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 palimpseste

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Narkissos

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MessageSujet: palimpseste   Dim 16 Sep 2018, 14:14

Ce n'est peut-être pas le moindre intérêt de "la Bible" (le livre, le canon, le corpus) que d'offrir à ses lecteurs un point de vue privilégié, sinon unique, sur l'écriture en tant que ré-écriture.

Même au lecteur le plus distrait il ne peut guère échapper qu'il y a quatre évangiles, dont trois au moins (lesdits "synoptiques") se "copient" et se "corrigent" littéralement -- pas seulement dans ce qu'ils racontent mais dans la forme même de l'expression. Ni qu'il y a deux "histoires d'Israël", l'une dans Samuel-Rois et l'autre dans les Chroniques, qui entretiennent entre elles le même genre de rapport formel, verbal, graphique, et pas simplement de "contenu". De proche en proche, le lecteur tant soit peu plus attentif découvrira une foule de "répliques" éparses, doublets ou davantage (les différents récits de la "femme-sœur", deux pour Abraham-Sara et un pour Isaac-Rébecca dans la Genèse; l'histoire d'hospitalité et de viol à Sodome et à Guibéa, dans le chapitre 19 -- coïncidence -- de la Genèse ou des Juges; ou les trois récits divergents de la "conversion de Saul/Paul" dans les Actes). Avec un peu d'aide "professionnelle", on finira vite par discerner un peu partout le même phénomène (reprises, calques, réminiscences, échos d'un texte à l'autre, "couches rédactionnelles" superposées ou entremêlées dans le même texte, etc.).

Cela ne relève à l'évidence d'aucune "volonté" (au moins "humaine"): aucun "évangéliste" ne pouvait s'imaginer que son texte allait figurer pour la postérité à côté des autres comme un "selon X"; chacun comptait bien écrire "L'évangile", le seul, qui remplacerait les précédents le cas échéant. Les auteurs et/ou rédacteurs de Samuel-Rois ne pouvaient pas non plus penser qu'un ou des Chronistes allaient ultérieurement réécrire leur texte, ni ceux-ci escompter que leur texte de base (Samuel-Rois) subsisterait à côté du leur. Cela vaut, mutatis mutandis, pour chaque rédacteur de chaque couche rédactionnelle, qui n'a jamais écrit qu'en pensant faire du "définitif". Même le "dernier", le "rédacteur final" hypothétique, qui aurait bien fait œuvre définitive, voyait son "intention" déjouée d'avance par tout ce que dans son texte il ne pouvait plus changer (trop connu, trop su, trop attendu). Le texte se fixe comme une rivière qui gèle: par zones, par plaques qui dérivent et se bloquent, s'immobilisent, jusqu'à ce que toute la surface ait pris, puis la profondeur. Bref, ce qui donne au texte sa forme définitive, on peut l'appeler "Dieu", "hasard" ou "providence", mais ce n'est à vrai dire personne d'humain dont le texte dirait exactement ce qu'il veut dire, tout ce qu'il veut dire et rien que ce qu'il veut dire.

Ces considérations ne dévaluent nullement l'écriture, elles en montrent au contraire l'extraordinaire richesse, même quand un seul "auteur" est en jeu: disposer des éditions, des ébauches ou des brouillons successifs d'un texte (p. ex. de Hölderlin), cela ouvre une profondeur insoupçonnée: derrière ce qui "reste", tout un travail du temps, de la pensée et de l'écriture réagissant à elle-même, se reprenant, se corrigeant, se nuançant ou s'affirmant, avant de s'immobiliser: toute une provenance qui est souvent aussi intéressante que le texte "final" (également dit "original") et permet en outre de mieux le comprendre "tel qu'il est", en devinant "d'où il vient", "par où il est passé pour en arriver là", et éventuellement "vers quoi il aurait pu encore dériver" si les circonstances avaient été différentes.

La technique, bien entendu, fait partie intégrante de ce processus: de la pierre à la tablette d'argile, au parchemin, au papyrus ou au papier, du rouleau au codex, de la copie manuscrite à l'imprimerie; de l'écriture hiéroglyphique au démotique, du cunéiforme à l'alphabétique, de l'oncial au cursif; de la machine à écrire au traitement de texte, du livre au journal et à la publication "online", sous forme de blog ou de forum internet, de réseau social ou de sms, l'écriture et la ré-écriture deviennent toujours plus faciles et plus rapides, à la fois plus et moins "traçables". Les textes (même "bibliques", dans les éditions ou traductions online) peuvent changer d'une seconde à l'autre, et n'importe qui peut se voir confronté à ce qu'il a écrit sans réflexion particulière vingt ans plus tôt. "Les écrits restent", oui et non, plus et moins que jamais, mais le jeu de l'écriture n'en change pas fondamentalement, il n'en devient que plus sensible, entre un aspect "éternel" (ce qui est écrit est écrit) et un aspect "aléatoire" (on ne sait jamais vraiment qui écrit quoi, quand, où et à qui, sans parler de "ce que ça veut dire"). Dans le marbre et/ou sur le sable...
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MessageSujet: Re: palimpseste   Lun 17 Sep 2018, 07:08

Un palimpseste (du grec ancien παλίμψηστος / palímpsêstos, « gratté de nouveau ») est un manuscrit constitué d’un parchemin déjà utilisé, dont on a fait disparaître les inscriptions pour pouvoir y écrire de nouveau. https://fr.wikipedia.org/wiki/Palimpseste



La relecture porte aussi sur certains commandements, notamment sur le chabbat.

• Exode 20,8-11
Souviens-toi* du jour du chabbat pour le sanctifier. Six jours tu serviras et tu feras tout ton ouvrage, mais le septième jour est le chabbat de Yhwh
ton Dieu : tu ne feras aucun ouvrage, ni toi, ni ton fils, ni ta fille, ni ton serviteur, ni ta servante, ni ton bétail, ni l’étranger résident qui est dans tes portes, car en six jours Yhwh a fait les cieux, la terre, la mer et tout ce qui est en eux, et le septième jour il s’est reposé. C’est pourquoi Yhwh a béni le jour du chabbat et l’a sanctifié.

• Deutéronome 5,12-15
Garde** le jour du chabbat pour le sanctifier comme Yhwh
ton Dieu te l’a ordonné. Six jours tu serviras et tu feras tout ton ouvrage, mais le septième jour est le chabbat de Yhwh ton Dieu : tu ne feras aucun ouvrage, ni toi, ni ton fils, ni ta fille, ni ton serviteur, ni ta servante, ni ton bœuf, ni ton âne, ni tout ton bétail, ni l’étranger résident qui est dans tes villes, afin que ton serviteur et ta servante se reposent comme toi. Tu te souviendras que tu as été serf en terre d’Egypte, et que Yhwh ton Dieu t’a fait sortir de là avec une main forte et un bras étendu. C’est pourquoi Yhwh ton Dieu t’a ordonné de faire le jour du chabbat.

Faisant référence à une loi plus ancienne (Ex 34,21), la version exodique du décalogue fait du chabbat un signe d’alliance perpétuelle, inscrit dans un rythme hebdomadaire (et non mensuel comme antérieurement à l’exil ; voir 2 R 4,23), en référence à l’acte créateur qui s’achève aussi sur un repos divin (Gn 2,2-3). Dt 5,12-15 offre une tout autre interprétation : il s’agit moins ici de faire mémoire de l’acte créateur que d’établir en Israël une certaine éthique sociale. Selon cette optique, le chabbat établit une étroite liaison entre la libération opérée par Dieu en Égypte et l’agir confié à Israël de n’opprimer personne, pas même l’animal. Le souci de l’autre découle du souci de Dieu pour son peuple, et il n’est d’autre liberté que de vivre libre en rendant libre son prochain. De l’expérience vécue par les générations passées découle pour Israël un agir libérateur de génération en génération, un renouvellement de vie qui, du temps des pères, passe au temps des fils, afin que se prolongent tes jours et qu’il y ait du bien pour toi sur le sol que Yhwh ton Dieu te donne (Dt 5,16).
https://www.bible-service.net/extranet/current/pages/1393.html
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MessageSujet: Re: palimpseste   Lun 17 Sep 2018, 09:14

Le problème est un peu plus compliqué qu'il n'y paraît dans cet article: ce n'est pas seulement le Deutéronome qui réécrit l'Exode (quoique ce soit, globalement, un bon exemple de "doublet" immanquable, qui saute aux yeux de n'importe quel lecteur); les deux textes portent des traces manifestes de réécritures différentes, et en partie indépendantes. Si l'adaptation à l'"idéologie" du Deutéronome est évidente d'un côté, l'harmonisation avec le récit "sacerdotal" de création de la Genèse ne l'est pas moins dans l'Exode. Des deux textes "définitifs" tels que nous les lisons, il serait très difficile de dire lequel est plus "ancien" que l'"autre", ou à quels niveaux ou couches rédactionnelles ils auraient effectivement communiqué entre eux -- ils peuvent aussi bien être le fruit de deux réécritures différentes du "décalogue", sans compter la diversité encore plus vaste des "décalogues" (cf. Exode 34). Ce qui par contre est assez clair, c'est qu'il y a de la "réécriture" partout...

On n'approche de toute façon ce genre de complexité que progressivement: le lecteur des évangiles (ou surtout d'une synopse) arrivera très vite à l'intuition générale que "Matthieu" a réécrit "Marc". Mais, s'il regarde les choses de plus près, il devra affiner et donc nuancer cette impression initiale. Ce n'est pas le "Marc" que nous lisons que "Matthieu" a réécrit, mais un état antérieur de "Marc" (ou "proto-Marc"). Et les couches ultérieures de "Marc" ont très bien pu réécrire dans "Marc" certains éléments des premières couches de "Matthieu". Le problème ne fait que se complexifier quand on y introduit d'autres textes ("Luc", l'hypothétique "source Q", "Jean" même) avec les différentes étapes de leur propre développement.

Il est assez facile pour le "fondamentaliste" de hausser les épaules devant ces explications ou complications qui restent de toute façon conjecturales. Aucun modèle précis n'emportera jamais la conviction de tout le monde. Reste cependant l'évidence massive, omniprésente, de la réécriture, même si son comment, dans le détail, est toujours sujet à discussion.
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MessageSujet: Re: palimpseste   Lun 17 Sep 2018, 09:32

Même si nous utilisons d’une manière générique le terme de « réécriture », il semble que l’on puisse en distinguer diverses espèces.

– La traduction : toute traduction est, de soi, une réécriture, puisqu’elle s’adapte à ses destinataires, naïvement (lorsque, comme au Moyen Âge, elle utilise tout le vocabulaire des institutions de l’Occident chrétien) ou non (comme dans les traductions contemporaines, ou encore même quand, sous couvert de restitution historique, elle invente un cadre « oriental »). Cependant, dans tous les cas, la traduction ne se veut pas réécriture mais calque fidèle – quelles que soient les différences imposées par la civilisation des destinataires et par leur langue.

– La paraphrase : elle est entendue dans un sens positif, non comme redite stérile mais comme réécriture créatrice. C’est ce qui nous intéresse le plus ici, puisque, volontairement, la transmission s’accompagne de démarches d’explication et d’actualisation ; ce n’est pas seulement « dire la même chose avec d’autres mots », c’est aussi rendre le message plus lisible ou plus audible.

– Le targoum : il s’agit probablement d’une variété de la paraphrase, dans laquelle les éléments d’explication et d’actualisation sont systématisés ; Roger Le Déaut, le grand spécialiste de ces textes, disait que « le targoum correspondrait bien à une bible actuelle dont les notes seraient intégrées au texte » ; le terme désigne précisément les traductions araméennes anciennes mais on peut l’utiliser plus largement pour décrire un type de texte qui réécrit linéairement le texte biblique en l’expliquant – cela fonctionne bien, par exemple, pour les réécritures médiévales. Les targoumim proprement dits sont aussi caractérisés par la présence, plus ou moins consistante selon les textes, d’éléments « midrachiques ».

– Le midrach : c’est encore un terme qui provient de l’étude de la Bible en milieu juif ; il désigne une exégèse qui « colle » au texte biblique mais qui joue de tous les phénomènes d’intertextualité pour combler les silences du texte et pour résoudre les énigmes que pose ce texte, quitte à ce que l’exégète rende lui-même énigmatique telle proposition apparemment claire – le cas le plus courant étant les enchaînements de récits introduits par « Après ces événements », où, jouant sur la polysémie du terme hébreu devarim, « paroles », « événements », on imagine un dialogue ou un épisode qui expliquerait le passage ainsi annoncé. On peut utiliser plus largement le concept de midrach dans l’exégèse chrétienne en désignant par là toutes les additions explicatives ; on en verra plusieurs exemples dans les textes qui suivent.
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MessageSujet: Re: palimpseste   Lun 17 Sep 2018, 10:26

Ce petit article présente bien la question, je trouve.

Il y a en effet tout lieu de distinguer: une rédaction, une glose, une traduction, un commentaire, une paraphrase, une illustration, une transposition, une adaptation, une parodie, un pastiche, etc., c'est à chaque fois tout autre chose, et pourtant chacune des frontières est poreuse: quand on s'approche d'une limite elle s'évanouit, on est passé de l'autre côté sans même s'en rendre compte. On peut parler d'un continuum de réécriture sans commencement ni fin (l'autographe le plus authentique, le moindre énoncé verbal y est déjà pris dans la mesure où sa propre langue ne lui appartient pas), avec toutefois moult "effets de seuil" qu'il ne faut surtout pas négliger.

Reste que toute réécriture au sens le plus large, toute écriture et même tout énoncé en tant que réécriture, n'est sensible et intelligible, ne signifie, qu'à partir du texte qui la précède (pré-texte ou sub-texte, sub-strate, sub-strat, etc.) -- que celui-ci soit connu ou non. Et s'il n'est pas connu il faut le deviner ou l'inventer pour y comprendre quelque chose. La lecture la plus "naïve", la moins "informée" d'une bible quelconque, prendra sens par défaut sur le fond de la langue "courante" et de l'imaginaire commun ou particulier du lecteur, qui peut n'avoir qu'un lointain rapport avec les différents fonds sur lesquels s'est détaché le sens de chaque (ré)écriture. Cela ne sort cependant pas du jeu infini des réécritures et des relectures.
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MessageSujet: Re: palimpseste   Lun 17 Sep 2018, 14:05

Des versets bibliques ont récemment été découverts sur un manuscrit du Coran du VIIIe siècle par Éléonore Cellard, spécialiste de la tradition manuscrite du Coran. Avec François Déroche, titulaire de la chaire « Histoire du Coran. Texte et transmission » du Collège de France, à laquelle elle est rattachée, elle expose les enjeux de cette découverte, très importante pour le projet ANR PALEOCORAN auquel elle participe.


En quoi consiste exactement votre découverte ?

Éléonore Cellard. Il s’agit de neuf fragments de feuillets qui appartenaient à un manuscrit du Coran de petite taille. L’état de conservation actuel ne nous permet pas de dire s’il s’agissait d’un volume complet du Coran ou d’une partie seulement. La particularité de cet artefact tient au fait que le support est un parchemin de seconde main. Les traces d’une écriture copte sont nettement visibles sur l’ensemble des fragments. La réalisation de ce palimpseste, c’est-à-dire l’effacement du texte d’origine puis l’acte de copie du texte coranique, se situe probablement vers le milieu du VIIIe siècle de notre ère, si l’on en juge par les caractéristiques matérielles et textuelles. Les fragments conservés comportent une partie de la sourate 5, al-mā’idah (versets 40 à 120, avec deux lacunes de plusieurs versets).
Le déchiffrement du texte sous-jacent fait actuellement l’objet d’investigations menées par les spécialistes des manuscrits coptes Anne Boud’hors et Catherine Louis (CNRS). Un passage en copte sahidique du Deutéronome (6, 3) a d’ores et déjà été identifié avec certitude sur l’un des fragments. Mais la reconstruction du texte est délicate, car on distingue difficilement l’écriture. Par endroits, elle est même complètement détruite à la suite d’un grattage mécanique.

Existe-t-il d'autres exemples de tels palimpsestes, ou de manuscrits comportant des versets bibliques et coraniques ?
E.C. Copier le Coran sur un parchemin de seconde main semble extrêmement rare dans la tradition manuscrite du Coran. Nous n’en conservons que quelques exemples, produits dans des situations très différentes. Deux cas de palimpsestes ont été découverts dans la mosquée de Ṣan‘ā’, mais ces deux exemples superposent des écritures strictement coraniques. Un autre cas de palimpseste, où l’on réutilise un parchemin pour copier le texte coranique, figure dans la collection provenant de la mosquée des Umayyades de Damas. Le texte d’origine, en écriture majuscule grecque, mais n’a pas encore été étudié.
Cette rareté témoigne certainement d’une sacralisation du Coran et de sa copie, et ce, dès les premiers temps de la transmission. Dans ce contexte très particulier, le recyclage du parchemin semble avoir fait exception, ne répondant probablement qu’à des situations extrêmes de pénurie économique et matérielle. Par contre, si l’on replace cet artefact dans un contexte plus large, celui de la culture matérielle dans l’Orient de l’Antiquité tardive, il répond tout à fait aux pratiques scribales de l’époque. Le parchemin était un matériau coûteux et principalement destiné à la copie des Écritures. Les volumes usagés et incomplets, étaient couramment réutilisés pour produire de nouveaux manuscrits. Nous en avons de nombreux exemples datables de cette époque, conservés dans le monastère Sainte-Catherine au Sinaï.
http://www.lavie.fr/religion/islam/des-passages-de-la-bible-decouverts-sur-un-manuscrit-coranique-09-05-2018-89983_20.php
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MessageSujet: Re: palimpseste   Lun 17 Sep 2018, 14:41

Intéressant -- bien entendu, mon titre se voulait plutôt une métaphore, ou une métonymie, de l'acception strictement paléographique du mot "palimpseste" (= rescriptus); mais qui peut être "filée" assez loin, y compris dans l'effacement partiel du texte antérieur: on ne réécrit pas sans vouloir annuler et remplacer, recouvrir, effacer des traces qui pourtant ne disparaissent jamais tout à fait, ou sont susceptibles de réapparaître (fût-ce par des procédés chimiques, radiologiques, numériques dans le cas des manuscrits). Et, sauf exception, le "rescripteur" n'anticipe pas non plus le recouvrement, l'effacement ou la transformation à venir de sa propre réécriture. Je trouve en tout cas fort évocatrice et féconde cette image d'un texte ou d'une stratification infinie de textes fantômes, latents, presque invisibles, qui murmurent, gémissent,  parfois crient les uns sous les autres, et en appellent d'autres encore.

Plus largement, bien sûr, il y a du "biblique" -- ô combien ! -- sous le "coranique", et qui revient de loin à la modernité par celui-ci, pour le meilleur et pour le pire...

---

Récréation: le blog de D. Fontaine, en concluant solennellement son (second) article sur la TMN2018 par la citation de 1 Corinthiens 4,6, "n'allez pas au-delà de ce qui est écrit", m'a incidemment rappelé une conjecture (trop ?) ingénieuse (voire capillotractée, comme dirait VANVDA) de Maurice Carrez (dit "Moka"), qui était familier du genre. Cette phrase, qui n'en est pas vraiment une en grec (il lui manque un verbe, que d'ailleurs plusieurs manuscrits suppléent), résulterait de l'insertion fortuite d'une note technique de copiste dans le texte: to mè (h)uper (h)a gegraptai, ça pourrait avoir signifié "le (ne pas) est écrit au-dessus du a(lpha)" avant de devenir "le ne pas () au-delà de ce qui ((h)a lu comme relatif neutre pluriel, mais la parataxe appellerait plutôt l'article ta + participe) est écrit". A défaut d'être convaincante, l'hypothèse est amusante: un ajout fortuit devenu interdiction d'ajouter; on retrouve de toute façon la même ironie, tout aussi involontaire, dans les conclusions successives de nombreux livres bibliques...
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MessageSujet: Re: palimpseste   Mar 18 Sep 2018, 12:32

Il y a en effet des différences considérables entre les livres des Rois et les livres des Chroniques dans la présentation des rois de Juda. Qu’il suffise d’en nommer quelques-unes. Alors que les livres de Rois offrent une présentation synchronique des rois des deux royaumes (du nord et du sud), les Chroniques ne présentent que les rois du sud, après David et Salomon (et disent très peu sur Saül). La différence majeure est que les rois de Juda sont insérés dans le système sacerdotal et lévitique du deuxième temple, dans lequel la loi de Moïse a pris la première place. Le livre des Chroniques traduit une obsession pour le culte, les sacrifices, les chantres, les généalogies. On peut se référer aux commentaires pour de plus amples détails.

Le regard de l’un comme de l’autre sur les rois d’Israël est donc biaisé, voire injuste, pas complètement historique en tout cas. Car si le deutéronomiste (l’auteur ou l’éditeur des livres des Rois) juge les rois selon une loi qu’ils n’ont pas connue pour la plupart de leur vivant (et qu’ils auraient dû connaître, semble-t-il), le chroniste les présente comme de parfaits connaisseurs de la loi de Moïse et des promoteurs de la théocratie lévitique de l’époque postexilique. L’historien doit s’arranger pour découvrir la vérité historique entre ces deux présentations. Comme les évangiles synoptiques par rapport à l’évangile de Jean, on a affaire ici à deux présentations des rois selon deux idéologies, deux théologies et deux projets de société. Ce qui est extraordinaire, c’est que le canon biblique a gardé ces deux collections littéraires, comme il a gardé le Pentateuque (d’une façon différence, il est vrai) et les autres traditions bibliques.
http://www.interbible.org/interBible/decouverte/comprendre/2013/clb_130208.html
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MessageSujet: Re: palimpseste   Mar 18 Sep 2018, 13:15

J'ajouterais que le simple fait de disposer des deux, trois ou quatre textes (Samuel-Rois / Chroniques, les Synoptiques ou les quatre évangiles) nous place d'emblée dans une situation décalée par rapport à toutes les "intentions d'auteurs" -- outre qu'il est impossible de réduire chaque texte à un (seul) "auteur" et chaque "auteur" à une (seule) "intention".

D'où la nécessité de l'approche progressive dont je parlais plus haut: on voit d'abord les grosses différences d'un livre à l'autre, on a tendance à les systématiser et donc à simplifier, voire à caricaturer, l'"intention" de chaque livre. Au fur et à mesure qu'on considère le détail les choses deviennent moins simples, ce qui oblige à réviser, à corriger, à nuancer le jugement initial -- sans lequel pourtant on n'aurait rien vu du tout... Et bien sûr les nuances de détail servent de prétexte à ceux qui ne veulent pas jouer le jeu pour récuser les différences d'ensemble et ne rien voir...
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