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 parrèsia

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Narkissos

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MessageSujet: parrèsia   Mer 14 Nov 2018, 17:22

En partant de Foucault (ici, hier) et en attendant d'y revenir, quelques mots sur ce mot grec, souvent traduit par "franchise", "franc-parler", "assurance", "confiance" ou "audace" dans les bibles françaises, qui sans vouloir tout dire signifie à peu près "tout-dire", et dont l'usage classique varie entre les qualités du héros tragique (depuis Euripide), du citoyen dans l'assemblée politique (ekklèsia) de la démocratie athénienne (Démosthène), du philosophe sur la place publique (agora) ou dans les dialogues privés (emblématiquement Socrate, mais aussi Diogène et toute la tradition "cynique", ou dans la communauté épicurienne), du conseiller ou du pédagogue du prince, de l'empereur ou du tyran (Platon, peu "démocrate", Aristote formateur d'Alexandre, etc.).

Dans le NT, son usage le plus "systématique" se trouve dans les Actes (2,29; 4,13.29.31; 28,31; et le verbe parrèsiazomai, 9,27.29; 13,46; 14,3; 18,26; 19,8; 26,26), où il caractérise "les apôtres", dans la ligne des énoncés "pauliniens" au sens le plus large (2 Corinthiens 3,12; 7,4; Philippiens 1,20; 1 Thessaloniciens 2,2; Colossiens 2,15; Philémon 8; Ephésiens 3,12; 6,19s; 1 Timothée 3,13; on notera déjà dans cet ensemble disparate un changement de scène, sinon de sens fondamental, puisque la parrèsia ne joue pas seulement face à un public hostile comme dans les Actes, mais aussi bien devant des "frères", devant des puissances cosmiques ou devant Dieu). De Jésus aussi la chose est dite, une seule fois dans les Synoptiques (Marc 8,32), et dans le sens d'une parole "claire" par opposition à "obscure" ou "cryptée". Mais le mot revient plus souvent chez Jean, de façon ambiguë (7,4.13.26; 10.24; 11,14.54; 16,25.29; 18,20: le Christ johannique paraît tantôt "clair" et "public", et tantôt non). Son usage est en revanche plus uni dans la Première de Jean, puisqu'il s'agit toujours d'une attitude d'ouverture à "Dieu" ou au Christ, opposée à la crainte (2,28; 3,21; 4,17; 5,14); ce qui vaut aussi pour l'épître aux Hébreux (3,6; 4,16; 10,19.35) et en partie pour Ephésiens (supra 3,12).

Cela posé comme pierre d'attente, pour marquer ce dont il est question surtout du côté "biblique"; la question chez Foucault est évidemment beaucoup plus vaste, puisqu'elle touche aussi bien au domaine policier et judiciaire de l'aveu, du témoignage et même de la dénonciation ("toute la vérité"), au domaine religieux et littéraire de la "confession", et au domaine politique (parole publique du politicien et du citoyen, expression de l'opinion comme droit et comme devoir jusque dans le vote). Il y a malgré tout dans tous ces domaines une continuité d'exigence, voire de tyrannie du "dire-vrai" qui est fascinante, et qui passe par le christianisme même si elle provient de beaucoup plus loin (la Grèce n'étant à cet égard qu'une "origine" relative, comme toujours; car "dire [toute] la vérité" c'est aussi le contrat implicite du langage, jusque dans le mensonge, la dissimulation ou le parjure; avec le "courage" ou la "lâcheté" que cela implique, selon le cas et les circonstances).


Dernière édition par Narkissos le Jeu 15 Nov 2018, 16:30, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: parrèsia   Jeu 15 Nov 2018, 10:33

Citation :
Cela posé comme pierre d'attente, pour marquer ce dont il est question surtout du côté "biblique"; la question chez Foucault est évidemment beaucoup plus vaste, puisqu'elle touche aussi bien au domaine policier et judiciaire de l'aveu, du témoignage et même de la dénonciation ("toute la vérité"), au domaine religieux et littéraire de la "confession", et au domaine politique (parole publique du politicien et du citoyen, expression de l'opinion comme droit et comme devoir jusque dans le vote). Il y a malgré tout dans tous ces domaines une continuité d'exigence, voire de tyrannie du "dire-vrai" qui est fascinante, et qui passe par le christianisme même si elle provient de beaucoup plus loin (la Grèce n'étant à cet égard qu'une "origine" relative, comme toujours; car "dire [toute] la vérité" c'est aussi le contrat implicite du langage, jusque dans le mensonge, la dissimulation ou le parjure; avec le "courage" ou la "lâcheté" que cela implique, selon le cas et les circonstances).

Si le parrésiaste, ici dans les personnes de Jésus, Pierre et Jean, est bien celui qui prend le risque de mettre en question sa relation à l’autre, et même sa propre existence, en disant toute la vérité, celui à qui ce message de vérité est adressé, en l’occurrence un groupe que l’on veut guider spirituellement, doit accepter cette vérité s’il veut jouer le rôle que lui propose le parrésiaste en lui disant la vérité. Ce groupe assemblé doit lui-même le jouer et reconnaitre que celui qui prend le risque de lui dire la vérité, aussi dérangeante soit-elle pour les idées reçues et les convictions ancrées, doit être écouté. Et l’on voit que l’assurance de Jésus, comme celle de Pierre et Jean contraint les Juifs au silence et à écouter le contenu. Cette disposition réceptive est la condition pour que s’établisse le jeu de la parresia. Dès lors que le parrésiaste montre son courage en disant la vérité envers et contre tout, celui vers lequel cette parresia est tournée devra montrer sa grandeur d’âme et accepter de l’écouter. Par ses modalités d’énonciation entre celui qui se risque à dire la vérité et celui ou ceux qui accepte(nt) de l’entendre, la parresia noue un véritable contrat de communication.



 Il s’agit d’une ouverture du cœur et de l’âme qui s’offrent au regard de Dieu dans un mouvement ascendant. « La parrésia va donc se situer non plus sur l’axe horizontal des rapports de l’individu aux autres, de celui qui a le courage vis-à-vis de ceux qui se trompent. La parrésia se situe maintenant sur l’axe vertical d’un rapport à Dieu où, d’une part, l’âme est transparente et s’ouvre à Dieu, et où, d’autre part, elle s’élève jusqu’à lui » (2009, 297). Là où Michel Foucault distingue finalement deux parresia différentes, celle du dire vrai courageux des antiques, et celle de l’ouverture par laquelle le cœur et l’âme, en s’élevant jusqu’à Dieu, peuvent arriver à le saisir pour y trouver sa félicité, la pensée catholique les réunit en une seule aux mouvements complémentaires. Vertical et horizontal se combinent. Le fidèle a besoin de rapprocher son âme de Dieu pour pouvoir partir témoigner dans le monde, parler, prêcher l’Evangile. Le pape François utilise la métaphore du cœur du catéchiste qui vit ce mouvement de « systole et de diastole » (union avec Jésus, rencontre avec l’autre). « Celui qui met le Christ au centre de sa vie se décentre ! Plus tu t’unis à Jésus et Lui devient le centre de ta vie, plus Lui te fait sortir de toi-même, te décentre et t’ouvre aux autres. C’est le vrai dynamisme de l’amour, c’est le mouvement de Dieu même ! Dieu est le centre, mais il est toujours don de soi, relation, vie qui se communique… ». La parresia apparaît donc comme une sorte de vertu charnière qui caractérise à la fois la manière d’être du chrétien à l’égard de Dieu et à l’égard des hommes en faisant valoir, en dépit des menaces, le message dont il est porteur.
https://halshs.archives-ouvertes.fr/halshs-01139482/document
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MessageSujet: Re: parrèsia   Jeu 15 Nov 2018, 12:00

Si l'on rapporte à ce schéma mon premier classement des références néotestamentaraires, la parrèsia des Actes (face aux hommes, non-chrétiens et possiblement hostiles) peut être dite "horizontale", celle de Hébreux ou 1 Jean "verticale" (face à Dieu ou au Christ); les autres emplois se distribuent assez facilement entre ces deux espèces caractérisées: dans le corpus paulinien, la parrèsia horizontale joue aussi à l'intérieur de la communauté chrétienne (il faut du courage pour dire la vérité au-dedans comme au-dehors); et dans les évangiles (Marc et Jean) la problématique est plutôt celle du "secret" et du "manifeste", qui se traduit aussi comme langage "obscur" (parabole, ambiguïté, etc.) ou "clair" (derrière cela, bien entendu, tous les enjeux de l'ésotérique et de l'exotérique, du mystère ou de la gnose réservés aux initiés contre la "confession de foi" publique). J'y mettrais quand même une réserve, à savoir que le présumé "horizontal" ne l'est pas tant que ça, dans la mesure où il y va d'une "autorité" ou d'un "droit" (exousia) fondamental ("les apôtres" ne sont pas n'importe qui, surtout dans les Actes).

Pour ce qui est du christianisme, Foucault s'intéresse aussi (et peut-être davantage) aux évolutions ultérieures, notamment dans la tradition ascétique et monacale des premiers siècles, avec l'extension du sacrement de pénitence vers la fin du moyen-âge, et la pratique de la "direction de conscience" au début de l'époque moderne (XVIe-XVIIe siècles); c'est là qu'il note le renversement majeur par rapport à la parrèsia philosophique, à savoir que ce n'est plus ce qu'on attend du "maître" mais du "disciple". Dans la première version, c'est le "maître" qui doit avoir le courage de parler franchement, pour dire éventuellement des choses désagréables, à ses disciples ou aux sympathisants comme aux adversaires; l'interlocuteur, si l'on peut dire, doit surtout écouter, donc se taire. Dans la seconde, au contraire, c'est le "maître" qui fait parler le "disciple", qui requiert sa franchise (de l'encouragement à la "question" inquisitrice !), en parlant pour sa part le moins possible. Le soi-disant "horizontal" est clairement dans ce cas un "vertical descendant" (l'exercice d'une autorité), qui joue de la crainte et du désir du "vertical (ascendant)": c'est la relation à Dieu, le salut de l'âme, qui est l'enjeu de ce "(faire) parler (franchement)".
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MessageSujet: Re: parrèsia   Jeu 15 Nov 2018, 16:40

Ce texte est intéressant, parce que, vous voyez, le droit à la parole est là aussi lié au fait que l’on est citoyen dans sa cité. Lorsqu’on habite sa propre cité, on peut parler ; lorsqu’on n’est pas dans sa cité, on n’a pas la parrêsia. L’esclave n’a pas la parrêsia, parce qu’il n’a pas la citoyenneté. Mais qui n’a pas la parrêsia se trouve en même temps soumis à la sottise du maître, à la folie du maître, c’est-à-dire que vous voyez apparaître cette idée que la parrêsia non seulement est un droit, si vous voulez, dans son fondement et dans son origine, mais qu’elle a pour fonction de pouvoir dire quelque chose qui est comme la raison et comme la vérité en face de ceux qui ont tort, ne détiennent pas la vérité, et dont l’esprit est celui de la sottise ou de la folie. La parrêsia dit vrai, elle est donc le droit de dire vrai, en face de celui qui est fou, de celui qui ne détient pas la vérité. Et [quelle] plus grande douleur que se trouver dans une situation d’esclave, soumis à la folie des autres, alors que l’on pourrait leur dire la vérité et que l’on ne peut pas. https://journals.openedition.org/anabases/3959
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MessageSujet: Re: parrèsia   Jeu 15 Nov 2018, 16:48

C'est justement le texte que je suis en train de lire, au début du recueil Le discours de la vérité -- j'allais évoquer ce paragraphe; je lisais aussi tout à l'heure quelque chose d'intéressant un peu plus bas, le cas du messager de mauvaise nouvelle, dans les Bacchantes, qui n'ayant aucun droit propre à la parrèsia doit en demander l'autorisation -- le droit de parler franchement sans en être châtié (variante quotidienne: "puis-je vous parler franchement ?", question à laquelle il est assez difficile de répondre non...).
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MessageSujet: Re: parrèsia   Jeu 15 Nov 2018, 17:31

La parrêsia peut se muer en franchise perverse en devenant un mode d'agression. Le pervers peut alors décider que son droit ou devoir de dire la vérité lui permet de franchir les frontières du respect que l'on doit à l'autre et de produire des discours blessants qui fait perdre la face l'autre mais qui peut aussi attaquer l’équilibre psychique de son interlocuteur, sous couvert du "devoir de vérité". Ce diseur de vérité est en général très moraliste, il fixe les critères du bien et du mal et il sait qui est son interlocuteur et ce qu'il devrait devenir.
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MessageSujet: Re: parrèsia   Jeu 15 Nov 2018, 18:26

Les "perversions" (contraintes, violences) potentielles, et réelles, sont innombrables (imposer sa franchise mais aussi s'imposer la franchise, l'exiger d'autrui tout en la lui interdisant, le double bind n'est qu'un début qui a toujours déjà commencé), mais ce n'est jamais qu'une variation plus ou moins retorse ou virtuose sur un thème fondamental: dire, "par défaut" comme on dit, c'est "dire la vérité", et "la vérité" comme "sa vérité" et "sa vérité" comme "la vérité" -- non pas seulement au sens restrictif où l'on dit "ce n'est que ma, ta, sa, notre, votre, leur vérité", subjective, non objective, mais aussi au sens où nulle "vérité", même "objective", ne se dit sans qu'un sujet ne s'y engage, en la faisant sienne; ni erreur, ni mensonge, ni dissimulation non plus qui tirent encore leur sens de la "vérité" qu'elles manquent ou évitent et requièrent le même engagement et la même croyance. Être pris, se faire passer pour la vérité étant la condition même de l'erreur ou du mensonge.

A cet égard la parrèsia est à la fois en-deçà et en-delà de "la vérité" (alètheia, etc.) et de ses nombreux contraires, parce qu'elle touche à l'exigence, minimale et exorbitante, du dire(-vrai), d'un pouvoir-vouloir tout dire rigoureusement indémêlable, en droit et en fait, d'un pouvoir-vouloir dire n'importe quoi. -- Dans sa conférence du 7 novembre 1983 (DV p. 149ss), Foucault commente l'Oreste d'Euripide, où un personnage est caractérisé à la fois comme athuroglossos (proprement, sa langue n'a pas de porte, pas de limite) et par une amathès parrèsia (une parrèsia ignorante, non éduquée, non instruite): on peut dire que c'est une mauvaise ou une fausse parrèsia mais ça s'appelle quand même parrèsia (je pense, a contrario, à Actes 4,13: "bonne" parrèsia, tout au moins du point de vue de l'auteur, malgré un manque d'instruction). Il n'empêche que pour être une qualité (et non un défaut) la parrèsia doit aussi dire la vérité, et de façon pertinente et utile, quoique potentiellement désagréable (par opposition à la flatterie); il y faut certes du "courage", mais aussi de la prudence et du jugement pour s'assurer d'avoir au moins quelque chance d'être entendu, sans quoi c'est tout aussi inutile; d'où la négociation de ce que Foucault appelle "pacte parrèsiastique", où les interlocuteurs (le roi et son conseiller ou son prophète, le candidat à la philosophie ou au salut et son maître ou directeur de conscience, etc.) se cherchent à tâtons et s'éprouvent mutuellement, non sans jouer de contrainte ni sans risque de se décevoir: "puis-je te parler franchement", "parle-moi franchement", etc., tout cela dépend aussi de la capacité et de la volonté d'entendre des choses désagréables, capacité et volonté qu'on peut présumer chez soi ou chez l'autre mais qui se révèle en fait à mesure que les choses se disent (risque de colère, de ressentiment, de rétorsion, toujours calculé avec une marge d'erreur).
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MessageSujet: Re: parrèsia   Lun 19 Nov 2018, 11:27

Par une telle affirmation, Foucault considère que la persuasion constitue un aspect fondamental de la philosophie, une philosophie qui ne se contente pas de dire la vérité, mais une philosophie qui marque les esprits, une philosophie qui transforme les âmes, une philosophie qui doit aussi être considérée comme une psychagogia, telle que décrite dans le Phèdre par Platon, une philosophie dont la tâche est de transformer les âmes, ou plutôt de les inciter, de les inviter, à se transformer. La philosophie n’est en ce sens pas un discours ineffectif mais au contraire un discours qui modèle un matériau précis : l’âme.

Cette attention suppose en amont une attente. D’où, sans doute, la nécessité, pour le philosophe, de savoir choisir ceux qui sauront prêter l’oreille au discours philosophique – Foucault lorsqu’il précisera les qualités de l’auditeur évoquera également ce souci, chez Socrate, de sélection de celui dont la beauté extérieure, dont le regard ou le visage, laissent transparaître cette capacité d’écoute;  Cette capacité d’écouter est également associée par Foucault à la capacité d’entendre, au sens de comprendre. Cette référence à la compréhension (en grec : sunesis) est particulièrement importante dans le cadre d’une réflexion sur l’écoute et fait l’objet de développements en ce sens, tout particulièrement chez Platon et chez Aristote.

La relation telle qu’elle est décrite ici est asymétrique, sans aucun doute, elle ne peut être assimilée à un dialogue dans la mesure où le savoir est du côté de celui qui parle et l’absence de savoir, l’attente, du côté de celui qui écoute. Pour autant, cette asymétrie est toute relative dans la mesure où le discours philosophique, le discours de conseil, ne peut être qu’à la condition qu’il puisse s’appliquer à un auditoire, au même titre d’ailleurs que la médecine n’est médecine que dans la mesure où elle trouve à s’exercer auprès des patients.
https://www.cairn.info/revue-le-telemaque-2015-1-page-97.htm
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le chapelier toqué

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MessageSujet: Re: parrèsia   Lun 19 Nov 2018, 12:23

Parrêsia, ce terme fut employé par le pape François lors du pèlerinage des catéchistes du monde entier à Rome le 27-28 septembre 2013. Peut-être oublié, il est pourtant traditionnel dans l'Église.

Le terme de parrêsia définit une attitude fondamentale pour l'annonce de la foi : la franchise. C’est le « parlé » juste et vrai, dans une assurance solide ! Il ne s’agit pas d’un discours arrogant qui s’imposerait. La parrêsia selon la Bible exige une étape préalable pour celui ou celle qui annonce avec assurance la Parole, il s’agit de la conversion personnelle. Annoncer la vérité exige de se convertir d’abord soi-même à la vérité et de vivre tendue vers elle. La parrêsia (cette assurance, cette confiance, cette franchise) fonde son sens dans la personne même de Jésus-Christ qui exerce la parrêsia lors de son ministère public : parler clairement, parler simplement, parler courageusement, parler complètement, parler avec une certaine audace.
“C’est en Jésus-Christ par sa foi que nous avons l’assurance nécessaire pour nous approcher de Dieu avec confiance” (Ephésiens 3,12)
“La maison du Christ c’est nous, si nous conservons l’assurance et l’espérance dont nous sommes fiers.” (Hébreux 3,6)

C’est cette invitation que fait le Pape François à tous les catéchistes du monde et à tous ceux qui ont le souci de l'annonce de Jésus-Christ.

La vidéo du discours du pape

(…) Mais attention ! Jésus ne dit pas : allez, débrouillez-vous. Non, il ne dit pas cela ! Jésus dit : Allez, je suis avec vous ! C’est cela notre beauté et notre force : si nous allons, si nous sortons porter son Évangile avec amour, avec un vrai esprit apostolique, avec parresia, Lui marche avec nous, nous précède, – je le dis en espagnol – il nous “primerea”. Le Seigneur nous “primerea” toujours.
Extrait du discours du pape François aux catéchistes en pèlerinage à Rome à l'occasion de l'année de la foi et du congrès international des catéchistes - Salle Paul VI - Vendredi 27 septembre 2013
Sébastien Antoni, Croire

https://croire.la-croix.com/Definitions/Lexique/Cate/La-parresia
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Narkissos

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MessageSujet: Re: parrèsia   Lun 19 Nov 2018, 13:06

L'asymétrie se complique dans le schéma de l'apprentissage philosophique ou religieux (socratique déjà mais surtout stoïcien, épicurien, chrétien monastique, dans la confession ou direction de conscience, et jusqu'à la "thérapie" moderne): il y a un "savoir" à la fois théorique et pratique du maître, pédagogue ou thérapeute, qui ne se contente pas d'exposer ou d'enseigner franchement ce qu'il sait, mais qui doit aussi et surtout faire parler l'autre franchement de lui-même, de ce qu'il est seul à savoir de lui-même, y compris pour le faire parvenir à ce qu'il ignore sur lui-même...

Le christianisme néotestamentaire, à mon sens, se distingue en partie par sa relation ambiguë à "soi" (qui veut sauver son âme la perdra, etc.). Le vieux thème philosophique du "souci de soi" (epimeleia heautou) qui passionne tant Foucault s'y trouve subverti sans disparaître, comme dramatisé par une péripétie ou un renversement perpétuel. Dans un sens, le "parrésiaste" chrétien, surtout apostolique, n'a rien à "calculer" de la réception de son discours s'il vise le martyre, il peut y aller franco (ex. Etienne); et pourtant on le voit aussi calculer et ruser (ainsi le Paul des Actes, de moult astuces rhétoriques ou juridiques pour échapper à tel lynchage spontané ou à telle juridiction, juive ou romaine locale, et parvenir à Rome; ou même comme le Jésus des évangiles pour mourir où et quand il doit mourir et pas avant ni ailleurs -- chez Jean, ça se traduit, si je puis dire, par un clair "retard de la parrèsia", jusqu'à son "heure").

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