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 Homo Sapiens Homo Deus

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le chapelier toqué

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MessageSujet: Homo Sapiens Homo Deus   Mer 31 Jan - 21:45

Yuval Noah Harari a écrit deux ouvrages, soit Homo Sapiens et Homo Deus:

Homo Sapiens

Dans le premier ouvrage il décrit, à la manière d’un historien —ce qu’il est —le cheminement de l’humain de la condition de chasseur cueilleur à la condition actuelle, de Sapiens.

Voici par exemple ce qu’il écrit page 55, chapitre 3 Une journée dans la vie d’Adam et Eve :

« Pour comprendre notre nature, notre histoire et  notre psychologie, il nous faut entrer dans la tête de nos ancêtres chasseurs-cueilleurs. Pendant la quasi-totalité de leur histoire, les Sapiens ont été des fourrageurs. Les deux cents dernières années au cours desquelles des nombres toujours croissants de Sapiens ont gagné leur pain quotidien comme travailleurs urbains et employés de bureau et les dix mille années antérieures durant lesquelles les Sapiens ont vécu du travail de la terre et des troupeaux sont un clin d’œil en comparaison des dizaines de milliers d’années durant lesquelles nos ancêtres ont chassé et cueilli. (…) Suivant la psychologie de l’évolution, qui est aujourd’hui un domaine florissant, nombre de nos caractéristiques sociales et psychologiques actuelles ont été façonnées au cours de cette longue ère préagricole. »

Selon Yuval le passage à l’agriculture marqua le début de la disparition de nombreuses espèces qui auparavant vivaient en paix avec l’homme et amena les premières grandes famines puisque les cultivateurs allaient se concentrer sur l’exploitation de quelques plantes tout en devenant sédentaire, auparavant ils pouvaient se déplacer en petits groupes lorsque la nourriture se faisait rare, page 106, chapitre 5 La plus grande escroquerie de l’histoire : « Le blé n’assurait pas aux gens la sécurité économique. Une vie de cultivateur est moins sûre que celle d’un chasseur cueilleur. Les fourrageurs disposaient de plusieurs douzaines d’espèces pour survivre et pouvaient donc affronter les années difficiles sans stock de vivres. (…) Dans bien des régions, ils n’avaient qu’un seul produit de base : blé, pommes de terre ou riz. »

L’auteur démontre que le changement amena de nouveaux problèmes, soit des villes furent créées mais avec cet aménagement les conditions devinrent plus difficiles. Ensuite parlant de la Renaissance il plonge un regard pas très amène sur cette période qui n’a pas été favorable aux peuplades que les Européens vont découvrir. Ils répandent des maladies inconnues parmi ces hommes et femmes des continents américain et africain décimant des populations entières.

Ces prises de positions en faveur ou défaveur des divers systèmes politiques prenant le pouvoir dans les affaires du monde sont celles d’un historien et l’on peut le suivre ou ne pas accepter ses conclusions. Mais il est indéniable qu’il a un talent de conteur et ne se contente pas de balancer des faits au visage du lecteur sans avoir pris soin de se renseigner auprès d’autres confrères voire de spécialistes afin d’étayer ses propos.

Homo Sapiens se lit presque comme un roman d’aventure et ne ressemble en rien à certains livres d’histoire rébarbatifs.

++++++++

Homo Deus

Pour le second ouvrage, Homo Deus, Yuval revient sur quelques points développés dans son précédent livre sans pour autant faire un copié collé de son ouvrage précédent. Il défend par exemple l’idée que 3 problèmes ont disparu tout ou en partie à notre époque :

La famine, la guerre et la maladie.

Les hommes, selon lui, se sont adressés aux dieux pour faire disparaitre ces fléaux sans que les résultats soient au rendez-vous, mais avec le temps les progrès de la technologie donnent de meilleurs résultats. L’homme a abandonné la religion pour se tourner vers l’humanisme et la science. Ce couple semblant présenter de nombreux avantages, page 243, chapitre 7 La révolution humaniste :

« Aujourd’hui, l’humanité a bel et bien réussi à gagner sur les deux tableaux. Non seulement nous n’avons jamais eu autant de pouvoir mais, contre toute attente, la mort de Dieu ne s’est pas traduite par un effondrement total. Tout au long de l’histoire, prophètes et philosophes ont soutenu que, si les humains cessaient de croire en un grand projet cosmique, c’en serait fini de l’ordre public. Aujourd’hui, pourtant, ceux qui menacent le plus l’ordre mondial sont ceux qui continuent de croire en Dieu et à ses projets qui englobent tout. »

Yuval se lance ensuite dans une description de la vie actuelle au travers des dernières découvertes de la science particulièrement dans le domaine de l’intelligence artificielle et de la biologie. Ce qu’il décrit est effrayant si vraiment c’est le monde dans lequel l’humanité serait amenée à vivre. Evidemment il est historien et non un voyant, mais avec une dose de culot il tente, c’est du moins l’impression que l’on ressent en lisant le livre sans sauter des pages pour arriver à la fin, d’affirmer que l’avenir qui attend l’humanité sera le reflet de ce qu’il décrit.

Ce qui est déstabilisant dans le livre Homo Deus tient au fait que l’auteur se basant sur des recherches relativement récentes, d’environ une dizaine d’années, présente des faits peu connus ou passé inaperçus à cause des événements liés au terrorisme. Voici ce que j’ai découvert à la page 97, chapitre 2 l’anthropocène :

« Comment pouvons-nous être surs que des animaux comme les cochons possèdent effectivement un monde subjectif de besoins, de sensations et d’émotions ? (...) En vérité attribuer des émotions aux cochons, ce n’est pas les humaniser, mais les « mammifériser ». (….) Au cours des dernières décennies, les chercheurs ont démontré que les émotions ne sont pas seulement des mystérieux phénomènes spirituels permettant d’écrire de la poésie ou de composer des symphonies. Les émotions sont plutôt des algorithmes biochimiques vitaux pour la survie et la reproduction de tous les mammifères. Qu’est-ce cela signifie ? Commençons par expliquer ce qu’est un algorithme. C’est d’autant plus important que ce concept clé réapparaîtra dans plusieurs des chapitres suivants, et que les algorithmes domineront le XXIe siècle. Le concept d’ « algorithme », peut-on soutenir, est de loin le plus important de notre monde. »

Par la suite, tout au long du livre, Yuval ne va cesser, dans un premier temps, de soutenir le concept « algorithme » ; il pose le lecteur devant quelques évidences comme par exemple aux pages 303 et 304, 308, chapitre 8 La bombe à retardement au laboratoire :

« Le monde d'aujourd’hui est dominé par le package libéral : individualisme, droits de l’homme, démocratie et marché. Pourtant, la science du XXIe siècle est en train de miner les fondements de l’ordre libéral. Parce que la science ne traite pas des questions de valeur, elle ne saurait déterminer si les libéraux ont raison d’apprécier la liberté plus que l’égalité, ou de faire passer l’individu avant le collectif. (…) L’attribution du libre arbitre aux êtres humains n’est pas un jugement éthique : elle prétend être une description factuelle du monde. (…) Douter de l’existence du libre arbitre n’est pas simplement un exercice philosophique. Il y a des implications pratiques. »

Il aborde enfin l’algorithme aux pages 329, 333, 334, 343 chapitre 9 Le grand découplage :

« Les pages qui précèdent nous ont permis de faire un rapide tour d’horizon de découvertes scientifiques récentes qui minent la philosophie libérale. (…) Dans le passé, il y avait quantité de choses que seuls les humains pouvaient faire. Désormais, robots et ordinateurs rattrapent leur retard et pourraient bientôt surpasser les hommes dans la plupart des tâches. (…) Jusqu’à aujourd’hui, la grande intelligence est toujours allée de pair avec une conscience développée. Seuls des êtres conscients pouvaient accomplir des tâches qui nécessitaient beaucoup d’intelligence, comme jouer aux échecs, conduire une voiture, diagnostiquer une maladie ou identifier des terroristes. Toutes ces tâches sont en effet fondées sur la reconnaissance de formes, et il est possible que, bientôt, des algorithmes non conscients surpassent la conscience humaine en la matière. (…) Penser que les êtres humains auront toujours des aptitudes uniques hors de portée des algorithmes non conscients, c’est prendre ses désirs pour des réalités

Dans le dernier chapitre La religion des data, Yuval prend une position plus nuancée puisqu’il déclare en page 425 :

« Nous ne saurions réellement prédire l’avenir parce que la technologie n’est pas déterministe. La même technologie pourrait créer des sociétés de nature très différente. Par exemple, la technologie de la révolution industrielle — train, électricité, radio et téléphone— a pu servir à instaurer des dictatures communistes, des régimes fascistes ou des démocraties libérales. L’essor de l’intelligence artificielle et des biotechnologies transformera certainement le monde, mais il n’impose pas un seul résultat déterministe. »

L’historien connait bien son domaine de prédilection, l’histoire, mais pour nous parler de l’avenir il prend conseil auprès de spécialistes. Cependant, il ne se contente pas de citer des auteurs, il commente leurs informations sans les attaquer, mais en mettant en valeur le raisonnement des chercheurs. Yuval raconte une histoire lorsqu’il parle d’Histoire et donne au lecteur l’envie de lire sans parfois pouvoir s’arrêter. Il a l’honnêteté de dire qu’il ne fait pas de prophéties et qu’il lui est donc difficile voire impossible de prédire l’avenir, tout en plaçant dans le texte des phrases permettant de penser qu’il ne souhaite pas vivre dans un monde qui serait régi uniquement par l’intelligence artificielle.

Homo Deus se lit comme un livre de science-fiction dont la fin ne serait pas encore écrite.



P.S. Je n’étais pas allé consulter Wikipedia pour avoir des renseignements concernant l’auteur afin de ne pas avoir d’a priori, c’est sans doute pour cela que j’ai été amené à penser qu’il défendait discrètement mais avec conviction la cause homosexuelle, ce que j’avais trouvé courageux jusqu’à que je comprenne qu’il était homosexuel ce qui rendait son combat moins chevaleresque. Il parle avec parcimonie mais conviction du bouddhisme.
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Narkissos

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MessageSujet: Re: Homo Sapiens Homo Deus   Jeu 1 Fév - 10:17

Merci (encore) !

Ma première réaction à ce compte rendu passionnant (puisque je n'ai pas lu les livres) serait d'interroger les mots et les concepts qu'on oppose, p. ex. "conscience" et "algorithme" qui sont tous les deux complexes et ambigus -- la langue y est toujours pour quelque chose: ainsi "conscience" recouvre en français ce qui se dit par des mots différents en anglais (conscience, consciousness, sentience); et dans la tradition occidentale la "conscience" a pris la relève de l'"âme" et de l'"esprit" (ce dernier encore plus ambigu: pneuma/nous, spiritus/mens, spirit/mind/wit etc.) qui travaillent et spectralisent encore sa signification. Il y a de l'"algorithme" (de la "loi", de la répétition, de l'habitus, de l'ethos, de la règle et de la régularité, de la forme, de la formule et de la formalisation, du code, du protocole, du programme et du calcul) dans toute "conscience" (animale ou humaine, individuelle ou collective), il n'est pas sûr qu'aucun "algorithme", même informatique, fonctionne sans un effet (pas seulement une cause) de "conscience".

Par coïncidence je me suis replongé dans Leibniz ces derniers temps (via le livre que Deleuze lui consacre, Le pli). Sa "monadologie" présente, sur un mode "baroque", des analogies frappantes avec cette question. Pas une particule de "matière" ni un soupçon de "mécanisme" (Leibniz réagit toujours à Descartes) sans un certain niveau de "conscience" et d'"algorithme".

---

Nous éprouvons toujours le besoin de nous raconter une "grande histoire de tout" -- c'était l'une des fonctions des plus anciens "mythes" connus par l'écriture, et qui l'ont certainement précédée de beaucoup: théogonies et cosmogonies enchaînant sur l'épopée héroïque et légendaire des "anciens" et sur l'histoire écrite ou la mémoire traditionnelle des milieux narrateurs (la Genèse de notre Bible en est un exemple très tardif, près de 3000 ans après l'invention de l'écriture). Aujourd'hui, une telle entreprise doit solliciter de nombreuses sciences et techniques (de l'astronomie à la neurologie ou à l'intelligence artificielle, p. ex.), mais la mise en récit n'en est pas moins hasardeuse et foncièrement créative (poétique, au sens premier du mot). C'est un risque à courir, et je regrette que les théologiens y participent si peu. Ils auraient certes beaucoup à y perdre, mais peut-être aussi pas mal à y gagner.

Qui dit "grande histoire" dit aussi "grande histoire des grandes histoires": les mythologies anciennes racontaient la fondation d'un monde ordonné, stable et régulier, dont les cycles pouvaient être perturbés mais aussi restaurés (le rituel et la sagesse étaient là pour ça); le judaïsme tardif et le christianisme (tout au moins dans les versions qui ont fini par les dominer) racontaient l'histoire d'un monde-âge orienté de sa création ex nihilo à sa fin, vers une éternité qui n'était plus monde ni histoire; la modernité post-chrétienne enchaîne une histoire physique, chimique, biologique et technique ouverte, de l'évolution biologique au "progrès" humain, culturel et technique. Ce modèle est déjà périmé, sans qu'on puisse revenir aux précédents, et la "grande histoire" à venir est en cours d'invention. On sait déjà ce qu'elle ne peut plus être: ni fondement d'un ordre pérenne, ni création provisoire d'un décor de carton-pâte attendant son démontage, ni continuité ascendante et illimitée. Il faut penser quelque chose qui va finir sans que tout finisse, et surtout sans que tout finisse bien...
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MessageSujet: Re: Homo Sapiens Homo Deus   Mar 22 Mai - 20:56

Sapiens est un excellent ouvrage, fort bien écrit. (Je n'ai pas lu Homo Deus, dont le thème m'intéressait beaucoup moins).

Narkissos nous proposant, sans le savoir, une mise en abyme : en effet, une des principales caractéristiques qu'il attribue à Sapiens, c'est précisément sa capacité à raconter des histoires, et à se positionner (voir s'identifier) par rapport à elles. C'est cette caractéristique qui fait de Sapiens ce qu'il est, et qui lui permet de "s'affranchir" (dans une certaine mesure, qui est loin d'être négligeable) de la biologie : un changement important de comportement, pour toute autre espèce animale, n'est envisageable qu'avec une mutation génétique (ou épigénétique), tandis que chez Sapiens, il lui suffit de se raconter une autre histoire pour "devenir" tout autre chose que ses semblables (les droits de l'Homme, Mohammed, Bouddha, la démocratie, le communisme...)
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Narkissos

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MessageSujet: Re: Homo Sapiens Homo Deus   Mar 22 Mai - 21:39

En effet: en quoi se transforme l'homme qui se raconte l'histoire de l'homme qui se transforme en se racontant des histoires ? Smile
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