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 Une intervention "télévisée" (ou presque... ou pas)

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MessageSujet: Re: Une intervention "télévisée" (ou presque... ou pas)    Ven 08 Juin 2018, 15:16

En regardant mon passé en face, j'ai l'impression que ma période jéhoviste n'a pas produit chez moi, la croyance (en Dieu, en certains dogmes ...) mais surtout l'adhésion à un groupe ou à une communauté. Pour adhérer à ce groupe, le contrat stipulait qu'il fallait adopter un ensemble de croyances, mais au fond la teneur de ces croyances n'avait pas une grande importance, de préférence, elles devaient (sur la forme) me convaincre d'être dans la "vérité" et m'annoncer un avenir radieux, peut importe le contenu, l'important était ce sentiment d'appartenance et la conviction de me construire une identité, d'être "quelqu'un". Paradoxalement, j'ai le sentiment d'être plus un croyant maintenant, que durant ma période jéhoviste, pas au sens ou je suis véritablement un croyant (je ne le suis pas) mais aujourd'hui je sais mieux ce qu'est la croyance et j'éprouve de l'admiration, de l'intérêt et du respect pour la croyance et la ferveur. Donc dans mon cas, je ne parlerait de "décroyance" mais de désaffiliation, car je n'avais de croyances spécifiques à défendre ou déloger de mon esprit, mon adhésion au groupe m'aurait accepter n'importe quelle croyance. Ces croyances (qui en réalité n'en n'étaient pas) remplissaient ma vie, mon esprit et me donnaient une identité, leurs pertes, m'a laissé un grand vide intérieur, qui m'a poussé à lire, à échanger et à essayer de comprendre (surtout me comprendre et analyser mon cheminement) pourquoi la croyance et pourquoi ce besoin d'être dans un groupe ou une communauté. Donc une vide salvateur et constructif. La "décroyance" c'est le vide, comment combler ce vide ?
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Narkissos

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MessageSujet: Re: Une intervention "télévisée" (ou presque... ou pas)    Ven 08 Juin 2018, 16:27

Très intéressant -- comment répondre à un témoignage auto-analytique, sinon par un autre témoignage auto-analytique, pour voir ce qui y ressemble et ce qui en diffère ? Ils sont d'ailleurs, je pense, à peu près contemporains, quant au début du récit.

Je peux dire que je suis devenu TdJ, "dans ma tête", en moins de 24 h. Je subissais depuis quelques mois, avec les autres enfants d'une famille recomposée, l'endoctrinement d'une "étude familiale" dirigée par mon père et ma belle-mère (stepmother), mais cela ne nous avait guère atteints: mon incroyance était intacte, au plan "conscient" du moins. Il a fallu qu'un dimanche de juillet 1972, en vacances en Bretagne, ma belle-mère, à l'issue de ladite "étude", nous propose d'aller à une réunion locale des TdJ l'après-midi même -- mon père n'était pas là, j'ai été le seul à accepter, par simple curiosité; d'après le nom je m'attendais à un rituel de secte encagoulée ou quelque chose de ce genre, la surprise a été grande. Surtout de voir des gens apparemment "normaux", et d'entendre un "discours public" qui descendait en flammes la "chrétienté" à coups de versets bibliques, ce qui rejoignait certaines de mes préoccupations antérieures (longtemps pensionnaire d'une école catholique, j'avais pris en horreur l'"institution" et le "rituel" tout en gardant une certaine sympathie pour la "foi") -- l'étude du "Bulletin intérieur" qui suivit (La Tour de Garde étant alors interdite en France), sur les "bêtes" de Daniel, était en revanche totalement incompréhensible. Au retour j'ai demandé à ma belle-mère un livre des TdJ, c'était Assurez-vous de toutes choses (l'ancêtre de Comment raisonner..., sorte de mini-catéchisme thématique avec des questions et des réponses faites presque exclusivement de citations bibliques): j'ai passé la nuit à le lire, le lendemain matin je connaissais à peu près toute la doctrine et j'y adhérais, j'avais perdu à son égard toute distance critique.

C'est dire que mon rapport aux TdJ a été d'emblée plus "doctrinal" ou "idéologique" que le tien, même si le rapport au groupe y a joué un rôle décisif -- je ne pouvais de toute façon guère m'attacher à ce groupe-là que je n'étais pas appelé à revoir, je me suis en revanche beaucoup attaché dans les mois suivants à celui de ma petite ville beaujolaise. Malgré tout c'était beaucoup plus à l'époque "la vérité" que "l'organisation" qui comptait, pour moi et pour tout mon entourage immédiat.

Au-delà des "idées" et du "groupe", il y a la question de la "relation à Dieu", autrement dit de la prière, recommandée en principe chez les TdJ comme ailleurs: de par mon éducation catholique j'avais appris des prières, comme le Notre Père, j'avais aussi spontanément évolué vers une pratique personnelle de la prière qui coexistait même avec mon incroyance, sous une forme principalement interrogative (je me revois encore, dans ma cour d'école, disant à "Dieu" que je ne comprenais rien à sa "religion" ni à l'intérêt qu'il pouvait y trouver lui-même, que je m'y plierais s'il y tenait mais que s'il y avait autre chose je voudrais bien le savoir). Bref, je suis passé assez naturellement d'une forme de prière à l'autre, avec l'impression que le changement de doctrine et d'institution constituait une sorte de "réponse" divine. Mais la différence subsistait qui constituait "Dieu", dans mon esprit, comme un référent foncièrement indépendant de la doctrine et de l'institution. C'est ce rapport à "Dieu" qui m'a retenu à tout le reste quand j'ai "intellectuellement" remis en question celui-ci un an plus tard, c'est aussi ce rapport qui m'a permis de m'en dégager tout à fait près de quinze ans après, l'intellect étant alors tout prêt à suivre, malgré un attachement réel et intense, non à l'"organisation" (qui n'a jamais beaucoup compté pour moi) mais aux gens.

Il y a la "religion" de la "doctrine", des "rites" et des "institutions", il y a celle de la prière qui demeure à mes yeux tout autre chose.
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MessageSujet: Re: Une intervention "télévisée" (ou presque... ou pas)    Ven 08 Juin 2018, 16:43

Citation :
Il y a la "religion" de la "doctrine", des "rites" et des "institutions", il y a celle de la prière qui demeure à mes yeux tout autre chose.

En 30 ans de jéhovisme, j'ai essayé de prier Dieu, en vain. Je n'ai (pratiquement) jamais prié Dieu, sauf dans des moments (rares) d'efforts intenses et contraintes mais cela ne s'est jamais fait régulièrement et naturellement. J'ai le sentiment que le jéhovisme ne développe pas chez ses fidèles, ce qu'elle nomme une "relation personnelle" avec  Dieu, elle le recommande, l'encourage mais dans les faits, je pense que son mode de fonctionnement (déification de l'organisation, manque spontanéité et sensibilité mystique au profit d'un christianisme rationnel) constitue un obstacle. On devient TdJ comme on adhère à un parti politique, à un syndicat., il faut travailler à la force du groupe mais la "foi" n'est pas indispensable. Sous cet aspect (de la prière), les évangéliques me semblent plus en avance sur les TdJ. D'ailleurs combien de TdJ, après leur sortie du mouvement, reste croyant et manifeste une foi active ? Sans les innombrables activités et réunions combien de TdJ (minoritaires) continueraient à lire la bible et à prêcher ?
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MessageSujet: Re: Une intervention "télévisée" (ou presque... ou pas)    Ven 08 Juin 2018, 17:34

Il faudrait avoir les yeux ou les oreilles de "Dieu", ou des anges de Himmel über Berlin (Les ailes du désir), pour savoir qui prie, où, quand, comment... à défaut, d'une telle cartographie nul ne saurait rien dire, seulement se douter qu'elle aurait une autre gueule que celle des statistiques, des hiérarchies et des hagiographies des religions officielles. Il y a des "athées" patentés qui n'ont (peut-être !) jamais cessé de prier (je pense à Cioran ou Derrida), on ne l'aurait pas deviné s'ils ne l'avaient avoué eux-mêmes, certes dans un dispositif "littéraire" et "autobiographique" dont on peut toujours douter, mais auquel on peut aussi croire (je suis, pour ma part, tout à fait enclin à le croire).

Mon rapport à la prière, comme je l'expliquais, venait d'avant ma rencontre avec les TdJ, et c'est sans doute en grande partie pour ça qu'il y est resté relativement "original" et qu'il y a survécu; catholique au départ, si l'on veut, mais il s'était déjà dégagé de l'orthodoxie catholique (p. ex.: j'avais refusé, à 12 ans, de faire ma "confirmation" parce que "je n'y croyais pas", mais je "priais" quand même à ma façon). Il n'a d'ailleurs jamais été "régulier", mais "naturel" ou "spontané", oui, je dirais même compulsif ou irrépressible.

A ce que j'ai pu voir en découvrant les forums(a) d'ex-TdJ plus de quinze ans après ma sortie, il y a quand même pas mal d'ex-TdJ qui restent "croyants", qu'ils rejoignent ou non une autre "religion". Sûrement plus dans les pays anglo-saxons qu'en France, quoique là aussi la proportion d'"athées" soit apparemment supérieure parmi eux que dans leurs moyennes nationales.

Quant aux "évangéliques" que j'ai un peu fréquentés entre-temps, je crois que c'est à peu près pareil: il y en a qui sont là par "tradition familiale", par "conviction idéologique" ou par "intégration sociale" -- ce sont d'ailleurs ceux-là qui sont les plus visibles et qui occupent les postes de "responsabilité" parce qu'ils sont (logiquement, d'ailleurs) les plus "fiables". La place faite à la prière liturgique ou spontanée dans les cultes et les "réunions de prière" évangéliques (que je n'ai d'ailleurs jamais supportées) fait que la proportion des "priants" (ou orants) est peut-être supérieure à ce qu'elle est chez les TdJ, mais la différence, le cas échéant, ne serait que quantitative -- elle reste indémontrable de toute façon.

Il y a dans la prière individuelle, secrète, qui permet à n'importe qui de s'adresser directement à son "Dieu" (ou ses dieux, ses saints, ses anges, là n'est pas la question) en court-circuitant instantanément toutes les médiations (institutionnelles, hiérarchiques, traditionnelles, textuelles, doctrinales) quelque chose de foncièrement menaçant pour celles-ci. De sorte que les "encouragements" à la pratique ne sont quasiment jamais sans réticence, même si la réticence est inavouable. Certes, la prière individuelle est un puissant moyen d'asservissement dans la mesure où elle intériorise dans la "conscience" les prescriptions de la religion, chez un croyant qui se sent constamment surveillé par son "Dieu" comme par un super-inquisiteur omniprésent (Big Brother, etc.). Mais elle peut à tout moment se retourner contre ce système dès lors que le croyant croit, à tort ou à raison, en une relation avec son "Dieu" qui ne passe pas par le système.

Je repense à trois exemples qui me sont chers, chacun à sa manière -- leurs protagonistes ont en commun d'être aujourd'hui tous morts:
- Au moment de mon exclusion pour "apostasie", la mère d'un ami exclu presque en même temps que moi pour le même motif, elle-même TdJ et quasiment analphabète, saute dans un train pour venir voir son fils, ayant compris à demi-mot qu'il se passait quelque chose de "grave". Elle est restée avec nous pendant toute cette période, sans vraiment comprendre les raisons de ce qui arrivait, priant avec nous, répétant que quoi que fasse "l'organisation" "Jéhovah" voyait, savait, etc. J'ai dit à son fils: voilà quelqu'un qui croit en Dieu -- c'est rare.
- A contrario, quelques semaines plus tard, mon père (également TdJ, relativement plus "instruit") m'appelle pour me dire, notamment: "Enfin, tu as parlé avec des anciens, des surveillants de circonscription, etc., tu n'as pas pu comprendre que tu avais tort !" Ce qui, après un moment d'hilarité, m'a fait penser: voilà quelqu'un dont la "relation à Dieu", sincère peut-être, n'est jamais sortie du cadre de l'"organisation" (sur laquelle il était pourtant capable d'exprimer de nombreux doutes quelques mois plus tôt).
- Deux ou trois ans plus tard, un vieux professeur d'exégèse que j'aimais bien (et qui vient de mourir la semaine dernière, c'est pour ça aussi que je repense à lui), apprenant que la Faculté de théologie évangélique où il enseigne me dresse un (nouveau) procès en hérésie, est pressé par ses collègues de venir discuter avec moi. Après m'avoir écouté il me dit gentiment: "Je comprends. J'ai fait mes choix il y a longtemps, vous faites les vôtres, vu votre parcours ça ne peut probablement pas être les mêmes. Restez attaché en tout cas à votre piété personnelle" -- ce qui, dans son langage néotestamentaire, signifiait justement: la prière. Cela m'a beaucoup touché de sa part, et en tout cas ça montrait qu'il n'enfermait pas "Dieu" dans son institution ni dans sa doctrine.
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MessageSujet: Re: Une intervention "télévisée" (ou presque... ou pas)    Sam 09 Juin 2018, 19:30

Cher Narkissos, cher Free, quel réel plaisir que de vous lire sur un sujet aussi brulant que la perte de sa foi ou plutôt devrais-je dire de la perte de croyance dans les doctrines apprises quelques temps auparavant.
Votre conviction est restée vivante même si vous pensez parfois vous en éloigner; elle est en vous, en fait vous êtes votre propre refuge.

A l'image de Free j'ai ressenti un moment de vide intérieur après la mort de ma mère à laquelle j'étais profondément attaché. Et c'est à cette période que j'ai été contacté par les Témoins. Lorsque nous avons commencé l'étude j'ai dit à mon épouse que si je constatais des choses qui ne me plaisaient pas, je ne resterais pas. En effet, je quittais l'église catholique parce que j'avais vu trop de mauvaise foi et entendu trop de bêtises. Puis j'ai été vivement intéressé par les doctrines nouvelles et j'ai pris mon essor au sein des Témoins.

La vie professionnelle, familiales, l'assistance aux réunions, mon engagement en tant qu'ancien ont vite fait de m'empêcher de voir "ces choses qui n'allaient pas", bien qu'elles aient été enregistrées dans un coin de mon cerveau. Et puis un beau jour, malade j'ai pris du recul et là ça été la découverte. J'ai pris contact avec un extj qui tenait un forum et il m'a remis une copie sur cd du livre de Raymond Franz à qui j'ai écrit très rapidement.

Cela a été un choc pour moi j'avais l'impression d'avoir soudain perdu pied; de plus je traversais une période difficile, victime d'une très forte dépression. Lentement je me suis assuré que ce que je lisais dans ce livre était bien exact, j'étais consterné. J'ai donc pris le temps de réfléchir avant de passer à l'étape suivante.

Comme vous je n'ai pas complètement perdu mes convictions, mais elles ont évolué vers un point plus personnel.
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MessageSujet: Re: Une intervention "télévisée" (ou presque... ou pas)    Sam 09 Juin 2018, 23:40

Heureux de te voir de retour !

VANVDA nous a en effet ramenés -- sans le vouloir peut-être, mais sûrement pas sans s'y attendre -- sur des pistes que nous avions beaucoup sillonnées dans les débuts de ce forum: plus de 10 ans déjà...

En un sens (subjectif dans un sens, par conséquent objectif dans un autre), chacun croit comme il respire, et aussi longtemps; ce qu'il croit et comment il le croit, cela varie, qu'on le veuille ou non.

Pour paraphraser Nietzsche, Blake et quelques autres, il faut sans doute avoir été assez à soi-même son propre enfer pour pouvoir devenir aussi son propre ciel. En attendant, on se débrouille comme on peut avec les idées des autres. (I have always depended on the kindness of strangers, répète Blanche dans Un tramway nommé désir).
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MessageSujet: Re: Une intervention "télévisée" (ou presque... ou pas)    Lun 11 Juin 2018, 10:08

Citation :
Comme vous je n'ai pas complètement perdu mes convictions, mais elles ont évolué vers un point plus personnel.

Comment appelle-t-on une personne qui ne s'estime pas croyante mais qui est préoccupée par l'idée de Dieu ?

Pour revenir à mon cas, jeune (avant mes 14 ans), sans aucune éducation religieuse mais avec beaucoup de questions existentielles, il m'arrivait de prier Dieu, ce que je n'ai plus fait quand je suis devenu TdJ (cherchez l'erreur). Rétrospectivement, je réalise que j'ai voulu combler un vide existentielle, par un autre vide encore plus abyssal, constitué de doctrines polémiques inintéressantes (pour/contre la trinité ...) et de spéculations prophétiques fantaisistes. Durand mes 30 ans de jéhovisme, j'ai souvent ressenti un malaise, des doutes, de la fatigue, avec une question lancinante, qu'aurait été ma vie si je n'avais pas été TdJ ? 
Dans le même temps, j'avais le sentiment que je perdrais "tout", si je quittais les TdJ, incapable d'assumer ma vie et de la construire. Lors de ma sortie des TdJ, j'ai éprouvé le besoin d'analyser mon parcours et mes croyances (j'étais perdu), je ne savais plus si j'étais croyant ou pas, je ne savais quelle éthique adopter et je ne savais pas ce que je devais penser de la bible. Sous cet aspect, les forums et leurs intervenants m'ont beaucoup aidé, puisque j'estime avoir était "béni" (des dieux) d'être arrivé sur les forums à une époque, ou il y avait des participants très intéressants. La rupture est difficile mais la poursuite de sa vie hors jéhovisme peut s'avérer tout aussi difficile.
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MessageSujet: Re: Une intervention "télévisée" (ou presque... ou pas)    Lun 11 Juin 2018, 10:35

free a écrit:
Comment appelle-t-on une personne qui ne s'estime pas croyante mais qui est préoccupée par l'idée de Dieu ?
Homo, sapiens, occidentalis, classicus et modernus ? Wink

Citation :
il m'arrivait de prier Dieu, ce que je n'ai plus fait quand je suis devenu TdJ (cherchez l'erreur).
Smile
La vérité, invraisemblable, n'a décidément pour elle que son témoignage...
(Et pourtant c'est d'une logique implacable dès qu'on y réfléchit un peu: en tant qu'ouverture à l'inconnu, la prière -- ou ce qu'il y a d'"authentique" dans la prière formelle, prescrite, habituelle ou obligatoire -- est encore plus aberrante chez le croyant dogmatique que chez l'athée.)

Citation :
Rétrospectivement, je réalise que j'ai voulu combler un vide existentielle, par un autre vide encore plus abyssal, constitué de doctrines polémiques inintéressantes (pour/contre la trinité ...) et de spéculations prophétiques fantaisistes.
Cela me rappelle des images "bibliques" pourtant ressassées: l'eau qui ne désaltère pas, n'étanche pas la soif, le pain qui ne nourrit pas, etc.
Le "vide existentiel" à mon sens ne se comble pas ou se comble (de) lui-même: "Dieu" ou "l'Esprit" peuvent faire l'affaire à condition qu'ils restent aussi indéfinis que lui.
Pour retourner à nouveau la trop célèbre formule pascalienne: le vide au cœur de l'homme a la forme de Dieu pour autant que celui-ci a précisément la forme sans forme d'un vide...
(Sans oublier l'avertissement de Nietzsche, qui d'ailleurs n'évite pas le danger: Le désert croît. Malheur à qui abrite des déserts !)
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MessageSujet: Re: Une intervention "télévisée" (ou presque... ou pas)    Lun 11 Juin 2018, 16:09

Citation :
VANVDA nous a en effet ramenés -- sans le vouloir peut-être, mais sûrement pas sans s'y attendre -- sur des pistes que nous avions beaucoup sillonnées dans les débuts de ce forum: plus de 10 ans déjà...

Que le temps passe vite (et notre vie aussi) !
Je n'aurais jamais cru au départ que ce forum dure autant, le plaisir d'échangé est toujours au rendez-vous, tant que cela dure ...
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MessageSujet: Re: Une intervention "télévisée" (ou presque... ou pas)    Lun 11 Juin 2018, 23:36

Si le forum peut fêter ses dix ans d'existence c'est parce que des intervenants comme Narkissos, Free et Vanvda continuent de le faire vivre par leurs messages si passionnants.

Merci à tous.
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MessageSujet: Re: Une intervention "télévisée" (ou presque... ou pas)    Mar 12 Juin 2018, 10:22

Je dois avouer que par moment j'éprouve de la honte d'avoir adhéré sans réserve aux doctrines de la WT (je ne révèle pas toujours mon passé jéhoviste), mais en règle générale, je considéré que c'est mon chemin de vie, qui a fait ce que je suis aujourd'hui et que ma naïveté d'hier, a aiguisé mon désir de comprendre et de d'apprendre (le seul regret concerne la durée, 30 ans c'est beaucoup). Il me semble que lorsque la croyance repose sur une démonstration rationnelle et constitue un système de croyances, elle peut mener à la "décroyance" (surtout si ce système constitue la "vérité" révélée). La force du système jéhoviste, c'est aussi sa faiblesse, revendiquant le fait de détenir la "vérité", le système jéhoviste peut s'écrouler comme un "château de carte", il suffit de démontrer qu'une seule des croyances soit fausse ou infondée et tout le système est remis en cause. Je préfère la "croyance-foi" qui ne souffre d'aucune discussion ou objection, elle a un côté mystique inattaquable, elle correspond à une intime conviction. En ce qui me concerne, la simple lecture du livre "crise de conscience" a modifié, en à peine quelques jours, ma façon de comprendre l'enseignement dispensée à "la salle du royaume", 30 ans d'adhésion réduit à néant, en quelques jours.  En réalité je n'avais pas de conviction intime et mon acceptation ou assentiment de la croyance n'a pas été un processus intériorisé mais une chose que je me suis imposé par respect de l'autorité que je reconnaissais, à l'époque, à la WT.  «Il faut être athée de l'entendement et croyant de l'âme, »dira Thibon. Le croyant tient pour vrai, une croyance, parce qu'il en éprouve le désir et exprime une conviction intime énigmatique et mystérieuse (la foi spontanée et mystérieuse qui permet des guérisons dans l'évangile de Marc).


Dernière édition par free le Ven 15 Juin 2018, 16:33, édité 1 fois
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Narkissos

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MessageSujet: Re: Une intervention "télévisée" (ou presque... ou pas)    Mar 12 Juin 2018, 12:16

Ce forum -- événement infime dans l'événement de l'univers, quelque part entre la goutte de pluie et l'histoire de l'humanité -- doit sa forme, son essence, ce qu'il aura été, à tous ceux qui y auront contribué, d'une manière ou d'une autre: son fondateur d'abord, ses participants réguliers, irréguliers, occasionnels, exceptionnels, accidentels, qu'ils soient aujourd'hui présents ou absents, vivants ou morts, ses lecteurs silencieux et la foule innombrable de ceux qui se sont abstenus de venir en faire autre chose; outre l'histoire du christianisme, du judaïsme, de l'Antiquité, et du jéhovisme sans quoi il n'aurait pas été ce qu'il a été, et le destin posthume de M. de La Palice.

---

Je n'ai jamais caché mon passé jéhoviste -- comme je n'ai pratiquement rien fait d'autre de 13 à 27 ans, il était de toute façon difficile à cacher -- je n'en ai pas eu honte a priori, j'ai découvert petit à petit, et toujours avec un certain étonnement, ce qu'il avait de socialement infamant. Il est vrai que j'ai évolué assez longtemps ensuite dans des milieux religieux où ce récit était plutôt valorisant -- davantage chez les "évangéliques" que chez les protestants réformés ou "traditionnels" p. ex.: je me souviens de ma première expérience de "mépris" relatif, qui m'avait surpris, chez un vieil Anglais rencontré par hasard au mariage d'amis évangéliques, et qui m'avait dit avec une condescendance très "british": "je n'ai jamais compris comment quelqu'un d'instruit pouvait être Témoin de Jéhovah" (il est vrai que j'étais fort peu "instruit"). Même dans le monde "profane", jusque-là, je n'avais pas éprouvé cela -- j'avais trouvé un travail, peu après mon exclusion, dans un cabinet médical où je n'avais pas fait mystère de ma vie antérieure, et où les médecins, notamment certains juifs et athées, en parlaient volontiers à l'occasion.

En ce qui me concerne, je n'ai lu Crisis of conscience qu'après mon exclusion: en reconstituant difficilement l'ordre des événements, je crois que je l'avais trouvé (en anglais) dans une librairie parisienne, que de là j'ai pris contact avec Raymond Franz qui m'a mis en rapport avec un autre correspondant français qui avait commencé à le traduire; en tout cas j'en ai traduit plusieurs chapitres avant qu'on me propose un travail et des études en faculté de théologie, ce qui ne me laissait plus guère le temps de continuer; et par ailleurs m'arrangeait, car j'étais plutôt pressé de tourner la page et de passer à autre chose (tout ce travail-là s'est probablement perdu, avant que Jacques Luc et son équipe le reprennent à zéro quinze ans plus tard). Je ne m'y suis réintéressé qu'après une longue parenthèse, dans les années 2000, à l'époque d'internet et des forums d'ex...

En tout cas jusqu'à mon exclusion (incluse!) je me suis gardé de tout contact avec de la littérature "apostate" ou "critique" de la Watchtower. Je savais que ça existait, j'étais conscient par ouï-dire de la (més-)aventure de Raymond Franz et de ses proches (une copie de son interview dans Time avait circulé sous le manteau au Béthel), je lui devais donc beaucoup, indirectement et inconsciemment, je lui ai même rendu hommage avant d'avoir rien lu de lui au cours de mon dernier "comité judiciaire".
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MessageSujet: Re: Une intervention "télévisée" (ou presque... ou pas)    Lun 18 Juin 2018, 09:45

Citation :
je me souviens de ma première expérience de "mépris" relatif, qui m'avait surpris, chez un vieil Anglais rencontré par hasard au mariage d'amis évangéliques, et qui m'avait dit avec une condescendance très "british": "je n'ai jamais compris comment quelqu'un d'instruit pouvait être Témoin de Jéhovah" (il est vrai que j'étais fort peu "instruit").
 Je suis en parti d'accord avec cette remarque, à priori l'instruction devrait prémunir les individus des croyances fantaisistes mais force est de constater qu'il se trouve parmi les témoins de Jéhovah des personnes instruites et qui pourtant adhèrent aux doctrines et aux spéculations de la Watchtower. Il me semble que Le phénomène DE la croyance ne se situe pas uniquement dans l'intellect et ne dépend seulement de notre niveau d'instruction. VANVDA nous a cité des cas de témoins de Jéhovah instruits qui étaient capables de repérer des croyances fantaisistes et qui perdaient, d'une manière quasi surnaturelle, cet esprit "critique", dès qu'il s'agissait des croyances jéhovistes. Des personnes très instruites sont superstitieuses, consultent l'horoscope ou des voyantes et adhèrent à des croyances surnaturelles. L'instruction n'est pas toujours un modérateur et n'aiguise pas systématiquement un esprit critique. L'Homme a besoin de croire qu'il maitrise les évènements et le cours de l'histoire, cela a pour effet, de calmer son angoisse existentielle, qui induit une propension à rechercher des croyances surnaturelles. Dans des situations d'incertitudes et de frustrations, certaines personnes se dirigent facilement (peu importe leurs niveaux d'instructions) vers le magique et la superstition.
Je constate également, que l'instruction ne favorise pas toujours la remise en cause des croyances et l'analyse régulière de la validité de ses croyances.
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MessageSujet: Re: Une intervention "télévisée" (ou presque... ou pas)    Lun 18 Juin 2018, 11:57

Je parlais surtout, dans le fil de la conversation (honte, cacher, etc.), de la diversité des perceptions et des jugements extérieurs, et de la façon dont les (ex-)TdJ les ressentent ou les imaginent.

Même les TdJ en exercice éprouvent par moments la honte de ce dont pourtant ils se disent fiers: la peur de rencontrer en "prédication" une connaissance, camarade de classe, collègue de travail, voisin qui ignore encore leur appartenance religieuse; ou d'être contraints dans une discussion à énoncer clairement ce qu'ils sont censés croire, sur les transfusions de sang, Harmaguédon ou d'autres sujets "sensibles". Le mépris et la réprobation extérieurs sont connus, anticipés, intériorisés, donc d'une certaine façon partagés par chacun -- bien qu'en partie contrebalancés par le sentiment, d'ailleurs souvent exagéré, que les TdJ sont aussi "admirés" pour leur zèle, leur courage, leur honnêteté, et ainsi de suite. Ces expériences de "honte" virent sans doute largement au sentiment de culpabilité (c'est moi qui ne suis pas à la hauteur de ce que je crois), mais il en reste aussi quelque chose à méditer pour qui est tant soit peu porté sur la réflexion (au fond je ne crois pas, ou pire, je n'approuve pas ce que je dis croire). Je repense à plusieurs expériences de ce genre dont je n'ai rien su tirer sur le coup mais qui m'ont, je pense, travaillé en profondeur et à long terme.

Les ex-TdJ qui racontent volontiers leur expérience de "sortie", a priori valorisante à l'extérieur (intelligence, courage, etc.), ne voient pas toujours venir le retour de manivelle: ils resteront beaucoup plus durablement marqués, dans le regard d'un certain nombre de gens, par la bêtise durable de leur engagement antérieur (surtout s'ils se sont "convertis", bien sûr, mais même si "nés dedans" ils y sont restés assez longtemps); sans compter une réaction encore plus surprenante pour les militants ex- et anti-TdJ, dont j'ai constaté l'écho dans plusieurs forums: l'indifférence un brin méprisante d'un vaste public pour qui le nouvel "engagement" est au moins aussi ridicule que l'ancien, et leur séquence davantage encore. Il s'y ajoute même parfois un jugement moral: ce n'est pas seulement aux yeux de l'organisation que l'ex passe pour un "traître", mais aussi du point de vue d'autres observateurs tout à fait extérieurs qui n'y voient que l'abandon d'une tradition familiale ou communautaire, aggravé en "persécution" dans le cas où l'ex-adepte devient militant contre.

Quant à l'"instruction", je me suis souvent dit que c'est à cause de son caractère essentiellement "techno-scientifique" dans la plupart des cas qu'elle prémunit si peu contre les croyances. On voit sans doute mal un paléontologue être TdJ ou fondamentaliste, parce qu'il y a des contradictions trop évidentes entre ce qu'il sait et ce qu'il devrait croire, mais rien n'empêche au fond un mathématicien, un physicien ou a fortiori un informaticien de croire à n'importe quelle doctrine religieuse. La "philosophie" qui est censée apprendre à penser arrive beaucoup trop tard, si encore elle arrive, dans le cursus scolaire. La littérature pourrait y préparer, mais ce n'est pas l'option de prédilection de ce type de "croyants" -- il y a des exceptions, je me souviens d'une prof de lettres classiques à Paris, avec qui j'ai un temps espéré des échanges intéressants sur le NT grec: peine perdue, son jéhovisme était hors d'atteinte, comme rangé dans une boîte étanche de sa tête qui ne communiquait quasiment pas avec le reste.
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Une intervention "télévisée" (ou presque... ou pas)
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