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 Apocalypse 3 : 15, 16

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ASSAD

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MessageSujet: Apocalypse 3 : 15, 16   Dim 14 Juin 2009, 10:18

15. Je connais ta conduite : tu n'es ni froid ni chaud - que n'es-tu l'un ou l'autre ! -
16. ainsi, puisque te voilà tiède, ni chaud ni froid, je vais te vomir de ma bouche.


Il n'est aucune expérience qui s'oppose au cheminement spirituel. La joie est un merveilleux sentier vers le divin, mais la souffrance aussi.
Découvrir sa vérité intérieure est une réalisation, se perdre est parfois un raccourci vers soi-même. Si la rigueur d'une morale ou d'une discipline à son utilité, se découvrir incapable de vivre selon ce que l'on sait juste est aussi une opportunité.
Réussir brillament est une voie, échouer lamentablement en est une autre. La sainteté est admirable, mais le crime, à la faveur du repentir, est parfois le chemin qui y mène.

Pour un être en chemin, toute expérience est matière. A une condition toutefois : qu'on le vive avec intensité.
Car le seul véritable obstacle à l'accomplissement humain, c'est précisément le refus de vivre des expériences.

Celui-ci a pour nom tiédeur.

Qu'est qu'une expérience ? C'est l'irruption du nouveau dans ma vie. Chaque rencontre, chaque évènement, chaque instant m'offrent une nouveauté radicale qui m'invite à mourir à tout ce que je fus pour naître à ceux que je ne sais pas. Vivre vraiment, c'est mourir et renaître sans cesse, avec l'intensité de souffrance et d'émerveillement qui accompagne nécessairement cet incessant renouvellement de soi-même et du monde. Accepter celui-ci sans chercher à figer, posséder, contrôler, telle est la condition pour aimer et créer.
Car celui qui aime n'aime rien tant qu'être surpris par l'aimé ; celui qui crée, êter surpris par ce qu'il crée.

Le tiède, lui, ne veut que ce qu'il attend. Refusant de mourir, il se prive de naître à lui-même. Pour souffrir aussi peu que possible, il se dispense de vivre. Il ne cré pas, il imite et répète. Il n'aime pas, car d'autrui il ne désire que ce qu'il sait, ce qui se répète et le rassure. Parce qu'il n'est en quête que de sécurité, sa passion est le prévisible, son obsessione le déjà vu. Ne sachant ni donner sa confiance ni s'abandonner, il combat tout ce qui échappe à sa mainmise.

Ainsi la tiédeur est-elle violence contre la vie, en soi et en autrui Le tiède est en guerre contre lui-même, contre le surgissement incessant des sensations qui constitue sa vie charnelle et sur laquelle il rêve secrètement d'exercer un contrôle absolu. Mais le tiède refuse aussi l 'altérité d'autrui qui l'effraie, comme tout ce qui lui échappe. Il a besoin de stratégies pour le réduire au rang de moyen et exercer sur lui un pouvoir.
La tiédeur est un refus d'éprouver poussé si loin qu'il refuse même de s'éprouver lui-même. Le non à la vie se dissout ainsi dans une morne absence de tout rapport à la vie, qui réduit celle-ci à la mécanique sans conscience de la pulsion.

A l'anesthésie le tiède sacrifie sa liberté ; il se fait donc la proie de toutes les manipulations. C'est pourquoi la société de consommation érige aujourd hui la tiédeur en modèle. Le système économique repose sur la mondialisation d'un type d'humain, le consommateur, dont le seul horizon est de se soulager de vivre en cédant compulsivement aux attraits d'un étal virtuel de marchandises qui, sans cesse, lui invente des besoins en prétandant les satisfaire.

Notre culture postmoderne à l'air de tendre vers une destruction spirituelle de l'humain par dépérissement progressif de l'intensité vitale. Elle nous formate insidueusement en saturant nos sens d'un non-sens qui n'a d'autres propos que de nous détourner de notre intériorité. C'est d'abord en soi-même qu'il s'agit de la combattre. Un être en chemion doit aussi vaincre en lui-même son époque.


Qui seulement fait de toute son âme ce qu'il doit faire ne s'égare jamais ( Höderling ).
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Narkissos

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MessageSujet: Re: Apocalypse 3 : 15, 16   Lun 15 Juin 2009, 00:43

Merci Assad.

Je n'ai pas souvenir d'avoir lu ou entendu un commentaire aussi profond de ce texte.

Par pur esprit de contradiction (et d'universalisme) il me donnerait presque envie de me lancer dans une apologie de la tiédeur... :)

Il est vrai que l'auteur ne nous livre guère d'indices sur ce qu'il entend par "chaud" ou "froid" -- il ne nous dit même pas s'il y a un "bon" et un "mauvais" côté, et encore moins lequel. Encore que le zèleue du v. 19b s'accorde mieux avec le "chaud" (zestos) qu'avec le "froid" (psukhros), par l'assonance comme par l'usage ordinaire des métaphores.

Il est tentant d'en rapprocher les oppositions de 22,11: "Que l'injuste commette encore l'injustice et que l'impur vive encore dans l'impureté, que le juste pratique encore la justice et que le saint se sanctifie encore." Accuser les contrastes: dès la première page de la Genèse et tout au long du Lévitique l'esprit sacerdotal "sépare" et déteste les mélanges, l'indistinct, les zones grises. Paradoxalement le mélange du pur et de l'impur est plus impur que l'impur... pur. :)

Cela dit le contexte nous renseigne un peu mieux sur la situation qualifiée de "tiède" que sur le "chaud" et le "froid". Elle est affaire de richesse d'après le v. 17: "Parce que tu dis: je suis riche, je me suis enrichi, je n'ai besoin de rien, et que tu ne sais pas que tu es misérable, pitoyable, pauvre, aveugle et nu..." L'argent, les économies, le capital (matériel, culturel, moral), tout cela met un écran entre nous et "la vie" -- ses aléas et ses joies... on retrouverait une idée fréquente, presque un lieu commun, depuis les Béatitudes jusqu'aux fables de La Fontaine (Le savetier et le financier).

Mais si un certain christianisme méprise la richesse il en dépend aussi. Les "parfaits" qui renoncent à tous leurs biens et à leurs attaches familiales ont besoin du soutien des "imparfaits" qui restent "dans le monde", "partagés"... et ceux-là aussi auront leur récompense, fût-ce pour un simple verre d'eau... froide (psukhros, Matthieu 10,42).

A te lire j'ai repensé (toujours par réaction) à plusieurs autres lectures, fort différentes. En vrac; Qohéleth et son "éloge de la médiocrité" (7,16ss); Jacques et son rejet de "l'âme partagée" (dipsukhos, 1,8; 4,8), en tension avec la valorisation philosophique de l'epokhè, la "suspension du jugement"; Nietzsche enfin avec son analyse surprenante mais profonde (elle aussi) de la "sainteté" (chrétienne, bouddhique) comme épicurisme de l'anesthésie (L'antéchrist, § 29ss): c'est parce qu'un rapport "simple" avec la vie devient quelquefois insupportable que l'on peut basculer dans une attitude paradoxale, où l'on se met à distance des "joies" et des "souffrances" immédiates au profit d'une "joie DANS la souffrance" -- dont les arabesques s'étendent à l'infini -- de saint Jean de la Croix (muero porque no muero) à Kierkegaard (ai-je droit au malheur auquel j'aspire?). Mais tout cela -- dont on peut rire sans doute autant que s'y abîmer -- reste, à mon sens, une EXPÉRIENCE, voire une PASSION (au double sens de ce terme).

Bref, pas de conclusion de ma part mais des questions, qui peuvent trahir une certaine "tiédeur" -- ça me rappelle que j'ai écrit ailleurs sur la "tyrannie de l'expérience religieuse", celle qui exige "toujours plus" -- mais qui doivent tout à ton texte qui, à coup sûr, donne à penser.
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VANVDA



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MessageSujet: Re: Apocalypse 3 : 15, 16   Lun 15 Juin 2009, 09:04

Salut Assad,

Il y a déjà quelque temps, je m'étais interrogé sur ce verset et sur le couple froid/chaud plus souhaitable que le tiède. Ma réflexion sur le sujet était resté beaaauuucoup plus terre-à-terre que la tienne, et effectivement je restais un peu dubitatif sur ce rejet de la tiédeur:

Citation :
le Christ y envoie un message très
étrange. "Parce que tu es tiède et que tu n'es ni bouillant ni froid,
je vais te vomir de ma bouche."
Que le Christ reproche aux chrétiens de n'être pas bouillants, à la
limite, je le comprends encore. Le chrétien n'est-il pas sensé être
"brûlant" de l'esprit (Rm 12,11)?
Mais pourquoi leur reprocher de n'être pas "froids"? En quoi vaut-il
mieux être froid que tiède (je préfère "tiède", moi, si je parle de
mon bain à bulles; mais ce fut l'objet d'un autre fil...)?
Y lisez-vous, vous aussi, une condamnation implicite de la voie du
"milieu", un refus du "consensus mou"?
Faut-il rapprocher ce "reproche de la tiédeur" aux paroles du Christ,
dans l'évangile de Jean (justement), à l'Iscariote: "Ce que tu fais,
fais le vite."? Il faut se placer clairement sur l'échiquier, bien sur
sa case, et il est encore préférable d'être franchement du côté des
"méchants" que de rester dans le no-man's land de l'indifférence?

Ça ne m'arrange guère, cette interprétation. Moi, je revendique le
droit à la tiédeur, à la mollesse, au jmenfoutisme, à être "au
milieu", quitte, contrairement à l'âne de la fable, à aller librement
manger à droite et boire à gauche quand l'envie m'en prends.

Mais ton texte est une belle réflexion, une démonstration drôlement bien ficelée qu'elle existe bien, la possibilité d'un "excès de tiédeur" (même si ça semble aller contre le bon sens). Il me reste ce sentiment un peu amère: la victoire de ce que l'on souhaite tous est toujours une forme de défaite. Quand il s'agit de se plonger dans un bain -y compris dans celui de la vie- on recherche tous une douce tiédeur...et si la société de consommation est à ce point victorieuse, c'est parce que, tout en la méprisant, elle nous convient quand même un petit peu à nous tous, sous un aspect ou sous un autre. Sinon il reste l'élevage de chèvres en Ardèche, mais combien sommes-nous à réussir à faire ce choix?

("ai-je droit au malheur auquel j'aspire?" (...) dont on peut rire sans doute autant que s'y abîmer : essayons d'en rire, pour l'instant!)
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Sherlock

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MessageSujet: Re: Apocalypse 3 : 15, 16   Jeu 09 Juil 2009, 15:13

Apologie de la tiédieur

Écoutez-les, ceux qui appellent "tièdes", les sages. Car la tiédeur est définie par eux, comme étant un état péjoratif. Pourtant, quand vous vous lavez les mains tous jours, désirez-vous vous brûler ou vous frigorifier les mains ? Mangez-vous brûlant ou froid ? La température de votre pièce est-elle comparable au pôle nord ou à l'enfer ?

L'état de tiédeur est un équilibre à garder en permanence car devant le spectre des idéologies toujours naissantes telles des phœnix, il faut savoir se garder de tomber dans l'illusion de la facilité. L'histoire est pleine de ceux qui se sont enflammés et qui ont provoqué la ruine à terme des humains. De la Guerre du Feu à la Guerre Froide, les hommes n'ont cessé de pousser vers les extrémités ne sachant se contenter de ce qu'ils avaient.

Mais le chaud et le froid ne sont-ils pas créateur ? N'est-il pas normal d'être brûlant d'une chose ou d'une cause ? Le froid n'a-t-il pas permis la technique et l'automatisme ? Non ! Il est bien entendu merveilleux d'être passionné, mais en prenant l'exemple de la musique nous le comprendrons d'autant plus. Tout musicien le sait très bien : c'est en refroidissant son ardeur que l'on progresse. De même, c'est en s'enflammant que la technicité froide et mécanique disparait pour laisser place à l'émotion. Cet état créateur, c'est la tiédeur.

C'est le seul état qui a su créer et innover pour le bien des autres.

Laissons le Sahara et l'Arctique aux fanatiques et idéologistes religieux et politiques. Ils répéteront à jamais leur propre Verdun. Ils créent la mort. La vie est née sur Terre car la tiédeur le permettait.

Laissons donc la vie jaillir en nous sans y perdre nos âmes.


(bon, c'est un peu pourri, et sorti d'un coup comme ça, juste pour contredire le texte d'Assad) Very Happy
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ASSAD

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MessageSujet: Re: Apocalypse 3 : 15, 16   Ven 10 Juil 2009, 10:50

Pas de problèmes. Regarde, pour montrer que je suis beau joueur, ej t'offre une bonne bière tiède lol!
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MessageSujet: Re: Apocalypse 3 : 15, 16   

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