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 La Bible au Féminin

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MessageSujet: La Bible au Féminin   Jeu 18 Oct 2018, 12:55

Malgré la culture patriarcale qui prévalait à l'époque de la rédaction de la Bible, celle-ci nous dépeint des figures marquantes de femmes qui ont joué un rôle important.   Ces femmes dont on parle dans la Bible devaient être réellement spéciales pour que les auteurs se sentent "obligés"  de les évoquer. Par exemple le personnage de Myriam représente une figure importante de l'histoire d’Israël. Elle est mentionnée dans des généalogies et elle fait partie du trio libérateur d'd’Israël :

"Car je t'ai fait monter d'Egypte, je t'ai libéré de la maison des esclaves, et j'ai envoyé en avant de toi Moïse, Aaron et Miriam." Mi 6,4

"Fils d'Amram : Aaron et Moïse ; et Miriam. Fils d'Aaron : Nadab, Abihou, Eléazar et Itamar" 1 Chr 5, 29

Moïse le futur libérateur d’Israël est sauvé des eaux par sa sœur. En Ex 15,20-21 ; Myriam est considérée comme une prophétesse, au même titre que son frère Aaron (Ex 7,1). Seule ombre au tableau, Myriam et Aaron critique Moïse  parce que ce dernier a épousé une femme étrangère. Dieu punit Myriam qui contracte la lèpre (le récit biblique ne dit aucun mot quant à un quelconque châtiment destiné à Aaron). 

Un commentaire : 

  Le conflit se résout de manière plutôt insatisfaisante en ce qui concerne l'équilibre du pouvoir entre les deux “frères”: la voix divine préfère Moïse à tout autre être humain, Aaron le prêtre doit vérifier que sa sœur est lépreuse et prie Moïse d'intercéder auprès de Dieu pour qu'elle guérisse; et Miryam reste isolée pendant sept jours, en dehors du campement, parce qu'elle a la lèpre. Mais le peuple ne reprend pas son chemin vers la terre promise tant qu'elle ne revient pas; le peuple l'attend. Pourquoi Miryam subit-elle dans sa chair les conséquences d'une action qui ne semblait pas si terrible? En fin de compte, [Miryam et Aaron] avaient raison de dire que Dieu parlait aussi à travers eux (si vous lisez attentivement Nombres 12, 3-9 vous constatez qu'en réalité yhwh leur parle directement, bien qu'il dise ne s'adresser seulement qu'à Moïse!).

Nous pourrions trouver différents motifs pour cette redistribution du pouvoir, mais je soupçonne que derrière cet épilogue il existe des tensions entre les diverses factions à l'époque perse, quand certaines histoires furent converties en ce qui est la Bible et d'autres restèrent en dehors du canon. Pendant cette période (vie-ve sècle avant l'ère chrétienne) il y avait des groupes de juifs guidés par des scribes, des prêtres et des lévites, qui se reconnaissaient “fils” de Moïse ou d'Aaron. Mais il y avait aussi des “fils – et des filles? – de Miryam”, qui exerçaient le ministère prophétique. Un signal de son poids dans la communauté est l'existence même de cette histoire, où d'un côté Miryam est mise “à la porte” du campement, mais de l'autre ne peut pas être éliminée parce qu'elle jouit d'un tel appui populaire que son peuple ne s'en va pas tant qu'elle n'est pas réinsérée dans le groupe.

Il semble que Nombres 12 offre une lecture plutôt négative de Miryam, mais c'est une ineptie si on la compare à d'autre rebellions dans le désert, comme dans Nombres 11. Elle est également vue de manière négative dans Deutéronome 24, 8-9, où le status quo religieux lévitique est soutenu par l'exemple négatif de Miryam. Il faut cependant noter que le texte ne fait allusion qu'à «ce que [le Seigneur ton Dieu] fit à Marie», sans mentionner la lèpre (en outre, Nombres 12 ne parle pas de désobéissance à yhwh mais de contestation envers Moïse, ce qui, comme nous l'avons vu dans Exode 15, 20-21, n'est pas la même chose!). Même si Nombres 20, 1 ne consacre que quelques mots à Miryam, cela est surprenant, car la nouvelle de la mort de presque aucune autre femme biblique n'est mentionnée. Tout le chapitre tourne autour de la possibilité qu'elle soit morte par manque d'eau, et surtout en raison du manque de foi de Moïse et d'Aaron. Il faut à nouveau remarquer que, à la différence de ses frères, on ne dit jamais que Miryam est morte à la suite d'un châtiment divin. C'est un fait très important, car il aurait été plus facile de la faire mourir à cause d'une désobéissance, en particulier dans le chapitre où Dieu se lasse et décide la mort de Moïse et d'Aaron. Il existe une tradition qui relie Miryam à la redécouverte de l'eau. Mais je crois que, plus que cette tradition, ce qui nous aide à expliquer le malaise du peuple devant la mort de Miryam est le fait qu'il se sente orphelin, que Miryam a toujours intercédé entre le peuple et ses frères et aussi entre le peuple et Dieu. Il s'agit-là d'une autre petite perle de la valeur que Miryam a pour Israël. http://www.osservatoreromano.va/fr/news/miryam-la-prophetesse
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MessageSujet: Re: La Bible au Féminin   Jeu 18 Oct 2018, 14:06

L'un des paramètres de la variation des traditions réside à mon avis dans l'interprétation de la figure de Moïse, tantôt "législateur" et tantôt "prophète" mais rarement "prêtre". Plus la Torah (initialement associée aux prêtres) lui est attribuée en tant que "prophète" (exemplairement dans le corps du Deutéronome, selon la tendance "laïque", sinon "anti-sacerdotale", propre à son "école"), plus le rôle de Miryam en tant que "prophétesse" se réduit, presque "mécaniquement" (Moïse lui passe devant comme figure du "prophète", dans ce rôle c'est elle qui paraît "redondante"). Si le "sexisme" des textes bibliques et de l'Antiquité en général ne fait globalement aucun doute, ce n'est peut-être pas pour autant l'élément le plus déterminant de la marginalisation des traditions de Miryam (malgré toute l'ingéniosité des exégèses "féministes", qui font souvent apparaître des choses très intéressantes, mais ont aussi le défaut de tout ramener au critère du "genre", pour ne pas dire du "sexe", ce qui est quand même réducteur).

Reste l'évidence biblique (jusque dans le NT) d'un "prophétisme féminin" extrêmement important, qui s'oppose surtout à l'exclusivisme masculin du sacerdoce et de la royauté (lui-même sans doute assez artificiel, d'après les contre-exemples bibliques, notamment baalistes et phéniciens: Jézabel, Athalie).
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MessageSujet: Re: La Bible au Féminin   Ven 19 Oct 2018, 11:07

Outre Myriam, d'autres femmes sont désignées comme "prophétesse"  Débora (Jg 5) ; la femme d’Isaïe (Is 8,3) et une certaine Noadya (Ne 6,14) et une dénommée Houlda qui apparaît quatre fois dans l'AT; deux fois dans le second livre des Rois (2 R 22,14.15) et deux fois dans le second livre des Chroniques (2 Ch 34,22.23).



Houldah (en hébreu חֻלְדָּה) est une prophétesse brièvement mentionnée dans les livres des Rois et les Livres des Chroniques. Après la découverte des Tables de la loi lors de la rénovation du Temple de Salomon, ordonnée par Josias, Hilkiah, Ahikam, Asaiah, Achbor, et Shaphan l'ont consultée pour connaître l'avis de Dieu.

Elle était la femme de Shallum et vivait dans le deuxième quartier de Jérusalem.
Selon l'interprétation rabbinique, Huldah et Deborah ont été les principales femmes prophétesses enseignées dans le Nevi'im, alors que d'autres femmes sont pourtant citées. Huldah signifie "belette" ou "taupe", et "Deborah" signifie "abeille" ou "guêpe".


La Bible raconte comme suit la consultation de Houldah : D'après le Deuxième Livre des Rois, pendant la dix-huitième année de son règne, Josias ordonne que l'on répare les dégradations du Temple de Salomon. À cette occasion, le grand prêtre Helcias déclare avoir trouvé un exemplaire du "Livre de la Loi" dans le Temple.

11. "Et il en fit la lecture en présence du roi..."

Après en avoir entendu la lecture, Josias pleure et envoie consulter son Dieu, car il estime que, depuis longtemps, son royaume ne vit pas selon la Loi divine..

11. "...Quand le roi entendit la lecture du texte du livre de la Loi, il déchira ses vêtements ;"12. "et il donna cet ordre au prêtre Helcias, à Ahicam, fils de Saphan, à Achobor, fils de Micha, au scribe Saphan et à son valet Azarias :"13. "Allez de ma part consulter le Seigneur, de la part du peuple et de tout Juda au sujet du contenu de ce livre qu'on vient de découvrir. Grande doit être la colère du Seigneur contre nous parce que nos pères n'ont pas obéi aux paroles de ce livre et n'ont pas mis en pratique tout ce qui y est prescrit."

Ses serviteurs s'adressent alors à la prophétesse Houlda. Elle répond que Dieu a effectivement condamné le royaume de Juda, mais Josias, qui a bien réagi au rappel de la Loi, n'assistera pas à ce malheur.

20. "C'est pourquoi je vais te réunir à tes pères ; tu seras recueilli en paix dans ton sépulcre, et tes yeux ne verront pas les calamités que je vais faire fondre sur ce pays."
https://fr.wikipedia.org/wiki/Houldah
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MessageSujet: Re: La Bible au Féminin   Ven 19 Oct 2018, 11:46

Il n'est pas inintéressant de savoir que le mot "prophète", dans sa provenance grecque (pro-phèmi = parler-pour, d'où porte-parole, etc.), désignait plutôt un des deux "pôles" de la fonction "prophétique", ou "mantique", et que cette bi-polarité correspondait parfois à une différence sexuelle, ou de "genre". L'exemple le plus classique est celui de Delphes: la pythie est l'inspirée immédiate qui reçoit le message divino-démoniaque (de l'Apollon céleste et/ou du Python souterrain), mais son expression inintelligible doit être "traduite" ou "interprétée" en langage intelligible par la médiation du prêtre, ici dans le rôle littéral de "pro-phète" (cf. le rapport entre "parler en langue", "interprétation" et "prophétie" à Corinthe; et jusqu'au récit de l'Eden: le serpent ne parle qu'à la femme; même le nom d'"Eve" peut être originellement lié au culte du serpent, cf. Nombres 21 et "Nehoushtan"; "Ashéra", la probable parèdre de Yahvé dans l'Israël pré-biblique, s'y rattache aussi probablement).

Tout cela pour dire que le "prophétisme" ancien d'Israël (nb'-nabi', préalablement d'une part à sa mise en écriture dans la Bible hébraïque -- prophètes écrits puis Prophètes écrivains -- d'autre part à sa traduction en grec par prophètès etc.), a bien pu être aussi "féminin" que "masculin", voire dépendre d'une semblable coopération des sexes-genres dans la production de l'oracle, entre "inspiration" et "formulation" (ce qui ne plaira peut-être pas beaucoup plus aux "féministes", mais donne quand même à penser à tout le monde).
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MessageSujet: Re: La Bible au Féminin   Lun 22 Oct 2018, 09:24

Citation :
Il n'est pas inintéressant de savoir que le mot "prophète", dans sa provenance grecque (pro-phèmi = parler-pour, d'où porte-parole, etc.), désignait plutôt un des deux "pôles" de la fonction "prophétique", ou "mantique", et que cette bi-polarité correspondait parfois à une différence sexuelle, ou de "genre". L'exemple le plus classique est celui de Delphes: la pythie est l'inspirée immédiate qui reçoit le message divino-démoniaque (de l'Apollon céleste et/ou du Python souterrain), mais son expression inintelligible doit être "traduite" ou "interprétée" en langage intelligible par la médiation du prêtre, ici dans le rôle littéral de "pro-phète" (cf. le rapport entre "parler en langue", "interprétation" et "prophétie" à Corinthe; et jusqu'au récit de l'Eden: le serpent ne parle qu'à la femme; même le nom d'"Eve" peut être originellement lié au culte du serpent, cf. Nombres 21 et "Nehoushtan"; "Ashéra", la probable parèdre de Yahvé dans l'Israël pré-biblique, s'y rattache aussi probablement).

Qui est la Pythie ? C'est la prêtresse d'Apollon pythien, qui prophétisait au nom d'Apollon après les Sibylles. Pourquoi la Pythie a-t-elle pris la place des Sibylles, ces prophétesses légendaires des temps préhistoriques ? 

Les Sibylles sont des femmes et elles ont le pouvoir de communiquer avec le divin et d'en dire le message. Comme les femmes, les Sibylles sont aussi vieilles que le monde. Elles sont des émanations de la sagesse divine, elles sont les dépositaires de la révélation primitive. Du parler différent des Sibylles, de ce « parler-femme », émane la sagesse divine. Les mythes, que J.-J. Bachofen définit comme correspondant à l'histoire des temps primitifs, nous apprennent qu'Apollon fut épris de la Sibylle Cassandre. Lieu d'émanation de la sagesse divine, la Sibylle n'aimait pas Apollon. En prononçant les paroles qui rejetaient Apollon, la Sibylle Cassandre était un instrument de la révélation. Le message de la Sibylle ne plut pas à Apollon et il fit considérer comme fausses toutes les prophéties qu'elle formulerait. Ainsi fut exclu l'autre parler, le parler différent, le parler-femme.

De temps immémoriaux, la divination appartient aux femmes. Leur parler —aujourd'hui qualifié d'intuition féminine — émane du souterrain, métaphoriquement des entrailles de la terre. Le regard patriarcal, attaché à la surface des choses, aux faits que le réel exhibe, est étranger à ce parler différent. La surface des choses, l'apparence tant aimée du patriarcat fait considérer comme
faux le parler-femme. Un jour le discours masculin a imposé sa loi au parler-femme. Que disaient-elles ?
« Ma prière, parmi les dieux, fait une place à part en premier lieu à la première prophétesse, à la Terre » (Les Euménides, p. 381).


La terre s'oppose symboliquement au ciel comme l'aspect féminin à l'aspect masculin, l'obscurité à la lumière. C'est la materia prima, la matrice qui conçoit les sources, les minerais, les métaux. La terre symbolise la fonction maternelle. Assimilée à la mère, elle est un symbole de fécondité et de régénération. À l'origine de toute vie, le nom de la Terre est aussi celui de la Grande Mère.
La Sibylle est l'émanation de la sagesse divine. La Pythie, elle, fait encore une place à part à la terre qui prophétise. Elle prédit par divination, elle proclame inspirée par la divinité. Du souterrain, ce qui va arriver est annoncé. Du fond des choses, du fond des corps, émane la divination par laquelle se fait la révélation. https://www.persee.fr/doc/lgge_0458-726x_1987_num_21_85_1525




Dans le livre des Juges se succèdent douze juges à la tête d’Israël qui étaient  à la fois chef de guerre et politique, et responsable de la justice, or parmi ces juges, on retrouve une femme, Débora, qui est aussi désignée comme une prophétesse : "Les villes ouvertes avaient disparu en Israël, elles avaient disparu, jusqu'à ce que tu te lèves, Débora, que tu te lèves comme une mère en Israël." Jg 5,7
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MessageSujet: Re: La Bible au Féminin   Lun 22 Oct 2018, 11:28

Intéressant, même s'il y a du tri à faire -- il s'est dit beaucoup d'âneries au siècle dernier autour du "matriarcat originaire", et même si elles sont réfutées depuis longtemps dans les cercles académiques elles courent toujours et de plus belle sur Internet.

Chez Eschyle, le sens du prophètès -- non l'inspiré(e) mais l'interprète, le "traducteur" en langage clair, intelligible, "apollinien", est bien attesté (cf. Bailly ad locum).

C'est peut-être moins "le féminin" (en soi) qui compte que la notion de couple ou de duo prophétique (Déborah-Baraq, Isaïe, Ezéchiel, mais aussi Osée ou Moïse et "leur[s] femme[s]"...), et plus largement de polyphonie, à plusieurs voix, à plusieurs registres, à plusieurs tessitures...
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MessageSujet: Re: La Bible au Féminin   Mer 24 Oct 2018, 08:49

Il semble en effet que les recherches de 1. Pedersen aient mené à la découverte d'une fonction prophétique tout à fait singulière dans le monde arabe pré-islamique, celle du kâhin, dont la racine kôhen en hébreu signifie «prêtre» (Couturier, 1989, p. 220). La présence de ce prophète de type extatique aux côtés du chef militaire s'avérait particulièrement importante en temps de guerre afin de « [...] pouvoir consulter la divinité au sujet du moment propice pour engager la bataille et d'autres décisions à prendre pour la conduire à bonne fin» (Couturier, 1989, p.220). Ainsi, ce prophète était chargé d'émettre les oracles de guerre qui conduiraient à la victoire. Déborah serait-elle donc une Kahina.( La Kahina est d'ailleurs le surnom d'une importante figure féminine issue de l'histoire ancienne préislamique de l'Algérie et de ses légendes. Cette reine berbère aurait été l'une des figures de proue de la résistance face à l'invasion arabe au 7· siècle (El Khayat-Bennai, 2001, p. 232-233).

À la suite de Couturier et d'autres exégètes, nous sommes portée à le croire puisque ses oracles portent spécifiquement sur la bataille. Elle en dévoile/promet l'issue au verset 9, non sans équivoque, en prévenant Baraq comme suit: « J'irai certainement avec toi. Cependant, la gloire ne sera pas pour toi sur le chemin dans lequel tu marches, car à la main d'une femme YHWH souhaite vendre Sisera ». L'hypothèse de la prophétesse de guerre est aussi appuyée par Boling qui prétend qu'à la période prémonarchique, devineresse et commandant étaient très certainement appelés à travailler ensemble (1975, p. 99).

Les craintes et les hésitations de Baraq contribuent aussi à alimenter cette hypothèse puisqu'il requiert sa présence sur le champ de bataille et qu'elle le rassure d'une prophétie au verset 14: «Lève-toi car c'est aujourd'hui que YHWH livrera Sisera entre tes mains. YHWH ne sort-il pas devant toi? ». C'est uniquement suite à la réitération de la promesse faite par YHWH que Baraq descend du mont Tabor en compagnie de ses troupes. La précision fournie par la Septante en 4,8 : « Car je ne sais pas en quel jour le Seigneur dirigera son ange à mes côtés », admise comme possiblement originelle par Couturier, contribue à alimenter la même idée puisque Déborah semble fournir la réponse à cette question au verset 14 (Couturier, 1989, p. 221). Rappelons néanmoins que nous considérons, à la suite de Barthélémy, que cette précision de la Septante est une glose permettant de justifier le refus de Baraq, ce qui nuit à la compréhension de la dynamique genrée qui s'établit entre Déborah et Baraq. Par ailleurs, la présence d'autres « kahin-s» potentiels dans la bible hébraïque confirme indirectement l'hypothèse de Couturier selon laquelle Déborah occupe une position semblable. On pense entre autres à Balaam dans le livre des Nombres (22,2-24,25), mais aussi à Moïse en Ex, 17,8-13 et Nb 16 et à Élisé en 2 R 3,11-20 (Couturier, 1989, p. 221-222; Matthews, 2004, p.65).
https://archipel.uqam.ca/1205/1/M10521.pdf
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MessageSujet: Re: La Bible au Féminin   Mer 24 Oct 2018, 11:22

Je n'ai fait que "survoler", vu la longueur de la thèse, mais ça m'a l'air excellent... et très précieux, sur un texte qui contient probablement l'un des morceaux poétiques les plus anciens de la Bible. Les analogies avec la "déesse guerrière" Anat (notamment à Ougarit) sont aussi à relever: dans la Bible c'est généralement Yahvé qui hérite des traits d'Anat, notamment avec la formule "fracasser les tempes/crânes de ses ennemis"...
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MessageSujet: Re: La Bible au Féminin   Ven 26 Oct 2018, 07:56

Dans l'histoire de Débora et de Baraq apparait une femme, Yaël, dont le récit nous dit : "Sisera s'enfuit à pied vers la tente de Yaël, femme de Héber, le Caïnite ; car il y avait la paix entre Yabîn, roi de Hatsor, et la maison de Héber, le Caïnite."
 Yaël voyant Sisera sort et l’interpelle : "Entre, mon seigneur, entre chez moi, n'aie pas peur". Que lui offre-t-elle au juste, ? Peut-être tout simplement secours et l’hospitalité mais on pourrait aussi y voir une invitation à teneur sexuelle.  Alors que Sisera s’est endormi, elle saisit un piquet de tente et, à l’aide d’un marteau, le lui enfonce dans la tempe.
Yaël a utilisé la ruse (et peut-être la séduction), a brisé un accord de paix et les règles de l'hospitalité mais elle a tué un ennemi des Israélites.

En Jg 5,  Débora et Baraq entonnent une chant de louange, au v 6, le chant fournit une indication temporelle unique pour une femme ("aux jours de Yaël"), qui consacre le statut d’héroïne de Yaël.



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MessageSujet: Re: La Bible au Féminin   Ven 26 Oct 2018, 09:10

Il y a là un "doublet" assez facilement perceptible, signe probable d'une fusion de traditions originellement indépendantes: quand on lit simplement le texte, on n'a pas d'abord l'impression que la "prophétie" de Déborah en 4,9 implique une autre femme qu'elle. Qu'elle accompagne Baraq à sa demande, cela suffit pour qu'il perde une partie de sa gloire, du "mérite" de la victoire; c'est seulement plus loin, avec l'épisode de Yael, qu'on envisage rétrospectivement une autre lecture (et on se retrouve, si je puis dire, avec une femme de trop...). Yael paraît aussi surimposée dans le cantique (5,6.19), à Shamgar fils d'Anat au v. 6. Et d'autre part le topos du guerrier vaincu par une femme (depuis Gilgamesh ! -- soit l'envers du "repos du guerrier") fait résonner d'autres échos, notamment dans les Juges ceux d'Abimélech (9,53s) et de Samson, spécialiste du genre (chap. 14--16, l'épouse de Timna et la prostituée avant la célèbre Delila; déjà au chapitre 13 la mère de Samson tournait quelque peu son mari en ridicule). (Une chose, bien sûr, est de remarquer les aspects remarquables des textes, tout autre chose de les "expliquer" par une théorie de composition et/ou de rédaction qui ne peut être que conjecturale, d'autant plus qu'elle se veut précise. Mais pour apprécier une lecture la première "chose" suffit amplement.)

Difficile en tout cas de passer à côté de la violence dont se nourrit aussi bien un certain "féminisme" moderne que la "mariologie" chrétienne en ses origines littéraires: "bénie entre toutes les femmes", c'est d'abord Yael; de même le Magnificat de Luc (1,46ss -- attribué à Elisabeth plutôt qu'à Marie par quelques témoins anciens du texte) décalque le "cantique d'Anne" (1 Samuel 2,1ss), tout aussi violent quoique un peu moins "gore", en l'adoucissant à peine (les Français pensent ici à Jeanne d'Arc, figure similaire dans leur propre épopée nationale).
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MessageSujet: Re: La Bible au Féminin   Mar 30 Oct 2018, 11:06

Citation :
Difficile en tout cas de passer à côté de la violence dont se nourrit aussi bien un certain "féminisme" moderne que la "mariologie" chrétienne en ses origines littéraires: "bénie entre toutes les femmes", c'est d'abord Yael; de même le Magnificat de Luc (1,46ss -- attribué à Elisabeth plutôt qu'à Marie par quelques témoins anciens du texte) décalque le "cantique d'Anne" (1 Samuel 2,1ss), tout aussi violent quoique un peu moins "gore", en l'adoucissant à peine (les Français pensent ici à Jeanne d'Arc, figure similaire dans leur propre épopée nationale).

"Bénie soit parmi les femmes Yaël, femme de Héber le Qénite, parmi les femmes qui vivent sous la tente, qu'elle soit bénie! Il demandait de l'eau, elle donna du lait; dans la coupe des nobles elle présenta de la crème.Elle étendit sa main vers le piquet et sa droite vers le marteau des travailleurs; elle martela Sisera et lui broya la tête; elle lui écrasa et transperça la tempe.  À ses pieds il s'affaisse, il tombe, il est couché; à ses pieds, il s'affaisse, il tombe. Là où il s'est affaissé, il est tombé, anéanti." Jg 5, 24 ss 


Une sexualité sans consentement : de Léah à Dinah, en passant par Yaël Ce verbe est employé à deux reprises dans le livre de la Genèse : en Gn 30,16 et en Gn 34,1. Dans le premier cas, Léah vient exiger de Jacob une relation sexuelle que sa soeur Rachel lui a consentie en échange de fruits, des mandragores. La deuxième utilisation concerne pour sa part la fille de Jacob, Dinah, dont la sortie mène au viol par Sichem. Dans les deux cas, la relation sexuelle a ceci de particulier que le consentement de l’un des partenaires est absent ou du moins passé sous silence.

De la même manière, l’épisode du meurtre de Sisera s’inscrit dans une logique sexuelle, dont la dernière « pénétration », le meurtre, s’effectue sans le consentement de la victime. La sortie d’une femme hors de la maison, de la tente, indique donc non seulement qu’une relation sexuelle est sur le point d’avoir lieu, mais aussi que cette relation s’effectue clairement dans un mode d’imposition par un partenaire sur l’autre. L’épisode de Yaël répond de manière intéressante à l’une et l’autre utilisation du même verbe : d’une part, Yaël et Déborah ont décidé du sort d’un homme, Sisera, tout comme les soeurs Rachel et Léah imposent la partenaire sexuelle de leur choix à leur mari Jacob ; de l’autre, au viol de Dinah, Yaël répond par le viol de Sisera. Il n’est pas impossible que la menace qui plane sur Dinah, dès sa sortie à l’extérieur de la maison, soit aussi présente dans le cas de Yaël. Cependant, à la différence de Dinah, Yaël brise le danger qui la guette en prenant la parole afin d’inviter Sisera à l’intérieur. Elle l’inscrit dès lors dans une fausse logique d’hospitalité qui lui sera fatale (Matthews, 2004 : 71-72). https://iref.uqam.ca/upload/files/M%C3%A9moire_Anne_letourneau_6_avril_2010.pdf
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MessageSujet: Re: La Bible au Féminin   Mar 30 Oct 2018, 11:50

Ce que je trouve assez comique, c'est que les motifs qui trouvent soudain un sens "féministe" font partie intégrante de l'arsenal le plus classique des "fantasmes" masculins et des clichés d'une psychanalyse fortement "genrée", entièrement polarisée par la différence sexuelle -- castration, dévoration, inceste, épouse et mère tueuse qui prend la vie comme elle la donne, et ainsi de suite (cf. Tamar, la Sara de Tobit, ou la femme aux sept maris des sadducéens dans les Synoptiques). Par coïncidence, j'ai vu hier L'ape regina ("La reine des abeilles", mais le titre français est "Le lit conjugal"; pour rester dans l'entomologie symbolique on aurait pu traduire "La mante religieuse") de Marco Ferreri, d'un humour très grinçant comme toujours, où l'on voit un mari (Ugo Tognazzi) se faire dévorer par une famille de femmes où tous les hommes sont morts (à l'exception d'un "fou"), une fois assurée (laborieusement) la fécondation. Ça se termine sur une scène qu'on croit être d'enterrement avant de s'apercevoir que c'est le baptême de l'héritier, qui porte le nom du père...
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MessageSujet: Re: La Bible au Féminin   Mer 31 Oct 2018, 08:48

Citation :
Ce que je trouve assez comique, c'est que les motifs qui trouvent soudain un sens "féministe" font partie intégrante de l'arsenal le plus classique des "fantasmes" masculins et des clichés d'une psychanalyse fortement "genrée", entièrement polarisée par la différence sexuelle -- castration, dévoration, inceste, épouse et mère tueuse qui prend la vie comme elle la donne, et ainsi de suite (cf. Tamar, la Sara de Tobit, ou la femme aux sept maris des sadducéens dans les Synoptiques).

Le livre de Tobit est un roman populaire. C’est l’une des perles de la littérature juive, que je vous conseille de lire en entier. On y retrouve Sara qui doit vivre avec une malédiction particulière.
 Une rumeur veut que Sara ait tué ses sept maris; mais le récit précise que c’est l’œuvre d’Asmodée, un démon qui n’apparaît nulle part ailleurs dans la Bible. Son nom évoque un mot hébreu que l’on peut traduire par « celui qui fait périr ». On le retrouve dans le Testament de Salomon, un ouvrage extérieur à la Bible, qui décrit Asmodée comme l’ennemi de l’union conjugale. http://www.interbible.org/interBible/decouverte/insolite/2013/insolite_130118.html


Comment analyser la misogynie de nombre de traditions religieuses ?

Autant que nous puissions le savoir, c’est toujours par les femmes que se sont transmises la conscience religieuse et l’appréhension d’un infini qui dépasse si largement l’humanité. Lorsque le psychanalyste Jacques Lacan tente de définir la « jouissance supplémentaire » qui serait celle des femmes, il fait appel à Thérèse d’Ávila, en faisant remarquer que nous entrons dans le domaine de la mystique. De même, Carl Gustav Jung répétera que c’est par la dimension féminine que nous nous ouvrons à ce qu’il nomme la présence du Soi, ­c’est-à-dire à l’image du divin qui nous habite tous plus ou moins.
Or, c’est précisément cela que les hommes, généralement, n’ont pas accepté – réécrivant l’Histoire à leur gré pour mieux justifier leur prise de pouvoir, et plus particulièrement, l’histoire des idées et des croyances.


C’est ainsi que Médée, pourtant fille du Soleil, va devenir une horrible sorcière ; que Méduse, jusqu’à Freud inclus, va se transformer en l’objet d’effroi que l’on sait ; que les survivances des vieux cultes féminins du néolithique vont être un peu partout pourchassées – jusqu’aux bûchers où vont être immolées tant de femmes à la Renaissance ou au XVIIe siècle… Après tout, si les femmes sont en relation avec le ciel, elles peuvent l’être tout autant avec les puissances infernales, vers lesquelles (qui l’eût cru ?) les pousserait leur sexualité et, de toute façon, leur statut ontologique.

C’est ainsi qu’Hésiode, déjà, parle de Pandora, la première femme, comme d’un « beau malheur ». L’attente du retour du règne de Saturne – un règne de l’abondance, où les hommes étaient tranquillement entre eux, sans la présence des femmes pour les contraindre à travailler – est d’ailleurs un thème récurrent de la poésie gréco-latine. C’est ainsi enfin que la tradition monothéiste, telle que nous en avons hérité, va faire remonter le péché originel à notre aïeule Ève. Une Ève qui, chez nous, ne trouvera sa rédemption que dans un certain visage de Marie – selon le jeu de mots qui voudrait que, par son Ave, la Vierge ait retourné le nom, et donc la malédiction fatale, d’Eva.
http://www.lemondedesreligions.fr/entretiens/pourquoi-la-femme-fait-peur-16-08-2013-3351_111.php
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MessageSujet: Re: La Bible au Féminin   Mer 31 Oct 2018, 10:26

"Les femmes, ça vous fait peur ?", il faut aussi l'entendre de la bouche de Zazie (dans le métro, Queneau / Malle). Smile

La confusion et la distinction, c'est la loi même du genre et par la même occasion du nombre; le mouvement et le rythme de la danse qui n'en finit pas d'unir et de séparer les danseurs, d'une position à l'autre (en mythologie ou en théologie comme ailleurs: Tiamat/Apsu, Mardouk/Astarté, Yamm/Lothan, Baal/Anat/Ashtart, Yahvé/Ashéra, Isis/Osiris, Gaïa/Ouranos, Cybèle/Attis, Sophia/Logos, Jésus/Marie/Madeleine, etc.).
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MessageSujet: Re: La Bible au Féminin   Mer 31 Oct 2018, 11:11

Citation :
Les femmes, ça vous fait peur ?", il faut aussi l'entendre de la bouche de Zazie (dans le métro, Queneau / Malle).

Ces définitions s’accordent sur le caractère inévitable et funeste de la fatalité. Cette dernière semble relever du destin, comme le soulignent les deux premiers points de la définition. La fatalité est donc liée au destin, mais aussi à la mort, finalité de toute vie, ce qui laisse présager une issue funeste aux relations qu’entretient la femme fatale. L’emploi combiné des deux termes dans l’expression « femme fatale » s’accompagne d’une liste de personnages exemplaires (entendus ici comme « pris en exemple » et non nécessairement comme « modèles »), telles Lilith, Judith, Dalila, Médée, Hélène, la Sphinge, etc., le plus connu étant Salomé. Ces personnages, aux origines religieuses, littéraires ou historiques, ne renseignent aucunement – du moins d’emblée – sur les caractéristiques unificatrices de la figure de la femme fatale.

 La femme, être pluriel, ambivalent, évolutif, est donc privilégiée : elle est mère (la Vierge Marie), amante (Lilith), femme castratrice (Judith), vierge manipulée et manipulatrice (Salomé) ou encore héroïne tragique (Médée).

La figure de la femme fatale, sujet privilégié par les peintres symbolistes, apparaît alors comme un outil mis au service de l’idée. Dans une œuvre telle que L’Apparition, Salomé représente les désirs charnels, tandis que la tête coupée de saint Jean-Baptiste rappelle la spiritualité déchue.
https://adhoc.hypotheses.org/ad-hoc-n4-la-figure/la-femme-fatale-essai-de-caracterisation-dune-figure-symboliste
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MessageSujet: Re: La Bible au Féminin   Mer 31 Oct 2018, 21:04

Par rapport à ce "mouvement perpétuel" de la "guerre des sexes", de la divinisation et de la diabolisation réciproques et alternatives des genres qui se renversent si facilement l'une dans l'autre, c'est bien le neutre, ne-uter ou ne-utrum, ni l'un ni l'autre, qui apparaît comme l'"utopie" absolue: "ni homme ni femme", plus littéralement "ni mâle ni femelle", c'était pourtant le programme (paulinien ou proto-marcionite) de l'épître aux Galates... Il y a là, si l'on veut, une illusion profonde, qu'on accentue l'illusoire ou la profondeur; mais (donc ?) aussi une sorte d'évidence formelle et superficielle, logique et grammaticale: c'est un "sujet" foncièrement asexué qui a un sexe, qui s'en voit pourvu ou doté comme d'un "attribut", et comme par "accident", fût-ce la "chute" originelle; qui pourrait aussi bien en avoir un autre ou ne pas en avoir (même dans la conjugaison hébraïque qui distingue la deuxième personne selon le genre, la première personne, "je", reste indistincte); et par là même être (ou ne pas être, car il y va de la négation) n'importe qui et n'importe quoi, au mode de l'irréel (si ma tante en avait... mais ce qui ne se "peut" pas objectivement se dit et se peut subjectivement: si j'étais femme, animal, dieu, arbre ou forêt, rocher ou montagne, ruisseau ou grain de poussière, étoile ou constellation, virtualité universelle du "je"); bien entendu, c'est aussi une impossibilité pratique et réelle à laquelle ni la psychanalyse, ni le féminisme, ni la transsexualité modernes n'ont vraiment dérogé. L'animal est sexué (le végétal aussi mais ça se voit moins), le divin est sexué, même le "Dieu" monothéiste n'y échappe pas -- mais il y a aussi un mythe de l'androgyne (uter-que, non ne-uter: l'un et l'autre, non pas ni l'un ni l'autre) qui rappelle que la sexualité se vit comme une anomalie, excès ou défaut qui tend à sa propre fin, à un au-delà de la différence sexuelle qui est aussi bien un en-deçà -- "un seul esprit" (neutre en grec, quoique féminin en hébreu !) ou "une seule chair" (neutre en grec, masculin en hébreu !). Genre, nombre, espèce, race, nature, tout se tient (Geschlecht).

[« — Lui aussi, qu’il dit en gémissant, lui aussi… toujours la même chose… toujours la sessualité… toujours question de ça… toujours… tout le temps… dégoûtation… putréfaction… Ils pensent qu’à ça… ». Zazie dans le métro... toujours !]
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MessageSujet: Re: La Bible au Féminin   Lun 05 Nov 2018, 10:23

Les astuces de Rébecca

Rébecca affiche rapidement une préférence pour son cadet. On dirait qu’elle s’accorde ainsi de quelque secrète manière avec la perspective divine exprimée dans la révélation d’autrefois : « l’aîné dominera le cadet » (25,23). Jacob se débrouille d’ailleurs très bien lui-même pour réaliser la prophétie; il obtient le droit d’aînesse de son frère contre un plat de lentilles.
Plus tard, Rébecca passe à son tour à l’action pour que Jacob l’emporte encore sur son frère. Elle se trouve toujours à la bonne place au bon moment pour surprendre les conversations et s’ingérer dans les situations. Elle monte tout un stratagème pour que Jacob reçoive la bénédiction paternelle destinée à Ésaü. Agissant dans l’ombre, elle suggère à Jacob le moyen de tromper son père en usurpant l’identité de son frère. Astucieuse Rébecca! Puis devant la haine féroce d’un Ésaü furieux d’avoir été dépossédé de ses droits, elle veille au grain et conseille à son cadet un repli stratégique. Peu lui importe de manipuler son époux afin qu’il endosse sa solution : envoyer Jacob au loin chercher une femme chez Laban, son propre frère Gn 28–31).

Et Dieu là-dedans?

Si les ruses de Rébecca forcent l’admiration, elles laissent également perplexe. Rébecca est-elle l’instrument par lequel Dieu favorise un tricheur? L’arbitraire de Dieu peut-il être justifié par l’amour ambitieux d’une mère? À moins que ce soit l’inverse? Rébecca ne fait-elle ainsi que s’insérer dans un dessein divin?
Le texte expose ces questions reliées à l’identité et à la mission d’Israël et les soumet à ses lecteurs dans toute leur complexité sans tout à fait les résoudre. Il sème des cailloux qui tracent un chemin à suivre. D’autres livres de la Bible prendront le relais et dégageront d’autres pistes de réflexion sur les rapports entre Israël et les autres peuples. http://www.interbible.org/interBible/source/feminin/2017/feminin_20170602.html
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MessageSujet: Re: La Bible au Féminin   Lun 05 Nov 2018, 12:48

Le trait le plus remarquable à mon sens, c'est l'anti-héroïsme des épopées fondatrices; où les rôles féminins ont une part certaine, mais instrumentale et accessoire (myopie de l'exégèse féministe sur ce point). Dans la Genèse ça peut passer pour anti-deutéronomiste, mais il ne faut pas oublier que le "nationalisme" du Deutéronome, tout exclusif et même génocidaire qu'il soit, est aussi encadré par des réserves analogues: tu n'es pas le plus grand, ni le plus fort, ni le meilleur des peuples.

Bref, encore l'unité et la polysémie de la "grâce" dont on parlait tout à l'heure et ailleurs, féminine au moins depuis le grec (kharis) -- "Grâce", la "sainte Vierge des protestants", ainsi que je l'avais fait remarquer jadis à un "évêque" luthérien qui, au fond, n'en disconvenait pas...
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MessageSujet: Re: La Bible au Féminin   Mar 06 Nov 2018, 08:21

La reine Esther est troublante à bien des égards, et l'étude de son personnage soulève des questions difficiles à éluder :
- Pourquoi l'auteur du livre d'Esther a-t-il fait appel aux légendes des dieux babyloniens, Ishtar et Mardouk, qu'il a en quelque sorte "cachérisés" ?
- Pourquoi chante-t-on les mérites d'une jeune fille juive qui abandonne son peuple pour se donner à un roi idolâtre ?
- Pourquoi loue-t-on son tuteur, qui prostitue de cette manière sa pupille ?
- Pourquoi le livre se termine-t-il par l'extermination générale des habitants de Suse par les Juifs, menés par Esther et Mardochée, et par l'évocation de l'allégresse qui s'ensuit ?



Esther-Ishtar est donc l'incarnation de la féminité

Tout comme Ishtar, Esther est la Femme par excellence. Elle est l'une des quatre plus belles femmes du monde (Meguilla 15a ). De même, il existe quatre incarnations de la déesse Vénus. "Et Esther plaisait à tous ceux qui la voyaient" (Est. 2 :15). "Rabbi Elazar a dit : cela nous apprend que pour chacun de ceux qui la voyaient elle semblait appartenir à son propre peuple" (Meguilla 13a). Non seulement la beauté d'Esther est admirable, mais de plus, chacun trouve chez elle une résonance à laquelle il peut s'identifier. Incarnation de la déesse Ishtar, elle possède ce charme absolu qui lui permet de rayonner sur toute l'humanité.
      
Comme Vénus, elle agit en usant de sa puissance d'attraction. On pense ici au couple astrologique Vénus-Mars : Vénus représente la force réceptrice, opposée à Mars qui est la force active, émettrice . Esther, comme on l'a vu, est le symbole féminin par excellence, symbole du pouvoir d'attraction : elle est ce qui attire et non pas ce qui capture. En cela elle est l'opposée de Mardochée, qui lui, se tient à la porte, "à découvert" et qui fait usage du pouvoir d'attraction de sa cousine pour parvenir à son but. On peut donc parler ici d'un couple dynamique de forces active et passive qui s'équilibrent l'une l'autre.
http://judaisme.sdv.fr/traditio/pourim/esther.htm
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MessageSujet: Re: La Bible au Féminin   Mar 06 Nov 2018, 10:29

Très intéressant : la tradition juive (rabbinique, talmudique, midrashique, qabbalistique) est une forêt obscure et touffue, il faudrait y avoir passé sa vie pour la connaître (un peu), ce qui n'est pas mon cas; j'apprécie d'autant plus les excursions ou incursions guidées qui nous en sont proposées.

La "méthode" est tellement différente de celle de l'exégèse occidentale que la coïncidence des "résultats", pour être exceptionnelle, n'en est que plus marquante: p. ex. sur les correspondances Ishtar-Mardouk, ou de Pourim avec le Nouvel an babylonien, qu'a aussi relevées l'"histoire (comparée) des religions", ou le genre "roman de diaspora" que discerne l'analyse littéraire (Joseph, Esther, Daniel).

Il me semble que les usages "bibliques" du "féminin" sont beaucoup plus divers entre eux qu'ils ne se différencient globalement de la "littérature" contemporaine; partout on joue des mêmes codes et des mêmes stéréotypes, qu'on ne "subvertit" que marginalement parce qu'on en a besoin, parce que c'est la différence sexuelle qui fournit les "règles du jeu" et même de la tricherie éventuelle: amour, désir, plaisir, beauté, parure, séduction, jalousie, bouderie, rivalité, ambition, protection, manipulation, tromperie, chantage affectif, fidélité, trahison, vengeance, sous les mêmes figures, la vierge, l'épouse, la maman et la putain.

Un des problèmes du "féminisme" tient à sa définition même, qui le fait dépendre du jeu de rôles ou de genres qu'il conteste, et l'aveugle à toutes les autres déterminations sociales, économiques et politiques de ce jeu dont il est corollaire. Comme s'il y avait un seul ennemi, le "patriarcat" indifféremment antique et moderne, riche ou pauvre, rural ou urbain, paysan, prolétaire, bourgeois ou aristocratique, et comme si une seule et même "cause des femmes" pouvait subsumer toutes les différences et oppositions entre femmes (la maîtresse et l'esclave, l'épouse et la rivale, la reine et la prostituée lambda, la DRH et la caissière n'ont qu'exceptionnellement des "intérêts" communs, bien plus souvent des intérêts contraires).
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MessageSujet: Re: La Bible au Féminin   Ven 09 Nov 2018, 08:34

Mais, si tout se passait toujours ainsi, la séduction au féminin n’aurait en somme que des côtés positifs. Pourtant, à l’instar de la séduction masculine, elle a aussi sa face sombre. La promesse de plaisir n’est pas toujours tenue et, sous le masque tentateur de la beauté et de l’attrait sexuel, peuvent se profiler la souffrance et la mort. S. Freud, sur le tard il est vrai, en avait eu l’intuition et avait postulé qu’Éros n’était jamais loin de Thanatos. Il faut peu de choses, en effet, pour que la séduction féminine se pervertisse et mène le séduit à de dangereuses impasses. Le thème de la femme fatale a été souvent traité en littérature et au cinéma. Pierre Louÿs en a tiré un roman célèbre, La Femme et le pantin et Ernst Lubitsch un film culte, L’Ange bleu. Marlène Dietrich, dont la séduction sensuelle a franchi les générations, y entraîne le digne professeur d’une petite ville allemande de dégradations en dégradations jusqu’à en faire un clown de cirque. Lulu, autre héroïne fatale imaginée par Wedekind, sème sur son passage mort et désolation. De la pièce, Alban Berg a tiré un magnifique opéra, que la mort, malheureusement, ne lui a pas laissé le temps de terminer.

Séductrices par patriotisme

Il arrive parfois que la séduction féminine abandonne le domaine de la sexualité pour se mettre au service d’une grande cause. Aucune séductrice ne recule alors devant le danger ni même le crime. La Bible nous a légué deux exemples assez extraordinaires de séductrices patriotes : Dalila, une ravissante Philistine, séduit Samson, un Hébreux à la force invincible.

Samson a un secret qu’il n’a dévoilé à personne. Mais, sur l’oreiller, il en fait la confidence à Dalila, qui a usé de toute sa sensualité et de toute sa séduction pour le lui arracher. Corps fort mais esprit faible, Samson ne peut rien cacher à celle qui l’a séduit : sa force, lui dit-il, est dans la longueur de ses cheveux. Fatale imprudence. Dalila, dont l’amour n’est que de façade, trahit son amant et révèle à ses compatriotes le secret bien gardé. Au cours de son sommeil, un « commando » de Philistins coupe les cheveux de l’athlète et Samson se retrouve plus faible qu’un petit garçon. On connaît la suite tragique de cette fatale étourderie. Samson, aveuglé par la duplicité d’une séductrice, n’avait pas compris que le désir féminin pouvait n’être que le prétexte à une action patriotique. Saint-Saëns a tiré de ce sinistre exemple de perversion féminine son plus bel opéra.

Les histoires de Dalila et de Judith ne sont morales qu’en apparence. Elles prouvent, si besoin était, que la séduction féminine peut servir à tout sauf à exprimer de l’amour. Promesse de plaisir, la séduction féminine pactise une fois encore avec la mort. Dalila et Judith ont en commun leur patriotisme, certes, mais aussi le fait qu’elles coupent « quelque chose » à l’homme, les cheveux ou la tête. Coupure symbolique qui montre que la séduction féminine aboutit toujours à une forme de castration pour l’homme. De telles légendes, nées de l’inconscient collectif, tentent de rappeler aux hommes, inconscients et troublés par leurs sens, que toute séductrice n’est jamais exempte d’un potentiel danger.
https://www.cairn.info/revue-le-journal-des-psychologues-2008-6-page-37.htm
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MessageSujet: Re: La Bible au Féminin   Ven 09 Nov 2018, 10:54

L'ange bleu est de von Sternberg, non de Lubitsch, d'après le Professor Unrath de Heinrich Mann. La femme et le pantin a été adapté au cinéma par Duvivier et de façon encore plus "géniale" par Buñuel et J.C. Carrière (Cet obscur objet du désir, avec deux actrices très différentes pour le même personnage). Et Lulu, magistralement, par Pabst.

Le Don Juan de Mozart (plutôt que celui de Molière) est aussi une inspiration majeure pour l'"esthétique" de Kierkegaard, qui y revient très souvent dans Enten-eller (Ou bien... ou bien, ou L'alternative): directement sous forme de "critique-fiction" de l'opéra et indirectement dans le "Journal du séducteur", qui s'intéressent respectivement surtout au cas d'Elvire, la religieuse "séduite", et à celui de l'ingénue (la giovin principiante).

L'étymologie de la "séduction" est peut-être encore un peu plus retorse qu'il n'y paraît (c'est un texte de Lacoue-Labarthe que j'ai lu récemment, sur le thème de la "séparation", dans le recueil posthume La réponse d'Ulysse, qui m'y fait penser): le "se" (de sé-duire ou de sé-parer) est en effet ambigu, il peut marquer aussi bien le point de départ que le point d'arrivée -- attirer à soi et détourner de soi(-même), soit une autre figure de l'"aliénation".
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