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 Les particularités de "selon Jean".

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Narkissos

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MessageSujet: Re: Les particularités de "selon Jean".   Mar 29 Sep 2009, 16:53

Bonjour JP,
Tu ne risques pas grand-chose... :)
Si j'ai parlé de proto-gnosticisme, c'est qu'on n'est pas encore dans les systèmes gnostiques (Valentin, Basilide, Héracléon etc.) établis en opposition avec l'orthodoxie, les deux positions se radicalisant symétriquement l'une contre l'autre au cours du IIe siècle. Dans ceux-ci il y a généralement rupture dans la "chaîne des éons" émanant de la supra-divinité primordiale, entre le démiurge créateur du monde et la Sagesse, et donc un monde "raté" avec un faux "dieu" encore plus bête que méchant.
Il y a de ça dans Jean, mais on commettrait le même anachronisme à le lire d'après des synthèses gnostiques que d'après des synthèses orthodoxes, les unes comme les autres étant postérieures.
Dans Jean, il y a une sorte d'étonnement face à la résistance des ténèbres à la lumière... qui n'est pas vraiment expliquée, pas plus que l'origine du diable, qui est ce qu'il est dès le commencement (8,44). Et c'est peut-être aussi bien ainsi.
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MessageSujet: Re: Les particularités de "selon Jean".   Mar 29 Sep 2009, 20:04

Bonsoir Didier,

merci pour l'explication portée sur les approches orthodoxes et gnostiques.
J'ai lu un livre écrit par Henri-Charles Puech
En quête de la Gnose I La Gnose et le temps.

Je dois avouer que j'ai pris le temps de le lire lentement afin de pouvoir comprendre ce que je découvrais, et je pense n'avoir pas forcément tout compris loin s'en faut.

Mais selon cet auteur il existait déjà des mouvements gostiques bien avant l'émergence des chrétiens.
Peut-on penser que les chrétiens se soient pencher sur cette source préchrétienne?

Avec mes salutations.
Jean-Pierre
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Narkissos

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MessageSujet: Re: Les particularités de "selon Jean".   Mar 29 Sep 2009, 22:04

Question de définition: je parlais de proto-gnosticisme par rapport aux "gnostiques" chrétiens estampillés tels (par leurs adversaires "ecclésiastiques" comme Irénée). Mais il est bien évident que leurs racines remontent plus loin, dans ce qui est moins un mouvement qu'une mouvance diffuse, caractérisée par une certaine attitude (ésotérique, en gros) à l'égard de la religion: une façon particulière d'aborder les textes, les mythes, les rites, "au second degré" pourrait-on dire: une supra-religion de l'esprit-intellect qui transgresse les frontières et les repères des religions traditionnelles tout en utilisant leur langage et leurs symboles. Cela aussi on peut l'appeler "gnose", et le reconnaître dans le judaïsme (entre autres) en amont du christianisme. La frontière est d'ailleurs particulièrement floue entre ce courant et d'autres (qui à première vue pourraient sembler opposés), comme "l'apocalyptique". Car tout dépend COMMENT les textes étaient lus. Pris au pied de la lettre, certains textes de Qoumrân, par exemple, peuvent sembler aux antipodes de la gnose avec leur obsession ritualiste, leurs révélations sur le monde céleste et leur eschatologie futuriste. Mais étaient-ils à prendre au pied de la lettre? Pas sûr. Pour en revenir au quatrième évangile, il est significatif qu'il présente AUSSI des points de contact frappants avec le judaïsme qoumranien (lumière / ténèbres, esprit de la vérité / esprit de l'erreur, etc.). Est-ce "Jean" qui subvertit le langage qoumranien pour en faire une "gnose", ou celui-ci était-il déjà, au moins en partie, "gnosticisant" par nature? Questions... mais il ne faut pas perdre de vue qu'à ce niveau c'est nous qui étiquetons et traçons les frontières en même temps que nous interprétons les textes.
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MessageSujet: Re: Les particularités de "selon Jean".   Mer 30 Sep 2009, 10:35

Le johannisme et la gnose


Par « gnose », on désigne une spiritualité qui voit dans la connaissance (gnosis en grec) de mystères célestes la voie du salut. La pensée gnostique est fondamentalement dualiste. Dans ce monde livré aux ténèbres, l’homme est aliéné de sa véritable nature qui le destinait au monde divin. Seule, la « connaissance de la lumière d’en-haut » peut libérer l’homme afin qu’il retrouve sa patrie divine.

Or le johannisme présente bien un certain dualisme : Dieu et le monde (cosmos dans un sens déprécié) ; lumière et ténèbres (1,5 ; 8,12 ; 1 Jn 1,5) ; en-haut et en-bas / céleste et terrestre (3,12) ; vérité et mensonge (8,44 ; 1 Jn 2,21.27) ; etc.

On trouve même chez Jean le thème de la « connaissance de la vérité d’en haut comme nouvelle naissance », un motif qui a de nombreux parallèles dans l’Évangile de vérité et d’autres textes de la bibliothèque gnostique de Nag Hammadi.

Ces différents thèmes se retrouvent ici ou là dans la littérature paulinienne et les évangiles synoptiques, mais Jean va bien plus loin dans l’utilisation de ces concepts pré-gnostiques : son Christ est un Christ cosmique et pré-existant qui a pour nom logos, et apporte vie, lumière et vérité aux hommes. C’est donc une représentation très proche de ce qui deviendra le mythe gnostique du révélateur divin qui sous-tend la christologie johannique. De même, comme dans la gnose, le Révélateur et le monde ne peuvent pas se comprendre, ils parlent en effet un langage différent (1,5.9-10 ; 8,43).

L’utilisation de ces concepts permet au 4e évangile de développer une Christologie originale (dite « haute ») : Jésus est la manifestation du logos préexistant qui vient du Père et retourne au Père.

Pourtant, si l’évangile de Jean utilise le vocabulaire, et certains concepts gnostiques ou pré-gnostiques, il se distingue aussi radicalement de cette pensée sur plusieurs points essentiels :

• Alors que le gnosticisme affirme que le monde est la création d’un démiurge mauvais, le prologue de Jean affirme au contraire que le logos rédempteur est aussi le logos créateur du monde (1,1-18), et que celui-ci aime le monde (3,16).

La tendance gnostique l’emporte au début du 2e s. Plus tard, la grande Église se ressaisira de l’évangile de Jean pour l’utiliser contre la gnose. L’en-semble des traditions johanniques est alors recadré et labellisé par son insertion dans le canon qui vient domestiquer cette pensée originale. La théologie johannique survit ainsi à la disparition de sa communauté d’origine.
• Bien que le prologue de Jean fasse penser à un discours de révélation gnostique, la notion d’incarnation du logos dans le monde (1,14 ; 6,42 s. 53 s.) est opposée à la gnose. C’est même, pour Jean, un événement essentiel de l’histoire du salut. L’évangile ne permet aucun docétisme : même s’il maîtrise sa Passion avant de retourner au Père, Jésus est bien un être de chair et de sang qui meurt crucifié.

• Enfin, en Jean, toutes les dénominations gnostiques appli-quées aux figures célestes censées donner accès à cette connais-sance salvatrice qu’est la gnose, sont concentrées sur la seule personne de Jésus (1,18 ; 5,37 ; 6,46).
Ces remarques ont amené certains à voir dans le quatrième évangile un écrit anti-gnostique. Mais Jean ne polémique pas contre des mouvements gnostiques, il utilise simplement le matériel lexical et conceptuel de la gnose en gestation dans son milieu.

http://www.evangile-et-liberte.net/elements/numeros/192/article9.html
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MessageSujet: Re: Les particularités de "selon Jean".   Mer 30 Sep 2009, 11:06

La femme adultère.
« Que celui d’entre vous qui n’a jamais péché lui jette la première pierre » (Jn 8,7).

Il me semble que cet épisode est uniquement relaté dans l'évangile de Jean.
Cette histoire incarne la rupture avec la morale juive et pharisienne, JC aime gratuitement, refusant de réduire la personne à son "péché" et d'accuser ou de condamner.
"Femme […], moi non plus, je ne te condamne pas"

L'évangile de Jean introduit t-elle une nouvelle morale, ou l'amour prime sur le jugement ?
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MessageSujet: Re: Les particularités de "selon Jean".   Mer 30 Sep 2009, 11:35

Qu'on définisse ses termes comme on veut, mais qu'on s'y tienne! Si l'on qualifie "Jean" de pré-gnostique, c'est que l'on prend comme référence de la "gnose" le mouvement identifié (par rejet de l'Eglise) à partir du milieu du IIe siècle. Difficile dès lors de le qualifier dans la foulée d'anti-gnostique. Il y a des différences synchroniques et diachroniques au sein d'une évolution diversifiée.

Encore faut-il lire les textes tels qu'ils sont et ne pas plaquer une "orthodoxie" elle aussi anachronique sur tous ceux qui ne correspondent pas à cette définition de la "gnose".

Il n'y a en effet aucune "doctrine" de création du monde par un démiurge dans le quatrième évangile; mais en fait le Prologue ne parle pas de "création", il évite les verbes correspondant à "créer" (ktizô) et "faire, fabriquer" (poieô etc.) au profit d'un jeu subtil entre "être" (eimi) et "devenir, venir à l'existence," etc. (ginomai, y compris pour le "devenu chair") et d'un déploiement de la lumière dans les ténèbres...

Quant à la Passion, elle est chargée de symbolisme paradoxal avec notamment les thèmes de "l'élévation" (sur la croix / retour au Père), de l'esprit (souffle rendu / donné / livré), du sang et de l'eau...

La multiplication des émanations divines dans les textes gnostiques postérieurs n'a rien de standardisé (il serait impossible d'en tirer une synthèse doctrinale de LA gnose) et reflète un développement diversifié, plus littéraire que "religieux" à mon sens. La gnose est une religion de l'esprit et le pire contresens serait de la prendre à la lettre (comme l'ont justement fait, et pas toujours de bonne foi, ses adversaires orthodoxes).

P.S. L'épisode de la femme adultère est très intéressant, mais d'un point de vue littéraire il n'a rien à voir avec le quatrième évangile.
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MessageSujet: Re: Les particularités de "selon Jean".   Mer 30 Sep 2009, 11:49

spermologos a écrit:

P.S. L'épisode de la femme adultère est très intéressant, mais d'un point de vue littéraire il n'a rien à voir avec le quatrième évangile.

Merci Dider pour toutes ces precisions.
L'épisode de la femme adultère est donc ajout ou une interpolation ?
Dommage...
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MessageSujet: Re: Les particularités de "selon Jean".   Mer 30 Sep 2009, 12:10

Pourquoi dommage? Qu'est-ce que ça lui enlève?
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MessageSujet: Re: Les particularités de "selon Jean".   Mer 30 Sep 2009, 12:31

spermologos a écrit:
Pourquoi dommage? Qu'est-ce que ça lui enlève?

Tu as raison, cela ne lui enlève rien.
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MessageSujet: Re: Les particularités de "selon Jean".   Mer 30 Sep 2009, 19:39

Bonsoir,

Comment nous l'avons lu dans le message de free, certains se plaisent à trouver des portions de cet évangile se référant à la gnose et ils s'en servent afin de lutter contre la gnose, prétendant que l'évangile est anti-gnostique.
Mais ne peut-on pas considérer l'auteur de cet évangile comme quelqu'un au courant du gnosticisme, et utilisant son langage tout en ne partageant pas le message gnostique dans son ensemble.
Je m'explique; selon les gnostiques c'est un démiurge qui a créé le monde et non le Dieu très haut, raison pour laquelle le monde a tant de tares.

Cependant le prologue de l'évangile montre la parole de Dieu, non une simple idée, mais une entité comme partageant la nature de Dieu et étant en sa présence, et des versets nous précisent que cette parole a participé à la création du monde.

Au commencement était la Parole ; la Parole était auprès de Dieu ; la Parole était Dieu.
2 Elle était au commencement auprès de Dieu. 3 Tout est venu à l’existence par elle, et rien n’est venu à l’existence sans elle. Ce qui est venu à l’existence 4 en elle était vie, et la vie était la lumière des humains. 5 La lumière brille dans les ténèbres, et les ténèbres n’ont pas pu la saisir.

9 La Parole était la vraie lumière, celle qui éclaire tout humain ; elle venait dans le monde.
10 Elle était dans le monde, et le monde est venu à l’existence par elle, mais le monde ne l’a jamais connue.


Didier déclare:

Il n'y a en effet aucune "doctrine" de création du monde par un démiurge dans le quatrième évangile; mais en fait le Prologue ne parle pas de "création", il évite les verbes correspondant à "créer" (ktizô) et "faire, fabriquer" (poieô etc.) au profit d'un jeu subtil entre "être" (eimi) et "devenir, venir à l'existence," etc. (ginomai, y compris pour le "devenu chair") et d'un déploiement de la lumière dans les ténèbres...

Quant à la Passion, elle est chargée de symbolisme paradoxal avec notamment les thèmes de "l'élévation" (sur la croix / retour au Père), de l'esprit (souffle rendu / donné / livré), du sang et de l'eau...

La multiplication des émanations divines dans les textes gnostiques postérieurs n'a rien de standardisé (il serait impossible d'en tirer une synthèse doctrinale de LA gnose) et reflète un développement diversifié, plus littéraire que "religieux" à mon sens. La gnose est une religion de l'esprit et le pire contresens serait de la prendre à la lettre (comme l'ont justement fait, et pas toujours de bonne foi, ses adversaires orthodoxes).



Cette subtilité est-elle à mettre sur le compte de la pensée gnostique ou non?
Si le mouvement a tant été combattu l'a-t-il parce qu'il prétendait qu'un démiurge avait créé le monde et l'avait raté ou par peur de la concurrence?

Avex mes salutations.
Jean-Pierre
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MessageSujet: Re: Les particularités de "selon Jean".   Mer 30 Sep 2009, 20:26

Le démiurge n'est pas une invention gnostique, le mot et l'idée sont déjà chez Platon dans un tout autre contexte. Mais on ne le retrouve dans la gnose (chrétienne) que plus tard, notamment dans des écrits qui dépendent du "johannisme" (entre autres). Supposer que le quatrième évangile y réagit, c'est mettre la charrue avant les boeufs. "Jean" ne peut pas plus répondre à Valentin ou à Marcion qu'à Arius ou à Athanase. Projeter une image ultérieure du gnosticisme sur la fin du Ier ou le début du IIe siècle c'est lui inventer des interlocuteurs imaginaires. Je ne sais pas comment expliquer plus clairement le problème de l'anachronisme, mais si quelqu'un y arrive, je lui tire d'avance mon chapeau :)
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MessageSujet: Re: Les particularités de "selon Jean".   Jeu 01 Oct 2009, 11:00

L'eglise Johannique loin d'épouser la philosophie gnostique, utilise un langage gnosticisant car il lui permet d'exprimer sa spiritualité, la déchéance de l'homme dans le monde, la transcendance de Dieu et la nécéssité de la connaissance.
Les rédacteurs de l'évangile de Jean assimilent un langage performant pour le detourner au profit la foi chrétienne.
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MessageSujet: Re: Les particularités de "selon Jean".   Jeu 01 Oct 2009, 12:49

Indubitablement, on trouvera chez Nietzsche certains traits qu'on peut trouver proche du nazisme, dans telle ou telle phrase précise. Mais on ne pourra le faire qu'après que le Nazisme ait existé. Nietzsche n'a jamais été Nazi (et ses quelques mots sur l'admiration qu'il porte à la culture juive amène à conclure qu'il en était vraiment très loin, par ailleurs).

Ceux qui font à Friedrich le procès d'un système qui ne viendra à l'existence que trente ans après sa mort se plante complètement.

Ceux qui veulent voir en "Jean" un gnostique font de même.

Mais de la même façon que Nietzsche, pour exactement la même raison, ne pouvait pas non plus être en son temps un ANTI-Nazi, Jean ne peut pas s'opposer à un courant qui n'a pas encore de réalité.

Le christianisme est un arbre a plusieurs troncs, et le johannisme en est un: de lui sortiront À LA FOIS la branche de l'Église "orthodoxe" et celles des Églises "hérétiques" (particulièrement gnostiques). Il est dès lors inutile de déclarer Jean "orthodoxe" ou "gnostique". Il est soit "les deux en même temps", soit "ni l'un ni l'autre"!

Qui est le "vrai" successeur de Russel: Rutherford ou Freytag?
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MessageSujet: Re: Les particularités de "selon Jean".   Jeu 01 Oct 2009, 12:51

Citation :
Les rédacteurs de l'évangile de Jean assimilent un langage performant pour le detourner au profit la foi chrétienne.

Le détourner de quoi? et au profit de QUELLE foi chrétienne?
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MessageSujet: Re: Les particularités de "selon Jean".   Jeu 01 Oct 2009, 13:26

BB a écrit:
Citation :
Les rédacteurs de l'évangile de Jean assimilent un langage performant pour le detourner au profit la foi chrétienne.

Le détourner de quoi? et au profit de QUELLE foi chrétienne?

De la vision du monde et de la vie gnostique au profit de la christologie johannique.

D'ailleurs L' église a connu une crise existentielle, d’identité,
minée par des courants hérétiques ou du moins déviants.

« C'est de chez nous qu'ils sont sortis, mais ils n'étaient pas des nôtres. S'ils avaient été des nôtres, ils seraient demeurés avec nous. Mais il fallait que fût manifesté que tous, tant qu'ils sont, ils ne sont pas des nôtres » (I Jn 2,19)
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MessageSujet: Re: Les particularités de "selon Jean".   Jeu 01 Oct 2009, 15:39

Bonjour,

merci à BB et Didier d'avoir eu la patience et de revenir sur des points qui auraient dus me sauter aux yeux, mais sans doute voulais-je trouver un côté gnotisque à l'évangile de Jean.

Je vous reçois 5 sur 5.

Il faut avouer que la nouvelle grille de lecture utilisée pour lire et relire Jean me perturbe quelque peu.

Avec mes salutations.
Jean-Pierre
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MessageSujet: Re: Les particularités de "selon Jean".   Jeu 01 Oct 2009, 18:41

On va finir par être à court de comparaisons... :)
"Nos ancêtres les Gaulois", ou: Du devenir des "identités" collectives dans l'histoire.
Les Français d'aujourd'hui ne sont pas plus descendants des Gaulois du temps de Jules César que des Romains, des Burgondes ou des Francs. Seulement quand ils lisent l'histoire c'est aux Gaulois (autochtones à condition de ne pas remonter trop loin) qu'ils s'identifient et non aux "affluents" ultérieurs, qui sont des "autres". De façon parfaitement artificielle.
Nous faisons la même chose avec le "christianisme"; nous projetons NOTRE religion sur l'histoire: tout ce qui lui ressemble plus ou moins, c'est déjà elle, c'est déjà "nous", et tout ce qui en diffère, c'est l'autre: judaïsme, paganisme, secte, déviation, hérésie, etc.
Pour en revenir au rapport "johannisme" / "gnosticisme":
OU BIEN je définis le gnosticisme d'après les écoles gnostiques reconnues comme telles dans la deuxième moitié du IIe siècle et je conclus que le quatrième évangile n'est PAS "gnostique", bien qu'il présente des similitudes avec la gnose; je l'appellerai "pré-gnostique" par exemple.
OU BIEN je le définis comme cette mouvance diffuse qui remonte bien plus haut et sur laquelle, dès lors, le quatrième évangile peut me renseigner autant que les Odes de Salomon, et je conclurai que "Jean" est bien "gnostique" (ou proto-gnostique), MAIS que la gnose a évolué au fil du temps.
L'identité "chrétienne" ne s'est dégagée que progressivement, par fédération d'un certain nombre de mouvements nés à l'intérieur et dans la marge du judaïsme (principalement dans la diaspora) et par opposition à d'autres (pharisien d'abord, "judéo-chrétiens" et "gnostiques" plus tard).
Evidemment si on lit les Actes des Apôtres (ou Eusèbe) c'est plus simple. LE christianisme a un acte de naissance daté, il est dès l'origine distinct du judaïsme, et tout ce qu'il n'a pas intégré est une "hérésie", mauvaise influence de l'extérieur ou perversion doctrinale de l'intérieur. Seulement il s'agit là de l'histoire officielle et non de l'histoire tout court.
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MessageSujet: Re: Les particularités de "selon Jean".   Jeu 01 Oct 2009, 18:44

Citation :
De la vision du monde et de la vie gnostique au profit de la christologie johannique.

D'ailleurs L' église a connu une crise existentielle, d’identité,minée par des courants hérétiques ou du moins déviants.

Si tu veux dire que Jean a récupéré un certain bagage littéraire de la littérature "mystique" de son époque, pour l'intégrer au message du Chritianisme naissant, je te rejoins.
Mais il me semble que cette littérature (y compris les "récupérations" qu'en a faites Jean) est devenue par la suite le ferment du gnosticisme, et pas l'inverse. "Jean" n'est NI dans une idéologie gnostique, NI dans un ANTI-gnosticisme. Il ne récupère pas quoi que ce soit du "gnosticisme" tel qu'on le définit, puisque c'est plutôt l'inverse qui s'est produit.

Pour ce qui est de la crise existentielle, il ne faut pas oublier que nous n'avons que la version de l'Église qui a "gagné" historiquement. On ne peut pas dire qui sont les "véritables" successeurs de Jean, et qui sont les hérétiques ou les déviants.
D'une certaine façon, ils sont TOUS des déviants, orthodoxes et hérétiques, puisque plus aucun ne prêche vraiment la même chose que "Jean", et , par ailleurs, ils se réclament sans doute TOUS de lui, affirmant en être les seuls successeurs légitimes. D'où ma comparaison avec Freytag et Rutherford vius-à-vis de Russell. Nous qui avons été TdJ, nous "décidons" que c'est Rutherford le "vrai" héritier de Russel, mais les Amis de l'Homme ne pensent sans doute pas du tout la même chose!

Nous avons certes conservé les lettres d'UN courant du johannisme, mais ce n'est pas parce que ce sont celles-ci qui furent retenues comme canoniques qu'elles sont celles des "vrais" johanniques, contre les hérétiques.
Je ne doute pas que si on avait conservé les lettres de Diotrèphe (en 3 Jn) et de son groupe, alors ce serait "l'ancien" (qu'on appelle "Jean" uniquement par tradition, ne l'oublions pas) qui serait considéré comme un hérétique éloigné de la Vérité du Christ.
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MessageSujet: Re: Les particularités de "selon Jean".   Ven 02 Oct 2009, 12:09

Bonjour,

Le christianisme dépeint par BB et Didier, présente une figure plus réaliste que celui enseigné dans les catéchismes ou dans les livres des mouvements fondamentalistes. Et l'expérience aurait pu m'aider à comprendre cela un peu plus rapidement. Mais sans doute je me plaisais à imaginer un christianisme continuant sans anicroche la ligne judéo comme un héritier reprenant l'entreprise familiale.

L'histoire suisse présente, elle aussi, dans certains manuels une ligne continue alors qu'elle n'est en réalité qu'une succession de coupures et rabibochages. Les trois vallées qui ont juré de se prêter assistance nous sont présentées comme le fondement de la confédération helvétique, bien que les dernières découvertes précisent que les habitants de ces vallées se sont mis d'accord sur le fait de ne plus se faire la guerre entre eux, et accessoirement de se soutenir.

Ce christianisme balbutiant et partant dans plusieurs directions proches, certes, mais différentes malgré tout est logique, puisque il s'agissait pour les premiers disciples de vivre une foi libérée des attaches tutélaires d'Israël; malheureusement comme nous le décrivent les messages de BB et Didier très rapidement des hommes ont voulu d'une part réglementer cette nouvelle liberté afin de propulser cette nouvelle voie dans tout l'empire romain, et aussi parce que certains y ont vu la possibilité d'y assouvir une soif de pouvoir qu'ils n'auraient jamais connu autrement, et d'autre part les hommes n'ont pas pu accepter la différence qui a existé dans leur conception du christianisme.

Avec mes salutations.
Jean-Pierre
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MessageSujet: Re: Les particularités de "selon Jean".   Ven 02 Oct 2009, 12:40

Comment expliquer l’intérêt johannique pour l’apôtre Thomas, surnommé Didyme ?
Le cercle johannique est-il à l'origine de la vénération dont jouisssait cet apôtre en Syrie ,

14, 5
Thomas lui dit:
---Seigneur, nous ne savons même pas où tu vas, comment pourrions-nous savoir par quel chemin on y parvient?


20, 24-29
L'un des Douze, Thomas, surnommé le Jumeau, n'était pas avec eux lors de la venue de Jésus.
Si je ne vois pas la marque des clous dans ses mains, si je ne mets pas mon doigt à la place des clous, et si je ne mets pas la main dans son côté, je ne croirai pas.
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MessageSujet: Re: Les particularités de "selon Jean".   Ven 02 Oct 2009, 15:10

Pas forcément: l'Evangile selon Thomas appartient à la même mouvance "gnostique" (au sens large, 2) mais il a beaucoup moins de parenté littéraire avec les textes johanniques qu'avec les synoptiques. Et Thomas est aussi une référence dans des textes aux antipodes de la gnose (l'Evangile de l'enfance). On retrouve des tendances théologiques assez contradictoires dans les Actes de Thomas...
D'autre part le personnage de Thomas (Didyme Judas Thomas, selon Thomas 1) se recoupe avec celui de Judas, qui passe aussi quelquefois pour le Jumeau du Christ... la genèse des grandes figures du christianisme primitif est complexe.
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MessageSujet: Re: Les particularités de "selon Jean".   Ven 02 Oct 2009, 17:53

Merci Didier.

Une question STP,

"Au commencement était le Logos" Jn1,1

"Au commencement Dieu créa le ciel et la terre." Gen1,1

Le rédacteur de cette portion de l'évangile de Jean emploie-t-il le terme "au commencement" dans le même sens (ou en faisant allusion) que Gen 1,1 ?
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MessageSujet: Re: Les particularités de "selon Jean".   Ven 02 Oct 2009, 18:13

Allusion sans aucun doute (même formule et structure dans la LXX, en arkhè + verbe + sujet). Même sens, pas forcément, car le premier chapitre de la Genèse a été beaucoup "relu" en amont du Prologue de Jean: spéculations sur la Sagesse créatrice dans les Proverbes (elle EST le commencement, re'shith = arkhè, 8,22), identification au logos chez Philon, etc. Arkhè est à lui seul un titre christologique en Colossiens 1,18 et Apocalypse 3:14. Même si ce n'est pas formellement le cas dans le Prologue, arkhè est un terme plus théologiquement "chargé" que ne l'était le "commencement" de la Genèse... au commencement!
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MessageSujet: Re: Les particularités de "selon Jean".   Mar 06 Oct 2009, 11:57

Après sa résurrection, le Christ est apparu à Pierre et lui a demandé trois fois s'il l'aimait, et, comme pour réparer le triple reniement, lui a trois fois confié son troupeau : c'est la confirmation et l'institution de la Primauté de Pierre.

Il lui dit pour la troisième fois: "M'aimes-tu?" et il lui répondit: "Seigneur, vous connaissez toutes choses, vous savez bien que je vous aime." Jésus lui dit: "Pais mes brebis."

Pourquoi la communauté johannique a t-elle éprouvé le besoin instaurer la primauté de Pierre alors qu'il n'est pas leur "leader" ?
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Narkissos

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MessageSujet: Re: Les particularités de "selon Jean".   Mar 06 Oct 2009, 13:53

N'oublions pas qu'on est ici, en quelque sorte, dans la "toute dernière couche" de l'évangile. A ce stade, le "johannisme" qui écrit encore (celui qui ne s'est pas fondu dans la "grande Eglise" au point d'y perdre sa spécificité, et qui n'en a pas été non plus rejeté comme "hérétique") n'a pas le choix. Il plaide pour avoir le droit d'exister à la marge de l'Eglise (voir la position du disciple bien-aimé par rapport à celle de Pierre: il va "suivre", mais à part, et garder sa différence, que "Pierre" est appelé à tolérer).
Du point de vue communautaire, la stratégie échouera. L'opposition ecclésiastique-gnostique ne s'accommodera pas d'une "voie moyenne". Mais du point de vue littéraire, elle réussira dans une certaine mesure : la tradition johannique, revue certes, sera "canonisée", un peu à part et sous haute surveillance -- flanquée aujourd'hui de Luc et des Actes d'une part, de Pierre et de Jude d'autre part, tous textes fortement ANTI-gnostiques, comme le faisait remarquer un bibliste facétieux...


Dernière édition par spermologos le Mar 06 Oct 2009, 14:16, édité 1 fois
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