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 Que dire de Pâques ?

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MessageSujet: Que dire de Pâques ?   Jeu 15 Mar 2018, 17:36

Il n’y a pas de récits de la résurrection de Jésus dans les évangiles. On nous dit que Jésus va ressusciter, qu’il est ressuscité, mais jamais qu’il ressuscite. On y trouve en revanche des récits du tombeau vide. Paul, dont la théologie est pourtant centrée sur la croix (mort et résurrection) et dont les textes ont été écrits avant les évangiles, n’en parle pas. Nous aimerions parfois trouver avec le tombeau vide une preuve de cette résurrection, mais où serait alors notre foi ? Il ne faut pas dire « je sais » là où en réalité « je crois ». Nous sommes toujours tentés par la confort de la preuve. Nous aimerions tant croire sans plus avoir à croire ; et objectiver la résurrection. On aurait certes pu filmer la mort de Jésus, mais non pas sa résurrection. Les évangiles sont des confessions de foi ; il ne sont pas des biographies de Jésus.
Je ne cherche pas Jésus parmi les morts (« Il n’est pas ici », Lc 24,6), mais au milieu des vivants. Ma foi vide ce tombeau de toute réalité. Le vrai miracle de Pâques, c’est notre foi. Le tombeau vide n’en est pas la cause, mais bien la conséquence.
« Il n’est pas ici ». Il ne peut être non plus enfermé dans nos mots, nos définitions, nos concepts et nos doctrines. Jésus ne se laisse pas emprisonner.
La mort de Jésus n’est pas l’œuvre de Dieu (rédemption, expiation) ; elle devient son œuvre à travers la résurrection. Ainsi triomphe le dynamisme du Dieu créateur. D’ailleurs, tout l’Évangile nous montre en Jésus Dieu qui lutte contre les puissances mortifères du mal, des maladies, de la mort.
Je ne crois pas à la résurrection parce que le tombeau est vide, mais pour que tous les tombeaux le soient, pour dire non aux échecs, à la tentation du désespoir, à la résignation, au fatalisme, à la solitude, aux condamnations culpabilisantes, aux injustices.
Nous ne sommes pas des captifs prostrés devant la croix et redoutant la transcendance accusatrice d’un Dieu sanguinaire et vengeur. Nous ne sommes pas réduits au néant de notre condition pécheresse et mortelle. Face à la croix, nous sommes les enfants d’un Dieu Père qui trouvent en lui une source de confiance, d’espoir et d’action, une force de révolte, de vie.

http://protestantsdanslaville.org/liberalisme-theologique/lib11.htm
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Narkissos

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MessageSujet: Re: Que dire de Pâques ?   Jeu 15 Mar 2018, 19:03

Et des fois, comme cette année, ça tombe le 1er avril ! Wink

Coïncidence calendaire à méditer (je suis sûr que beaucoup de pasteurs, "libéraux" ou non, ne la manqueront pas): il n'est pas dit que le sérieux sacral ou pieux rende mieux justice à l'"événement" qu'une légèreté facétieuse; il y a aussi de la farce et du gag dans la "chute" évangélique, du poisson dans le dos des "princes de ce monde" et autres "puissances" ou "sagesses" (1 Corinthiens 2,6ss again). Chose qu'a remarquablement montrée Pasolini par son choix musical...

Sans trop y réfléchir, j'ai rangé au fil des années "mes" textes de Pâques et de Noël sous le même titre, aurore, tant il me semble évident qu'à ces deux moments du calendrier de l'hémisphère Nord (solstice d'hiver et printemps) il se dit sensiblement la même chose.
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MessageSujet: Re: Que dire de Pâques ?   Jeu 15 Mar 2018, 19:57

Ce qui est intéressant dans les remarques de Narkissos concerne les deux moments du calendrier de l'hémisphère Nord que sont l'hiver et le printemps.

En effet on célèbre, d'une part la naissance de Jésus, victoire sur l'hiver, alors que les 3 mois d'hiver viennent juste d'arriver à ce moment là, et la mort de Jésus, d'autre part alors que le printemps, symbole du renouveau, ne fait que montrer le bout de son nez.
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Narkissos

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MessageSujet: Re: Que dire de Pâques ?   Jeu 15 Mar 2018, 23:51

En ce qui concerne Noël, c'est sans doute moins l'hiver en soi qui est déterminant (d'autant que sa rigueur varie beaucoup d'une région à l'autre) que le retour du soleil (les jours cessent de diminuer et commencent à rallonger -- d'où le 25 décembre comme dies natalis solis invicti, à Rome). Quant à la Pâque juive (qui correspond plutôt aux Jeudi- et Vendredi-Saint des chrétiens, jours de la Cène et de la mort du Christ) ou aux Pâques chrétiennes (le dimanche de la résurrection), le printemps est peut-être connoté un peu différemment quand on y voit non seulement le début des récoltes (c'est l'offrande des prémices de la moisson de l'orge, dans la Torah, qui correspond pour les chrétiens au dimanche de Pâques), mais aussi celui de la saison sèche (d'où les rites de mort des dieux associés au cycle climatique et agraire, comme Tammouz, Baal-Haddad ou Adonis, Osiris, Attis, etc.). Evidemment toutes ces références s'estompent et se mélangent dans un contexte urbain et cosmopolite comme celui des christianismes primitifs.

Pendant qu'on est dans la comparaison, il faut noter que si la Pâque comme "fête de printemps" (indépendamment de son rattachement secondaire à l'Exode) est très ancienne, un équivalent de "Noël" n'apparaît au contraire que tardivement, à l'époque hellénistique, avec Hanoukka, fête des lumières dont le nom peut s'interpréter comme "Dédicace" du temple mais aussi comme "Renouvellement" du cycle solaire (cf. Hénoch et ses 365 ans, et toute la littérature hénochienne associée à la défense du calendrier solaire); si la fête est présentée comme anti-"païenne" dans les Maccabées (il s'agit précisément de purifier le temple de la "profanation" d'Antiochos), son parallélisme avec les Saturnales romaines est assumé dans le Talmud (avec l'argument classique des époques syncrétiques : c'est les Romains qui ont copié; cf. p. ex. ici, p. 32ss). Bien qu'à ma connaissance il n'y ait pas d'équivalent grec d'une telle fête de solstice d'hiver (les Kronia qui correspondent aux Saturnalia se déroulent en été), une influence "païenne" (p. ex. perse, cf. le Yalda iranien; ou syrienne, cf. plus tard Héliogabale) n'est pas à exclure. D'autant qu'en général la fixation anti-hellénistique du judaïsme "identitaire" favorise l'assimilation des influences "païennes" antérieures qui ne sont plus perçues comme une menace directe (dualisme et eschatologie perses principalement, dans les milieux les plus hostiles à l'hellénisme). -- Cf. la parodie de Paul en version française: quand on ne se conforme pas au siècle présent, on se conforme aux précédents.

Il y a aussi là-dedans un facteur géographique évident: même s'il est partout connu des "savants", le solstice est beaucoup plus sensible au nord qu'au sud (de l'hémisphère nord), du fait de l'amplitude de la variation (de la durée du jour et de la nuit). Ce sont les peuples nordiques, germaniques ou celtes, qui développent à son sujet les mythologies et les rites les plus marquants. A Rome même cela n'arrive qu'assez tard (IIIe-IVe siècles ap. J.-C. en ce qui concerne Héliogabale et le dies natalis solis invicti, quoique les Saturnales soient beaucoup plus anciennes). Réciproquement, nous ne voyons dans le printemps que l'arrivée de la "belle saison" (avec des "vacances" de surcroît), alors que les paysans de pays chauds et arides (sans eau courante ni climatisation) voyaient sans doute venir l'été d'un tout autre œil. Aujourd'hui encore, les traditions de Noël sont plus fortes au nord de l'Europe et celles de Pâques ou de la Semaine sainte au sud -- ces dernières aussi plus "tragiques".

Cf. la saeta (chanson gitano-andalouse de la Semaine sainte) revue par Antonio Machado (et plus tard par Joan Manuel Serrat):
Citation :
¿Quién me presta una escalera/para subir al madero,
para quitarle los clavos/a Jesús el Nazareno? (Saeta Popular)

¡Oh, la saeta, el cantar
al Cristo de los gitanos,
siempre con sangre en las manos,
siempre por desenclavar!

¡Cantar del pueblo andaluz
que todas las primaveras
anda pidiendo escaleras
para subir a la Cruz!

¡Cantar de la tierra mía,
que echa flores
al Jesús de la agonía,
y es la fe de mis mayores!

¡Oh, no eres tú mi cantar!
¡No puedo cantar, ni quiero,
a ese Jesús del madero,
sino al que anduvo en la mar!


["Qui me prêtera une échelle / pour monter au gibet,
que je lui retire les clous / au Jésus de Nazareth ?" (saeta populaire)

Oh saeta, chant
au Christ des gitans,
toujours du sang sur les mains,
toujours à déclouer !

Chant du peuple andalou,
qui à chaque printemps,
va demander des échelles
pour monter sur la croix !

Chant de ma terre
qui jette des fleurs
au Jésus de l'agonie,
c'est la foi de mes aînés.

Tu n'es pas mon chant,
je ne peux ni ne veux chanter
à ce Jésus du gibet,
mais à celui qui marcha sur la mer !]

(Où on pourra observer que le geste du poète qui refuse la croix contre le mythe et le rite traditionnels reproduit à sa manière celui du mythe et du rite mêmes: dans la résurrection la mort jouée est aussi déjouée et surmontée; et dans celui qui marche sur la mer l'historien des religions reconnaît encore Baal et ses cousins...; cf. aussi la "digression", littéralement "déroutante", de Marc qui contourne pour ainsi dire son propre récit de la Passion, s'échappant avant pour reparaître après.)

Cf. (à nouveau) ici.


---

Le parti-pris joue un rôle considérable dans l'approche intuitive et/ou savante de l'histoire (comparative) des religions: tout le monde connaît l'histoire d'Elie tournant en dérision les prophètes de Baal, beaucoup y discernent une référence aux mythes et aux rites baalistes (le dieu qui dort et qui doit se réveiller, qui est parti et qui doit revenir <=> qui meurt et descend aux enfers pendant la saison sèche), mais qui songe à en rapprocher les mêmes invocations (réveille-toi, lève-toi, reviens, etc.) quand elles s'adressent à Yahvé dans les Psaumes ?

---

Comme les petites histoires de chacun se mêlent aux grandes, le temps de la "Semaine sainte" reste en partie lié pour moi au souvenir du "Mémorial" jéhoviste, surtout du dernier que j'ai vécu: la Watchtower avait eu la bonne idée, parmi beaucoup de moins bonnes, de faire relire les "évangiles de la Passion" (comme cela se fait dans presque toutes les Eglises) au fil de la semaine. Cette année-là nous l'avions fait à plusieurs, à l'aide d'une synopse (comparaison des textes évangéliques), ce qui était particulièrement instructif.

Et puis, bien sûr, à ceci (avec traduction française) ou cela (idem).
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MessageSujet: Re: Que dire de Pâques ?   Lun 19 Mar 2018, 12:58

Ces récits, les saisons nous parlent de (re)naissance, de mort et chaque année nous le voyons. A la fin de l'automne la nature semble endormie comme si elle avait péri face à un ennemi implacable, mais quelques mois plus tard les premiers bourgeons annoncent un renouveau et la nature semble avoir une nouvelle fois vaincu l'hiver.

C'est du moins l'impression que nous pouvons ressentir dans nos contrées occidentales. Et cela m'a rappelé un verset de l'évangile de Jean 12,24 :

En vérité, en vérité, je vous le dis, si le grain de blé qui est tombé en terre ne meurt, il reste seul; mais, s'il meurt, il porte beaucoup de fruit.

Les Bouddhistes quant à eux parlent d'impermanence et constatent que le grain change d'aspect pour donner vie à une plante, à un arbre.
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MessageSujet: Re: Que dire de Pâques ?   Lun 19 Mar 2018, 13:53

Bien que l'image soit courante (cf. 1 Corinthiens 15 et les "paraboles" synoptiques, Marc 4//), son contexte est ici remarquable à plus d'un titre: déjà parce que le chapitre 12 de l'évangile selon Jean forme une conclusion (d'un premier état du livre probablement, de la première partie du livre tel que nous le lisons en tout cas, avant les développements supplémentaires et "privés" des chapitres 13ss); ensuite parce que les v. 20ss constituent un micro-contexte dans ce contexte: des Grecs veulent voir Jésus, tentent de l'approcher par des disciples au nom grec (Philippe et André); mais pour être vu des Grecs (sans mauvais jeu de mots !) il faut précisément que "Jésus" disparaisse, cf. v. 32: "Quand je serai élevé de la terre [l'ascension est sur la croix, cf. v. 33!], j'attirerai tous (les hommes) à moi." (Cf. v. 36b, "il se cacha d'eux", et 10,16 pour le "sens du message": les "autres brebis" à rassembler.)

Par l'introduction de l'image quasi proverbiale du grain et du fruit (de l'épi en l'occurrence) au cœur de cette "christologie" particulière et particulièrement élaborée, il se produit une sorte d'équivalence, entre le "mystère" unique et absolu (le Christ) et l'évidence la plus banale, quotidienne ou annuelle, à la lettre terre-à-terre (le grain semé). C'est la même chose, le même événement plutôt, universel et singulier, qui se joue dans le moindre grain de blé et dans le plus grand évangile. La "parabole" même n'est rien d'autre que la monstration de cette équivalence, mystérieuse et évidente à la fois, à ceux qui ont des yeux et des oreilles (cf. v. 40). L'ambivalence irréductible des fêtes (solstice ou renaissance du soleil et naissance du Christ, printemps et Exode-libération ou mort-résurrection-ascension du Christ) reproduit à sa manière le même genre d'équivalence significative, entre mystère "divin" et "naturel" (d'une "nature" qui inclut la "culture", au sens "agricole" et "culturel" du mot, y compris le "culte").
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MessageSujet: Re: Que dire de Pâques ?   Mar 20 Mar 2018, 11:10

Citation :
Comme les petites histoires de chacun se mêlent aux grandes, le temps de la "Semaine sainte" reste en partie lié pour moi au souvenir du "Mémorial" jéhoviste, surtout du dernier que j'ai vécu: la Watchtower avait eu la bonne idée, parmi beaucoup de moins bonnes, de faire relire les "évangiles de la Passion" (comme cela se fait dans presque toutes les Eglises) au fil de la semaine. Cette année-là nous l'avions fait à plusieurs, à l'aide d'une synopse (comparaison des textes évangéliques), ce qui était particulièrement instructif.

La Watchtower affirme que la fête de Pâques n'est pas chrétienne, "car Jésus a demandé à ses disciples de commémorer, non pas sa résurrection, mais sa mort." (https://wol.jw.org/fr/wol/d/r30/lp-f/2015165). Pour une grande partie du NT la mort et la résurrection de Jésus sont indissociable. Il me semble même que pour Paul, la résurrection de Jésus soit l'acte fondateur du christianisme, ce qui donne un sens à la foi chrétienne et la mort de Jésus. En Rm 10, la confession de foi, ne mentionne pas la mort de Jésus, mais sa résurrection.

Toujours dans le même article, la Watchtower souligne que :

 beaucoup de traditions de la fête de Pâques « n’ont pas vraiment de rapport » avec la résurrection de Jésus, « mais proviennent du folklore », dit encore l’Encyclopédie britannique. Par exemple, au sujet de l’œuf et du lapin, symboles populaires de cette fête, l’Encyclopédie de la religion (angl.) explique : « L’œuf symbolise la vie nouvelle qui sort d’une coquille rigide, morte en apparence. » Elle ajoute : « Le lapin était connu pour sa fécondité extraordinaire et symbolisait par conséquent l’arrivée du printemps. » 

Ces symboles me semblent, au contraire, avoir un rapport directe avec la résurrection de Jésus, puisque la Pâque chrétienne célèbre le passage du Christ Jésus de la mort à la vie, donc l'œuf est symbole approprié de cet évènement.
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MessageSujet: Re: Que dire de Pâques ?   Mar 20 Mar 2018, 11:37

Il faut croire que (le bon) Dieu préfère l'agneau au lapin... albino

Eternel problème logique de l'inclusion et/ou de l'exclusion, du ET et/ou OU (etc.) qui identifie et/ou distingue, rassemble et/ou sépare, tous les couples imaginables, lesquels d'ailleurs ne se correspondent pas (divin / humain, mythe / histoire, nature / culture, païen / juif-chrétien, etc.).

La différence (des traditions religieuses p. ex.) est significative parce qu'elle n'est pas que différence -- ou, pour le dire autrement, parce qu'il n'y a rien de tel qu'une "différence" pure et simple, parce que la différence est toujours impure et complexe, contamination et complication de même et d'autre, du même dans l'autre et de l'autre dans le même. Variation, flexion, déclinaison ou conjugaison d'un thème, c'est la double reconnaissance du même et de l'autre, du différent et du semblable, de ce qui change et de ce qui ne change pas, qui fait la "différence" tout court, autrement dit le "sens"; dans la "religion" comme dans la langue.

----
Pour ce qui est des TdJ, ils mettent toutes les chances de leur côté pour ne rien y comprendre: la dissociation du baptême et de l'eucharistie (tous sont baptisés mais presque personne ne "communie") les empêche de voir que la théologie paulinienne donne pratiquement le même sens aux deux rites (participation à la mort et à la résurrection du Christ, cf. Romains 6); la théorie de la résurrection "spirituelle" ou "incorporelle" leur interdit également de comprendre la "logique" de la théorie paulinienne du "corps du Christ", qui en articule expressément les dimensions "sacramentelle" (1 Corinthiens 10--11) et "ecclésiale" (12): le corps "donné pour vous" dans l'eucharistie n'est autre que celui du crucifié qui se re-constitue, ressuscité, dans "l'Eglise" ; les échos évidents de l'eucharistie du Jeudi-Saint dans les récits de Pâques la résurrection (un dimanche, même pour eux !), notamment chez Luc (24,30.35.41) et dans les Actes (2,42.46; 10,41), sont systématiquement occultés.
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MessageSujet: Re: Que dire de Pâques ?   Mer 21 Mar 2018, 11:07

Pâques a connu une très longue élaboration, entamée dans le climat aride et caniculaire du pays de Canaan

Ce qu'ignorent sans doute les contemporains de Bède, chrétiens de fraîche date, c'est que la fête que l'Eglise tente alors de leur imposer est née bien loin des brumes celtiques, à des milliers de kilomètres de là. Car Pâques a connu une très longue élaboration, entamée dans le climat aride et caniculaire du pays de Canaan. Dans cette région du Proche-Orient, depuis des dizaines de siècles, des éleveurs nomades, adorateurs de Yahvé, immolent une victime appelée pâques (de l'hébreu pesah, passer, qui a donné le grec paskha). Dans les années 1970, l'ethnologue Joseph Erlinger a montré que cette fête, décrite dans le livre du Deutéronome (Dt16, 1-17), présente de nombreuses ressemblances avec des rites pratiqués encore aujourd'hui par certains Bédouins : offrande d'un animal du troupeau âgé d'un an, dont on prélève un peu de sang pour en asperger la porte de la maison afin de détourner les puissances maléfiques, et repas familial autour de l'animal rôti, en remerciement pour la fécondité.

A côté de la fête des nomades, la Bible décrit un autre rite, celui d'agriculteurs sédentaires qui célèbrent "au nom du Seigneur" la fête des pains azymes : une semaine de festivités qui commence le jour de la pleine lune du mois de nissan, au début de la moisson des orges, au printemps. Comme leurs ancêtres cananéens le faisaient pour Baal, ils offrent à leur tour à leur Dieu les prémices de la moisson. Leurs rites sont très semblables à ceux que leurs voisins accomplissent envers leurs dieux nationaux à l'occasion de la renaissance de la végétation : Teshub le Hittite, Marduk le Babylonien, Hadad le Mésopotamien, souvent maîtres de l'orage et de la pluie nourricière. Mais les Hébreux donnent à leur fête une signification différente. Comme l'indique le livre de l'Exode, ils célèbrent surtout la sortie d'Egypte (vers 1300 av. J.-C) : le passage de la mer Rouge sous la conduite de Moïse, échappant aux armées de pharaon. Le retour à une vie libre, sous la royauté de Yahvé triomphant, après des années de servitude.

Attis, l'amant émasculé

Au cours du temps, sacrifice de l'agneau pascal, le 14 nissan, et fête des pains sans levain, du 15 au 22 nissan, se confondent pour devenir au 7e siècle avant J.-C. la principale célébration de l'année. Après l'Exil du peuple hébreu à Babylone, la Pâque prend une coloration nationale : fête de pèlerinage, elle a désormais pour vocation de rassembler le peuple autour d'un élément mythique de son histoire. Le rite sacrificiel est accompli non plus au sein de chaque famille, mais au Temple de Jérusalem. De cette fête centrale des Hébreux naîtra la célébration principale de sa religion soeur, le christianisme. Car c'est précisément en venant célébrer la Pâque à Jérusalem qu'est mis à mort ce Juif pieux qu'est le Christ. Reprenant le symbolisme hérité du judaïsme, saint Paul va expliquer que le Christ lui-même est l'agneau immolé, qui a versé son sang pour le salut des hommes. Nouveau tournant pour la Pâque : le passage qu'il s'agit maintenant de célébrer est celui de la mort à la vie d'un hommedieu et, avec cette Résurrection, l'espérance de la vie éternelle pour tous les humains.

Dans le sillage des évangélisateurs, Pâques va s'implanter sur le sol européen. Sol loin d'être vierge, spirituellement parlant, car les cultes celtiques y cohabitent avec les religions issues de l'héritage gréco-romain. Toutes formes de croyances auxquelles, bien sûr, n'ont pas échappé le retour immuable de la vie après l'apparente mort de la nature, l'équilibre parfait entre soleil et nuit à l'équinoxe, et qui, elles aussi, ont traduit ces observations en rites. Le monde méditerranéen n'est pas avare en dieux morts et ressuscités d'origines diverses. Ainsi d'Osiris, l'Egyptien, assassiné par son frère Seth et que les soins de sa soeur-épouse Isis ont rendu à la vie ; ainsi d'Adonis, jeune amant d'Aphrodite, dieu de la beauté et de l'amour, dont la mort et le retour sont fêtés chaque année dans le monde grec ; ainsi surtout d'Attis, amant de la grande déesse phrygienne Cybèle : "Cybèle, jalouse de son amant infidèle, le frappa de folie, et il s'émascula avant de mourir et de renaître sous la forme d'un pin, raconte Nadine Cretin. Etabli à Rome en 204 av. J.-C., le culte d'Attis était particulièrement dur, car ses prêtres s'émasculaient."

La fête du jeune dieu présente des coïncidences avec la Pâques chrétienne : après une "semaine sainte" de deuil qui commençait le 15 mars par un défilé de porteurs de roseaux, on portait en procession le 22 mars un tronc d'arbre symbolisant Attis, habillé de flocons de laine et de violettes nées, disait-on, de son sang. Suivaient deux jours de deuil et de gémissements. Le 25 mars, Attis revenait à la vie dans une explosion de joie, les Hilaria. "Les roseaux rappellent les rameaux avec lesquels on commémore, une semaine avant Pâques, l'entrée triomphale de Jésus à Jérusalem, remarque Nadine Cretin. Et le pin d'Attis fait songer à l'arbre pascal, chargé de fruits en bois, qui sera installé dans les églises le dimanche de Pâques. Arbre qui porte l'inscription : A et W (Dieu est l'alpha et l'oméga, le commencement et la fin) que l'on retrouvera sur le cierge pascal. Quant aux Hilaria, elles font penser à un rite, mentionné au xvie siècle, par lequel, à Pâques, le prêtre devait raconter une anecdote pour faire rire les fidèles. Méfions-nous cependant : on ne peut dire que le christianisme a emprunté tel ou tel rite ou culte à un autre. Ils sont aussi dictés par la géographie, le climat, le cycle des saisons… Et le christianisme parle de résurrection pour une vie éternelle, pas d'une simple renaissance momentanée."


https://www.sciencesetavenir.fr/archeo-paleo/ethnologie/paques-le-jour-du-grand-passage_104109
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MessageSujet: Re: Que dire de Pâques ?   Mer 21 Mar 2018, 12:17

Sans préjudice des détails qu'on peut toujours discuter*, ce genre de perspective panoramique, comparative, génétique et généalogique a le grand mérite de resituer les (soi-disant) monothéismes historiques (judaïsme, christianisme, islam) à l'intérieur de ce dont ils entendent se distinguer (le "paganisme", la "religion" en général): rien n'est pur ni original, exempt de dérivation et de dérive, d'influence et de mélange.

Mais ce plan large et diachronique qui balaie d'un seul regard toute l'histoire et la géographie universelles a besoin d'un contrechamp local et synchronique qui fait apparaître tout le contraire: en chaque lieu et à chaque époque, chaque "religion" effectivement pratiquée forme pour ses pratiquants un système cohérent et parfaitement "original", qui n'a besoin pour fonctionner d'aucune autre explication que celles qu'il fournit lui-même (et qui peuvent être tout à fait "fausses" de l'autre point de vue: mythiques, légendaires, etc.).

J'en reviens toujours à l'analogie des langues: on peut savoir que le français vient principalement du latin et qu'il a "subi" au fil des siècles une foule d'influences, celtiques, germaniques, arabes, nordiques, plus récemment anglaises -- "subir" est d'ailleurs vrai et faux parce que ce sont aussi ces influences qui le constituent précisément comme "français" et le distinguent des autres langues romanes qui ont suivi des parcours semblables, mais différents; tout ça ne l'empêche pas de fonctionner à chaque époque, dans chaque lieu et dans chaque milieu comme un système parfaitement cohérent et distinct de ses "cousins" les plus proches (p. ex. l'italien, l'espagnol, le portugais). Et à vrai dire on ne "comprend" une langue que de ce seul point de vue "monolingue", même quand on en connaît plus ou moins superficiellement plusieurs.

Cela pour dire que le point de vue panoramique de "l'histoire des religions", si instructif et nécessaire qu'il soit, est forcément aveugle, par excès de savoir, au point de vue du pratiquant qui n'en connaît qu'une seule et la "comprend", de ce point de vue-là, tout autrement -- plus "authentiquement", en un sens, que l'historien.

---
* J'en viens aux détails: si la Pâque biblique (de l'AT) se présente bien comme un mixte de rite nomade (l'agneau -- ou le chevreau -- et le sang) et sédentaire (les pains azymes et les nouvelles moissons), le tableau est peut-être encore un peu plus compliqué: on retrouve en effet le verbe psh (qui donne pessah, Pâque), ou un homonyme, en 1 Rois 18, là où il est question de "boîter" ou "sauter" à propos de la danse rituelle des prophètes de Baal (v. 21.25, au sens figuré puis propre); soit à l'opposé géographique (nord, Phénicie, Tyr, cf. Jézabel et Ougarit) des traditions méridionales associées prioritairement au culte de "Yahvé" et au nomadisme (Madian notamment)...

D'autre part, à l'autre bout de l'histoire si l'on peut dire, le mot de Pâque va rencontrer dans la langue grecque une coïncidence qui va lui redonner une nouvelle jeunesse: il se transcrit paskha et rappelle tout naturellement en grec le verbe paskhô qui veut dire "souffrir" -- fausse étymologie donc, mais riche de développements à venir, surtout pour le christianisme.

Enfin, il faut bien comprendre que des cultes agraires, locaux ou régionaux (comme celui d'Osiris ou d'Attis) changent de sens ou d'interprétation dès lors qu'ils sont transférés dans des centres urbains et cosmopolites (p. ex. à Rome): les "cycles de la nature" passent à l'arrière-plan et cèdent la place au modèle du "mystère", à la fois plus général, voire universel (cosmique), et plus particulier ("salut" individuel et/ou communautaire). Ce qui affecte aussi le judaïsme synagogal, a fortiori son rejeton chrétien qui se présente essentiellement sous la forme du "mystère" (du mustèrion grec qui se transcrit mysterium ou se traduit sacramentum en latin).
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MessageSujet: Re: Que dire de Pâques ?   Ven 30 Mar 2018, 12:12

L’être humain ne peut pas vivre sans rite. Selon cette dimension rituelle de l’humanité, les fêtes – et particulièrement les fêtes religieuses – structurent la vie individuelle et collective. Elles offrent un langage adéquat pour exprimer quelque chose d’indicible et aident l’être humain à trouver un sens à sa vie quotidienne .
Dans cette perspective, les fêtes chrétiennes se maintiendront aussi longtemps qu’aucune alternative satisfaisante ne les supplantera. C’est certainement une des raisons pour lesquelles les rares tentatives de séculariser Noël n’ont pour l’instant pas rencontré de véritable écho dans la population française. Il en est de même avec la Toussaint et la mémoire des défunts. On ne peut passer ici sous silence la fête d’Halloween en Europe, dont l’effet de nouveauté est maintenant passé. Les analystes remarquent en général combien la fête demeure superficielle. Dans quelques décennies, cette fête typique de la modernité tardive aura pourtant peut-être trouvé sa place au point de représenter une réelle alternative à la Toussaint . Les seules fêtes « en danger » sont celles qui n’ont pas de pertinence ni de « correspondance anthropologique » dans la vie profane. C’est particulièrement le cas pour l’Ascension et l’Assomption.
Il faut noter enfin combien le lien entre fêtes et saisons reste fort, malgré la disparition de la culture rurale ou « agro-liturgique ». Le rythme de vie de l’Européen est structuré par ces saisons, tant pour l’éducation et les loisirs que par son biorythme. Les fêtes jouent ici un rôle très important, fêtes religieuses y compris, sans que nous puissions vraiment le mesurer. Une saison de football ou de Formule 1 en tout cas n’y suffisent pas.

Dimension pastorale. – Ces dimensions expliquent pourquoi les fêtes chrétiennes jouent encore un rôle auprès des chrétiens non-pratiquants ou non-croyants et aussi des non-chrétiens en France. La notion de « pastorale du seuil » a été inventée il y a quelques années justement pour caractériser tous ces « lieux » de contact « voire de rencontre » entre le noyau des communautés chrétiennes et les personnes éloignées qui s’approchent parfois. Les fêtes y jouent un grand rôle. Une part du christianisme parle à ces personnes, même si ce n’est pas toujours celle que l’Eglise catholique souhaiterait voir reçue. Celles-ci ont souvent une autre interprétation que l’Eglise « officielle » du système symbolique mis en œuvre.
Quant à la Toussaint, elle est depuis quelques années l’occasion d’une intense pastorale autour du deuil et de l’espérance chrétienne : envoi de lettres aux proches de personnes décédées pendant l’année, célébrations exceptionnelles les 1er et 2 novembre, liturgies dans les cimetières. Des paroisses ont aussi développé, parfois avec beaucoup de créativité, des formes d’accueil et d’accompagnement du tout-venant dans les cimetières à ces dates.
La fête de Pâques est dans une situation nettement plus périlleuse, car elle n’a que peu d’échos dans une société qui n’est plus une chrétienté. De surcroît, la fête principale et primordiale de la foi chrétienne n’a plus de lien en France avec les congés scolaires, devenus officiellement des « vacances de printemps ». Le grand handicap de Pâques est d’être une fête mobile. Dans la France laïque, l’Eglise ne dicte plus sa loi au calendrier civil. Les conséquences sont parfois surprenantes, ainsi l’organisation du carnaval dans certaines écoles ou communes pendant le carême, et même après Pâques lorsque cette dernière survient très tôt.

https://www.cairn.info/revue-etudes-2010-3-page-355.htm
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MessageSujet: Re: Que dire de Pâques ?   Ven 30 Mar 2018, 14:25

La "fête mobile" a au moins le mérite de rappeler au citadin moderne qu'il y a un soleil et une lune, avec des cycles dont les rythmes ne concordent pas...

Du point de vue chrétien, il est assez clair que le Vendredi-Saint aurait plus de raisons d'être férié (comme en Alsace-Lorraine) que le lundi de Pâques...
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MessageSujet: Re: Que dire de Pâques ?   Mar 03 Avr 2018, 14:28

Pourquoi les adultes sont-ils baptisés à Pâques ?

Samedi 15 avril en France, pendant la veillée pascale, plus de 4 500 personnes vont recevoir le baptême. Mais pourquoi la fête de Pâques est-elle associée au baptême ?

Chaque année à Pâques, plusieurs milliers d’adultes deviennent catholiques en étant baptisés. Après au moins deux ans de préparation, ils reçoivent le sacrement du baptême pendant la veillée pascale, dans la nuit séparant le samedi saint et le dimanche de Pâques.

Pâque, cœur de la foi chrétienne

Si de nombreux enfants et nouveau-nés sont baptisés toute l’année, Pâques est un moment privilégié pour les catéchumènes adultes qui désirent entrer dans l’Église. « À Pâques, nous célébrons la mort et la résurrection du Christ. Quand on verse l’eau sur la tête du baptisé, il est nettoyé, il renaît. Il commence une nouvelle vie, comme Jésus renaît de la mort en ressuscitant le jour de Pâques », explique Cécile Éon, responsable du catéchuménat au diocèse de Nantes.
Ce n’est pas par hasard si les nouveaux baptisés sont appelés « les Illuminés », car Pâques est aussi la fête de la lumière. Comme tous les fidèles présents, les nouveaux catholiques allument un cierge, et proclament leur foi en récitant le Credo. Pour le Père Bruno Mary, responsable du service national de la pastorale liturgique, cette nuit pascale est « une nuit spéciale » : « Tout le monde réaffirme sa foi chrétienne, tous les chrétiens sont rassemblés, c’est très porteur pour les baptisés qui se sentent soutenus. »
https://www.la-croix.com/Urbi-et-Orbi/Pourquoi-les-adultes-sontils-baptises-a-Paques-2017-04-12-1200839075
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MessageSujet: Re: Que dire de Pâques ?   Mar 03 Avr 2018, 17:18

(Je comprends mieux pourquoi une personne de ma famille, justement samedi dernier, s'est soudain inquiétée de savoir si elle avait été baptisée enfant ou non...)
L'association du baptême (après au moins trois ans de catéchuménat) à Pâques (qui devient ainsi une première communion pour les néophytes) remonte au IVe siècle, au plus tard; elle s'était perdue avec la généralisation du baptême des nouveau-nés, elle resurgit assez naturellement quand celui-ci n'est plus automatique. (C'est peut-être dit dans l'article de la bien-nommée E. Racque, mais je n'en sais rien parce que chez moi il est payant !)
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MessageSujet: Re: Que dire de Pâques ?   Mar 03 Avr 2018, 20:40

Narkissos

Voici la suite de l'article:
Une tradition venue des premiers chrétiens
Les baptêmes d’adultes à Pâques reprennent en fait une tradition qui existait déjà au premier siècle. Les catéchumènes profitaient alors du temps du Carême, durant lequel les chrétiens commémorent le jeûne du Christ au désert, pour se préparer au baptême avec un évêque, pendant les 40 jours précédant Pâques.
Aujourd’hui encore, les personnes qui souhaitent être baptisées à Pâques reçoivent un « appel décisif » au baptême de leur évêque, le premier dimanche du Carême. C’est pour eux la dernière ligne droite de leur préparation qui commence.
Ces dernières années, le nombre d’adultes qui demandent le baptême à Pâques a augmenté : il y a dix ans, ils étaient un peu plus de 2 700, contre plus de 4 500 aujourd’hui. Des chiffres à mettre en regard avec la chute significative des baptêmes d’enfants de 0 à 7 ans : plus de 262 000 en 2015, contre 349 000 10 ans plus tôt.
« De nos jours, les parents baptisent moins leurs enfants. Ils les laissent libres de choisir plus tard, quand ils seront majeurs », analyse Cécile Éon. « Résultat : Pâques est devenu un moment encore plus central, où la communauté s’agrandit, puisque c’est le jour consacré aux baptêmes des adultes. On a vraiment repris les rites des premières communautés chrétiennes, qui attiraient en majorité des gens déjà adultes. »
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MessageSujet: Re: Que dire de Pâques ?   Mar 03 Avr 2018, 20:42

Il me semble que c'est également pendant la nuit du samedi au dimanche de Pâques que l'eau est bénie devenant l'eau bénite utilisée pendant l'année liturgique.
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MessageSujet: Re: Que dire de Pâques ?   Mar 03 Avr 2018, 21:48

Merci lct !

"Au premier siècle", c'est beaucoup dire -- à moins que l'auteur(e) l'ait pensé au pluriel (aux premiers siècles): les premières traces de Pâques sont du milieu du IIe (Méliton de Sardes); celles du baptême des catéchumènes à Pâques, du IVe.

Les chiffres en revanche sont éloquents: en dix ans, un baptisé adulte en plus pour 50 baptisés enfants en moins, ça donne une idée de ce qui arrive quand on "laisse les enfants choisir".

Quant à l'eau bénite, je n'en sais rien, mais je découvre qu'il y a aussi une "eau de Pâques", distincte de l'eau bénite, dont la tradition se perpétue surtout au Québec. Par ailleurs, il y a aussi la tradition tout à fait officielle du cierge pascal.
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MessageSujet: Re: Que dire de Pâques ?   Mer 04 Avr 2018, 10:10

Rituel selon la forme ordinaire du rite latin[modifier | modifier le code]

La Vigile pascale est composée de :

1. L'entrée solennelle ou lucernaire qui comprend :
   1.La bénédiction du feu et la préparation du cierge pascal ;
   2.la procession du cierge pascal auquel les fidèles allument leur petits cierges ;
   3.l'annonce solennelle de la Pâques par un diacre à défaut le célébrant. C'est le chant de l'Exultet.

2.La liturgie de la parole composée de :

   1. Sept lectures de l'Ancien Testament. Chaque séquence est composé d'une lecture, d'un psaume, d'une hymne ou d'un cantique ainsi que d'une oraison. Il faut en prendre au moins trois :
       1. La Création (Genèse 1:1-2:2 ; psaumes 103 ou 32) ;
       2.le sacrifice d'Abraham (Genèse 22:1-18 ; psaume 15) ;
       3.le passage de la mer Rouge (Exode 14:15-15:19, cantique de Moïse inclus). Cette lecture est  obligatoire ;
       4.la Jérusalem nouvelle (Isaïe 54:5-14 ; psaume 29) ;
       5.le Salut offert gratuitement à tous (Isaïe 55:1-11, Isaïe 12:2-6 pour l'hymne) ;
       6.la source de la Sagesse (Baruch 3 ; 9:15-32 ; 4:1 ; psaume 18) ;
       7.le cœur nouveau et l'esprit nouveau (Ézéchiel 36:16-17a,18-28 ; psaume 41).

  2. Le chant du Gloire à Dieu. À ce moment les cloches sonnent. La légende dit qu'elles sont censées rentrer de Rome ;
  3. la prière d'ouverture (ou collecte  ) ;
  4. l'épître de saint Paul (Épître aux Romains 6:3-11) ;
  5. l'Évangile : année A4 : Matthieu 28:1-7 ; année B : Marc 16:1-8 ; année C : Luc 24:1-12 ;
  6. l'homélie.

  3. La liturgie baptismale composée de :
          1.La litanie des saints ;
          2.la bénédiction de l'eau. Si c'est l'eau baptismale et non pas seulement celle pour l'aspersion, le célébrant peut y tremper le cierge pascal ;
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MessageSujet: Re: Que dire de Pâques ?   Mer 04 Avr 2018, 14:10

Merci encore lct !
Et à nouveau j'insiste sur le fait que cette liturgie de la lumière (etc.) ne signifie qu'à partir ou à revenir des ténèbres (tristesse, deuil, jeûne, attente, etc.) qui la précèdent (Carême et Semaine sainte).
C'est la "fatalité" du déclin des religions, et peut-être de tous les déclins: ça ne peut que s'aggraver et s'accélérer façon boule de neige: plus la pratique est réduite, partielle, tronquée, exceptionnelle, même si l'on en garde le plus "spectaculaire", comme une sorte de best-of liturgique, plus elle perd son sens et son effet. Du coup, moins on "pratique" et moins on a de raisons de "pratiquer"...
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MessageSujet: Re: Que dire de Pâques ?   Mer 04 Avr 2018, 17:22

Narkisos si je te comprends bien, le fait d'assister à cet office religieux si particulier de la nuit pascal n'est pas suffisant ne comble pas un manque de régularité. L'assistant en retirera une expérience qu’il ne pourrait vivre durant l’année liturgique, mais il lui manque tout le parcours annuel.
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MessageSujet: Re: Que dire de Pâques ?   Mer 04 Avr 2018, 18:29

La plupart des gens qui assistent à une "vigile pascale", même réduite -- la chose étant conçue au départ comme une véritable "veillée" de la nuit du Samedi-saint au matin de Pâques -- ont sans doute aussi participé aux célébrations précédentes, du Carême et de la Semaine sainte. Mais le fait est que ceux-là ne représentent qu'une infime minorité des pratiquants réguliers qui sont eux-mêmes une infime minorité des catholiques, sans parler de l'ensemble de la population. Autrement dit, ce type de liturgie, si passionnante (!) soit-elle, a perdu tout contact avec le "grand public", qui viendra à la rigueur un peu plus nombreux que d'habitude à la messe du dimanche de Pâques -- les records d'affluence en Occident étant plutôt à la "messe de minuit" de Noël, qui d'ailleurs se fait rarement à minuit; la Semaine sainte reste sans doute plus importante dans le christianisme d'Orient ou en Europe du Sud (Espagne, Portugal, Italie).

Ce que je veux dire, en somme, c'est qu'il faut suivre assidument une "liturgie" dans la durée pour la comprendre, parce que c'est un mouvement (en l'occurrence, des ténèbres à la lumière). Et qu'une pratique occasionnelle, noyée dans un zapping culturel général, ne permet plus d'y comprendre grand-chose.

---

A la réflexion, je crois devoir corriger ce que je viens d'écrire et qui peut donner une fausse impression de "déclinisme" ou de "nostalgie". Dans un sens, il en a toujours été ainsi de la "liturgie" qui se prête à des niveaux de compréhension infiniment variés -- du cercle intérieur des officiants (qui peuvent être aussi de purs fonctionnaires) à la périphérie des indifférents (qui peuvent aussi réfléchir à l'occasion). Depuis l'Antiquité où la "religion" était avant tout l'affaire des prêtres, entretenus par le peuple ou la cité dans la vague idée qu'il y avait là quelque chose à faire (à garder, à veiller, à observer) mais que tout le monde ne pouvait pas s'en occuper tout le temps (principe de distinction du "sacré" et du "profane", dans l'espace et dans le temps, qui ressortit aussi à la "division du travail"). Ce qui s'est perdu dans la "modernité" (au sens cette fois du dernier demi-millénaire), c'est le lien même d'utilité (obscurément présumée) qui relie les "spécialistes du culte" à la société en général. De sorte que l'intérêt éventuel que le quidam peut trouver à la religion est forcément un intérêt de "théologien", fût-ce amateur. On ne s'approche plus de la religion sans désir de la comprendre, entre les participants engagés et les indifférents les médiations sont quasiment inexistantes.
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MessageSujet: Re: Que dire de Pâques ?   Lun 09 Avr 2018, 12:13

Citation :
Ce que je veux dire, en somme, c'est qu'il faut suivre assidument une "liturgie" dans la durée pour la comprendre, parce que c'est un mouvement (en l'occurrence, des ténèbres à la lumière). Et qu'une pratique occasionnelle, noyée dans un zapping culturel général, ne permet plus d'y comprendre grand-chose.

Les cinquante jours du temps Pascal

À Pâques, en célébrant la mémoire de la résurrection du fils de Dieu, c’est tout le mystère pascal qui est célébré sous un aspect particulier. Le Temps pascal débute avec la fête de Pâques et se clôt avec la Pentecôte.

« Christ est ressuscité ! Il a vaincu la mort et mis fin au règne de ses ennemis. Il siège à la droite du Père et nous ouvre les portes de son royaume. Suivons-le dans la joie. Alléluia » (antienne de Pâques).


22. Les cinquante jours à partir du dimanche de la Résurrection jusqu’à celui de Pentecôte sont célébrés dans la joie et l’exultation, comme si c’était un jour de fête unique, ou mieux « un grand dimanche ». C’est surtout en ces jours que l’on chante Alléluia.
http://liturgie.catholique.fr/accueil/annee-liturgique/du-careme-au-temps-pascal/le-temps-pascal/
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MessageSujet: Re: Que dire de Pâques ?   Lun 09 Avr 2018, 13:57

Le christianisme est tendu entre l'unicité ou la simplicité de son "mystère" et la nécessité de son organisation et de sa distribution dans un récit historico-mythique et dans un rite (liturgie, calendrier) où tous les événements, au fond, signifient la même "chose". Naissance, incarnation, baptême, eucharistie, crucifixion, résurrection, Ascension, Pentecôte, ce sont des "temps" séparés et des séquences distinctes pour un seul "évangile" éternel où tout se confond. De là une constante tentation (gnostique, mystique, piétiste, sectaire aussi) d'envoyer paître le rite et le calendrier afin de se concentrer sur le "sens"-toujours-valable; pour redécouvrir un peu plus loin qu'aucun "sens" ne peut se dire sans récit ni rite; autrement dit, sans rejouer la "vérité" supposée constante comme un événement, le passage du manque à la plénitude, du désir à la satisfaction, des ténèbres à la lumière, etc.

Dans le NT c'est surtout l'ensemble Luc-Actes qui ouvre l'évangile à la liturgie (et simultanément le Christ à "l'Eglise"): il n'est pas le premier à distinguer baptême et eucharistie, mort et résurrection (Marc), ni probablement la naissance (Matthieu), mais il y ajoute le délai supplémentaire de l'ascension et de la pentecôte (a contrario, le quatrième évangile tend à re-concentrer toutes les distinctions dans un événement-vérité unique: la résurrection et l'ascension sont déjà sur la croix, dans la plurivocité du Christ "élevé de la terre"). La grande perdante de l'opération, c'est peut-être la transfiguration, la révélation au milieu du récit plutôt qu'à la fin (transfiguration omise par le quatrième évangile, dont on pourrait aussi bien dire qu'il est tout entier une transfiguration)...
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