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 hauts lieux (communs)

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Narkissos

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MessageSujet: hauts lieux (communs)   Dim 22 Avr 2018, 19:10

(Dieu) qui rend mes (variante, ketiv, "ses") pieds comme (ceux des) biches (cf. nos chamois, isards, bouquetins, etc.) et me fait tenir sur mes (variante, "ses") hauteurs (bamoth). -- 2 Samuel 22,34 // Psaume 18,33.

Celui-là (le fidèle, voir ce qui précède) habitera les hauteurs (meromim): dans des forteresses de rochers, son refuge; son pain lui sera donné, son eau lui sera assurée. -- Isaïe 33,16.

Alors (voir ce qui précède) tu prendras ton plaisir à Yahvé, et je te conduirai (en char) sur les hauteurs (bamoth) de la terre. -- Isaïe 58,14.

Celui qui forme les montagnes, crée le vent, révèle à l'homme sa pensée,
fait l'aurore (et les) ténèbres, et marche sur les hauteurs
(bamoth) de la terre,
Yahvé dieu des armées est son nom.
-- Amos 4,13.

Yahvé, le Seigneur, est ma force;
il rendra mes pieds comme (ceux des) biches, et sur mes
(variante, les) hauteurs (bamoth) il me fera cheminer. -- Habacuc 3,19.

Ces quelques variations d'un thème, "prophétique" et "poétique", "baaliste" aussi -- c'est un dieu météorologique, du vent, de l'orage ou de la tempête, qui marche ou chevauche, se promène à pied ou en char, sur les nuages ou les montagnes comme sur la mer -- suggèrent l'image, assez rare dans la Bible pour être remarquée, d'une divinité qui souhaite faire partager à son fidèle -- au singulier -- la hauteur de sa situation et de son point de vue. Hauteur à la fois imprenable et insaisissable, sûre et précaire, constante et mobile, hors d'atteinte et cependant accessible, à la grâce du dieu des sommets qui accueillerait celui qui fuit la plaine, la ville, la société prospère des hommes, pour se réfugier dans les lieux escarpés de la montagne ou du désert. Assez différente en tout cas de la conception plus courante d'un dieu suprême et jaloux de sa supériorité qui ne tolérerait aucune élévation et voudrait toujours être invoqué ou supplié d'en bas.

De proche en proche, le lecteur de la Bible pensera aux "hauts lieux" (bamoth) cultuels stigmatisés dans toute la littérature dite "deutéronomiste", évoquant quelquefois des lieux sacrés ou des sanctuaires situés sur des sommets, et plus généralement tous les lieux de culte à l'exception du temple de Jérusalem (qui est aussi, naturellement, bâti sur un sommet dont de nombreux textes poétiques et prophétiques magnifient l'élévation; la demeure divine fixe redevient char [auto-]mobile dans Ezéchiel, à la faveur de la destruction du temple et de l'exil, mais Yahvé n'a jamais cessé de chevaucher les vents et les nuées comme les "keroubim"-chérubins ailés); aux "montagnes sacrées" (Sinaï, Sion, Hermon, Çaphôn-Kassios) qui sont le lieu de rencontre naturel du ciel et de la terre, et à leurs équivalents artificiels dans la plaine mésopotamienne ou égyptienne (tour de Babel inspirée des ziggourats, pyramides, etc.).


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MessageSujet: Re: hauts lieux (communs)   Lun 23 Avr 2018, 10:52

Citation :
Assez différente en tout cas de la conception plus courante d'un Dieu suprême et jaloux de sa supériorité qui ne tolérerait aucune élévation et voudrait toujours être invoqué ou supplié d'en bas.

Isaïe exprime bien l'idée d'un Dieu qui ne tolère aucune élévation, ce qui souligne la singularité de ces textes qui décrivent un Dieu "qui souhaiterait faire partager à son fidèle -- au singulier -- la hauteur de sa situation et de son point de vue." :

"Tu te disais : Je monterai au ciel, j'élèverai mon trône au-dessus des étoiles de Dieu, je m'assiérai sur la montagne de la Rencontre, au plus profond du nord ; je monterai sur les hauteurs des nuages, je serai semblable au Très-Haut" (14, 13-14) 

"Par l'intermédiaire de tes gens, tu as outragé le Seigneur  et tu as dit :  « Avec la multitude de mes chars,  moi, je suis monté tout en haut des montagnes,  au plus profond du Liban ;  je coupe les plus élevés de ses cèdres,  les plus beaux de ses cyprès,  et j'atteins sa dernière cime,  ses plus épaisses forêts" (27, 24)
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MessageSujet: Re: hauts lieux (communs)   Lun 23 Avr 2018, 12:21

(J'ai rajouté un paragraphe à mon post précédent avant de lire le tien.)

Dans le livre d'Isaïe tel que nous le lisons, les oracles-poèmes des chapitres 14 et 37 s'adressent respectivement au "roi de Babel-Babylone" (anonyme) et à "Sennachérib roi d'Assyrie"; ce sont par ailleurs des textes fort différents: le premier de genre mythique, qui décrit l'ascension et la chute d'une divinité astrale (l'exégèse monothéiste y verra naturellement le "diable" sous l'espèce de "Lucifer", le "porteur de lumière" du v. 12 qui n'était sans doute autre à l'origine que la planète Vénus, "étoile" tantôt du soir et tantôt du matin, d'où ascension et chute; comme dans Ezéchiel 28 adressé au "roi de Tyr", phénicien); le second de genre historique (invasion militaire assyrienne qui menace Jérusalem après avoir détruit Samarie, à l'époque d'Ezéchias). En appliquant des textes "astro-mythologiques" à des rois et à des empires humains, la rédaction d'Isaïe 14 et d'Ezéchiel 28 les déplace ostensiblement de leur plan mythique originel au plan historique de la "politique internationale", sans changer en profondeur leur caractère mythique (que l'interprétation "diabolique" reconstituera sans peine à sa façon; cf. aussi l'application similaire des figures mythiques de Léviathan ou Rahab, le "monstre" marin ou plutôt abyssal, à l'Egypte: Isaïe 27,1; 30,7; Psaume 87,4 etc.).
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MessageSujet: Re: hauts lieux (communs)   Lun 23 Avr 2018, 13:15

Isaïe décrit le Jour de Yhwh comme un moment où sera humiliée toute arrogance humaine, l'humain ne doit pas respirer le même oxygène que Yhwh. On est loin de l'invitation adressée aux humains de venir sur les hauteurs  :

"Car c'est un jour pour le SEIGNEUR (YHWH) des Armées, contre tout ce qui est hautain et orgueilleux,  contre ce qui s'élève et doit être abaissé ; contre tous les cèdres du Liban, hauts et élevés, et contre tous les chênes du Bashân, .contre toutes les hautes montagnes et contre toutes les collines élevées ; contre toutes les hautes tours et contre toutes les murailles fortifiées ; contre tous les bateaux de Tarsis et contre tous les navires précieux. La hauteur de l'être humain sera courbée, la supériorité des hommes sera abaissée :  le SEIGNEUR seul sera élevé ce jour-là." (2, 12-17)

"C'est lui qui habite au-dessus du cercle de la terre, dont les habitants sont comme des criquets ; il déploie le ciel comme une étoffe légère, il l'étend comme une tente pour y habiter." (Isaïe 40, 22) 
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MessageSujet: Re: hauts lieux (communs)   Lun 23 Avr 2018, 13:42

Là encore, les textes sont assez différents ("primo-" et "deutéro-"Isaïe pour commencer, quoique de nombreux passages dudit "primo-" soient certainement postérieurs au "deutéro-" !), mais il ne fait pas de doute que le thème du rabaissement de toute élévation (humaine) est largement majoritaire dans l'ensemble de la Bible (AT et NT pour les chrétiens). Il peut cependant lui-même s'interpréter différemment, par exemple sur le mode du renversement de haut en bas et de bas en haut (du cantique d'Hanna selon 1 Samuel au Magnificat de Marie selon Luc, en passant par toutes les histoires de premiers-derniers), ou bien du nivellement ou de l'égalisation (exemplairement dans l'introduction du deutéro-Isaïe, 40,4ss: que toute hauteur soit abaissée et toute profondeur élevée, pour que Yahvé seul paraisse et domine).

Par rapport à ce second modèle surtout l'élévation personnelle, individuelle, du "fidèle" particulier se distingue. On repense ici aux "enlèvements" exceptionnels de l'AT (Hénoch et Elie, en char pour le second) et à leur immense postérité "apocalyptique" -- ou à l'"élévation-ascension" de Jésus qui se rattache aussi à celles du "juste" (encore au singulier) dans la Sagesse (chap. 2 et 5), du "Serviteur-Elu" du deutéro-Isaïe, etc.

Je trouve en effet remarquable que ce type d'élévation, si souvent que son exception se répète, se dise et se pense de préférence au singulier. Certes il y a aussi des élévations collectives (les justes comme des étoiles dans Daniel 12, les foules au ciel de l'Apocalypse), mais elles ne nous touchent pas comme le langage de l'élévation unique, sorte de promesse d'intimité où l'on ne se voit décidément pas "élevé" en masse -- ni en groupe ni en troupeau ni en classe.
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MessageSujet: Re: hauts lieux (communs)   Lun 23 Avr 2018, 15:32

Citation :
De proche en proche, le lecteur de la Bible pensera aux "hauts lieux" (bamoth) cultuels stigmatisés dans toute la littérature dite "deutéronomiste", évoquant quelquefois des lieux sacrés ou des sanctuaires situés sur des sommets, et plus généralement tous les lieux de culte à l'exception du temple de Jérusalem (qui est aussi, naturellement, bâti sur un sommet dont de nombreux textes poétiques et prophétiques magnifient l'élévation; la demeure divine fixe redevient char [auto-]mobile dans Ezéchiel, à la faveur de la destruction du temple et de l'exil, mais Yahvé n'a jamais cessé de chevaucher les vents et les nuées comme les "keroubim"-chérubins ailés); aux "montagnes sacrées" (Sinaï, Sion, Hermon, Çaphôn-Kassios) qui sont le lieu de rencontre naturel du ciel et de la terre, et à leurs équivalents artificiels dans la plaine mésopotamienne ou égyptienne (tour de Babel inspirée des ziggourats, pyramides, etc.).

"Il fixe sur les eaux ses chambres à l'étage, il prend les nuages pour char, il s'avance sur les ailes du vent." Ps 104, 3

"Nul n'est semblable à Dieu, ô Yeshouroun ! Il chevauche le ciel pour venir à ton secours, et les nuées, dans sa majesté." Dt 33, 26

"Sentence sur l'Egypte. Le SEIGNEUR (YHWH) est monté sur un nuage rapide, il arrive en Egypte. Les faux dieux de l'Egypte frémissent devant lui, le cœur de l'Egypte fond." Is 19, 1


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MessageSujet: Re: hauts lieux (communs)   Lun 23 Avr 2018, 16:26

Le psaume 104,3 combine en l'occurrence des traits "baalistes" (les nuages et le vent), donc plutôt levantins, à une composition principalement "solaire" et égyptienne -- comparer la suite avec l'Hymne à Atum/Aton (= le disque solaire) attribué à Akhenaton.

Soit dit en passant, il y a souvent une hésitation exégétique autour de la racine rkb (d'où dérive la fameuse merkaba, le "char" divin, d'Ezéchiel à la Qabbale), qui apparaît aussi en Isaïe 58,14 (voir supra premier post): certaines traductions parlent de "chevaucher" ou de "monter" (à cheval) quand d'autres parlent de (conduire un/en) "char": la seconde option est généralement la plus probable pour les textes anciens (on utilisait surtout les chevaux en attelage, en particulier pour la guerre). En Deutéronome 33,26 on pourrait traduire "il parcourt les cieux / les nuages en char", ou "il fait des cieux / des nuages son char"; de même en Isaïe 19,1 il faudrait plutôt penser "monté" comme sur un char que comme sur un cheval (l'image est un peu différente, même si ça n'a pas une importance énorme).
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MessageSujet: Re: hauts lieux (communs)   Mar 24 Avr 2018, 09:52

Il nous faut maintenant revenir aux « Visions d'Ézéchiel ». Ce petit traité hébreu peut être daté du IVe ou même du IIIe siècle de notre ère. C'est un commentaire détaillé d'Ézéchiel 1, 1 :

« La trentième année, le quatrième mois, le cinq du mois, alors que j'étais au milieu des déportés, au bord du fleuve Kebar, les cieux s'ouvrirent et je vis des visions divines ».

On lit dans ce traité :

« Nous pouvons dire {Ézéchiel 1, 1) : Les cieux s'ouvrirent. Que signifient ces mots : Les cieux s'ouvrirent ? Cela nous apprend que l'on ouvrit à Ézéchiel les sept firmaments : les cieux (samaïm), les cieux des cieux (semêy ha-samaïm), la demeure (zebhul), le brouillard obscur ('araphel), les nuées (sehaqïm), les nuages {'arabhôt) et le trône de la Gloire »24.

Ézéchiel 1, 1 est le seul passage de la Bible hébraïque où le verbe patah « ouvrir », au niphal, est utilisé pour désigner l'ouverture des cieux. Les cieux s'ouvrent pour dévoiler au visionnaire les réalités du monde invisible. Le motif est largement attesté dans la littérature intertestamentaire, en particulier dans les Testaments des douze Patriarches15, dans Y Apocalypse d'Abraham26, en // Baruch 22, 1 et dans le Nouveau Testament. Tous ces textes groupés, et d'autres encore, mériteraient d'être repris en préface à une étude de la mystique de la Merkaba. Nous n'en mentionnons ici qu'un seul, le Testament de Lévi 2, 4-6 :

« Je me lamentais sur la race des fils des hommes et je priais le Seigneur de me sauver, lorsque le sommeil tomba sur moi, et je vis une haute montagne sur laquelle je me trouvais. Et voici, les cieux s'ouvrirent et un ange du Seigneur me dit : "Lévi, Lévi, entre !" »

Suit une vision des sept cieux et du Très-Haut sur son trône de gloire. Texte important, car il fait apparaître que cette vision de Lévi n'est pas une fiction littéraire, mais la description d'un phénomène extatique réel29. Enfin, la mention des sept cieux et du Trône de gloire est topique.

https://www.persee.fr/docAsPDF/crai_0065-0536_2005_num_149_3_22907.pdf
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MessageSujet: Re: hauts lieux (communs)   Mar 24 Avr 2018, 11:24

En lisant l'article de l'excellent Philonenko et en repensant à nos textes bibliques de départ, je me disais que la "mystique" (au sens le plus lâche du mot) oscille entre fraîcheur et légèreté poétiques d'une part, rigueur et pesanteur quasi-technologiques d'autre part. Du côté "ésotérique" ou "magique" de la chose, on a affaire à une sorte de grande machine divino-humano-cosmique, avec une structure représentable en schéma ou en plan d'assemblage et un fonctionnement qui s'apprend et se comprend de façon à être utilisé, en suivant scrupuleusement les instructions et les figures du manuel. Une mécanique imaginaire en somme (l'image du char s'y prête admirablement). Tout autre, plus paresseux peut-être, est le point de vue littéralement "ravi" d'un autre genre de "mystique", qui ne s'intéresse pas tellement à la mécanique ni à la cartographie mais s'émerveille du voyage et du paysage, tout à la grâce inexpliquée d'une divinité qui prend en stop qui elle veut...
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MessageSujet: Re: hauts lieux (communs)   Mar 24 Avr 2018, 11:52

Citation :
Tout autre, plus paresseux peut-être, est le point de vue littéralement "ravi" d'un autre genre de "mystique", qui ne s'intéresse pas tellement à la mécanique ni à la cartographie mais s'émerveille du voyage et du paysage, tout à la grâce inexpliquée d'une divinité qui prend en stop qui elle veut...

Quand la divinité ne prend pas en stop, elle met à disposition une "échelle". Toujours du même article :

La dernière partie de notre exposé trouve un point d'appui en Jean 1, 51, parole qui vient conclure l'entretien avec Nathanaël :

« Amen, Amen, je vous le dis, vous verrez le ciel ouvert et les anges de Dieu monter et descendre sur le Fils de l'Homme ».

Ici, encore, nous retrouvons une association de deux citations de l'Écriture : Ézéchiel 1, 1 (les cieux ouverts) ; Genèse 28, 12 (les anges de Dieu montant et descendant sur l'Échelle). L'importance d' 'Ézéchiel 1, 1 et du thème des cieux ouverts est connue ; le second texte est moins souvent allégué dans les discussions sur les origines de la mystique du char divin. Il a dû cependant jouer un rôle essentiel dans l'élaboration de ces spéculations. Il suffira d'alléguer ici un texte des Hêkhâlôt qui évoque « le sentier de l'Échelle vers les hauteurs, dont une extrémité se trouve sur la terre et l'autre sur le pied droit du Trône de la Gloire ». Un autre passage des Hêkhâlôt reprend le thème de façon plus prosaïque, en apparence, lorsqu'il rappelle les qualités exigées du fidèle de la Merkaba : avoir une échelle dans sa maison ; être pur de toute souillure. L'échelle domestique est le symbole de l'Échelle cosmique.
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MessageSujet: Re: hauts lieux (communs)   Mar 24 Avr 2018, 14:35

N.B.: il faudrait entendre "prendre en stop" en (véritable) anglais: give a lift (to), soit "faire monter" (avec soi en voiture, sur un char, etc.) quelqu'un qui le demande ou non, "auto-stoppeur" (hitch-hiker) ou pas mais en tout cas "élu", choisi; le lift étant aussi un ascenseur...

Accessoirement, "l'échelle (soullam) de Jacob" ressemblait peut-être moins à une échelle qu'à un escalier (Stairway to heaven, pour les nostalgiques de Led Zeppelin) ou à une rampe d'accès (cf. les ouvrages de siège antiques ou les accès extérieurs des ziggourats mésopotamiennes qui ont inspiré la "tour de Babel"; d'autant que la racine sll s'applique aussi à des travaux de terrassement, remblais, etc.., cf. Isaïe 57,14; 62,10 etc.).
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MessageSujet: Re: hauts lieux (communs)   Mer 25 Avr 2018, 10:35

Citation :
Par rapport à ce second modèle surtout l'élévation personnelle, individuelle, du "fidèle" particulier se distingue. On repense ici aux "enlèvements" exceptionnels de l'AT (Hénoch et Elie, en char pour le second) et à leur immense postérité "apocalyptique" -- ou à l'"élévation-ascension" de Jésus qui se rattache aussi à celles du "juste" (encore au singulier) dans la Sagesse (chap. 2 et 5), du "Serviteur-Elu" du deutéro-Isaïe, etc.

Il n'est pas inopportun de reconnaître à travers les deux témoins de l'Apocalypse (11), une référence à l'expérience d'Hénoch et d'Elie :

"Après les trois jours et demi, un esprit de vie venant de Dieu entra en eux, et ils se tinrent sur leurs pieds ; une grande crainte s'empara de ceux qui les voyaient. Ils entendirent du ciel une voix forte qui leur disait : Montez ici ! Ils montèrent au ciel dans la nuée, et leurs ennemis les virent"
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MessageSujet: Re: hauts lieux (communs)   Mer 25 Avr 2018, 14:54

Il y a aussi dans ce passage (v. 6) une allusion assez claire à Moïse (c'est lui qui change les eaux en sang et provoque toute sorte de "plaies" ou fléaux, dans l'Exode, comme Elie appelle le feu et ferme le ciel à la pluie dans les Rois) -- l'idée d'une élévation ou d'une ascension de Moïse (et de bien d'autres personnages) concurrence largement, dans la tradition dite "intertestamentaire", le récit deutéronomiste de sa mort et de son ensevelissement mystérieux; ce sont par ailleurs Moïse et Elie qui apparaissent dans les récits évangéliques de la "Transfiguration". Hénoch, lui, est peu évoqué nommément dans le NT (à l'exception notable de la citation de Jude), sinon sous la figure du "Fils de l'homme" (cf. 1 Hénoch et surtout la section des "Paraboles"; voir notamment Jean 3,13, qui suppose, à la lettre, que "le Fils de l'homme" soit déjà "monté" au ciel).
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MessageSujet: Re: hauts lieux (communs)   Mer 25 Avr 2018, 15:22

Citation :
N.B.: il faudrait entendre "prendre en stop" en (véritable) anglais: give a lift (to), soit "faire monter" (avec soi en voiture, sur un char, etc.) quelqu'un qui le demande ou non, "auto-stoppeur" (hitch-hiker) ou pas mais en tout cas "élu", choisi; le lift étant aussi un ascenseur...

Le texte de Hé 11, 5, me semble être un excellent exemple d'une personne (un élu) prise en stop, avec comme destination le ciel :

"C'est par la foi qu'Hénoch fut transporté, de sorte qu'il ne vit pas la mort ; on ne le trouva plus, parce que Dieu l'avait transporté. En effet, avant d'être transporté, il avait reçu le témoignage qu'il plaisait à Dieu"


Un autre exemple :

"J connais un homme dans le Christ... voici quatorze ans — était-ce dans son corps ? je ne sais pas ; était-ce hors de son corps ? je ne sais pas, Dieu le sait — un tel homme fut enlevé jusqu'au troisième ciel. Et je sais qu'un tel homme — était-ce dans son corps ou sans son corps ? je ne sais pas, Dieu le sait — fut enlevé au paradis et qu'il entendit des paroles ineffables, qu'il n'est pas permis à un homme d'énoncer." 2 Cor 12, 2-4

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MessageSujet: Re: hauts lieux (communs)   Mer 25 Avr 2018, 15:57

Très juste -- symptomatiquement, je n'avais pas pensé à Hébreux 11 où Hénoch est un peu noyé dans l'énumération, comme dans la généalogie de Luc 3...

Avec la littérature "apocalyptique" deux types d'élévation (d'ascension, d'enlèvement, etc.) tendent à se confondre; celui qui correspondait à une "fin de vie" (terrestre), comme dans les récits bibliques d'Hénoch et d'Elie, et celui qui fait partie intégrante du processus de "révélation" (l'"apo-calypse" comme dé-voilement), où on "monte au ciel" en "vision", en "rêve" ou en "esprit", "corporellement" ou non (c'est la question sans réponse de 2 Corinthiens), mais en tout cas pour en redescendre et raconter ce qu'on y a vu (avec une "interprétation" en général).

Si l'on veut préciser le vocabulaire et son imagerie, le "transport" de Hébreux 5 est un "déplacement" ou une "transposition" (en frangrec une "métathèse"), l'"enlèvement" de 2 Corinthiens un "saisir" (harpazô, d'où Harpagon, l'avare)....
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MessageSujet: Re: hauts lieux (communs)   Mer 25 Avr 2018, 16:18

Narkissos, les textes suivants ont-ils un rapport avec notre discussion ?
 
"Voici que mon Serviteur réussira, il sera haut placé, élevé, exalté à l’extrême." Is 52,13

"Sous la contrainte, sous le jugement, il a été enlevéles gens de sa génération, qui se préoccupe d’eux ?  Oui, il a été retranché de la terre des vivants,  à cause de la révolte de son peuple, le coup est sur lui"        Is 53,8




Certains textes du NT font allusion l'Ascension de Jésus Christ. "Le Seigneur Jésus fut enlevé au ciel et s'assit à la droite de Dieu" Mc 16,19 ; "Pendant qu'il les bénissait, il se sépara d'eux et fut enlevé  au ciel. " Lc 24, 51 ; "il fut élevé et une nuée le déroba à leurs yeux." Ac 1, 9.


L’achèvement du mystère pascal

L'Ascension est également, dans les Actes, l’achèvement du mystère pascal : par deux fois les anges reprennent le verbe qui scande l'évangile de Luc, celui de « monter ». Tout au long de l’évangile de Luc, Jésus « monte » vers Jérusalem, vers son « enlèvement » (Lc 9,51), c'est-à-dire vers sa mort et son exaltation. Les anges sont ainsi chargés d'attester que Jésus est bien arrivé au terme de sa montée : il est dans la gloire du Père.

Le récit des Actes est donc résolument tourné vers l'avenir : si Jésus cesse avec ses disciples un certain type de présence, ce n'est pas pour les laisser orphelins, mais pour être présent avec eux d'une façon plus spirituelle. Par son Esprit, il continuera désormais à les animer pour qu'ils achèvent sa mission qu'il lisait lui-même dans les Écritures : « Qu'on prêche en son nom la conversion et le pardon des péchés à toutes les nations, à commencer par Jérusalem » (Lc 24, 45-47).

https://www.bible-service.net/extranet/current/pages/200287.html
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MessageSujet: Re: hauts lieux (communs)   Mer 25 Avr 2018, 16:58

Vu la diversité des textes évoqués depuis le début de ce fil, je ne pense pas qu'aucune forme d'"élévation" puisse être dite hors-sujet... Smile

En Isaïe 52,13--53 il y a quand même une distinction entre la description de la mort du "Serviteur" (v. 8s: "enlevé" = "pris" // "retranché"), qui marque plutôt la fin ou la limite extrême (nadir, anticlimax: le point le plus bas) d'une descente, d'un abaissement ou d'une humiliation (v. 2ss), et son "élévation" avant et/ou après (52,13; 53,10ss). Dans l'Evangile selon Jean, par contre, ces deux "directions" opposées seront délibérément confondues (le Christ est "élevé" sur la croix et au ciel, dans un même mouvement paradoxalement ascendant). Cette compression de tous les "événements" en un seul est évidemment une façon de subvertir le schéma traditionnel qui sépare la "mort" de la "résurrection" deux ou trois jours plus tard, avec ou sans descente aux enfers entre-temps; a fortiori celui des Actes qui rajoute un délai supplémentaire de quarante jours entre la résurrection et l'"ascension" (la finale tardive ajoutée à Marc, 16,19, dépend manifestement sur ce point des Actes; dans le texte original de Marc, ou ce qui nous en reste, il n'y a aucune ascension, il n'y a même pas d'"apparition" du ressuscité; plus étonnant encore, Luc 24,51, au moins selon certains manuscrits, semble ignorer les quarante jours des Actes, puisqu'il décrit une ascension le jour même de la résurrection).

L'"enlèvement" de Luc 9,51 (analèmpsis, proprement "prendre ou recevoir, être pris ou reçu en haut", très proche du concept latin d'"assomption") rappelle l'usage du verbe correspondant dans la "confession de foi" de 1 Timothée 3,16: "il a été reçu/pris (analèmphthè > analambanô) dans la gloire". Il fait aussi écho à un autre terme insolite un peu plus haut dans le récit de Luc (9,31), l'"exode" (exodos), autrement dit la "sortie" (du monde) ou le "retour" (au ciel; quoique cette dernière hypothèse ne s'accorde pas trop avec la christologie de Luc, qui ignore toute "pré-existence" de Jésus).
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MessageSujet: Re: hauts lieux (communs)   Jeu 26 Avr 2018, 09:42

Les chrétiens peuvent-​ils monter au ciel dans leur corps de chair?

I Cor. 15:50, Jé: “Je l’affirme, frères: la chair et le sang ne peuvent hériter le Royaume de Dieu, ni la corruption hériter de l’incorruptibilité.”

Ce qui est arrivé à Élie contredit-​il cette déclaration? Pas du tout. Il faut comprendre ce qui s’est produit du temps d’Élie à la lumière de l’affirmation très nette que Jésus a faite quelques siècles plus tard: “Nul n’est monté au ciel, hormis celui qui est descendu du ciel, le Fils de l’homme.” (Jean 3:13, ). Bien qu’on vît ‘Élie monter au ciel dans le tourbillon’, cela ne signifie pas qu’il est allé dans le domaine spirituel. Pourquoi? Parce que le récit nous apprend que le prophète a adressé par la suite une lettre de reproche au roi de Juda (II Rois 2:11, Jé; II Chron. 21:1, 12-15). Avant même l’invention de l’avion, Jéhovah, par des moyens qui lui sont propres (un char de feu et un tourbillon), a donc soulevé Élie du sol jusque dans le ciel où évoluent les créatures volantes et l’a emmené en un autre lieu. — Voir Genèse 1:6-8, 20.

https://wol.jw.org/fr/wol/d/r30/lp-f/1101989259
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MessageSujet: Re: hauts lieux (communs)   Jeu 26 Avr 2018, 13:10

Le petit jeu de l'harmonisation des textes contradictoires fait partie intégrante du grand jeu qui consiste à "faire parler 'la Bible'" comme un seul livre (on pourrait appeler ça biblico-ventriloquisme). Le premier coup (l'entrée, l'entame) y est toujours déterminant: une affirmation de départ et un verset qui lui ressemble (plus ou moins), à partir duquel on finira par ranger tous les autres qui-ne-peuvent-pas-le-contredire-même-s'ils-en-ont-l'air -- aussi fort s'ils résistent.

En mélangeant allègrement les citations des Rois et des Chroniques on oublie tout ce qui différencie ces "livres" (à commencer par le fait que l'"historiographie" des Chroniques entendait naturellement remplacer celle de Samuel-Rois et non se retrouver à côté d'elle dans le même "canon" -- un peu plus loin dans le canon hébreu qui met les Chroniques à la fin des "Ecrits"; de même pour nos évangiles "synoptiques à l'insu de leur plein gré"). Si ça ne tenait qu'au Chroniste, le lecteur ne connaîtrait qu'une "lettre d'Elie", non le "cycle" narratif d'Elie (et d'Elisée) que les Rois situent à une autre époque. Seule la juxtaposition accidentelle (ou providentielle) des textes donne l'impression d'une lettre posthume, voire d'une "lettre du ciel". L'idée d'un retour d'Elie (Malachie), en revanche, présuppose bien l'"enlèvement" des Rois.

Parmi les nombreuses prémisses occultes de ce genre d'exercice, il y a bien sûr l'anachronisme inhérent à toute lecture "moderne". Dans notre cosmologie à nous le "ciel" ne peut être que "physique" ou "spirituel", même si ce dernier concept est purement vide ou négatif ("spirituel" = non "physique", à part ça on ne sait pas du tout ce que c'est), et l'idée d'un corps "physique" dans un ciel "spirituel" n'a strictement aucun sens. Mais cette dichotomie n'est absolument pas présupposée par la plus grande partie des textes bibliques, même si elle pointe sur le tard et sous influence hellénistique (typiquement 1 Corinthiens 15). Un homme qui monte au ciel (Hénoch, Elie, Jésus !), un dieu ou un ange qui en descend, cela ne pose un problème de nature que pour une lecture anachronique -- comme l'est sans doute toute lecture, mais plus ou moins. L'amplitude du décalage n'est d'ailleurs même pas simplement fonction de la chronologie: l'idée d'une résurrection "physique" embarrassait les Corinthiens et Paul, elle ne gêne plus Luc et les Actes qui insistent lourdement sur la résurrection et l'ascension "corporelles" de Jésus (contre les idées "gnostiques" et docétiques).

Le fameux "enlèvement" de 1 Thessaloniciens 4,17 (qui a tant marqué l'évangélicalisme américain depuis Darby et autres au XIXe s.) traduit encore le verbe harpazô, "saisir" (cf. 2 Corinthiens 12 supra): ce qui est décrit ici comme un déplacement ascensionnel, un mouvement de bas en haut, se dit en 1 Corinthiens 15,51s comme un "changement de nature", une métamorphose ("nous serons changés", allassô, proprement "devenir autre"; on pourrait parler à la lettre d'"altération" si le mot n'était pas devenu péjoratif). En 1 Thessaloniciens 4 l'expression "mythologique" (on monte au ciel tout simplement) ne s'embarrasse pas d'un problème "physique" (de "nature" matérielle ou spirituelle). A part ça, la grande différence entre ces imageries "eschatologiques" et celles des textes de l'AT évoqués au début de ce fil réside en ce qu'elles sont collectives et non individuelles.
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MessageSujet: Re: hauts lieux (communs)   Jeu 26 Avr 2018, 15:07

Merci Narkissos, pour cette explication limpide et instructive. Cette lecture "biblico-ventriloquisme" a pour effet de faire dire à un texte ce qu'il ne dit pas du tout. Ainsi affirmer qu'un "char de feu, a donc soulevé Élie du sol jusque dans le ciel où évoluent les créatures volantes et l’a emmené en un autre lieu.", est une manière de travestir le texte en question.

Concernant l'idée que "la chair et le sang ne peuvent hériter le royaume de Dieu", n'est-il pas dit "nous ne nous endormirons pas tous ; mais tous, nous serons changés, en un instant, en un clin d'œil", sous-entendant une métamorphose/transfère, au ciel.

"Ce que je dis, mes frères, c'est que la chair et le sang ne peuvent hériter le royaume de Dieu, et que le périssable n'hérite pas l'impérissable. Je vais vous dire un mystère : nous ne nous endormirons pas tous ; mais tous, nous serons changés, en un instant, en un clin d'œil, à la dernière trompette. Car elle sonnera, et les morts se réveilleront impérissables, et nous, nous serons changés" 1 Cor 15, 50 ss
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MessageSujet: Re: hauts lieux (communs)   Jeu 26 Avr 2018, 15:18

free a écrit:
Ainsi affirmer qu'un "char de feu, a donc soulevé Élie du sol jusque dans le ciel où évoluent les créatures volantes et l’a emmené en un autre lieu.", est une manière de travestir le texte en question.

D'autant qu'en l'occurrence, cette "interprétation" (sol-sol et néanmoins terre-à-terre) est précisément évoquée et écartée par le texte (2 Rois 2,16ss).

Sur le "changement" de 1 Corinthiens 15 et son rapport à l'"enlèvement" de 1 Thessaloniciens 4, voir le dernier paragraphe de mon post précédent.
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MessageSujet: Re: hauts lieux (communs)   Jeu 26 Avr 2018, 16:12

Citation :
L'idée d'un retour d'Elie (Malachie), en revanche, présuppose bien l'"enlèvement" des Rois.

D'autant que le retour d'Elie est eschatologique, donc prévu à une époque lointaine  :

"Je vous envoie Elie, le prophète, avant que n'arrive le jour du SEIGNEUR, jour grand et redoutable.
Il ramènera le cœur des pères vers les fils et le cœur des fils vers leurs pères, de peur que je ne vienne mettre à mal le pays en le frappant d'anathème." Ma 3, 23-24

Comment comprendre l'expression du texte d'Hé 11, 5 ; qui précise concernant Hénoch, qu'il "fut transporté, de sorte qu'il ne vit pas la mort " ?

 Ce thème de l'ascension est repris abondamment dans la littérature juive contemporaine du Nouveau Testament, dans les Apocalypses ou Révélations où l’on précise qu’après Hénoch, Moïse, Baruch, et Esdras, sont enlevés au ciel en étant qualifiés de « porte-paroles de Dieu ».  https://www.bible-service.net/extranet/current/pages/200287.html
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MessageSujet: Re: hauts lieux (communs)   Jeu 26 Avr 2018, 16:37

free a écrit:
D'autant que le retour d'Elie est eschatologique, donc prévu à une époque lointaine  :

L'eschatologie n'est quasiment jamais "lointaine" (même quand elle donne cette impression par fiction pseudépigraphique, comme dans Daniel 12: pour le personnage de "Daniel" situé à l'époque chaldéo-perse ce serait "lointain", pour l'auteur réel de l'époque maccabéenne ça ne l'est pas): une "fin des temps" n'a d'intérêt que "proche", quand on commence à la dire lointaine c'est généralement qu'on a cessé d'y croire, qu'on se l'avoue ou non. Ce qui est par contre évident, c'est que pour "Malachie" Elie est un personnage du passé lointain qui a encore de l'avenir (mais pour Malachie c'est un avenir proche; évidemment quand on relira Malachie des siècles plus tard ça paraîtra avoir été lointain pour lui).

Cela nous ramène à un point dont nous avons parlé plus d'une fois, la fonction apocalyptique du "ciel" comme "réserve" pour toutes sortes de personnages du passé appelés à jouer un rôle futur ou éternel (et dans cette catégorie on peut nommer aussi Adam, Noé, Abraham, Isaac, Jacob et ses fils, Melchisédeq, et ainsi de suite), que ça passe ou non par un "enlèvement".

Je ne vois pas quelle difficulté tu trouves dans l'expression d'Hébreux 11,5: le "transport" ("métathèse", voir supra) se substitue à la mort (en clair Hénoch n'est jamais mort, tout comme Melchisédeq selon 7,3), alors que dans la plupart des cas (les autres fidèles du chapitre 11, le "juste" de la Sagesse, Jésus surtout), l'"élévation" passe par la mort.


Dernière édition par Narkissos le Jeu 26 Avr 2018, 16:50, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: hauts lieux (communs)   Jeu 26 Avr 2018, 16:48

Citation :
Je ne vois pas quelle difficulté tu trouves dans l'expression d'Hébreux 11,5: le "transport" ("métathèse", voir supra) se substitue à la mort (en clair Hénoch ne meurt pas, tout comme Melchisédeq dans le même texte), alors que dans d'autres cas (le "juste" de la Sagesse, Jésus, ou la plupart des fidèles du chapitre 11), l'"élévation" passe par la mort.

 Je ne trouve aucune difficulté à lire Hébreux 11, au contraire, je voulais opposer ce texte,  à l'idée que développe la Watchtower, selon laquelle, il faut connaitre la mort, pour aller au ciel et qu'il est impossible d'aller au ciel avec son "corps physique". En relisant ma phrase, je constate que je l'ai mal formulée et qu'elle a la forme d'une question, mais pour moi, elle était rhétorique.



23. « Moi (je suis) toujours avec toi Tu m'as saisi par la main droite.
24. Par ton conseil tu me conduiras Et après, tu me prendras dans ta gloire.
25. Quel autre ai- je au ciel, (sinon toi) ? Et étant toujours avec toi, je ne désire rien sur terre.
26. Ma chair et mon cœur se consument Roc de mon cœur, ma part, Dieu à jamais.
27. Voici : ceux qui s'éloignent de toi périssent ; Tu anéantis ceux qui te sont adultères.
28. Pour moi, être près de Dieu est mon bonheur Dans le Seigneur j'ai placé mon refuge. »(Ps 73)


Un autre mot retient l'attention : c'est le verbe prendre qui sert à traduire l'hébreu laqach. Il faut reconnaître que prendre est bien terne à côté du mot hébreu, tout auréolé de lueurs mystérieuses annonciatrices d'un autre monde : pour en comprendre la force, il faut le replacer dans son contexte et procéder par rapprochement avec des passages parallèles. Dans le Ps. étudié il est question de Jahvé qui prend par la main. Fort de la certitude que Dieu le protège, le psalmiste n'a d'autre désir que d'être avec Dieu sur terre (25) et de s'attacher à lui (28). Dieu est son refuge sur terre, mais un jour Jahvé le prendra dans sa gloire, comme il a pris Hénoch et Elie. De ces deux personnages l'Ecriture dit aussi que Dieu les enleva {laqach). « Hénoch marcha avec Dieu, puis disparut, car Dieu l'enleva » {G en., 5,24) — « Voici ce qui arriva lorsque Jahvé enleva Elie au ciel dans le tourbillon » (2 R., 2,1). Le même verbe se retrouve dans le Ps., 49. Après avoir rappelé que la mort est le terme inévitable vers lequel s'acheminent les riches et les pauvres, le psalmiste établit la différence entre le sort des uns et des autres. Les insensés sont menés au schéol comme un troupeau : « La mort est leur pasteur » et aucun d'entre eux, quelque riche qu'il soit, ne peut se racheter en versant une rançon à Dieu. Tout autre est le sort réservé aux justes : « Dieu rachètera mon âme de la main du schéol, car il me prendra ».
https://www.persee.fr/docAsPDF/rscir_0035-2217_1977_num_51_1_2784.pdf
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MessageSujet: Re: hauts lieux (communs)   Jeu 26 Avr 2018, 17:06

Le verbe lqh est en soi à peu près aussi banal que notre verbe "prendre", ce sont ses contextes qui lui donnent éventuellement un sens extra-ordinaire (comme disait un de mes professeurs d'exégèse, on peut trouver de la théologie dans les textes, il ne faut pas la chercher dans le dictionnaire).

Cela étant, ces psaumes sont tout à fait remarquables, car ils suggèrent fortement que l'idée d'un "salut" après la mort, ou plutôt d'une "assomption" à ou par la mort, émerge dès l'époque du Second Temple, bien avant celle de la "résurrection" à l'époque hellénistique (que la résurrection soit d'origine perse n'est pas contradictoire: comme on l'a souvent remarqué, les fractions du judaïsme aux prises avec l'hellénisme, surtout syrien et séleucide, puisent volontiers dans leurs influences antérieures pour contrer les idées contemporaines qu'elles perçoivent comme une menace). En rapport avec les "enlèvements" narratifs d'Hénoch et d'Elie et avec les textes poétiques cités au début de ce fil (qui n'ont a priori rien à voir avec la mort), on peut noter qu'il s'agit encore d'une grâce personnelle (non d'un enlèvement collectif comme celui de 1 Thessaloniciens 4, encore moins d'une "résurrection générale" comme celle de Daniel 12 etc.). Ce que je constate, très subjectivement, c'est que ces textes d'élévation ou d'assomption individuelle ont pour moi une charge affective nettement supérieure, en un mot ils me "touchent" davantage que ceux qui énoncent une "doctrine" eschatologique collective ou générale -- l'expression "poétique" y est sans doute pour quelque chose, mais c'est autant un "effet" qu'une "cause".

L'idée d'assomption ou de réception divine (on peut parler d'apothéose, au moins dans un certain sens) à, par (Psaumes 49; 73) ou au lieu de (Hénoch, Elie) la mort va bien sûr nourrir considérablement l'imagination religieuse avec le temps, mais au départ elle ne lui offre guère de prise. En Genèse 5,24 la formule laconique "il ne fut plus, car le dieu le prit" en fait le simple équivalent d'une disparition phénoménale; sans l'éloge d'Hénoch qui précède, rien ne distinguerait cela d'une description de la mort où le dieu (re-)prend ce qu'il a donné (cf. aussi ici). L'enlèvement d'Elie en 2 Rois 2 est plus spectaculaire, mais rien n'est dit de ce qu'il devient. Au psaume 49 "il me prendra" n'en dit pas plus, et au 73 à peine davantage ("la gloire" est une notion aussi nébuleuse que lumineuse).
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