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 Maitre, Enseignant et Gourou

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MessageSujet: Maitre, Enseignant et Gourou   Mer 07 Mar 2018, 13:46

Du sanskrit गुरु, guru : « enseignant », « précepteur », « maître ». Ce terme peut prendre plusieurs définitions Le maître spirituel qui se réclame d'une tradition issue de l'hindouisme, du jaïnisme, du bouddhisme ou du sikhisme.
Dans son sens négatif, le manipulateur d'un groupe religieux sectaire. Dans l'Inde contemporaine, le mot gourou est également utilisé pour désigner le professeur, celui qui enseigne et dont le crédit repose sur la tradition spirituelle à laquelle il appartient et dont il a suivi les enseignements et pratiques, ou sur son éveil spirituel.
Le gourou est associé au culte de la personnalité. Dans son acception négative, le terme désigne un imposteur, édictant des règles strictes, diabolisant l'extérieur de son groupe, avec des intentions cachées et principalement dans le but d'obtenir l'asservissement de ses adeptes. L'image historique se change subrepticement en une image totalitaire.Cette évaluation du phénomène est contestée par certaines associations de défense de la liberté de conscience, certains sociologues ainsi que certains représentants de l'Église catholique romaine, objectant que cette manière de considérer « en bloc » les gourous est calomnieuse et diabolisatrice. (https://fr.wikipedia.org/wiki/Gourou)

 "Maître" ou "rabbi" est l’un des titres que beaucoup donnent à Jésus ("Bon maître, que dois-je faire pour hériter la vie éternelle ?" Mc 10,17), car il enseigne "avec autorité, et non pas comme les scribes".

 Jésus recommande :
 
"Mais vous, ne vous faites pas appeler Rabbi ;  car un seul est votre maître, et vous, vous êtes tous frères. Et n'appelez personne sur la terre « père », car un seul est votre père, le Père céleste. Ne vous faites pas appeler docteurs, car un seul est votre docteur, le Christ. Le plus grand parmi vous sera votre serviteur. Qui s'élèvera sera abaissé, et qui s'abaissera sera élevé" Mt 23, 8 ss

Existe-t-il de "véritables" maitres qui communiquent une sagesse hors du commun ?
Est-il souhaitable ou acceptable de suivre les enseignement d'un maitre ?
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Narkissos

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MessageSujet: Re: Maitre, Enseignant et Gourou   Mer 07 Mar 2018, 14:37

A qui poserait-on de telles questions, de qui surtout attendrait-on des réponses, si ce n'est (à/d')un "maître" (gourou, rabbi, didaskalos, magister, docteur, etc.) ?

Dire aux gens qu'ils n'ont pas besoin de maîtres est un des meilleurs moyens de se poser en maître -- le "Jésus" des évangiles en serait un excellent exemple, l'auteur de la Première épître de Jean aussi...

C'est le caractère personnel de l'autorité du "gourou" oriental qui inquiète particulièrement l'Occident -- d'où le sobriquet. Mais c'est précisément le type d'"autorité" que les évangiles prêtent à "Jésus". Quelqu'un qui ne se réfère à aucune tradition, ne cite pas ses sources et parle en son propre nom ou pronom (moi, je vous dis) -- à l'opposé de la pratique des "rabbis" (pharisiens et au-delà, cf. tout le Talmud), plutôt dans la ligne des "sages" ou des "prophètes" -- à ceci près que ce n'est pas non plus "Dieu" qu'il fait parler (sauf bien sûr s'il est Dieu).

Ce qui nous rassure, nous, c'est l'anonymat collectif de l'institution (ecclésiastique ou académique) et des titres qu'elle décerne, qui semble décharger le disciple (l'élève, l'étudiant, le patient, etc.) de la responsabilité paradoxale de se choisir un maître et de lui faire confiance avant même d'apprendre et d'être en mesure d'évaluer quoi que ce soit. De ce point de vue, nous n'aurions trouvé ni le "Jésus" des évangiles, ni les "apôtres" des épîtres ou des Actes, ni les "sages" ou les "prophètes" de l'AT, ni les "philosophes" grecs rassurants.

Au passage, l'usage de l'anonymat et de la collégialité par la Watch est une façon remarquable de détourner et de neutraliser chez ses adeptes la méfiance qu'inspirent le nom et l'image du "gourou" aux Occidentaux modernes. C'est pourtant toujours quelqu'un ou quelque chose de la nature du "gourou" qui dénonce le "gourou".

Voir aussi ici et .
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MessageSujet: Re: Maitre, Enseignant et Gourou   Mer 07 Mar 2018, 16:28

Citation :
Dire aux gens qu'ils n'ont pas besoin de maîtres est un des meilleurs moyens de se poser en maître -- le "Jésus" des évangiles en serait un excellent exemple, l'auteur de la Première épître de Jean aussi...

L'auteur de la Première épître de Jean affirme (2, 27), "vous n'avez pas besoin que quelqu'un vous instruise" et pourtant, c'est ce qu'il est entrain de faire, à travers sa lettre.
Le Jésus de l'évangile de Matthieu adresse une invitation à tous, de devenir un disciple : "Venez à moi, vous tous qui peinez sous le poids du fardeau, chargez-vous de mon joug et mettez-vous à mon école, car je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez soulagement pour vos âmes" (Mt 11,28). On peut noter l'expression, "mettez-vous à mon école" (TOB).
L'évangile de Jean (15, 15) a fait dire à Jésus :  "Je ne vous appelle plus esclaves, parce que l'esclave ne sait pas ce que fait son maître. Je vous ai appelés amis, parce que je vous ai fait connaître tout ce que j'ai entendu de mon Père."
 Jésus n’a plus rien à leur révéler, il a transmis à ses disciples toutes sa connaissance et les rendu autonomes, ce qui introduit une nouvelle relation maitre/disciple, celui de l’amitié ("Je vous ai appelés amis").

 
 L’autorité du maître est perçue en occident d'une manière négative et assimilée à une tutelle dont il faut se soustraire., ainsi il est totalement incompréhensible pour de nombreux occidentaux que l'on puisse manifester de l’admiration, voir même de la simple gratitude envers un maitre (à penser). La relation maître-disciple peut être perverti et entrainer des abus mais d'un autre côté,  de nombreux "disciples" ont ressenti un choc spirituel et un éveil à une certaine connaissance, suite à la rencontre d'un maitre.
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Narkissos

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MessageSujet: Re: Maitre, Enseignant et Gourou   Mer 07 Mar 2018, 17:12

La formule de Matthieu 11,29 c'est mathete [ap'emou], "apprenez [de moi]", le complément entre crochets étant omis dans certains manuscrits; du verbe manthanô qui veut dire "apprendre", d'où mathétès = "disciple" (au sens d'élève apprenant et non de "suivant", follower, puisque "disciple" en français traduit aussi diverses formes d'akoloutheô, "suivre", d'où "acolyte") et "mathématique" (à la base: ce qui s'apprend). Cf. aussi ici.

Dans Jean 15,15 on retrouve le principe de la "médiation" qui s'annule à mesure qu'elle s'opère, de sorte que le "disciple" (et le "disciple de disciple", cf. chap. 17) se retrouve à l'unique place du "maître" qui est aussi le "fils unique" du Père: soit une économie dynamique de la révélation où le révélateur, le révélé et le "récepteur", destinataire ou bénéficiaire de la révélation tendent à se confondre, à ne faire qu'"un". (On en a tellement parlé que je ne m'y réfère plus qu'allusivement.) C'est aussi un coup de patte aux autres (proto-)christianismes, paulinien entre autres, où le rapport "maître-esclave", kurios-doulos, n'est jamais dépassé (pour compliquer les choses, en français on appelle "maître" aussi bien le kurios, "seigneur" ou "maître" de l'esclave, que le didaskalos, "enseignant" ou "maître" du "disciple").

Dans la courte période, entre ma sortie des TdJ et mon entrée en faculté de théologie, où j'ai lu à peu près tout ce qui me tombait sous la main en matière de religion, de "mystique" ou de "spiritualité" (certains "grands textes", comme les traités et sermons d'Eckhart, la Gita, le Tao te King ou des écrits bouddhiques, mais aussi de plus hasardeux), je me souviens d'être tombé sur un commentaire des évangiles par un "gourou" indien dont j'ai oublié le nom (p.s.: si, ça me revient, c'était Osho Rajneesh, dont le mouvement est catalogué "secte" suite à de gros ennuis judiciaires et même criminels en Amérique). Il y avait là des choses assez vaseuses à mon goût, mais aussi une indiscutable intelligence des procédés du "maître" attribués à Jésus, sur le modèle du "gourou" précisément.
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MessageSujet: Re: Maitre, Enseignant et Gourou   Mer 07 Mar 2018, 21:53

Ce que nous ne comprenons pas toujours en Occident mais aussi de nos jours en Asie, c'est le fait de la jeune génération, c'est que le maître encourage toujours le disciple à ne pas accepter ce qu'il ne comprend pas, ce qui n'est pas sien. Un bon maître s'efforcera de comprendre les errances, les difficultés de son "élève" ou disciple, afin de l'aider à marcher sur son propre chemin à sa vitesse personnelle. Or nous avons l'habitude de consommer, même dans le domaine spirituel, du tout prêt, déjà mâché. Le maître doit discerner ce qui gêne le disciple dans sa progression et accepter que cette marche puisse prendre du temps voire s'arrêter.

C'est un peu déroutant pour nous qui sommes habitués à être parfois dirigés, voire à nous laisser manipulés, d'imaginer un maître (un enseignant) donner dans du champs libre à l'enseigné. En fait le maître ne se considère pas comme celui qui enseigne mais plutôt comme celui qui permet au disciple de s'approcher de l'enseignement, de Bouddha par exemple.
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MessageSujet: Re: Maitre, Enseignant et Gourou   Mer 07 Mar 2018, 23:58

Tu mets le doigt sur une distinction extrêmement importante mais plus complexe qu'il n'y paraît au premier coup d'œil: on pourrait dire entre "théorie" et "pratique", à condition de bien voir que ces deux aspects se retrouvent en fait, dans des proportions et sur des modes différents, dans toutes les "disciplines", qu'on les qualifie globalement de "théoriques" ou de "pratiques": on n'enseigne et on n'apprend certes pas les mathématiques, la physique ou l'histoire comme le piano, la couture et le judo, un "savoir" comme un "savoir-faire" (epistémè / tekhnè); n'empêche qu'il y a une théorie de la pratique instrumentale, artisanale ou sportive comme il y a une pratique de la théorie et de la recherche en mathématique, en physique ou en histoire (une "méthodologie", c'est toujours à la fois l'une et l'autre, la relation de l'une à l'autre, qui peut elle-même être lue sous un angle plutôt "théorique" ou plutôt "pratique").

La "spiritualité" orientale frappe d'emblée l'Occidental par son aspect pratique: c'est un chemin à parcourir, un développement à effectuer, une expérience à faire, et le "maître" est plutôt un guide ou un conseiller; en Occident la religion se présente d'abord comme une doctrine à apprendre, à réciter, à croire (ou non), éventuellement à comprendre -- mais il ne faut pas trop schématiser car de chaque côté l'autre côté reste présent et il a son importance (il y a indéniablement des "doctrines" ou des "croyances" hindoues ou bouddhistes, comme il y a aussi une "pratique" catholique ou protestante). La "philosophie" grecque, comme les "sagesses" (orientales et occidentales) qui la précèdent, joue sur les deux tableaux: le bien-penser n'y est pas dissociable du bien-vivre en principe (pour ne pas dire en théorie !); l'expérience (p. ex. celle de la "dialectique") fait partie intégrante de l'apprentissage théorique, la théorie à son tour est censée renouveler l'expérience, déterminer une "éthique", etc. En fait on navigue sans cesse d'un côté à l'autre, y compris dans l'histoire des "écoles": le cynisme est une réaction essentiellement "pratique" contre les systèmes théoriques (emblématiquement, Diogène contre Platon), il inspire le stoïcisme qui va pourtant rebasculer vers une théorie du monde, censée favoriser la pratique mais devenant forcément une "croyance" autonome.

Le rôle du "maître" dans ces deux perspectives est différent, il n'est jamais dépourvu de risque: un enseignement pratique peut engager immédiatement le disciple dans une expérience ruineuse pour lui, un enseignement théorique peut avoir les mêmes effets à plus long terme -- une vision du monde ou de la vie affectera nécessairement une façon de vivre, pour le meilleur ou pour le pire.
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MessageSujet: Re: Maitre, Enseignant et Gourou   Jeu 08 Mar 2018, 11:21

Citation :
Le rôle du "maître" dans ces deux perspectives est différent, il n'est jamais dépourvu de risque: un enseignement pratique peut engager immédiatement le disciple dans une expérience ruineuse pour lui, un enseignement théorique peut avoir les mêmes effets à plus long terme -- une vision du monde ou de la vie affectera nécessairement une façon de vivre, pour le meilleur ou pour le pire.

Un fait est incontournable, une minorité possède la connaissance et une majorité aspire (pas toujours) a recevoir cette connaissance. Un étudiant à l'université dépend de l'enseignement que lui dispense un maître. Personne ne possède la science infuse, la transmission du savoir est fondamentale.  La maître est celui qui possède un savoir, une connaissance, qui maîtrise une discipline tandis que le disciple est celui qui reçoit un enseignement du maître dans la discipline qu’il domine. Le danger qu'il faut éviter consiste à se laisser enseigner par un pseudo-maître. Un bon élève choisit un bon maître, un maître qui n'éprouve pas le besoin d’affirmer sa domination sur autrui.  La relation maître/disciple doit être gratuite et désintéressée, teintée d'une profonde confiance, ou le maître reçoit autant qu’il donne. Toute vraie recherche intérieure implique une réelle recherche de la liberté, qui impose un long cheminement.

Tout maître commence d'abord par être disciple, Jésus semble avoir suivi ce processus et reconnait le rôle de Jean le Baptiste, tout en prenant ses distance vis-à-vis de lui :
 
"Or il y eut un débat entre les disciples de Jean et un Juif au sujet de la purification. Ils vinrent trouver Jean et lui dirent : Rabbi, celui qui était avec toi de l'autre côté du Jourdain et à qui, toi, tu as rendu témoignage, voici qu'il baptise et que tous viennent à lui. Jean répondit : Un homme ne peut recevoir que ce qui lui a été donné du ciel." Jean 3, 25 ss

"Amen, je vous le dis, parmi ceux qui sont nés de femmes, il ne s'en est pas levé de plus grand que Jean le Baptiseur. Cependant le plus petit dans le royaume des cieux est plus grand que lui.


Depuis les jours de Jean le Baptiseur jusqu'à présent, le royaume des cieux est soumis à la violence, et ce sont les violents qui s'en emparent. Car tous les prophètes et la loi ont parlé en prophètes jusqu'à Jean ; et, si vous voulez l'admettre, l'Elie qui devait venir, c'est lui. Que celui qui a des oreilles entende !" Mt 11, 11 ss
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MessageSujet: Re: Maitre, Enseignant et Gourou   Jeu 08 Mar 2018, 12:08

Là encore, théorie et pratique dessinent un entrelacs infiniment complexe; "en théorie" un bon maître c'est ce que tu dis, "en pratique" c'est aussi tout autre chose: il n'y a pas d'enseignement qui passe sans un jeu de séduction et de manipulation, de fascination ambiguë, de capture même d'intérêt (captiver, passionner), de possession et de dépossession, de lien ou d'attachement et de détachement ou d'abandon, de maîtrise, de contrôle, de laisser-faire et de laisser-aller. Tout ça se laisse théoriser et pratiquer tour à tour (dans "pédagogie" comme dans "démagogie", agô c'est conduire), jusqu'à un certain point.

Les évangiles n'insistent pas trop sur le côté "disciple" de "Jésus" à l'égard de Jean-Baptiste. Il y a une rencontre ponctuelle (la scène du baptême), la reprise d'une "théorie" (le message, plus ou moins subtilement modifié) et l'imitation d'une "pratique" (le baptême, Jésus baptise comme Jean), mais à part, ailleurs dans l'espace et après dans le temps (en particulier chez Luc, qui fait baptiser Jésus après "le peuple" et emprisonner Jean avant que Jésus ne commence son "ministère", chap. 3). Dans le quatrième évangile (au moins dans sa rédaction finale) la séparation est encore plus radicale, puisqu'il n'y a pas de "baptême de Jésus", dans aucun des deux sens (ni Jésus baptisé ni Jésus baptisant: la scène du baptême est escamotée au chapitre 1 et l'indication que Jésus baptisait est corrigée ou raturée au chapitre 4, non pas lui mais ses disciples); surtout, les deux "messages" n'ont plus rien à voir, ils sont d'emblée opposés comme celui de la terre et du ciel.
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MessageSujet: Re: Maitre, Enseignant et Gourou   Jeu 08 Mar 2018, 13:23

"La Parole est devenue chair ; elle a fait sa demeure parmi nous, et nous avons vu sa gloire, une gloire de Fils unique issu du Père ; elle était pleine de grâce et de vérité." Jean 1, 14

Le terme kabôd peut s'employer au sens séculier d'« honneur », non pas comme une qualité purement idéale, mais comme quelque chose de « lourd » en l'homme, qui lui donne de l'importance. Au sens figuré, il peut signifier ce qui impressionne les hommes. Appliqué à Dieu, le terme pourra ainsi exprimer la manifestation divine, souvent accompagnée d'éléments impressionnants comme la tempête, le tonnerre, l'éclair, le feu, etc.
L'idée de « poids » ou de « lourdeur » sous-jacente au concept de la kabôd était très adéquate pour signifier la toute-puissance de Dieu qui se manifeste dans l'œuvre de la création ainsi que dans l'histoire subséquente par les hauts-faits de Dieu en faveur du peuple d'Israël. D'autre part, tant par son aspect de « rayonnement de l'éclat divin » que par celui de « manifestation de la puissance de Dieu », la gloire est essentiellement épiphanique, elle est une manifestation destinée à être vue.
https://www.erudit.org/fr/revues/ltp/1995-v51-n3-ltp2153/400941ar.pdf

Le terme "kabod" signifiant également "poids", la présence de Jésus (maître spirituel) pèse dans la destinées des disciples.
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MessageSujet: Re: Maitre, Enseignant et Gourou   Jeu 08 Mar 2018, 16:52

L'évangile de Jean n'est pas hébreu mais grec, or la doxa est assurément plus visuelle, lumineuse, que pondérale: manifestation ou rayonnement, d'où réputation, renommée, et du point de vue du récepteur "opinion". Même dans le champ hébraïque, avant toute interférence avec le grec, l'usage de kbwd-kavod est surchargé d'associations lumineuses: rayonnement du feu, de l'éclair ou du soleil (cf. le visage de Moïse et ses "cornes", de qrn qui signifie aussi les "rayons" du soleil). Il ne faut donc pas accorder trop de... poids à l'étymologie de la racine kbd, même en hébreu on ne pense pas "poids" chaque fois qu'on entend "gloire".

Quel rapport entre la "gloire" et le rôle de "Jésus" comme "maître spirituel" ? Sauf inattention de ma part, l'article cité n'en établit pas (il y aurait beaucoup à en dire mais tout à fait en dehors du présent sujet), et le texte de l'évangile selon Jean pas davantage.

Tout au plus pourrait-on rappeler ce qu'on a souvent dit: dans le quatrième évangile "Jésus" parle comme "la sagesse" (ou comme le logos si l'on y intègre le Prologue ajouté assez tardivement). Il faut revenir, en-deçà des constructions stoïciennes, au sens très simple du logos chez Héraclite: le discours "logique" ou "rationnel", ce qu'il faut écouter plutôt que celui qui parle, "non pas moi mais le logos"; c'est lui qu'il faut écouter parce qu'il a son correspondant dans l'esprit de l'auditeur, qui par là-même peut le reconnaître: une seule "logique", une seule "raison" pour tous, un "sens commun" si mal partagé soit-il, qui peut précisément convaincre parce qu'il est commun, parce que chacun n'a pas le sien indépendant des autres. Les "sages" pré-philosophiques, grecs ou "barbares" y compris hébreux, ne disaient pas fondamentalement autre chose. Dans la parole du "sage" c'est la "sagesse" qui compte, c'est elle et elle seule qu'il faut écouter et que n'importe qui, en principe, peut reconnaître. L'"autorité" du "sage" ou du "philosophe" n'est précisément pas "personnelle". Dans les discours du "Jésus-sagesse" ou du "Jésus-logos", la "personnalité" s'efface tout à fait.
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MessageSujet: Re: Maitre, Enseignant et Gourou   Ven 09 Mar 2018, 11:05

"Le grand enseignement est celui qui éveille les doutes chez l’élève, qui est école de dissension. C’est préparer le disciple au départ (“Quitte-moi maintenant”, commande Zarathoustra). Au terme, un maître valable doit être seul."
George Steiner, Maîtres et disciples, Gallimard, 2003, p.108
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MessageSujet: Re: Maitre, Enseignant et Gourou   Ven 09 Mar 2018, 12:23

Cf. ici (p. 116ss, fin de la première partie de Zarathoustra). Entre autres: "On n'a que peu de reconnaissance pour un maître, quand on reste toujours élève."

Au passage, que le maître "réel" passe par ou se fasse passer pour un maître "fictif" (Zarathoustra pour Nietzsche, Jésus pour les évangélistes, Socrate pour Platon, tous les pseudonymes de Kierkegaard, et tous les personnages "pensants" des romanciers en général), indépendamment de son éventuelle référence historique et/ou mythologique, c'est une astuce non négligeable de la "pédagogie". Honnête au bout du compte: pas d'"autorité", rien qui passe sans le tour de passe-passe d'une im-posture.
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MessageSujet: Re: Maitre, Enseignant et Gourou   Ven 09 Mar 2018, 13:25

Citation :
Cf. ici (p. 116ss, fin de la première partie de Zarathoustra). Entre autres: "On n'a que peu de reconnaissance pour un maître, quand on reste toujours élève."

 Un texte de l'évangile de Luc qui souligne la finalité de la relation maître/disciple :

"Le disciple n'est pas au-dessus du maître ; mais tout disciple bien formé sera comme son maître." Luc 6, 40
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MessageSujet: Re: Maitre, Enseignant et Gourou   Ven 09 Mar 2018, 13:43

La contextualisation lucanienne donne à ce logion (peut-être proverbial) un tour exceptionnellement négatif, entre "l'aveugle guidant l'aveugle" et "la paille et la poutre", l'ensemble se trouvant subordonné au thème du (non-)jugement (qui aveugle): ici ça veut dire "si le (mauvais) maître est aveugle, le disciple le sera aussi"; ailleurs, bien sûr, la même phrase pourra signifier tout autre chose. P. ex., si le (bon) maître est persécuté ou haï, les disciples le seront aussi (Matthieu 10,24; Jean 15,20); ou s'il est humble, les disciples doivent l'être aussi (Jean 13,16). (Comme quoi le sens est, dans un sens, déterminé par le contexte, et dans un autre, indépendant de tout contexte.)


Dernière édition par Narkissos le Ven 09 Mar 2018, 13:56, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Maitre, Enseignant et Gourou   Ven 09 Mar 2018, 13:55

Steiner pense qu’il existe une relation presque amoureuse entre le maître et son disciple. « L’éros pédagogue » fait loi dans tout acte de transmission : « L’éros de l’instruction, de l’imitation puis de l’affranchissement est aussi enclin aux ruptures que celui du sexe.» La séduction de l’esprit conduit à un composite indéfinissable à la fois spirituel et charnel. Alcibidade se consume d’amour pour son maître Socrate ; le monde scolastique montre à travers Abélard et Héloïse ce que la pédagogie peut engendrer de passion et d’interdit. Alcibiade se languit quand l’ironiste Socrate se refuse à lui ; Abélard est mutilé car il a connu son élève. Chasteté choisie ou forcée, le lien érotique accède à une forme d’expression supérieure quand le corps est oublié. La fusion extatique est d’ordre spirituel. Le daïmôn platonicien redevient celui évoqué par Diotime dans Le Banquet, chantant la réunion sublime des esprits jumeaux. A ce moment seulement, l’égalité entre les deux partis est acquise. Soumission et domination disparaissent car l’éros de l’intelligence, qui peut toujours dégénérer en concupiscence, devient réciprocité pure.

https://www.cairn.info/revue-etudes-2009-6-page-809.htm
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MessageSujet: Re: Maitre, Enseignant et Gourou   Ven 09 Mar 2018, 15:54

C'était aussi Le Banquet qui avait inspiré à Lacan la fameuse formule "vouloir donner ce qu'on n'a pas à quelqu'un qui n'en veut pas", dont nous parlions avant-hier sur un tout autre fil.

Peut-être se méfie-t-on moins des maîtres morts que vifs: c'est à la fois une erreur et l'ultime ruse de la pédagogie, de (faire) croire qu'une mort effective, si l'on peut dire, change quelque chose à une relation où la mort est toujours déjà inscrite de part en part dans sa "présence", avec son décalage temporel (sa différance) et sa succession. La relation maître / disciple était déjà caractérisée comme celle du père (quelquefois de la mère) au fils (rarement à la fille) dans les Proverbes, il y va d'un testament et d'un héritage -- sous bénéfice d'inventaire.

Accessoirement, il y a un admirable personnage de "gourou" pervers dans le film Sátántangó de Béla Tarr, que je suis en train de voir (je n'ai pas fini car il dure plus de 7 h; en DVD au moins on peut fractionner). Il s'appelle Irimias, comme le prophète (Jérémie).
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MessageSujet: Re: Maitre, Enseignant et Gourou   Ven 09 Mar 2018, 16:20

Certains textes de l’AT démontrent avec évidence qu’il existe la relation de maître à disciple entre les prophètes Elie et Elisée.

"Elie partit de là et trouva Elisée, fils de Shaphath, qui labourait. Il y avait devant lui douze paires de bœufs, et il était avec la douzième. Elie passa près de lui et jeta son manteau sur lui. Elisée abandonna ses bœufs, courut après Elie et dit : Laisse-moi, je te prie, embrasser mon père et ma mère, et je te suis. Elie lui répondit : Va et reviens, à cause de ce que je t'ai fait. [i]Il s'éloigna d'Elie et prit une paire de bœufs qu'il offrit en sacrifice ; avec l'attelage des bœufs, il fit cuire la viande et la donna à manger au peuple. Puis il suivit Elie et devint son auxiliaire." 1 Rois 19, 19 ss [/i]


2 Rois 2, 14-15 rapporte la passation du charisme prophétique de l’un à l’autre, ce qui souligne bien la relation maître/disciple entre entre les prophètes Elie et Elisée :

"il prit le manteau qu'Elie avait laissé tomber, il en frappa les eaux et dit : Où est le SEIGNEUR (YHWH), le Dieu d'Elie ? Lui aussi, il frappa les eaux, qui se divisèrent de part et d'autre. Elisée passa. Les prophètes de Jéricho le virent d'en face ; ils dirent : Le souffle d'Elie s'est posé sur Elisée ! Ils allèrent à sa rencontre et se prosternèrent devant lui jusqu'à terre."
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Narkissos

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MessageSujet: Re: Maitre, Enseignant et Gourou   Ven 09 Mar 2018, 16:42

On remarquera que les "cycles" d'Elie et d'Elisée constituent une source d'inspiration majeure des évangiles (pas seulement pour la relation maître-disciple[s], mais aussi pour les miracles, guérisons, résurrections, multiplication des pains, etc., qui sont concentrés dans cette section des Rois).

Le disciple est caractérisé comme "serviteur" -- "auxiliaire" ou "assistant" ici de la racine šrt, mais ailleurs c'est `bd ou n`r, ce dernier signifiant tantôt l'âge du "jeune homme" ou la fonction du "serviteur"; on retrouve la même ambivalence en grec avec pais, paidos, le jeune, l'enfant (cf. pédagogie, pédiatrie ou pédophilie) ou le serviteur (cf. le "page", qui pourrait dériver aussi de pais, mais ce n'est pas sûr). De façon symétrique par rapport au français, les relations que le grec distingue (maître-seigneur/serviteur-esclave d'une part, maître-enseignant/disciple-élève d'autre part) se confondent aussi en hébreu, non du côté du "maître" mais du "disciple-serviteur"; d'ailleurs elles sont souvent juxtaposées dans le grec du NT (Matthieu 10,24 etc.).

Ce qui est traduit "prophètes", au pluriel, dans ta seconde citation correspond en fait à l'expression "fils des prophètes", bny-h-nby'ym, qui suggère dans le prophétisme ancien une organisation collective, de troupes, de confréries ou d'écoles (bn pouvant signifier simplement la catégorie, "fils de prophète" = "prophète" comme "fils d'homme" = "homme", mais aussi le rapport du disciple = "fils" à un maître = "père").
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MessageSujet: Re: Maitre, Enseignant et Gourou   Sam 10 Mar 2018, 11:50

N’est-on pas en même temps et son maître et son disciple ? Lorsque nous sommes amenés à prendre une décision nous nous basons, si nous le pouvons, sur notre expérience cependant il est des situations, des moments ou nous ne pouvons pas faire appel à un ou des souvenirs. Nous sommes alors en recherche afin de comprendre ce qui nous arrive et de pouvoir trouver la meilleure réponse. Nous allons lire soit sur wikipedia, soit dans des livres ce qui peut nous apporter une piste, un début de réponse à notre questionnement.

En prenant connaissance des éléments proposés par notre lecture nous allons décider si nous continuons dans cette voie ou si nous devons orienter nos recherches dans une autre direction en essayant de comprendre ce qui nous ferait progresser de la meilleure façon à la façon d’un guide, d’un maître pour son élève.

Bien sûr cette relation maître-élève est un peu ambiguë dans une telle situation car il n’est pas impossible que l’élève puisse influencer le maître puisqu’il s’agit de la même personne.
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Narkissos

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MessageSujet: Re: Maitre, Enseignant et Gourou   Sam 10 Mar 2018, 16:38

Il est certain que notre "scène intérieure" double, prolonge et même anticipe toutes nos scènes extérieures: il y a "en nous" plus d'un maître et plus d'un disciple; un père, une mère, des grands-parents, des grands frères et des petites sœurs (ou le contraire), des professeurs en tout genre, des amis qu'on admire ou dont on prend soin, des modèles et des contre-modèles, des personnages réels ou fictifs, des dieux et des diables, des anges et des démons. Comme disait le possédé des évangiles, "nous sommes nombreux", et cette surpopulation intérieure ne se laisse ni facilement exorciser ni simplement ordonner (comme dans les visions simplistes de la "conscience", du "surmoi" ou de "l'Autre en moi"). La scène intérieure une fois constituée peut fonctionner ou dysfonctionner indéfiniment en circuit fermé, mais elle gagne à s'ouvrir sur l'extérieur -- ne serait-ce que pour "se renouveler", comme on dit.

Un des textes cités plus haut par free soulignait justement que l'éducation ne se confond pas avec "l'accès à l'information". Ce n'est certes pas l'information qui manque, mais la difficulté est d'autant plus grande de s'y retrouver et de s'y repérer, ne serait-ce que pour y faire son "propre" chemin. Il y a à chaque instant des choix à faire, des décisions à prendre, des jugements à prononcer, ils seront de toute façon "subjectifs" mais ils ne peuvent pas se désintéresser de toute "objectivité", de tout critère de vérité ou de vraisemblance, de logique et d'expérience. Ce qu'il faut c'est une "méthode", "pratique", "empirique" ou "expérimentale", qu'on acquiert en cours de route (toujours la même métaphore du chemin à tracer sous tous ces mots): al andar se hace el camino, "c'est en marchant qu'on fait le chemin", le vers sans doute le plus connu, à juste titre, de Machado. Et c'est là qu'un "maître" peut être utile ou nuisible (me revient la phrase épurée de Marguerite Yourcenar dans Les mémoires d'Hadrien, "ce Grec amer m'a enseigné la méthode").

Une amie m'avait dit un jour: "tu ne seras jamais convaincu que par toi-même." C'était très juste, et au fond tout le monde en est là, c'est ce que comprennent les "bons" maîtres, et aussi les "bons" charlatans, tous "manipulateurs d'adhésion", pour le meilleur ou pour le pire (qui sont de toute façon relatifs). Mais hors de ce jeu toujours risqué rien ne se joue.
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