pas représenter avec des enfants, des mères, des grand-mères, des ouvriers, des paysans, des infirmes, des miséreux ?

Lors du procès Moyle en 1942 fut évoqué l'autorité qu'exerçait Rutherford , Bonnie Boyd Heath témoigna qu'elle appelait Rutherford "Papa". Matthew Arnold Howlett, un autre proche de Rutherford, révéla que pratiquement tout le monde à l'époque au Béthel, l'appelait "Papa". Ainsi, au moins au Béthel de Brooklyn, Rutherford semblait exercer son emprise au point de prendre symboliquement la place du Père. On peut noter que Joseph Staline fut aussi appelé "Père des peuples" et "Grand Guide des peuples".


Des hommes comme Knorr et Franz, qui étaient ses subordonnés immédiats, savaient certainement toutes ces choses, mais comme ils pensaient que ce bon vieux Joe était l’“ oint de Dieu ”, ils étaient très indulgents. Dit plus clairement, ils voyaient Rutherford constamment ivre, commettant l’adultère, faisant du mal à pratiquement tout le monde autour de lui et provoquant des dégâts partout où il passait. Mais, comme ils pensaient que c’était Dieu qui l’avait mis à la place qu’il occupait, ils ne voulaient rien faire pour retirer toute responsabilité à ce déchet. Ils croyaient apparemment que Rutherford était comme le roi infidèle Saül, et ils refusaient de toucher à “ l’oint de Jéhovah ”.
http://www.freeminds.org/foreign/automatique.htm
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MessageSujet: Re: Joseph Franklin Rutherford    Mar 30 Jan 2018, 19:58

Le côté "moralisateur" de cette critique m'amène, par un chemin sinueux, à corriger mon hyperbole antérieure: les TdJ ne doivent pas tout à Rutherford, même s'ils lui doivent l'essentiel de leur "identité" collective. Outre les négations russellistes qui le précèdent (pas de Trinité, d'immortalité de l'âme, d'enfer, etc.), on ne peut pas lui mettre sur le dos, sauf erreur chronologique de ma part, la discipline rigoriste de l'organisation, son système "judiciaire", ses procédures d'"exclusion" inquisitoriales. Ni une aberration comme l'interdiction des transfusions sanguines (et un temps des vaccins et des greffes d'organes), fruit d'un esprit théorique déconnecté de toute réalité humaine ou même "politique", qui ressemble beaucoup plus à celui de F.W. Franz que de J.F. Rutherford. Tout cela, si je ne m'abuse, est venu après ce dernier, c'est un produit de la machine et de ses hommes de l'ombre, irréprochables au titre de la morale privée; et si cela n'a pas modifié en profondeur l'"identité" jéhoviste, cela a fait beaucoup plus de dégâts humains et affectifs que ceux qui sont directement imputables au présumé alcoolique, lubrique, tyrannique et cynique JFR. On ne peut pas tout avoir, même pas tous les défauts à la fois.
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MessageSujet: Re: Joseph Franklin Rutherford    Mer 31 Jan 2018, 09:24

En fait la discipline est devenue plus rigoriste, de plus la protection de l'institution est au centre des préoccupations des dirigeants actuels.
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MessageSujet: Re: Joseph Franklin Rutherford    Mer 31 Jan 2018, 10:39

Narkissos a écrit:
Le côté "moralisateur" de cette critique m'amène, par un chemin sinueux, à corriger mon hyperbole antérieure: les TdJ ne doivent pas tout à Rutherford, même s'ils lui doivent l'essentiel de leur "identité" collective. Outre les négations russellistes qui le précèdent (pas de Trinité, d'immortalité de l'âme, d'enfer, etc.), on ne peut pas lui mettre sur le dos, sauf erreur chronologique de ma part, la discipline rigoriste de l'organisation, son système "judiciaire", ses procédures d'"exclusion" inquisitoriales. Ni une aberration comme l'interdiction des transfusions sanguines (et un temps des vaccins et des greffes d'organes), fruit d'un esprit théorique déconnecté de toute réalité humaine ou même "politique", qui ressemble beaucoup plus à celui de F.W. Franz que de J.F. Rutherford. Tout cela, si je ne m'abuse, est venu après ce dernier, c'est un produit de la machine et de ses hommes de l'ombre, irréprochables au titre de la morale privée; et si cela n'a pas modifié en profondeur l'"identité" jéhoviste, cela a fait beaucoup plus de dégâts humains et affectifs que ceux qui sont directement imputables au présumé alcoolique, lubrique, tyrannique et cynique JFR. On ne peut pas tout avoir, même pas tous les défauts à la fois.


Narkissos,

Ce qui me fascine (sans considérations morales) chez Rutherford, c'est la vigueur de sa personnalité et sa détermination à lutter pour s'emparer de la présidence de la Watch Tower et être le chef absolu de cette organisation. J'ai le sentiment par moment d'avoir affaire à un "parrain" (même si c'est réducteur), il s'est débarrassé de ses opposants, il a entrepris une  "dérussellisation" afin de disparaître l'ombre du fondateur et il fit construire une luxueuse villa sur les hauteurs de San Diego en Californie, qu'il nomma la maison de Beth-Sarim ou "maison des princes" ... Mais je suis d'accord avec toi, le binôme N.Knorr et F.Franz (l'oracle de Dieu"), sont à l'origines des positions les plus radicales de la Watch Tower. F.Franz était la source de toute "nouvelle lumière" et, sauf en cas très rares de véto de la part de Knorr quand ce dernier était président, il décidait de toutes les questions bibliques.


Franz avait peu de réalisme sur les difficultés de la vie et se montrait parfois fataliste envers les tragédies; par exemple, lorsqu'il prononça le discours d'enterrement de son petit neveu âgé de 34 ans, il ne parla quasiment pas du défunt et transforma le service funéraire en prétexte pour exposer la doctrine de l'organisation. De même, Franz avait expliqué en 1980 que lorsque sa mère l'avait averti en 1939 de la mort de son père, il lui avait répondu qu'il n'assisterait pas aux funérailles afin de ne pas délaisser les activités d'édition du Béthel; il y assista finalement car sa mère avait téléphoné en colère à Joseph Rutherford pour lui dire de changer d'avis. Raymond Franz pense que cela reflétait "sa formation et une vie d'autodiscipline contre toute forme d'intense sentiment pour toute autre chose que les "intérêts théocratiques""; il regrette qu'un homme si détaché du monde et ayant peu de sens pratique ait eu tant de responsabilités dans des décisions touchant à des domaines dans lesquels il n'avait aucune expérience individuelle. Certes, ce n'était pas un "ermite" car il acceptait les invitations à déjeuner, mais était toujours traité différemment des autres invités et, lors de ces repas, les discussions étaient très éloignées des sujets d'occupations ordinaires.
http://www.tj-encyclopedie.org/Frederick_Franz
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MessageSujet: Re: Joseph Franklin Rutherford    Mer 31 Jan 2018, 11:09

@ lct:

L'organisation du système "disciplinaire" des TdJ (qui est toujours judicial en anglais) remonte au début des années 1950, soit environ dix ans après la mort de Rutherford. C'est un produit de la "machine", dont la direction était de fait partagée entre un businessman peu porté sur la théologie (N.H. Knorr) et une "éminence grise", un théoricien de l'ombre (F.W. Franz), qui n'est venu sur le devant de la scène que très tard et par défaut. Le grand tournant suivant dans ce domaine se situe en 1980, après l'élimination des "libéraux" (Raymond Franz etc.): à partir de cette date le système disciplinaire qui jusque-là punissait principalement des "fautes morales" (sexuelles dans la grande majorité des cas) a été de plus en plus utilisé contre les dissidents qualifiés d'"apostats", comme une arme de dissuasion massive contre toute velléité de pensée "indépendante".

Concernant les transfusions sanguines, ça a commencé un peu plus tôt, mais déjà après la mort de Rutherford (1944). Sous le règne de ce dernier, le don du sang était plutôt bien vu (exemple d'altruisme ou de générosité), même l'interdit alimentaire du sang dans les Actes était interprété de façon très classique, dans le contexte de "l'Eglise primitive", comme une "suggestion" faite aux "païens" pour faciliter la coexistence entre Juifs et non-Juifs. Voir p. ex. ici (en anglais). Bien entendu, l'interdit énoncé dès 1944 ne prenait véritablement force de "loi" interne qu'avec le système disciplinaire mis en place à la décennie suivante.

@ free: Ta description correspond assez bien à l'image que je me fais de ces trois personnalités diversement "marquantes" (Rutherford, Knorr, Franz), ce qui n'est pas étonnant puisque nous avons à peu près les mêmes "sources" (j'ai vu F.W. Franz quelquefois, mais pas d'assez près pour en avoir une idée personnelle; j'ai eu par contre la chance d'échanger un peu plus avec son neveu). Ce sont en effet des "types" assez classiques dans bien des milieux: le chef, autocrate, "parrain", tribun, charismatique, jouisseur, retors; l'homme d'affaires décideur et pragmatique; l'intellectuel ascétique absorbé dans sa théorie au point d'être inadapté à la pratique et aux relations ordinaires. Tous sont "humains" évidemment, des "spécialisations" psycho-professionnelles issues de la division des tâches et des fonctions dans toutes sortes de "sociétés". Mais dans un autre sens du mot (humain trop humain ?) le premier paraît encore le plus "humain" des trois.


Dernière édition par Narkissos le Mer 31 Jan 2018, 11:51, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Joseph Franklin Rutherford    Mer 31 Jan 2018, 11:42

Citation :
Concernant les transfusions sanguines, ça a commencé un peu plus tôt, mais déjà après la mort de Rutherford (1944). Sous le règne de ce dernier, le don du sang était plutôt bien vu (exemple d'altruisme ou de générosité), même l'interdit alimentaire du sang dans les Actes était interprété de façon très classique, dans le contexte de "l'Eglise primitive", comme une "suggestion" faite aux "païens" pour faciliter la coexistence entre Juifs et non-Juifs. Voir p. ex. ici (en anglais). Bien entendu, l'interdit énoncé dès 1944 ne prenait véritablement force de "loi" interne qu'avec le système disciplinaire mis en place à la décennie suivante.

Il faut toutefois relever que derrière ces affirmations dogmatiques se cache une doctrine fluctuante qui a subi de profonds changements au fil du temps. En effet, l'utilisation médicale du sang ne constituait pas un interdit avant la Seconde guerre mondiale; la doctrine n'a été introduite qu'en 1945, sous la présidence de Nathan Knorr, puis a été modifiée au gré des décennies, et cela alors qu'aucun nouveau verset biblique ne pouvait justifier ces revirements ou changements. Le caractère péremptoire des explications aléatoires fournies par les publications jéhovistes est souvent surprenant, voire révoltant, compte tenu des enjeux liés à cette doctrine: exclusion en cas d'acceptation de la transfusion, éventuel décès ou complications en cas de refus.

1944 : La Watch Tower affirma que les décrets contenus en Genèse 9:4 et Lévitique 17:10-14 interdisaient de manger ou de boire du sang dans les temps bibliques, que ce soit par transfusion ou par la bouche, et que cela s'appliquait "d'une manière spirituelle pour les personnes consacrées de bonne
volonté aujourd'hui, autrement connu comme "Jonadabs" des "autres brebis" du Seigneur".

1945 : Les transfusions de sang furent désormais strictement interdites, bien qu'aucune mesure punitive ne fut alors envisagée; l'application de la doctrine sur le sang fut élargie et interdit les transfusions sanguines de sang total, qu'elles soient allogéniques ou autologues.Toutefois, dans le même temps, le numéro de septembre 1945 de Vertroosting (la version néerlandaise de Consolation) déclarait exactement le contraire, aux pages 28 à 29, affirmant que "Dieu n'a jamais adopté des dispositions qui interdisent l'utilisation des médicaments, des injections ou des transfusions sanguines" (voir le scan ci-dessous).

1959 : L'auto-transfusion fut alors interdite; le sang ne devait pas être retiré du corps et stocké

1961 : En janvier, le fait d'accepter une transfusion sanguine fut désormais considéré comme un péché passible d'exclusion. The Watchtower avertit que cela peut empêcher le Témoin de vivre éternellement dans le monde nouveau: "Il peut en résulter le prolongement immédiat et très temporaire de la vie, mais le coût de la vie éternelle pour un Chrétien dédié".

http://www.tj-encyclopedie.org/Chronologie_de_la_doctrine_sur_les_transfusions_sanguines
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MessageSujet: Re: Joseph Franklin Rutherford    Mer 31 Jan 2018, 12:02

C'est bien 1945 (les déclarations de 1944 sont ambiguës; quant au "couac" néerlandais, il est peut-être involontaire, ses auteurs n'ayant pas forcément eu connaissance de la règle énoncée la même année par Brooklyn au moment où ils ont écrit leur article). Par ailleurs il ne pouvait pas y avoir de "mesure punitive" sur ce sujet quand il n'y en avait pas en général (le système disciplinaire ne s'installe qu'à partir de 1952).

(Je t'ai répondu en retard dans le post précédent.)
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MessageSujet: Re: Joseph Franklin Rutherford    Mer 31 Jan 2018, 15:03

Citation :
Ce sont en effet des "types" assez classiques dans bien des milieux: le chef, autocrate, "parrain", tribun, charismatique, jouisseur, retors; l'homme d'affaires décideur et pragmatique; l'intellectuel ascétique absorbé dans sa théorie au point d'être inadapté à la pratique et aux relations ordinaires. Tous sont "humains" évidemment, des "spécialisations" psycho-professionnelles issues de la division des tâches et des fonctions dans toutes sortes de "sociétés". Mais dans un autre sens du mot (humain trop humain ?) le premier paraît encore le plus "humain" des trois.

Ces personnalités me font penser à un texte de Mathieu (23, 4) : "lient des charges lourdes, difficiles à porter, pour les mettre sur les épaules des gens, mais eux-mêmes ne veulent pas les remuer du doigt."

Effectivement Rutherford parait le plus humain des trois, entre Nathan Homer Knorr un "homme d'affaires" et Frederick William Franz un mystique enfermé dans sa tour d'ivoire, les TdJ ont choisi de soumettre leurs vies (leur sexualité, leur santé, leur vie de famille ...) entre les mains de personnes qui prenaient des décisions depuis leurs bureaux en merisiers et leurs fauteuils en cuirs, sans se soucier des conséquences que cela pouvaient engendrer pour des millions de TdJ (notamment la persécution).



Je ne mets pas en doute la sincérité des efforts de Fred Franz dans ce domaine. Mais le résultat, je crois, illustre combien il est mal d’attribuer à tout homme, non pas la simple proposition d’un conseil ou d’un avis, mais d’une véritable décision sur des sujets qui devraient légitimement appartenir à la conscience individuelle de ceux qui étaient personnellement concernés. Aussi sincère que fut le vice-président, il est un fait incontestable que, sa vie plutôt cloîtrée au siège central dès l’âge de vingt ans l'avait en grande partie isolé de la vie vécue par les gens ordinaires 'de l'extérieur' (un terme utilisé fréquemment par le personnel du siège central de Watch Tower pour désigner la vie à l'extérieur leur communauté sélective). Les choses que connaissaient ceux qui étaientoccupés dans un emploi profane, qui avaient une maison et une famille, qui savaient ce qu’était d’être marié ou d’être parents, qui devaient faire face aux problèmes et aux difficultés de la vie quotidienne comme la plupart des gens, ne faisait presque pas partie de sa propre expérience. De ma propre relation avec lui au cours de nombreuses années, il était évident qu'il était tout à fait détaché - ou peut-être l'expression pourrait être “isolé“ - de la réalité de la vie comme vécu par une personne moyenne.
En dépit de son état de séminariste détaché de ce monde et de sa propre considération de son manque d'aspect pratique, on lui a donné la responsabilité de prendre des décisions dans une très large étendue de domaines où il n'avait aucune expérience individuelle - et dont les Écritures elles-mêmes sont pour le moins silencieuses.(A la recherche de la liberté chrétienne).
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MessageSujet: Re: Joseph Franklin Rutherford    Mer 31 Jan 2018, 21:03

Je suis tout à fait d'accord avec toi sur le sujet de l'autorité malheureuse, dans tous les sens du terme: elle fait le malheur de ceux qui l'exercent comme de ceux qui s'y soumettent (cf. Qohéleth 8,9 et sa variante coluchienne; ou la jolie formule de Madame de, je ne sais si elle est de Max Ophuls ou de Louise de Vilmorin: les geôliers aussi passent leur vie en prison). Le problème, comme tu l'as fort bien compris, c'est qu'il y a précisément de la part de ces derniers une demande, un désir et un "besoin" de ce type d'autorité. Dostoïevski a tout dit là-dessus dans le fameux passage du "Grand Inquisiteur", dans Les frères Karamazov.

Je serais sans doute un peu plus indulgent pour le "profil" attribué à F.W. Franz, sans doute parce qu'il correspond à des tendances que j'ai partiellement reconnues en moi, à certains moments du moins. Et peut-être encore plus chez des gens que j'ai connus par la suite, ecclésiastiques et théologiens surtout, que j'ai malgré tout appris à apprécier et à aimer. Je considère rétrospectivement que j'ai eu beaucoup de chance d'exercer très peu d'"autorité" au cours de ma vie, et chez les TdJ et après -- j'ai fait instinctivement ce qu'il fallait pour, mais je sais très bien qu'à quelques circonstances près un tel rôle aurait pu m'échoir et que le cas échéant je n'aurais pas forcément résisté à la tentation, à la forme de "devoir" et de "responsabilité" qu'elle prend dans ce cas-là, et qu'alors je n'aurais probablement pas fait mieux qu'eux, peut-être pire...
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MessageSujet: Re: Joseph Franklin Rutherford    Jeu 01 Fév 2018, 10:06

Citation :
Je serais sans doute un peu plus indulgent pour le "profil" attribué à F.W. Franz, sans doute parce qu'il correspond à des tendances que j'ai partiellement reconnues en moi, à certains moments du moins. Et peut-être encore plus chez des gens que j'ai connus par la suite, ecclésiastiques et théologiens surtout, que j'ai malgré tout appris à apprécier et à aimer. Je considère rétrospectivement que j'ai eu beaucoup de chance d'exercer très peu d'"autorité" au cours de ma vie, et chez les TdJ et après -- j'ai fait instinctivement ce qu'il fallait pour, mais je sais très bien qu'à quelques circonstances près un tel rôle aurait pu m'échoir et que le cas échéant je n'aurais pas forcément résisté à la tentation, à la forme de "devoir" et de "responsabilité" qu'elle prend dans ce cas-là, et qu'alors je n'aurais probablement pas fait mieux qu'eux, peut-être pire...

Mon jugement porte plus sur un mode de  fonctionnement que sur des hommes, dont je ne remets pas en cause une certaine sincérité mais qui reste des "hommes" avec leurs qualités et leurs défauts, leurs points forts et leurs fragilités. Je constate que la Watch sacralise la personnalité de ses hommes, en proposant des biographie exclusivement positive, un homme "choisi" par Dieu ne peut pas avoir eu des faiblesses ou des manquements. Je reconnais qu'être dépositaire d'une certaine autorité, n'est pas facile a gérer. J'ai été "ancien" pendant 18 ans et j'ai eu des attitudes ou j'ai pris des décisions dont je ne suis pas fière aujourd'hui. Dans un système religieux les adeptes ont tendance à idéaliser leurs "chefs", à les voir plus beaux que ce qu'il s sont, avec le sentiment d'être dirigé par des hommes d'exceptions, avec une spiritualité et des capacités hors du commun. 

Raymond FRANZ résume assez bien les défauts du système Watch (Crise de conscience) :

Je pourrais comparer le Collège Central (et je l’ai souvent fait dans mon for intérieur), à un groupe d’hommes adossés à un mur, faisant face à de nombreuses personnes qui leur jettent des balles qu’ils doivent attraper et relancer. Les balles se suivaient si rapidement et étaient si nombreuses, qu’il ne restait que peu de temps pour quoi que ce soit d’autre. En fait il semblait que chaque décision d’exclusion qui était prise et envoyée, suscitait des questions supplémentaires présentant les choses sous un angle nouveau, ce qui laissait peu de temps pour la réflexion, l’étude, et des discussions et des actions vraiment positives et constructives.(...)
Aux rares occasions où une discussion purement biblique était au programme, c’était généralement pour discuter d’un ou plusieurs articles que quelqu’un avait préparé pour La Tour de Garde et qui faisaient naître une objection. Dans ces cas-là, il arrivait fréquemment que même en ayant été prévenu une semaine ou deux à l’avance du sujet, Milton Henschel, Grant Suiter ou un autre membre de ce comité soit dans l’obligation de dire “je n’ai eu que le temps de regarder cela brièvement, j’ai été si occupé”. Il n’y avait aucune raison de douter qu’ils étaient réellement débordés. Mais une question venait à l’esprit: comment alors peuvent-ils voter en bonne conscience et approuver ces articles quand ils n’ont pas eu le temps de méditer et faire de recherches dans la Bible pour en vérifier la véracité? Une fois publié, ce serait accepté comme étant “la vérité” par des millions de personnes. Quelles paperasseries pourraient avoir autant d’importance ? (...)
Dans le cas mentionné ci-dessus, à la suite de la déclaration de Milton Henschel, je dis que je ne croyais pas que c’était à nous de permettre aux frères de faire quoi que ce soit. Je croyais plutôt que Dieu était Celui qui leur permettait de faire certaines choses, parce que sa Parole l’approuvait ou parce qu’elle était silencieuse sur le sujet, et que c’était Lui qui interdisait, quand sa Parole condamnait clairement l’action, explicitement ou bien avec un principe clair. Je ne croyais pas, qu’en tant qu’hommes imparfaits, enclins à faire des erreurs, Dieu nous autorisait à décider pour d’autres de ce qui était ou non permis. Ma question au Collège était la suivante, “Lorsqu’un sujet n’est pas évident dans les Ecritures, pourquoi essayons-nous de prendre la place de Dieu? Nous sommes si mauvais dans ce rôle. Pourquoi ne pas Le laisser être le Juge de ces personnes dans de tels cas?” J’ai répété cette opinion à d’autres occasions lorsque le même argument était avancé, mais je pense que la majorité n’était pas convaincue, et leurs décisions indiquaient bien qu’ils ne l’étaient pas.
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MessageSujet: Re: Joseph Franklin Rutherford    Jeu 01 Fév 2018, 10:39

"Suis-je le gardien de mon frère ?" La question de Caïn était pourtant la bonne question, celle qu'on se pose toujours trop tard quand on s'est engagé dans une "bonne action", qu'il s'agisse d'aider, de guider, d'éduquer, de former, de corriger ou de protéger les autres...

De ce jeu qui a toujours déjà commencé, on ne peut sortir que par un "démerdez-vous", quelle que soit la forme qu'on y mette. Qui sera sans doute vécu comme une "libération" par quelques-uns, mais comme un "abandon" par la majorité, qui n'est précisément pas là pour qu'on lui dise ça.

Sur la question de l'"hagiographie" jéhoviste, tout est question de distance. Il n'y a point de héros pour son valet de chambre, comme on dit: toute "congrégation" connaît très bien les défauts et faiblesses de ses "anciens", qui sont un sujet de critique ou de plaisanterie ordinaire, mais ceux d'un "collège central" échappent forcément à la majorité, et ce n'est pas les vidéos qui y changent quelque chose. Au Béthel le "Comité de filiale" était naturellement la cible favorite de ce genre de bavardage, drôle ou méchant suivant le cas. Le "Collège central" a aussi un entourage immédiat qui réagit de la même manière (on s'en doute, on le sait par ceux qui en sont sortis), mais pour la quasi-totalité des TdJ ce sont des personnages inaccessibles que rien ne distingue d'une fiction.
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MessageSujet: Re: Joseph Franklin Rutherford    Jeu 01 Fév 2018, 11:33

Citation :
"Suis-je le gardien de mon frère ?" La question de Caïn était pourtant la bonne question, celle qu'on se pose toujours trop tard quand on s'est engagé dans une "bonne action", qu'il s'agisse d'aider, de guider, d'éduquer, de former, de corriger ou de protéger les autres...

Le Jésus de l'évangile de Luc (12, 13) résume bien aussi la situation : "Qui a fait de moi votre juge ou votre arbitre ?"

Citation :
De ce jeu qui a toujours déjà commencé, on ne peut sortir que par un "démerdez-vous", quelle que soit la forme qu'on y mette. Qui sera sans doute vécu comme une "libération" par quelques-uns, mais comme un "abandon" par la majorité, qui n'est précisément pas là pour qu'on lui dise ça.


Tu résumes parfaitement la situation mais ce désire de direction infantilisant a abouti à des situations surréalistes (Crise de conscience) : 

La décision du Collège Central en 1972 conduisit à un nombre impressionnant “d’auditions judiciaires”, car les anciens donnaient suite à tous les rapports ou confessions de pratiques sexuelles en question. Les femmes vécurent des moments embarrassants et difficiles au cours de ces auditions où elles devaient répondre aux questions des anciens sur les relations intimes dans leur couple. Nombre de ménages où l’un des conjoints n’était pas Témoin connurent une période turbulente, le conjoint non-Témoin s’opposant énergiquement à ce qu’il ou elle considérait comme une intrusion injustifiée dans leur intimité. Certains mariages furent brisés et finirent par un divorce.
Pendant une période de cinq ans, nous reçûmes un volume de courrier sans précédent, la plupart questionnant où dans la Bible, se trouvait ce qui pouvait bien autoriser les membres du Collège Central à s'ingérer dans la vie privée des autres, et exprimant l’impossibilité de discerner la validité des arguments avancés dans la littérature pour soutenir une telle position. (Le principal texte des Ecritures auquel il était fait référence était Romains chapitre 1 versets 24 à 27, qui traite de l’homosexualité, et ceux qui écrivaient à la Société faisaient valoir qu’ils ne voyaient pas vraiment comment ces versets pouvaient s’appliquer aux relations hétérosexuelles entre mari et femme). D’autres lettres, écrites principalement par des femmes mariées, exprimaient simplement la confusion et l’angoisse qu’elles ressentaient, car elles étaient incertaines si leurs “préludes sexuels” étaient convenables ou non.

Lettres après lettres, on découvrait que les personnes concernées étaient convaincues qu’il leur incombait, devant Dieu, d’avouer aux anciens tout écart aux normes établies par le Collège Central. Un homme d’un Etat du Middle West avoua avoir transgressé les décisions du Collège Central dans ses relations conjugales avec sa femme et les anciens lui dirent qu’ils allaient écrire à la Société; il rédigea aussi une lettre qui fut jointe à la leur. Huit semaines passèrent et il envoya un nouveau courrier à Brooklyn disant que “l’attente, l’anxiété et l’anticipation sont insupportables”. Il expliquait qu’on lui avait retiré toutes ses fonctions dans la congrégation, et qu’on lui interdisait même de dire la prière pendant les réunions, et que “presque chaque semaine, je perds quelque chose pour laquelle j’ai travaillé et prié pendant ces trente dernières années”.

C’est ainsi qu’une personne devenue impotente avait, au cours des années qui suivirent, été capable d’assumer sa sexualité en utilisant l’une des pratiques maintenant condamnée par l’organisation. Avant la décision du Collège Central, il pouvait encore se considérer comme un homme à part entière, car il pouvait toujours satisfaire sa femme. Maintenant il écrivait qu’il ne voyait pas, dans les Ecritures, quoi que ce soit justifiant la position prise dans La Tour de Garde, mais sa femme considérait que c’était son devoir d’obéir, et, parce qu’il l’aimait, il avait accepté. Il disait qu’il se savait être toujours le même homme, mais il redoutait terriblement que son mariage n’en soit profondément affecté. Il suppliait qu’on lui dise s’il existait quelque “échappatoire” en accord à la volonté divine, qui lui permettrait la satisfaction de donner du plaisir à son épouse.


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MessageSujet: Re: Joseph Franklin Rutherford    Jeu 01 Fév 2018, 11:59

J'avais aussi pensé à Luc 12,13 (cf. // Thomas 76, qui donne un écho gnostique au "partage"), et avec lui à la formule pittoresque des Proverbes (26,17): comme celui qui attrape un chien errant par les oreilles, celui qui se saisit d'une affaire qui n'est pas la sienne.

L'imbroglio tragi-comique (il reste comique même dans le tragique) apparaît systématiquement trop tard à l'esprit théorique qui ne peut pas anticiper toutes les conséquences de sa casuistique, viable "sur le papier", dans les situations toujours plus complexes de la réalité (cf. aussi la législation interne sur les produits sanguins qui n'avait pas pensé aux hémophiles). Trop tard aussi pour faire machine arrière, on ne peut désormais que s'empêtrer plus avant dans les précisions et les exceptions. La "logique", bonne fille, justifie tout par des raisonnements de plus en plus alambiqués, il faut un pas de recul pour percevoir le ridicule de l'ensemble (c'est le grand mérite de Raymond Franz de l'avoir fait, alors que dans sa situation c'était tout sauf "évident").

---

A certains égards, Rutherford et F.W. Franz étaient complémentaires: le premier avait un sens politique, tactique et stratégique suffisant pour exploiter avec un certain discernement la créativité intellectuelle du second, ainsi que le "charisme" et le culot pour la mettre en valeur le cas échéant. D'une certaine façon ce "binôme" prolongeait le double aspect de la personnalité de Russell, théoricien et "pasteur". Le remplacement de Rutherford par Knorr, "manager" autoritaire mais ni "charismatique", ni "théologien", a dû aggraver l'isolement de Franz en laissant sa créativité théorique sans garde-fou. Il a fallu le fiasco de 1975 pour qu'apparaisse la nécessité de la contenir, mais par un régime "collégial" qui allait encore renforcer le caractère "mécanique" du "système", au détriment de tout "charisme" et de toute "créativité".
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MessageSujet: Re: Joseph Franklin Rutherford    Ven 02 Fév 2018, 10:25

Citation :
Le remplacement de Rutherford par Knorr, "manager" autoritaire mais ni "charismatique", ni "théologien", a dû aggraver l'isolement de Franz en laissant sa créativité théorique sans garde-fou. Il a fallu le fiasco de 1975 pour qu'apparaisse la nécessité de la contenir, mais par un régime "collégial" qui allait encore renforcer le caractère "mécanique" du "système", au détriment de tout "charisme" et de toute "créativité".

Les interprétations folkloriques et à l'imagination débordante de F.Franz manquent à l'exégèse jéhoviste qui se contente de gérer l'héritage laissé par F.Franz, en éliminant les aspects obsolètes (la date 1935, tentative de diminuer le rapport type/antitype ...), au prix d'une théologie simpliste et sans réel contenu.
J'ai le souvenir de ma première étude de livre en 1974 (?) et d'un livre vert ou bleu, qui analysait en détaille le livre d'Ezechiel, notamment d'un verset qui parlait d'un "couvercle". Je reconnais qu'à l'époque (vu mon ignorance abyssale), j'avais été impressionné par les explications alambiquées et complexes que proposait ce livre. 

Concernant l'isolement de F.Franz et ses dérives (Crise de conscience) :

Citation :
Karl Adams, responsable du Service de la Rédaction au moment où j’y arrivais en 1965, m’a expliqué que le président avait laissé toute latitude à ce service pour retravailler les textes. Il signala une exception, à savoir, tout ce qui était rédigé par le vice-président, disant : “tout ce qui vient de Frère Franz est considéré ‘comme bon pour la publication’ et ‘dispensé de toute correction’ ”.
Là encore, malgré tout, le président pouvait passer outre. Par exemple, en 1967, le Président Knorr nous envoya à Karl Adams, Ed Dunlap et moi–même, une copie de “Questions de lecteurs” que Fred Franz avait préparée et envoyée pour impression.
Nous étions donc stupéfaits de voir dans la “Question de lecteurs” que Fred Franz avait préparée, qu’il soutenait maintenant que la fin des 6.000 ans tomberait un an plus tôt que ce que disait le nouveau livre, donc en 1974 au lieu de 1975. D’après ce que Knorr a dit à Karl Adams, lorsqu’il prit connaissance du texte, il alla trouver Fred Franz et lui demanda la raison de ce changement inopiné. Franz répondit d’un ton sans réplique: “C’est ainsi. C’est 1974.”
Ce changement gênait Knorr, aussi envoya-t-il une copie à chacun de nous trois, sollicitant notre avis. L’argumentation du vice-président reposait entièrement sur l’utilisation d’un nombre cardinal et d’un nombre ordinal dans l’histoire du Déluge dans la Genèse, chapitre 7 versets 6 et 11 (“six cents ans et six centième année”). L’argument voulait démontrer que le décompte du temps dans le nouveau livre était décalé d’un an avec l’année du Déluge, et il fallait donc ajouter un an, ramenant la fin des 6.000 ans un an plus tôt, en 1974 au lieu de 1975.
Chacun de nous écrivit respectueusement que nous ne pensions pas que cet article devait être publié, car il pourrait avoir un effet extrêmement déstabilisant sur les frères.31 Le président fut évidemment de cet avis et ce fut l’une des rares fois où un article préparé par le vice-président ne fut pas publié.

Raymond Franz décrit les différents présidents de la Watch d'une manière équilibré et pas uniquement à charge, il reconnait que chacun de ses hommes étaient sincères dans leurs convictions d'avoir été choisi par Dieu (ce qui à certains égards, les rendaient encore plus "dangereux") :


Citation :
Comme dans le cas de Nathan Knorr, là encore, certains facteurs nous aident à mieux comprendre les actes de Fred Franz. Fin 1941, lorsque le Juge Rutherford était sur son lit de mort à Beth-Sarim à San Diego, en Californie, il fit appeler trois hommes auprès de lui : Nathan Knorr, Fred Franz et Hayden Covington. Il leur déclara qu’il voulait qu’ils continuent après sa mort et qu’ils devaient “rester soudés” comme une équipe. Cela rappelait le “Testament” du Pasteur Russell, même si dans ce cas cela était fait oralement plutôt que par écrit. Vingt ans plus tard, en 1961, dans le livre “ Que ton nom soit sanctifié”, Fred Franz fait allusion à ce moment lorsqu’il parle du passage du manteau prophétique d’Elie (“vêtement officiel” dans La Traduction du Monde Nouveau) à son successeur Elisée. Il le présente comme un drame prophétique et déclare :


 (Que ton nom soit sanctifié (publié en français en 1964), pages 362 et 363)


Lorsque le Collège Central discuta de la réorganisation proposée, le vice-président fit directement allusion à la mission confiée par le Juge Rutherford mourant. Je suis convaincu que Fred Franz pensait qu’une certaine “passation de pouvoir” était survenue à ce moment là. Comme cela était prévu, Nathan Knorr succéda à Rutherford pour la présidence. Knorr demanda à Hayden Covington, le grand avocat du Texas qui avait défendu les Témoins de Jéhovah de nombreuses fois devant la Cour Suprême, de devenir vice-président, bien que Covington professa ne pas appartenir à la classe des “oints”. Le propre témoignage que Covington donna pendant l’affaire Walsh en Ecosse, indique que ce n’est qu’environ deux ans plus tard, lorsqu’ils reçurent un courrier demandant comment cela pouvait être possible, que lui et Knorr eurent une discussion concernant sa non-appartenance à la classe des “oints” et Covington décida alors de donner sa démission. Leurs relations se détériorèrent avec le temps au point que Covington quitta  finalement le siège mondial pour entrer dans le privé. Fred Franz fut élu vice-président à la suite de la démission de Covington en 1944.


Dernière édition par free le Ven 02 Fév 2018, 11:55, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: Joseph Franklin Rutherford    Ven 02 Fév 2018, 11:52

J'ai certainement déjà raconté ici l'expérience que j'ai faite, indirectement, du "statut" (officieux) de F.W. Franz, en traduisant un article de La Tour de Garde sur l'épître aux Galates (je dirais en 1984, je ne sais plus exactement mais c'est facile à vérifier pour qui a accès aux publications de l'époque): pour faire bref, l'article disait le contraire du texte biblique qu'il commentait, sans même le citer sur le point précis où il le contredisait (les femmes, Sara et Agar, ne sont pas des alliances) ! Donc, sans même argumenter contre une lecture "littérale" du texte, comme d'ordinaire en pareil cas (le texte dit ça mais ce n'est pas ce qu'il veut dire, parce que...). La chose me paraissant invraisemblable (je ne pouvais pas imaginer que l'auteur l'ait fait exprès), j'ai suggéré de poser la question à Brooklyn: on avait le temps puisque les versions anglaise et française paraissaient déjà simultanément, le texte "original" n'était pas encore imprimé, mon "chef" (M.B.) était d'accord, il a simplement eu la prudence, ou l'imprudence, de demander un feu vert du Comité de filiale: refus catégorique, dès lors qu'ils ont repéré dans le fichier de l'article concerné les initiales FWF (auxquelles je n'avais pas fait attention, je n'étais pas très curieux de la cuisine interne et censément anonyme). Il était tout simplement inconcevable, pour les responsables de la filiale française, de poser une question sur un texte de Franz. Cela ne faisait évidemment que refléter leur vision des choses: si ça se trouve, F.W. Franz lui-même ne l'aurait pas mal pris, il aurait peut-être modifié au moins formellement son texte sans changer d'interprétation, ç'aurait été assez facile. Personne ne le saura jamais...

Le "pli" des "personnalités" est aussi "marqué" et "repassé", accentué, renforcé par l'attitude admirative, servile ou craintive de leur entourage proche et lointain qui non seulement y réagit mais l'anticipe et le conforte. Même s'il y a une tendance personnelle d'un individu à l'isolement, c'est toute une communauté qui prend part à cet isolement et le réalise, au point de le rendre irréversible. S'il s'était trouvé plus de gens, plus souvent, pour dire à Franz "tu déconnes" -- comme le faisait sans doute habituellement Rutherford, comme Knorr pouvait encore le faire exceptionnellement, comme plus personne n'a osé le faire après -- son devenir aurait été autre: peut-être pas très différent, mais un peu. Il y a une ironie amère à voir la Watch, après sa mort, non seulement se débarrasser de son "héritage" mais le tourner en dérision (anonymement bien sûr), en raillant sa typologie délirante ou le style bétonné de la NWT, alors que personne n'avait le courage de le mettre en question de son vivant.

Même si ce n'est pas à la mode, je crois à la nécessité, si l'on parle de "responsabilité", de ne pas négliger celle des subordonnés, des exécutants et même des "victimes". Non pour la mettre sur le même plan que celle des "tyrans" ou des "bourreaux", surtout pas pour les renvoyer dos à dos comme on dit: en maintenant leur différence dont dépend aussi le "système" auquel tout le monde participe. En ce qui me concerne, cet épisode m'a beaucoup appris: d'abord sur la "crainte de l'homme" (pour reprendre une expression biblico-jéhoviste) qui régnait dans l'organisation française à un point que je n'aurais pas imaginé, et encore plus au sommet qu'en-dessous; mais aussi, par répercussion, sur la mienne: car j'intervenais sur un point de détail formel qui me paraissait (peut-être à tort) "sans risque", alors qu'à longueur de pages et de numéros j'avalais des couleuvres, des raisonnements foireux sur lequel je n'avais pourtant pas la moindre illusion (ni les autres d'ailleurs, puisque nous en plaisantions habituellement).
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MessageSujet: Re: Joseph Franklin Rutherford    Ven 02 Fév 2018, 15:14

Citation :
Le "pli" des "personnalités" est aussi "marqué" et "repassé", accentué, renforcé par l'attitude admirative, servile ou craintive de leur entourage proche et lointain qui non seulement y réagit mais l'anticipe et le conforte. Même s'il y a une tendance personnelle d'un individu à l'isolement, c'est toute une communauté qui prend part à cet isolement et le réalise, au point de le rendre irréversible. S'il s'était trouvé plus de gens, plus souvent, pour dire à Franz "tu déconnes" -- comme le faisait sans doute habituellement Rutherford, comme Knorr pouvait encore le faire exceptionnellement, comme plus personne n'a osé le faire après -- son devenir aurait été autre: peut-être pas très différent, mais un peu.


Cette sacralisation d'une personne, ce culte de la personne et le fait de le considérer comme une icône ne sont possibles qu'avec le concours de l'entourage. Raymond Franz rapport un fait et une occasion, ou il aurait pu dire à son oncle F.Franz, "arrêtes de déconner" mais il s'est abstenu, trop de respect, trop de crainte, un peu de lâcheté ... ??? :


Ed Dunlap était en train d’écrire un commentaire sur la Lettre de Jacques, et Fred Franz avait demandé qu’on fasse une modification dans la discussion de Dunlap sur le chapitre 3 de Jacques au verset 1, où le disciple déclare :

"Ne soyez pas nombreux, mes frères, à devenir des enseignants, sachant que nous recevrons un jugement plus sévère."

Ce que Dunlap avait préparé disait que c’était un avertissement évident contre des individus non qualifiés cherchant à servir en tant qu’enseignants pour la seule raison qu’ils désiraient tenir une position importante. Fred Franz demanda qu’une grande partie de ce qui avait été écrit soit éliminée mais ne donna aucune explication précise sur ses objections si ce n’est des questions écrites :

Si Jésus a donné certains comme enseignants, combien en a-t-il donné ? Et puisque c’est Jésus qui a fait ce don, comment Jacques pouvait-il dire aux hommes “ne soyez pas nombreux à devenir des enseignants”? Comment Jacques lui-même, est-il devenu un enseignant ?

Comme j’avais été désigné pour superviser le projet du développement du commentaire, lors de l’audition du Comité je demandais à Fred Franz de clarifier son objection et de nous dire ce que lui pensait que ce texte signifiait. Il déclara qu’il croyait que cela signifiait que Dieu voulait qu’il n’y ait que quelques hommes dans toute la congrégation chrétienne qui puissent à juste titre être appelés “enseignants”. Je lui demandais qui étaient ces hommes aujourd’hui. Parlant très calmement, il répliqua :

"Eh bien, je pense que je suis l’un d’eux. Je suis au siège mondial depuis plus de cinquante ans et pendant tout ce temps j’ai participé au travail de rédaction et de recherche, aussi je crois que je suis l’un d’eux. Et—quelques autres frères sur la terre le sont aussi."

Cette réponse a eu un effet si saisissant, qu’une fois de plus les mots sont restés gravés dans ma mémoire. Je n’étais pas le seul témoin puisqu’ils furent prononcés devant trois autres membres du Comité de Rédaction. Par cette observation nous avions pu identifier parmi nous un seul enseignant sur terre: Fred Franz. C’était à nous de deviner qui étaient les autres. Comme j’eus l’occasion de le dire plus ’une fois par la suite à Lyman Swingle, je regrettais de ne pas avoir continué sur ma lancée et demandé les noms des autres “enseignants” de notre époque. Mais la réponse me laissa sans voix sur le moment.



Citation :
Même si ce n'est pas à la mode, je crois à la nécessité, si l'on parle de "responsabilité", de ne pas négliger celle des subordonnés, des exécutants et même des "victimes". Non pour la mettre sur le même plan que celle des "tyrans" ou des "bourreaux", surtout pas pour les renvoyer dos à dos comme on dit: en maintenant leur différence dont dépend aussi le "système" auquel tout le monde participe. En ce qui me concerne, cet épisode m'a beaucoup appris: d'abord sur la "crainte de l'homme" (pour reprendre une expression biblico-jéhoviste) qui régnait dans l'organisation française à un point que je n'aurais pas imaginé, et encore plus au sommet qu'en-dessous; mais aussi, par répercussion, sur la mienne: car j'intervenais sur un point de détail formel qui me paraissait (peut-être à tort) "sans risque", alors qu'à longueur de pages et de numéros j'avalais des couleuvres, des raisonnements foireux sur lequel je n'avais pourtant pas la moindre illusion (ni les autres d'ailleurs, puisque nous en plaisantions habituellement).

J'ai le souvenir d'avoir côtoyé des surveillants de circonscriptions qui manifestaient un autoritarisme et un certain mépris inacceptable vis-à-vis des anciens et de la congrégation dont je faisais parti à l'époque (certains étaient aussi très sympathiques). Or AUCUN ancien et aucun proclamateur (moi y compris) n'ont eu le courage de les reprendre ou de s'opposer à eux. Il est vrai, que des notions comme la soumission, le respect et l'obéissance étaient ressassées en permanence et nous conditionnaient à accepter l'inacceptable mais en même temps, une certaine crainte, nous paralysait et confortait ces hommes dans leurs attitudes.
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MessageSujet: Re: Joseph Franklin Rutherford    Ven 02 Fév 2018, 16:18

Je me faisais une réflexion similaire, quoique plus générale: de ma lecture des livres de Raymond Franz (qui remonte à longtemps déjà) et de ce qu'il m'a raconté en particulier je n'ai pas gardé le souvenir d'une seule explication de fond, franche, en tête-à-tête, hors cadre "collégial", avec son tonton... Bien sûr la situation n'était pas confortable: il n'avait jamais été particulièrement proche de lui auparavant, et le lien familial compliquait les choses plus qu'il ne les arrangeait (le soupçon de "favoritisme" -- c'est le cas de parler de népotisme -- incite à une attitude encore plus distante, plus "officielle", qu'avec un "étranger").

A propos du cercle (très) fermé des "enseignants", j'ai déjà raconté (décidément !) comment j'avais retrouvé le même argument, des années plus tard, dans la bouche d'un théologien évangélique brillant qui était une sorte de "pape" dans son (petit) milieu -- et qui m'a souvent fait penser à F.W. Franz tel que le décrivait son neveu; ce qui d'ailleurs ne m'empêchait pas de l'apprécier, bien que nous ne fussions pas d'accord sur grand-chose (mais au moins nous en parlions). Dans une discussion sur le "ministère féminin" (patate chaude à l'époque chez les évangéliques) il défendait une attitude plutôt ouverte en pratique en la conciliant avec la plus grande rigueur théorique: l'"enseignement" interdit aux femmes par les Pastorales, disait-il en substance, c'est la définition de la doctrine, le rôle du "docteur" au sens des vieilles traductions bibliques; une femme peut bien être pasteur(e), prêcher (en chaire et même en noces), être "docteur en théologie" au sens académique du mot, écrire des livres et débattre de toutes sortes de questions exégétiques et théologiques, elle ne fixe pas la doctrine au sens autoritaire et dogmatique du terme, comme seuls des hommes, mais alors très peu, seraient habilités à le faire. Il se situait évidemment dans cette dernière catégorie, non pas tout seul mais avec une poignée de vrais "docteurs", reconnus par l'Eglise dans ce rôle. Le corollaire de cette théorie, qui ressemblait étrangement à celle des "docteurs de l'Eglise" catholique, c'est qu'au fond l'immense majorité des "enseignants", pasteurs, professeurs, hommes ou femmes, comptaient pour du beurre, ils ne faisaient pas autorité. Bien sûr, dans le contexte évangélique éparpillé en centaines d'Eglises et d'associations indépendantes, elle n'avait pas le même effet que dans l'organisation unitaire de la Watch, où la doctrine définie par un seul homme peut être répétée à l'identique par des millions de perroquets, mais c'était bien la même "logique".
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MessageSujet: Re: Joseph Franklin Rutherford    Lun 05 Fév 2018, 11:11

L'histoire de la Watch a été marquée par la présidence de 4 "monarques", qui étaient connu et reconnus. Aujourd'hui, le président de la Watch est "un anonyme", fondu dans la masse du collège central, pas une personnalité marquante et ni un leader. Je pense que cela renforce le "flou" de la direction collégiale de la Watch et l'idée du "Machin", lointain, anonyme et nimbé de lumière divine et en même temps enfermé dans un mystère obscur. J'ai eu la curiosité de découvrir qui remplissait la fonction de président : Don Alden Adams.

Pour revenir à F.Franz, nous pouvons noter qu'il lui fût difficile d'accepter la direction collégiale (et en plus avec une argumentation valide) :

L’exposé du vice-président prenait maintenant une drôle de tournure, en totale contradiction avec l’enseignement officiel sur l’autorité divine accordée à un collège central depuis le premier siècle. L’histoire de Paul, Saul converti, fit d’abord l’objet d’un récit; et, après sa conversion, quand il alla à Jérusalem, il vit seulement deux des apôtres, et non le collège dans son entier; comment il en vint ensuite à aller à Antioche de Syrie. Puis, ayant dit qu’en choisissant et nommant Saul de Tarse, Christ “agit directement sans consulter ni un homme, ni un collège d’hommes sur terre”, le vice-président présenta alors une espèce de “Légende des Deux Villes”, dans laquelle le rôle d’Antioche était opposé à celui de Jérusalem pour ce qui est de l’activité missionnaire de Paul et Barnabas. Dans ce qui va suivre, gardez présent à l’esprit l’enseignement officiel en vigueur de la Watch Tower, qu’il y avait un collège central basé à Jérusalem qui exerçait la direction et la surveillance sur toutes les congrégations
de Chrétiens où qu’elles soient et ceci était le modèle pour le collège central actuel des Témoins de Jéhovah.

En faisant le récit de l’appel de Paul et Barnabas par l’Esprit saint pour l’activité missionnaire, le vice-président mettait sans cesse l’accent sur le fait que tout ceci était accompli par l’intermédiaire de la congrégation d’Antioche, (donc en aucun cas par l’intermédiaire de Jérusalem où se trouvait le collège apostolique, Souvenez-vous que le fondement tout entier de l’enseignement des Témoins sur la mise en place d’un “collège central” avec son autorité repose sur le fait qu’une telle disposition
existait à Jérusalem aux temps bibliques.). Il déclara :

"Et soudain, alors qu’il [Paul] servait à Antioche, en Syrie, pas en Israël mais en Syrie, eh bien l’esprit de Dieu parla à cette congrégation, là, à Antioche et dit: “Maintenant, vous allez mettre à part, VOUS, congrégation d’Antioche, vous allez mettre à part ces deux hommes, à savoir Barnabas et Saul, pour le travail pour lequel je les ai nommés.” Et c’est ce que fit la congrégation d’Antioche et ils imposèrent les mains sur Paul (ou Saul) et Barnabas et les envoyèrent … et ils furent envoyés par l’esprit saint qui opérait par l’intermédiaire de la congrégation d’Antioche et ils s’en furent pour leur première affectation missionnaire. Donc, comme vous le voyez, le Seigneur Jésus-Christ agissait en tant que Chef de la congrégation et il prenait des mesures directement, sans consulter quelque collège que ce soit sur terre, ce qu’il aurait très bien pu faire, mais il ne l’a pas fait. C’est ainsi qu’il agit avec Paul et Barnabas et ils étaient tous deux apôtres de la congrégation d’Antioche." (Crise de conscience)
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MessageSujet: Re: Joseph Franklin Rutherford    Lun 05 Fév 2018, 12:05

C'était un peu chasser une mouche avec un bazooka: contre le nouveau principe de collégialité dont il ne voulait pas, FWF utilisait un argument qui torpillait le principe même de centralisation qui remontait au moins à JFR. C'était un peu plus facile en anglais qu'en français puisque le mot "central" n'est pas dans "Governing Body".

Il y a aussi une allusion littéraire à Dickens (A Tale of Two Cities, "conte" plutôt que "légende") qui peut échapper aux francophones.

La grande ironie de la petite histoire, c'est que le principe de collégialité promu par Raymond Franz et ses "alliés" contre FWF et NHK s'est retourné contre ses artisans et a considérablement renforcé la centralisation et la solidité du système, qui est moins fantasque qu'auparavant mais plus "machinal" ou "mécanique" que jamais. Raymond Franz lui-même l'a bien compris, mais trop tard.
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