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 la Providence divine

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MessageSujet: la Providence divine   Mer 07 Fév 2018, 14:27

"La foi en la Providence n'est certainement pas la croyance que tout finira bien. Elle n'est pas, non plus, la croyance que tout suit un plan préconçu, qu'on appelle le planificateur Dieu, Nature ou Destin. La vie n'est pas une machine bien construite et fonctionnant grâce aux lois de son mécanisme. En elle se mêlent liberté et destinée, hasard et nécessité, responsabilité et tragédies. Tensions, ambiguïtés et conflit font de la vie ce qu'elle est et la rendent à la fois fascinante et terrible. Se pose la question du courage qui permet d'accepter la vie sans être vaincu par elle. Cette question est celle de la Providence. Providence indique le courage qui permet d'accepter la vie grâce à la puissance qui la dépasse. Cette puissance, Paul l'appelle l'amour de Dieu qui est dans le Christ Jésus (Romains Cool, et il affirme que rien, qu'aucune créature ne peut nous en séparer."
P. Tillich, L'Etre nouveau, p. 89
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Narkissos

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MessageSujet: Re: la Providence divine   Mer 07 Fév 2018, 15:17

Tillich, à lire et à relire (pour mémoire, sa "traduction" de "la foi" est précisément "le courage d'être", cf. le livre éponyme, The Courage to Be).

On chercherait en vain le mot ou le concept de "providence" dans la Bible, pourtant il n'y est presque question que de ça. La "providence", c'est le concept qui vient combler après coup le vide laissé par la "création" une fois que celle-ci est réduite au "commencement", à la notion de "création initiale" d'un monde qui fonctionnerait ensuite sans Dieu, livré aux "volontés" des créatures dans le cadre d'un "mécanisme" général (à peu près le "Dieu des philosophes"). Si "Dieu" fait quelque chose après la "création" (comprise comme initiale), ou bien c'est la "création" qui continue (c'est bien ainsi qu'on l'entendait dans l'Antiquité, comme creatio continua où les dieux n'étaient pas seulement responsables d'une création initiale, mais, au moins sous un certain angle, proprement théologique, de tout événement, "historique" ou anodin); ou bien, si on ne veut plus appeler ça "création" il faut lui trouver un autre nom: "providence". Dans ce cas, toute action et toute parole de "Dieu", toute intervention directe ou indirecte ("miracle", "bénédiction", "malédiction", message "angélique", oracle "prophétique", "inspiration", "direction", etc.) se range ipso facto sous la catégorie de la "providence". Mais avec un pas de recul ce n'est rien d'autre que la "création" qui continue, comme un seul et même "événement" aussi complexe et ramifié soit-il.

La doctrine de la création initiale laisse "l'homme" dans une solitude et une responsabilité absolues, livré à ses propres choix (le "libre-arbitre"), dans l'attente d'une "fin du monde" et d'un "jugement dernier" qui n'aurait de sens judiciaire que si "Dieu" n'avait rien fait entre-temps. La "providence" vient brouiller tout ce scénario en y réinscrivant le "Dieu" de l'origine et de la fin, de sorte que s'il est encore juge il est aussi partie... inévitablement elle brise la solitude, mais aussi la responsabilité de "l'homme".
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MessageSujet: Re: la Providence divine   Mer 07 Fév 2018, 15:45

Citation :
Si "Dieu" fait quelque chose après la "création" (comprise comme initiale), ou bien c'est la "création" qui continue (c'est bien ainsi qu'on l'entendait dans l'Antiquité, comme creatio continua où les dieux n'étaient pas seulement responsables d'une création initiale, mais, au moins sous un certain angle, proprement théologique, de tout événement, "historique" ou anodin); ou bien, si on ne veut plus appeler ça "création" il faut lui trouver un autre nom: "providence". Dans ce cas, toute action et toute parole de "Dieu", toute intervention directe ou indirecte ("miracle", "bénédiction", "malédiction", message "angélique", oracle "prophétique", "inspiration", "direction", etc.) se range ipso facto sous la catégorie de la "providence". Mais avec un pas de recul ce n'est rien d'autre que la "création" qui continue, comme un seul et même "événement" aussi complexe et ramifié soit-il.

Pour de nombreux croyants la providence divine recèle uniquement un caractère positif, bénédiction, miracle ou sauvetage opportun (le secours) .... La malédiction, le malheur sont réservés au Diable. Le croyant ne pense pas qu'il se trouve à l'abri et préservé du malheur mais que d'une manière providentielle, Dieu donne la force de l'affronter et de le surmonter.  Une puissance supérieure protège et conduit le croyant durant toute sa vie mais Dieu n'a pas une obligation d'intervention, il permet au croyant d'être (parfois) affligé afin de le rendre plus fort ou de mettre à l'épreuve sa foi.

"C'est pourquoi je vous dis : Ne vous inquiétez pas, pour votre vie, de ce que vous mangerez ou de ce que vous boirez, ni, pour votre corps, de ce dont vous serez vêtus. La vie n'est-elle pas plus que la nourriture, et le corps plus que le vêtement ?
Regardez les oiseaux du ciel : ils ne sèment pas, ils ne moissonnent pas, ils ne recueillent rien dans des granges, et votre Père céleste les nourrit. Ne valez-vous pas beaucoup plus qu'eux ?
Qui de vous peut, par ses inquiétudes, rallonger tant soit peu la durée de sa vie ?
Et pourquoi vous inquiéter au sujet du vêtement ? Observez comment poussent les lis des champs : ils ne travaillent pas, ils ne filent pas ;et pourtant je vous dis que pas même Salomon, dans toute sa gloire, n'a été vêtu comme l'un d'eux.Si Dieu habille ainsi l'herbe des champs qui est là aujourd'hui et demain sera jetée au four, ne le fera-t-il pas à bien plus forte raison pour vous, gens de peu de foi ?" Mt 6, 25 ss
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MessageSujet: Re: la Providence divine   Mer 07 Fév 2018, 16:51

Sur la "bénédiction-malédiction", voir ici: en fait les deux aspects de la chose sont indissociables dans le langage biblique, je te bénirai <=> je maudirai tes ennemis / ceux qui te maudissent, etc.

Ce qui au fond est à penser dans le couple "création-providence", plus généralement dans le "monothéisme" et plus généralement encore dans n'importe quelle espèce de pensée digne de ce nom, c'est la contradiction absolue, sous diverses formes.

Dans le monothéisme: qu'un "Dieu" hors de qu(o)i il n'y aurait rien ait un autre, voire des autres, qu'il leur ménage assez de place pour ek-sister,  subsister, consister sans lui, contre lui ou avec lui, qu'il leur soit en somme assez absent sans jamais cesser de leur être présent. Enlevons "Dieu" du problème et celui-ci se repose à peine autrement: que "l'être" implique son contraire, pour qu'il y ait précisément ce qu'il y a, non pas un "être" immuable mais du temps et de l'événement, du mouvement, du changement, de l'altérité, de la différence...

On comprend que la théologie moderne du Process (Cobb etc.), qui renouvelle la théologie classique de la Providence, à cette différence près qu'elle lui refuse toute réserve ontologique (Dieu n'est rien d'autre que la Providence-Process, comme chez Heidegger l'Être n'est rien d'autre que l'Evénement, Seyn = Ereignis), ait puisé chez le théologien Tillich autant que chez le philosophe Whitehead. (Ce name-dropping visant à suggérer quelques pistes de lecture... :) )

Pour revenir aux bucoliques matthéennes, cf. chap. 10: pas un moineau ne tombe sans votre Père, mais votre Père n'empêche pas les moineaux de tomber; mais pas un moineau ne tombe sans votre Père... Il s'agit de lire la providence, ou l'élection, à même l'abandon, la présence à même l'absence, la bénédiction à même la malédiction. Tout le programme de l'évangile, depuis Marc. Cf. ici et là.
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MessageSujet: Re: la Providence divine   Mer 07 Fév 2018, 20:06

free a écrit:
"C'est pourquoi je vous dis : Ne vous inquiétez pas, pour votre vie, de ce que vous mangerez ou de ce que vous boirez, ni, pour votre corps, de ce dont vous serez vêtus. La vie n'est-elle pas plus que la nourriture, et le corps plus que le vêtement ?
Regardez les oiseaux du ciel : ils ne sèment pas, ils ne moissonnent pas, ils ne recueillent rien dans des granges, et votre Père céleste les nourrit.


Je me rappelle avoir expliqué dans un discours public que les oiseaux n’attendaient pas le bec ouvert que la nourriture leur soit servie miraculeusement, ils volaient à la recherche des brindilles pour construire leur nid, pour trouver des vers, des petits insectes. En fait ils découvraient ce qui se trouvait dans la nature.
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Narkissos

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MessageSujet: Re: la Providence divine   Mer 07 Fév 2018, 23:18

Je disais que la "providence" (du latin provideo, voir devant soi, d'où prévoir et pourvoir) n'était pas un mot ni un concept "biblique"; elle fait quand même penser le lecteur francophone à l'histoire du sacrifice d'Isaac (Genèse 22), où les traductions emploient souvent le verbe "pourvoir". En hébreu (et même en grec) il s'agit en fait d'une série de jeux de mots sur le verbe "voir", r'h, que l'on retrouve notamment dans le toponyme du v. 14a, Yhwh-Yr'h, "Yhwh verra" ou "sera vu" selon la vocalisation. Sans compter les assonances (avec "Moriya" p. ex.), on le retrouve au v. 4, Abraham "voit" le lieu de loin, v. 8, Yhwh "verra pour lui" la victime du sacrifice, v. 13, Abraham "voit" le bélier, v. 14b "à la montagne de Yhwh il sera vu" (la Vulgate utilise provideo au v. 8, mais pas au v. 14).

A part ça, Providentia est aussi le nom d'une déesse tardive (vertu déifiée sur le mode allégorique) du panthéon romain, associée en particulier au culte impérial -- d'où peut-être la fortune ultérieure du nom commun dans la théologie latine.

---

L'idée commune de la "providence" construit en opposition fonctionnelle et complémentaire les deux sens qu'elle sépare dans l'étymologie du mot, prévoir et pourvoir: Dieu (ou les dieux, la nature, la chance, le hasard, le destin) pourvoit quand l'homme ne prévoit pas. Bien sûr ce rapport peut s'articuler de nombreuses manières, et les allégories de la nature s'y prêtent (à l'opposé du Sermon sur la montagne, la fourmi des Proverbes); mais il y va toujours d'un rapport au temps et plus précisément à l'avenir (prévoyance ou imprévoyance), qui est lui-même extrêmement variable. Par exemple, le jour et l'heure, la saison ou le temps (au sens météorologique aussi) de la chasse, de la pêche ou de la cueillette des baies à tel ou tel endroit n'est pas l'année de l'agriculteur ni de l'éleveur, laquelle s'étend d'une année à l'autre quand il s'agit de planter des arbres qui donneront du fruit plusieurs années après, de constituer un troupeau, etc. Encore moins celui de l'individu contemporain sommé de penser à sa retraite et de rembourser des emprunts avant même d'avoir un emploi rémunéré. Autre quoique tout aussi contemporain le temps du mendiant, de l'infirme, etc. C'est la différence des temporalités qui est significative, qui fait que chacun peut s'interroger sur sa propre temporalité.

Mais qui dit signification dit interprétation: en ce qui concerne les préceptes du Sermon sur la montagne, on peut y entendre d'abord une sorte de "devoir d'imprévoyance" à plus ou moins court terme, associé à la foi dans une "providence" miraculeuse; puis un certain fatalisme qui se dégage du besoin de miracle en même temps que du désir de réussite ou de happy ending. Il n'en reste pas moins une sorte de "prévoyance", de raison calculatrice (le trésor dans le ciel), dans ces conceptions de la "providence" qui s'opposent pourtant à la prévoyance ordinaire.
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MessageSujet: Re: la Providence divine   Jeu 08 Fév 2018, 11:52

Citation :
L'idée commune de la "providence" construit en opposition fonctionnelle et complémentaire les deux sens qu'elle sépare dans l'étymologie du mot, prévoir et pourvoir: Dieu (ou les dieux, la nature, la chance, le hasard, le destin) pourvoit quand l'homme ne prévoit pas. Bien sûr ce rapport peut s'articuler de nombreuses manières, et les allégories de la nature s'y prêtent (à l'opposé du Sermon sur la montagne, la fourmi des Proverbes); mais il y va toujours d'un rapport au temps et plus précisément à l'avenir (prévoyance ou imprévoyance), qui est lui-même extrêmement variable. Par exemple, le jour et l'heure, la saison ou le temps (au sens météorologique aussi) de la chasse, de la pêche ou de la cueillette des baies à tel ou tel endroit n'est pas l'année de l'agriculteur ni de l'éleveur, laquelle s'étend d'une année à l'autre quand il s'agit de planter des arbres qui donneront du fruit plusieurs années après, de constituer un troupeau, etc. Encore moins celui de l'individu contemporain sommé de penser à sa retraite et de rembourser des emprunts avant même d'avoir un emploi rémunéré. Autre quoique tout aussi contemporain le temps du mendiant, de l'infirme, etc. C'est la différence des temporalités qui est significative, qui fait que chacun peut s'interroger sur sa propre temporalité.

Le regard de Dieu sur le futur

Par son étymologie, le terme de providence marque l’antécédence, puisque prévoir signifie voir à l’avance et agir en conséquence, faire des prévisions ou des provisions. Il y a providence, quand le regard se porte du présent vers l’avenir. La notion théologique de providence désigne la manière dont Dieu voit le futur. Ce qui mène à un certain nombre de questions dont débattent les théologiens.
La première est : la connaissance de Dieu est-elle déterminante ? En effet, Dieu voit les choses dans leurs liens de causalité et donc il sait d’avance ce qui doit se passer. Ce savoir antécédent semble détruire la contingence des faits ; et dans ce cas, la contingence ne désignerait que l’ignorance de celui qui est pris dans le flux du temps.
À cette difficulté la tradition chrétienne répond que Dieu est éternel, c’est-à-dire qu’il est hors du temps ; tout lui est contemporain et il voit tout d’un seul regard. La notion de prévision ne convient pas, au sens littéral du terme. Pourtant le terme est demeuré ; mais c’est pour dire que Dieu gouverne [11]On doit faire une distinction classique entre « gouverner » et « commander ». Commander, c’est imposer une volonté à des sujets qui ne coopèrent pas spontanément ; gouverner, c’est obtenir la particip[…] le monde en respectant son caractère temporel.
Dans la perspective qui est nôtre et qui privilégie la sagesse de Dieu par rapport à la volonté, la question est de savoir comment l’action de Dieu ne fausse pas la nature des événements et respecte donc les règles du possible.

Conclusion

Du point de vue théologique, on peut conclure que la notion de contingence doit être employée pour dire que tout ce que Dieu a créé ne participe pas du caractère absolu ou nécessaire de son être. Mais aussi, elle doit être employée pour qualifier l’ordre de la nature où les êtres sont reliés par des rapports de causalité qui définissent le champ du possible.

https://www.erudit.org/fr/revues/ltp/2005-v61-n3-ltp1093/012579ar/
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MessageSujet: Re: la Providence divine   Jeu 08 Fév 2018, 13:55

Exemple remarquable d'interdisciplinarité superficielle, qui survole tous les champs classiques (scientifiques, mathématiques, philosophiques, théologique forcément surplombant !) pour s'assurer que tout est en ordre et que les vaches sont bien gardées: chacun a d'excellentes raisons de penser comme il pense, du moment qu'aucun concept n'est interrogé en profondeur. Si l'on commençait à se demander ce qu'on entend au juste par "Dieu", "l'être", "le temps", "la matière", "la puissance", "la vie", ça ne serait plus si bien rangé mais ça risquerait de devenir beaucoup plus simple...

Autre pièce à verser au dossier...
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MessageSujet: Re: la Providence divine   Jeu 08 Fév 2018, 15:41

Citation :
Mais qui dit signification dit interprétation: en ce qui concerne les préceptes du Sermon sur la montagne, on peut y entendre d'abord une sorte de "devoir d'imprévoyance" à plus ou moins court terme, associé à la foi dans une "providence" miraculeuse; puis un certain fatalisme qui se dégage du besoin de miracle en même temps que du désir de réussite ou de happy ending. Il n'en reste pas moins une sorte de "prévoyance", de raison calculatrice (le trésor dans le ciel), dans ces conceptions de la "providence" qui s'opposent pourtant à la prévoyance ordinaire.


"Mais moi, je vous dis : Aimez vos ennemis et priez pour ceux qui vous persécutent. Alors vous serez fils de votre Père qui est dans les cieux, car il fait lever son soleil sur les mauvais et sur les bons, et il fait pleuvoir sur les justes et sur les injustes. " Mt 4, 44-45

Ce texte semble décrire une œuvre de providence, un Dieu qui fait alterner la pluie et le beau temps pour assurer la normalité de la vie. Dans la mesure ou Dieu prend soin de chacune de ses créatures, les humains sont tenus de s'aimer, peut importe les qualités morales du prochain et même au point d'aimer son ennemi. La providence transforme le regard sur les autres.
 
"Ne vous inquiétez donc pas du lendemain, car le lendemain s'inquiétera de lui-même. A chaque jour suffit sa peine." Mt 6, 34

Ce texte nous fait penser au lâcher-prise, à l'acceptation des vicissitudes de la vie (dans la mesure ou nous ne maitrisons pas les évènements, contrairement à Dieu) , au refus de l'inquiétude excessive et au fait de vivre l'instant présent mais dans le même temps l'exemple de l’oisiveté des oiseaux du ciel ressemble à une incitation à un "devoir d'imprévoyance" qui repose sur une confiance en la générosité de la providence, on dirait aujourd'hui, "vivre d'amour et d'eau fraiche". On pourrait interpréter ce texte comme un éloge de l’insouciance et de la paresse.
 Le paradoxe s'exprime par l'injonction de nous faire du soucis de ne pas se faire du soucis.

L'expression, "votre Père céleste sait que vous en avez besoin, Cherchez d'abord le règne de Dieu et sa justice, et tout cela vous sera donné par surcroît", me parait très irréaliste, voir dangereuse mais elle donne une autre dimension à la vie du croyant qui se libère de l'illusion qu'il est en capacité de maitriser sa vie, de spéculer sur le futur et d'établir une certaine prévisibilité de sa vie. Ces textes de Matthieu ne cherchent à expliquer la situation de notre monde mais à nous inciter à porter un regard différent sur la vie, les choses et les personnes, sans spéculation et dans le présent.
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MessageSujet: Re: la Providence divine   Jeu 08 Fév 2018, 16:43

On rejoint ici pas mal de nos discussions précédentes, p. ex. celle-ci, celle-là ou encore celle-ci.

Un paradoxe en cache une infinité d'autres, chacun s'ouvre sur un abîme de paradoxes en cascade: sous la (contre-)règle ou le (contre-)règne de l'apparence contraire (sub specie contraria <=> para doxan), la providence ou l'amour de Dieu sont indiscernables d'une indifférence ou d'un abandon, sa présence de son absence, sa bénédiction de sa malédiction, la foi de l'infidélité, le salut d'une perdition, le remède du poison, etc. Le sens du "danger" est peut-être le signe ambigu qu'il y a là quelque chose d'actif ou d'effectif, une puissance ou une vertu équivoque, qu'il se passe quelque chose, mais quoi ? Nul ne le saura, et encore ce n'est pas sûr, qu'à ses risques et périls et sans garantie aucune.

Pour revenir sur un terrain exégétique qui peut sembler plus stable, en surface:
- il y a au moins deux façons d'entendre "le lendemain s'inquiétera de lui-même": de lui-même comme (demain devenu) aujourd'hui, ou encore de lui-même comme lendemain, demain toujours demain, à l'infini ? Ça revient au même, si l'on veut, mais par une hésitation de la pensée qu'il vaut la peine de laisser vibrer et résonner...
- cette affaire de lendemain rappelle, un peu plus haut, la formulation du Notre Père: donne-nous aujourd'hui notre pain... epiousion, personne ne sait vraiment ce que ça veut dire (je découvre qu'il y a même un article de Wikipedia [en anglais] sur ce seul mot !). Mais parmi les traductions proposées depuis les plus anciennes versions (à peu près n'importe quoi, "quotidien", "de ce jour", "nécessaire", "suffisant", ou selon une étymologie possible "sur-essentiel" ou "super-substantiel") il y a aussi "du lendemain" (cf. epiousos Actes 7,26; 16,11; 20,15; 21,18; 23,11), ce qui est au moins amusant par rapport à la suite... Bien sûr derrière tout cela on devine l'histoire de la manne (Exode 16), nourriture miraculeuse et céleste dispensée au jour le jour sans possibilité de réserve (sauf pour le sabbat ou l'urne du sanctuaire), et ses échos eucharistiques dans le christianisme, qui rendent toutes ces traductions à la fois vraisemblables et indécises.
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MessageSujet: Re: la Providence divine   Ven 09 Fév 2018, 09:29

"Ses frères allèrent d’eux-mêmes se jeter devant lui et dirent : « Nous voici tes esclaves ! » Joseph leur répondit : « Ne craignez point. Suis-je en effet à la place de Dieu ? Vous avez voulu me faire du mal, Dieu a voulu en faire du bien : conserver la vie à un peuple nombreux comme cela se réalise aujourd’hui. Désormais, ne craignez pas, je pourvoirai à votre subsistance et à celle de vos enfants. » Il les réconforta et regagna leur confiance." Gn 50, 18 ss



De nombreux croyants sont persuadés que Dieu peut modifier "providentielle" le sens des évènements et transformer ou retourner une situation négative, pour leurs permettre de trouver une issue ou une solution à un problème donné. Dans le cas de Joseph, Dieu permet et orchestre une situation et des événements afin de les faire concourir à la préservation de sa famille. La NBS rend ainsi le texte : "Le mal que vous comptiez me faire, Dieu comptait en faire du bien". Dieu transforme la malédiction des ennemis de ses serviteurs en bénédictions


Ces récits qui mettent en relief l'intervention providentielle de Dieu amènent cette interrogation  : D’après la Bible... Dieu protège-​t-​il systématiquement les chrétiens ? (https://wol.jw.org/fr/wol/d/r30/lp-f/102002245)
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MessageSujet: Re: la Providence divine   Ven 09 Fév 2018, 11:13

On a vu (p. ex. ici) que la logique de la protection (plus ou moins miraculeuse) était strictement contraire à celle du martyre, malgré l'analogie profonde qui les renvoie sans cesse l'une à l'autre (Dieu tantôt protège et tantôt non, c'est un Dieu qui pourrait protéger qui ne protège pas).

Dans le cas de Joseph (comme dans les autres "romans de diaspora", Daniel 1--6 et surtout Esther où "Dieu" n'est même pas nommé), on a affaire à une "orchestration" discrète: il n'y a pas de miracle ni d'intervention divine manifeste (le contraste est très net avec la grosse fanfare de l'Exode, des plaies d'Egypte au Sinaï), Dieu dirige de loin les événements à l'insu des protagonistes, il ne se montre pas, ne leur parle même pas directement, c'est la "sagesse" qui les guide, notamment comme capacité d'interprétation (des rêves ou des événements). Et le "sens" de l'ensemble révélé à la fin de l'histoire est encore une "interprétation". On peut penser au proverbe espagnol Dios escribe derecho sobre renglones torcidos, "Dieu écrit droit sur des lignes tordues", ou à la fameuse fable chinoise du paysan et du cheval, où le sens (provisoire) du récit s'inverse à chaque nouvelle péripétie: le paysan trouve un cheval, c'est bien; à cause du cheval son fils se casse la jambe, c'est mal; à cause de sa jambe cassée le fils ne part pas à la guerre, c'est bien; à cause de l'absence du fils la guerre est perdue, c'est mal... et ainsi de suite, à cette différence près que l'histoire n'a pas de fin et donc pas de sens global, c'est au contraire le caractère relatif et provisoire de tout "sens" qu'elle met en évidence.
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MessageSujet: Re: la Providence divine   Ven 09 Fév 2018, 12:03

Citation :
Dans le cas de Joseph (comme dans les autres "romans de diaspora", Daniel 1--6 et surtout Esther où "Dieu" n'est même pas nommé), on a affaire à une "orchestration" discrète: il n'y a pas de miracle ni d'intervention divine manifeste (le contraste est très net avec la grosse fanfare de l'Exode, des plaies d'Egypte au Sinaï), Dieu dirige de loin les événements à l'insu des protagonistes, il ne se montre pas, ne leur parle même pas directement, c'est la "sagesse" qui les guide, notamment comme capacité d'interprétation (des rêves ou des événements). Et le "sens" de l'ensemble révélé à la fin de l'histoire est encore une "interprétation".

Merci Narkissos pour cette analyse.

Rm 8, 28 : "Nous savons, du reste, que tout coopère pour le bien de ceux qui aiment Dieu, de ceux qui sont appelés selon son projet"

L'idée que Dieu intervient aujourd'hui en faveur de ses serviteurs, dans la mesure ou son dessein est en jeu, découle du texte de Rm 8,28.

Ainsi même (si à froid) les croyants nourrissent un point vu équilibré et rationnel concernant l'intervention de Dieu (Il ne le fait pas toujours ...), dans le même temps, ils sont prompts a déceler "la main" de Dieu dans de nombreuses récits :

Pavlo Rourak A passé 15 ans en prison et dans des camps. Il est aujourd’hui surveillant-président d’une congrégation d’Artemovsk, dans l’est de l’Ukraine.
J’ai décidé d’écrire à ma sœur pour lui faire part de notre situation dans le camp et lui expliquer que nous n’avions pas de nourriture spirituelle. Comme les prisonniers n’étaient pas autorisés à envoyer ce genre de lettre, il m’a été difficile de la poster. Malgré tout, ma sœur a finalement reçu la lettre. Elle a préparé un colis, y a placé du pain scandinave ainsi qu’un Nouveau Testament, puis elle a expédié le tout.
Le règlement était très strict. Les autorités ne transmettaient pas toujours les colis aux prisonniers. Souvent, les responsables en brisaient le contenu. Tout était soigneusement examiné. Par exemple, ils vérifiaient les boîtes en fer-blanc pour voir s’il n’y avait rien de caché dans un double fond ou sur les côtés. Ils examinaient même les petits pains.
Un jour, j’ai vu que mon nom figurait sur la liste de ceux qui avaient reçu un colis. J’étais extrêmement heureux, même si je n’imaginais pas que ma sœur m’ait envoyé un Nouveau Testament. C’était le garde le plus sévère qui était chargé de l’inspection ce jour-​là ; les prisonniers l’appelaient Tête brûlée. Lorsque je me suis présenté pour retirer mon colis, il m’a demandé : “ Tu attends un colis de quel endroit ? ” Je lui ai donné l’adresse de ma sœur. Il a pris une pince et a ouvert le carton.
Quand il a ôté le couvercle, j’ai aperçu le Nouveau Testament coincé entre le côté du carton et la nourriture. J’ai juste eu le temps de prier silencieusement : “ Jéhovah, donne-​le-​moi. ”
À ma grande surprise, le garde m’a dit : “ Allez, débarrasse-​moi vite de ce carton ! ” Stupéfait de ce qui venait de se passer, j’ai refermé le carton et je l’ai emporté jusqu’au baraquement. J’ai sorti le Nouveau Testament et je l’ai caché dans mon matelas.
Quand j’ai raconté aux frères que j’avais reçu un Nouveau Testament, aucun ne m’a cru. C’était un miracle de Jéhovah ! Il nous soutenait spirituellement parce que, dans notre situation, il était impossible de se procurer quoi que ce soit. Nous avons remercié notre Père céleste Jéhovah pour sa miséricorde et son soutien. Nous nous sommes mis à lire et à nous fortifier spirituellement. Nous lui en étions vraiment reconnaissants. (https://wol.jw.org/fr/wol/d/r30/lp-f/302002012)
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MessageSujet: Re: la Providence divine   Ven 09 Fév 2018, 13:39

Romains 8 est à lire sur fond de stoïcisme populaire: le logos (verbe-langage-pensée-raison) qui est aussi (le vrai) dieu (theos) gouverne le kosmos, de manière non seulement transcendante mais immanente, à même les choses, comme logos spermatikos (semé ou disséminé) en toutes choses; se soumettre à la raison c'est nécessairement se ranger dans le sens le plus profond des choses, des événements, de l'histoire et du monde. Tout co-opère (sunergei, d'où "synergie") forcément au bien (agathon) et vouloir le bien c'est partager une volonté universelle, en dépit de toutes les apparences contraires. Au fond la même vision domine toute la philosophie moderne, peut-être de la façon la plus aboutie chez Leibniz avec son harmonie préétablie et son meilleur des mondes (com-)possibles, mais encore chez Kant ou Hegel (la raison particulière consiste à s'accorder au sens de la Raison générale, qui est aussi celui du monde ou de l'histoire). D'une manière ou d'une autre toute pensée aboutit peut-être à quelque chose de ce genre.

L'histoire que tu racontes m'est arrivée aussi, de façon similaire, dans sa narration et son interprétation. Moins d'un an avant ma sortie des TdJ, alors que j'étais déjà sur le départ: j'avais déjà annoncé ma démission du Béthel, mais j'étais encore "délégué" aux assemblées polonaises qui se tenaient cette année-là (sous Jaruzelski) avec trois autres Béthélites. J'avais emporté à tout hasard une bible (TMN) en allemand, que j'avais laissée bêtement visible dans la voiture. Au passage de la frontière est-allemande (qui ne rigolait pas), le douanier la voit, la regarde et décrète la fouille intégrale du véhicule. J'ai à peine eu le temps de la remettre dans une sacoche avant de descendre. Ils n'ont rien trouvé, pas même la bible qu'au moins l'un d'eux avait vue...

Quand on voit "Dieu" dans les choses -- ce n'est pas forcément la plus mauvaise manière de voir les choses -- il faut s'attendre à tout, même à un certain humour.
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MessageSujet: Re: la Providence divine   Ven 09 Fév 2018, 13:59

Citation :
Quand on voit "Dieu" dans les choses -- ce n'est pas forcément la plus mauvaise manière de voir les choses -- il faut s'attendre à tout, même à un certain humour.

Je trouve que de sublimer un récit en y apercevant la main de Dieu est une belle façon de vivre les choses mais cela mène inévitablement à se demander pourquoi Dieu a permis l'arrestation d'autres croyants pour détention de livres interdits. Je me souviens d'une TdJ, qui louait Dieu, car il n'avait pas permis que son fils face l'expérience de la mort (il avait frôlé la mort à l'occasion d'un accident de voiture), devant une autre TdJ qui venait de perdre son fils et qui me demandait pourquoi Dieu avait permis la disparition de son fils.
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MessageSujet: Re: la Providence divine   Ven 09 Fév 2018, 14:23

"Honte à cet effronté qui peut chanter pendant que Rome brûle -- elle brûle tout le temps". (Brassens/Néron)

La vraie question ce n'est pas "Dieu", c'est la coexistence de la joie de l'un et du malheur de l'autre, qu'ils aient un rapport de cause ou d'effet ou de simple coïncidence. Censurer la joie de l'un au nom du malheur de l'autre ou le contraire, les ramener à la raison d'une "moyenne" ou à la somme d'une "totalité", c'est tout simplement nier l'essence entremêlée des choses, de la vie, de l'histoire...

Si "Dieu" a un quelconque rapport à la réalité, il ne doit pas s'étonner que les uns le remercient et que les autres l'engueulent.
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MessageSujet: Re: la Providence divine   Sam 10 Fév 2018, 20:00

Ces 2 récits sont intéressants, et l'on peut y déceler l'intervention de Dieu ou simplement la réaction d'hommes, le gardien (appelé tête brûlée) dans le camp pouvait agir de façon inexplicable au gré de ses humeurs; quant au douanier à la frontière est-allemande peut-être espérait-il trouver d'autres publications cachées ou non dans la voiture et n'ayant rien trouvé, il n'avait pas envie de se justifier auprès de se supérieurs en disant avoir remarqué une bible en allemand qui pouvait être un exemplaire personnel.
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MessageSujet: Re: la Providence divine   Sam 10 Fév 2018, 21:27

Une explication rationnelle, scientifique, objective ou statistique ne peut rien contre la lecture subjective d'un événement: on ne peut pas s'attendre que le rescapé d'une catastrophe raconte son aventure de la même manière qu'un observateur neutre, qui sait qu'il y a des rescapés dans la plupart des catastrophes et à qui il importe peu que ce soit celui-ci ou celui-là. Pour le rescapé, il s'y mêlera forcément un élément irrationnel, que ce soit "Dieu" ou "la chance", qui est le corollaire de son propre point de vue. Mais "Dieu" intervient là façon tellement irrationnelle que même une théologie ne peut rien en faire. Dès que le récit passe de la première à la troisième personne, de "Dieu m'a sauvé" à "Dieu l'a sauvé", il pose plus de problèmes qu'il n'en résout (pourquoi Dieu l'a-t-il sauvé, lui et pas les autres ? pourquoi n'a-t-il pas évité la catastrophe, pour commencer ?). Même le croyant concerné, s'il se met à penser après coup "objectivement", ne pourra plus soutenir son propre récit "subjectif". Et pourtant quand il  a vécu l'événement il l'a vécu ainsi et pas autrement. A cet égard, rien de plus vrai que le "subjectif".

L'automne suivant ces aventures ostrogothiques, j'ai dû traduire, avant de quitter enfin le Béthel, une bonne partie de l'Annuaire qui relatait notamment l'histoire des TdJ au Portugal -- ça aussi je l'ai déjà raconté. Il était, comme d'habitude, rempli de récits "subjectifs" où des gens racontaient comment ils avaient été dirigés plus ou moins "providentiellement" ou "miraculeusement" vers l'organisation, comment Jéhovah les avait protégés dans les persécutions, etc. -- toutes choses qu'on retrouve évidemment dans les "témoignages" d'autres milieux religieux, mais à l'époque je ne connaissais vraiment que celui-là: comme je n'avais aucune raison de douter de la sincérité des témoignages, j'ai éprouvé d'autant plus vivement la contradiction avec mon propre récit "subjectif", tel que je me le racontais à l'époque: "Dieu" me faisait quitter l'organisation où il les avait attirés et gardés. Nous nous croisions dans l'escalier, en somme, quoique censément sous la conduite du Même. Une explication "objective" était toute simple, bien sûr (ni eux ni moi n'étaient "guidés" par quoi que ce soit), mais à ce moment-là elle ne m'était d'aucune utilité, car pour l'envisager sérieusement il aurait fallu que je quitte le "point de vue" de ma propre histoire, de mon propre mouvement. De sorte que ce fut une véritable torture, à 100 % subjective et irrationnelle si l'on veut, mais enrichissante de ce "point de vue" même: incapable de penser sans "Dieu", il me fallait le penser comme "mystère", décidément inexplicable.

P.S. l'actualité du lendemain, avec la "validation" médico-théologique (elle-même vestige du rapport de la "science" et de la "religion" tel qu'il se pensait au début du XXe siècle) du 70e miracle "officiel" de Lourdes s'insère assez bien dans la conversation: d'un miracle devenu "objectif", il me semble que les "croyants" sont encore plus embarrassés que les "non-croyants", mais plus que tous, les théologiens...
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MessageSujet: Re: la Providence divine   Lun 12 Fév 2018, 11:58

Citation :
Même. Une explication "objective" était toute simple, bien sûr (ni eux ni moi n'étaient "guidés" par quoi que ce soit), mais à ce moment-là elle ne m'était d'aucune utilité, car pour l'envisager sérieusement il aurait fallu que je quitte le "point de vue" de ma propre histoire, de mon propre mouvement. De sorte que ce fut une véritable torture, à 100 % subjective et irrationnelle si l'on veut, mais enrichissante de ce "point de vue" même: incapable de penser sans "Dieu", il me fallait le penser comme "mystère", décidément inexplicable.

Notre discussion me fait penser à un film que j'ai beaucoup aimé, Big Fish, dont le réalisateur Tim Burton disait : « Big Fish traite de ce qui est réel et de ce qui est imaginaire, de ce qui est vrai et de ce qui ne l'est pas, de ce qui est en partie vrai et de quelle manière, à la fin, tout devient vrai. »

Un fils se dispute avec son père en lui réclamant la vérité à la place de ses contes, Il pense que son père n'a jamais été honnête avec lui car il a créé des mythes extravagants au sujet de son passé pour se cacher à l'intérieur, ses histoires étant sa manière d'échapper aux autres. Les histoires du père sont remplies de personnages (sorcière, géant, sirène, loup-garou) et de lieux (cirque, ville mythique) qui sont des images classiques des contes de fées.   « La quête du père est d'être un gros poisson dans une grande mare alors que celle du fils est de voir la vérité à travers ses contes »
Dans un dernier geste d'amour et de compréhension, après avoir passé sa vie à mépriser les histoires de son père, le fils finit l'histoire que son père a commencée, mêlant entre eux les thèmes et les personnages de l'histoire de sa vie et mélangeant le réel à l'imaginaire dans un acte de communion. En mettant de côté la colère qu'il a si longtemps entretenue, Will parvient à comprendre que les histoires de son père lui ont donné une substance et une dimension qui sont aussi authentiques que ses expériences quotidiennes. Il comprend alors que son père, et nous tous, sommes nos histoires, et que la réalité profonde de nos vies pourrait ne pas être notre moi le plus véritable »

https://fr.wikipedia.org/wiki/Big_Fish_(film)
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MessageSujet: Re: la Providence divine   Lun 12 Fév 2018, 12:32

J'avais bien aimé Big Fish, même si ce n'est pas mon préféré de Burton (mais il faudrait que je le revoie).

La "fiction" fait partie intégrante de la "réalité" (humaine, du moins), elles ne cessent pas de se distinguer et de s'entremêler, elles se construisent ensemble (ce qui fausse d'avance tout "réalisme" et donne à toute "vérité" un caractère pour le moins ambigu).
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MessageSujet: Re: la Providence divine   Lun 12 Fév 2018, 13:18

"Ce fut à Antioche que, pour la première fois, les disciples furent appelés chrétiens"  SG
OU
et ce fut d'abord à Antioche que les disciples furent par une providence divine appelés chrétiens TMN
 
 " Expliquez moi par exemple d'ou vient l'expression "providence divine" en Actes 11:26 dans la TMN alors que les mots grecs signifient "première fois".

REPONSE :

En Actes 11:26, la plupart des versions traduisent le verbe grec khrêmatizô simplement par "furent appelés". Il y en a d'autres toutefois qui font ressortir le fait que Dieu joua un rôle dans le choix du nom "chrétien", notamment la Traduction du monde nouveau, Young's Literal Translation et The Simple English Bible. La version de Young traduit ainsi : "Les disciples aussi furent divinement appelés chrétiens d'abord à Antioche."
Pourquoi?
Dans les Écritures grecques chrétiennes, le verbe khrêmatizô est toujours associé à quelque chose de surnaturel, de divin, ou à un oracle.
C. Alexandre (dans son Dictionnaire grec-français, Paris, 1843, p. 803) le définit ainsi : "Être averti par l'oracle, ou par une révélation d'en haut."
A. Bailly, L. Séchan et P. Chantraine (Dictionnaire grec-français, Paris, 1963, p. 2152, 2153) indiquent ce sens : "recevoir une réponse, un avis par une intervention divine, par une révélation."
Joseph Thayer (A Greek-English Lexicon of the New Testament, 1889, p. 671) propose cette définition : "Transmettre un commandement ou un avertissement divins ; enseigner du ciel ; [...] être par Dieu commandé, repris, instruit ; [...] servir de porte-parole des révélations divines ; promulguer les commandements de Dieu."

http://compusat.tripod.com/Actes11v26.htm
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MessageSujet: Re: la Providence divine   Lun 12 Fév 2018, 14:07

Cas d'école de surtraduction.

La question ci-dessus est effectivement mal posée, "la première fois" <=> "d'abord" <=> prôtôs; c'est le verbe khrèmatizô que la TMN surtraduit.

Ce verbe est certes souvent employé pour des oracles, mais il a aussi un usage parfaitement banal, justement quand il s'agit d'une appellation, cf. Romains 7,3: elle sera appelée (par la providence divine ???) adultère...

Cette lubie de F.W. Franz (je présume) n'est pas totalement à contresens de Luc-Actes, qui joue souvent d'effets narratifs qu'on peut qualifier de "providentiels" (sans faire de "la providence" un mot ni un concept théologique). D'une certaine façon, l'ensemble du récit ressortit à cette catégorie: les choses arrivent comme Dieu les a voulues. Mais c'est implicite et non explicite, un effet d'ensemble et non un énoncé particulier. On pourrait dire que c'est un contresens stylistique, puisque Luc-Actes fait plutôt dans la litote, en suggérant l'action divine sans l'affirmer. Mais, au fond, qu'il voie de la "providence" derrière l'appellation (simple sobriquet populaire dérivé de khristos, comme bouddhiste, marxiste, stalinien, gaulliste) "chrétien", ce n'est probablement pas tout à fait faux.

Mais pour des "Témoins de Jéhovah" qui se sont expressément choisi une autre appellation, ça ne manque pas de sel !
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MessageSujet: Re: la Providence divine   Lun 12 Fév 2018, 15:02

La providence divine est une idée sous-jacente dans la Bible (d'ailleurs est-il question d'un plan divin) :

"Le riche et le pauvre se retrouvent : c'est le SEIGNEUR qui les fait tous deux" Pro 22,2

"Dans les générations passées, il a permis à toutes les nations de suivre leurs propres voies,  quoiqu'il ne se soit pas laissé sans témoignage : il a fait le bien, en vous donnant du ciel pluies et saisons fécondes, en vous comblant de nourriture et de bonheur." Act 14, 16-17 



Mais toujours dans la Bible, l’homme doit suivre ce chemin destiné. C’est ce que conte la pêche miraculeuse dans Luc, 5 : 5-11. Il faut tout d’abord s’éloigner de la terre ferme, de la Terre : « quitter le rivage et avancer un peu » (5 : 3) pour s’engager dans les « eaux profondes » (5 : 4). Surtout il faut écouter la Parole de Dieu qui s’assoit parmi les pêcheurs dans la barque où « il enseigne au foules » (5 : 3). Alors seulement la bénédiction divine, celle de la providence, pourra toucher le fidèle qui a écouté la Parole : Simon-Pierre et ses compagnons prennent beaucoup de poisson. Alors on peut tout laisser sur le rivage et suivre le Maître (5 : 11).

http://metreya.blog.lemonde.fr/y-a-t-il-une-providence-divine/
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MessageSujet: Re: la Providence divine   Lun 12 Fév 2018, 15:55

Tout le problème avec "Dieu" c'est la nuance, la différence, surtout dans le sens du "moins" (du "bémol", comme on dit souvent; ou, selon d'autres analogies musicales, du mode "mineur" en harmonie, ou en intensité du mezzo-forte, du piano ou du pianissimo, voire de la sourdine). Qui est censé créer tout à partir de rien (ouverture éclatante, brillante, sinon tonitruante) doit bien se retirer (cf. le çimçum qabbalistique, sur le modèle de la kénôse paulinienne) pour que quelque chose d'autre que lui existe, sans lui ou même avec lui. Et à partir de là son (inter-)action s'appellera "miracle", plus ou moins extra-ordinaire ou spectaculaire, "providence" quand elle se fait encore plus discrète et plus ordinaire. Mais au fond c'est toujours le même "Dieu" et la même action, la même "puissance" qui ne peut pas se penser autrement que comme toute-puissance, la même "présence" qui ne peut pas se penser autrement que comme omni-présence, etc. Dès lors qu'on pose quelque chose comme "Dieu" le mystère (ou l'énigme théologique) se déplace vers le "moins-de-Dieu": pourquoi moins-de-Dieu, sinon moins-que-Dieu, s'il y a tout Dieu, toujours et partout ? Mystère d'une faiblesse ou d'une absence qui semblent factices, artificielles ou arbitraires à tout point de vue théologique, qui détourne malgré elle la théologie vers son contraire: expliquer où, quand, comment, pourquoi "Dieu" ne serait pas ou serait moins.

Création, miracle, providence, cela dessinerait d'ailleurs une trinité de l'agir divin, une (autre) "trinité économique" sur le modèle de l'ontologique, jusque dans la distinction des fonctions et des modalités: de l'ouverture grandiose à la continuité discrète, en passant par des éclats plus ou moins remarquables.
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MessageSujet: Re: la Providence divine   Jeu 15 Fév 2018, 12:49

La mise à part dès la naissance (voir même avant), de certains hommes ou femmes en vue d'accomplir une mission particulière est aussi une manifestation de la providence divine, la bonne personne, au bon moment. On retrouve l'idée d’un Dieu qui façonne sa créature dans le sein maternel, qui en connaît d’emblée toute l’existence et prédestine sa vie. Ainsi Dieu affirme concernant Jérémie :

  "Avant que je ne te façonne dans le ventre de ta mère, je t'avais distingué ; avant que tu ne sortes de son sein, je t'avais consacré : je t'avais fait prophète pour les nations." (1, 5)
 
Cela nous fait évidemment penser au texte du Psaume 139 (15,16) :

"Mon corps ne t'était pas caché lorsque j'ai été fait en secret, tissé dans les profondeurs de la terre.


Quand je n'étais qu'une masse informe, tes yeux me voyaient ; et sur ton livre étaient tous inscrits les jours qui furent façonnés, avant qu'aucun d'eux n'existe."

Samson a été "un nazir de Dieu dès le ventre de sa mère" (Jg 13, 5).
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